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Gallimard et les sciences humaines : le tournant des années 1940

François Chaubet
Résumé :

Dans l’histoire de la vie intellectuelle française, les maisons d’édition ont tenu le premier rôle au XXe siècle et (...)

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In Memoriam Pascal Mercier

Les années 1940 (et probablement aussi les années 1950) sont sans doute une période de transition dans l’histoire éditoriale de Gallimard, entre la période dominée très largement par la chose littéraire et la grande ouverture des années 1960 et 1970 à l’histoire et à toute la galaxie des sciences de l’homme animée par Pierre Nora. Mais cette décade (ou plutôt une périodisation qui enjamberait la fin des années 1930 et qui irait à la fin des années 1940) reste toutefois importante qui traduit une redéfinition de l’identité éditoriale liée à l’enrichissement important du catalogue dans ce champ des sciences humaines et sociales : l’éditeur de Gide et de Martin du Gard avant-guerre devint après-guerre surtout l’éditeur de Sartre, de Camus ou de Simone de Beauvoir. Bien sûr, l’apport de Gallimard dans les sciences humaines ne se réduit pas à ces trois noms, et des titres assez nombreux, en histoire, surtout dans le domaine de la critique littéraire, voire en sociologie ou en psychologie, viennent compléter un catalogue de mieux en mieux diversifié. 

Dans ces années qui sont en partie des années de guerre, la production imprimée, au prix parfois d’arbitrages périlleux chez les éditeurs comme chez les écrivains, a continué de façon générale à fonctionner, et particulièrement chez Gallimard qui affronte également de nouveaux venus sur le marché [1] . Or durant cette période, politiquement âpre et ambiguë, très spécialement chez Gallimard qui fit paraître en zone occupée la NRF avec l’appui ouvert des Allemands tout en publiant Pilote de guerre ou les Voyageurs de l’impériale en 1943, et qui connut des difficultés matérielles tels l’approvisionnement en papier, éclosent en fait quelques-uns des grands textes de la réflexion philosophique française. En effet, l’essentiel de l’électricité intellectuelle française d’alors se produit au sein de cette discipline tandis que les autres sciences humaines comptent encore relativement peu. Albert Béguin, grand historien de la littérature et directeur d’Esprit, pouvait ainsi dire au milieu des années 1950 d’un jeune sociologue prometteur : « Il est très bien ce Crozier, malgré sa sociologie [2] . »

Se pencher sur le catalogue science humaines de Gallimard dans les années 1940 permet en tout cas de sortir de chronologies un peu convenues qui insistent sur les seules années 1960 dans la description d’une mue intellectuelle qui verrait le passage de la littérature aux sciences humaines triomphantes. Sans doute aussi n’est-il pas inutile de rappeler que la chronologie de l’histoire des idées n’est pas un reflet pur et simple de la chronologie politique. En effet, le morceau d’histoire intellectuelle que nous proposons correspond en partie aux années d’Occupation qui furent des années fécondes pour la création intellectuelle. Cette « histoire intellectuelle » cependant n’est pas pour autant un objet sans chair sociale. Les milieux revuistes ou les milieux éditoriaux s’avèrent les filtres créateurs de certaines grandes œuvres [3] . L’entregent d’un éditeur conditionne l’ampleur de certains succès, la trajectoire plus ou moins aboutie de telle ou telle œuvre. Sans Gallimard et le petit milieu exigeant qui l’accueillit et le poussa à donner le meilleur de lui-même, l’œuvre d’un Sartre n’aurait peut-être pas été tout à fait la même [4] . Réexaminer le milieu éditorial Gallimard dans ces années 1940, c’est bien revenir sur une idée clé jadis présentée par Régis Debray dans son livre sur Le Pouvoir intellectuel (1979) : en France, les maisons d’édition furent le levain de la vie intellectuelle.

En effet, avec cette nette polarisation du côté de la philosophie existentialiste qui caractérise la maison Gallimard dans les années 1940, se joue un processus d’hybridation intellectuelle singulier amorcé dès la fin des années 1930 [5] . L’horizon littéraire qui dominait la production Gallimard dans l’entre-deux-guerres prit la teinte de plus en plus marquée de la philosophie. Le moment 1940 fut donc chez Gallimard l’acclimatation extraordinairement féconde de l’ancien (le littéraire) au contact du nouveau (la philosophie). À vrai dire, une première hybridation, sous la forme de l’essai, avait été tentée dès le début du siècle avec la fondation de la NRF en 1909, et le travail entrepris dans les années 1920 par un Valéry, un Gide ou un Thibaudet [6] . En reprenant dans la fin des années 1930, sur de nouvelles bases, ce projet de frottement deux à deux de la littérature et de la philosophie, la maison Gallimard entendait rester la plaque tournante de la vie intellectuelle et éditoriale française au milieu du XXe siècle. Nous entendons ainsi proposer ici une lecture un peu différente de l’histoire de cette maison identifiée, trop souvent, comme le seul temple de la toute-puissante littérature [7] .

Le renouvellement du champ éditorial dans les années 1940 avec la lente montée des sciences humaines

