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Du Birth Control au Planning familial (1955-1960) : un transfert militant

Bibia Pavard
Résumé :

L’article s’intéresse à la résurgence d’un débat sur le contrôle des naissances en France au milieu des années 1950 (...)

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L’implantation du planning en France dans les années 1950 est un terrain privilégié d’observation de la circulation et de l’adaptation d’une revendication au-delà des frontières nationales. Dans le contexte répressif français où la législation interdit à la fois les pratiques abortives, la révélation de procédés contraceptifs mais aussi toute « propagande anticonceptionnelle » depuis la loi de 1920 [1] , l’ouverture sur l’étranger est une ressource primordiale. L’évocation de l’ailleurs contribue à légitimer la réémergence d’un débat sur le contrôle des naissances en 1955 : l’étranger est un modèle auquel on se réfère pour trouver les mots justes – le terme Birth Control est utilisé dans un premier temps sans traduction – ou pour vanter les pratiques efficaces et bénéfiques pour la santé des populations. En outre, le développement d’un argumentaire sur le planning familial en France s’appuie sur l’adaptation d’une rhétorique étrangère au contexte français. Cette circulation d’idées est portée par des « passeurs », c'est-à-dire des personnes qui elles-mêmes sont mobiles et participent aux déplacements de savoirs et de savoir-faire. De plus, l’existence de structures à vocation transnationale, tout particulièrement l’International Planned Parenthood Federation (IPPF), créée en 1952 et qui regroupe des associations nationales de planning familial est propice aux actions concertées et aux réseaux d’entraide au-delà des frontières. Dans ces échanges les militant-e-s américain-e-s et anglais-e-s jouent un rôle prépondérant, par leur antériorité dans le domaine du contrôle des naissances, mais aussi par les financements qu’ils offrent à la recherche et aux organisations transnationales. Au-delà de la polémique qui consiste à faire du contrôle des naissances une forme d’américanisation, comme l’affirme par exemple le parti communiste français dans les années 1950, il s’agit de s’intéresser aux différentes échelles de la stratégie des militant-e-s de la contraception qui d’emblée s’inscrivent dans une action qui dépasse le cadre national. S’il y a certes une vocation à exporter une certaine vision du monde dans l’action des organisations américaines, les acteurs français s’approprient des aspects de cette vision pour en rejeter d’autres dans un processus d’acculturation, c'est-à-dire d’« ancrage dans une culture réceptrice de phénomènes importés [2]  ». Le concept de « transfert culturel » semble donc particulièrement heuristique pour comprendre ces phénomènes d’influence, de réception et d’hybridation : il permet d’envisager les circulations culturelles transnationales et de s’inscrire dans le « renouvellement de la socio-histoire de la production des savoirs en science sociale par la prise en compte de la dimension inter- et transnationale [3]  ». Cela est d’autant plus vrai que le contrôle des naissances participe à un objectif global, la tentative de maîtriser la population mondiale [4] . Cependant, il s’agit ici de confronter l’historiographie des transferts culturels à celle des mouvements sociaux [5] . En effet, des phénomènes de transferts, de traductions, d’adaptations ou de différenciations ont lieu dans les mobilisations collectives. Les traductions d’ouvrages politiques, les voyages de militant-e-s, individuels ou collectifs, les rencontres internationales informelles ou dans le cadre d’organisations internationales peuvent permettre la circulation d’idées et de pratiques. De plus, l’internationalisation de l’information permet l’adaptation de symboles et l’adoption de causes communes. Il est ainsi utile, surtout dans le contexte de l’après-1945, de décentrer le regard pour se demander comment les voyages (d’étude, de découverte mais aussi à vocation militante) peuvent produire ou renforcer l’engagement ; comment la circulation des personnes peut produire les rencontres nécessaires à la formation d’un groupe politique ; comment la traduction d’un ouvrage peut avoir un impact sur la circulation de revendications ; comment des réseaux transnationaux peuvent soutenir une cause au niveau national ; dans quelle mesure les pratiques militantes s’adaptent à différents contextes nationaux et comment le contexte international peut peser sur le succès d’une revendication au niveau national. C’est pourquoi, le concept de transfert militant servira de base à notre réflexion. Nous entendons par là les circulations et adaptations d’idées, de personnes et de pratiques militantes au-delà des frontières des états. À l’aide des archives de la Maternité heureuse [6] créée en 1956 et qui devient le Mouvement français pour le planning familial en 1959, complétées par des archives de pionniers du Birth Control en France [7] et par de la littérature grise (revues militantes et prospectus), nous verrons donc comment le développement du planning familial en France s’appuie sur le concours simultané de femmes et d’hommes s’engageant au niveau national, international et local. L’hypothèse développée ici est que les transferts militants ont largement contribué à construire la légitimité d’une revendication à la fois taboue et interdite en France. Nous verrons tout d’abord comment les réseaux transnationaux préalables favorisent l’émergence d’un débat sur le contrôle des naissances en France en 1955 ; nous verrons ensuite le rôle de l’International Planned Parenthood Federation dans la circulation de pratiques et de discours qui permettent de construire un mouvement pour le Birth Control en France ; enfin nous nous intéresserons aux phénomènes de traduction et d’adaptation des discours anglais et américain au contexte français.

