Histoire@Politique : Politique, culture et société

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Une affinité intellectuelle, une proximité politique. Lelio Basso, Gilles Martinet et la « deuxième gauche »

Roberto Colozza
Résumé :

« Une affinité culturelle, une proximité politique. Lelio Basso, Gilles Martinet et la "deuxième gauche" » L’article s’attache à décrire la relation (...)

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Lelio Basso a été dans l’Italie du XXe siècle l’un des principaux théoriciens du marxisme. Spécialiste et épigone de Rosa Luxembourg, il poursuivit la réunification du mouvement ouvrier sous le signe de l’internationalisme tout en fuyant le culte du modèle soviétique. Le profil de Basso n’est pas celui d’un politicien dogmatique. Sa formation hétéroclite démontre une sensibilité pour l’approfondissement intellectuel des théories politiques et pour la mixité idéologique. Au cours des années 1920, il fit partie du comité directeur de la revue La rivoluzione liberale, publication créée par l’intellectuel turinois Piero Gobetti, qui tentait de faire la synthèse entre le libéralisme classique et le socialisme démocratique. Pendant les années 1930, Basso fut proche du mouvement de Giustizia e Libertà, fondé et guidé par Carlo Rosselli qui prônait une forme de socialisme pluraliste et gradualiste inspiré du Labour. Confiné sur l’île de Ponza par le régime fasciste, Basso, qui avait déjà une laurea (licence) en droit, étudia la philosophie et obtint une deuxième laurea en 1931. Ses études philosophiques lui permirent de connaître la théologie protestante et d’apprécier les aspects anti-centralistes de la foi chrétienne. N’étant pas croyant, Basso pensait que les chrétiens devaient abandonner l’universalisme catholique et s’ouvrir au socialisme, en concrétisant ainsi leur vocation « naturellement » progressiste.

Après avoir participé à la Résistance partisane en Lombardie, Basso fut l’une des figures marquantes de l’Assemblée constituante italienne. Juriste, il ne délégitimait pas les institutions « bourgeoises » en tant que telles, et il œuvra à la rédaction de quelques-uns des articles majeurs de la Constitution républicaine. Secrétaire général du Parti socialiste italien (PSI) entre 1947 et 1948, il subit l’ostracisme politique du PSI et du Parti communiste italien (PCI) durant les années du stalinisme, au moment où les deux partis étaient solidement unis par un pacte d’unité d’action. Après la mort de Staline en 1953 et les évènements d’Hongrie en 1956, Basso réintégra les organes dirigeants du PSI et y affirma sa ligne stratégique. Celle-ci prévoyait la construction d’un pôle de gouvernement interne à la gauche, une alternative à la Démocratie chrétienne (DC) finalisée à la construction graduelle du socialisme, que Basso considérait comme l’unique véritable forme de démocratie [1] . Ce fut justement durant les années 1950 que Basso commença à entretenir des rapports assidus avec la « deuxième gauche » et en particulier avec la constellation des « nouvelles gauches » [2] .

La naissance d’une amitié et les projets communs pour une nouvelle gauche

L’histoire de la rencontre entre Basso et les « nouvelles gauches » est celle d’un échange réciproque dans lequel politique et culture s’entrecroisent au point de ne plus se distinguer. En ce sens, l’ancienne tradition d’engagement civique des intellectuels français fut pour Basso un viatique idéal [3] . Davantage qu’un homme politique ouvert à la réflexion théorique, il fut en effet une personnalité versée dans les études, qui se prête au jeu de la politique. Les charges importantes qu’il endossa au sein du parti n’éclipsèrent jamais son tempérament prononcé de chercheur. Ce fut peut-être ce caractère hybride qui lui permit de lier une si longue amitié avec Gilles Martinet, plus jeune que lui de treize ans, communiste précoce puis socialiste, moins marqué idéologiquement que ne le fut Basso. Doué pour l’expérimentation et la communication politique davantage que pour le leadership et l’élaboration de stratégies, Martinet fut l’ami de Basso pendant trente ans. Cette amitié avec Basso constitue par ailleurs l’un des nombreux liens que Martinet tissa avec le monde politique et culturel italien durant l’après-guerre [4] .

Martinet et Basso se rencontrèrent lors d’un voyage en avion entre Paris et Varsovie en 1948, qui devait les conduire à une conférence internationale de socialistes de gauche organisée par le Parti socialiste polonais, peu de temps avant que celui-ci ne fusionne avec le Parti communiste sur ordre de Moscou. Leur tempérament d’intellectuels-militants et leurs convergences politiques les poussèrent à collaborer à leurs projets éditoriaux respectifs : France Observateur, sorti en 1954 comme héritier de L’Observateur et Problemi del socialismo, inauguré en 1958. La fréquentation de Martinet permit à Basso de suivre de près les agitations graves de la vie politique française de cette période. Grâce à Martinet, Basso put réfléchir à la transition entre la IVet la Ve République avec moins de préjugés que la majeure partie de la gauche italienne. À ce propos, Martinet nous a laissé un témoignage révélateur de l’antigaullisme outrancier d’une place forte du progressisme marxiste et laïque comme la Casa della Cultura de Milan, où il fut invité dans le cadre d’un congrès intitulé « La France deviendra-t-elle fasciste ? ». Son analyse circonstanciée du retour au pouvoir de De Gaulle ne rencontra pas les faveurs de l’assemblée, convaincue des visées irrémédiablement autocratiques du général [5] .

