Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Gaullistes, femmes et réseaux

Coordination : Yves Denéchère

Performances de genre : images croisées de Michèle Alliot-Marie et de Roselyne Bachelot

Christine Bard
Résumé :

Michèle Alliot-Marie et Roselyne Bachelot ont connu l’extraordinaire mutation de l’image politique, le triomphe de la communication et l’essor des médias (...)

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Michèle Alliot-Marie et Roselyne Bachelot ont connu, depuis leurs débuts en politique, l’extraordinaire mutation de l’image politique, le triomphe de la communication et l’essor des médias audiovisuels. L’image, qui n’avait encore qu’un rôle médiocre en 1968, est décisive aujourd’hui. Que son rôle croissant coïncide avec la place grandissante des femmes au gouvernement doit nous interroger. Elles subissent et participent à une hétérospectacularisation du pouvoir, un mot qui dit bien la mise en visibilité, scénographiée, non seulement de relations mixtes au sein du gouvernement mais aussi de relations marquées par une certaine sexualisation.

Les deux femmes aux journées parlementaires de Menton les 10-11 octobre 1998 (Maurice Grassin, Roselyne Bachelot, "fidèle et rebelle"). © DR.Fig. 1 - Les deux femmes aux journées parlementaires de Menton les 10-11 octobre 1998 (Maurice Grassin, Roselyne Bachelot, "fidèle et rebelle"). © DR.


Nous allons examiner les performances de genre accomplies par Roselyne Bachelot et Michèle Alliot-Marie, mais pour commencer, nous les situerons dans une histoire collective dont elles héritent et dont elles sont les actrices.

Deux femmes, héritières et actrices d’une histoire collective

Les années Giscard ou les débuts de féminisation

Toutes deux nées en 1946, les deux femmes s’engagent en politique, dans les pas de leurs pères alors que la féminisation est en marche pendant les années Giscard (1974-1981) [1] .

Jean Narquin et Roselyne Bachelot en juin 1988 (dans Maurice Grassin, Roselyne Bachelot, fidèle et rebelle, Laval, Siloë, 2000). © DR.Fig. 2 - Jean Narquin et Roselyne Bachelot en juin 1988 (dans Maurice Grassin, Roselyne Bachelot, "fidèle et rebelle", Laval, Siloë, 2000). © DR.

Le champ des possibles s’ouvre pour les jeunes femmes appartenant à une génération plus politisée que celle de leurs mères. Mai 68 fait date dans la genèse de la conscience politique de Michèle Alliot-Marie et de Roselyne Bachelot : elles sont profondément choquées par le désordre. Michèle Alliot-Marie rapportera avoir dompté un amphi et en avoir tiré des leçons sur son charisme personnel.

Il faut attendre l’alternance à droite en 1974 pour que commence la féminisation du gouvernement, qui rime, pour Valéry Giscard d’Estaing, avec modernisation [2] . Il choisit des femmes de la société civile, sans mandat électif, mais qui ont réussi dans leur domaine et jouissent d’une image d’expertes [3] . Parmi ces neuf femmes, deux femmes d’exception : Simone Veil, au poste de ministre de la Santé, et Françoise Giroud, première secrétaire d’État à la Condition féminine. Le choix porté sur cette journaliste indique bien l’avènement de la « politique spectacle »… orchestrée par des hommes, car les femmes journalistes sont encore rares. Selon Françoise Giroud, la télévision augmente la popularité des femmes ministres, parce qu’on les voit à l’Assemblée défendre des projets de loi importants [4] . De cette époque on garde aussi le souvenir d’une désacralisation possible de la « comédie du pouvoir » dont il est difficile de dire si elle accompagne, précède ou est provoquée par l’entrée des femmes [5] . On remarque aussi la place des rapports de séduction qui se nouent entre le prince et ses protégées.

Michèle Alliot-Marie a connu de près Alice Saunier-Seïté, chargée des Universités entre 1976 et 1981, puisqu’elle a travaillé dans son cabinet. Elle a pu mesurer les avantages et les inconvénients de l’érotisation d’une image de femme politique. Le président de la République Valéry Giscard d’Estaing avouera qu’elle le faisait fantasmer : « Son corps est musclé, avec des mouvements d’une aisance féline, et des jambes qui me paraissent bronzées. Une pensée bizarre me traverse : quand elle faisait l’amour, elle devait y mettre la même véhémence [6] . » La « femme la plus insultée de France » est surnommée la « tigresse », la « panthère ». Elle représente, selon Jacques Chancel, un mélange de fermeté et de « charme », un qualificatif omniprésent qui évoque d’autres charmes, ceux qui se vendent, ceux qui qualifient certains magazines [7] … Alice Saunier-Seïté ne commente pas les compliments sur son sex appeal et met en avant sa brillante carrière universitaire qui a fait d’elle la première femme recteur d’Académie. Il faudra faire un jour l’histoire des rumeurs qui la concernent.

C’est à ce moment-là que commence l’hétérospectacularisation de la politique : le pouvoir n’est pas seulement sexué, codé au masculin, il est aussi sexuel [8] . Tous les présidents de la République seront désormais des hommes hétérosexuels très actifs, des « hommes qui aiment les femmes », comme on dit, sans doute mal… Des journalistes n’hésitent pas à considérer les femmes du gouvernement comme un harem, « les femmes de Giscard », pour reprendre le titre d’un essai de 1978 [9] .