L’étranger aux sources la résurgence du débat sur le contrôle des naissances en France

La réémergence d’un débat sur le contrôle des naissances en France est souvent présentée comme un phénomène strictement national alors même qu’il s’inscrit dans un contexte transnational. En mars 1955, une jeune gynécologue de quarante ans, Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé (1916-1994), fait un discours à l’Académie des sciences morales et politiques qui a pour objet la « maternité volontaire ». Elle y dénonce ouvertement la loi de 1920 et réclame la liberté en matière contraceptive à la fois pour améliorer la santé physique et morale des femmes mise en péril par les maternités non désirées et pour lutter contre les avortements clandestins réalisés dans des conditions sanitaires déplorables. À la suite de cela, des journalistes ami-e-s ou allié-e-s multiplient les articles, trois propositions de lois sont déposées en faveur de la suppression des articles 3 et 4 de la loi de 1920 relatifs aux procédés anticonceptionnels par des députés socialistes et progressistes proches de Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé. Cette dernière fonde avec d’autres femmes l’association Maternité heureuse en mars 1956. Soudainement, il devient possible de parler ouvertement de contraception et d’avortement sur la scène publique, alors qu’a priori la loi de 1920 interdit toute propagande en faveur des produits anticonceptionnels. Cela découle notamment de la stratégie de cette nouvelle association et de ceux qui la soutiennent. Elle diffère considérablement de celle des premier militants de la contraception, les néo-malthusiens, qui, à la fin du XIXe siècle, avaient adopté une approche subversive de la question : ils prônaient la grève des ventres afin d’améliorer les conditions de vie des populations les plus pauvres mais aussi pour miner le pouvoir bourgeois en diminuant le nombre de travailleurs et de soldats. Certaines féministes [8] , dans la mouvance anarchiste, faisaient de la contraception et de l’avortement un moyen de libérer les femmes du fardeau de la maternité et de maîtriser leur propre corps. L’association la Maternité heureuse aspire au contraire à la respectabilité et à la construction d’une nouvelle légitimité qui passe par plusieurs moyens. Tout d’abord par une approche genrée de la question : l’association est composée uniquement de femmes, qui plus est éduquées, exerçant pour certaines des professions intellectuelles prestigieuses (médecins, avocates, femmes de lettres) ou bien introduites dans les milieux culturels et politiques notamment par leurs époux. De plus, elles sont toutes mères de famille, ce qui contribue à rejeter tout soupçon antinataliste. Surtout, la présidente de l’association est gynécologue et met tout le poids de son expertise pour défendre l’intérêt sanitaire de la libre contraception. La médicalisation de la question est ainsi fondamentale pour changer d’image [9] . Enfin, le détour par l’étranger prend une place importante dans le processus de légitimation.

Dès les premières prises de position sur le sujet, la comparaison avec d’autres pays constitue un argument. Ainsi un article dans France Observateur précise que « dans presque toutes les nations civilisées, la femme a la possibilité en s’adressant à son médecin ou à son pharmacien, de se procurer librement les objets contraceptifs qui lui permettent d’avoir, quand elle le désire, des rapports sexuels sans aucun risque de procréation […]. Rien de tout cela n’existe en France, qui en ce domaine, se montre plus rigoriste (ou plus hypocrite, ou plus imprudente) que n’importe quel pays [10]  ». Il est vrai que des cliniques de Birth Control existent depuis l’entre-deux-guerres aux États-Unis, en Angleterre ou dans d’autres pays européens alors qu’en France ce mouvement a été freiné par la loi de 1920 qui punit l’avortement et toute propagande anticonceptionnelle. Cette vision est cependant simplificatrice car il s’agit dans la plupart des cas d’une libéralisation de fait plus que de droit. Par exemple, aux États-Unis, le Comstock Act interdit depuis 1873 l’envoi de matériel obscène par la poste (les contraceptifs étant compris comme tels) et n’est aboli qu’en 1965 par un arrêt de la Cour Suprême. Inversement, en France, il est possible de se procurer des préservatifs ou même, pour une petite minorité bien informée, d’autres contraceptifs venus de l’étranger. Mais la référence à ce qui existe ailleurs permet de construire une impression de retard français, aussi largement utilisée, à la même époque, en ce qui concerne la vie économique nationale autour des questions de recherche et d’innovation [11] . La stratégie des pionniers du contrôle des naissances en France est donc de puiser dans les expériences libérales de pays occidentaux pour légitimer leur revendication. Ainsi, en 1953, Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé écrivait un article dans La Semaine des hôpitaux sur « Le contrôle des naissances et la loi française de 1920 » où elle développait longuement la situation aux États-Unis et où elle expliquait que dans ce pays comme au Royaume-Uni, en Hollande ou en Suède il existait des organismes officiels de parenté planifiée [12] .

