Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Gaullistes, femmes et réseaux

Coordination : Yves Denéchère

Quelle place pour Madame Éboué dans le gaullisme de la VeRépublique ?

Arlette Capdepuy
Résumé :

Eugénie Éboué est propulsée sur le devant de la scène politique par le décès de son mari, le gouverneur général Félix (...)

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Eugénie Éboué, une des premières femmes élues en 1945, a manifesté une attitude singulière : engagée à gauche, élue à gauche, elle choisit la fidélité gaulliste lorsque de Gaulle fonde un parti politique. Quand, le 5 novembre 1972, Jacques Foccart [1] lui rend visite à l’hôpital de Pontoise où elle est en traitement, il écrit dans son journal : « Mme Éboué a été une gaulliste vraiment jusqu’au bout [2] . » Épilogue élogieux ou simple élégie ?

Née en 1891 à Cayenne dans une famille de descendants d’esclaves, Eugénie Éboué est la fille d’Hippolyte Tell, le premier directeur noir de l’administration pénitentiaire de Saint-Laurent-du-Maroni. Elle est devenue veuve, en mai 1944, de Félix Éboué, administrateur colonial, qu’elle avait épousé en juin 1922 et qui était le premier noir devenu gouverneur général, nommé par de Gaulle, en 1940. Elle l’a secondé dans tous les postes administratifs qu’il a occupés sans jamais avoir désapprouvé ses idées socialistes, son appartenance à la Ligue des droits de l’homme et à la franc-maçonnerie [3] . L’implication de son mari qui, en août 1940, rallie le Tchad à la France libre, la fait entrer dans le cercle des premiers compagnons du Général. Ce choix est un engagement déterminant pour Eugénie Éboué puisqu’en 1948, elle opte pour le gaullisme politique.

Dans un article de 1998, Bernard Lachaise a présenté le parcours politique d’Eugénie Éboué sous la IVRépublique [4] . Elle est la première femme élue députée SFIO de la Guadeloupe aux deux assemblées constituantes de 1945 et 1946 ; en mai 1945, elle devient aussi conseillère municipale de la commune de Grand-Bourg en Guadeloupe. Si elle ne conserve pas son poste de députée SFIO aux législatives du 10 novembre 1946, elle retrouve un mandat national avec son élection au Conseil de la République le 15 décembre 1946 ; elle rejoint alors le groupe socialiste de la Haute Assemblée. En même temps, elle est très présente aux côtés du général de Gaulle : le 7 avril 1947, à Strasbourg, quand il annonce la création du RPF et le 15 mai, à Bordeaux, où il est venu pour honorer la mémoire de Félix Éboué mais aussi pour exprimer ses idées, place des Quinconces, devant plusieurs milliers de personnes. En octobre 1947, c’est sous l’étiquette RPF qu’elle est réélue aux élections municipales à Grand-Bourg en Guadeloupe. Même si elle affirme : « Je suis également attachée au socialisme et au général de Gaulle [5]  », en janvier 1948, le comité directeur de la SFIO s’émeut de cette situation ; elle doit choisir. Le 9 juillet 1948, son adhésion au RPF est rendue officielle et le 21 juillet le comité directeur de la SFIO prononce son exclusion. Lors du renouvellement du Conseil de la République le 7 novembre 1948, elle conduit en Guadeloupe la liste du RPF qui remporte les deux sièges à pourvoir [6] . Candidate en Guyane aux élections sénatoriales de mai 1952 puis aux élections législatives anticipées de 1956, elle est deux fois battue. Ces échecs, liés à des raisons locales, mettent fin à sa carrière politique nationale et à sa tentative d’ancrage dans l’espace Caraïbe. Dans le contexte de l’après-guerre, Eugénie Éboué avait été élue auréolée à la fois de son passé de résistante et de « femme de… ». Cette entrée en politique était advenue dans les mêmes circonstances, pour d’autres femmes et dans d’autres partis politiques [7] . Les événements lui permettent de rebondir quand la Ve République se met en place en 1958 : ses liens avec les gaullistes peuvent lui laisser espérer un retour en politique puisque l’occasion de briguer de nouveau un mandat est possible. Le veut-elle ? Le peut-elle ? Les gaullistes le veulent-ils ? On peut se demander si son nouveau parcours, bien modeste, à partir de 1958, ne s’inscrit pas dans une triple rupture : rupture géographique, rupture relationnelle, rupture mémorielle ?

Du Parlement au conseil municipal

La présentation par la SFIO puis par le RPF de la candidature d’Eugénie Éboué aux élections législatives puis sénatoriales, dans l’espace antillo-guyanais entre 1945 et 1948, était un choix signifiant au moment où se discutait à Paris la loi de départementalisation des « vieilles colonies ». Guyanaise de naissance avec des attaches paternelles en Guadeloupe, plus précisément à Marie-Galante, très présente aux côtés de son mari, secrétaire général et gouverneur par intérim de la Martinique entre 1932 et 1934 puis gouverneur de la Guadeloupe de 1936 à 1938, Eugénie Éboué pouvait prétendre représenter utilement l’Outre-mer en s’appuyant sur l’œuvre de son mari. Félix Éboué avait, en Guadeloupe, fait progresser la politique d’assimilation en appliquant les réformes sociales et économiques votées par le gouvernement de Front populaire ; il avait aussi lancé de lui-même des travaux d’assainissement des quartiers populaires et inauguré une politique sportive novatrice. Si l’on considère d’une part son attitude auprès de Félix Éboué quand il est en Guadeloupe, envoyé par le Front populaire, quand il décide de rallier le Tchad à de Gaulle et d’autre part, son adhésion au corps des Volontaires féminines de l’Afrique française libre dans le service de santé de l’hôpital militaire de Brazzaville de 1941 à 1944 [8] , il faut reconnaître que tout ce passé lui confère un « capital politique hérité [9]  » que les socialistes puis les gaullistes entendaient récupérer avec profit.