Valéry Giscard d’Estaing n’a pas à regretter la féminisation de son gouvernement. La popularité de Simone Veil est immense. Les sondages révèlent une opinion très favorable à la féminisation du pouvoir. Le 19 décembre 1975, pour la première fois au baromètre Sofres-Figaro, une femme arrive en tête parmi les personnalités que l’on voudrait voir jouer un rôle au cours des mois et des années à venir. Simone Veil en tête (49 points) ex æquo avec Jacques Chirac, devant Françoise Giroud (45 points). Le genre féminin, qui était un handicap, peut désormais devenir un atout.

De 1981 à 1995 : des progrès ambigus au cours des années Mitterrand

Durant quatorze années, la gauche gouverne, sauf lors des périodes de cohabitation, de 1986 à 1988 (gouvernement Jacques Chirac) et de 1993 à 1995 (gouvernement Édouard Balladur). En 1981, la victoire de François Mitterrand porte au pouvoir des représentants de la gauche, qui, malgré ses ambiguïtés, son sexisme d’appareil, porte avec elle des valeurs féministes. Les deux marqueurs principaux du changement sont la création d’un ministère des Droits de la femme et un léger progrès de la féminisation du gouvernement. François Mitterrand innove également en confiant à une femme un ministère réputé viril, l’Agriculture, puis en donnant à celle qui en avait été la titulaire la fonction de Premier ministre. L’expérience est brève (15 mai 1991-31 mars 1992) pour Édith Cresson et laisse une image très ambivalente. Le contexte est à tout point de vue très difficile pour le pouvoir et l’espérance irrationnelle soulevée par le choix d’une femme à ce poste ne dure guère et se retourne même durement contre Édith Cresson. Un verrou du pouvoir a quand même sauté. Pour Élisabeth Guigou, Édith Cresson Premier ministre, c’est un « changement considérable » car l’opinion s’habitue à la possibilité d’une présidente à l’Élysée, mais c’est aussi un moment difficile pour les femmes, une victoire ternie par les rumeurs, par la multiplication d’images et de caricatures sexistes, notamment au Bébête Show, et l’accusation d’incompétence, lancée par des journalistes de gauche. Parmi les jeunes espoirs du Parti socialiste (PS), Élisabeth Guigou et Ségolène Royal, proches de Mitterrand, parviennent à s’imposer. La gauche est alors sensible à la féminisation, plus que la droite, comme le montre l’alternance de 1986.

En 1986, lorsque le Premier ministre Jacques Chirac réalise une fois son gouvernement formé qu’il ne compte aucune femme, il appelle in extremis Michèle Barzach, gynécologue, qui devient ministre de la Santé et de la Famille, ministère le plus féminin. Un choix qui est aussi glamour si l’on croit les commentaires de l’époque. « Ravissante, bien faite, toujours vêtue de soie et de cachemire », « première femme politique à assumer aussi ouvertement son pouvoir de séduction, la presse et le microcosme glosent en permanence sur son allure. On lui demande même de poser en maillot de bain sur sa planche à voile [10] . » Cette lune de miel avec les médias ne dura pas. En 1990, après avoir pris le parti des rénovateurs au sein du mouvement gaulliste, elle est durement rejetée et essuie ses larmes en public. Son éviction est présentée comme « le châtiment imposé à une trop jolie femme [11]  ». Les autres femmes du gouvernement de Jacques Chirac souffriront au contraire d’un mal ancien pour les femmes : une excessive discrétion, un déficit d’image. Ce n’est pas le cas de Michèle Alliot-Marie qui entre pour la première fois au gouvernement en 1986 : elle est pendant deux ans secrétaire d’État auprès du ministre de l’Éducation nationale, chargée de l’Enseignement. L’adéquation de sa formation initiale avec sa fonction est soulignée. Michèle Alliot-Marie est une surdiplômée ; docteur en droit en 1973, docteur d’État en sciences politiques en 1982. En 1993, elle est à nouveau appelée au gouvernement, dirigé par Édouard Balladur où elle sera pendant deux ans ministre de la Jeunesse et des Sports. Là encore, elle apparaît parfaitement adaptée à cette fonction : son passé sportif, le rôle de son père, ancien arbitre international de rugby, jouent en sa faveur.

Couverture du livre "Ces femmes qui nous gouvernent", de Catherine Mangin et Elizabeth Martichoux (Albin Michel, 1991). © DR.Fig. 3 - Couverture du livre "Ces femmes qui nous gouvernent", de Catherine Mangin et Elizabeth Martichoux (Albin Michel, 1991). © DR.

 

Des bénéficiaires de la dynamique paritaire

Michèle Alliot-Marie et Roselyne Bachelot vont dans les années 1990 bénéficier de la dynamique paritaire. La perte de confiance des électeurs, le discrédit des hommes politiques forment la toile de fond d’un changement de taille, au tournant du siècle : la parité. L’histoire de la parité s’origine en partie dans l’humiliation féminine : femmes alibis, femmes courtisanes, femmes envoyées dans des circonscriptions ingagnables… En 1995, Jacques Chirac met en place l’Observatoire de la parité dont la direction est assurée par Roselyne Bachelot jusqu’en 1998. Alain Juppé déclare, à l’inauguration de l’Observatoire de la parité : « Si j’ai choisi des femmes, ce n’est pas pour mettre des touches de couleur sur les photos prises sur les perrons des palais nationaux, mais c’est parce que j’avais besoin d’elles pour m’aider à réformer notre pays et le rendre plus juste et plus solidaire. »

C’est le 19 octobre. Le 7 novembre, il remanie le gouvernement en se séparant de la plupart des femmes. On passe de douze à quatre femmes au gouvernement, de 28 % à 12 %. Six mois plus tard, des ministres et anciennes ministres de gauche et de droite publient le Manifeste des dix pour la parité (6 juin 1996). C’est la première fois que les clivages politiques sont transcendés au plus haut niveau, celui du gouvernement, par une cause féministe, ce qui donne un indice pertinent de la profondeur du mécontentement accumulé. C’est vraiment l’époque d’une prise de conscience féministe, accompagnée par les médias. En 1997, la dure bataille des investitures féminines plaide pour la parité. La cause est populaire dans l’opinion publique.

