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Faut-il reconnaître la Chine rouge ? L'attitude de la France et de ses alliés anglais et américain (janvier 1949-janvier 1950)

Résumé :

Dès la fin de 1948, la chute du régime de Chiang Kai-shek apparaît inéluctable. Désormais, la question de la reconnaissance (...)

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Les États-Unis, le Royaume-Uni et la France, puissances occidentales les plus concernées par le devenir de la Chine, n’ont pas attendu la proclamation de la République populaire chinoise (RPC), le 1er octobre 1949, pour s’interroger sur l’attitude qu’il leur fallait adopter face au nouveau régime. En effet, cet événement n’a pas constitué une surprise pour les gouvernements alliés, qui ont eu de longs mois pour s’y préparer. Dès l’été 1948, la situation des armées nationalistes de Chiang Kai-shek est apparue compromise. À l’automne, elles ont perdu la Mandchourie, conquise par les communistes. Il est alors devenu certain que ces derniers allaient conquérir le pouvoir politique. À la fin de janvier 1949, l’ensemble de la Chine du Nord et Pékin sont tombés. Cette évolution de la situation militaire a donc posé à la France et à ses alliés anglais et américain le problème de la politique à conduire vis-à-vis d’un futur régime communiste, qu’on imagine peu accommodant à leur égard.

Une telle problématique a surtout intéressé les historiens américains et britanniques. La bibliographie relative aux États-Unis est particulièrement abondante, s’inscrivant dans le cadre plus général de la richesse des études et des recherches relatives aux relations américano-chinoises [1] . Elle met en exergue le gâchis qu’a représenté la « perte de la Chine », les évolutions de la politique américaine, passée d’un soutien au régime de Chiang Kai-shek à une attitude d’extrême réserve, de même que les hésitations initiales quant à la politique à adopter vis-à-vis d’une future Chine communiste et le rôle personnel joué par l’ambassadeur en Chine jusqu’à l’été de 1949. De même, les rapports entre le Royaume-Uni et la Chine durant cette période ont été étudiés, bien qu’à un degré un peu moindre [2] . Les ouvrages publiés mettent globalement en évidence une convergence vers la reconnaissance d’une Chine communiste, à la fois de la part des milieux politiques, conservateurs et travaillistes, bien qu’à des degrés et pour des raisons divers, mais aussi de la part de la City, et surtout le rôle majeur joué par la nécessité de préserver Hong Kong et de prévenir les risques de fracture au sein du Commonwealth. La France, quant à elle, a fait l’objet d’une attention nettement moins soutenue des historiens, au profit de celle portée par des politistes ou des juristes [3] . Tous ces travaux ont en commun de focaliser sur la dimension bilatérale des relations extérieures et de négliger la dimension comparée des politiques des puissances. Le problème de la reconnaissance politique d’un État, en l’occurrence la Chine rouge, est mis en avant [4] .

C’est pourquoi le présent article se propose de centrer l’analyse de l’année 1949 sur deux points particuliers, d’une part l’attitude propre de la France, d’autre part l’articulation de sa politique chinoise avec ses alliés anglais et américain. L’étude prend appui essentiellement sur des sources archivistiques, françaises, en premier lieu, mais aussi anglaises et américaines. Les premières sont celles du ministère des Affaires étrangères, situées à La Courneuve, classées dans la série Asie-Océanie, sous-série Chine, ainsi que certaines archives du Cabinet du ministre, en particulier de Robert Schuman. Les archives anglaises utilisées sont celles publiées dans la série I des Documents on Foreign Documents on British Policy Overseas, en son volume VIII. Enfin les archives américaines consultées sont celles du volume IX relatif à la Chine pour l’année 1949, publiées par le département d’État sous le titre de Foreign Relations of the United States (Far East: China).

Dès les premiers jours de 1949, Américains, Anglais et Français discutent de la question de la reconnaissance d’une Chine rouge. Jusqu’à l’annonce de janvier 1950 par le gouvernement anglais de son souhait de reconnaître la RPC, de nombreux débats ont lieu entre alliés. Ces discussions, pendant un an, mettent en évidence les hésitations et l’embarras de ces puissances. Trois périodes sont observables : la recherche d’une convergence tripartite, de janvier à juillet 1949 ; puis, devant l’impossibilité d’une position commune, une tentative d’entente franco-anglaise (d’août à octobre) et enfin d’une entente franco-américaine (en novembre et décembre).

La recherche d’une convergence tripartite (janvier 1949 à juillet 1949)

La doctrine anglaise : « garder un pied dans la porte »

Au début de 1949, le gouvernement britannique considère le régime de Chiang Kai-shek comme perdu et l’extension du communisme en Chine comme certaine. Il faut donc chercher absolument à détacher la Chine de l’URSS [5] , d’autant que le nouveau régime aura besoin de commercer avec les étrangers et pourrait suivre une politique opportuniste à l’égard des intérêts occidentaux et peut-être même de Hong Kong. Le « meilleur espoir » des nations occidentales consiste à « garder un pied dans la porte » et à rester sur place, afin d’avoir « des relations de facto avec les communistes chinois » et « d’explorer les possibilités de poursuivre les relations commerciales [6]  ».

Cette analyse donne lieu à de nombreux échanges entre services ministériels américains et anglais, mettant en évidence leur convergence de vues [7] . La question de la reconnaissance du gouvernement chinois donne aux puissances occidentales un important pouvoir de négociation (Bargaining Power), compte tenu des faiblesses de l’économie chinoise, qui a besoin de ressources et d’aides extérieures.