Basso suivit avec attention la campagne de la gauche indépendante française contre les guerres coloniales, d’abord celle d’Indochine, puis celle d’Algérie. Comme pour les intellectuels français [6] , l’étude du conflit indochinois fut pour lui le préambule et le terrain d’entraînement pour la mobilisation contre celui d’Algérie. Les principales sources de Basso furent Les Temps modernes et Esprit, auxquelles il collabora occasionnellement [7] . Bibliophile acharné, Basso fut un lecteur attentif de certaines collections du Seuil : « Esprit : Frontière ouverte » et par la suite « L’Histoire immédiate », créée par Jean Lacouture au début des années 1960 [8] . Ce fut justement dans la première de ces deux collections que furent publiées certaines des études pionnières qui préparèrent l’anticolonialisme français d’après-guerre : Viêt-Nam. Sociologie d'une guerre, de Paul Mus et Histoire du Viet-Nam, 1940-1952, de Philippe Devillers [9] . Par la suite, les Éditions Maspero et les Éditions de Minuit furent fondamentales pour Basso. De la première de ces maisons d’édition, il suivit avant tout la collection « Cahiers libres », inaugurée en 1959 par un volume de Pietro Nenni ; pour les Éditions de Minuit, principalement la collection « Documents », qui servit de modèle pour les « Cahiers libres » de François Maspero [10] .

Basso prit une part active aux « nouvelles gauches ». Il participa au premier congrès de l’Union de la gauche socialiste (UGS), à la veille du référendum institutionnel du 28 septembre 1958, et rencontra Mendès France et les principaux membres de l’UGS, du Parti socialiste autonome (PSA), de la CGT et du Syndicat national des instituteurs (SNI). Il fut par la suite enrôlé par Martinet dans le financement des dépenses de la campagne électorale en vue des élections législatives de novembre 1958, au cours desquelles les « nouvelles gauches » se présentèrent sous le sigle d’Union des forces démocratiques (UFD) [11] . En 1958 tout comme en 1959, Basso fut invité à participer aux décades du Foyer culturel international de Cerisy-la-Salle (aujourd’hui Centre culturel international, CCIC), fondé en 1952 par Anne Heurgon-Desjardins. En 1958, il fut dans un premier temps inclus dans les participants au colloque sur « La décolonisation et ses problèmes (4-14 septembre 1958) », dirigé par Marc Heurgon, fils de la fondatrice du Centre. Contraint à renoncer du fait de ses obligations politiques italiennes, Basso figura parmi les conférenciers de la décade de juillet 1959, intitulée « Problèmes actuels du socialisme (11-21 juillet 1959) », dirigée par Gilles Martinet, André Philip, Alain Touraine et Robert Verdier [12] .

Après la rupture de Mendès France avec le parti radical et son adhésion au PSA, le cadre politique polymorphe de la « deuxième gauche » se compliqua encore davantage [13] . Martinet écrivit à Basso à la fin du mois d’octobre que le futur parti unifié aurait dû expurger les éléments les plus irrémédiablement contestataires – les trotskistes – et limiter l’influence modérée des mendésistes, fortement appuyés par le Labour. Aux yeux de Martinet, la lutte interne au socialisme critique français reflétait celle qui était en cours au niveau international entre le vieux socialisme représenté par l’axe Aneurin Bevan-Pietro Nenni, « usé jusqu’à la corde », et un mouvement de « renouveau socialiste ouvert sur la perspective – nécessairement lointaine – de la réunification ouvrière [14]  ». Une analyse que partageait Basso. Il en résultait un objectif primaire : créer un lien permanent entre les socialistes de gauche qui, à équidistance entre social-démocratie et démocratie populaire, puisse attirer les « prolétaires » occidentaux et les éduquer à une révolution graduelle. Basso et Martinet évoquèrent ces problèmes lors de leur rencontre milanaise du début de décembre 1959. La forme que devait prendre cet organe de raccord – une revue, une table ronde permanente, un comité, un vrai et propre parti –, n’était pas encore clairement définie [15] . La naissance du PSU, en avril 1960, raffermit le lien entre Martinet et Basso, et celui-ci, encouragé par son ami [16] , relança le projet d’une rencontre internationale entre socialistes de gauche. Il était nécessaire, selon Basso, « d’éviter autant la formule de la simple association d’étude [...] que celle d’un regroupement fractionnaire [17]  ».

L’évolution de la situation algérienne continuait, pendant ce temps-là, à conditionner la vie de la gauche française, sur laquelle Basso se tenait informé en permanence grâce aussi à Martinet. À peu de mois de la création du PSU, Martinet décrivait une situation politique « assez sombre [18]  ». Il y avait « un certain regain de combativité » contre la guerre, mais la mobilisation se limitait à des groupes d’étudiants et aux milieux intellectuels. Le récent « Manifeste des 121 » constituait, en ce sens, une prise de position courageuse mais peu politique. Ce qui inquiétait Martinet, c’était la radicalisation des milieux culturels proche de Sartre et du réseau de solidarité vers le FLN. Le groupe était devenu désormais « une petite organisation clandestine », qui, subventionnée par le FLN, agissait sur des positions hostiles à de Gaulle, aux partis traditionnels mais aussi au PSU. Ce fut également pour aller à l’encontre de cette éclosion de mouvements divers que Martinet, appuyé par Édouard Depreux, s’impliqua avec force dans le congrès national du PSU fixé en mars 1961. Son objectif : créer une « "majorité de gouvernement" axée à gauche », apte à pacifier les contrastes internes à la gauche du PSU et neutraliser le risque de labourisation alimenté par Mendès France [19] . L’opération ne réussira que partiellement, démontrant par là autant la vitalité, que les divisions d’un parti-collage aux contours assez indéfinis [20] .

