Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

La culture économique des hommes politiques à l'épreuve du pouvoir

Coordination : Robert Boyce et Sabine Jansen

Poincaré avait-il besoin de connaissances économiques pour sauver le franc ?

Kenneth Mouré
Résumé :

« Poincaré avait-il besoin de connaissances économiques pour sauver le franc ? » Raymond Poincaré a sauvé le franc en 1926, le (...)

  • imprimer
  • version pdf
  • réduire la taille du texte
  • augmenter la taille du texte

En décembre 1926, la hausse du franc sur le marché des changes fait peser sur la France la menace d’une chute des demandes à l’exportation, d’une contraction drastique de la production et d’un accroissement du chômage. Cinq mois plus tôt, en juillet 1926, la France avait fait l’expérience d’une grave crise causée par la chute rapide du franc. Les économistes ont jusqu’à aujourd’hui fait l’éloge du revirement de Poincaré face à la crise de juillet, revirement qui a permis de réussir un « changement de régime » mettant un terme à l’inflation modérée sans entraîner de coût économique excessif [1] . Les ministres des Finances qui lui ont succédé se sont efforcés de réitérer son succès dans le contrôle de l’inflation, du déficit budgétaire et de la dépréciation monétaire. Et c’est à l’aune de ce tour de force qu’a été mesurée leur réussite. C’est à la lumière des crises successives de dépréciation et de revalorisation du franc, ainsi que de sa stabilisation en 1926 que peut être explorée la culture politique de Poincaré : dans quelle mesure fut-elle remise en cause, refaçonnée et/ou atténuée par son expérience du pouvoir ? Et quelle a été l’importance des connaissances économique dans la stabilisation du franc Poincaré ?

Une formation financière

Poincaré n’a reçu aucune formation économique en tant que telle. Il a étudié le droit tout en déclarant ne pas aspirer à devenir avocat. En 1887, il entre en politique sans être bien résolu à en faire sa vocation. Il est nommé à la commission des Finances de la Chambre des députés en 1890 par l’entremise d’amis influents, même s’il affirme ne disposer d’aucune connaissance ou affinité pour les questions financières. Il s’est toujours efforcé de maîtriser le savoir requis et s’est bâti ainsi une réputation de compétence et de dévouement. Lors de son premier discours marquant à la Chambre, visant à défendre le budget 1891, il impressionne ses auditeurs par la clarté de son exposé et la maîtrise des détails. « Me voilà élevé à la dignité de financier sans cependant connaître grand-chose aux finances publiques [2]  », fait-il remarquer. Ce discours énonce les principes dont il ne se départira plus tout au long de sa carrière : impératif de « courage fiscal », droiture fiscale, clarté en comptabilité, budget unifié et en équilibre sans recours à des expédients ou à un masquage des comptes. Sa maîtrise des questions budgétaires lui vaut d’être élu rapporteur général du budget à la commission des Finances en 1893, charge dont il démissionne quelques mois plus tard.

Il est appelé à entrer au gouvernement comme ministre des Finances, honneur qu’il décline par deux fois avant d’accepter le portefeuille dans le gouvernement de Charles Dupuy de mai 1894 à janvier 1895. En tant que ministre, il œuvre à l’équilibre du budget ainsi qu’à la suppression des « budgets extraordinaires » qui autorisent le financement des dépenses publiques par un déficit persistant. De même il donne son approbation à une taxe proportionnelle sur les successions [3] . Quoique opposé aux propositions visant à instituer un impôt sur le revenu en 1894, Poincaré est amené à en défendre l’idée quand il redevient ministre des Finances en 1906, démontrant ainsi qu’il n’avait rien d’un doctrinaire inflexible. À la chute du gouvernement Dupuy, Poincaré décline l’offre qu’on lui fait de rester ministre des Finances, préférant le portefeuille de l’Instruction publique.

C’est son expérience à la commission des Finances et au ministère des Finances qui a façonné sa culture économique. Les finances publiques, à cette époque, sont presque exclusivement affaire de questions budgétaires. Poincaré assoit sa réputation en se faisant le champion d’un budget unifié en équilibre au moyen de recettes fiscales suffisantes pour couvrir les dépenses, de strictes économies dans les dépenses publiques, d’une imposition à la mesure des capacités contributives, ainsi que d’un minimum d’ingérence étatique dans la vie économique pour éviter toute entrave au dynamisme et à la créativité de l’entreprise privée : « Il faut chercher à réveiller les initiatives privées et à stimuler la liberté individuelle [4] . » Pareils propos font écho aux conceptions économiques orthodoxes [5] . Poincaré ne se singularise pas tant par ses conceptions que par sa détermination à mettre ces principes en pratique. C’est ce qui le distingue de ses collègues parlementaires et parfois même le brouille avec eux. Ses préoccupations principales sont d’ordre fiscal et budgétaire, une approche qualifiée d’« école du Sénat » par François Piétri [6] . Sa manière de faire politique est déterminante : toujours en quête du soutien le plus large possible au centre de l’échiquier politique, il arrache souvent des applaudissements à gauche sans pour autant cesser de prescrire un traitement des problèmes financiers sur des bases saines, en fonction des impératifs de l’intérêt national plutôt que par des expédients politiques. En tant que ministre des Finances, il montre l’exemple à ses collègues du gouvernement en réalisant des économies dans son propre département ministériel. La droiture de sa conduite personnelle le met au-dessus de tout reproche en matière de passe-droit. Des années plus tard, en tant que président du Conseil et ministre des Finances, il séparera son courrier personnel de la correspondance officielle et paiera de sa poche les timbres destinés à son propre courrier [7] . On le tient pour un des hommes politiques les plus honnêtes de la IIIe République [8] . Son profil politique inspire confiance alors que les circonstances exigent un ministre d’une rigoureuse orthodoxie et d’une parfaite intégrité.

Son retour à la rue de Rivoli en 1906 est accueilli avec soulagement : « Les Finances du pays sont maintenant entre les mains d’un honnête homme [9]  », déclare Le Cri de Paris. Devant faire face à un budget en déficit et à trois mois d’impayé, Poincaré réduit les dépenses, augmente quelques taxes mineures et tente une réforme modérée des quatre vieilles, l’impôt direct assis sur les signes extérieurs de richesse. En présentant le budget 1906, il fait l’historique du long héritage de déficits budgétaires de l’État tout au long du XIXe siècle, tirant argument de ce constat pour justifier un équilibre budgétaire fondé sur la clarté et la probité comptables : « C’est, à mon avis, une politique financière détestable que de masquer la réalité sous des combinaisons ingénieuses et de ne pas renseigner exactement le pays sur ce qu’il a le droit de connaître [10] . » Poincaré s’oppose à l’adoption de nouvelles dépenses sans un équilibre budgétaire préalable et une hausse concomitante des recettes permettant de couvrir les charges nouvelles. Il démissionne en octobre, renforçant sa réputation d’homme politique honnête, exigeant que le budget soit remis en ordre et s’opposant au vote de toute nouvelle charge sans que soit prévues de nouvelles ressources à même de les couvrir [11] .