Madame Félix Eboué entourée de son mari, le Gouverneur général Félix Eboué et de sa fille, future madame Ginette Senghor Eboué. Sans date. Fonds Gaston Monnerville, Archives d'histoire contemporaine du Centre d'histoire de Sciences Po. DR.Madame Félix Eboué entourée de son mari, le Gouverneur général Félix Eboué et de sa fille, future madame Ginette Senghor Eboué. Sans date. Fonds Gaston Monnerville, Archives d'histoire contemporaine du Centre d'histoire de Sciences Po. DR.

Bernard Lachaise a cependant démontré dans son article, que l’action d’Eugénie Éboué comme conseillère municipale, comme députée, comme sénatrice puis comme membre de l’Assemblée de l’Union française de 1952 à 1958, a été limitée. La notoriété de son nom ne suffit plus et quand elle se présente aux élections sénatoriales de 1952 en Guyane, Eugénie Éboué est battue. C’est là une rupture géographique totale : Guyanaise de naissance, Guadeloupéenne de cœur, elle ne représentera plus jamais les départements de l’espace guyano-antillais. Cet échec pouvait la faire apparaître comme une femme politique sans avenir. Ses maladresses et l’éloignement géographique qui n’a pas favorisé son implication politique expliquent son passage éphémère. Elle n’a pas réussi son implantation ni à la Guadeloupe ni en Guyane à la différence de Gerty Archimède [10] sous la IVe République ou de Lucette Michaux-Chevry [11] et Christiane Taubira [12] sous la Ve République,

À l’aube de la Ve République, sa fidélité sans réserve au général de Gaulle, son passé et son nom lui permettent de retrouver une entrée en politique mais à Asnières, commune de la proche banlieue parisienne où les Éboué ont acheté une maison en 1934 et où, Michel Maurice-Bokanowski [13] , conseiller municipal depuis 1953, fait triompher la liste d’Union municipale. Gaulliste de la Résistance, il fait figurer Eugénie Éboué sur la liste d’Union municipale qu’il présente pour les élections municipales des 8 et 15 mars 1959. À une époque où nul encore n’ignorait le nom d’Éboué et le rôle qu’il avait eu pendant la guerre, c’est un apport symbolique important. Aux élections municipales suivantes, le 14 mars 1965, Eugénie Éboué est de nouveau élue. Cette élection confirme pour elle la rupture géographique. Elle n’aura plus l’occasion de se rendre en Guyane et retournera deux fois seulement en Guadeloupe : en septembre-décembre 1958, au moment des élections législatives, et le 29 juillet 1962 pour assister, à Pointe-à-Pitre, à l’inauguration du buste du gouverneur général Félix Éboué et non pour faire campagne.

Au moment où le contexte économique et social devient plus difficile pour les gaullistes [14] , elle sait mettre en avant les raisons historiques et le sens de son attachement au maire d’Asnières. Déjà, le 20 mars 1959, elle avait exhorté les membres du conseil municipal à l’union de tous, tous partis confondus, et au travail, dans la continuité de l’effort [15] . Dans le discours qu’elle prononce le 19 mars 1965, devant le nouveau conseil municipal, elle reprend la même idée : au-delà du gaullisme, au-delà de la diversité d’opinions des conseillers, elle dit qu’elle en appelle à l’union dans le respect de cette diversité qui doit permettre à la nouvelle équipe de travailler dans l’intérêt général. C’est le thème même du Rassemblement du peuple français qu’elle reprend : 

« Laissez votre doyenne qui, en 1940, a vu naître et grandir sous le signe de la France libre l’Union fraternelle de tous les Français rassemblés sous le même drapeau, pour une même patrie, vous dire qu’avec l’union tout est possible. On construit dans la concorde, on détruit dans la discorde. [….] Mes chers Collègues, mes chers Amis, pour certains de nous le travail recommence, pour d’autres il commence. Nous l’accomplirons ensemble d’un même cœur, d’un même esprit, sachant que servir Asnières c’est servir la France et la République. […] Nous nous retrouvons dans cette salle pour reprendre notre tâche d’administrateurs […]. Cette équipe d’hommes et de femmes issus des couches les plus diverses de la population, appartenant aux formations politiques traditionnelles ou bien, personnalités indépendantes, saura garder l’esprit d’union qui nous anime et, j’en suis sûre, le désir de se dévouer et de servir. La diversité de nos opinions sur tels détails ou tels moyens ne sera jamais une source de division quant aux buts que nous voulons atteindre [16] . »

Cet appel à l’union ne manque pas d’élégance de la part d’une femme qui avait souffert elle-même des luttes électorales en Guadeloupe où en novembre 1946, elle avait perdu son siège de député au profit d’un représentant du PCF. Michel Maurice-Bokanowski est conscient de l’apport personnel d’Eugénie Éboué. Reconnaissant que son travail de maire a été parfois très difficile parce qu’il fallait chercher à concilier les tendances des uns et des autres, il lui sait gré de son appel à l’union : « Mme Éboué avec la grandeur d’âme qui la caractérise, nous a dit que maintenant les luttes électorales étaient terminées et que la vie communale continuait, combien je l’approuve [17]  ! » Le maire témoigne à son égard d’une grande bienveillance comme lorsqu’elle démissionne d’une commission en décembre 1959 en s’expliquant :

« C’est parce que je crains que cette commission ne siège le soir à 21 heures et il m’est très difficile, vous le savez, de venir souvent à 21 h le soir. » À cette femme qui se dit dévouée à la cause publique mais non sans condition, le maire répond avec égard : « Vous savez que nous témoignons de beaucoup d’indulgence envers vous et nous comprenons [18]. »

Mais Eugénie Éboué ne représente-t-elle qu’un symbole historique ? Il faut reconnaître qu’elle a été très présente au conseil municipal d’Asnières [19] , œuvrant pour le progrès social, se plaçant ainsi dans la continuité de l’action de l’ancien gouverneur Félix Éboué mais aussi dans un rôle qui était souvent dévolu aux femmes élues dans les assemblées [20] .