L’envergure culturelle et internationale de la « deuxième gauche »

Durant l’été 1961, parut le dernier numéro des Cahiers internationaux, une revue du socialisme de gauche européen éditée à Paris, dirigée par Jean Duret et à la fondation de laquelle, en 1949, Basso avait également contribué. Afin de combler cette lacune, Basso voulut concrétiser le projet de collaboration entamé avec Martinet, transformant son réseau de contact en un groupe promoteur d’un nouveau périodique. Affilié au PSU sur des positions trotskistes, Jean-Marie Vincent rejoignit également le groupe, et devint rapidement un collaborateur des Problemi del Socialismo [21] . Malgré plusieurs réunions d’orientation qui eurent lieu à Paris et à Bruxelles entre les représentants italiens, français et belges, la revue ne réussit pas à prendre son envol [22] . Ce furent les socialistes de gauche belges, qui, réunis autour de la revue La Gauche et sous la houlette du théoricien trotskiste Ernest Mandel, firent ralentir malgré eux les opérations. Aile minoritaire du Parti socialiste belge (PSB), ceux-ci étaient en passe d’être expulsés et géraient avec prudence leur activisme international. On retrouve des traces indirectes de ces atermoiements dans la correspondance entre Basso et Martinet de l’été 1961 [23] . Les temporisations de Mandel et de ses compagnons ne suffirent pas à empêcher leur exclusion du parti, sanctionnée peu de temps après sous l’accusation de fractionnisme [24] .

En attendant de mener à bien le projet éditorial international, Basso amalgamait le groupe des collaborateurs autour de sa revue italienne. L’existence d’une entité comme celle du PSU, une réserve fiable de contacts, garantissait à Basso des liens aisés avec le milieu français. De nouvelles signatures apparurent sur Problemi del Socialismo, telle celle de Pierre Naville [25] , en même temps que s’intensifiait la présence de politiques, syndicalistes et intellectuels français. Par ailleurs, Problemi del Socialismo avait désormais gagné un espace d’influence dans le débat français comme l’illustre le partenariat avec Les Temps modernes à travers la collaboration entre Basso et André Gorz. Celle-ci se concrétisa, entre 1962 et 1963, par l’échange d’articles entre les deux revues et une sortie communes prévue de deux numéros monographiques autour du thème de la déstalinisation [26] . Le Centre d’études socialistes (CES) fut un autre point de référence pour Basso. Il s’agissait d’un organisme proche du PSU, mais auquel des universitaires, des journalistes et des intellectuels de diverses orientations prêtèrent leur soutien. Le comité pédagogique placé à la tête du CES était doté d’une importante valeur culturelle avec des personnalités telles qu’Henri Bartoli, René Dumont, Paul Fraisse, André Hauriou, Charles-André Julien, Ernest Labrousse, Georges Lasserre, Henry Lefebvre, Édouard Perroy, Laurent Schwartz. Basso publia une série d’article déjà parus en Italie et en Allemagne dans les Cahiers du Centre d’études socialistes [27]  ; sa participation aux initiatives du centre fut continue, que ce soit au colloque international d’octobre 1963 sur les devoirs stratégiques du socialisme occidental, ou dans le débat sur la question sino-soviétique de 1965 [28] .

Contrôlé par la gauche du PSU, le CES eut des rapports complexes avec les sommets du parti, y compris Martinet. En septembre 1963, un « protocole d’accord » fut mis au point mais non ratifié, et le PSU désigna un responsable pour les relations entre les deux organismes, lequel dans les faits n’entra pas en fonction ; le CES se plaignit du peu de participation du PSU à ses propres activités culturelles et, entre la fin de 1964 et le début de 1965, l’affrontement au grand jour devint inévitable [29] .Même au cours de la crise entre le PSU et le CES, Basso continua à collaborer à ce dernier, et à avoir des contacts toujours plus étroits avec les milieux sartriens, preuve d’une différence entre sa sensibilité politique et celle de Martinet. Formé à l’« école » communiste, Martinet gardait une attitude désenchantée face aux formes moins institutionnelles de la gauche critique et plaçait dans le parti ses espoirs de rénovation du socialisme français. Luxemburgiste et hétérodoxe par vocation, Basso était sensible au gauchisme des milieux trotskistes parisiens et surtout au tiers-mondisme, dans lequel il voyait la version mise à jour de l’internationalisme prolétarien.

Ceci n’empêcha pas la collaboration entre Basso et Martinet de perdurer et de se concrétiser au début de 1964 par la sortie du premier numéro de la bimestrielle Revue internationale du socialisme. Cette revue constitua l’aboutissement longtemps désiré du travail de liaison auquel Basso œuvrait depuis des années avec l’assistance de Martinet. Le noyau principal des contributeurs fut recruté au sein du PSU et de sa nébuleuse. Martinet et Vincent firent partie du comité de rédaction ; André Gorz, Manuel Bridier et par la suite Serge Mallet participèrent au comité de parrainage. La cohabitation politique et personnelle ne fut pas toujours facile, surtout en raison des désaccords entre Martinet et l’âme trotskiste du groupe. Les frictions avec Mandel, le milieu de la Quatrième Internationale et le maoïsme naissant allèrent en s’aggravant au fil du temps [30]  ; les comptes rendus que ces milieux réservèrent au livre que Martinet publia en 1962 furent tout sauf flatteurs [31]  ; la polémique fut également féroce avec Vincent, avec lequel Martinet rompit toute relation vers la fin de 1964, menaçant même de mettre un terme à sa relation avec la Revue internationale du socialisme [32] .