Un contexte réformateur

On peut parler d’une seconde (la première ayant eu lieu autour de 1900) naissance des sciences humaines et sociales après 1945, dans le monde, mais aussi en France. Un postulat réformateur anime alors une grande partie des élites intellectuelles et politiques occidentales sur la nécessité d’une meilleure connaissance de la société afin d’en favoriser les transformations. Ainsi il ne manquait pas d’essais en tout genre dans ces années d’après-guerre dont la première partie dessinait « les fautes du passé » tandis que la seconde crayonnait « l’avenir possible ». À ce credo politique et intellectuel réformiste répond l’engagement empirique des sciences sociales de l’époque qui, de l’économie à la science politique, de la sociologie à la psychologie, se développèrent selon un schéma plus ou moins opérationnel. En France, des revues apparaissent qui deviennent les supports de ce renouveau : Population, les Cahiers internationaux de sociologie (1946), Critique (1946), la Revue économique (1951) ou encore la Revue française de science politique (1951). Reparaissent également les Annales de Marc Bloch et Lucien Febvre et l’Année sociologique. De nouveaux instituts ou centres de recherches s’installent peu à peu et se constituent en plaques tournantes de ce renouveau de la science sociale française : de l’INED (1945) à l’INSEE (1945), des six Instituts de sciences politiques (1945) à la VIe section des Hautes études (1947) [8] . Des hommes, tels Alfred Sauvy, fondateur de l’INED et homme-orchestre d’une partie de la vie politico-intellectuelle de l’après-guerre, mais aussi Lucien Febvre ou Georges Friedmann, symbolisent cette lente montée des sciences humaines et sociales aussi bien dans l’univers savant que dans celui de l’édition générale. Il n’est pas étonnant de retrouver certains d’entre eux chez Gallimard. Le premier apparaît aux côtés de Robert Debré afin de fonder la collection « Problèmes et documents ». De même, celui qui fut le père de la « deuxième école de sociologie française », Georges Friedmann (1905-1970), fondateur du premier centre de sociologie estampillé CNRS (le Centre d’étude sociologique en 1946), se retrouve très actif dans le champ académique (il organise la Première Semaine sociologique le 3-5 juin 1948 consacrée à l’étude des idées de James Burnham) et éditorial. Il est ainsi auteur (depuis 1935 en fait avec sa Crise du progrès) chez Gallimard avec ses Problèmes du machinisme industriel (1946), œuvre importante qui examinait très en détail les formes du travail mécanisé tout en proposant un schéma éducatif et humaniste qui réconciliât industrie et métier et en ouvrant de surcroît un dossier bien fourni sur le mouvement des « industrial relations » au sein des grandes entreprises américaines. Il fonde par la suite une collection, en 1950, aux Éditions de Minuit (« l’Homme et la machine »). Enfin, outre l’ouverture de ces lieux de la recherche, l’Université française fonde de nouvelles filières en créant une licence de psychologie en 1947 et une licence de sociologie en 1958 [9] . Les éditeurs voient ainsi des perspectives commerciales renouvelées même si le public étudiant reste encore restreint (140 000 en 1950). Gallimard se trouve toutefois bien faible en face des collections nombreuses et bien fournies en titres des Presses universitaires de France (PUF) (en 1949, Daniel Lagache ouvre la collection « Bibliothèque de psychanalyse et de psychologie clinique » avec sept titres à paraître en 1949-1950), ou en face de son armada de revues en sciences humaines (trente-sept au début 1948 dont neuf en philosophie/psychologie et sociologie et dix revues dans le domaine de l’économie politique et sociale [10] ). Mais elle dispose tout de même d’une collection intitulée « Psychologie » où elle publie en 1950 plusieurs titres de Wilhelm Stekel. 

Les collections sciences humaines dans le champ éditorial

Un parcours de la Bibliographie de la France des années 1940 permet d’enregistrer la présence accrue des sciences humaines dans les catalogues des éditeurs alors que lentement la production éditoriale reprend (7 291 titres en 1945 et 14 746 en 1947). Si des maisons anciennes, telles Payot (surtout présente sur le terrain de l’histoire des religions) ou Flammarion (très lent redémarrage de la « Bibliothèque de philosophie scientifique »), semblent marquer le pas dans les années d’après-guerre, quelques éditeurs nouveaux, comme Les Éditions de Minuit et surtout Le Seuil, tentent très vite d’occuper ce créneau. Le Seuil, jeune maison d’édition créée en 1935 mais refondée grâce à l’appui d’Emmanuel Mounier, lance en 1945 trois collections « Esprit » ("La cité prochaine", "La vie neuve", "La condition humaine"), et met également sur le marché la collection « Pierres vives » (Maurice Nadeau publie là sa fameuse Histoire du surréalisme), puis la collection « La cité prochaine » en 1950. Calmann-Lévy propose de son côté sa collection « Liberté de l’esprit » dirigée par Raymond Aron qui publiera James Burnham (L’Ère des organisateurs) ou Michel Collinet (La Tragédie du marxisme). Dans une veine libérale très marquée et d’hostilité farouche à « l’économie concertée » mise en place progressivement en Europe après 1945, la Librairie de Médicis proposa les œuvres les plus emblématiques de Friedrich von Hayek, (Route de la servitude [1945] de Von Mises (La Bureaucratie) ou de Maurice Allais (Abondance ou misère [1947]).

Mais au sein de cet engagement assez général des éditeurs, sans doute faudrait-il réserver un traitement à part pour les PUF. Celles-ci, refondées en 1939 avec la réunion de trois autres maisons, profitent de l’exceptionnelle réussite de la collection « Que sais-je ?», ouverte en 1941 (le 300e volume est atteint en juin 1948) et qui permet de financer bien des projets. Les PUF s’imposent alors très largement dans le champ des sciences humaines et sociales, aussi bien en termes quantitatifs de titres, de collections créées ou de revues abritées (27 au début 1948) qu’en termes qualitatifs au regard de l’amplitude du champ couvert : de la sociologie (Georges Gurvitch crée en 1950 la « Bibliothèque de sociologie contemporaine » en éditant Roger Bastide, un recueil des Œuvres de Marcel Mauss sous la houlette de Claude Lévi-Strauss et en publiant sa propre Vocation actuelle de la sociologie) à la psychanalyse, de l’économie (publications de François Perroux et de Jean Fourastié [11] ) à la science politique. Sans parler de la philosophie, où cette maison, héritière de la tradition Alcan, exerçait là aussi une suprématie sur laquelle nous reviendrons un peu plus loin.

Concurrencé par ces nouveaux acteurs éditoriaux sur le terrain des sciences humaines, Gallimard tente de répondre en ouvrant toute une série de nouvelles collections.  

La maison Gallimard, une écologie des idées particulière

L’histoire des savoirs nous apprend que l’innovation intellectuelle, souvent révélée par des processus d’hybridation, résulte d’un milieu socio-intellectuel et de son mode d’organisation [12] .

À considérer la traversée du XXe siècle intellectuel par la maison d’édition Gallimard, sa force résida dans sa capacité si particulière d’attirer en son sein des livres originaux, des livres-« confluents », à cheval sur la philosophie, la critique littéraire, la sociologie ou l’histoire. Mais si la captation s’opéra, ce fut grâce à la présence en son sein « d’éditeurs » qui furent également des intellectuels de premier plan, bien qu’en dehors du cadre universitaire, hommes aux parcours complexes et aux curiosités infinies. Il est difficile de classer dans une histoire littéraire ou dans une histoire de la philosophie les œuvres assez inclassables d’un Jean Paulhan, d’un Bernard Groethuysen, d’un Raymond Queneau, d’un Brice Parain ou d’un Malraux. Ce fut la présence de ces hommes, dont les œuvres furent en rapport avec des univers et des traditions intellectuelles multiples, qui permit d’accueillir des auteurs eux aussi singuliers, tels que Camus (appui décisif de Malraux [13] ), Sartre (appui de Paulhan), Queneau, Bataille (qui publie L’Expérience intérieure [1943]) ou Blanchot (qui publie La Part du feu [1949]). Le milieu éditorial Gallimard, avec ce souci affirmé de la transversalité et de l’hybridation, constitua donc, dans les années 1940, l’une des communautés créatrices les plus actives du milieu intellectuel français (avec le Seuil, et plus ponctuellement, Minuit, mais ce dernier profite de la bienveillance de Jean Paulhan pour certains auteurs qui viennent de chez Gallimard [14] ), alors que la communauté académique, enclose, le plus souvent, dans le respect des frontières disciplinaires traditionnelles, peinait à se relever [15] . Nous avons là chez Gallimard un groupe d’« irréguliers » du monde intellectuel, d’individus sortis du maillot académique et de ses langes souvent étouffants. Leur choix fut celui de la voie du philosophe indépendant et engagé en littérature, qui a des combats intellectuels à mener, choix de vie d’un Nietzsche à la fin du XIXe siècle, de Paul Nizan en France au début des années 1930 qui fut par excellence l’angry young man du monde intellectuel du moment. Après l’auteur d’Aden Arabie, lui-même marqué par le modèle de l’intellectuel surréaliste en révolte, Simone de Beauvoir et Jean-Paul Sartre vont rompre dans les années 1940 avec le statut du penseur-fonctionnaire (et même Raymond Aron se retrouve alors journaliste pendant dix ans, professeur en disponibilité), et s’engager résolument dans le processus de « subjectivation » de soi contre l’institution philosophique [16] . Ils s’inscrivaient alors dans cette longue tradition française de « l’intellectuel public », de Chateaubriand à Hugo, de Vallès à Péguy, de Romain Rolland à Breton, en quête d’un auditoire non déterminé, d’un public virtuel qui, particulièrement dans des périodes historiques bouleversées, demeure, selon Sartre, « une attente, une aspiration, au figuré et au propre  [17] ».