Le 13 avril 1959, Eugénie Éboué est élue déléguée du conseil municipal du bureau d’aide sociale, représentante au conseil de surveillance des centres municipaux de protection maternelle et infantile, membre de la commission Sports-Famille-Jeunesse et de la sous-commission de la Famille. Sur l’avis de cette commission, elle présente, le 2 novembre 1959, le projet de construction d’une piscine et diverses mesures en faveur des activités sportives proposées par la Maison des Jeunes. La proposition est adoptée. Le 13 avril 1964, elle devient administrateur du Bureau d’aide sociale d’Asnières. À ce titre, elle participe au congrès qui se tient à Bordeaux du 2 au 8 juin 1964. Lors de la séance du 8 avril 1965, elle est élue déléguée à la Commission administrative du bureau d’aide sociale avec trente-cinq voix (la majorité absolue étant à dix-neuf). C’est à la séance du conseil municipal du 25 avril 1965 que le nom de « Félix Éboué» est attribué au stade municipal des Grésillons nouvellement construit. Le conseil municipal reprend le souhait des membres de l’Office municipal des Sports et rappelle que : « […] le Gouverneur Général Félix Éboué, dont le nom évoque le premier ralliement d’un Territoire à la France libre, fut un sportif accompli […] ».

L’action sociale menée par le conseil municipal, très importante après 1958 en faveur des activités sportives, diminue ensuite au profit de la construction de logements, de cantines scolaires et d’aménagements urbains, sujets sur lesquels les interventions d’Eugénie Éboué, si elle en a fait, n’ont pas laissé de traces dans les registres des comptes rendus du conseil municipal.

En marge du rôle politique, même minime, qu’elle entend toujours jouer, il faut rappeler qu’Eugénie Éboué s’est intéressée de longue date aux droits des femmes [21] . Au Conseil de la République entre 1946 et 1952, Eugénie Éboué a siégé aux côtés de ses collègues Jane Vialle [22] et Marcelle Devaud [23] , sans avoir eu une action aussi importante que celles-ci. Après 1958, comme les élues politiques deviennent rares et peu influentes dans les corps de l’État [24] , elles essayent d’agir à l’extérieur. Eugénie Éboué siège au comité directeur de l’Alliance internationale des femmes. Elle n’y a pas joué un rôle important, pas plus qu’au Conseil économique et social où elle a aussi siégé de 1959 à 1962.

Cantonnée à son rôle de conseillère municipale dans la banlieue parisienne, Eugénie Éboué a une action politique de plus en plus limitée. La rupture géographique de 1952 n’a pas causé chez elle une relance de dynamisme qui aurait pu la conduire à vouloir laisser une marque importante. Et cette perte d’influence s’accompagne à partir de 1965 d’une mise à distance par le général de Gaulle.

Des marques de respect à l’agacement du général de Gaulle

L’engagement gaulliste d’Eugénie Éboué date, avec celui de son mari, des jours sombres de juin 1940 où ils décident l’un et l’autre de tourner le dos à la France de Vichy. Le ralliement du Tchad en août 1940 a été un événement si important pour de Gaulle qu’il en garde une reconnaissance indéfectible pour le Compagnon Éboué, reconnaissance qu’il reporte sur sa veuve après le décès brutal du gouverneur général. Le 29 mai 1944, le Général écrit :

« C’est de tout mon cœur que je vous adresse l’expression respectueuse de ma très grande affliction et de ma profonde sympathie dans le chagrin qui vous a frappé […] Mais à vous, sa compagne, sa femme, la mère de ses enfants, je dirai simplement que Félix Éboué était mon ami et que rien ne pourra me faire oublier jamais l’homme, le compagnon, le frère de combat, qu’il fut à mes côtés dans la plus grande épreuve possible. Je vous demande, chère Madame, de bien vouloir dans le présent et dans l’avenir me tenir pour très fidèlement dévoué à sa mémoire et très attentif à ce qui peut vous être utile à vous-même et à vos chers enfants [25] . » 

Le général de Gaulle utilise le même ton de compassion généreuse à son égard pendant plusieurs années. Il prend la plume pour la remercier, la rencontrer, la recevoir à déjeuner tout en lui exprimant leur « amical souvenir » et leurs « respectueux hommages » puisque Yvonne de Gaulle entretient également des liens étroits avec Eugénie Éboué. Retenons la lettre écrite le 27 juin 1957 :

« Nous sommes très sensibles, ma femme et moi à la pensée que vous avez eue de nous donner des nouvelles des vôtres, notamment de Madame votre fille et de ses enfants. Vous savez quel intérêt et quel attachement nous portons à ce qui vous touche [26] . »