L’accès à ces informations sur des situations étrangères découle en fait d’un réseau préalable de connaissances chez les pionniers du Birth Control français. Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé fait en effet de son voyage aux États-Unis en 1947 un moment fondateur de sa prise de conscience de l’existence du contrôle des naissances [13] . Elle accompagne alors son mari, le docteur Benjamin Weill-Hallé, qui fait une conférence à New York, et, sur ses conseils, visite la clinique de la fédération américaine de planning familial. Elle a été créée d’abord illégalement par la pionnière américaine du Birth Control, Margaret Sanger (1879-1966), en 1916, qui a été jugée et condamnée pour ses activités avant de gagner en respectabilité en s’associant à des médecins [14] . Dans les années 1940, le Centre de recherche Margaret Sanger (Margaret Sanger Research Bureau) est constitué : il est dirigé par le docteur Abraham Stone (1890-1959), urologue. C’est ce dernier qui renseigne la gynécologue française sur l’existence d’une centaine de cliniques de planning familial aux États-Unis dispensant des conseils médicaux aux couples pour les aider à « espacer les naissances en fonction de leurs capacités économiques, physiques, morales [15]  ». Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé, plus jeune et n’ayant pas la même socialisation politique, est d’abord choquée par cette démarche. Elle change de position quand elle ouvre son cabinet et se rend compte de la demande des femmes. Elle multiplie alors les contacts avec la fédération américaine de planning familial et avec des organisations similaires en Europe. Elle y trouve également le soutien qu’elle n’a pas en France. Elle raconte, a posteriori, que c’est à la suite d’une visite de Margaret Sanger en 1955 à Paris qu’elle se décide à créer l’association la Maternité heureuse. Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé n’est pas la seule à être en contact avec des militants et militantes étrangers. Son confrère et ami le docteur Jean Dalsace (1893-1970) connaît Margaret Sanger et Abraham Stone depuis un voyage aux États-Unis en 1929 [16] . Membre du parti communiste depuis 1920, militant de l’association d’études sexologiques fondée en 1931 par le docteur Édouard Toulouse qui prône la régulation des naissances, il ouvre la première consultation de Birth Control en France en 1935 à Suresnes, avec la protection du maire socialiste de la ville, Henri Sellier [17] . Jean Dalsace dirige, en 1955, un numéro spécial de la revue Gynécologie pratique consacré au « Birth control ». Sa signature et celle de Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé y côtoient celle de médecins étrangers : le docteur Conrad van Emnde Boas, de l’association de planning familial hollandaise, vice-président de l’International Planned Parenthood Federation ; le docteur Lord Horder, vice-président de la Family Planning Association anglaise ; le docteur Abraham Stone et Margaret Sanger de la Family Planning Federation aux États-Unis entre autres. Jean Dalsace a usé de ses réseaux pour réunir les articles : une partie de sa correspondance conservée témoigne des échanges épistolaires qui précèdent la publication du numéro [18] . Le docteur Abraham Stone lui envoie ainsi à sa demande des prospectus et un livre sur le contrôle des naissances aux États-Unis [19] . Ces réseaux transnationaux s’appuient à la fois sur une convergence militante, une reconnaissance entre pairs – ce sont souvent des médecins –, un niveau d’éducation permettant la maîtrise de plusieurs langues et des voyages fréquents. L’amitié vient ensuite renforcer ces liens : Abraham Stone dans sa lettre remercie ainsi Jean Dalsace pour le déjeuner chez lui qui « demeure l’un des plus agréables souvenirs de [son] voyage l’année passée » à Paris [20] . Cette correspondance témoigne également du rôle que joue l’International Planned Parenthood Federation dans la collecte d’articles, Jean Dalsace étant en contact avec Rotha Peers, secrétaire régionale de la fédération, dont les bureaux sont situés à Londres. Cette dernière transmet notamment des demandes de renseignements à plusieurs responsables européens. L’IPPF permet en fait de structurer des réseaux préexistants et de les renforcer.

L’International Planned Parenthood Federation : une structuration des réseaux transnationaux