De janvier 1912 à janvier 1920 Poincaré est aux affaires, un an comme président du Conseil et sept ans comme président de la République. Il conduit la nation en guerre et s'efforce de bâtir une paix fondée sur la sécurité. Puis il retourne au Sénat, manifestant son désir de ne pas briguer de second mandat présidentiel. La Première Guerre mondiale avait radicalement déréglé le monde économique dans lequel il s’était forgé ses connaissances économiques. Désormais les dépenses et l’endettement de l’État croissent de façon spectaculaire, l’instabilité monétaire éloigne de l’étalon-or, l’endettement extérieur augmente : tous ces facteurs conjugués font de l’instabilité financière et monétaire l’enjeu décisif de la vie politique intérieure ainsi qu’une source majeure de faiblesse pour la politique étrangère de la France [12] . Néanmoins, il n’est nullement évident que les problèmes de l’après-guerre aient différé par nature plutôt que par degré de ceux d’avant-guerre. La Revue d’économie politique annonce après la guerre : « Nous ne sommes point de ceux qui annoncent qu’un monde nouveau va naître, qui proclament la faillite de la vieille économie politique. S’il est vrai que la guerre ait démenti sur beaucoup de points les prévisions des économistes les plus autorisés, il n’importe, car elle n’a nullement démontré que les principes enseignés et qu’on a appelés les lois de l’économie politique fussent erronés [13] . »

Les crises du franc

Poincaré revient aux affaires comme président du Conseil en janvier 1922. Jusqu’en janvier 1924, sa préoccupation principale est d’obtenir l’exécution du traité de Versailles et surtout de faire rendre gorge à l’Allemagne, réticente à payer les réparations. C’est alors que la dépréciation du franc, la chute de la rente et le non-renouvellement de la dette flottante se conjuguent pour entraîner une alarme monétaire et financière réclamant toute son attention. Une réforme fiscale apparait nécessaire pour restaurer le crédit public en France et à l’étranger. Selon Maurice Bokanowski, rapporteur général du budget à la Chambre : « L’inflation et la dépréciation monétaire, qui en est la conséquence, ont toujours pour origine le déséquilibre initial du budget national [14] . » Le budget ordinaire a été équilibré en 1923 ; le discrédit du franc résulte du déficit du « budget spécial des dépenses recouvrables », couvert par l’emprunt en l’absence de paiement des réparations dues par l’Allemagne. Le ministre des Finances, Charles de Lasteyrie, propose une hausse de tous les impôts de 20 % (le « double décime ») en janvier 1923, mais est contraint d’y renoncer. Le problème fondamental, qui met tous les gouvernements dans l’embarras, est de concevoir un programme fiscal couvrant à la fois les dépenses du budget ordinaire et de la reconstruction, tout en obtenant l’approbation du Parlement.

Le 17 janvier 1924, Lasteyrie propose un plan d’ensemble visant à réduire le train de vie de l’État et à procurer de nouvelles ressources essentiellement en exhumant la « double décime ». Ces mesures n’ont pas pu avoir d’effet immédiat, leur vote n’étant intervenu qu’après cinq semaines parsemées d’obstacles et d’obstructions au cours de longs et vains débats à la Chambre des députés [15] . Leur adoption est également retardée au Sénat, où la commission des Finances prend jusqu’au 13 mars pour examiner le projet, soit huit semaines après sa présentation à la Chambre. Le Sénat vote ces mesures le 22 mars, mais ne se prive pas de se plaindre d’un manque de temps suffisant pour débattre et de l’impossibilité d’amender le texte, allant jusqu’à rejeter sur le ministre des Finances la responsabilité de leurs effets pervers [16] . La chute du franc empire, atteignant un stade critique : la livre sterling passe de 76 francs en octobre 1923 à 96 francs le 14 janvier, puis 106 francs le 4 mars et enfin 128 francs le 8 mars. Au début du mois de mars, certains banquiers préconisent une intervention officielle afin de défendre le franc [17] . C’est par une lettre pressante à Poincaré en personne que l’établissement Lazard frères exhorte à négocier un emprunt gagé sur l’encaisse-or de la Banque de France en vue d’une contre-attaque pour décourager la spéculation [18] . La banque Morgan donne un avis similaire [19] .

Toutefois, la Banque de France fait obstacle au gage de l’encaisse-or comme garantie d’un emprunt à l’étranger, souhaitant préserver ses réserves pour un futur retour à l’étalon-or. Lors d’une réunion dramatique des ministres et des régents à l’Élysée le 9 mars, la Banque consent à octroyer sa garantie à un emprunt extérieur, mais exige en échange que le gouvernement s’engage à réduire les dépenses et à s’affranchir de la contrainte de la dette flottante par une rapide consolidation [20] . Le gouverneur de la Banque, Georges Robineau, émet une mise en garde : « Elle serait désastreuse, elle porterait au franc un nouveau coup plus fatal encore, si elle devait échouer finalement, parce que nos prochains bilans révéleraient les mêmes embarras du Trésor et la menace grandissante de mesures de moratorium ou d’inflation [21] . » Il fait des suggestions explicites : réduction au strict minimum des paiements effectués par le Trésor, gel des dépenses non urgentes (en particulier les frais de reconstruction des régions libérées), et adoption immédiate de mesures à même de restaurer le crédit des Bons de la Défense nationale, que Poincaré et Lasteyrie acceptent [22] . Les 10 et 11 mars, l’intervention sur le marché ramène la livre à 116 francs. Le 13 mars, le rétablissement du franc sur les marchés monétaires est raffermi par l’annonce du prêt Morgan, explicitement lié à une position fiscale plus ferme du gouvernement. L’appréciation du franc par rapport à la livre sterling est notable : 90 francs la livre le 15 mars, le 24 mars le cours clôtura à 78 francs, et atteint même 63,5 francs à la fin du mois d’avril [23] .

Poincaré ne contribue que modestement à la résolution de la crise. Il a apporté son soutien au « double décime », mesure politique impopulaire qui doit aider le Cartel des gauches à gagner les élections législatives au printemps. En dépit du préjudice électoral causé au Bloc national, ces mesures d’austérité financière se situent dans la droite ligne des conceptions de Poincaré consistant à se déterminer en fonction des besoins financiers et non au moyen d’expédients politiques. Comme il l’affirmera plus tard, une attitude politique responsable exige « de se mettre résolument en présence des réalités et de prendre sans défaillance les mesures que commandent les événements [24]  ».