La position française : opportunisme, maintien sur place

L’analyse anglaise est à peu près partagée par la France. La situation de l’Indochine, qui a 1 200 kilomètres de frontière avec la Chine, la préoccupe au premier chef. Les dirigeants français rejoignent l’opinion anglaise sur la possibilité du maintien d’activités sur place. Les dangers qui menacent les intérêts français et anglais étant les mêmes, une collaboration franco-anglaise en Chine est nécessaire. La politique chinoise de la France doit être opportuniste et s’adapter aux circonstances du moment pour en tirer le meilleur parti. Il faut absolument rester sur place, car « toute position actuellement abandonnée sera une position définitivement perdue. En revanche, toute position conservée, même au prix d’un statut mal défini, risque d’être tolérée pendant une longue durée » [8] . Ainsi se définit la politique chinoise de la France au début de 1949 : alliance franco-anglaise, opportunisme, maintien sur place coûte que coûte.

La France n’oublie pas les États-Unis, dont elle a besoin pour son relèvement économique et financier. Elle va avoir besoin également d’un soutien américain à Bao Daï, qui, revenu au pouvoir au Viêt Nam, cherchera à faire respecter les accords signés le 8 mars prévoyant des transferts de souveraineté de la France vers le Viêt Nam unifié. La France appuie la politique japonaise des États-Unis et souhaite les associer à une coopération franco-anglaise en Asie.

Le « feuilleton de Canton » : y aller ou ne pas y aller ?

La politique alliée consiste d’abord à ne pas se mêler de la guerre civile chinoise. Le 19 janvier, les États-Unis, le Royaume-Uni et la France rejettent la demande nationaliste de médiation pour obtenir un cessez-le-feu. L’URSS adopte la même attitude. Les dirigeants nationalistes tentent alors d’obtenir un appui diplomatique et moral étranger. Au milieu du mois de janvier, ils annoncent leur intention de se transporter à Canton. Près de trois mois de débats s’ensuivent pour savoir si les États occidentaux doivent suivre le gouvernement à Canton ou rester à Nankin.

(MAE, série AO, sous-série Chine, vol. 4, Caricature du 19 janvier 1949. En haut, à gauche : « M. Cattand a/s Transfert des Ambassades à Canton ». En bas, centré : « Vous allez à Canton ? » « Non, je vais à Canton » « Tiens, je croyais que vous alliez à Canton. »)Le souhait du Quai d’Orsay est de maintenir la balance égale entre communistes et nationalistes : l’ambassade se partagerait entre Nankin et Canton, l’ambassadeur se repliant à Shanghai. Cependant, le 1er février, les ambassadeurs anglais et américain ne voulant pas se lier à « une cause perdue » ni « rendre plus difficile l’entrée en relations inévitable avec le nouveau gouvernement communiste [9]  » décident de rester à Nankin. Pour ne pas rompre l’unité alliée, le Quai d’Orsay se range à cette position et n’envoie à Canton que le premier conseiller de l’ambassade. Le 2 février, de tous les grands pays, seul l’ambassadeur de l’URSS se rend à Canton, les autres ayant choisi de rester à Nankin !

Cette situation dure jusqu’au début du mois d’avril, où les communistes adressent un ultimatum aux ambassades de Nankin. Les ambassadeurs décident de demeurer dans la capitale chinoise. Cependant, celui des États-Unis, John Leighton Stuart, n’exclut pas que son administration lui donne ordre de se retirer, ce qui se produit en effet. Le raisonnement anglais est que le choix du maintien à Nankin laisse ouverte la voie de la reconnaissance. Finalement, une brèche est créée dans l’unité occidentale : le Royaume-Uni choisit de rester à Nankin, comme les Dominions, les Indes et l’Australie. Le Canada, en revanche, se range à la position des États-Unis de quitter la capitale chinoise.

Le 23 avril, les nationalistes abandonnent Nankin et déplacent la capitale à Canton. Nankin est occupée par les communistes. Des gardes armés sont placés devant la résidence des ambassadeurs des États-Unis et de la France et les empêchent de sortir.

Quand et comment reconnaître une Chine communiste ?

Au milieu de mars 1949, le Foreign Office estime que refuser une reconnaissance à un gouvernement contrôlant effectivement une grande partie de son territoire est juridiquement discutable et pose de sérieuses difficultés pratiques [10] . Il songe à adopter la position prise envers Franco pendant la guerre civile espagnole : il reconnaîtrait le gouvernement communiste de facto pour les territoires qu’il contrôle, tandis que le gouvernement nationaliste continuerait à être reconnu de jure comme le gouvernement de la Chine dans son ensemble. On peut douter de la pertinence de cette proposition... En réalité, la diplomatie anglaise cherche à préparer ses alliés à une reconnaissance de jure. Trois semaines après, le Foreign Office juge lui-même ce partage irréaliste. Le souhait de la diplomatie britannique, avoué à la fin du mois d’avril, est d’établir des relations d’amitié avec les autorités communistes. Les communistes chinois sont cependant peu désireux de nouer des relations locales avec des officiels britanniques sans reconnaissance officielle bilatérale.

La position du secrétaire d’État américain Dean Acheson est bien différente de celle des dirigeants anglais : il faut se garder de toute initiative en faveur d’une reconnaissance, et maintenir un front commun sur la question. Cette politique est officialisée le 9 mai 1949 auprès des États signataires du Pacte atlantique et des membres du Commonwealth. Elle a été largement alimentée par les télégrammes de John Leighton Stuart [11] . Le gouvernement français exprime son accord sur la position américaine. Dans le même temps, les États-Unis recommandent au Royaume-Uni d’attendre les initiatives des communistes chinois. Ernest Bevin, secrétaire aux Affaires étrangères, analyse cette démarche américaine comme la marque d’une grande hésitation sur la politique à suivre à l'égard de la Chine [12] . Le Foreign Office considère une reconnaissance de facto comme théorique : les communistes n’accepteront qu’une reconnaissance de jure. Donc, si une reconnaissance intervient, elle doit être pleine et entière.