L’IPPF réunit diverses associations nationales. Cette fédération est créée officiellement en 1953 à la conférence de Stockholm après plusieurs conférences internationales qui débutent en 1946. Elle atteste la renaissance des réseaux internationaux en faveur de la limitation des naissances déjà actifs dans l’entre-deux-guerres, en même temps qu’une transformation de l’approche du problème. En effet, l’IPPF renaît de la reprise d’activité des grandes figures du néo-malthusianisme, mais avec un changement majeur dans les arguments puisqu’il s’agit dorénavant de prôner le Birth Control à l’aide d’un argumentaire médical. Margaret Sanger, première présidente de l’IPPF, tout comme Elise Ottesen-Jensen (1889-1973), seconde présidente, représentent parfaitement cette transition. Toutes deux nées dans les années 1880, elles participent à la propagande pour la limitation des naissances puis pour le contrôle des naissances dès les années 1910. Elles sont ensuite à l’origine du passage à la médicalisation de la question : venant toutes deux d’un militantisme anarchiste et féministe, elles se spécialisent finalement sur les questions sexuelles et se rapprochent progressivement de médecins éminents qui leur donnent une caution scientifique, notamment autour d’une justification eugénique. Il faut ajouter à ce duo, l’Anglaise Mary Stopes (1880-1958), biologiste de formation, qui ouvre la première clinique de contrôle des naissances au Royaume-Uni en 1921. Elles représentent toutes trois une élite féminine éduquée et très active, tant sur le plan national qu’international, dans l’entre-deux-guerres. L’association hollandaise de planning familial, la Fédération américaine de parenté planifiée, l’Association de planning familial de Grande-Bretagne et la Société nationale pour l’instruction sexuelle en Suède sont à l’origine de la conférence internationale de 1946 qui a la volonté de mettre en place une organisation internationale permanente, ce qui est fait en 1953 avec l’IPPF. Simplement, après la Seconde Guerre mondiale et la dérive nazie, l’eugénisme n’est plus d’actualité, le discours se déplace sur un autre terrain. Leur action rencontre des soutiens favorables, au début des années 1950, car elle va dans le sens d’une inquiétude grandissante au sujet de la surpopulation dans les pays en voie de développement. Ce courant se développe parmi des démographes américains qui déplacent leur regard du déficit démographique des pays développés à la croissance rapide de la population mondiale [21] . Cette croissance est perçue comme un danger à la fois pour le bien-être des populations concernées mais aussi pour l’équilibre mondial. Les démographes font ainsi de la surpopulation un obstacle au développement, analyse qui prend une résonnance particulière dans le contexte de la guerre froide. La frustration face à l’impossibilité d’accéder à la prospérité, et cela après la colonisation, pourrait mener les pays en voie de développement à un rapprochement avec le bloc de l’Est [22] . Et en effet, le contrôle des naissances devient un enjeu de la guerre froide, l’URSS refusant la limitation de la population et affirmant que le problème se trouve dans le fonctionnement du capitalisme et non dans l’excédent démographique. La population mondiale est aussi un enjeu géopolitique dans le contexte de la décolonisation. Les pays faiblement peuplés du Nord craignent la montée en puissance démographique des pays du Sud et « les Occidentaux responsables du maintien du contrôle sur des positions outre mer voyaient de plus en plus la croissance de la population comme leur Némésis [23]  » : c’est le cas pour les États-Unis au Japon et la France en Algérie. Les États-Unis jouent un rôle moteur dans la prise en compte de la question de la population mondiale à travers l’initiative d’acteurs privés. John D. Rockefeller III fonde et finance son propre organisme le Population Council, créé en 1952 dans le but de subventionner des recherches sur la démographie et la bio-médecine mais aussi des rencontres internationales comme la première conférence sur la population des Nations Unies en septembre 1954 à Rome [24] . Le financement de la Fédération internationale de parenté planifiée provient des cotisations des différentes organisations membres, de la vente de publications et de « contributions volontaires ». En fait, la principale source de financement est américaine : il s’agit de la fondation Brush qui en 1948 fournit l’argent nécessaire pour créer et subvenir aux dépenses de fonctionnement des bureaux du comité à Londres qui deviennent ensuite les bureaux centraux de l’IPPF. Margaret Sanger parvient à obtenir ces fonds par l’intermédiaire de Dorothy Brush (1840-1969), militante pour le Birth Control depuis les années 1920 à ses côtés. Le réseau international des défenseurs du contrôle des naissances se trouve donc dans un contexte favorable. À partir de 1951, il s’ouvre aux pays du Sud à travers l’Inde, dont le président Nehru a demandé de l’aide aux Nations unies pour réduire le taux de fécondité. Abraham Stone visite l’Inde en octobre 1951, comme consultant de planning familial pour l’Organisation mondiale de la santé, et un an plus tard, du 24 novembre au 2 décembre 1952, une grande conférence internationale est organisée à Bombay avec l’Association de planning familial indienne, c’est lors de cette conférence que l’IPPF est fondé.

Son action a deux objectifs principaux : « l’avancement à travers l’éducation et la recherche scientifique de l’acceptation universelle du planning familial et de la parenté responsable dans l’intérêt du bien être de la famille, de la communauté et de l’amitié internationale », et de l’autre « un bon équilibre entre la population et les ressources naturelles de la planète » qui « est une condition indispensable à la paix durable dans le monde » et qui est conditionné à ce que le planning familial devienne « un droit de l’homme fondamental [25]  ». L’IPPF distingue et hiérarchise les objectifs : pour les pays développés où l’accent est mis sur le libre-arbitre des couples ; et pour les pays en voie de développement où l’accent est mis sur la réduction nécessaire de la population considérée comme un obstacle au développement [26] .

Prospectus présentant l'IPPF, non daté, BUIM.
Archives, Fonds Dalsace, Dossier Birth Control n°1

Cela passe par plusieurs activités : l’organisation de conférences internationales qui permettent des rencontres, une visibilité de la question de la parenté planifiée et un échange d’informations. Dans le même but est créé un bulletin mensuel, News on Population and Birth Control, qui donne des nouvelles de l’association, des pays membres et plus généralement de la situation du contrôle des naissances dans divers pays. Sa rédaction est prise en charge par la Fédération américaine de parenté planifiée et sa rédactrice en chef est Dorothy Brush [27] . Enfin, « une des fonctions les plus utiles de l’IPPF est la formation aux techniques contraceptives de médecins et d’infirmières ». Des cours sont disponibles dans les cliniques de l’Association de planning familial du Royaume-Uni. Ainsi, l’association française la Maternité heureuse n’a pas seulement recours à l’IPPF pour obtenir un argumentaire, elle y a aussi recours pour se former en ce qui concerne le contrôle des naissances tant d’un point de vue théorique que pratique. Très concrètement, les médecins français ont un déficit de connaissances en matière de contraception par rapport à leurs collègues américains, anglais ou suédois. Ils ne connaissent pas les méthodes dites « modernes », qui ne sont pas utilisées en France et qui ne font pas l’objet d’un apprentissage au cours des études de médecine. Les conférences internationales sont aussi un lieu de diffusion des nouvelles recherches sur la contraception. Les voyages à Londres, au siège de l’IPPF, sont aussi une forme de « tourisme scientifique [28]  » et deviennent un passage obligé pour les premiers gynécologues et militant-e-s. Dans le Bulletin de l’IPPF de juin 1957, il est précisé qu’« en quête d’information sur le planning familial, des membres de l’association Maternité heureuse menés par leur présidente, docteur Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé, ont visité la Belgique, la Hollande, et le Royaume-Uni, étudiant les cliniques et rencontrant les principales figures de la fédération internationale de planning familial et d’organisations alliées. De plus, dans le bulletin La Maternité heureuse de juin 1959, qui relate une visite à Londres, il est indiqué que les médecins de l’association française reçoivent un cours du docteur Helena Wright sur les moyens anticonceptionnels au siège de la Family Planning Association et ont « le droit de s’exercer sur le mannequin mis à leur disposition pour appliquer les conseils du docteur Wright ; [les] infirmières se contenteront de regarder la démonstration pratique ; les médecins […] se chargeront de les former à leur tour. Tout le matériel nécessaire (diaphragmes, gelées, etc.) est distribué aux assistants, afin qu’ils suivent mieux les explications de la conférencière [29]  ». Ce sont les deux associations américaine et britannique qui fournissent un matériau réutilisable par les associations de différents pays par l’intermédiaire de l’IPPF. Une standardisation des arguments et des informations fournies dans le monde s’opère à partir de ces deux modèles. Lors de la visite de 1959, l’auditoire du docteur Wright permet d’en mesurer l’ampleur : il comprend en plus des Françaises « un Égyptien, un Chypriote, un Cinghalais, un Malais, un Indien, un Italien et deux Anglaises [30]  ».