Poincaré se tient à l’écart du Bloc national et de sa défaite électorale de mai 1924. La défense du franc a renforcé sa réputation de champion de finances saines. Il a pris ses distances avec les orientations du Bloc national depuis le milieu 1923, en s’efforçant d’élargir sa majorité de centre vers la gauche [25] . Le gouvernement de Cartel n’est pas bien armé pour résoudre ces problèmes financiers, monétaires et diplomatiques entremêlés, auxquels les gouvernants français doivent faire face en 1924 [26] . Poincaré n’émet que peu de critiques contre le Cartel jusqu’au mois d’avril 1925, quand il conduit l’attaque du Sénat contre le prélèvement sur le capital que le Cartel propose comme solution au déficit budgétaire. Il s’ensuit une défaite pour le gouvernement Herriot, événement-charnière des relations entre le Cartel et le franc. Le Cartel se trouvait compromis par la falsification des bilans hebdomadaires de la Banque de France. Les dirigeants du Cartel ignoraient ces pratiques commencées sous Poincaré, mais la responsabilité leur en est imputée. C’est ainsi que le Cartel se désintègre au cours des quinze mois qui suivent : le soutien politique des modérés se désagrège au fur et à mesure que la situation monétaire se détériore en raison d’un cycle entraînant l’augmentation de la circulation fiduciaire, la hausse des prix, la fuite des capitaux et la chute du franc.

En avril 1926, un gouvernement de Cartel, conduit par Aristide Briand, fait voter un budget équilibré et négocie un rééchelonnement des dettes de guerre avec les États-Unis, mais la confiance dans la gestion des finances par le Cartel décline irrémédiablement. Si la dépréciation monétaire fait passer la livre sterling de 144 francs à la mi-avril 1926 à 160 francs au 15 mai, les causes en sont multiples : fuite des capitaux provoquée par des maladresses dans le maniement des questions fiscales, suscitant l’antienne de « l’oppression fiscale », échec du gouvernement à redresser le cours du franc au point que sa chute finit par être considérée comme « un phénomène inéluctable contre lequel on ne pouvait rien [27]  ». Briand et son ministre des Finances, Raoul Péret, tentèrent d’imiter l’attitude de Poincaré lors de la défense du franc en 1924 : ils convient ministres et régents de la Banque au palais de l’Élysée le 19 mai, afin d’obtenir le soutien de la Banque en vue de la négociation d’un emprunt à l’étranger à même de défendre le franc. La Banque consent à laisser disposer du prêt Morgan, permettant de ramener le cours de la livre de 172 à 150 francs pendant deux semaines, fin mai, mais refuse de négocier un nouvel emprunt. L’intervention sur les marchés est suspendue au début de juin, si bien que le franc reprend sa chute.

La victoire dans la défense du franc en 1924 reposait sur une action coordonnée entre les mesures financières du gouvernement et une intervention sur le marché des changes avec le plein soutien de la Banque de France. Or ce qui fait défaut en 1926, c’est précisément cette coordination des actions comme cette communauté d’objectifs. L’implication de la Banque dans l’intervention du 19 mai est limitée. Le Cartel affirme vouloir adopter de strictes mesures fiscales pour la fin mai et désigne un comité d’experts, chargé d’établir un programme de stabilisation monétaire et financière. Mais la Banque refuse de participer aux négociations d’un emprunt à l’étranger, destiné à préserver la défense du franc. En outre, une campagne de presse met sur la place publique les différends entre le gouvernement et la Banque au sujet de la garantie de l’emprunt sur le gage de l’encaisse-or [28] . Sans le secours de crédits extérieurs, l’intervention ne peut être maintenue, et le franc reprend sa course à la baisse. Péret démissionne le 15 juin, en se lamentant de n’avoir pas reçu le soutien qu’il était en droit d’attendre de la Banque ; sa démission entraîne celle du gouvernement Briand.

Un des premières actes du gouvernement prochain, conduit par Briand avec Joseph Caillaux pour ministre des Finances, est de remplacer le gouverneur de la Banque de France, Georges Robineau, par Émile Moreau, un proche de Caillaux, et de remplacer le sous-gouverneur et le secrétaire général. Moreau est membre du comité des experts, le nouveau sous-gouverneur, Charles Rist également. Rist a rédigé la partie monétaire du rapport rendu par le comité. Pierre Quesnay, qui deviendra directeur des Études économiques de la Banque, a été l’étudiant de Rist et a collaboré avec lui au secrétariat de ce comité. Ce sont ces trois hommes qui doivent mettre en œuvre le programme de stabilisation de la Banque. Ce changement à la direction de la Banque est tout à fait essentiel pour la stabilisation, mais en juin 1926 il est insuffisant pour rassurer une opinion publique inquiétée par l’instabilité politique.

Le comité des experts rend son rapport le 4 juillet, et le gouvernement Briand tombe le 17 juillet en demandant une délégation de pouvoirs pour la mise en œuvre de son programme. Le franc glisse de 173 francs la livre le 30 juin à 193 francs le 8 juillet, puis 202 francs le 16 juillet. Édouard Herriot est appelé à former le gouvernement ; le franc dégringole alors à 242 francs la livre. La défaite d’Herriot signe l’agonie du Cartel, ouvrant la voie à un gouvernement d’Union nationale, formé par Poincaré. Le franc commence immédiatement sa remontée et le gouvernement Poincaré obtient un fort soutien à la Chambre et au Sénat.

Redressement et stabilisation

L’acuité de la crise pose les fondements du redressement. Poincaré prend lui-même en charge le ministère des Finances. Il s’était vu offrir le portefeuille après la démission de Péret en juin, mais avait décliné la proposition puisque les radicaux refusaient les augmentations d’impôts qu’il estimait essentielles [29] . Le portefeuille des Finances lui avait été à nouveau offert après la défaite de Briand le 17 juillet, mais il l’avait refusé au motif que la restauration de la confiance exigeait que le ministre des Finances à venir soit en même temps président du Conseil [30] . Pressenti pour former le gouvernement les 21 et 22 juillet, il constitue un cabinet comptant six anciens présidents du Conseil et, à parité, six ministres cartellistes (Herriot, Queuille, Perrier, Sarraut, Briand et Painlevé) et six de centre droit (Barthou, Leygues, Fallières, Tardieu, Bokanowski et Marin), lui-même occupant le ministère des Finances. Son gouvernement d’Union nationale déplace la majorité vers le centre, sans rompre brutalement avec la majorité de Cartel : il excluait, en effet, les figures dominantes de la droite catholique [31] . Néanmoins, ce gouvernement incarne le rêve, longtemps caressé par Poincaré, d’une large coalition du centre. Poincaré est salué comme le sauveur du franc, et sa seule présence au pouvoir suffit à mettre un terme immédiat à la crise. Le franc monte de son point le plus bas à 243 francs la livre pour atteindre 208 francs à la formation du gouvernement, puis 196 francs à sa présentation devant la Chambre. Toutefois, l’ampleur et la durée du soutien parlementaire qu’il obtiendra dépendent des mesures qu’il veut mettre en œuvre.