Le mécontentement accumulé dans le monde du journalisme, réputé très sexiste, n’y est sans doute pas non plus étranger. La naissance des Chiennes de garde, à l’initiative de femmes journalistes [12] , montre que le seuil de tolérance diminue face aux agressions et aux comportements misogynes à l’égard des femmes visibles dans la sphère publique. Les ministres du gouvernement Jospin se montrent décidées à se défendre, et parviennent, par exemple, à imposer aux médias la féminisation du titre de leur fonction. C’est une avancée symbolique importante [13] . Le cri de colère des femmes politiques est très médiatique. Les témoignages se multiplient et se vendent bien. L’un des plus remarquables, pour la richesse de ses analyses, est celui qui réunit deux femmes de bords opposés : Geneviève Fraisse, ancienne déléguée interministérielle chargée des Droits des femmes dans le gouvernement Jospin, bien connue comme historienne, philosophe et féministe, et Roselyne Bachelot, du RPR, qui montre un recul intéressant par rapport au métier politique [14] .

Photo de Geneviève Fraisse et de Roselyne Bachelot au dos de leur livre, "Deux femmes au royaume des hommes" (Paris, Hachette, 1999). © DR.Fig. 4 -  Photo de Geneviève Fraisse et de Roselyne Bachelot au dos de leur livre, "Deux femmes au royaume des hommes" (Paris, Hachette, 1999). © DR.

Moment de prise de parole de femmes politiques en tant que « victimes », la fin du siècle est aussi riche de la réflexion accumulée sur l’histoire de l’exclusion politique des femmes, que connaît si finement Geneviève Fraisse, passée du CNRS à la politique. Le féminisme trouve une nouvelle vigueur avec la lutte pour la parité, et, non sans liens, le débat sur le pacs (Pacte civil de solidarité) qui marque un moment fort de politisation des questions sexuelles. L’hétérosexualité ne peut plus s’imposer comme norme avec la même tranquille évidence qu’autrefois. C’est son soutien au pacs qui fait de Roselyne Bachelot une personnalité médiatique [15] et même l’une des femmes les plus interviewées de France. En 1998, elle défend la réforme, seule contre son parti (ce qui lui était déjà arrivé une fois, lorsqu’elle vota la loi Évin sur le tabagisme et l’alcool, en 1991).

Alors que la campagne pour la parité bat son plein, les sondages indiquent que les Français ont une très bonne opinion des femmes politiques qui leur semblent, par rapport aux hommes, plus proches des gens, combatives, réalistes, ouvertes aux idées nouvelles, courageuses et honnêtes [16] . Capter cette popularité féminine devient un intérêt stratégique pour les partis, notamment pour le PS lors des législatives de 1997 qui, gagnées, permettent la formation d’un gouvernement plus féminisé. Les capitaux personnels des femmes politiques sont bien distincts de ceux de leur formation puisqu’en décembre 2001, figurent parmi les personnalités politiques préférées des Français Arlette Laguiller en 3e position, Marie-Georges Buffet en 7e position et Dominique Voynet en 14e position. Les femmes de gauche sont bien placées : Martine Aubry (5e), Élisabeth Guigou (8e), alors que la première femme de droite arrive en 23e position (Michèle Alliot-Marie) [17] . La parité, à laquelle on peut attribuer des origines politiques (le féminisme) ou sociétales (la mixité), c’est aussi la recherche pragmatique d’un gain d’image.

Si les femmes de gauche ont la main, la droite est elle aussi entraînée sur la voie de la féminisation. En 2000, Michèle Alliot-Marie devient la première femme à la tête d’un grand parti. À 53 ans, la députée-maire de Saint-Jean-de-Luz est largement plébiscitée. Elle accompagne ce moment de triomphe d’un sourire éclatant. Ses cheveux sont plus courts et ses lunettes, adaptées au changement de mode, se sont faites petites et discrètes. Les commentaires sont élogieux. Les médias montrent la joie des femmes de son parti. Pour Roselyne Bachelot, c’est une « révolution [18]  ». On se demande alors si Michèle Alliot-Marie deviendra la « dame de fer » française.

Le gouvernement Jospin peut inscrire à son bilan le pacs et la parité, mais la gauche est absente au second tour de 2002. Jacques Chirac est réélu, Jean-Pierre Raffarin est Premier ministre. Le nombre de femmes au gouvernement diminue, passant de dix à six. Roselyne Bachelot est nommée ministre de l’Environnement, de l’Écologie et du Développement durable [19] . En 2004, elle n’est pas nommée dans le troisième gouvernement de Raffarin. Elle n’a pas convaincu. « On m’a présentée comme la ménagère de moins de 50 QI », dit-elle. Elle reste députée européenne, conseillère régionale des Pays de la Loire, et secrétaire nationale chargée des questions de société à l’UMP.