En 1959, la Maternité heureuse devient membre de l’IPPF, qui compte à cette date vingt-six organisations. Les réseaux militants préexistants sont donc essentiels à la création et à l’implantation du mouvement français pour le contrôle des naissances en France. Ils fournissent les soutiens et le discours nécessaires au démarrage de l’association et ils participent à la construction d’une image respectable autour de la médicalisation de la question. Ces réseaux n’échappent pas à l’un des adversaires inattendus du contrôle des naissances en 1956 : le parti communiste français. Parmi les arguments avancés, outre la nécessité de se concentrer sur la possibilité d’avoir des enfants plutôt que de ne pas en avoir et la dénonciation du caractère bourgeois du contrôle des naissances, il y a le danger pour la démographie nationale qui résulte d’une opération des « idéologues de l’impérialisme américain [31]  ». Mais faut-il voir dans l’implantation du planning familial en France comme une « américanisation » de la question de la limitation des naissances ? Le processus de transfert militant ne constitue pas seulement une imitation mais aussi une adaptation qui passe par une traduction dans les mots mais aussi dans la manière de construire le problème public dans le contexte français.

L’émergence d’un « planning familial à la française »

L’exemple que constituent les expériences européennes et américaine, ainsi que l’existence de la fédération internationale de planning familial (IPPF), permet aux partisans du contrôle des naissances de redéfinir la question du contrôle des naissances. Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé formule un vœu qui résume les enjeux de son implantation dans l’Hexagone : « Prenant exemple sur tant de pays voisins et amis dont le niveau moral des populations n’est en aucun point inférieur au nôtre, il nous faudrait chercher une formule française [32] . » Elle souhaite prendre exemple mais aussi adapter et traduire un argumentaire à la situation française. De fait, l’effort de définition est essentiel pour expliquer et faire accepter le contrôle des naissances à ses débuts. Le terme de Birth Control, comme l’explique Jean Dalsace, difficilement traduisible en français, tend à évoquer à la fois « un contrôle insupportable » et « une lutte souvent anarchique [...] basée sur une théorie inexacte de Malthus, [qui] consistait à faire admettre une diminution aveugle des naissances ». Et pourtant, explique-t-il, le but de l’IPPPF « n’est plus la limitation des naissances, mais l’obtention de familles heureuses où les enfants sont désirés, suffisamment espacés pour n’être pas un lourd fardeau, d’abord pour la santé de la mère, et pour le budget de la famille [33]  ». Le travail de traduction est en effet essentiel pour asseoir la légitimité du mouvement naissant qui a rencontré une triple opposition venue des natalistes, des communistes et des catholiques. Le premier bulletin d’information de l’association la Maternité heureuse propose un petit dictionnaire dans lequel on trouve une explication plus complète de l’expression anglaise, cette fois-ci traduite, de « contrôle des naissances » :

« Mauvaise traduction française de l’expression Birth Control – terme anglais formé sur le modèle de Self Control (contrôle de soi-même, maîtrise de soi). Birth Control signifie donc maîtrise de sa procréation (capacité de n’avoir des enfants que lorsqu’on le désire). Lorsqu’on préconise le Birth Control on émet le souhait que tout couple puisse être à même d’avoir des enfants lorsqu’il en désire, et de n’en pas avoir quand il n’en désire pas. On sous-entend que les couples doivent avoir la possibilité d’être éduqués dans ce but par des médecins spécialistes qui aient la possibilité d’user des moyens modernes pouvant empêcher la conception dans des périodes où elle n’est pas souhaitée. L’expression “contrôle des naissances” ne doit jamais être employée ou comprise dans le sens de “contrôle par une autorité – par l’État” de la procréation des couples : ce serait une grossière erreur. »