La presse tient la hausse du franc comme la preuve de la confiance du marché. Charles Rist crédite Poincaré de deux actions majeures dans la résolution de la crise. Tout d’abord « sa seule présence au gouvernement, en inspirant une confiance totale au public français, convainquit celui-ci que la baisse du franc n’était pas inéluctable et que des mesures allaient être prises pour l’enrayer ». (Le baron de Rothschild espère que Poincaré ne fera rien de plus : « Pourvu qu’il ne fasse rien. Qu’il ramène seulement la confiance [32] . ») Cependant, la seconde contribution de Poincaré, en accord avec le rapport des experts, est de faire voter la loi du 7 août autorisant la Banque à acheter des francs et de l’or au cours du marché, rendant ainsi possible une intervention monétaire à même de stabiliser le franc [33] . La consternation de ses censeurs témoigne du succès de Poincaré ; Alfred Fabre-Luce déclare : « Je suis un peu triste d’être sauvé par Poincaré. Peut-être n’est-ce pas pour longtemps [34]  ? »

Le comité des experts avait expliqué que les crises budgétaire, financière et monétaire étaient intimement imbriquées. Il en appelait à une forte hausse des impôts indirects, afin d’apaiser la crise financière, ainsi qu’à une stabilisation rapide du franc en l’établissant à une nouvelle parité-or grâce au secours de crédits étrangers. Le rapport du comité marque une nette césure d’avec la ligne politique officielle de la Banque, qui reste la restauration du franc à la parité-or d’avant-guerre [35] . Alors que la crise monétaire s’apaise, Poincaré porte toute son attention à la résolution de la crise financière sur une base solide, en augmentant les impôts indirects, en réduisant les taux maximum d’imposition directe qui provoquait une fuite des capitaux, en sauvegardant le remboursement de la dette publique par l’institution d’une caisse d’amortissement, consacrée par une révision de la Constitution. Ses remèdes sont des plus orthodoxes et en outre préconisés par de nombreuses personnes et réitérés par le comité des experts [36] . Cependant, différence essentielle, Poincaré dispose de l’autorité politique pour mettre en œuvre les remèdes nécessaires d’autant plus que la Chambre avait été saisie d’effroi par la gravité de la crise. Les souscriptions de bons du Trésor par le public sont revigorées, de même que les rentrées d’impôts. Toutefois, la crise fiscale ne s’apaise pas immédiatement. Le Trésor dépend encore des avances de la Banque de France pour honorer ses créances à la fin de juillet, marquant le début de relations orageuses entre Poincaré et le gouverneur Moreau [37] .

Poincaré s’écarta significativement du plan des experts dans son programme monétaire. Les experts préconisent la négociation d’un emprunt à l’étranger afin de contribuer à la stabilisation du franc à une nouvelle parité avec l’or, ce qui demande la ratification de l’accord conclu avec les États-Unis quant au règlement des dettes de guerre. Bien qu’il ait critiqué et par la suite proclamé s’être opposé à sa ratification depuis le début, Poincaré se prépare à le ratifier l’accord à la fin de juillet, pour obtenir le soutien financier qu’il estime essentiel à la stabilisation. Mais sa coalition parlementaire n’est pas disposée à soutenir la ratification ; la campagne de presse lancée pour persuader l’opinion publique de la nécessité de ratifier est abandonnée à la hâte. Par la suite, un redressement durable du cours du franc lui permet de repousser la ratification, au début pour quelques semaines, puis finalement pendant trois années [38] . La Banque craint de ne pas disposer d’assez de devises pour défendre le franc en cas de retournement du marché. Le franc, néanmoins, se redresse en août autour de 165 francs la livre, et reprend sa remontée en octobre dépassant la barre des 150 francs, début novembre, puis atteignant 120 francs en décembre. À nouveau la stabilisation monétaire redevient un enjeu urgent du fait de la hausse du franc, plutôt que de sa chute, et menace de provoquer une grave crise économique.

Poincaré prend grand soin de ne pas expliciter ses conceptions en matière de stabilisation. Il saisit dès le début la nécessité d’être discret, déclarant en août 1926 devant la commission des Finances de la Chambre : « Tous les mots prononcés par le ministre des Finances dans les questions monétaires donnent immédiatement lieu à des spéculations que je qualifierais volontiers d’abominables… Il n’y a pas moyen de régler une question monétaire autrement qu’en disant : le gouvernement va procéder aux opérations qu’il jugera nécessaires, ou bien nous changerons de gouvernement [39] . » Chacun croit qu’il désire une revalorisation ; sans doute a-t-il initialement souhaité revenir à la parité d’avant-guerre à 25,52 francs la livre. Les principaux experts de la Banque de France en matière de politique monétaire l’exhortent à la stabilisation lors de leur participation au comité des experts et continuent à pousser à un rapide retour à une parité-or. Le refus de Poincaré de décider d’un programme monétaire clair à l’automne 1926 suscite un antagonisme avec la Banque. Poincaré rencontre régulièrement Moreau, et plaide pour une intervention de la Banque afin de lisser la hausse du franc, sans toutefois s’impliquer dans la fixation d’un taux pour la stabilisation. À ce moment, il rencontre, entre autres, plusieurs fois par jour, le directeur du Mouvement général des Fonds, Clément Moret, qui est convaincu de la nécessité de la stabilisation. Il a, de même, des entretiens réguliers avec le directeur du Budget, Pierre Fournier [40] . Jacques Rueff et Léon Jouhaux contribuent également à amadouer Poincaré en le ralliant à leurs conceptions d’une stabilisation de facto en 1926, mais ils ne peuvent l’approcher librement [41] . Moret et le Mouvement général des Fonds aspirent à une intervention de la Banque afin de lisser les fluctuations du cours du franc à chaque fois qu’il monte. Mais Moreau refuse d’employer les réserves de la Banque pour lisser les cours du franc à la hausse, se servant de la capacité d’intervention de la Banque sur le marché des changes comme d’un moyen de faire pression sur Poincaré pour réclamer l’élaboration d’un plan bien arrêté visant à une stabilisation monétaire ainsi que la garantie de l’indépendance de la Banque [42] . Bien qu’exaspéré par le refus de Moreau, Poincaré refuse d’arrêter un tel plan ou de donner la moindre assurance quant à une autonomie de la Banque dans la détermination de la politique monétaire.