Mais c’est cet appel à un public à venir dans une époque bouleversée qui poussa le philosophe-écrivain à tenter de subvertir l’ordre établi en voulant atteindre la dimension concrète du monde. Il est alors nécessaire de se pencher sur le travail de l’éditeur qui pense le livre en termes de format, de genre, et qui se doit d’acclimater ainsi la nouveauté philosophique à travers des formes adéquates. L’une de ces formes éditoriales reines fut l’essai.

Gallimard et les sciences humaines

En laissant à part les collections philosophiques que nous aborderons un peu plus loin, Gallimard tente un effort non négligeable du côté de l’histoire et de la géographie, approfondit son traditionnel intérêt pour le domaine de l’histoire des idées et s’efforce de couvrir des problèmes d’actualité à travers des ouvrages exigeants.

L’essai

Cette catégorie, genre littéraire, tout autant que formule éditoriale inventée par les éditeurs après 1918 afin de rapprocher la production savante de la production tournée vers le « grand public cultivé [18]  », a joué un rôle clé dans l’histoire des idées pour sa capacité à transgresser les frontières disciplinaires et à tenter de combiner lettres et philosophie autour d’exigences précises : le caractère situé de la connaissance essayiste, sa dimension plus ou moins assurée, son investissement stylistique. Gallimard dispose d’ailleurs depuis 1931 d’une collection intitulée « Les Essais », mais c’est toute la NRF qui a tenté dans l’entre-deux-guerres, après le rôle séminal d’un Péguy (qui voulut traduire Bergson en littérature), de reconquérir la pensée par les lettres autour d’un Gide, d’un Thibaudet et d’un Ramon Fernandez. La revue assuma véritablement le statut de « quartier général d’essais » selon le mot de Thibaudet. Avec Sartre et Camus, le débat se déporte et devint celui de l’écriture et de la pensée.

Barthes a remarquablement identifié la rupture effectuée par l’écriture sartrienne, son effet de synthèse (mêler intentions politiques, notions philosophiques, figures rhétoriques), son rare équilibre entre pensée et littérature. Les Situations III, voire son Baudelaire, relèvent de l’essai à cheval sur la philosophie et la critique littéraire. En octobre 1945, la collection créée par Camus, « Espoir », se range dans cette catégorie. Ce dernier publie le grand livre de Simone Weil, L’Enracinement, celui de Brice Parain, L’Embarras du choix (1946), soit d’une certaine façon une « version collective de l’homme révolté » (Patrick Mac Carthy).

On peut cependant distinguer, pour des raisons de taxinomie, différentes sous-catégories. Dont chacune se retrouve au confluent de plusieurs disciplines. On trouve ainsi l’essai « cognitif » (philosophie, sociologie, littérature, histoire), l’essai « méditatif » (philosophie, spiritualité et littérature), l’essai « politique » (philosophie, histoire, sciences politiques). L'ouvrage de Jules Monnerot, Les faits sociaux ne sont pas des choses (1946), relèverait de la première catégorie : l'essai entendait objecter à Durkheim que si la société déterminait les individus (extériorité du fait social aux individus), ceux-ci à leur tour déterminaient la société (réhabilitation de la dimension individuelle et morale dans l’analyse sociologique). Les textes d’un Jean Grenier et d’un Camus appartiendraient à la deuxième catégorie et Le Mythe de Sisyphe paraît d’ailleurs dans la collection « Essai ». Grenier recueille dans sa collection « La Métaphysique », ouverte en 1945, des essais de ce type dont celui de Camus, Remarque sur la révolte (1946), prélude à l’Homme révolté qui sera publié en 1951. Enfin, Humanisme et Terreur (1947) de Merleau-Ponty entrerait dans la troisième catégorie : c'est l’un des livres clés de l’époque qui s’efforçait de dépasser l’opposition classique entre « le commissaire et le yogi », entre l’homme d’action aux mains couvertes de sang et l’homme moral « sans mains » ; ce livre, dans son extraordinaire sinuosité où l’auteur oscille sans cesse du pour au contre [19] , définissait déjà la position, très précaire, de ce que Merleau-Ponty qualifiait d’« attentisme marxiste ».

Ce sont les essais qui enregistrent les meilleurs chiffres de vente : Situations III de Sartre atteint 11 000 exemplaires en 1949, Le Mythe de Sisyphe parvient en ventes cumulées à plus de 20 000 exemplaires entre 1942 et 1949, L’Enracinement de Simone Weil en 1949 culmine à 8 800 exemplaires et à 4 400 exemplaires en 1950 [20] .

Histoire et géographie

Gallimard n’est pas au début de notre décennie un « grand » éditeur d’histoire, ni sur le plan des collections très grand public, ni sur le terrain des collections destinées au public cultivé, à l’instar d’un Armand Colin ou d’un Albin Michel. Cependant, il réalise un effort assez significatif dans ce secteur durant notre période. Outre des titres isolés importants, telle la traduction par Pierre Naville du livre de C.L.R. James, Les Jacobins noirs, en 1949, histoire marxiste de la révolte d’Haïti et de Toussaint Louverture, ou la publication de la grande œuvre d’Emmanuel Berl sur L’Histoire de l’Europe, il publie dans plusieurs collections un ensemble de titres de qualité. Dans la collection « Suite des temps », on rencontre les livres de Jérôme Carcopino, d’Édouard Perroy (La Guerre de Cent ans [1946], de Jacques Kayser ou de Ferdinand Lot. En 1947, l’ouvrage de Georges Duveau, La Vie ouvrière sous le Second Empire (1946), obtient le Grand Prix de la Société des Gens de Lettres avec une somme de plus de six cents pages sur la diversité ouvrière (Duveau distinguait quatre types d’ouvriers suivant le lieu d’habitation) dans une époque où s’inventait l’économie moderne française. Le livre atteint 4 400 exemplaires en 1946 [21] . Mais l’histoire est présente également dans la collection « Problèmes et Documents » où l’on trouve le livre de Daniel Guérin, Fascisme et grand capital, celui d’Étienne Mantoux, La Paix calomniée, ou les conséquences économiques de M. Keynes (1947), brillante réfutation de l’analyse très négative portée jadis par Keynes sur le traité de Versailles, celui de Robert Delavignette sur le Service africain (1947) ou celui de Bertrand de Jouvenel. Enfin une troisième collection intitulée « Le paysan et la terre », fondée par Marc Bloch en 1935 et dirigée par Charles Parain à la Libération, mêle habilement géographie, économie et histoire. Le bulletin mensuel de la NRF en juillet 1949 annonce la sortie de trois titres : Voyage d’un agronome de René Dumont, un livre d’Octave Festy, L’Agriculture pendant la Révolution française, et Une Histoire rurale de l’Angleterre par Lord Ernle [22] .