Les disputes internes au PSU se calmèrent partiellement grâce au climat non sectaire que Basso réussit à instaurer autour de la Revue internationale du socialisme. Publiée simultanément en français et en anglais – sous le titre International Socialist Journal –, le périodique comptait aussi sur la contribution de certains membres du socialisme britannique et belge. Le siège administratif et rédactionnel se trouvait à Milan, tandis que les contacts avec Paris étaient principalement assurés par le fils de Basso, Carlo, et par Pino Tagliazucchi, syndicaliste et futur spécialiste du socialisme révolutionnaire asiatique. En examinant la correspondance avec les personnages qui furent impliqués dans la conception de la revue, on peut se faire une idée de l’ampleur du réseau d’interlocuteurs de Basso pour le seul milieu français [33] . La VIe section de l’EPHE constituait un noyau important de ces contacts ; créée en 1947 comme institution de recherche sur les sciences sociales, elle était destinée à devenir, en 1975, l’EHESS. Parmi les professeurs rattachés ou associés auprès de la VIe section de l’EPHE, on retrouvait des figures centrales, ou qui le sont devenues dans les années suivantes, des études socio-économiques françaises : Charles Bettelheim, Jean Chesneaux, Lucien Goldmann. Gérard Chaliand, Daniel Guérin et Jean-Maurice Hermann furent d’autres personnalités notables qui croisèrent la route de la Revue internationale du socialisme. Preuve ultérieure de son intérêt pour les pays extra-européens, Basso rechercha la contribution de certains intellectuels africains : notamment, l’égyptien Anouar Abdel-Malek, orientaliste auprès de la VIe section, et le mozambicain Virgilio De Lemos, poète, indépendantiste et victime de la censure coloniale portugaise.

Le monde syndical fut pour Basso un important terrain de recrutement, surtout après la transformation de la CFTC en CFDT [34] . La naissance de la CFDT constitua pour lui un évènement fondamental, accomplissant la laïcisation du militantisme chrétien catholique que Basso appelait depuis longtemps de ses vœux. Déjà en contact avec les anciens du Mouvement de libération du peuple (MLP) ayant conflué dans le PSU – à l’exemple de Pierre Belleville –, Basso trouva en Jean Auger son principal référent au sein de la CFDT. De façon générale, l’attention portée au militantisme catholique resta une constante chez Basso. Ses rapports précoces avec Esprit et Jean-Marie Domenach s’intensifièrent dans les années 1960 [35] . Parmi les collaborateurs que Basso enrôla alors, l’on retrouve l’essayiste Robert de Montvalon, qui fut lui-même proche de Domenach, contributeur d’Esprit, ainsi qu’éditeur d’un recueil de textes conciliaires et des encycliques sociales promulguées par Jean XXIII et Paul VI [36] .

Pendant ce temps-là, Basso n’avait jamais arrêté de suivre les développements internes du PSU. Attiré par la formule du contre-plan lancée par la majorité au congrès de la Grange-aux-Belles de décembre 1963, il chercha sans succès à introduire le thème dans l’agenda de la gauche italienne [37] . En mars 1965 s’ouvrit la seconde série des Problemi del Socialismo, qui devint la branche italienne de la Revue internationale du socialisme. Sans en devenir l’organe officiel, Problemi del socialismo se rapprocha du Partito socialista italiano di unità proletaria (Parti socialiste italien d’unité prolétarienne, PSIUP), le parti socialiste de gauche que Basso contribua à créer en 1964 contre le pacte gouvernemental entre DC et PSI. Dominé par le courant philo-PCI, le PSIUP héritait du legs de la mouvance frontiste du PSI qui avait marginalisé Basso entre 1948 et 1953. Conscient de ce fait, Basso adhéra néanmoins au PSIUP par son rejet du PSI et son désir de créer un nouveau parti socialiste anti-Démocratie chrétienne. En vertu de ses positions théoriques, Basso fut l’un des éléments les plus créatifs du PSIUP, dont il représentait l’aile gauche avec d’autres personnalités majeures tel Vittorio Foa. Vers la fin de 1965, Basso reçut, par l’intermédiaire de Martinet, la proposition de collaboration à la Revue internationale du socialisme de la part du groupe connu sous le pseudonyme de « Jean Dru ». Composé pour la plupart par des militants hétérodoxes du PCF, ce groupe souhaitait que le parti abandonne le mythe de la « dictature du prolétariat » et prône pour une transition pluraliste et pacifique au socialisme [38] .

L’après 1968 de Basso et Martinet

Les multiples centres d’intérêts de Basso étaient de nature à l’éloigner progressivement de la vie de parti. Entre 1966 et 1967, il s’impliqua avant tout dans les activités du Tribunal Russel contre les crimes de guerre américains au Vietnam. C’est dans ce contexte que se réalisa définitivement l’évolution tiers-mondiste de Basso, au point que même les évènements du mai parisien de 1968 lui parurent comme le fruit indirect de la résistance nord-vietnamienne :

« C’est en grande partie grâce à la victoire du peuple vietnamien que les dogmes et les autorités traditionnelles sont entrés en crise partout : l’autorité de l’homme blanc sur les gens de couleur, des professeurs sur les étudiants, des patrons sur les ouvriers, des parents sur les enfants, de l’Église sur les fidèles, jusqu’à l’autorité du dollar qui était le dieu du capitalisme [39] . »

Pour Martinet aussi, mai 1968, malgré sa confusion idéologique et dans son souffle anarchiste, avait mis en évidence un « élément commun » positif du point de vue du socialisme démocratique : « la contestation des modes traditionnels de commandement, de gestion et d’administration [40]  ». Mais ce qui apparaissait aux yeux de Basso comme le résultat local, français, d’un mouvement global de lutte et de révolte, était pour Martinet la houle d’une élaboration théorique et politique née avec les « nouvelles gauches » et portée en avant par le PSU.