Étant donné l’opinion très répandue d’une préférence de Poincaré pour une revalorisation, le vote du budget 1927, le 19 décembre, provoque un mouvement de spéculation qui menace de porter le franc à 100 pour une livre. Répondant aux appels réitérés du Mouvement général des Fonds, Moreau consent, le 20 décembre, à une intervention de la Banque « pour éviter un véritable désastre économique, pour empêcher l’arrêt de nombreuses entreprises industrielles et commerciales et le chômage qui s’ensuivrait forcément [43]  ». Cette intervention, de caractère temporaire, n’est annoncée que trois jours plus tard, une fois son succès acquis. Moreau avertit qu’il n’achètera des devises que jusqu’à la mi-janvier, et Poincaré consent alors à présenter un plan de stabilisation à cette date, mais déclare qu’il souhaite assister à une revalorisation du franc à 100 pour une livre [44] .

La question monétaire – le choix du moment opportun comme le taux de la stabilisation – est désormais nettement déconnectée de la crise financière qui est, elle, résolue. Poincaré a stabilisé les finances françaises par des recettes traditionnelles : coupes dans les dépenses et hausses d’impôts ; créant ainsi les conditions d’un redressement monétaire spectaculaire. La clef de sa réussite ne tient pas à ses connaissances économiques, mais à son autorité politique. Ses principes financiers sont des plus orthodoxes : budget équilibré, droiture et clarté dans la comptabilité publique, et dépenses publiques réduites au strict nécessaire. La large diffusion de ses conceptions ainsi que sa renommée de rigueur et de probité lui servent à rétablir la confiance. Son arrivée au pouvoir dans des conditions de crise lui permet d’apprivoiser une Chambre agressive et de la conduire à adopter des mesures législatives orthodoxes.

Mais la question monétaire persiste. Il est manifeste pour les parties prenantes influentes – président du Conseil, Banque de France, Mouvement général des Fonds, monde de la finance et l’opinion publique – que le franc doit revenir à une parité-or. Étant donné la stabilisation de facto, la question fondamentale est de savoir quand et à quel taux. Si cela avait été en son pouvoir, Poincaré aurait permis une revalorisation plus importante du franc. L’État a, selon lui, l’obligation de restaurer le franc à sa parité d’avant-guerre afin de ne pas spolier les détenteurs de capitaux et les créanciers du Trésor. La dévaluation représente l’équivalent d’une déclaration de banqueroute de l’État dans l’incapacité d’honorer ses dettes. Moreau reconnait le bien fondé d’une telle conception, faisant remarquer plus tard : « J’avais contre moi le sentiment de ce qu’il y avait de plus noble dans le pays [45] . » Mais la Banque contrôle la stabilisation de facto et Moreau, en tant que stabilisateur avéré, ne sera pas manipulé par les revalorisateurs.

Les mesures législatives et réglementaires, adoptées à l’instigation de Poincaré pendant la stabilisation de facto, sont déterminées par des impératifs politiques. La stabilisation de facto a diminué les craintes de contraction des marchés à l’exportation et de déclenchement d’une crise aiguë. Il est manifeste que les milieux d’affaires se satisfont de cette stabilité. Les journalistes, qui au début de 1927 enquêtent auprès de responsables représentatifs du monde des affaires, découvrent qu’une majorité écrasante d’entre eux est en faveur de la stabilisation et a pleinement confiance dans le discernement de Poincaré quant au prochain cours du franc. Selon Ernest Mercier, Poincaré inspire « une confiance absolue [46]  ». La plupart des observateurs s’attendent à un ralentissement économique, au fur et à mesure que l’économie s’ajuste à une monnaie stable. La légère récession de 1927 ainsi que le succès manifeste des mesures financières de Poincaré augmentent la confiance en la stabilisation et renforcent l’argumentation de Moreau en faveur d’une stabilisation de jure sans revalorisation.

Pendant ce temps, la stabilisation de facto s’avère une tactique astucieuse pour les combinaisons politiques de Poincaré. En effet, elle maintient l’épée de Damoclès que constitue la fuite des capitaux, ligotant ainsi les radicaux à la majorité d’Union nationale. Rist déclare à des collègues britanniques que les hommes politiques modérés souhaitent repousser la stabilisation de jure après les élections législatives de 1928, car la stabilisation « supprimerait l’un des plus utiles instruments permettant de garder le pouvoir politique hors de portée [47]  ». Au même moment, le report incessant de la stabilisation offre aux revalorisateurs déterminés, situés plus à droite, la perspective d’une future revalorisation du franc. Même à droite, les députés admettent que la hausse du franc en 1926 a été « beaucoup trop rapide pour être saine [48]  », mais ils n’en désirent pas moins une revalorisation si elle est possible.

Poincaré ne dévoile que fort peu les derniers desseins qu’il formait, se servant de la discrétion nécessaire pour prévenir toute spéculation comme d’un motif pour justifier ses atermoiements et son silence. Le journal de Moreau laisse entendre que le président du Conseil n’avait aucune intention, après les premières semaines de 1927, de stabiliser le franc avant les élections législatives de 1928. En février 1928, en récapitulant son action gouvernementale, Poincaré donne une explication magistrale des sérieuses difficultés qu’impliqueraient les trois solutions possibles : stabilisation légale au taux ayant cours, revalorisation (partielle ou totale), et prolongation de la stabilisation de facto. Son exposé rassure les stabilisateurs dans leur certitude qu’il ne réévaluera pas le franc et convainc les revalorisateurs qu’il ne stabilisera pas. Poincaré dissipe toute équivoque quant à son intention d’œuvrer à la solution la moins mauvaise, quel que soit son choix politique final. [49] Il n’en est pas moins manifeste que la stabilisation de facto présente une indéniable utilité politique comme garantie contre une menace de chaos potentiel en cas de défaite de l’Union nationale aux élections législatives qui approchent.

Ses discours pour la campagne électorale de 1928 n’expriment aucune promesse explicite et n’arrêtent aucun plan définitif. Il affirme vouloir poursuivre son petit chemin, sauvegarder l’équilibre tant budgétaire que financier, de même que la vitalité des affaires et la stabilité de la monnaie. Les rangs des revalorisateurs s’éclaircissent. Durant la campagne qui s’achève par la victoire de Poincaré et de l’Union nationale, la campagne de presse de la Banque de France fait perdre leurs dernières illusions même aux plus acharnés revalorisateurs comme Louis Marin et François de Wendel [50] . Wendel affirme que la stabilisation au taux présent serait source d’inflation et de déstabilisation. Poincaré acquiesce. Mais Wendel le trouve « visiblement terrorisé par M. Moreau et le Mouvement des Fonds », victime des machinations du gouverneur de la Banque de France [51] .