Michèle Alliot-Marie est en 2002 nommée ministre de la Défense. « C’est la première fois qu’une femme commandera les militaires et les gendarmes », commente la journaliste Élise Lucet. Suit un reportage : « C’est le paradoxe Michèle Alliot-Marie. Opposée aux thèses féministes, elle n’avait pas soutenu la loi sur la parité [20] . » Le commentaire à chaud de l’événement établit un lien explicite entre cette nomination et la dynamique paritaire dont elle bénéficie. Première femme à la Défense, ce n’est pas rien, d’autant qu’elle y reste jusqu’en 2007, sans soulever aucune critique.

Nous retrouvons, ensemble, Michèle Alliot-Marie et Roselyne Bachelot dans le gouvernement de François Fillon en mai 2007. Qualifié de paritaire, il ne compte en réalité que sept femmes parmi les seize ministres, et quatre femmes parmi les dix-huit secrétaires d’État, soit au total 30 % de femmes. Mais la volonté d’affichage paritaire est révélatrice des gains espérés. Une surenchère vertueuse semble stimuler les gouvernements, soucieux de se distinguer des précédents et de ne pas faire moins. L’alternance gauche/droite ou au sein de la droite aura donc joué un rôle dans la croissance du nombre de femmes au gouvernement. La conception sarkozyste du pouvoir, en rupture avec la tradition de la droite, favorise la féminisation. De même que le contexte : la bataille de l’élection présidentielle a pour la première fois opposé un homme et une femme. Ségolène Royal joue avec une habilité inégale, mais avec constance, sur l’effet de genre, contribuant ainsi à l’actualisation des enjeux liés à l’inégale distribution du pouvoir entre les sexes. La mixité du gouvernement indique à première vue un progrès de la cause des femmes et une certaine rupture pour la tradition de la droite, historiquement peu portée à promouvoir cette cause.

Incarnations : du corps-obstacle au corps-atout

Pour analyser les carrières de Michèle Alliot-Marie et de Roselyne Bachelot, il faut prendre en compte une image qui donne une grande importance aux signifiants corporels et vestimentaires. Le vêtement est un des principaux marqueurs du genre, il est au cœur des relations de séduction entre les sexes, mais aussi des relations de pouvoir entre les sexes. Il est codé pour les hommes qui héritent d’un uniforme bourgeois, le costume tailleur veste pantalon, avec une cravate, voire, d’un uniforme militaire, comme celui de De Gaulle. Le léger assouplissement des codes, le soupçon de diversité des dernières années ne remettent pas en cause cette loi générale. Le vêtement féminin, moins codé, est au contraire soumis à de grandes variations, ce qui fait presque automatiquement des femmes des outsiders qui n’ont pas l’uniforme de l’emploi. La différence saute aux yeux. Roselyne Bachelot et Michèle Alliot-Marie sont à première vue opposées de ce point de vue et l’on a envie de souligner d’abord chez la première la performance de la féminité, et chez la seconde la performance de masculinité.

Roselyne Bachelot dans la performance de féminité

Roselyne Bachelot est très consciente du handicap que représente le corps féminin en politique. Ses propos illustrent ce que Pierre Bourdieu développe dans La Domination masculine sous le concept d’habitus incorporé. La lucidité dont elle fait preuve, ainsi que sa maîtrise des lois de la communication semblent indiquer qu’elle décide de ses choix d’image et qu’elle a dépassé les pièges tendus aux femmes politiques ordinaires. Roselyne Bachelot a travaillé sa voix grave, mélodieuse, dont elle sait user, faisant irrésistiblement penser à une chanteuse d’opéra.

Les tailleurs jupe ou pantalon aux couleurs flashy, « pétantes », sont l’identifiant principal de Roselyne Bachelot. La recherche sur Google des co-occurrences de Roselyne Bachelot avec tailleur, précisant la couleur, sont innombrables : sur les deux premières pages à la recherche de l’association « Bachelot-tailleur » nous trouvons du fuschia, du rose, du blanc, du lilas, du satin violet, du noir, du gris perle, du mandarine, du turquoise et du rose cochon, peu flatteur. Roselyne Bachelot théorise le recours à la couleur vive d’une manière féministe. Elle privilégie le rose, une couleur archiféminine. Manière pour elle d’arborer la féminité comme un drapeau, dans un monde d’hommes, de jouer d’une différence devenue très visible. Elle évoque avec un zeste de condescendance les nouvelles élues PS de 1997 passées en quelques jours à l’Assemblée de la couleur au gris, comme pour se faire oublier, comme une tentative de contournement du regard sexiste et sexualisant.

La sexualisation n’effraie pas Roselyne Bachelot. Sa bouche aux lèvres larges et sensuelles attire le regard car elle est généralement recouverte d’une épaisse couche de rouge à lèvres et de gloss. Elle se présente comme une experte en maquillage, peut-être parce que son ancienne activité de pharmacienne l’a familiarisée avec les cosmétiques. Elle n’hésite pas en tout cas à aborder ce sujet frivole avec la presse féminine. Le rire de gorge peut aussi être mis sur le compte d’une attitude séductrice.