L’intégration dans le réseau gaulliste continue à être essentielle pour Eugénie Éboué. Après le retour au pouvoir du Général en 1958, elle ne manque pas une occasion de correspondre avec le couple présidentiel. À des moments plus difficiles (28 avril 1961 après le « putsch d’Alger » ; en septembre 1961 après l’attentat du Petit-Clamart ; en novembre 1962 quand les votes liés à la réforme constitutionnelle se multiplient) le général de Gaulle se dit « vivement touché » par les « sentiments profonds et sincères » qu’Eugénie Éboué exprime dans les lettres qu’elle lui adresse et dont il dit qu’ils sont pour lui « un encouragement ». À plusieurs reprises, en effet, elle s’adresse au Général sous l’en-tête, « Bien cher Général » ou « Très cher Général » [27] avec une grande liberté d’expression, pour lui faire connaître sa joie des résultats électoraux, ses vœux, son « inaltérable et fidèle attachement » ou ses « impressions », comme en septembre 1962 à son retour de la Guadeloupe. Tout en l’assurant de la confiance dont témoigne l’ensemble des Guadeloupéens à son égard, elle le met en garde contre « une certaine crainte devant l’éventualité où [il pourrait se] trouver, cédant à la lassitude de n’être pas compris, d’accorder l’indépendance que clame du bout des lèvres un petit nombre d’exaltés [28] . »

Parmi les militaires gaullistes qui ont été liés au gouverneur Éboué, le général Koenig [29] est resté en relations avec Eugénie Éboué. En juillet 1962, il lui adresse ses félicitations sur un ton presque familier :

« Je suis particulièrement heureux et fier d’apprendre que la Cravate de Commandeur de la Légion d’Honneur va vous être conférée. […] Bien entendu, dès que je vous verrai, j’aurai à mon tour la joie de vous donner l’accolade et de vous serrer dans mes bras. Oui, certes la vie vous aura gâtée, mais on n’a que la chance que l’on mérite et vous, vous aurez largement mérité tout cela. […] [30]. »

Les liens relationnels se distendent peu à peu même avec de Gaulle. Dans l’entourage immédiat du Général, Jacques Foccart mentionne Eugénie Éboué tout au long des quatre tomes de ses Mémoires. Le 17 février 1965, de Gaulle a donné un déjeuner en l’honneur d’Eugénie Éboué. Foccart note :

« Le Général, comme toujours, a fait beaucoup de frais à Mme Éboué, lui posant des questions gentiment, la faisant parler de tout et, bien entendu, de l’Afrique. Mme Éboué étant à la droite du Général et Mme Bayrou à sa gauche, ma femme était forcément en bout de table. […] Il y avait une très bonne atmosphère, qui ne s’est pas démentie jusqu’à la fin du repas [31] . »

Le journal tenu par Foccart permet de voir l’attitude du Général se modifier à l’égard d’Eugénie Éboué après 1965. De Gaulle a beaucoup de considération pour elle après la guerre, au moment du RPF. Sa distance à l’égard des femmes l’a ensuite emporté.

Le 29 novembre 1966, Foccart voit le Président en soirée ; le Général est excédé par tout : la candidature de Joxe [32] à Lyon, une lettre de Corbin candidat à la Guadeloupe, une lettre de Mme Éboué… tout lui est égal. Le 8 juillet 1967, Foccart lui soumet comme à l’habitude des lettres dont une d’Eugénie Éboué ; le Général laisse échapper : « Encore une ! » Le 26 septembre 1967 : « J’ai montré une lettre de Mme Éboué, le Général m’a demandé de lui faire répondre [33] . » Depuis déjà l’année précédente, le Général ne répond plus personnellement à Eugénie Éboué même s’il montre encore quelque attention à son égard. En avril-mai 1969 au moment des élections dans les DOM-TOM, Foccart annonce au Général que « Mme Éboué s’est cassée le nez en descendant son perron avec une pioche dans une main et une pelle dans l’autre ». De Gaulle demande de prendre de ses nouvelles ce que Foccart a anticipé : « Vous avez très bien fait. Je vais le dire à Mme de Gaulle pour qu’elle lui envoie un mot ». Mme de Gaulle trouve « qu’elle avait un peu baissé lorsqu’elle m’a écrit la dernière fois. […] Elle a beaucoup de soucis avec ses petits-enfants [34] . »

À partir de l’année 1970, les soucis de santé commencent à s’accumuler pour Eugénie Éboué. Elle doit quitter Asnières pour Pontoise afin de suivre un traitement. Après le décès du général de Gaulle, elle adresse ses vœux à la famille ; le général de Boissieu [35] lui répond sur un ton emprunt de bienveillance pour les sentiments gaullistes qu’elle a exprimés [36] . Le 22 janvier 1971, en préparant les prochaines élections municipales, le maire Michel Maurice-Bokanowski lui adresse une lettre :

« Au moment où je travaille à la constitution de ma liste, ma pensée se tourne vers vous. Vous en avez été le porte-drapeau, incarnant avec dignité et talent la fidélité au Général et à l’esprit de la Résistance. Vous avez été en outre une collaboratrice et une amie merveilleuse. Votre départ d’Asnières a été ressenti par tous. Nous savions, ce jour-là, que l’on ne vous verrait plus au Conseil municipal et cela nous a touchés [37] . »

Le 7 novembre 1972, Jacques Foccart rapporte son entretien avec le Président Pompidou :

« Je raconte ma visite à Mme Éboué, qui est extrêmement mal. Ses enfants souhaiteraient que la messe d’enterrement ait lieu aux Invalides. Pompidou est d’accord ». Il poursuit : « Et puis elle souhaiterait être enterrée au Panthéon avec son mari. – Cela n’est pas possible. – Il parait qu’il y a déjà une femme enterrée auprès de son mari. – Alors voyez avec les Monuments historiques. »

Ces discussions sur les obsèques d’Eugénie Éboué renvoient à la mémoire de Félix Éboué, mais le temps n’est plus à se tourner vers ceux qui incarnent plus la glorification du passé que l’avenir.