Moreau pousse à la stabilisation un Poincaré réticent après les élections de mai 1928. En retour, Poincaré manœuvre des membres de son gouvernement hostiles à la stabilisation légale au taux ayant cours. Comme Wendel le souligne, « le chef des revalorisateurs, M. Poincaré, ayant passé de l’autre côté de la barricade il n’y a pas de résistance sérieuse [52] . » La fixation du taux de jure, présumé se rapprocher du taux de facto, répond à des considérations d’opportunité dont la finalité est de préserver la stabilité économique. En présentant la réforme monétaire à la Chambre le 21 juin 1928, Poincaré admet qu’il a souhaité une revalorisation du franc plus importante et justifie en partie son attitude par une pression de la Banque. Il fait un exposé minutieux pour soutenir la cause de la stabilisation immédiate, se frayant péniblement un chemin à travers les arguments préparés par la Banque de France et le Mouvement général des Fonds. Il souligne qu’en dépit de sa sympathie pour les revalorisateurs prônant une appréciation du franc à 100 pour une livre, laisser le franc monter aurait pour première conséquence « l’ouverture d’une crise nouvelle, plus profonde, sans doute, que les précédentes [53]  ». Son renoncement à la revalorisation n’est nullement le signe d’une quelconque emprise terrorisante exercée par le gouverneur de la Banque de France. Bien au contraire, c’est à son corps défendant qu’il a dû composer avec les réalités économiques, entérinées en dépit de leur incompatibilité avec ses préférences, mais assumées comme ce qu’il y avait de mieux pour la nation. La Chambre vote la loi par 448 voix contre 18 et 133 abstentions. Au Sénat, la réforme monétaire est adoptée par 256 voix contre 3 [54] .

« L’épreuve du pouvoir » apporte une confirmation aux conceptions budgétaires orthodoxes de Poincaré quant aux origines de la crise. La gravité de la crise a suscité assez de frayeur dans la Chambre pour la conduire à accepter une trêve politique, permettant ainsi au gouvernement Poincaré de mettre en œuvre un strict programme fiscal fondé sur une sagesse traditionnelle faite d’économies et d’augmentations d’impôts. La réputation de Poincaré est de taille à tempérer la crise, du fait même qu’elle met un terme aux hantises d’« oppression fiscale » et qu’elle est la promesse d’une action effective par un homme d’État dont personne ne met en cause l’orthodoxie et l’honnêteté. Les connaissances économiques ne jouent qu’un rôle limité dans ses actes. C’est l’intégrité et la modération politique de Poincaré qui lui assurent sa place de chef de l’Union nationale. Les compétences techniques en économie ainsi que les conseils avisés en matière de politique monétaire, tout cela il peut le trouver au Mouvement général des Fonds, au comité des experts qui rendit son rapport en juillet 1926, et – après juin 1926 – à la Banque de France. Quand Poincaré a eu besoin d’exploiter ces compétences, il l’a fait. S’il l’avait pu, Joseph Caillaux aurait suivi le rapport des experts incitant à stabiliser le franc en juillet 1926, mais pour ce faire il lui a manqué tout à la fois crédibilité politique et autorité. La contribution essentielle de Poincaré n’a pas tenu à sa culture économique, mais à son autorité politique de même qu’à son intégrité. Il a eu la faculté de mettre un terme à la crise et de restaurer la confiance simplement par son retour au pouvoir ; il a eu en outre la capacité de redresser les finances françaises et de stabiliser le franc avec la même Chambre, issue des élections du 11 mai 1924, que celle qui avait, sous l’impulsion du Cartel, conduit le franc au bord du désastre.

« L’épreuve du pouvoir » s’est révélée le moment de vérité pour sa compréhension de l’enjeu du taux de la stabilisation monétaire. Poincaré n’avait aucunement le désir de devenir « le président d’une FAILLITE DÉGUISÉE [55]  ». Mais il ne voulait pas présider à une excessive revalorisation du franc qui aurait provoqué une grave contraction économique, une crise industrielle, une hausse du chômage et un retour au déficit budgétaire. Ce sont des considérations pratiques ainsi que les conseils avisés de hauts fonctionnaires du Mouvement général des Fonds et de la Banque de France qui l’ont emporté dans le choix du moment opportun comme dans la fixation du taux de la stabilisation. C’est cette combinaison qui a prodigué à Poincaré les connaissances économiques et la résolution dont il avait besoin pour renoncer à ses rêves de revalorisateur.

(Traduit de l’anglais par Albert Kéchichian en 2002, révisé en septembre 2011 par Isabelle Baszanger et Kenneth Mouré.)

Pour citer cet article : Kenneth Mouré, « Poincaré avait-il besoin de connaissances économiques pour sauver le franc ? », Histoire@Politique. Politique, culture, société, n° 16, janvier-avril 2012, www.histoire-politique.fr

Notes :

[1] T. J. Sargent, « Stopping Moderate Inflation : The Methods of Poincaré and Thatcher », in R. Dornbusch et M. H. Simonsen (dir.), Inflation, Debt and Indexation, Boston, Harvard University Press, 1983, p. 54-96 ; ainsi qu’un bilan de la bibliographie sur le sujet dans Kenneth Mouré, « La stabilisation Poincaré. Situation politique et politique monétaire entre 1926 et 1928 », Études et documents, VII, 1995, p. 232-236.

[2] Fernand Payen, Raymond Poincaré : l’homme, le parlementaire, l’avocat, Paris, Grasset, 1936, p. 81. Pour des détails biographiques sur cette période, voir François Roth, Raymond Poincaré. Un homme d’État républicain, Paris, Fayard, 2000, p. 72-74 ; J. F. V. Keiger, Raymond Poincaré, Cambridge, Cambridge University Press, 1997, p. 47-50 ; Pierre Miquel, Poincaré, Paris, Fayard, 1961, rééd. 1984, p. 115-129.

[3] Voir le récit de l’œuvre de Poincaré comme ministre dans Fernand Payen, Raymond Poincaré, p. 115-129.

[4] Poincaré cité par Jacques Chastenet, Raymond Poincaré, Paris, Julliard, 1948, p. 50.

[5] Marc Flandreau, "Crises and Punishment : Moral Hazard and the pre-1914 International Financial Architecture", Conférence faite à Paris en décembre 2000 ; et Paul Leroy-Beaulieu, L’État moderne et ses fonctions, Guillaumin, 1890.

[6] François Piétri, « Plan Poincaré et Plan Caillaux », Revue de Paris, n° 1, octobre 1926, p. 485.

[7] L’acte, visant de toute évidence à impressionner son visiteur, est plus frappant pour sa démonstration résolue d’honnêteté scrupuleuse que par son artifice évident ; Louise Weiss, Mémoires d’une Européenne, t. II, 1919-1934, Paris, Payot, 1969, p. 201 ; et pour une anecdote similaire, Pierre Miquel, Poincaré, op. cit., p. 581.

[8] J.F.K. Keiger, Raymond Poincaré, op. cit., p. 46.

[9] Pierre Miquel, Poincaré, op. cit., p. 203.

[10] Discours au Sénat, 6 avril 1906, repris dans Raymond Poincaré, Questions et figures politiques, Paris, Charpentier, 1907, p. 255.