Les évènements de 1968 constituèrent de façon indirecte le moment où les carrières de Basso et de Martinet se séparèrent. Radicalisant le débat de la gauche, ils les poussèrent à suivre leur propre voie. « J’ai l’impression », écrivit Basso à Martinet, « que les gauches "officielles" sont toujours en retard sur les évènements, et que, faute d’alternative à gauche, la situation se détériore un peu partout. » Déçu de la faible critique du PSIUP envers l’invasion soviétique de la Tchécoslovaquie, Basso refusa de se porter à nouveau candidat à la direction du parti. La dimension intellectuelle et l’engagement international devinrent essentiels chez lui. Après avoir ouvert à Rome l’ISSOCO (Istituto per lo studio della storia contemporanea), Basso chercha à créer un centre des études socialistes avec les représentants du PCI, du PSIUP, de la gauche du PSI et du syndicat catholique [41] . Tenté par les initiatives politico-culturelles que Basso menait à Rome, Martinet caressa le projet de créer à Paris un centre analogue à celui auquel travaillait son ami. Il s’agissait d’un bref engouement, en partie motivé par sa moindre implication dans la vie du PSU. Mis en minorité dans le parti depuis le congrès de 1967, Martinet prit une position toujours plus critique face à la nouvelle direction, jusqu’à rompre avec elle en 1972, et à adhérer au nouveau Parti socialiste (PS). Celui-ci constitua le point d’aboutissement définitif de sa carrière politique, suivie par l’expérience d’ambassadeur de France à Rome, entre 1981 et 1984.

Parallèlement à ses activités italiennes, Basso intensifia ses rapports avec le monde extra-européen, établissant des contacts avec la gauche sud-américaine, prodrome du Tribunal Russell II pour l’Amérique latine. Grâce probablement à sa contribution dans la fondation du PSIUP, qui était largement financé par l’URSS, Basso eut la confiance de Moscou. Entre 1965 et 1966, Basso apparaît comme l’un des destinataires du Fonds pour le financement des partis communistes mis en place par les Soviétiques en 1950 [42] . Selon les sources internes du KGB, Basso utilisait ces fonds pour financer entre autres sa participation au Tribunal Russell [43] . L’acceptation de cette aide, qui apparaît contradictoire avec la vocation hétérodoxe de Basso, rentre pourtant dans la logique de sa conscience militante. Basso considérait le socialisme comme un système supérieur à la démocratie libérale et l’URSS post-stalinienne comme un partenaire légitime pour la diffusion du socialisme dans le monde. Ses relations avec les Soviétiques, dont on ne connaît pas les détails et qui sont donc à approfondir au niveau archivistique, témoignent chez Basso d’une foi internationaliste qui allait au-delà des anciens contrastes avec le monde communiste et visait au rétablissement d’une solidarité globale entre toutes les places fortes du socialisme.

Intellectuels et militants d’exportation, Martinet et Basso cherchèrent à transférer leur propre savoir réciproquement dans le pays de l’autre. Les résultats ne furent pas toujours ceux escomptés. Les parcours éditoriaux des deux livres qu’ils publièrent à peu de temps d’intervalle à la fin des années 1960 furent en cela emblématiques. Celui de Martinet, La Conquête des pouvoirs, connut une traduction immédiate en italien et remporta le prix spécial Isola d’Elba en 1970 [44]  ; celui de Basso finit dans le catalogue des livres refusés des Éditions du Seuil [45] . L’on retrouve l’avis de la fiche de lecture, reportée dans une lettre adressée par Claude Durand à Basso pour lui communiquer la nouvelle : « Le livre de Lelio Basso s’il contient quelques idées originales n’est qu’un ouvrage de plus de cette "nouvelle gauche" et ce retour à Marx dont d’autres ont déjà parlé en France [46] . » La différence d’accueil entre les deux ouvrages ne s’explique qu’en partie par leur qualité intrinsèque – le premier était un instant book sur mai 1968 ; le second un recueil d’essais théoriques – et elle est surtout le symptôme de deux climats politico-culturels différents. D’un côté celui de l’Italie, où la « nuova sinistra » commençait à prendre forme et où l’exemple français apparaissait comme une source précieuse d’indications et de suggestions ; de l’autre celui de la France, où la gauche anticonformiste avait d’anciennes racines et où les thèmes du gauchisme internationaliste avaient littéralement saturé le marché éditorial.

Le profil politique et intellectuel de Basso continua cependant à exercer une fascination sur les milieux culturels français, surtout grâce à la Fondation Lelio et Lisli Basso, inaugurée en 1973 à partir de la transformation de l’ISSOCO. Georges Haupt fut un des interlocuteurs assidus de Basso durant les années 1970. Après la mort de Basso, en 1978, la fondation éponyme accueillit parmi ses collaborateurs Madeleine Rébérioux [47] . Martinet lui-même fut l’un des invités de la Fondation. Durant une rencontre commémorative autour de la figure de Basso, Martinet eut l’occasion d’évoquer les principaux traits de caractère de son ancien ami. À cette occasion, il rendit compte en quelques mots de la relation particulière de Basso à la politique, en brossant un portrait qui correspondait peut-être en partie au sien :

« Il aimait la lutte politique mais participait à la bataille des tendances sans enthousiasme […] Et s’il était un excellent polémiste, son but n’était pas la destruction ou l’élimination de ses adversaires. Malheureusement en politique l’homme qui gagne est souvent l’homme qui assassine. Ce n’était pas le cas de Lelio [48] . »

Très semblables dans leurs aspirations politiques, Basso et Martinet synthétisent pourtant les contradictions de la nouvelle gauche internationale. Ayant surgi pour redéfinir les perspectives du socialisme moderne, la « nouvelle gauche » a constitué un enjeu trop vaste et complexe pour pouvoir déboucher sur un projet commun. 1968 fut son apogée idéal puisqu’il démontra la force de frappe de tous les acteurs potentiellement concernés par son dessin novateur ; 1968 fut aussi le big bang libérant les énergies diverses d’une idée politique qui faisait de la variété son point d’orgue. Dans le cas de figure qu’on vient d’évoquer, Martinet et Basso se situeraient aux antipodes de l’image finale. Le côté « institutionnel » de la « deuxième gauche » pourrait être bien représenté par Martinet, qui a toujours su tempérer l’élan radical venant de sa passion militante avec le sens du pouvoir et une attention constante pour l’intérêt national. Basso donnait priorité à l’engagement global sur l’activisme à l’échelle nationale. Sans pourtant renier les valeurs pluralistes de la démocratie occidentale, Basso se livrait à la recherche infatigable de la formule nécessaire à l’accomplissement d’un socialisme mondial, noyau de la démocratie parfaite.