« Madame Éboué », une gaulliste de guerre au temps de la relève

La construction de la mémoire officielle du gouverneur général Éboué a commencé au lendemain de sa mort, le 17 mai 1944. De retour du front italien, le général de Gaulle lui rend hommage dès son arrivée à Alger : « Grand Français et Grand Africain » dont « chaque Français se souviendra », tels sont les termes par lesquels commence le processus qui va aboutir à la mise en place de la mémoire officielle d’Éboué. Qu’est-ce qu’une mémoire en effet sinon un discours fondé sur des souvenirs lesquels se sont nourris pour Éboué des mythes politiques d’après la Libération. Ces souvenirs, successivement évoqués, constituent une reconstruction permanente parce que les hommages rendus à Éboué (ou l’absence d’hommages) sont toujours l’expression d’une volonté politique qui évolue dans un contexte national (la IVe puis la Ve République) et international (la décolonisation et la Guerre froide). C’est ainsi que les hommages rendus à Éboué sont assez nombreux jusqu’en 1949. Quand il entre au Panthéon cette année-là, les représentations sur lesquelles s’appuie la mémoire officielle sont déjà en place. Ensuite, après 1950, pendant plus de trente ans, la mémoire d’Éboué apparaît plus entourée d’ombre que de lumière. Une nouvelle organisation de la mémoire s’effectue en fonction d’autres impératifs. Il faut attendre 1984, dans le cadre du quarantième anniversaire de la Libération qui correspond aussi avec le centenaire de la naissance d’Éboué, pour que des hommages plus importants lui soient rendus [38] .

C’est dans ce processus de construction mémorielle que s’insère la récupération politique du nom d’Éboué par les socialistes et surtout par les gaullistes : la personne d’Eugénie Éboué incarne un symbole historique. Dans les années d’après-guerre, le nom d’Éboué ne pouvait être oublié par aucun ancien Français libre ; il représente un capital important qui est à l’origine de la place privilégiée que le général de Gaulle accorde à Eugénie Éboué parmi les gaullistes de la Résistance et de l’attachement qu’il lui a voué jusque dans les années 1960. En 1964 encore, dans une lettre qu’il lui adresse, le Général évoque une nouvelle fois « le souvenir du cher Félix Éboué » ou « la mémoire du Gouverneur Éboué ».

Le nom d’Éboué a eu la même fonction à Asnières : il a servi Eugénie Éboué aussi bien que le maire Michel Maurice-Bokanowski. Lors de la première séance du conseil municipal du 20 mars 1959, après les élections municipales du 15 mars 1959 où Eugénie Éboué est élue, le plus jeune conseiller municipal rappelle dans son discours le symbole qu’elle représente : « Sa présence, ici, évoque une des belles pages d’histoire de France puisque son mari Félix Éboué, est entré en tête d’une cohorte de héros de la France libre, dans la légende de notre pays [39] . »

Le 19 mars 1965, au lendemain des élections municipales, dans le discours qui suit sa réélection dans les fonctions de maire, Michel Maurice-Bokanowski adresse un hommage appuyé à Mme Éboué où la récupération du symbole apparaît de nouveau : « Elle me permettra de lui dire que sa présence, même éphémère à notre tête est vraiment le symbole de la liberté pour laquelle, […] elle a combattu aux côtés de son mari, le grand Français que fut le Gouverneur Félix Éboué… Elle a collaboré avec lui tout au long de son combat [….]. Qu’elle en soit éternellement remerciée [40] . » Au moment où les relations entre le maire Maurice-Bokanowski et le Général se tendent, le symbole de la liberté représenté par le nom d’Éboué, réapparaît. C’est donc toujours en tant que « femme de… » et de résistante qu’Eugénie Éboué est reconnue politiquement utile par le maire d’Asnières mais était-ce bien par ce côté-là, que des femmes continuent à jouer un rôle en politique depuis les années 1960 ? Si on prend le cas de Marie-Madeleine Dienesch [41] , ce n’est pas son action, incontestable, de résistante qui lui vaut de rester trente-six ans députée de la IVe puis de la Ve République. Un autre exemple pris en Guadeloupe (dans l’île de Marie-Galante), est celui d’Albertine Baclet [42] , gaulliste, qui devient conseillère générale (canton de Saint-Louis) de 1958 à 1971, député UNR en 1967-1968 et maire de Saint-Louis de 1965 à 1971. Ce sont deux femmes d’une autre génération que celle d’Eugénie Éboué.

Peut-être qu’en raison de la situation privilégiée dont Eugénie Éboué bénéficiait à Asnières, elle-même et son entourage familial n’ont pas bien perçu l’évolution inéluctable après les contestations de 1968 et les attaques contre le régime. Le général de Gaulle disparu le 9 novembre 1970, aucun hommage n’est plus rendu à la mémoire du gouverneur général Éboué jusqu’en 1984 [43] . Les noms de Félix et d’Eugénie Éboué seraient-ils devenus si liés au nom de De Gaulle qu’il faudrait les écarter de la mémoire collective ? Ou bien, n’est-ce pas plutôt l’évolution de la mémoire collective comme de la mémoire d’État qu’il faut considérer : dans les années 1970 « la mémoire héroïque » de la guerre décline au profit de « la mémoire sombre ». Le temps est moins aux héros de la Résistance qu’aux événements douloureux et jusque-là occultés. Comment, dans ces conditions, accéder au souhait de Mme Éboué, qui voudrait « être enterrée au Panthéon avec son mari » ? Un projet de loi a bien été déposé pour examiner le souhait de la famille Éboué mais il n’a pas été discuté. Le Garde des Sceaux, René Pleven [44] , qui avait été si proche de Félix Éboué, intervient à l’Assemblée le 22 novembre, deux jours après le décès d’Eugénie Éboué ; il ne prononce aucun mot sur elle devant les députés [45] .