Très physique, Roselyne Bachelot donne l’impression d’avoir une affectivité à fleur de peau [21] . On la voit en larmes par exemple, le jour du vote du pacs. Le stéréotype féminin en est renforcé, comme quand elle évoque avec gourmandise son rapport sentimental avec ses électeurs ou la force de la séduction. Mais cette stratégie de la performance féminine est risquée. Pour une partie de son électorat, la limite du vulgaire est franchie. Et puis le procédé s’use. En 2009, l’humoriste Nicolas Canteloup, dans une imitation, avance qu’il y a plus efficace que la nouvelle pilule EllaOne, le tailleur rose de Roselyne Bachelot : « Avec ça, il ne vous arrive rien [22] . » Depuis 2007, la sobriété vestimentaire est imposée à la ministre de la Santé, désormais souvent en noir. Elle fait un accroc à son engagement avec les crocs. Portées sur le perron de l’Élysée après les Jeux olympiques de Pékin, puis vendues quelques centaines d’euros pour une œuvre caritative, les crocs sont… rose vif [23] .

À 64 ans, la performance de la féminité est plus difficile à jouer. La présence médiatique de Roselyne Bachelot a changé de nature. Dans un sondage sur les femmes politiques les mieux habillées réalisé pour le Journal des femmes du 26 janvier 2008 (4 000 votes), Roselyne Bachelot arrive en huitième position (1,4 %) et arrive donc bien derrière Rachida Dati avec 36,2 %, Rama Yade (22,4 %), Ségolène Royal (15,6 %).

Une performance de masculinité : Michèle Alliot-Marie ministre de la Défense

Michèle Alliot-Marie incarne un type de féminité autoritaire, raide, évocatrice du masculin. Ce qui représente aussi tout un travail de l’image, scénarisé par l’intéressée elle-même à travers interviews et confidences pour une biographie qui en fait « la grande muette » à l’image de l’institution qu’elle dirige [24] .

D’abord les origines : un esprit sain dans un corps sain : le sport comme ethos. Puis le vêtement de la fonction : d’immenses lunettes, à la mode dans les années 1980, mangent le visage de la jeune femme politique ambitieuse. Elle est alors secrétaire nationale du RPR et rétorque à sa collaboratrice qui voudrait la voir changer de lunettes et de coiffure : « Je ne suis pas une potiche. » Puis vient le style de la femme de pouvoir : ensembles pantalons larges, cheveux plus courts, lunettes modernisées, et surtout, adaptation à la fonction ô combien masculine de chef des Armées avec toute une série de vêtements militaires ou inspirés du style militaire, portés avec la solennité dont elle est coutumière. Un art consommé de faire disparaître le corps sexué dans la fonction. Michèle Alliot-Marie demande que sa fonction ministérielle soit déclinée au masculin, qui représente pour elle le neutre dans la langue [25] .

La performance de « masculinisation » de Michèle Alliot-Marie, pondérée par des images plus féminines, mais non maternelles, inspire le respect, et sans doute une certaine crainte (excès d’autorité). On l’associe à son ambition : Matignon, voire, la présidence de la République qu’elle n’exclut pas, avant le raz-de-marée sarkozyste.

En 2007, le nouveau président de la République accentue cette recherche d’une image décontractée, servie par la mixité : les femmes que l’on embrasse, ou qui s’embrassent, comme des vieilles copines. Certaines sont appelées familièrement par leur prénom : Roselyne a un prénom, mais pas Michèle Alliot-Marie – MAM – qui n’a droit qu’à des initiales, mais le résultat est proche. Elle fait partie de l’image de Roselyne Bachelot. Même Michèle Alliot-Marie, réputée pour sa raideur, distille photographies et propos qui fendillent l’armure. L’album de photographies de Michèle Alliot-Marie montre une décontraction croissante : en tenue de sport lors de sa séance de training, éclatant de rire auprès d’Élie Sémoun, ou enfin, très proche de son compagnon, le député Patrick Ollier. Mise en scène parfaite pour l’image du contact physique, exercice toujours plus difficile pour les femmes dans une relation mixte. Or le contact physique, symbole facile de proximité, prend une importance croissante : Chirac est à l’aise dans la proxémie, son successeur à l’Élysée aussi.

Alors que le Président lui-même se met en scène en train d’effectuer son jogging, plusieurs femmes ministres, Christine Lagarde notamment, offrent l’image de corps dressés par le sport [26] . MAM, dans ce domaine, a déjà fait ses preuves, corps impeccable, sanglé dans des tenues près du corps. On l’a même vue plaisanter, ministre de la Défense, sur les peurs du président de la République Jacques Chirac lorsqu’elle se livre à des « exercices un peu trop sportifs [27]  ».

L’allure sportive, jeune et décontractée se fabrique aussi grâce au pantalon, désormais porté par presque toutes les femmes ministres sur la photo de famille du gouvernement. Il leur confère une autorité un peu masculine. Si Michèle Alliot-Marie en France, Angela Merkel en Allemagne, lui ont donné ses lettres de noblesse, il est encore un peu en décalage avec la « féminité » attendue d’une ministre. Il ne peut rivaliser avec le glamour de la jupe à la Rachida Dati, comme le pointe le dessinateur Cabu dans le Canard enchaîné du 1er juillet 2009.

Michèle Alliot-Marie est une des premières femmes, peut-être la première à être entrée dans l’hémicycle de l’Assemblée en pantalon. En 1972, aux huissiers qui voulaient l’empêcher d’entrer, elle aurait dit qu’elle était prête à l’enlever sur le champ. Elle était à bonne école avec Alice Saunier-Seïté, première ministre à avoir porté le pantalon dans l’exercice de ses fonctions, choquant beaucoup le Premier ministre Jacques Chirac qui lui fit savoir qu’elle déshonorait la fonction [28] .