Quant à la géographie, Gallimard édite la Revue de géographie humaine et d’ethnologie dirigée par Pierre Deffontaines tandis que quelques titres sont publiés tels Géographie et religion du même Deffontaines ou L’homme et le sol d’Henri Prat.

Critique littéraire et philosophique

À comparer les catalogues, peu d’éditeurs peuvent rivaliser dans ce domaine avec Gallimard. Si le grand livre de Bernard Guyon, La pensée politique et sociale de Balzac, paraît chez Colin en 1948, quelques-uns des titres les plus importants de l’histoire littéraire portent la couverture de Gallimard : de Faux-pas de Maurice Blanchot en 1944 aux Morales du Grand Siècle de Paul Benichou, du Leibnitz et Spinoza (1946) de Georges Friedmann au Qu’est-ce que la littérature ? de Sartre (1948). Dans le domaine de la critique littéraire, l’œuvre de Blanchot (qui se partage aussi avec les Éditions de Minuit où il publie en 1950 son Lautréamont et Sade) trace ainsi un sillon remarquable. Et Jean Paulhan publie en 1941 ses Fleurs de Tarbes, œuvre séminale dans l’histoire de la littérature au XXe siècle, où l’auteur faisait tourner la pensée autour du langage et non le langage autour de la pensée. Il distinguait l’affrontement entre deux tendances : la Terreur (style en perpétuelle révolution, méfiance envers le langage, dégoût pour la littérature) et la Rhétorique (confiance faite au langage). Mais Paulhan analysait aussi les limites de chacune de ces deux tendances et se refusait à privilégier l’une ou l’autre option. 

La philosophie

La discipline clé du champ intellectuel des années 1940 et 1950

Qu’il s’agisse des collections ou de titres isolés, la philosophie maintient son rôle de discipline phare au sein des sciences humaines dans les années 1940 et 1950. Ainsi, la sociologie reste encore, dans ces années 1940, une sorte d’appendice de la philosophie morale. Les raisons de ce prestige intact de la philosophie sont en grande partie d’ordre social. En vertu de son statut de discipline de couronnement dans les études secondaires et post-secondaires (les khâgnes jouent un rôle social et intellectuel décisif grâce à certains enseignants éminents tels un Alain avant-guerre et un Jean Beaufret après 1945), de l’événement mondain et intellectuel incarné par l’oral du concours d’entrée à l’ENS, la philosophie conférait à ses praticiens d’alors une indéniable assurance statutaire et intellectuelle qui la parait de mille feux [23] .

En comparaison, l’histoire paraît un peu marquer le pas dans l’immédiat après-guerre si l’on écarte la production grand public développée traditionnellement par Fayard, Perrin ou Plon. Il est frappant de constater la relative faiblesse d’Armand Colin, même si Charles Morazé publie en 1946 La France bourgeoise XVIIIe-XXe siècles et si Fernand Braudel fait paraître La Méditerranée en 1949. De même, on assiste à un très lent redémarrage de la collection « Évolution de l’humanité » chez Albin Michel ; seulement à la fin de la décennie, s’anime-t-elle quelque peu avec, par exemple, la publication du Romantisme dans la littérature européenne de Paul van Tieghem en 1948 et L’Ère romantique de Louis Réau en 1950. Les PUF connaissent, elles, un retour un peu laborieux sur ce terrain avec la création tardive de la collection « Peuples et civilisations » en 1949 sous la direction de Maurice Crouzet, bien qu’il y ait eu la réussite un peu plus tôt de la « Bibliothèque Colonies et Empires ».

En revanche, la philosophie, souvent mâtinée de psychologie et de psychanalyse au sein de certaines collections éditoriales, occupe, et d’assez loin, le devant des catalogues. Gallimard a lui-même multiplié les projets (celui d’une Encyclopédie philosophique où auraient collaboré Sartre et Camus notamment) et les collections dont un certain nombre paraissent d’ailleurs des enfants morts-nés. Une éphémère collection intitulée « Jeune philosophie » édite le Kant et le problème du temps de Jacques Havet en 1947 ; Jean Grenier ouvre en 1945 une collection dénommée « Métaphysique » dont nous avons parlé ci-dessus. En 1950, la « Bibliothèque de philosophie » est inaugurée sous la houlette de Merleau-Ponty. À titre de comparaison, les PUF sont emblématiques de cette surreprésentation et dominent largement le terrain. Ses collections phares furent « La Nouvelle encyclopédie philosophique » avec des auteurs tels Pierre-Maxime Schuhl (Machinisme et philosophie [1947]) et la « Bibliothèque philosophique contemporaine » où l’on trouvait la plupart des titres de Bachelard, de Piaget ou ceux d’Henri Wallon.

Toutefois, en dépit d’un remarquable programme de publications, les PUF « ratèrent » Sartre et les auteurs existentialistes. Sans doute en raison de l’opposition d’Émile Bréhier dont on connaît la vieille suspicion à l’égard de la nouvelle philosophie existentielle depuis la soutenance de thèse de Raymond Aron en 1938 [24] . Mais ce dernier eût-il montré davantage d’ouverture, qu’il n’est pas du tout sûr que Sartre ou Camus fussent allés aux PUF. Leur œuvre globale, liée très profondément à la littérature, avait besoin d’une chambre d’écho éditoriale de type littéraire. Ainsi, si Sartre avait publié avant-guerre L’Imagination (1936) chez Alcan et Esquisses d’une théorie des émotions chez Hermann, L’Être et le Néant appelait l’écrin Gallimard. Les chiffres de vente, sans être exceptionnels, sont bien meilleurs que les titres de philosophie aux PUF ; L’Être et le Néant atteint 2 200 exemplaires en 1943, 3 300 en 1945, 5 500 exemplaires en 1949 ; Phénoménologie de la perception débouche sur 2 200 ventes en 1945 et 3 300 exemplaires en 1949 [25] . En comparaison, les livres de philosophie aux PUF arrivent, au mieux, à dépasser 1 800 exemplaires comme dans la collection « Épiméthée », voire plus de 2 700 exemplaires dans le cas de la collection un peu scolaire qu’étaient les « Grands philosophes » [26] .