Il s’agit donc de se distinguer de deux choses : l’eugénisme associé au nazisme et au contrôle autoritaire des naissances par l’État ; le néo-malthusianisme associé à une politique subversive et à la limitation du nombre des naissances. En effet, en France, les défenseurs du Birth Control doivent faire face à un enjeu démographique très spécifique. L’antériorité française dans la transition démographique à la fin du XVIIIe siècle contribue à construire un complexe de faiblesse démographique en particulier dans le contexte de la guerre de 1870 et de l’entre-deux-guerres. Les élites politiques de l’après-Seconde Guerre mondiale restent marquées par le déficit des naissances des années 1920 et 1930 et malgré le baby-boom à l’œuvre depuis 1944, la nécessité d’encourager la natalité pour ses bienfaits économiques et sociaux, notamment par une politique familiale, fait consensus. La France des années 1950 est ainsi profondément marquée par le natalisme et le familialisme. Les militant-e-s du Planning familial s’inscrivent dans ce cadre de référence [34] d’autant qu’un de leurs farouches adversaires est Alfred Sauvy, démographe de renom, qui est à la tête de l’Institut national d’études démographiques. Ce dernier, dès 1956, leur a porté la contradiction : il associe contrôle des naissances et baisse de la natalité en évoquant la fragilité du renouveau démographique : « Par la reprise de sa jeunesse, la France se prépare, discrètement à des lendemains triomphants. Une rechute de la natalité serait le coup de talon sur la tête du noyé, qui est parvenu à sortir la figure à l’air libre [35]  », affirme-t-il. Les pionniers du Birth Control insistent au contraire pour définir le contrôle des naissances comme un moyen d’espacer les naissances et non de les limiter.

Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé publie en 1959 un ouvrage dans lequel elle utilise presque exclusivement une documentation fournie par l’IPPF. Cet ouvrage permet très concrètement de voir à l’œuvre les usages du matériel militant étranger. Dans le dernier chapitre, l’ouvrage reproduit une série de documents « mis à la portée du public dans les pays faisant partie de l’IPPF ». Ils sont proposés en anglais et ensuite traduits en français.

Extrait d'une bande dessinée publiée par la Planned Parenthood Federation of America
et reproduite dans le livre de Marie-Andrée Weill-Hallé, Le Planning familial, Paris, Maloine, 1959.

Une bande-dessinée réalisée par l’Association de parenté planifiée d’Amérique, Adieu à la peur, est reproduite en intégralité. Elle montre un couple d’Américains, Joan et Ken Harper, en proie à l’angoisse face à une possible nouvelle grossesse. Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé précise que « les documents reproduits au chapitre III [lui] ont été communiqué par la Planned Parenthood of America et la Family Planning Association de Grande-Bretagne, toutes deux membres de l’International Planned Parenthood dont le siège est à Londres. Soucieuses de [l’] aider à favoriser le développement d’un planning familial en France, ces organisations ont bien voulu [l’] autoriser à les publier ». Il s’agit d’une forme de propagande déguisée, comme le dit Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé, il lui a paru « plus vrai et plus direct encore de soumettre à l’appréciation des familles françaises quelques documents, mis quotidiennement à la portée dans les pays faisant partie de l’IPPF [36]  ». On reconnaît bien, en effet, dans cet ouvrage l’argumentaire de l’organisation internationale sur les périls de la natalité dans les pays en voie de développement ou le planning familial « est envisagé d’abord comme un moyen de lutte contre l’expansion démographique », opposée aux besoins des pays développés où c’est l’« aspect humain et individuel qui domine, tendant à développer l’harmonie des couples et de la famille, dans son intérêt immédiat et dans son intérêt plus lointain mais non moins réel de la Société [37]  ».

Cependant, Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé, avec ce livre, effectue un travail de mise en conformité au contexte français, elle l’affirme en conclusion : en évoquant les « voisins d’Europe et d’Outre-Atlantique ». Elle a fait cette étude « avant tout, en pensant à la France [38]  ». Cela se note dans l’insistance sur le caractère familial du projet, sur le rejet de toute forme de malthusianisme et sur la volonté de convaincre aussi les catholiques. En effet, tout d’abord l’ouvrage est un outil utilisé pour imposer ce nouveau terme de planning familial à la place de celui de contrôle des naissances et pour répondre aux objections qui ont été formulées depuis 1956. La gynécologue s’explique en introduction :

« Nos tentatives pour traduire l’expression “Family Planning” ont été vaines et chaque essai s’est soldé par un échec et de violentes critiques. En effet le mot planification a, en France, une signification politique mal tolérée […]. En ce qui nous concerne, nous avons abandonné tout essai de traduction d’autant plus que le mot “Planning” s’emploie déjà volontiers dans le langage technique en France. C’est donc de “Planning familial” qu’il s’agira ici, en espérant qu’il ait bientôt droit de cité parmi nous […] [39] . »

En réalité, elle opère déjà une traduction car elle choisit le terme de planning familial plutôt que de parentalité planifiée – planned parenthood – également répandu en anglais, elle insiste alors sur la famille comme cadre de référence plutôt que le couple. La gynécologue crée un néologisme qui est présenté comme tel et défini comme « l’ensemble des mesures visant à favoriser la natalité ; lorsque les conditions sociales, matérielles et morales s’y prêtent [40]  ». Elle en fait donc un instrument d’une natalité vigoureuse pour rallier les natalistes. La couverture de l’ouvrage est très révélatrice : on peut voir une photographie en noir en blanc de quatre enfants, deux filles et deux garçons, tous souriants. La famille est nombreuse et l’écart en âge semble parfait (environ trois ans). Autre fait significatif, la fille la plus âgée porte une croix autour du cou, il ne s’agit donc pas d’aller à l’encontre des catholiques pratiquants. En effet, un des autres adversaires de l’action de la Maternité heureuse est l’Église catholique qui n’autorise que les méthodes dites naturelles, c'est-à-dire l’abstinence périodique, et rejette toutes les méthodes nouvelles. Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé, dans son ouvrage, assure pourtant que « la légitimité du F.P. a été reconnue par le Vatican et seules sont en discussion des questions de technique [41]  ».