La position française [13] est de ne pas précipiter la reconnaissance. Deux opinions s’affrontent : celle de l’ambassadeur Jacques Meyrier, et celle du haut-commissaire français en Indochine, Léon Pignon. Pour Meyrier, une prompte reconnaissance est le moyen le plus efficace de contrer le communisme en Indochine. Pour Pignon, une reconnaissance trop rapide mettrait à la disposition d’un gouvernement communiste chinois les moyens d’action en Indochine qui ont été accordés à la Chine nationaliste par les traités de 1946. En outre, ce serait considéré comme une preuve de faiblesse par l’opinion vietnamienne. La position du Quai d’Orsay rejoint exactement celle de Pignon : on ne peut pas reconnaître un gouvernement communiste chinois alors qu’on fait jouer au communisme indochinois le rôle de bouc émissaire. De plus, une reconnaissance de la Chine mettrait à sa disposition de puissants moyens légaux en Indochine. La décision de reconnaissance est dictée par les intérêts indochinois de la France. Si la Chine souhaite obtenir une reconnaissance, qu’elle la mérite, en adoptant une attitude internationale correcte !

Le 19 juin, Mao Zedong déclare désirer « établir des rapports diplomatiques avec toutes les puissances étrangères, sur la base de l’égalité, de l’intérêt réciproque et du respect mutuel des souverainetés territoriales, à condition que ces puissances rompent leurs relations avec les réactionnaires chinois, qu’ils cessent de leur prêter assistance, enfin qu’ils fassent preuve de sentiments réellement et non prétendument amicaux envers le peuple chinois [14]  ». Les déclarations de Mao concernant les rapports économiques et commerciaux avec les pays étrangers sont empreintes de réalisme : les nécessités économiques obligeront la Chine à reprendre rapidement des échanges commerciaux.

En juillet 1949, la politique chinoise de la France est de gagner du temps, de garder les mains libres. Celle du Royaume-Uni est de se rapprocher d’une reconnaissance de jure, seule efficace. Les États-Unis, quant à eux, veulent garder leurs distances à l’égard du futur régime.

La tentative de front bipartite franco-anglais et son échec (août-octobre 1949)

Compte tenu de l’attitude des États-Unis d’ajournement sine die de la reconnaissance, on assiste, pendant les trois mois suivants, à une tentative d’entente franco-anglaise.

La poursuite sans illusion des discussions anglo-américaines (août)

Le 4 août, les États-Unis publient United States Relations with China: with special Reference to the period 1944-1949, appelé traditionnellement China White Paper, c’est-à-dire le « Livre Blanc sur la Chine ». Ce document explique et justifie la politique des États-Unis entre 1944 et 1949. Le Livre Blanc correspond, sur place, à la tendance des États-Unis à évacuer leurs ressortissants des régions contrôlées par les communistes : Stuart vient de quitter la Chine tout comme, progressivement, la plupart des officiels et des hommes d’affaires américains. À lire l’historien Brian Porter, la position du Département d’État n’aurait pas été aussi intransigeante si l’opinion du peuple américain avait été différente [15] . Or, celle-ci était totalement opposée à la reconnaissance car faite en partie de sentiment de déception et d’amertume envers la Chine. Si l’administration américaine ne nourrissait aucune illusion sur Chiang Kai-shek et son régime, elle ne pouvait reconnaître la Chine communiste sans hypothéquer ses chances aux élections de mi-mandat au Congrès prévues en 1950. On doit souligner ici que l’attitude de la diplomatie américaine doit tenir compte d’une réalité politique intérieure forte : après 1945, les craintes que nourrissent de nombreux Américains à l’égard de l’Union soviétique ont progressé significativement, renouant en cela avec le sentiment anti-communiste qui avait caractérisé la majorité de l’opinion avant le deuxième conflit mondial. Cette remontée de l’hostilité envers l’URSS [16] et le communisme se retrouve dans les deux chambres du Congrès. Ainsi les élections du 5 novembre 1946 à la Chambre des Représentants ont conduit à un progrès important du nombre des élus républicains, traditionnellement plus hostiles au communisme que leurs collègues démocrates. Même si les élections de 1948 ont enregistré une victoire démocrate, celle-ci n’est pas de nature à remettre en cause la tendance générale, compte tenu du nombre croissant des démocrates « anti-radicaux », c’est-à-dire anti-communistes [17] . Selon le politiste Yves Viltard, « les spécialistes de la Chine sont accusés (après 1949) d’avoir perdu la Chine, "Loss of China". Ils sont alors pris dans des jeux politiques. L’accusation est pour l’essentiel extérieure à la profession. Elle est principalement portée par les milieux conservateurs républicains au Congrès, mais surtout par McCarthy [18] lui-même qui, lors du discours de Wheeling, le 9 février 1950, donne le coup d’envoi de sa tapageuse campagne anticommuniste, et prend explicitement pour cible principale les spécialistes et responsables de la politique chinoise au Département d’État [19]  ».

Si le Livre Blanc est interprété par les Anglais comme un abandon de la Chine [20] , Bevin ne perd pas tout espoir de faire revenir les États-Unis sur leur position. Les échanges anglo-américains continuent pendant l’été. Au début d’août 1949, lors d’entretiens franco-anglais, le sous-secrétaire d'État Dening explique à ses interlocuteurs du Quai d’Orsay la totale opposition de son gouvernement à la position des États-Unis d’évacuer leurs ressortissants [21] . Le Royaume-Uni tente toujours, bien que sans résultats, de rallier le Département d’État américain à ses vues.

À la fin du mois d’août, la France décide de rappeler son ambassadeur pour consultation, du fait de l’imminence de la constitution d’un gouvernement communiste. Meyrier ne peut cependant partir de Nankin que le 9 octobre. Jacques Roux, premier conseiller, en résidence à Canton, assure alors la direction de l’ambassade en qualité de chargé d’affaires ad interim. Par la suite, l’ambassade se transporte successivement à Canton, puis à Hong Kong.