Après le décès d’Eugénie Éboué à Pontoise, le 20 novembre 1972, la cérémonie des obsèques se déroule à l’église Saint-François-Xavier dans le VIIe arrondissement de Paris, en présence de membres de la famille du général de Gaulle, de compagnons de la Libération, de Gaston Monnerville [46] conduisant des associations antillaises et guyanaises, de sénateurs, de députés, de nombreux représentants du monde politique, judiciaire, associatif et d’une foule immense. Le 18 décembre 1972, une messe du souvenir est dite à Saint-Louis-des-Invalides, « messe simple, digne, à laquelle assistent le Premier ministre, Cabannier, Palewski, pas mal de compagnons de la Libération et Philippe de Gaulle. C’est très émouvant [47] . »

Revenue à la vie politique en 1958, « Mme Éboué » n’a pu que difficilement trouver une petite place parmi les gaullistes. À partir de ce moment, a commencé pour elle une lente relégation marquée par une rupture géographique, une rupture relationnelle et une rupture mémorielle.

Il faut attendre 1977 pour que le nom d’Eugénie Éboué soit attribué à une rue du XIIe arrondissement de Paris, reconnaissance tardive à la fidélité d’une femme entrée en politique après la mort prématurée de son mari et qui, comme d’autres veuves d’hommes politiques de la IIIe République ou de résistants, appartenait à l’élite politique. Elle a incarné la continuité entre le gaullisme de guerre, celui de la IVe République et celui de la VRépublique. Elle a accepté la rupture avec son territoire d’origine, avec les liens qu’elle y avait tissés en politique avant guerre et avec ce qu’elle avait été aux côtés de son mari. Le Général ne lui a pas facilité la tâche. Alors qu’il lui avait confié de vraies responsabilités au sein du RPF [48] , il a maintenu Eugénie Éboué dans une stricte représentation symbolique dès le début de la Ve République. Ce n’est pas tout à fait pour elle une longue « traversée du désert » puisqu’elle est encore active au conseil municipal d’Asnières mais s'en est fini de son rôle national. Parmi les femmes élues, elle reste bien un exemple de « femme de… » et de femme « instrumentalisée » certainement. En a-t-elle eu conscience ? Dans la famille gaulliste, Eugénie Éboué incarne bien finalement la place faite aux femmes : une place de plus en plus mineure. « Charles de Gaulle a imposé aux Français une image "virile" de la politique, incarnant la figure du père, sinon du chef militaire [49] . » Dans cette conception du pouvoir construite sur la thématique de l’homme fort, le nombre des femmes s’est réduit et il faut reconnaître qu’Eugénie Éboué n’a plus été alors capable de faire face à toutes ses préoccupations.

Pour citer cet article : Arlette Capdepuy, « Quelle place pour "Madame Éboué" dans le gaullisme de la VRépublique », Histoire@Politique. Politique, culture, société, n° 17, mai-août 2012, www.histoire-politique.fr

Notes :

[1] Jacques Foccart (1913-1997) : ayant rejoint la France libre à Londres en 1942, il devient membre du Bureau central de renseignements et d’action (BCRA) et reste un fidèle du Général. Sous la IVe République, il devient en 1954, le secrétaire général du RPF. Sous la Ve République, il est le secrétaire général de l’Élysée aux Affaires africaines et malgaches.

[2] Jacques Foccart, La France pompidolienne. Journal de l’Élysée, IV : 1971-1972, Paris, Fayard-Jeune Afrique, 2000, p. 574.

[3] Fondation Charles de Gaulle (FCDG), Fonds Éboué, carton F22/26 : Eugénie Éboué elle-même a été admise dans la Loge mixte Le Droit humain le 28 avril 1934 à Fort-de-France.

[4] Bernard Lachaise, « Dans la continuité de Félix Éboué : l’engagement gaulliste d’Eugénie Éboué sous la IVe République », dans Pierre Guillaume (dir.), Identités Caraïbes, Paris, Éditions du CTHS, 1998, p. 133-144.

[5] FCDG, Fonds Éboué F22/26, article du journal Le Rassemblement ouvrier, sans date.

[6] Sa réélection au Conseil de la République s’est faite grâce à l’entente avec Maurice Satineau (gauche démocratique) qui avait été le plus farouche adversaire du gouverneur Éboué entre 1936 et 1938. Cette entente fut considérée comme une trahison à la mémoire de Félix Éboué.

[7] Quelques noms peuvent être rappelés : Gilberte Brossolette (1905-2004), députée SFIO en 1944 et en 1946, veuve de Pierre Brossolette qui, arrêté et torturé par les Allemands, se suicide le 22 mars 1944 ; Madeleine Léo-Lagrange (1900-1992), députée SFIO en 1945 et 1946, veuve en juin 1940 de Léo Lagrange tombé au front ; Irène de Lipkowski (1898-1995), fille de député et sénateur, veuve de Henri de Lipkowski mort à Buchenwald en 1944, élue députée en mars 1946 sous l’étiquette Union gaulliste démocratique et socialiste ; Mathilde Péri, membre de l’assemblée de 1944 et de 1945 puis députée PCF de 1946 à 1958, veuve de Gabriel Péri fusillé au mont Valérien le 15 décembre 1941 ; Renée Reyraud (1904-1993), députée PCF de la Gironde de 1946 à 1951 et de 1956 à 1958, veuve de l’un des cinquante otages fusillés au camp de Souge (Gironde) le 24 octobre 1941 ; Andrée Vienot (1901-1976), député SFIO en juin 1946, veuve de Pierre Vienot décédé à Londres en juillet 1944.

[8] FCDG, Fonds Éboué F22/26.