Métisser les genres, clé du succès

L’excès de féminité ou de masculinité est une voie très risquée pour des politiques qui doivent tenter de rassembler. La solution pourrait être dans la recherche du mélange des genres.

Roselyne Bachelot maîtrise par exemple très bien la proxémie : on la voit par exemple donner à Jacques Chirac une petite tape sur la joue avant le début du Conseil des ministres, au moment de l’affaire du sonotone. La proxémie mixte génère toujours des soupçons sur la nature des liens hétérosexués. Mais Roselyne Bachelot sait la gérer de manière virile. Ses gestes savent suggérer complicité et familiarité.

Fig. 5 - Roselyne Bachelot reçue à l'Élysée le 15 juin 1997 (dans Maurice Grassin, Roselyne Bachelot, fidèle et rebelle, Laval, Siloë, 2000). © DR.Roselyne Bachelot reçue à l'Élysée le 15 juin 1997 (dans Maurice Grassin, Roselyne Bachelot, fidèle et rebelle, Laval, Siloë, 2000). © DR.

Chez Roselyne Bachelot, l’un des éléments apportant de la masculinité est l’humour, qui fut longtemps un privilège viril, généralement exercé au détriment des femmes. Elle use par moments d’un langage décalé, à la limite de la grossièreté, alors qu’il est attendu des femmes une sorte d’hypercorrection linguistique, qui contraste avec la liberté de ton accordée aux hommes. « Je souhaite de tout cœur qu’elle se casse la gueule », dit Roselyne Bachelot récemment de son « amie » Martine Aubry [29] . Le plaisir du bon mot est souvent pour elle irrésistible. À propos de Rama Yade, en 2007, elle lance : « Heureusement qu’elle n’est pas lesbienne et handicapée, elle serait Premier ministre [30] . »

Fig. 6 - Affichette anonyme collée à Angers (mur du lycée David d'Angers), printemps 2007, photo C. Bard.Affichette anonyme collée à Angers (mur du lycée David d'Angers), printemps 2007, photo C. Bard.

On peut associer l’humour à une certaine bonhomie, à la rondeur de bonne vivante qui la caractérise. Ce poids excessif par rapport à la norme esthétique du temps renvoie aussi du côté de l’absence de maîtrise. Il prête à sourire ou à rire. En 2008, un journaliste interroge le capitaine de l’équipe de handball après les Jeux olympiques : « Qu’est-ce qui était le plus dur ? Remporter le titre olympique ou soulever Mme la ministre [31]  ? »

Roselyne Bachelot a beaucoup recours à l’humour. Elle n’apprécie toutefois pas celui des Guignols de l’info, qui la blesse : elle l’avoue en 2009 à l’occasion des vingt ans de cette émission de Canal +, qui a dégradé son image lorsqu’elle était ministre de l’Environnement [32] .

Roselyne Bachelot joue sur plusieurs registres, la féminité n’étant qu’un de ces registres. Il en va de même pour Michèle Alliot-Marie, qui n’est pas réductible à l’ostentation d’une certaine masculinité, toujours élégante, et accordée aux fonctions qui lui sont attribuées (Sport, Défense, Intérieur, Justice et Affaires étrangères). Elle sait se féminiser en certaines occasions, par exemple pour la photo de famille devant Matignon, où elle est en 2007 une des seules femmes en jupe [33] .

Elle bénéficie également d’un atout physique puisqu’elle a la réputation d’avoir « les plus belles jambes du gouvernement ». Sa féminité corporelle se niche aussi dans une poitrine très généreuse, que son biographe qualifie de « buste de Marianne [34]  ».

L’allure sportive de Michèle Alliot-Marie n’exclut pas l’élégance, reconnue par un sondage qui la place au 4e rang des femmes politiques les mieux habillées. On frôle même le glamour avec ce jugement de la journaliste Kathleen Evin à propos de Michèle Alliot-Marie : « Une Lauren Bacall avec quelque chose en moins [35] . » Des réminiscences sans doute d’une jeunesse où elle usait plus facilement de la panoplie féminine : boucles d’oreille, maquillage appuyé, ongles vernis… Le métissage des genres paraît évident dans une photo d’elle, très posée, où, bien qu’habillée d’un jean, elle croise les jambes à la manière des femmes en jupe [36] .

Conclusion

Les femmes politiques prennent désormais une part active à la fabrication de leur image et subissent moins que dans les années 1980 le sexisme. Elles ont conscience des discriminations dont elles sont ou peuvent être victimes (Valérie Pécresse, ministre des Universités, déclare ainsi, en 2008 : « Nous autres, les femmes, on a moins le droit à l'erreur [37] ... »). Elles font preuve d’un certain féminisme, surtout pour Roselyne Bachelot, militante de la parité, qui met en avant son identité de femme, tout en affichant des positions universalistes. Les femmes ministres peuvent aussi, si nécessaire, faire preuve d’une certaine solidarité féminine. Elles évoluent dans un univers de contraintes mieux connu que par le passé.

Mais ces contraintes évoluent en permanence. Depuis les années 2000, le modèle de l’hyperféminité a progressé. Dans le gouvernement formé en 2007, le casting de Nicolas Sarkozy annonce la percée du glamour (Rachida Dati, Nathalie Kosciusko-Morizet, Rama Yade). La beauté n’est plus taboue. Elle participe à un processus de séduction décomplexée [38] . Des études de plus en plus nombreuses montrent à quel point celles et ceux qui en sont dotés sont généralement parés de toutes les qualités : intelligence, compétence, équilibre, honnêteté, persuasion [39] … On sait désormais que le préjugé sexiste sur l’incompétence féminine n’est plus de mise pour les électeurs, et que les électrices trouvent les femmes politiques plus compétentes que leurs confrères. Les femmes profitent pleinement de la « prime de beauté », ce qui en d’autres temps, aurait été un handicap, et provoque parfois des réactions de jalousie masculine.