Le tournant anglais de septembre et les échanges franco-anglais

Le 1er septembre 1949, un aide-mémoire est élaboré par le Foreign Office, pour servir de base aux entretiens que Bevin et Acheson doivent avoir à Washington quelques jours après. Les efforts britanniques visent à la fois à obtenir une clarification de la politique des États-Unis et son rapprochement des vues britanniques : la reconnaissance par les puissances devrait être prise en compte sur des bases « pratiques » plutôt qu’« affectives [22]  ». Une hostilité avouée et sans nuances à l’encontre du nouveau régime conforte ce dernier dans l’alliance avec Moscou [23] . Cet aide-mémoire fait apparaître qu’une reconnaissance anglaise est inéluctable.

En préparation des discussions anglo-américaines, des entretiens franco-anglais ont lieu, à Londres [24] . Il en ressort clairement qu’une raison essentielle d’une reconnaissance anglaise est que l’Inde et l’Australie y sont favorables : l’unité du Commonwealth est en jeu et doit être préservée. Lors d’une autre série d’entretiens, à Paris, entre le ministre-conseiller britannique Clarke et Jacques Baeyens, directeur d’Asie-Océanie, l’Angleterre affirme son refus de s’aligner sur la ligne de conduite adoptée par les États-Unis vis-à-vis des Communistes chinois [25] .

Le 23 septembre, le porte-parole du ministre britannique du Commerce précise que la question des relations commerciales avec la Chine fait l’objet de discussions politiques et diplomatiques [26] . Son gouvernement avance à grands pas vers une normalisation, même si le Board of Trade prend soin de préciser que les échanges commerciaux ont lieu à une échelle modérée et par la voie privée. Il affirme néanmoins être favorable à la reprise normale des échanges commerciaux dans la mesure du possible. L’historien Qiang Zhai a mis en évidence, dans cette attitude anglaise, à la fois le rôle du tournant politique vers la gauche en faveur des travaillistes après 1945 mais aussi celui de la formation politique personnelle de certains de ses dirigeants, en particulier d’Ernest Bevin, dont l’expérience au sein du mouvement des Trade Unions le portait à négliger des attitudes fondées sur le moralisme et l’idéalisme, au profit d’une diplomatie plus réaliste et plus pragmatique [27] . De même, James Tuck-Hong Tang souligne l’attitude modérée et faite de continuité du Premier ministre Clement Attlee vis-à-vis de la Chine [28] .

L’attitude attentiste du gouvernement français est frappante, ce dernier semblant n’être qu’un observateur impuissant : insatisfait de l’hostilité de principe des États-Unis vis-à-vis de la reconnaissance il ne peut s’aligner sur eux. Parallèlement, craignant pour l’Indochine la marche rapide du Royaume-Uni vers cette même reconnaissance, il peine à adopter une politique commune avec ce dernier.

La proclamation de la République populaire chinoise et l’initiative anglaise du 5 octobre

Le 1er octobre 1949 a lieu la proclamation de la RPC. Le même jour, Zhou Enlai, nouveau Premier ministre et ministre des Affaires étrangères, émet le souhait d’entretenir des relations diplomatiques avec les pays étrangers, sur la base de la réciprocité des droits. En l’espace de sept semaines, entre le 2 octobre et le 23 novembre, la RPC est reconnue par l’URSS et ses satellites, et par quelques autres pays [29] .

Le 5 octobre, le gouvernement anglais adresse au gouvernement de la RPC une communication dans laquelle, après avoir « soigneusement étudié » la situation résultant de la formation du gouvernement de la République populaire de Chine, il rappelle l’ancienneté des relations politiques et commerciales entre les deux pays, qu’il estime « amicales et mutuellement avantageuses » et qu’il « espère poursuivre dans l’avenir ». Il suggère l’établissement de « relations informelles » entre les représentants consulaires britanniques et les autorités compétentes des territoires sous contrôle communiste, « pour le plus grand avantage des deux gouvernements » et le « développement du commerce entre les deux pays [30]  ».

Le gouvernement anglais fait sien le principe de Realpolitik. Ce choix met de côté tout jugement de valeur sur le nouveau régime. Cette vision est exprimée à la Chambre des Communes un mois après par Churchill, alors dans l’opposition, en termes forts et imagés : « La reconnaissance d'une personne n'est pas nécessairement un acte d'approbation. On doit reconnaître de nombreuses choses et des gens que l’on n’aime pas, dans ce monde de péché et de malheur. Les relations diplomatiques ne sont pas motivées par le fait d’adresser des félicitations, mais de garantir des avantages. » [31] . Cette position de Churchill n’impliquait toutefois pas un accord sans nuance avec la politique travailliste sur la question de la reconnaissance : il était notamment beaucoup plus soucieux que les travaillistes de ne pas agir seul et de ne pas mettre en danger l’alliance anglo-américaine. Seule une minorité de conservateurs considère alors qu’une reconnaissance de la RPC serait une faute morale. En outre, la City était favorable à la reconnaissance, compte tenu des intérêts financiers et commerciaux se trouvant en Chine, estimés entre 200 et 250 millions de livres sterling. Un mémorandum du 24 octobre 1949 propose ainsi la reprise de relations normales entre les consuls anglais et les autorités chinoises ainsi que des échanges commerciaux entre le Commonwealth et la Chine [32] .