[9] Christophe Charle, « Les parlementaires : avant-garde ou arrière-garde d’une société en mouvement ? Vue d’ensemble », dans Jean-Marie Mayeur, Jean-Pierre Chaline, Alain Corbin (dir.), Les Parlementaires de la Troisième République, Paris, Publications de la Sorbonne, 2003, p. 54.

[10] Gerty Archimède (1909-1980), première femme avocate des Antilles, est élue députée (PCF) en 1946 ; n’est pas réélue en juin 1951 ni en janvier 1956, le PCF n’obtenant qu’un siège en Guadeloupe. Elle est conseillère générale du canton de Basse-Terre de 1945 à 1969, conseillère municipale de la commune de Basse-Terre de 1947 à 1969 et maire de 1953 à 1956. Femme de combat, elle est la fondatrice de l’Union des femmes guadeloupéennes.

[11] Lucette Michaux-Chevry est née en 1929 à Saint-Claude (Guadeloupe). Elle est élue députée (RPR) en mars 1986, réélue en juin 1988 et en mars 1993. Elle est la première femme députée d’Outre-mer à devenir ministre, secrétaire d’État à la Francophonie dans le gouvernement Chirac du 20 mars 1986 au 10 mai 1988. Elle est élue au Sénat en septembre 1995, réélue en 2004 et ne s’est pas représentée en 2011.

[12] Christiane Taubira est née en 1952 à Cayenne (Guyane).Elle est élue députée en mars 1993, réélue en juin 1997, en juin 2002 et en juin 2007. Elle appartient au Parti radical de gauche (PRG).

[13] Michel Maurice-Bokanowski (1912-2005) : évacué de Dunkerque en juin 1940, il s’engage en novembre 1942 dans le Corps franc d’Afrique, en mai 1943 dans les FFL, rejoint la 1ere DFL et participe à la campagne d’Italie et il est en Alsace en janvier 1945. Il est secrétaire général du RPF pour la région parisienne de 1948 à 1951 ; il est élu député de la Seine (RPF puis Républicain social) de 1951 à 1958, réélu (UNR) en 1958 et en 1962 ; il est élu sénateur des Hauts-de-Seine en 1968 (UDR), réélu en 1986 et en 1995 (RPR). Il a exercé des fonctions ministérielles et a été maire d’Asnières de 1959 à 1994.

[14] Serge Berstein, « 1968-1969 : une nouvelle trahison des élites ? », dans Serge Berstein, Pierre Birnbaum, Jean-Pierre Rioux (dir.), De Gaulle et les élites, Paris, La Découverte, 2008, p. 300-315.

[15] Archives municipales d’Asnières (AMA), Délibérations du Conseil municipal, Registre n° 46.

[16] AMA, Délibérations du CM, Registre n° 50.

[17] AMA, Délibérations du CM, Registre n° 51.

[18] AMA, Délibérations du CM, Registre n° 47.

[19] Entre 1959 et 1965, elle a été absente trois fois ; à partir de 1965, on compte une absence en 1966, deux absences en 1967, une absence en 1968 ; elle est présente pour la dernière fois au conseil municipal du 12 novembre 1969.

[20] Sabrina Hubac, Les femmes parlementaires en France de 1945 à 1968, Congrès CIHAC 2006, p. 370-371.

[21] Brian Weinstein, Félix Éboué, Londres, Oxford University Press, 1972, p. 72.

[22] Jane Vialle (1906-1953) est sénatrice de l’Oubangui-Chari de 1947 à 1952. Elle a beaucoup œuvré pour faire progresser les droits des femmes africaines.

[23] Marcelle Devaud (1908-2008) est élue en décembre 1946 au Conseil de la République ; elle est réélue en 1948 et en 1952 mais ne retrouve pas son siège en 1958. De 1958 à 1962 elle est députée, membre du Conseil économique et social de 1962 à 1979 et déléguée de la France à la commission de la femme aux Nations unies de 1975 à 1983. Elle a été maire de Colombes de 1959 à 1965.

[24] En octobre 1945, la Première Assemblée constituante compte 33 femmes députées, la Deuxième Assemblée constituante 30 femmes. En novembre 1946, 35 femmes sont élues et 9 seulement en novembre 1958. Il faut attendre les élections de mars 1978 pour avoir 20 députées. Leur nombre croit ensuite régulièrement. En 1946, 21 femmes sont élues au Conseil de la République ; en 1971, le Sénat compte 4 femmes (1,4 % des sièges). www.assemblee-nationale.fr ; www.senat.fr.

[25] Archives nationales, Archives du président de Gaulle, 3AG1.328, dossier Éboué.

[26] FCDG, Fonds Éboué F22/27, lettre du général de Gaulle à Mme Éboué, 27 juin 1957. Eugénie Éboué traverse un moment difficile puisque le divorce de sa fille, Ginette, épouse de Léopold Sédar Senghor depuis 1946, sera prononcé le 12 octobre 1957 (État-civil d’Asnières, no 673).

[27] FCDG, Fonds Éboué F22/27, lettres d’Eugénie Éboué au général de Gaulle, 23 décembre 1958, 13 septembre 1962 et 7 octobre 1962.

[28] FCDG, Fonds Éboué F22/27, lettres d’Eugénie Éboué au général de Gaulle, 13 septembre 1962.

[29] Pierre Koenig (1898-1970), après l’expédition de Norvège, parvient à rejoindre de Gaulle à Londres le 21 juin 1940. Il participe aux combats de Libye et de Tunisie. En août 1943, à Alger, il devient chef d’État-major adjoint. Il est promu général de corps d’armée en 1946. Il se lance dans une carrière politique en 1951 : il est élu député RPF du Bas-Rhin et réélu en janvier 1956. Il a été ministre de la Défense nationale dans le gouvernement Mendès France de juin à août 1954 et dans le gouvernement Edgar Faure de février à octobre 1955.