L’injonction à la féminité est moins pesante qu’autrefois. Au fil du temps, la crainte de masculinisation des femmes s’est estompée. Mais restent des différences de genre assez typiques comme le sourire, toujours plus féminin que masculin.

Les carrières longues de Roselyne Bachelot et de Michèle Alliot-Marie semblent indiquer qu’elles ont bien géré leur image. Typées dans leur genre, elles sortent du lot. Toutes deux profitent donc de la spectacularisation de la vie politique qui exige une présence féminine, pour les besoins même du spectacle. Les femmes, en tant qu’outsiders, ont un intérêt immédiat à profiter de cette nouvelle donne qui facilite leur accès au pouvoir et ne se gênent pas pour le faire.

Allons-nous vers une survalorisation de la différence de genre, comme le laisse à penser le spectacle donné à l’électorat ou au contraire vers une indifférenciation, ce que suggèrent les sondages montrant qu’une part de plus en plus importante des électeurs est indifférente au sexe des candidats [40]  ? Les deux tendances coexistent pour le moment, dessinant un avenir incertain. L’environnement visuel, en tout cas, conserve en France un caractère sexiste à connotation érotique, comme en témoigne cette affiche publicitaire de la marque de sous-vêtements Triumph dans le contexte électoral de 2007 sur laquelle une blonde pulpeuse offrant ses charmes aux regards proclame en toute modestie : « Avec moi, pas d’abstention. »

Affiche publicitaire de la marque de sous-vêtements Triumph : « Avec moi, pas d'abstention » (sur le site de la marque).Fig. 7 - Affiche publicitaire de la marque de sous-vêtements Triumph : « Avec moi, pas d'abstention » (sur le site de la marque). © DR.

Pour citer cet article : Christine Bard, "Performances de genre : images croisées de Michèle Alliot-Marie et de Roselyne Bachelot", Histoire@Politique. Politique, culture, société, n° 17, mai-août 2012, www.histoire-politique.fr

 

 

 

 

 

Notes :

[1] Cf. Christine Bard, « Les premières femmes au gouvernement (France, 1936-1981) », Histoire@Politique. Politique, culture, société, n° 1, mai 2007, dossier « Femmes et pouvoir », http://www.histoire-politique.fr/index.php?numero=01&rub=dossier&item=7 [lien consulté le 30 avril 2012].

[2] Cf. Christine Bard, « Cent mesures pour les femmes », dans Serge Berstein, Jean-François Sirinelli (dir.), Les Années Giscard. Les réformes de société 1974-1981, Paris, Armand Colin, 2007, p. 203-225.

[3] Jean Choffel, Seule, une femme… Alice Saunier-Seïté, Paris, Flammarion, 1979, p. 28.

[4] « Les médias et l’événement », dans La Bataille de l’avortement, Paris, La Documentation française, 1986, p. 23.

[5] Cf. Françoise Giroud, La Comédie du pouvoir, Paris, Fayard, 1977 : un témoignage cruel sur les mœurs des hommes politiques.

[6] Cité par Mariette Sineau, Profession : femme politique. Sexe et pouvoir sous la Ve République, Paris, Presses de Sciences Po, p. 75.

[7] Jacques Chancel, Radioscopie, 27 mai 1977.

[8] J’emprunte le concept d’hétérospectacularisation à Maggie Allison, « Une nouvelle donne ? Les femmes politiques vues par la presse française et britannique en 1997 », dans Odile Krakovitch, Geneviève Sellier, Éliane Viennot (dir.), Femmes de pouvoir, mythes et fantasmes, Paris, L’Harmattan, 2001. Sur le sexuel, cf. par deux journalistes du Point, Christophe Deloire, Christophe Dubois, Sexus Politicus, Paris, Albin Michel, 2006.

[9] Claire Cauvin, Dominique Poncet, Les femmes de Giscard, Paris, Temascope, 1978.

[10] Catherine Mangin, Élizabeth Martichoux, Ces femmes qui nous gouvernent, Paris, Albin Michel, 1991, p. 186.

[11] Journal du Dimanche, 18 février 1990.

[12] Florence Montreynaud, fondatrice de cette association, fut présidente de l’Association des femmes journalistes.

[13] Claudie Baudino, Politique de la langue et différence sexuelle, Paris, L’Harmattan, 2001.

[14] Il s’agit de Deux femmes au royaume des hommes, Paris, Hachette, 1999.

[15] Cf. Agnès Verry, Femmes, politique et médias. L’exemple de Roselyne Bachelot dans Le Monde et Le Courrier de l’Ouest (1988-2004), DEA Histoire des régulations sociales, sous la direction de Christine Bard, Université d’Angers, 2005.

[16] SOFRES/Le Figaro Madame, mai 1997.

[17] Jean-François Amadieu, Le Poids des apparences. Beauté, amour et gloire, Paris, Odile Jacob, 2002, p. 184.

[18] 19/20, sur FR3, le 25 janvier 2000.

[19] Tâche complexe, sur laquelle elle revient dans un livre, Le Combat est une fête, Paris, Robert Laffont, 2006 (la photographie de couverture montre l’ancienne ministre discrètement maquillée qui a fait le choix sobre d’une veste noire).