Cette philosophie existentielle, ancrée dans l’expérience et fondée sur la description phénoménologique (poser un regard réflexif sur un objet quelconque du vécu pour en saisir les significations), nécessitait en effet la prose d’idées courantes pour mener ses démonstrations. En effet, le corollaire cognitif de cette recherche du « fait brut » de l’existence consista pour la philosophie existentielle à tenter de se réaliser dans des formes souvent non philosophiques, – l’essai, l’article de journal, le théâtre –, afin d’évoquer la multiplicité des rencontres avec cet « autre », incarné dans le sensible chez Camus ou la liberté chez Sartre. Georges Izard qui, en août 1945, chroniquait L’Être et le Néant pour la revue argentine Sur, parla bel et bien d’un « vrai pouvoir de sortilège » devant le style sartrien [27] .

Il était dès lors compréhensible que la maison d’édition préposée durant l’entre-deux-guerres au soutien de l’avant-gardisme littéraire s’engageât au côté de la philosophie innovante des années 1930-1940.

Qu’est-ce que la philosophie innovante ?

D’un côté on rencontre l’existentialisme – révélé en France à partir de 1930 par un texte d’Heidegger paru dans la revue d’avant-garde Bifur –, et Gallimard publia en 1938 Qu’est-ce que la métaphysique ? et la thèse de Raymond Aron (chaudement recommandée par Malraux). D’un autre côté, on trouve une pensée multiforme autour de thèmes clés (le désir, le pouvoir, le sacré, l’historicité) nés autour du Collège de philosophie en 1937 et repris après-guerre par un Queneau qui fit éditer les fameuses leçons dispensées jadis dans cette officine un peu secrète par Kojève. Ce livre, Introduction à la lecture de Hegel, fut tenu par Raymond Aron pour l’un des titres majeurs de la philosophie du XXe siècle.

On le voit, chez Gallimard, un premier engagement dans ce domaine de la philosophie d’avant-garde remontait à la fin des années 1930. Mais le caractère emblématique de certaines des publications durant l’Occupation ou à la Libération, Le Mythe de Sisyphe, L’Être ou le Néant ou La Philosophie de la perception de Maurice Merleau-Ponty, autorisait la maison à jouer une partition plus riche en réunissant, avec les ouvrages « existentiels », les deux secteurs de la production savante d’un côté et de la production de type essai de l’autre.

De la « querelle existentialiste » (1944-1947)

Le moment existentiel

Partir du fait brut de l’existence, cet « autre » sans fondement (le sensible chez Camus, la liberté chez Sartre) [28] , telle fut la spécificité philosophique du moment existentiel au milieu des années 1940. Ainsi, rien n’est a priori trivial ou illégitime pour cette démarche existentielle, ni la vie sensible et privée, ni le fugitif, ni le conflit et la violence du monde. Trois dimensions caractérisent alors le rapport « existentiel » au monde : la situation, le conflit, la singularité [29] .

En effet, disent Sartre (qui consacre quatre-vingt pages à ce concept qu’il introduit en philosophie) et Merleau-Ponty, la liberté n’est jamais pure mais située, et ne se réalise que dans une pratique. Dans cet équilibre instable d’une pensée et d’une action, synthétisé dans un mot déjà vieux d’une dizaine d’années – l’engagement [30]  –, entrait d’un côté la revendication d’un ancrage dans la vie (en gros, alors, le fait de la puissance du mouvement communiste en Europe) et, de l’autre, la conviction d’une certaine contingence historique (qui poussait à refuser de passer sous les fourches caudines du communisme et d’un marxisme qui prétendrait englober l’histoire humaine dans une synthèse unique). Cette prise de conscience du poids de l’histoire sur le destin des hommes, Merleau-Ponty l’avait illustrée dans son article du numéro un des Temps modernes : « La guerre a eu lieu  [31] . » Fin de l’aventure humaine purement individualiste et idéaliste telle qu’elle pouvait être vécue avant-guerre (dissociation de la vie de l’esprit et des contingences de la vie extérieure qui avait conduit à l’aveuglement de 1940), ambiguïté fondamentale des attitudes (bien illustrée par la vie sous l’Occupation selon Merleau-Ponty), la liberté n’était pas en deçà du monde mais au contact constant avec lui et sa dureté.  

Car en effet, vivre pleinement la situation dans sa contingence, revient à se placer dans un monde de la division et du conflit, du mal (mais un mal provisoire), ainsi que l’indiquait de manière brutale Merleau-Ponty dans la fin d’Humanisme et Terreur :

« On n’est pas "existentialistes" à plaisir et il y a autant "d’existentialisme" – au sens de paradoxe, division, angoisse et résolution – dans le Compte rendu sténographique des Débats de Moscou que dans les ouvrages de Heidegger. Cette philosophie, dit-on, est l’expression d’un monde disloqué. Certes, et c’est ce qui en fait sa vérité. Toute la question est de savoir, si, prenant au sérieux nos conflits et nos divisions, elle nous en accable ou nous en guérit [32] . »

Et Sartre, dans Qu’est-ce que la littérature ?, évoquait :

« Ce monde multicolore et concret, avec sa lourdeur, son opacité, ses zones de généralité et son fourmillement d’anecdotes, et ce Mal invisible qui le ronge sans jamais pouvoir l’anéantir. L’écrivain le reprendra tel quel, tout suant, tout puant, tout quotidien pour le présenter à des libertés sur le fondement d’une liberté [33] . »

Enfin, la philosophie existentielle était marquée par le souci de faire droit à la particularité authentique et à la contingence, par son ambition de déchiffrer l’universel à partir d’une singularité à la fois incarnée dans un corps et ancrée dans un espace social [34] . La morale qui en découlait était donc une morale de l’action collective et non de la contemplation ; elle dictait l’engagement. On le voit, à travers cette triple configuration, c’est par la tentative de s’exposer à l’histoire, d’y trouver un sens, en se confrontant au communisme (Sartre et Merleau-Ponty), à l’érotisme (Bataille), au sens de la révolte (Camus), que l’être peut essayer de synthétiser les différents éléments de son existence située.

Le moment Sartre : un dispositif socio-intellectuel imparable

On a déjà cent fois décrit le caractère exceptionnel des multiples talents littéraires de Sartre, cet extraordinaire cumul de compétences d’un polygraphe qui tenait en main, plus que quiconque parmi ses contemporains (Camus, Bataille ou Breton), les atouts maîtres de la réussite intellectuelle en 1945. Il faudrait rajouter à l’addition des légitimités que l’on énumère, sa position de directeur d’une revue, rapidement influente en dépit d’un plafonnement des ventes en 1948 (3 000 exemplaires), novatrice, regroupement de « chasseurs de sens » (ainsi qu’il caractérisa plus tard la revue dans son texte d’hommage à Merleau-Ponty), Les Temps modernes [35] .