Pour citer cet article : Roberto Colozza, « Une affinité intellectuelle, une proximité politique. Lelio Basso, Gilles Martinet et la "deuxième gauche" », Histoire@Politique. Politique, culture, société, n° 16, janvier-avril 2012, www.histoire-politique.fr

Notes :

[1] Sur la figure de Lelio Basso, voir Roberto Colozza, Lelio Basso. Una biografia politica (1948-1958), Rome, Ediesse, 2010 ; Giancarlo Monina (dir.), Novecento contemporaneo. Studi su Lelio Basso, Rome, Ediesse, 2009. Voir aussi, Roberto Colozza, « De l’Italie à la France, de l’Algérie au Vietnam. La gauche vue par Lelio Basso », Vingtième siècle. Revue d’histoire, à paraître en 2012.

[2] Sur les « nouvelles gauches », voir Philippe Tétart, « Nouvelles gauches », dans Jean-François Sirinelli, Dictionnaire historique de la vie politique française au XXe siècle, Paris, PUF, 1995, p. 866-868 ; sur la « deuxième gauche », voir Marc Sadoun, « Deuxième gauche », dans Jean-François Sirinelli, Dictionnaire historique…, op. cit., p. 355-356 et Vincent Duclert, « La "deuxième gauche" », dans Jean-Jacques Becker et Gilles Candar (dir.), Histoire des gauches en France, Paris, La Découverte, 2005, p. 175-189.

[3] Sur l’histoire des intellectuels français et leur rapport avec « la cité », voir Jean-François Sirinelli, Intellectuels et passions françaises. Manifestes et pétitions au XXe siècle, Paris, Fayard, 1990.

[4] Sur le rôle de Martinet en tant que médiateur culturel entre la France et l’Italie, voir Olivier Forlin, Les intellectuels français et l’Italie, 1945-1955. Médiation culturelle, engagements et représentations, Paris, L’Harmattan, 2006, p. 37-42.

[5] Gilles Martinet, Cassandre et les tueurs. Cinquante ans d’une histoire française, Paris, Grasset, 1986, p. 128-129. Voir aussi : Gilles Martinet et Sergio Romano (avec Michele Canonica), Une amitié difficile. Entretiens sur deux siècles de relations franco-italiennes, Paris, Association Dante Alighieri-Comité de Paris, 1999, p. 78.

[6] Alain Ruscio, « Les intellectuels français et la guerre d’Indochine. Une répétition générale ? », dans Charles-Robert Ageron et Philippe Devillers (dir.), Les guerres d'Indochine de 1945 à 1975, actes de la table ronde tenue à l'IHTP (6-7 février 1995), Paris, IHTP, 1996, p. 113-132.

[7] Lelio Basso, « Petite histoire d’une démocratie manquée », Esprit, septembre-octobre 1955. Sur les liens entre Esprit et l’intelligentsia italienne des années 1950, voir Olivier Forlin, Les intellectuels…, op. cit., p. 269-280. Pour une histoire de la revue Esprit depuis les années 1950, voir Goulven Boudic, Esprit 1944-1982. Les métamorphoses d'une revue, Caen, Éditions de l’IMEC, 2005.

[8] Hervé Serry, Les Éditions du Seuil : 70 ans d’histoires, Paris, Seuil-IMEC, 2008.

[9] Paul Mus, Viêt-Nam. Sociologie d'une guerre, Paris, Seuil, 1952 ; Philippe Devillers, Histoire du Viêt-Nam, 1940-1952, Paris, Seuil, 1952.

[10] Julien Hage, « Feltrinelli, Maspero, Wagenbach : une nouvelle génération d’éditeurs politiques d’extrême gauche en Europe occidentale, 1955-1982, histoire comparée, histoire croisée », thèse de doctorat sous la direction de Jean-Yves Mollier, Université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines, soutenue le 6 décembre 2010, p. 458-460. Sur le rapport entre les maisons d’édition citées et la guerre d’Algérie, voir Anne Simonin, « Les Éditions de Minuit et les Éditions du Seuil. Deux stratégies éditoriales face à la guerre d’Algérie », dans Jean-Pierre Rioux et Jean-François Sirinelli (dir.), La guerre d’Algérie et les intellectuels français, Bruxelles, Complexe, 1991, p. 219-245. Pour une histoire des Éditions de Minuit entre les années 1940 et 1950, voir Anne Simonin, Les Éditions de Minuit, 1942-1955. Le devoir de l’insoumission, Caen, Éditions de l’IMEC, 2008.

[11] Archivio della Fondazione Lelio e Lisli Basso, fondo Lelio Basso (FB), serie 25 (correspondance), lettre de Martinet à Basso, 1958 (s.l.).

[12] Institut Mémoires de l’édition contemporaine (IMEC), fonds Centre culturel Cerisy-la-Salle, CRS 7.1 (1), documentation concernant le colloque de 1958 avec une lettre de Basso à « Cher Monsieur » (probablement Marc Heurgon) depuis Masino Bagni, Sondrio, 17 août 1958 ; Archivio della Fondazione Lelio e Lisli Basso, FB, s. 25, lettres de Marc Heurgon à Basso (Cerisy-la-Salle, 20 juillet 1958 ; 29 août 1958). IMEC, CRS2-08.02, documentation concernant le colloque de 1959 avec deux lettres de Basso à « Chère Madame » (Anne Heurgon-Desjardins) depuis Milan, datées 19 mai et 22 juillet 1959 ; Archivio della Fondazione Lelio e Lisli Basso, FB, s. 25, lettre d’Anne Heurgon-Desjardins à Basso (Paris, 4 mai 1959) ; lettre de Marc Heurgon à Basso (Paris, 24 juin 1959).