Les déclarations du Secrétaire d’État américain Dean Acheson, le 12 octobre, sont à l’opposé de la position britannique. Pour lui, la reconnaissance est un certificat de moralité décerné à un État méritant. Or, la question de l’acceptation des obligations internationales par la Chine communiste a déjà fait l’objet, le 1er février 1948, d’une déclaration formelle du Comité central du Parti communiste chinois : « Nous refusons et refuserons de reconnaître tous les emprunts extérieurs, traités et accords déshonorants ou préjudiciables à la souveraineté chinoise, conclus par le seul gouvernement Kuomintang après le 10 janvier 1946 [33] . » On peut penser que cette déclaration augurait mal de l’acceptation par la RPC de ses obligations internationales... D’autant plus que pour les États-Unis, la reconnaissance n’a que rarement été conditionnée par le seul principe d’effectivité (contrôle du territoire, capacité à imposer des normes de droit à la population) mais davantage comme une « récompense » de moralité. Ainsi, entre les deux guerres mondiales, si le Royaume-Uni avait été la première grande puissance à reconnaître la Russie soviétique, les États-Unis avaient été la dernière.

Le 24 octobre, les communistes emprisonnent le consul général des États-Unis et des membres du consulat, en résidence surveillée pendant près d’un an. Le consulat américain à Pékin est saisi. Toute reconnaissance des États-Unis apparaît définitivement compromise.

La France a tenté, avec le Royaume-Uni, de faire revenir les États-Unis sur leur hostilité de principe, parce qu’elle ne ménageait pas l’avenir. Ces tentatives ont échoué. Dès lors le Royaume-Uni a cherché à jouer son jeu, essayant sans cesse d’amener les États-Unis à partager ses vues. Lorsque le gouvernement français a pris conscience que le Royaume-Uni se dirigeait vers la reconnaissance, il a pris peur, du fait des risques que cette reconnaissance entraînait pour l’Indochine et parce que cette position tranchée était, finalement, contraire à sa politique de se tenir à distance égale entre nationalistes et communistes. Le Quai d’Orsay se rapproche donc des États-Unis à partir du début de novembre 1949.

Le front américano-français et son échec (novembre-décembre 1949)

L’arbitrage interministériel français

Lorsque la position anglaise est rendue publique, le 31 octobre, le gouvernement français arrête sa propre politique lors d’une réunion interministérielle tenue le lendemain sous la présidence de Robert Schuman, ministre des Affaires étrangères [34] . Comme depuis plus de six mois, cette réunion voit s’affronter à nouveau deux positions, celle de l’ancien ambassadeur de France en Chine et celle du haut-commissaire pour l’Indochine.

Le premier, Jacques Meyrier, fait valoir que la victoire communiste est durable. Si l’URSS et la Chine sont alliées, la RPC a d’importants besoins qu’elle ne peut satisfaire. De plus, la France est pour les Chinois le pays de « la Grande Révolution » et plusieurs communistes sont des « retour-de-France » [35] . Elle a donc une carte spéciale à jouer dans les relations avec la Chine. Il dénonce l’idée d’une collusion avérée entre les communistes chinois et Ho Chi Minh : reconnaître la RPC n’est pas porter atteinte aux intérêts français en Indochine. Enfin, une reconnaissance rapide et complète permettrait seule de défendre les intérêts économiques et commerciaux français.

Le second, Léon Pignon, se place avant tout du point de vue de la préservation des intérêts français en Indochine. Il pense que si la reconnaissance de la RPC est inéluctable, il faut la retarder le plus possible. Des contacts existent entre Mao et Ho Chi Minh ainsi qu’une coopération entre les communistes chinois et le Vietminh. Aucune gratitude de la part de la RPC n’est à attendre pour la reconnaissance qui lui serait accordée par la France. Au contraire, cette décision donnerait les mains libres aux Chinois d’Indochine. De plus, l’effet psychologique serait désastreux pour les populations ralliées et les combattants à qui on a dit qu’ils sont un rempart contre le communisme.

Robert Schuman se range à l’avis de Pignon : dans la politique de la France à la fin de 1949, la préservation des intérêts en Indochine pèse d’un poids plus lourd que la préservation des intérêts en Chine. Si la reconnaissance de la RPC semble inéluctable, il importe auparavant de tenter de remettre en cause les accords de 1946 et d’obtenir que les États-Unis et le Royaume-Uni reconnaissent officiellement le gouvernement de Bao Daï dans les États associés. La France doit donc continuer à reconnaître le régime de Chiang Kai-shek, retarder le plus possible la reconnaissance de la RPC et, à cette fin, convaincre les États-Unis de faire pression sur Londres.

L’inutile pression américano-française

Dès le lendemain, instruction est donnée à l’ambassadeur de France aux États-Unis, Henri Bonnet, de demander au Département d’État de faire pression sur le Foreign Office pour différer la reconnaissance et s’associer aux efforts faits par la France en ce sens [36] .

Peine perdue. Dans le même temps, se tient la conférence de Singapour des représentants britanniques en Extrême-Orient (Conference of Commonwealth Leaders and British Diplomats of the Far Eastern) où la question est discutée. En l’occurrence, certains de ceux-ci, notamment l’Inde, souhaitent une rapide reconnaissance de la RPC.

Le 9 novembre 1949, la France plaide encore pour une reconnaissance tardive de la RPC par le gouvernement anglais [37] . Elle prône la nécessité de l’unité occidentale, la RPC n’ayant été pratiquement reconnue que par les satellites de Moscou.

Lors des entretiens tripartites de Paris du 12 novembre entre les ministres des Affaires étrangères anglais, américain et français, Acheson fait pression sur Bevin dans le même sens, pour le maintien de la solidarité entre les trois puissances [38] . Les gouvernements anglais et américain envisagent de reconnaître rapidement le gouvernement de Bao Daï, ce qui est l’un des objectifs de la politique française.

L’automne 1949 constitue une période de vif débat, en France, entre partisans et adversaires de la reconnaissance, ou plus précisément entre ceux qui souhaitent une reconnaissance immédiate et ceux qui sont pour la différer. Une lettre du 20 novembre adressée au Quai d’Orsay par la journaliste et féministe Louise Weiss, alors à Hanoi, illustre la dureté de cette opposition, puisqu’elle considère que la reconnaissance du gouvernement de Mao « équivaut à un Munich asiatique [39]  ». La politique française de temporisation aboutit à déprécier aux yeux des dirigeants chinois la valeur de cette même reconnaissance : certains commencent à penser que, de toute façon, il n’y a que peu de moyens de peser sur Pékin.