Couverture de l’ouvrage publié chez Maloine en 1959

Enfin, pour répondre aux adversaires du parti communiste, elle n’hésite pas à recourir à l’exemple de l’Union soviétique, en citant les propos du professeur Boleslav Smoulevitch de l’Institut de la Santé publique qui explique ainsi que dans son pays la politique d’encouragement de l’accroissement de la population n’est aucunement accompagnée de la restriction de l’emploi de moyens anticonceptionnels [42] .

L’ouvrage de Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé précède de peu le changement du nom de son association qui, après avoir rejoint l’IPPF devient le Mouvement français pour le planning familial en 1960. Un an plus tard, en 1961, le premier centre de planning familial est ouvert à Grenoble, sur le modèle de ceux qui existent déjà aux États-Unis, ainsi que dans de nombreux pays d’Europe, mais sous une forme plus prudente, du fait des contraintes légales. Seul-e-s les adhérent-e-s peuvent bénéficier de conseils pour maîtriser leur fécondité et l’obtention de contraceptifs passe par des médecins ami-e-s qui les prescrivent, ils sont ensuite expédiés depuis l’Angleterre via l’IPPF. Au-delà du changement de nom, c’est l’organisation de l’association et sa stratégie qui se transforment : après une phase de légitimation du contrôle des naissances, l’association se consacre désormais à le rendre accessible au plus grand nombre. C’est que la phase d’implantation est réussie ; vient ensuite celle de la réalisation.

Le concept de transfert militant semble donc heuristique pour étudier le développement du planning familial en France. Il permet d’appréhender les phénomènes de traduction et d’adaptation qui sont à la fois un moteur pour l’engagement des pionnières et pionniers du Planning familial, et un soutien à l’action. La circulation des idées et des personnes favorise la création et la consolidation de l’association la Maternité heureuse à partir de 1956. De plus, l’International Planned Parenthood Federation constitue une ressource clé à la fois pour le transfert d’argumentaire et pour le transfert de pratiques médicales. Ce sont donc les mots et les gestes des militant-e-s français-e-s qui se modèlent en contact de leurs homologues anglais-e-s et américain-e-s. Pour autant, la force du Mouvement français pour le planning familial est d’avoir su d’emblée s’enraciner dans le contexte politique et social français en combinant les ressources des réseaux transnationaux avec celles des réseaux nationaux et locaux. Ainsi, à partir de 1961, lorsque l’association devient une fédération, elle sait prendre appui sur un maillage préexistant de militant-e-s engagé-e-s dans la nébuleuse socialiste, laïque ou encore protestante. C’est sans aucun doute ce jeu sur les échelles qui permet à la cause du planning familial de progresser, jusqu’à atteindre l’agenda politique en 1965 à l’occasion de l’élection présidentielle et l’agenda parlementaire en 1966. En un peu plus de dix ans, avec la loi Neuwirth de 1967 relative à la régulation des naissances, l’objectif de libéralisation de la contraception en France est donc atteint.

Pour citer cet article : Bibia Pavard, « Du Birth Control au Planning familial (1955-1960) : un transfert militant », Histoire@Politique. Politique, culture, société, n° 18, septembre-décembre 2012 [en ligne www.histoire-politique.fr].

Notes :

[1] Jean-Yves Le Naour et Catherine Valenti, Histoire de l’avortement XIXe-XXe siècle, Paris, Seuil, 2003.

[2] Emmanuelle Loyer et Ludovic Tournès, « Les échanges franco-américains au XIXe siècle : pour une histoire des circulations transnationales », dans Laurent Martin, Sylvain Venayre (dir.), L’histoire culturelle du contemporain, Paris, Nouveau Monde éditions, 2005, p. 171.

[3] Laurent Martin, « Introduction », Histoire@politique. Politique, culture, société, n° 15, septembre-décembre 2011 : « Contribution à l’étude des circulations culturelles transnationales » [en ligne, consulté le 19 avril 2012].

[4] Matthew Connelly, Fatal Misconception. The Struggle to Control World Population, Cambridge, London, The Belknap Press of Harvard University Press, 2008.

[5] Cette approche a déjà été mise en œuvre pour les événements de Mai 68, voir notamment : « Mai 68 dans le monde. Jeux d’échelles », Histoire@Politique. Politique, culture, société, n° 6, septembre-décembre 2008 [En ligne, consulté le 19 avril 2012].

[6] Ces archives sont conservées au Centre de documentation du Mouvement français pour le planning familial, 4 square Sainte-Irénée à Paris : http://www.documentation.planning-familial.org/.

[7] On pense en particulier aux archives du docteur Pierre Simon conservées au Centre des archives du féminisme à Angers ; au fonds du docteur Dalsace conservé à la Bibliothèque interuniversitaire de l’université de médecine.

[8] Anne Cova, Féminisme et néo-malthusianisme sous la IIIe République : la liberté de la maternité, Paris, L’Harmattan, 2011.