[13] Marc Heurgon, Histoire du PSU, vol. 1 : La fondation et la guerre d’Algérie (1958-1962), Paris, La Découverte, 1994, p. 57-79.

[14] Centre d’histoire de Sciences Po – Archives d’histoire contemporaine (CHSP), fonds Gilles Martinet (MR) MR 25, dossier 12 (correspondance générale), lettre de Martinet à Basso (Paris, 21 octobre 1959). Une copie de la lettre se trouve également dans FB, s. 25.

[15] CHSP, MR 25, dossier 12 et Archivio della Fondazione Lelio e Lisli Basso, FB, s. 25, lettre de Martinet à Basso (Paris, 8 décembre 1959).

[16] CHSP, MR 25, dossier 12 et Archivio della Fondazione Lelio e Lisli Basso, FB, s. 25, lettres de Martinet à Basso (Paris, 11 avril 1960 ; 17 mai 1960).

[17] « […] evitare sia la formula della semplice associazione di studi […] sia quella di un raggruppamento frazionistico » CHSP, MR 25, dossier 12 et Archivio della Fondazione Lelio e Lisli Basso, FB, s. 25, lettre de Basso à Martinet (Rome, 8 juin 1960).

[18] Archivio della Fondazione Lelio e Lisli Basso, FB, s. 25, lettre de Martinet à Basso (Paris, 24 septembre 1960).

[19] CHSP, MR 25, dossier 12 et Archivio della Fondazione Lelio e Lisli Basso, FB, s. 25, lettres de Martinet à Basso (Paris, 28 décembre 1960 ; 10 mars 1961).

[20] Marc Heurgon, Histoire du PSU., op. cit., p. 247-269.

[21] Archivio della Fondazione Lelio e Lisli Basso, FB, s. 25, lettre de Basso à Vincent (Milan, 10 septembre 1961). Voir par exemple Jean-Marie Vincent, « La crisi francese », Problemi del Socialismo, mai 1961, p. 510-515.

[22] Archivio della Fondazione Lelio e Lisli Basso, FB, s. 25, lettre de Martinet à Basso (Paris, 5 mai 1962).

[23] Cette documentation est conservée dans le fonds Revue internationale du socialisme (fonds RIS), conservé à la Fondazione Lelio e Lisli Basso – ISSOCO. Le fonds n’est pas actuellement consultable, car non inventorié. Je remercie Lucia Zannino, secrétaire générale de la Fondazione Basso, pour m’avoir permis de consulter de façon exceptionnelle le matériel ; et Simona Luciani, archiviste de la Fondazione Basso, pour avoir mis à ma disposition le matériel documentaire. Les boîtes d’archives consultées, indiquées ici sous la mention Francia1 et Francia2, contiennent la correspondance de Basso ou d’autres dirigeants/collaborateurs italiens de la Revue internationale du socialisme avec des interlocuteurs français ou francophones. La correspondance avec Martinet se trouve en Francia1. Les principales lettres sont : Basso à Martinet (Masino Bagni, Sondrio, 7 août 1961) ; Basso à Martinet (9 octobre 1961) ; Martinet à Basso (Paris, 16 octobre 1961).

[24] Voir Robert Abs, Histoire du Parti socialiste belge, Bruxelles, Fondation Louis de Brouckère, 1979, p. 89-91.

[25] Pierre Naville, « La V Repubblica e il potere militare », Problemi del Socialismo, no 8-9, août-septembre 1961, p. 865-876.

[26] IMEC, fonds André Gorz, lettres de Basso à Gorz (Rome, 27 avril 1962 ; Milan, 29 mars 1963) ; Archivio della Fondazione Lelio e Lisli Basso, FB, s. 25, lettre de Gorz à Basso (Paris, 19 avril 1962). En ce qui concerne les articles prêtés d’une revue à l’autre, voir par exemple l’éditorial de Basso, « Democrazia e nuovo capitalismo », Problemi del Socialismo, n° 2, février 1962 et sa version française : « Démocratie et nouveau capitalisme », Les Temps modernes, septembre-octobre 1962, n° 196-197, p. 509-515.

[27] Lelio Basso, « Problèmes du socialisme international », Les Cahiers du centre d’études socialistes, n° 21-22, 1-15 décembre 1962, p. 5-52.

[28] Lelio Basso, « Autonomie de l’action ouvrière par rapport aux institutions capitalistes. Rapport introductif », Les Cahiers du Centre d’études socialiste, n° 45-51, septembre-décembre 1964, p. 201-215 ; Id., « Le débat sino-soviétique », Les Cahiers du Centre d’études socialiste, n° 52-53, janvier 1965, p. 27-35. Voir aussi la correspondance entre Basso et Jean Risacher, au nom du CES dans Archivio della Fondazione Lelio e Lisli Basso, FB, s. 25: Risacher à Basso (Paris, 14 février 1964) ; CES à Basso (Paris, 5 mai 1967).

[29] Archives nationales, fonds PSU, 581 AP/144, dossier 542, « Relations avec le Centre d’études socialistes », correspondance entre Jean Risacher et Édouard Depreux entre décembre 1964 et février 1965.

[30] Archivio della Fondazione Lelio e Lisli Basso, FB, fonds RIS, Francia1, lettre de Martinet à Basso (Paris, 23 août 1963).

[31] Gilles Martinet, Le marxisme de notre temps ou Les contradictions du socialisme, Paris, Julliard, 1962.

[32] Archivio della Fondazione Lelio e Lisli Basso, FB, fonds RIS, Francia1, lettre de Martinet à Vincent et, pour information, à Basso (Paris, 26 décembre 1963) ; lettre de Martinet à Basso (18 décembre 1964). Archivio della Fondazione Lelio e Lisli Basso, FB, s. 25, Vincent à Basso (Issy-les-Moulineaux, 13 décembre 1964).