Vers la reconnaissance de la RPC par le gouvernement anglais

Le 15 décembre, le Cabinet britannique prend la décision de reconnaître la RPC de jure. Deux facteurs principaux ont accéléré cette décision. D’abord, les autorités communistes chinoises, voyant le Royaume-Uni soumis aux pressions conjuguées de ses alliés, notamment les États-Unis, pensaient que la reconnaissance en serait retardée et envisageaient de prendre des mesures de rétorsion vis-à-vis des intérêts anglais. Or, le Cabinet ne veut pas que la reconnaissance paraisse dictée par les pressions des communistes chinois. Surtout, après la conférence de Singapour, le gouvernement indien s’oriente vers une reconnaissance imminente de Pékin. Le gouvernement anglais est soucieux d’éviter que cette probable annonce de New Delhi ne soit perçue comme une décision isolée d’un des membres du Commonwealth. L’Inde [40] , qui reconnaît la RPC le 30 décembre 1949, risquait en effet de considérer le Commonwealth comme un mouvement favorable exclusivement aux États « blancs ».

L’annonce doit intervenir avant l’ouverture de la conférence du Commonwealth à Colombo, le 11 janvier 1950. La décision du Royaume-Uni appelle des réserves de la part du Canada, de l’Australie et surtout des États-Unis. De nouvelles tentatives américaines et françaises sont faites à la fin décembre 1949 pour faire différer l’annonce anglaise. Le 31, encore, l’ambassadeur de France aux États-Unis reçoit instruction de demander au Département d’État de continuer à faire pression sur le Foreign Office pour obtenir que les deux décisions sur le gouvernement de Pékin et celui du Vietnam soient prises simultanément. La France, en effet, souhaite obtenir parallèlement la reconnaissance du gouvernement de Bao Daï, qu’elle a installée sur le trône. Cet objectif paraît bientôt être atteint, puisqu’un télégramme du 31 décembre de René Massigli informe le Quai d’Orsay que le gouvernement anglais est d’accord pour différer la reconnaissance jusqu’au 6 janvier 1950 et accorder au Vietnam la reconnaissance de facto en tant qu’État associé à l’Union française.

Tandis que le Royaume-Uni reconnaît la RPC le 6 janvier 1950, la Chine populaire et le Vietminh se reconnaissent mutuellement entre le 15 et le 18. D’autres pays occidentaux suivent : la Norvège dès le 7 janvier, le Danemark le 9, la Finlande le 13, la Suède le 14, la Suisse le 17. Les Pays-Bas procèdent à cette reconnaissance le 27 mars. L’unité d’attitude du bloc occidental sur la Chine communiste est donc détruite. En décidant de reconnaître la RPC, le Royaume-Uni entend ne plus reconnaître le gouvernement nationaliste réfugié à Formose et se dit prêt à échanger des missions diplomatiques avec la Chine rouge.

Finalement, tout le monde est perdant : les États-Unis comme la France n’ont pu obtenir du Royaume-Uni de différer sa décision. Et si, le 9 janvier 1950, la RPC se déclare désireuse d’établir des relations diplomatiques avec le gouvernement anglais, celles-ci ne seront pas établies, pour des raisons qui ne peuvent être développées ici. Le Royaume-Uni ne tirera donc pas de sa volonté de reconnaissance politique tout le profit économique attendu.

Deux illusions ont dominé cette année 1949. La première a été de croire qu’une convergence politique entre alliés était possible alors que leurs intérêts, notamment économiques, étaient divergents. Adepte de la Realpolitik, le Royaume-Uni a espéré secrètement tirer parti d’une des hésitations ou des déboires des autres puissances, tout autant alliées que concurrentes en matière d’affaires économiques, financières et commerciales. La deuxième illusion a été de s’imaginer que la reconnaissance bilatérale était un objectif majeur de la Chine. Or, cette dernière ne pouvait accepter de reconnaissance conditionnelle ni sembler la quémander alors que l’arrivée au pouvoir des communistes s’accompagnait d’un regain de nationalisme et de fierté chinois. En revanche, depuis la fondation de la RPC, il importe désormais plus à la RPC d’être admise comme membre de l’ONU et particulièrement de remplacer la Chine nationaliste comme membre permanent du Conseil de Sécurité. Cette question de l’admission de la Chine rouge à l’ONU, comme celle de la reconnaissance pour l’année 1949, domine la première partie de l’année 1950 jusqu’au déclenchement de la guerre de Corée et occasionne une crise sévère de l’Organisation.

Les débats entre alliés sur la question de la reconnaissance de la Chine communiste au cours de l’année 1949 anticipent sur les relations difficiles qui caractériseront les années futures. En effet, tout semblait pouvoir conduire à une politique commune vis-à-vis de la RPC : à la fois un accord pour considérer que l’établissement d’un régime communiste en Chine remettait en cause l’équilibre des puissances en Extrême-Orient, et également une même analyse du danger que ce nouveau régime faisait courir pour les intérêts politiques et économiques occidentaux. Or, les divergences l’ont emporté. Certes, à partir de 1950, le déclenchement de la guerre de Corée, surtout lorsqu’à l’automne la Chine y envoie des troupes, masque ces désaccords derrière une condamnation unanime qui se caractérise, à l’ONU, par le déclenchement de mesures d’embargo. Mais dès 1953 et l’armistice de Panmunjom, malgré une relative unité de façade, les désaccords sont nombreux, surtout sur les questions économiques, notamment au sein du COCOM [41] et du CHINCOM [42] , créées pour restreindre les échanges entre pays occidentaux et la RPC. La question chinoise apparaît largement, à ce point de vue, comme une pomme de discorde entre pays occidentaux dans les années 1950.