[11] Lettre de démission de Poincaré reproduite dans Fernand Payen, Raymond Poincaré…, op. cit., p. 430-434.

[12] Stephen A. Schuker, The End of French Predominance in Europe : The Financial Crisis of 1924 and the Adoption of the Dawes Plan, Chapel Hill, University of North Carolina Press, 1976 ; ouvrage sans égal sur le sujet. Voir aussi Kenneth Mouré, The Gold Standard Illusion, Oxford, Oxford University Press, 2002, et Robert Boyce The Great Interwar Crisis and the Collapse of Globalization, Houndsmill, Palgrave Macmillan, 2009, p. 153-165.

[13] « À nos lecteurs », Revue d’économie politique, n° 23, 1919, p. V-VI et 3, p. 257-258.

[14] Rapport de Maurice Bokanowski, Journal officiel. Chambre des députés. Documents n° 6980, p. 10 et 17.

[15] Stephen A. Schuker, The End of French Predominance…, op. cit., p. 61.

[16] Ibid., p. 84-88 ; et Robert Murray Haig, The Public Finances of Post-War France, New York, Columbia University Press, 1929, p. 94-97.

[17] Stephen A. Schuker, The End of French Predominance in Europe…, op. cit., p. 104-108 ; Raymond Philippe, Le drame financier de 1924-1928, Paris, Gallimard, 1931, p. 31-36 ; et Éric Bussière, Horace Finaly, banquier 1871-1945, Paris, Fayard, 1996, p. 230-233.

[18] Archives départementales du Puy-de-Dôme, 5 J 53. « Note de la Maison Lazard Frères & Cie, au sujet des opérations pour le redressement du franc », s. d.

[19] Papiers W. Lamont, Baker Library, Harvard University, 83-17. Harjes était convaincu que les câbles de Morgan & Co de New York provoquèrent la réunion du 9 mars au palais de l’Élysée entre la Banque et le gouvernement. Lettre de Harjes à Morgan, 13 mars 1924, Le sénateur Lazare Weiller préconisa également un emprunt extérieur pour attaquer la spéculation : ADPdD, 5 J 53. Lettre de Weiller à Poincaré, 7 mars 1924, et de Weiller à Clémentel, 11 juillet 1924.

[20] Délibérations du conseil général de la Banque de France, 9 mars 1924.

[21] DCG, 7 mars 1924. Lettre de Robineau à Lasteyrie.

[22] DCG, 9 mars 1924. Annexe.

[23] Raymond Philippe, Le drame financier…, op. cit., p. 39-51 ; et Mermeix [Gabriel Terrail], Histoire du franc depuis le commencement de ses malheurs, Paris, Albin Michel, 1926, p. 104-116.

[24] Raymond Poincaré, Questions et figures politiques, op. cit., p. 302.

[25] J.F.V. Keiger, Raymond Poincaré, op. cit., p. 306 et 309.

[26] La désagrégation de la confiance de l’opinion publique envers la gestion financière du Cartel a déjà été scrutée ailleurs ; voir Jean-Noël Jeanneney, Leçon d’histoire pour une gauche au pouvoir. La faillite du Cartel, 1924-1926, Paris, Le Seuil, 1977 ; Bertrand Blancheton, Le Pape et l’Empereur. La Banque de France, la direction du Trésor et la politique monétaire de la France (1914-1928), Paris, Albin Michel, 2001 ; Gregory C. Schmid, "The Politics of Currency Stabilization : the French Franc, 1926", Journal of European Economic History 3, n° 2, 1974, p. 359-377.

[27] Déclaration d’Adolphe Landry, procès-verbal de la commission des Finances, Chambre des députés, 16 juillet 1926, en écho aux explications données par Maurice Bokanowski à la Chambre. Sur l’importance de cette hantise de l’oppression fiscale, voir l’analyse de Pierre-Cyril Hautcœur et Pierre Sicsic, "Threat of a Capital Levy, Expected Devaluation and Interest Rates in France during the Interwar Period", European Review of Economic History 3, 1999, p. 25-56.

[28] Kenneth Mouré, La politique du franc Poincaré (1926-1936), Paris, Albin Michel, 1998, p. 45-54.

[29] Georges Suarez, De Poincaré à Poincaré, Paris, Éditions de France, 1928, p. 111-113.

[30] Georges Bonnet, Vingt ans de vie politique, Paris, Fayard, 1969, p. 118.

[31] François Roth, Raymond Poincaré, op. cit., p. 484-488.

[32] Pierre Miquel, Poincaré, op. cit., p. 549.

[33] Charles Rist, « L’expérience de 1926 », op. cit., p. 65-66. Rist croyait que Poincaré avait pris cette dernière décision par désir d’accroître les réserves d’or, sans comprendre que cela rendrait impossible un retour à la parité d’avant-guerre.

[34] François Roth, Raymond Poincaré, op. cit., p. 487.

[35] Rapport du comité des experts (créé par décret du 31 mai 1926), 1926.

[36] Voir François Piétri, « Plan Poincaré et Plan Caillaux », op. cit., p. 481-499 ; et Pierre Frayssinet, La politique monétaire de la France (1924-1928), Paris, Recueil Sirey, 1928, p. 89-136. L’expérience belge, dont Poincaré avait été tenu informé par plusieurs entretiens avec Émile Francqui, fut également d’une grande influence ; voir Éric Bussière, La France, la Belgique et l’organisation économique de l’Europe 1918-1935, Paris, CHEFF, 1992, p. 272-277.

[37] Voir Émile Moreau, Souvenirs d’un Gouverneur de la Banque de France. Histoire de la stabilisation du franc (1926-1928), Paris, Éditions M.-Th. Génin, 1954, p. 45-50.

[38] Kenneth Mouré, La politique du franc Poincaré, op. cit., p. 58-59.

[39] Chambre des députés, 4 août 1926. Procès-verbal de la commission des Finances.

[40] Archives du Centre d’histoire de Sciences Po, Papiers Jean du Buît, BU 1 Dr 6. Jean du Buît, « Les deux cabinets de Monsieur Poincaré en juillet 1926 » et « Les personnalités du Ministère de 1920 à 1930 ».

[41] Jacques Rueff, « Préface », dans Emile Moreau, Souvenirs…, op. cit., p. VIII-X.

[42] Sur l’antagonisme entre Poincaré et Moreau, Kenneth Mouré, La politique du franc Poincaré, op. cit., p. 63-68.

[43] Emile Moreau, Souvenirs…, op. cit., p. 182 ; Raymond Philippe, Le drame financier…, op. cit., p. 126-127.

[44] Emile Moreau, Souvenirs…, op. cit., p. 187.

[45] Ibid., p. 573.