Pour le grand public cultivé, la notoriété de Sartre ne date pas de 1943-1944 mais de 1945-1946 quand, d’une part, les critiques s’emparèrent du gros opus philosophique sartrien et, quand, d’autre part, fut publiée la conférence en 1946 chez Nagel, L’Existentialisme est un humanisme, résumé commode et accessible de quelques-uns des grands thèmes sartriens. Mais, un peu à l’instar de la brusque renommée gidienne dans l’opinion publique du début des années 1920 provoquée par les attaques d’Henri Béraud et d’Henri Massis, la réputation de Sartre dut aussi beaucoup, paradoxalement, aux attaques et aux contestations multiples dont son œuvre fut l’objet : il fut présenté inlassablement comme le chantre de la boue et l’homme des caves.

Certains catholiques affichèrent leur détestation de L’Être et le Néant [36] et les communistes ne furent pas en reste [37] . Quant à Bataille dans la revue Critique, il mena dans ces années 1945-1950, à fleurets mouchetés, une véritable et authentique contestation de l’existentialisme sartrien au nom de la « vie seule et nue [38]  » (la poésie, la vie s’exaspérant), condamnation de l’esquive finale sartrienne du pur sensible (la « nausée » est l’objet d’une horreur que seule l’intellectualité peut affronter). 

L’existentialisme comme révolte morale et sociale

L’immense prestige du sartrisme et de l’existentialisme dans les milieux de la jeunesse lycéenne et estudiantine tenait beaucoup à son discours sarcastique sur la « mauvaise foi », à sa dénonciation âpre de la bourgeoisie (les « salauds ») incapable d’assumer la contradiction entre universalité de la raison et sa position de classe. L’éloge de l’ambiguïté, que l’on trouve dans les écrits de Sartre et de Simone de Beauvoir, participe activement à l’espèce d’emprise morale qu’exercent les auteurs « existentialistes » sur leurs contemporains. Sartre devint le nouveau Ménalque des années 1940 qui appelait tout individu à traquer la bonne conscience, à rejeter les conventions de l’hypocrisie sociale. Au-delà du choc purement philosophique qu’il suscitait (un Deleuze fut proprement renversé par L’Être et le Néant, cette extériorisation de l’intériorité), l’existentialisme sartrien fut donc vécu comme un ethos, une manière d’être anti-bourgeoise qui autorisait, davantage encore que l’exemple surréaliste resté assez élitiste, selon les mots de Deleuze, « la subjectivation [soit], la production de modes d’existence ou styles de vie  [39]  ». Cette façon de favoriser une nouvelle individuation (la vie dans les cafés, la vie intense dans les grandes villes, le culte de nouvelles musiques, dont le jazz, la revendication de liberté sexuelle) conféra à l’existentialisme une puissance culturelle capitale.

Les témoignages abondent sur cette influence : du jeune apprenti philosophe qu’était Félix Guattari, au futur anthropologue Alfred Adler qui se rappelle, à la fin des années 1940, comment il serait « allé tout nu à pied dans la neige quand la revue paraissait [40]  ». Pour la jeunesse philosophique en particulier, et pour les contemporains en général, l’existentialisme fut, autant un discours spéculatif (sur le temps, le corps, autrui et pas seulement sur l’être et le néant), qu’un bienfaisant discours de l’ambiguïté dans une époque où les discours de certitude abondaient du côté communiste ou catholique. Par là, on le sait bien, Sartre prolongeait, à sa façon, la prestigieuse série d’auteurs français qui, de La Bruyère à Vauvenargues et Gide, avaient façonné l’histoire des lettres françaises. C’est cet ancrage que, vingt ans plus tard, Foucault vint précisément lui reprocher en parlant du « magnifique et pathétique effort d’un homme du XIXe siècle pour penser le XXe siècle [41]  ». Mais ce propos foucaldien paraît bien polémique dans son oubli délibéré de ce qu’avait été l’historicité brûlante de l’existentialisme quand il incendiait l’époque en s’en prenant au moralisme hypocrite d’une France sortie tout juste de l’ordre moral vichyssois ou au positivisme étroit de la bourgeoisie de l’époque [42] . Dans ces années terriblement grises sur le plan matériel et moral de la Libération, où le niveau de vie des Français se dégrade inexorablement jusqu’en 1947-1948 et où l’humanisme traditionnel vacille sur lui-même, l’alacrité intellectuelle et morale portée par le courant existentialiste insuffla un courant de vie dans les lourds remugles de la France d’après-guerre. Camus aussi se rangeait, à sa façon, de ce côté-là : « L’idée qu’une pensée pessimiste est forcément découragée est une idée puérile », et Mounier vint le confirmer : « Le succès actuel de l’existentialisme […] c’est aussi la présence vivante de Pascal dans une époque de haute tension dramatique. Il assure le nettoyage de l’optimisme vulgaire et mensonger qui traduisit, au siècle dernier, la mystification bourgeoise et la décadence religieuse [43] . »

Enfin, il faudrait certainement achever ce sommaire portrait moral d’une époque en évoquant la publication par Gallimard du Deuxième sexe en 1949 et sa réception houleuse : tombereau d’injures diverses, attaques de grands écrivains (Mauriac, Nimier), dénonciations par les communistes (Jean Kanapa) et par les catholiques, forces favorables à l’idéologie nataliste et maternelle de l’époque [44] . Trois chapitres du livre (sur « l’initiation sexuelle de la femme », sur « la mère », sur « la lesbienne ») concentrèrent en effet la fureur des critiques. Dans le chapitre consacré à la mère, on trouvait, notamment, un plaidoyer en faveur de l’avortement et de la contraception libres. 

On pourrait parler d’une deuxième naissance chez Gallimard dans ces années 1940 quand cette maison d’édition acquiert une nouvelle identité intellectuelle autour de la galaxie existentialiste. La courbe du savoir décrivit alors une hyperbole aiguë qui permit d’articuler surtout culture et littérature dans l’urgence d’un sentiment existentiel noué à la prise de conscience d’un monde disloqué. Que la philosophie se situât alors comme le « bord majeur du discours littéraire » (Marielle Macé), il entrait aussi dans cette histoire de la pensée et de son renouvellement un peu de savoir-faire éditorial propre à la maison Gallimard.