[33] Voir les numéros de la RIS et la correspondance avec les auteurs dans Archivio della Fondazione Lelio e Lisli Basso, FB, fonds RIS, Francia1 et Francia2.

[34] Sur ce passage clé de l’histoire du syndicalisme français, voir Frank Georgi, L’invention de la CFDT. 1957-1970, Paris, Éditions de l’Atelier-CNRS, 1995 ; Patrick Rotman et Hervé Hamon, La Deuxième gauche. Histoire politique et intellectuelle de la CFDT, Paris, Seuil, 1984.

[35] Archivio della Fondazione Lelio e Lisli Basso, FB, s. 25, Domenach à Basso (Paris, 10 janvier 1967) ; Basso à Domenach, (Rome, 20 février 1967) ; Claude Durand [au nom des Éditions du Seuil] à Basso, (Paris, 2 octobre 1968).

[36] Robert de Montvalon, Un milliard d’analphabètes. Le savoir et la culture, Paris, Éditions du Centurion, 1965 ; Id., Prendre part au Concile, Paris, Éditions Fleurus, 1962 et Id., Trois encycliques sociales, Paris, Éditions du Seuil, 1967. Voir aussi Robert de Montvalon, « I cattolici francesi alla ricerca di una nuova frontiera politica », Problemi del Socialismo, no 2, mai-juin 1965, p. 315-323. Ce dernier article, avec d’autres sur le même sujet, fait partie d’un numéro unique introduit par Basso, « L’Église, les catholiques et la politique », p. 292-308.

[37] Parmi les textes que Basso connaissait, se trouvait une œuvre collective publiée sous le pseudonyme : Julien Ensemble, Le contre-plan, Paris, Seuil, 1965.

[38] Archivio della Fondazione Lelio e Lisli Basso, FB, fonds RIS, Francia1, lettre de Martinet à Basso (Paris, 13 décembre 1965). Le groupe « Jean Dru » est l’auteur de deux pamphlets parus dans la première moitié des années 1960 : Le pari démocratique, Paris, Julliard, 1962 ; De l’État socialiste. L’expérience soviétique, Paris, Julliard, 1965. Ce dernier aurait dû être suivi d’un second volume sur le « modèle théorique d’un État socialiste applicable à la société capitaliste moderne » (ibidem, p. 11), qui ne vit cependant pas le jour. Sur le groupe « Jean Dru », voir Ronald Tiersky, The French Communist Party : French Communism, 1920-1972, New York, Columbia University Press, 1974, p. 294.

[39] Lelio Basso, « I proletari in colletto bianco », L’Astrolabio, n° 24, 16 juin 1968, p. 16-18. L’article est accessible à cette adresse web (consulté le 27 juin 2011) : http://www.leliobasso.it/documento.aspx?id=bcce9b68720792aed4688b8d77384e65.

[40] Gilles Martinet, La Conquête des pouvoirs, Paris, Éditions du Seuil, 1968, p. 13.

[41] CHSP, MR 25, dossier 12, lettre de Basso à Martinet (Rome, 7 janvier 1969).

[42] Valerio Riva (in collaborazione con Francesco Bigazzi), Oro da Mosca. I finanziamenti sovietici al PCI dalla rivoluzione d’ottobre al crollo dell’URSS, Milano, Mondadori, 1999, p. 293-304 ; Victor Zaslavsky, Lo stalinismo e la sinistra italiana. Dal mito dell’URSS alla fine del comunismo, 1945-1991, Milano, Mondadori, 2004, p. 133 ; Silvano Miniati, PSIUP, 1964-1972. Vita e morte di un partito, Roma, Edimez, 1981, p. 55-71.

[43] Voir le fichier personnel de Basso, alias Libero, dans le dossier Mitrokhin (p. 8), contenant des renseignements sur les contacts entre le KGB et des représentants du monde politique italien : http://www.scribd.com/doc/52427219/Dossier-Mitrokhin (adresse web consultée le 2 octobre 2011).

[44] Gilles Martinet, La conquista dei poteri, préface de Riccardo Lombardi, Padoue, Marsilio, 1969 ; la seconde édition, toujours chez Marsilio, date de 1976. Martinet raconte la cérémonie de remise du prix dans son autobiographie, L’observateur engagé, Paris, Jean-Claude Lattès, p. 159-160.

[45] Il s’agit de : Lelio Basso, Neocapitalismo e sinistra europea, Bari, Laterza, 1969. Sur l’utilisation des catalogues éditoriaux comme source historiographique, voir Anne Simonin, « Le catalogue de l’éditeur. Un outil pour l’histoire », Vingtième siècle. Revue d’histoire, n° 81, 2004, p. 119-129, en particulier p. 125-127.

[46] IMEC, fonds Le Seuil, SEL 3864.2, brouillon de lettre de Claude Durand à Basso (30 juillet 1969), auquel la fiche de lecture est jointe.

[47] Mariuccia Salvati, « Madeleine Rébérioux et la Fondation Basso de Roma (1978-1985). Notes et souvenirs d’un témoin » (traduit de l’italien par Rossana Vaccaro), Cahiers Jaurès, n° 183-184, 2007, p. 81-93.

[48] Archives du Centre d’histoire de Sciences Po, MR 25, dossier 12, manuscrit sans date.

Roberto Colozza

Docteur en histoire, Roberto Colozza est un ancien élève de l’École normale supérieure de Pise. Il est actuellement chercheur associé du Centre d’histoire de Sciences Po dans le cadre d’une bourse Marie Curie (7e PCRD, IEF). Il a notamment publié : Repubbliche rosse. I simboli nazionali del PCI e del PCF (1944-1953), Bologna, CLUEB, 2009 ; Lelio Basso. Una biografia politica (1948-1958), Roma, Ediesse, 2010.

Mots clefs : socialisme, Lelio Basso, Gilles Martinet, Italie, France.

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  • ISSN 1954-3670