[46] Georges Suarez, La Revue hebdomadaire, n° 1, janvier 1927, p. 101 ; l’enquête de Suarez fut publiée dans La Revue hebdomadaire les 1er et 8 janvier 1927 ; voir également Pierre Hamp, Une enquête sur le franc, Paris, Éditions Rieder, 1927, enquête publiée originellement dans Le Petit Journal, et une série d’entretiens dans L’Écho de Paris dans les deux premières semaines de janvier 1927.

[47] Archives of the Bank of England, OV45/2. « Note of Conversation in Paris on Saturday, November 19, 1927 », 21 novembre 1927.

[48] AN, 317 AP 4. Lettre d’André Chéradame à Louis Marin, 21 décembre 1926.

[49] Déclaration à la Chambre les 2 et 3 février 1928, publiée dans La Restauration financière de la France, Paris, Payot, 1928.

[50] Fonds François de Wendel, AN, 190 AQ 21. Voir les notes de Wendel sur « La Stabilisation de 1928 (notes personnelles), 1928-1937 » ; et Jean-Noël Jeanneney, François de Wendel en République. L’argent et le pouvoir 1914-1940, Paris, Le Seuil, 1976, p. 380-409.

[51] AN, 190 AQ 21. Wendel, « La Stabilisation de 1928 », note du 26 mai 1928.

[52] AN, 190 AQ 21.« La Stabilisation de 1928 », note du 24 juin 1928.

[53] Le discours de Poincaré à la Chambre le 21 juin fut publié dans La réforme monétaire, Paris, Payot, 1928. Moreau souligna la qualité du discours et y remarqua les arguments du dossier en faveur de la stabilisation préparé par la Banque et le Mouvement général des Fonds ; Emile Moreau, Souvenirs…, op. cit., p. 590.

[54] US National Archives, Record Group 59, 851.51/1393. Herrick au secrétaire d’État, n° 8726, 26 juin 1928.

[55] Tel est le sobriquet dont Léon Daudet affubla Poincaré dans Le nain de Lorraine. Raymond Poincaré, Paris, Éditions du Capitole, 1930, p. 41. Avec la perte de 80 % de sa valeur-or d’avant-guerre, le franc Poincaré est connu aussi comme le « franc à quatre sous ».

Kenneth Mouré

Kenneth Mouré est professeur d’histoire à l’Université d’Alberta. Il a publié livres et articles sur la politique monétaire et les relations entre gouvernements et banques centrales dans l’entre-deux-guerres. Ses recherches récentes portent sur les contrôles économiques et le marché noir des années 1940 en France.

Mots clefs : Poincaré, stabilisation, politique monétaire, dévaluation, connaissance économique.

imprimer

Newsletter

  • Consultez fréquemment les rubriques dynamiques de cette colonne. Elles sont régulièrement mises à jour.

Champ libre

  • • Vidéo de la table ronde « À l'Est, rien de nouveau ? Pour une histoire visuelle de la nouvelle Europe » aux Rendez-Vous de Blois (13 octobre 2018)
  • Si vous n’avez pas pu assister à la table ronde, « À l'Est, rien (...)
  • lire la suite
  • Histoire@Politique est également disponible sur CAIRN
  • lire la suite

Comptes rendus

  • • Masha Cerovic, Les Enfants de Staline. La guerre des partisans soviétiques, 1941-1944,
  • Elem Klimov’s apocalyptic master piece of 1985 “Come and See” (...)
  • lire la suite
  • • Hélène Camarade, Élizabeth Guilhamon, Matthias Steinle, Hélène Yèche (dir.), La RDA et la société postsocialiste dans le cinéma allemand après 1989,
  • Qui en 2003 n’a pas vu le film Good Bye Lenin !, puis en 2007 La Vie des autres ? (...)
  • lire la suite
  • • François Dosse, La Saga des intellectuels français,
  • L’histoire des intellectuels est entrée dans l’heure des bilans (...)
  • lire la suite
  • • Élise Petit, Musique et politique en Allemagne, du IIIe Reich à l’aube de la guerre froide,
  • Avec Musique et politique en Allemagne, réécriture de sa (...)
  • lire la suite
  • • Nicolas Patin, Krüger : un bourreau ordinaire,
  • Friedrich Wilhelm Krüger, chef suprême de la SS et de la (...)
  • lire la suite
  • • Masha Cerovic, Les Enfants de Staline. La guerre des partisans soviétiques, 1941-1944,
  • Elem Klimov’s apocalyptic master piece of 1985 “Come and See” (...)
  • lire la suite
  • • Nicole Edelman, L’impossible consentement : l’affaire Joséphine Hugues,
  • En 1865, Timothée Castellan, un mendiant de 25 ans, est déclaré (...)
  • lire la suite
  • • Pierre Rosanvallon, Notre histoire intellectuelle et politique, 1968-2018,
  • Patiemment, obstinément, rigoureusement, Pierre Rosanvallon trace son sillon intellectuel (...)
  • lire la suite
  • • Audrey Kichelewski, Les Survivants. Les Juifs de Pologne depuis la Shoah,
  • Faire l’histoire des juifs en Pologne après la Seconde (...)
  • lire la suite
  • • Sarah Gensburger et Sandrine Lefranc, À quoi servent les politiques de mémoire ?,
  • Auteures de nombreux travaux sur la mémoire et la justice (...)
  • lire la suite
  • • Gilles Richard, Histoire des droites en France de 1815 à nos jours,
  • L’ouvrage de Gilles Richard se place délibérément dans une (...)
  • lire la suite
  • • « Mémoire des massacres du XXe siècle »
  • Le Mémorial de Caen a accueilli du 22 au 24 novembre 2017 (...)
  • lire la suite
  • • Raoul Hausmann (1886-1971) et sa production photographique dans les tourments de l’histoire
  • Après avoir été présentée au Point du Jour de (...)
  • lire la suite
  • • Emmanuel Saint-Fuscien, Célestin Freinet, un pédagogue en guerres, 1914-1945,
  • C’est avec une certaine délectation que nous nous sommes (...)
  • lire la suite
  • • Raffaella Perin, La radio del papa. Propaganda e diplomazia nella seconda guerra mondiale,
  • L’ouvrage de Raffaella Perin sur Radio Vatican est la (...)
  • lire la suite
  • Transit, film réalisé par Christian Petzold (2018)
  • Dans les années 1930, des centaines d’Allemands, juifs ou opposants (...)
  • lire la suite
  • • Alexis Vrignon, La naissance de l’écologie politique en France. Une nébuleuse au cœur des années 68,
  • Dans le champ de l’écologie politique, la catégorie du (...)
  • lire la suite
  • Après la guerre, film réalisé par Annarita Zambrano (2017)
  • Verres de lunettes opaques ou presque, silhouette épaisse, barbe (...)
  • lire la suite

Partager

  • ISSN 1954-3670