Quelques années plus tard, s’amorcent à la fois un changement de paradigme intellectuel autour de la galaxie structuraliste très anti-existentielle (dissociation vie et pensée, refus de la « métaphysique pour midinette  [45]  » [Levi-Strauss]), ainsi qu’une nouvelle division du travail intellectuel quand l’histoire des Annales prend son essor et que se crée, en 1959, la Maison des sciences de l’homme où celle-ci joue le rôle de discipline pivot et que la sociologie fait preuve d’un beau dynamisme intellectuel et éditorial dès le début des années 1960 : en 1963, les 18 Leçons de la société industrielle de Raymond Aron, en collection de poche, sont vendues à 50 000 exemplaires : Auguste Comte ou Saint-Simon intéressaient alors autant que Sisyphe [46] … Un Jean Daniel tirera alors la leçon de cette métamorphose du champ intellectuel désormais totalement magnétisé par les sciences humaines nouvelles (sociologie, linguistique, anthropologie, histoire) : « J’ai rapidement découvert qu’il fallait chercher du côté des sciences humaines – histoire, sociologie, ethnologie, philosophie – l’équivalent des littérateurs qui n’avaient pas servi, à 16 ans, de maîtres à penser  [47] . » Chez Gallimard, l’heure de Pierre Nora allait alors sonner…

Pour citer cet article : François Chaubet, « Gallimard et les sciences humaines ; le tournant des années 1940 », Histoire@Politique. Politique, culture, société, n° 17, mai-août 2012, www.histoire-politique.fr

Notes :

[1] Sur l’édition française sous l’Occupation, voir notamment, Jean-Yves Mollier, Édition, presse et pouvoir en France au XXe siècle, Paris, Fayard, 2008, et Pascal Fouché, L’édition française sous l’Occupation 1940-1944, 2 tomes, Bibliothèque française de littérature contemporaine de l’université de Paris VII, 1987 (mais l’ouvrage ne prend pas en compte les sciences humaines).

[2] Cité par Michel Crozier, Ma Belle époque. Mémoires, Paris, Fayard, 2002, p. 228.

[3] Cette approche en termes d’histoire intellectuelle, qui articule aussi finement que possible l’approche externe (études des micro-milieux que sont les revues, les cénacles, les maisons d’édition dans leur contexte historique) et l’approche davantage interne (logique des œuvres, mais dans leur contexte historique), a bien été synthétisée par François Dosse, La marche des idées. Histoire des intellectuels, histoire intellectuelle, Paris, La Découverte, 2003. Nous nous permettons de renvoyer aussi à notre article, « Histoire des intellectuels, histoire intellectuelle », Vingtième siècle. Revue d’histoire, n° 101, janvier-mars 2009, p. 179-198.

[4] On connaît le rôle d’un Jean Paulhan dans l’écriture finale de La Nausée.

[5] La thèse de Raymond Aron, Introduction à la philosophie de l’histoire, est publiée par Gallimard en 1938 ; Qu’est-ce que la métaphysique ? de Heidegger, traduit par Henry Corbin, paraît aussi en 1938. Toujours en 1938, la NRF de Jean Paulhan consacre une grande partie du numéro de juillet 1938 au Collège de Sociologie.

[6] Marielle Macé, Le temps de l’essai. Histoire d’un genre en France au XXe siècle, Paris, Belin, 2006.

[7] Nous avons pu, partiellement, consulter le fonds Gallimard pour obtenir des chiffres de tirages. Mais l’accès a été filtré. Un travail d’approfondissement amènerait aussi à regarder systématiquement le fonds Jean Paulhan à l’IMEC.

[8] Voir Alain Drouard, « Réflexions sur une chronologie : le développement des sciences sociales en France de 1945 à la fin des années soixante », Revue française de sociologie, janvier-mars 1982, p. 55-85. On pourra lire également les Mémoires de Charles Morazé qui fut un bon témoin et un acteur de la rénovation de l’ancienne École libre des sciences politiques devenue l’Institut des sciences politiques de Paris en 1945 ainsi qu’un protagoniste essentiel dans la création de la VIe section de l’École pratique des hautes études, Un historien engagé. Mémoires, Paris, Fayard, 2007.

[9] Par ailleurs, la licence de philosophie comportait quatre certificats dont deux d’entre eux abordaient d’autres sciences humaines, le certificat de « psychologie générale » et le certificat de « morale et sociologie ».

[10] Bibliographie de la France, 1948.

[11] Fourastié publie en 1949 Le Grand espoir du XXe siècle.

[12] Joseph Ben David, Eléments d’une sociologie historique des sciences, Paris, PUF, 1997, p. 60 et sq. (cas de Freud et de Pasteur notamment, deux savants-praticiens).

[13] Olivier Todd, Albert Camus. Une vie, Paris, Gallimard, collection « Biographies », 1996, p. 279 et sq. (dont cette lettre du 30 octobre 1941 : « Le rapprochement de Sisyphe et de L’Étranger a beaucoup plus de conséquences que je ne le supposais. L’essai donne au livre son sens plein, et surtout, change ce qui paraissait d’abord, dans le roman, monochrome et presque pauvre, en une austérité qui devient positive, qui prend une force de primitif. »)

[14] Voir pour ce « pôle des refusés » (Blanchot, Bataille, Henri Thomas notamment) le livre d’Anne Simonin, Les Éditions de Minuit 1942-1955. Le Devoir d’insoumission, Paris, Les Éditions de Minuit, IMEC Éditions, 1994, p. 419 et sq. (en 1948 et en 1949, la moitié des auteurs publiés par Minuit sont sous contrat chez Gallimard).

[15] Sur cette opposition entre communauté « créatrice » et communauté « académique » dans les années 1945-1975, voir Geoffroy de Lagasnerie, Logique de la création, Paris, Fayard, 2011.

[16] Sur cette genèse de la révolte anti-institutionnelle contre la philosophie académique et le rôle matriciel d’un Nizan, voir Jean-Louis Fabiani, Qu’est-ce qu’un philosophe français ?, Paris, Éditions de l’École des hautes études en sciences sociales, 2010, p. 107 et sq. et p. 171 et sq.

[17] Jean-Paul Sartre, Qu’est-ce que la littérature ?, Paris, Gallimard, collection « Idées », 1975, (1948), p. 96.

[18] Voir Philippe Olivera, La politique lettrée en France. Les essais politiques (1919-1932), thèse de l’université de Paris I sous la direction de Christophe Charle, 2001.

[19] Cet élément a été remarquablement mis à jour par la préface de Claude Lefort en 1980 à la réédition du livre en poche, voir Maurice Merleau-Ponty, Humanisme et Terreur, Paris, Gallimard, coll. « Idées », 1980.

[20] Archives Gallimard.

[21] Archives Gallimard.

[22] Catalogue Gallimard, « bulletin mensuel Juillet 1949 », Série Q 10, Bibliothèque nationale de France.

[23] On aura reconnu les classiques analyses de Pierre Bourdieu. Voir son « Aspirant philosophe. Un point de vue sur le champ universitaire dans les années 50 », dans Les Enjeux philosophiques des années 50, Paris, Éditions du Centre Georges Pompidou, 1989, p. 15-24.

[24] Voir le compte rendu de cette soutenance dans Nicolas Baverez, Raymond Aron, Paris, Flammarion, 1993, p. 127 et sq.