Pour citer cet article : Thierry Robin, « Faut-il reconnaître la Chine rouge ? L’attitude de la France et de ses alliés anglais et américain (janvier 1949-janvier 1950) », Histoire@Politique. Politique, culture, société, n° 19, janvier-avril 2013 [en ligne, www.histoire-politique.fr]

Notes :

[1] Nancy Bernkopf Tucker, Patterns in the Dust. Chinese-American Relations and the Recognition Controversy, 1949-1950, New York, Columbia University Press, 1983 ; Alexander Bevin, The Strange Connection: U.S. Intervention in China, 1944-1972, London, Wesport, 1992 ; Dorothy Borg, Waldo Heinrichs, Uncertain Years: Chinese-American Relations, 1947-1950, New York, Columbia University Press, 1980 ; John King Fairbank, The United States and China, London, Harvard University Press, 1979 ; Rosemary Foot, The Practice of Power: U.S. Relations with China since 1949, Oxford, Clarendon Press, 1995 ; Roderick MacFarquhar (dir.), Sino-American Relations, 1949-1971, New York, Praeger, 1972 ; Ernest R. May, The Truman Administration and China, 1945-1949, New York, J.B. Lippincott, 1975 ; Michel Charles Oksenberg, Robert Oxnam, Dragon and Eagle, United States and China Relations: Past and Future, New York, Basic Books, 1978 ; William Whitney Stueck, The Road to confrontation: American Policy towards China and Korea, 1947-1950, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 1981 ; Tsou Tang, America’s failure in China, 1941-1950, Chicago, University of Chicago Press, 1963.

[2] Robert Boardman, Britain and the People’s Republic of China 1949-74, Macmillan Press, 1976 ; Evan Luard, Britain and China, London, Chatto and Windus, 1962 ; Brian Porter, Britain and the Rise of Communist China. A Study of British attitudes, 1945-1954, London, Oxford University Press, 1967 ; James Tuck-Hong Tang, Britain's Encounter with Revolutionary China: 1949-54, Basingstoke, Macmillan, 1992.

[3] Christine Chaigne, La reconnaissance des gouvernements chinois par la France. Contribution à l’étude du principe d’effectivité en droit international public, Aix-en-Provence, Presses universitaires d’Aix-Marseille, 1996 ; Françoise Mengin, Les relations entre la France et Taiwan de 1964 à 1994 : contribution à une étude des relations extérieures d'un non-État, thèse de doctorat de science politique, Paris, IEP de Paris, 1994 ; Qu Xing, Le temps du soupçon : les relations franco-chinoises 1949-1955, Paris, You-Feng, 2005.

[4] Edwin W. Martin, Divided Counsel: The Anglo-American Response to Communist Victory in China, Lexington, University Press of Kentucky, 1986 ; Qiang Zhai, The Dragon, the Lion and the Eagle: Chinese/British/American relations, 1949-1958, Kent (Ohio), The Kent State University Press, 1994.

[5] Ministère des Affaires étrangères (ci-après MAE), série Asie-Océanie, sous-série Chine, volume 217, Aide-mémoire britannique remis le 4 janvier 1949 « Far Eastern Situation ».

[6] « As far as other Western countries, including the United Kingdom, are concerned, our best hope probably lies in keeping a foot in the door. That is to say that, provided there is not actual danger to life; we should endeavour to stay where we are, to have de facto relations with the Chinese Communists in so far as these are unavoidable, and to investigate the possibilities of continued trade in China » (Evan Luard, Britain and China, London, Chatto & Windus, 1962, p. 56-60). Voir aussi : James Tuck-Hong Tang, op. cit., p. 34 et suivantes.

[7] Foreign Relations of the United States (ci-après FRUS), 1949, vol. IX The Far East : China, Washington, United States Government printing Office, 1974, p. 1-160. Ibid. S93.01/1-349, Memorandum of Conversation, by the Chief of the Division of Chinese Affairs (Sprouse), Washington, January 6, 1949.

[8] MAE, série AO, sous-série Chine, vol. 10, Aide-mémoire du 2 février 949 du MAE (direction AO) à l’ambassade d’Angleterre à Paris.

[9] MAE, série AO, sous-série Chine, vol. 4, Note du 1er février 1949 pour le ministre a.s. Transfert éventuel des missions diplomatiques de Nankin en Chine du Sud.

[10] FRUS. 1949, op. cit., S93.01/3-2149 The British Embassy to the Department of State, Washington, 19 mars 1949, p. 11 et 12.

[11] FRUS. 1949, op. cit., Télégramme 893.01/4-2949 The Ambassador in China (Stuart) to the Secretary of State, Nanking, April 29 1949 (p. 12 et 13) ; Télégramme 711.93/5-349 The Ambassador in China (Stuart) to the Secretary of State, Nanking, May 3 1949 (p. 14 et 15) ; Télégramme 893.01/5-449 The Ambassador in China (Stuart) to the Secretary of State, Nanking, May 4 1949 (p. 15 et 16) ; Télégramme 893.01/5-549 The Ambassador in China (Stuart) to the Secretary of State, Nanking, May 5 1949 (p. 16 et 17).

[12] MAE, série AO, sous-série Chine, vol. 217, Télégramme du 13 mai 1949 de Massigli au MAE (Londres).

[13] MAE, série Cabinet du ministre, sous-série Robert Schuman, Asie 87, sous-dossier : Asie 14 octobre 1948-19 novembre 1952, Note du 21 mai 1949 « de la reconnaissance du futur gouvernement communiste chinois ».

[14] Lors de la cérémonie d’ouverture du comité préparatoire de la « Conférence consultative multipartite ». MAE, série AO, sous-série Chine, vol. 198, Dépêche n° 39 du 24 juin 1949 de Jacques Roux, délégué à Canton de l’Ambassadeur de France en Chine au MAE au sujet de (a.s.) Déclaration de Mao Tze Toung relative à la reprise éventuelle de relations avec l’extérieur.