[20] 19/20, sur FR3, le 7 mai 2002.

[21] Maurice Grassin, Roselyne Bachelot, fidèle et rebelle, Nantes, Siloë, 2000, p. 100.

[22] Revue de presque de Nicolas Canteloup sur Europe 1, 30 septembre 2009.

[23] Les photographies de Roselyne Bachelot en crocs roses à la sortie du Conseil des ministres sont largement diffusées et commentées dans la presse, ici, Ouest-France (http://www.ouest-france.fr/ofdernmin_-A-l-Elysee-Roselyne-Bachelot-a-chausse-ses-crocs-roses-_-693372--BKN_actu.Htm)

[24] Michaël Darmon, Michèle Alliot-Marie. La grande muette, Paris, L’Archipel, 2006, avec 31 photographies.

[25] Une photographie saisissante montre Michèle Alliot-Marie en posture mimétique avec Jacques Chirac, osmose accentuée par la prise de vue. Cf. photographie d’Élodie Grégoire (Gamma) dans Michaël Darmon, Michèle Alliot-Marie, La grande muette, Paris, L’Archipel, 2006, p. 12 du cahier central.

[26] Née en 1956, Christine Lagarde, ancienne vice-championne de France de natation synchronisée, pratique le yoga et la plongée sous-marine. Sa taille inhabituelle fait l’objet de commentaires et la fabrique comme « différente ».

[27] Dans le journal télévisé de 13 h  de France 2 le 10 novembre 2003.

[28] Cf. Christine Bard, Une histoire politique du pantalon, Paris, Seuil, 2010, p. 363-370.

[29] Déclaration de la ministre Roselyne Bachelot dans l’émission « Face à nous » de Public Sénat le 28 janvier 2009.

[30] Propos repris dans les médias, par exemple dans L’Express du 31 mai 2007 et exploités par des opposants à Roselyne Bachelot sur une affichette non signée (Cf. photographie).

[31] Vidéo sur http://www.melty.fr le 27 août 2008.

[32] Samuel Étienne interviewant Roselyne Bachelot sur France 3, 18 avril 2009.

[33] La photo du Premier conseil des ministres de François Fillon le 18 mai 2007 est consultable sur le lien suivant : http://lci.tf1.fr/politique/2007-05/plus-francais-satisfaits-gouvernement-4886740.html [lien consulté le 6 juin 2012].

[34] Jolie expression de son biographe pour évoquer une poitrine généreuse (Ibid., p. 19).

[35] « Ça chahute à la Chambre », Cosmopolitan, octobre 1989.

[36] Voir la photographie de Michèle Alliot-Marie en jean, jambes croisées dans Michaël Darmon, Michèle Alliot-Marie, La grande muette, Paris, L’Archipel, 2006.

[37] AFP, 13 décembre 2008.

[38] Cf. Christian Delporte, Une histoire de la séduction politique, Paris, Flammarion, 2011.

[39] Jean-François Amadieu, Le Poids des apparences… op. cit.

[40] Sondage de BVA Opinion indiquant que 70 % des électeurs sont indifférents au sexe du candidat (émission Déshabillons-les sur Public-Sénat, 31 janvier 2008).

Christine Bard

Christine Bard est professeure d'histoire contemporaine à l'université d'Angers, membre du CERHIO-HIRES et membre du Centre d'histoire de Sciences Po. Elle travaille sur l'histoire du féminisme : Les Filles de Marianne. Histoire des féminismes 1914-1940 (Paris, Fayard, 1995) ; direction de Madeleine Pelletier (1874-1939). Logique et infortunes d'un combat pour l'égalité (Paris, Côté-femmes, 1992) - et s'est aussi intéressée à l'antiféminisme - direction d'Un siècle d'antiféminisme (Paris, Fayard, 1999). Depuis 2000, elle préside l'association Archives du féminisme (http://www.archivesdufeminisme.fr/) et vient de publier, avec Annie Metz et Valérie Neveu, le Guide des sources de l'histoire du féminisme (Rennes, Presses universitaires de Rennes, collection « Archives du féminisme », 2006) et, avec Janine Mossuz-Lavau, Le Planning familial. Histoire et mémoire 1956-2006 (Rennes, Presses universitaires de Rennes, collection « Archives du féminisme », 2007).

Elle a élargi son champ de recherche à l'histoire politique, culturelle et sociale des femmes en France au XXe siècle : Les Garçonnes. Modes et fantasmes des Années folles (Paris, Flammarion, 1998) ; Les Femmes dans la société française au XXe siècle (Paris, Armand Colin, 2001, traduit en allemand, 2008). Elle a dirigé plusieurs ouvrages collectifs : Femmes travesties. Un mauvais genre (Clio, n°10, 1999, avec Nicole Pellegrin) ; ProstituéEs (Clio, n°17, 2003, avec Christelle Taraud) ; Le Genre des territoires (Angers, Presses de l'université d'Angers, 2004) ; Quand les femmes s'en mêlent. Genre et pouvoir, avec Christian Baudelot et Janine Mossuz-Lavau (Paris, La Martinière, 2004).

Elle coordonne Musea, musée virtuel dédié à l'analyse des représentations des genres (http://musea.univ-angers.fr/) et prépare actuellement une Histoire politique du pantalon.

Mots clefs : Michèle Alliot-Marie ; Roselyne Bachelot ; hétérospectacularisation du politique ; sexualisation des femmes politiques ; performance de genre.

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  • ISSN 1954-3670