[25] Archives Gallimard.

[26] Chiffres contenus dans Valérie Tesnière, Le Quadrige. Un siècle d’édition universitaire, 1860-1968, Paris, PUF, 2001, p. 397-399.

[27] William L. Mac Bride, «Les premiers comptes rendus de L’Être et le Néant », dans Ingrid Galster, La Naissance du "phénomène Sartre" Raisons d’un succès 1938-1945, Paris, Le Seuil, 2001, p. 185-199.

[28] Contrairement au « moment 1900 » où il s’agissait alors de chercher un fondement à la métaphysique. Voir le livre de Frédéric Worms, La philosophie en France au XXe siècle. Moments, Paris, Gallimard, collection « Folio essais », 2009.

[29] Joël Roman, « Éloge de l’existentialisme français. Politique et philosophie », dans Les Enjeux philosophiques des années 50, op. cit., p. 133-145.

[30] La première théorisation apparaît chez Jean Guéhenno et, surtout, chez Emmanuel Mounier au début des années 1930.

[31] Maurice Merleau-Ponty, « La guerre a eu lieu », Les Temps modernes, n° 1, octobre 1945.

[32] Maurice Merleau-Ponty, Humanisme et terreur, Paris, Gallimard, collection « Idées », 1980 (1947), p. 308-309.

[33] Jean-Paul Sartre, Qu’est-ce que la littérature ?, op. cit., p. 194.

[34] On lira là-dessus les belles pages de Sartre sur le rôle d’un Merleau-Ponty dans cette perspective : « […] l’Histoire nous fait universels dans l’exacte mesure où nous la faisons particulière. […] c’est lui qui a mis au jour la contradiction capitale : toute histoire est toute l’Histoire, quand l’éclair-homme s’allume, tout est dit […] l’universel ne s’instaure que par singularité vivante qui le déforme en le singularisant. […] l’universalité n’est jamais universelle, sauf pour la pensée du survol : elle naît selon la chair ; chair de notre chair, elle garde, à son degré le plus subtil, notre singularité. […] », dans Jean-Paul Sartre, « Merleau-Ponty », dans Les Mots et autres récits autobiographiques, « Bibliothèque de la Pléiade », édition publiée sous la direction de Jean-François Louette avec la collaboration de Gilles Philippe et de Juliette Simont, 2010, p. 1051-1120 (p. 1118).

[35] Anna Boschetti, Sartre et les Temps modernes, Paris, Éditions de Minuit, 1985. Sur le contenu des premiers numéros de la revue, voir, exemple parmi d’autres, le formidable n° 3 de décembre 1945, où l’on sent toute l’époque, hagarde (Royan à la Libération), déboussolée (« nuits sans importance » de Nathalie Moffat où une adolescente se prostitue avec les soldats américains), violente (la mort de Laval), désenchantée (le retour des soldats américains au pays), âpre (« portait de l’antisémite » de Sartre), mais aussi pleine d’espoir (Plan Beveridge).

[36] Voir l’article de William L. Mac Bride déjà cité, « Les premiers comptes rendus de l’Être et le Néant », dans Ingrid Galster, La naissance du phénomène Sartre, op. cit, p. 185-199. Gabriel Marcel parle de « dépréciation systématique de l’homme » et J. Mercier, dans la revue jésuite, Études, en février 1945, évoque le côté satanique de Sartre. Roger Garaudy lance en décembre 1945 la polémique contre Sartre, « le faux prophète ».

[37] Cf., par exemple, Maurice Merleau-Ponty, « La querelle de l’existentialisme », Les Temps modernes, n° 2, novembre 1945, p. 344-356, et le texte paru dans la Pravda rédigé par D. Zaslavuski que publient Les Temps modernes en mai 1947, p. 1531-1536 (« Sous le couvert du charabia philosophique, c’est la campagne contre le matérialisme et la science, contre le marxisme et la démocratie populaire qui se poursuit [...] il est curieux que la philosophie de la décadence, du pessimisme et de la pourriture se trouve désormais en demande aux États-Unis. ») En 1948, les Éditions Nagel font paraître Existentialisme ou Marxisme de Lukacs qui était une sévère attaque de la première de ces deux doctrines comme philosophie de la « troisième voie » et comme mystification individualiste (refus de parler de l’économie et du social, critique des sciences, irrationalisme).

[38] Georges Bataille, « L’existentialisme », Critique, octobre 1950, p. 83-86. Sur les rapports entre ces deux pensées, on pourra aussi consulter le numéro spécial des Temps modernes, « Georges Bataille », décembre 1998-février 1999.

[39] Gilles Deleuze, Pourparlers 1972-1990, Paris, Éditions de Minuit, 1990, p. 156.

[40] Référence dans François Dosse, Gilles Deleuze et Félix Guattari, Paris, La Découverte, 2007, p. 41, p. 49, et p. 119 sur Deleuze.

[41] Marielle Macé, Le temps de l’essai, op. cit., p. 184.

[42] Voir l’article, rétrospectif mais percutant sur le « choc Sartre », d’un contemporain tel Michel Crozier qui avait 23 ans en 1945, « La révolution culturelle », Preuves, février 1966 (article paru d’abord en anglais dans Daedalus dans l’hiver 1963). Deleuze parla lui de Sartre « non comme un exemple, mais comme un courant d’air », dans Dialogues, Paris, Flammarion, coll. « Champs », 1996, (1977), p. 16.

[43] Ces deux citations sont tirées de l’article de Michel Winock, « Sartre : l’effet de modernité », dans Ingrid Galster, op. cit., p. 200-212.

[44] Sylvie Chaperon, « 1949-1999 » : cinquante ans de lecture et de débats français », dans Christine Delphy et Sylvie Chaperon, Cinquantenaire du Deuxième Sexe, Paris, Syllepse, 2002, p. 357-362.

[45] Claude Lévi-Strauss, Tristes tropiques, Paris, Plon, 1955, p. 62-63.

[46] Article de Pierre Nora dans L’Observateur du 31 janvier 1963, « Raymond Aron les raisons d’un succès », cité par François Dosse, Pierre Nora. Homo historicus, Paris, Perrin, 2011, p. 184-185.

[47] Jean Daniel, L’Ère des ruptures, Paris, Grasset, 1979, p. 29-30.

François Chaubet

François Chaubet est professeur des universités à Nanterre Paris-Ouest. Spécialiste de l'histoire des intellectuels et de l'histoire des relations culturelles internationales, il a publié notamment une Histoire intellectuelle de l'entre-deux-guerres (Nouveau Monde éditions, 2006) et une Histoire des relations culturelles dans le monde contemporain (Armand Colin, 2011, en collaboration avec Laurent Martin).

Mots clefs : micro-milieux créateurs ; singularité des hommes ; pouvoir intellectuel ; essai ; philosophie ; sciences humaines.

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  • ISSN 1954-3670