[30] FCDG, Fonds Éboué F22/27, lettre du général Koenig à Eugénie Éboué, 3 juillet 1962.

[31] Jacques Foccart, Tous les soirs avec de Gaulle. Journal de l’Élysée. I : 1965-1967, Paris, Fayard-Jeune Afrique, 1997, p. 75.

[32] Louis Joxe (1901-1991) a été de 1943 à 1946, secrétaire général du Comité français de Libération nationale, puis du Gouvernement provisoire de la République française à Alger et ministre du général de Gaulle de juillet 1959 à mai 1968 avant d’être élu député de Lyon en juin 1968. Chantal Morelle, Louis Joxe, Diplomate dans l’âme, Paris, André Versaille éditeur, 2010.

[33] Ibid., p. 523, 675, 720.

[34] Jacques Foccart, Le Général en mai. Journal de l’Élysée, II : 1968-1969, Paris, Fayard-Jeune Afrique, 1998, p. 684-685.

[35] Alain de Boissieu (1914-2006) est le gendre du général de Gaulle.

[36] FCDG, Fonds Éboué F22/26, lettre du général de Boissieu à Eugénie Éboué, 6 février 1971.

[37] FCDG, Fonds Éboué F22/26, lettre de Michel Maurice-Bokanowski à Eugénie Éboué, 22 janvier 1971.

[38] Marc Michel, « Commémorations et mémoires de Félix Éboué (1944-1958) », dans Josette Rivallain et Hélène d’Almeida-Topor (dir.), Éboué, soixante ans après, Actes du colloque 2004 de la SFHOM, Paris, 2008, p. 275-287.

[39] AMA, Délibérations du Conseil municipal, Registre n° 46, 1D1/53.

[40] AMA, Délibérations du Conseil municipal, Registre n° 50.

[41] Marie-Madeleine Dienesch (1914-1998), élue députée MRP des Côtes-du-Nord en octobre 1945 et réélue onze fois jusqu’à 1978. Elle a soutenu le retour au pouvoir du général de Gaulle et c’est à partir de 1966-1967 qu’elle se tourne vers le gaullisme. Elle a été ministre de 1968 à 1974. Elle est restée active dans la vie politique jusqu’à 1981-1982.

[42] Albertine Baclet (née en 1922 à Grand-Bourg), députée UNR en 1967-1968, conseillère générale (canton de Saint-Louis) de 1958 à 1971 sur la liste UNR puis UDR), maire de Saint-Louis de 1965 à 1971.

[43] Arlette Capdepuy, « Félix Éboué, gouverneur général et compagnon de la Libération : histoire d’une construction d’une mémoire d’État (1944-1984) », dans Christian Amalvi (dir.), Usages savants et partisans des biographies, de l’Antiquité au XXIe siècle, 134congrès, Bordeaux, 2009, Paris, éditions du CTHS, diffusé sous forme de CD-ROM, 2011.

[44] René Pleven (1901-1993) a rallié la France libre fin juin 1940. Envoyé en mission par de Gaulle afin de coordonner le ralliement des colonies de l’AEF, il rencontre Félix et Eugénie Éboué à Fort-Lamy en juillet 1940. Entre 1940 et 1945, à Londres puis à Alger, il a été chargé de l’Économie, des Colonies  et a été en correspondance régulière avec Éboué. Élu député des Côtes-du-Nord de 1946 à 1969, il est président du Conseil de juillet 1950 à mars 1951 et de mars 1952 à janvier 1953. De 1974 à 1976, il est le président du Conseil de la région Bretagne.

[45] JO de la République française, débats parlementaires, Assemblée nationale, 23 novembre 1972, p. 5583-5682.

[46] Gaston Monnerville (1897-1991), avocat guyanais, élu député de la Guyane (radical) en 1932 et en 1945, il devient sous-secrétaire d’État aux Colonies en 1937-1938, membre de l’Assemblée consultative provisoire en 1944, membre du Conseil de la République en 1946. Il préside cette assemblée à partir de 1947 puis le Sénat de 1958 à 1968. Président du Sénat, il a été très lié à la famille Éboué. Il a vu Éboué pour la première fois en novembre 1908 alors que celui-ci venait d’être diplômé de l’École coloniale et était en visite au collège de Cayenne où Monnerville était en classe de 6e. En juillet 1938, après le rappel brutal d’Éboué de la Guadeloupe, il contribue à faire recevoir Éboué par le ministre des Colonies Georges Mandel. En mars 1939, il est un des cinq parlementaires envoyés en mission d’enquête au Cameroun et au Tchad où il retrouve une dernière fois le gouverneur Félix Éboué. En novembre 1942, il a aidé les enfants Éboué à franchir la frontière espagnole pour rejoindre leurs parents à Brazzaville.

[47] Jacques Foccart, La France pompidolienne…, op. cit., p. 618.

[48] Bernard Lachaise, « Dans la continuité de Félix Éboué… », op. cit., p. 138.

[49] Mariette Sineau, Profession : femme politique, Paris, Presses de Sciences Po, 2001, p. 19.

Arlette Capdepuy

Arlette Capdepuy, agrégée d’histoire-géographie, doctorante à l’université de Bordeaux 3, prépare une thèse sur Félix Éboué sous la direction de Bernard Lachaise. Elle a publié « Félix Éboué, gouverneur général et compagnon de la Libération : histoire d’une construction d’une mémoire d’État (1944-1984) », dans Christian Amalvi (dir.), Usages savants et partisans des biographies, de l’Antiquité au XXIe siècle (CD-ROM du CTHS).

Mots clefs : Eugénie et Félix Éboué ; Ve République ; femme politique ; gaulliste ; conseillère municipale.

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