[15] Brian Porter, op. cit., London, Oxford University Press, 1967, Chapter II : The Recognition Question, p. 34 et 35.

[16] Les États-Unis n’ont reconnu l’URSS qu’en 1933.

[17] Les élections du 5 novembre 1946 à la Chambre des Représentants traduisent un progrès important des républicains, qui obtiennent 53,5 % des voix, contre 44,3 % aux démocrates. Les élections du 2 novembre 1948 traduisent un vote majoritaire en faveur des démocrates (51,6 % contre 45,4 %).

[18] Le maccarthysme a duré aux États-Unis de 1950 à 1954.

[19] Yves Viltard, La Chine américaine. « Il faut étudier la Chine contemporaine », Paris, Belin, 2003, p. 7.

[20] MAE, série AO, sous-série Chine, vol. 217, Télégramme du 9 août 1949 de Baudet.

[21] Ibid.

[22] MAE, série AO, sous-série Chine, vol. 217, Télégramme du 31 août 1949 de Baudet (Londres) : « recognition by the powers should be considered on a basis of practical convenience rather than on sentiment ».

[23] Ibid. :« [...] to display a general and avowed hostility to the new regime is calculated to drive it further into the arms of Moscow ».

[24] MAE, série AO, sous-série Chine, vol. 217, Télégramme du 31 août 1949 de Baudet (Londres).

[25] MAE, série AO, sous-série Chine, vol. 217, Télégramme du 1er septembre 1949 de Baeyens à Massigli a.s. Note britannique sur la politique à l’égard de la Chine.

[26] MAE, série AO, sous-série Chine, vol. 217, Dépêche AFP du 23 septembre 1949 sur une déclaration britannique sur les relations commerciales avec la Chine communiste.

[27] Qiang Zhai. op. cit., p. 29.

[28] James Tuck-Hong Tang, op. cit., p. 42-45.

[29] URSS (3 octobre), Bulgarie (4), Roumanie (5), Hongrie (6), République démocratique populaire de Corée (6), Tchécoslovaquie (6), Pologne (7), Mongolie (16), République démocratique d’Allemagne (27), Albanie (23 novembre).

[30] MAE, série AO, sous-série Chine, vol. 217, Instruction adressée le 5 octobre 1949 par le Foreign Office à son Consul Général à Pékin pour être remise au Gouvernement communiste chinois : « His Majesty’s Government in the United Kingdom is carefully studying the situation resulting from the formation of the Central People’s Government. Friendly and mutually advantageous relations, both commercial and political, have existed between Britain and China for many generations. It is hoped that these will continue in the future. His Majesty’s Government in the United Kingdom therefore suggests that pending completion of their study of the situation, informal relations should be established between His Majesty’s Consular Officers and the appropriate authorities in the territory under the control of the Central People’s Government for the greater convenience of both governments and promotion of trade between the two countries. »

[31] « Recognizing a person is not necessary an act of approval […] One has to recognize lots of things and people in this world of sin and woe that one does not like. The reason for having diplomatic relations is not to confer a compliment but to secure a convenience », House of Commons Debates, volume 469, col. 2225, cité par Brian Porter, op. cit., p. 25.

[32] Documents on British Policy Overseas (DBPO), Series I, Volume VIII, n° 105 Memorandum by Mr. Bevin on Recognition of the Chinese Communist Government, Foreign Office 24 October 1949, CP(49)214 [CAB 129/37], p. 397-402. Voir également : MAE, série AO, sous-série Chine, vol. 217, Aide-mémoire remis le 31 octobre 1949 au MAE au sujet de la reconnaissance par la Grande-Bretagne du gouvernement de Pékin ; MAE, série Cabinet du ministre, sous-série Robert Schuman, Asie 87, Aide-mémoire du 31 octobre 1949 de l’ambassade de Grande-Bretagne à Paris.

[33] La date du 10 janvier 1946 est celle du cessez-le-feu signé entre nationalistes et communistes sous l’égide du général George Marshall lorsqu’il essayait de promouvoir une solution pacifique lors de sa mission en Chine.

[34] MAE, série Cabinet du ministre, sous-série Robert Schuman, Asie 87, Compte rendu de la séance tenue au ministère des Affaires étrangères le mardi 1er novembre 1949 à 11 heures sous la présidence de M. Robert Schuman, ministre des Affaires étrangères.

[35] Ils ont travaillé ou fait des études en France avant de revenir en Chine (exemple de Zhou Enlai).

[36] MAE, série AO, sous-série Chine, vol. 217, Télégramme du 2 novembre 1949 d’Alexandre Parodi à l’ambassade de France à Washington.

[37] MAE, série AO, sous-série Chine, vol. 210, Aide-mémoire du 9 novembre 1949 du gouvernement français à l’ambassade de la Grande-Bretagne en France, Paris.

[38] Ibid. Télégramme du 12 novembre 1949 d’Alexandre Parodi à ambassade de France à Londres.

[39] MAE, série Cabinet du ministre, sous-série Robert Schuman, Asie 87.

[40] Le Pakistan et Ceylan en font autant dans les jours suivants.

[41] Coordinating Committee for Multilateral Export Control, créé au début de 1950 à l’initiative des États-Unis pour l’établissement d’un contrôle multilatéral des exportations stratégiques de leurs alliés européens vers le Bloc de l’Est.

[42] China Committee, créé en septembre 1952 pour restreindre encore les échanges commerciaux avec la RPC. Cette instance sert de cadre permanent aux échanges commerciaux avec la Chine jusqu’à son abolition en 1957.

Mots clefs : France, Chine communiste, reconnaissance, Etats-Unis, Royaume-Uni.

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  • ISSN 1954-3670