[9] Pour une analyse plus exhaustive des différentes facettes de cette stratégie, voir Bibia Pavard, Si je veux, quand je veux. Contraception et avortement dans la société française (1956-1979), Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2012.

[10] France Observateur, 10 novembre 1955, p. 8.

[11] Julie Bouchard, Comment le retard vient aux Français ? Analyse des discours sur la recherche, l’innovation et la compétitivité, 1940-1970, Villeneuve d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion, 2008.

[12] Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé, « Le contrôle des naissances et la loi française de 1920 », La semaine médicale, supplément de la semaine des hôpitaux, 22 mars 1953.

[13] Elle raconte cet épisode dans La Grand’peur d’aimer : journal d’une femme médecin, Paris, Julliard, 1960.

[14] Patricia Walsh Coates, Margaret Sanger and the Origin of the Birth Control Movement, 1910-1930: the Concept of Women’s Sexual Autonomy, Lewiston, The Edwin Mellen Press, 2008.

[15] Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé, La grand’peur d’aimer, op. cit., p. 20.

[16] Jean Dalsace, « Birth Control », Gynécologie pratique, revue internationale de gynécologie, numéro spécial (du fascicule spécial annuel) sur le « Birth Control », 1955, p. 376.

[17] Sandrine Garcia, « Jean Dalsace », Le Maitron : Dictionnaire biographique : mouvement ouvrier, mouvement social, de 1940 à mai 1968, vol. 6, Ivry-sur-Seine, Éditions de l’Atelier, 2011.

[18] Bibliothèque interuniversitaire Santé Médecine Paris. Archives, Fonds Dalsace, Dossier Birth Control n° 1.

[19] Lettre d’Abraham Stone à Jean Dalsace, 25 avril 1955, BIUM Paris. Archives, Fonds Dalsace, Dossier Birth Control n° 1.

[20] Ibid. Traduction personnelle. “Luncheon at you home remains as one of the pleasantest memories of my journey last year”.

[21] James Reed, From Private Vice to Public Virtue. The Birth Control Movement and American Society since 1830, New York, Basic books publishers, 1978, p. 281.

[22] Ibid., p. 282-283.

[23] Matthew Connelly, Fatal Misconception: The Struggle to Control World Population, Cambridge, Harvard University Press, p. 121.

[24] Ibid., p. 287.

[25] Affiche de l’IPPF non datée, http://ippfnet.ippf.org/pub/TimeLine/index.htm, consulté le 26 novembre 2007.

[26] Cette hiérarchisation qui véhicule un discours normatif n’est pas sans dérives, comme l’a montré l’historien Matthew Connelly dans Fatal Misconception…, op. cit.

[27] News of Population and Birth Control, n° 1, janvier 1952, non paginé.

[28] Ludovic Tournès emploie ce terme pour évoquer la politique de la fondation Rockefeller dans l’entre-deux-guerres qui se transforme « en véritable agence de voyage scientifique », voir « La fondation Rockefeller et la naissance de l’universalisme philanthropique américain », Critique internationale, n° 35, 02/2007, p. 173-197.

[29] Catherine Valabrègue, « 48 heures à Londres sous les auspices de l’IPPF », La Maternité heureuse, Bulletin trimestriel d’information, n° 9, juin 1959.

[30] Ibid., p. 10.

[31] François Billoux, « Le droit à la maternité, élément d’une politique de grandeur nationale », France Nouvelle, n°548, 16 juin 1956.

[32] Marie-Andrée Lagroua Weill-Hallé, « Du conflit entre la loi et la conscience professionnelle du médecin. Communication présentée au 1er congrès international de morale médicale à Paris, le 1er octobre 1955 », Gynécologie pratique, revue internationale de gynécologie, numéro spécial (du fascicule spécial annuel) sur le « Birth Control », 1955, p. 432.

[33] Jean Dalsace, « Birth Control », op. cit., p. 375.

[34] Sur le familialisme dans l’argumentaire de la Maternité heureuse puis du Mouvement français pour le planning familial, voir Sandrine Garcia, Mères sous influence, de la cause des femmes à la cause des enfants, Paris, La Découverte, 2011.

[35] « Le contrôle des naissances est-il dangereux ? Alfred Sauvy répond », L’Express, 11 mai 1956.

[36] M.-A. Lagroua Weill-Hallé, Le « Planning » familial, Paris, Maloine, 1959, p. 55.

[37] Ibid., p. 13.

[38] Ibid., p. 86.

[39] Ibid., p. 13.

[40] La Maternité heureuse, bulletin d’information, n° 16, mars 1961.

[41] M.-A. Lagroua Weill-Hallé, Le « Planning » familial…, op. cit., p. 13.

[42] Ibid., p. 86.

Bibia Pavard

Agrégée et docteure en histoire, Bibia Pavard est chercheuse associée au centre d’histoire de Sciences Po. Elle a soutenu en 2010 une thèse qui vient de paraître aux Presses universitaires de Rennes sous le titre Si je veux, quand je veux. Contraception et avortement en France (1956-1979). Elle est l’auteure avec Florence Rochefort et Michelle Zancarini-Fournel d’un ouvrage sur Les lois Veil (contraception 1974 ; avortement 1975) (Paris, Armand Colin, 2012).

 

Mots clefs : Birth Control, planning familial, militantisme, transferts transnationaux.

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