Histoire@Politique : Politique, culture et société

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De la victoire de la gauche à la percée de l’extrême droite : l’ethnicisation du jeu électoral français

Alec G. Hargreaves
Résumé :

La proximité dans le temps entre l’avènement au pouvoir de la gauche en 1981 et la percée électorale de l’extrême (...)

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Lorsque la gauche arrive au pouvoir en 1981, elle le fait sur la base d’un programme qui, en promettant de rompre avec le capitalisme, conçoit l’évolution de la France en termes de rapports entre différentes classes sociales. Trente ans plus tard, il serait à peine exagéré d’affirmer que les élections présidentielles et législatives de 1981 ont été les dernières à avoir été dominées aussi clairement par cette problématique, qui a été largement effacée ou tout au moins camouflée ensuite par un processus d’ethnicisation braquant le projecteur sur des différences, présumées ou réelles, entre natifs et immigrés [1] . Le terme « ethnie » et ses dérivés, axés autour de la notion de différences d’origine, sont peu employés en France, où la domination d’un discours « républicain » prônant l’unicité de la nation a longtemps freiné l’emploi d’outils conceptuels reconnaissant ouvertement les différences ethniques [2] . En d’autres termes pourtant, ces différences sont depuis les années 1980 massivement présentes dans les discours politiques et scientifiques en France, où les mots « immigration », et « banlieues » ont servi de facto comme quasi synonymes pour la présence d’importantes différences ethniques découlant des flux migratoires et leur enracinement durable au sein de la société française. [3] Quels que soient les termes employés sur le terrain, la mise en avant de distinctions présumées ou réelles entre des populations perçues comme autochtones et d’autres perçues comme allogènes constitue un processus d’ethnicisation des rapports sociaux qui est à l’œuvre dans pratiquement toutes les élections depuis la percée du Front national en 1983.

La proximité dans le temps entre l’avènement au pouvoir de la gauche en 1981 et la percée électorale de l’extrême droite deux ans plus tard, est-elle une pure coïncidence ou serait-on fondé à y voir une relation causale ? Il serait bien entendu beaucoup trop simplificateur de lire la montée du parti lepéniste à travers une grille mono-causale. De nombreux facteurs ont préparé le terrain pour le Front national tout au long de la décennie qui a précédé son entrée fracassante sur le devant de la scène politique en 1983. À partir du premier choc pétrolier en 1973, la France entre dans une phase de restructurations économiques et de précarisation de l’emploi qui engendre une insécurité croissante parmi l’électorat ainsi qu’une brutale remise en cause de l’immigration par les gouvernements de centre droit qui jusque-là avaient fait appel aux travailleurs immigrés pour combler les pénuries de main-d’œuvre. La centralité de l’insécurité et de l’hostilité envers l’immigration dans l’essor électoral du Front national à partir de 1983 a été amplement documentée [4] . Mais pourquoi cet essor a-t-il lieu à ce moment précis ? Depuis sa création en 1972, un an à peine avant le premier choc pétrolier, le Front national base sa plateforme sur un discours anti-immigrés mais il n’en tire aucun profit électoral pendant la première décennie de son existence. Si la crise économique et la remise en cause des travailleurs immigrés pendant la présidence de Valéry Giscard d’Estaing contribuent à sensibiliser l’électorat à la question de l’immigration, c’est l’avènement au pouvoir de la gauche et surtout le rapide échec de la politique économique menée par celle-ci qui semble avoir servi comme catalyseur à l’émergence électorale de l’extrême droite. Cet effet catalyseur sur un temps relativement court n’a pu se produire que sur la base d’une crise économique dont la durée est beaucoup plus longue. Nous tenterons de démontrer que c’est précisément la persistance de la crise économique déclenchée dix ans auparavant conjuguée avec la révélation brutale de l’impasse dans laquelle la classe politique française semble avoir abouti qui permet au Front national de faire sa percée en 1983. Notre analyse se fera en deux étapes. Après avoir relevé les conséquences des chocs pétroliers des années 1970 pour la perception des populations d’origine immigrée, nous nous focaliserons ensuite sur l’importance du tournant de la rigueur en 1983 qui, en révélant l’apparente impuissance de l’ensemble des formations politiques classiques face à la crise, permet à l’extrême droite de se présenter comme le seul parti capable de redresser la nation.

Insécurité et ethnicisation

Remontons au début du septennat de Valéry Giscard d’Estaing. À la veille de Noël 1974, moins d’un an après son élection, dans un coup médiatique conçu pour démontrer son contact avec les couches populaires et déjouer sa réputation de snob, Valéry Giscard d’Estaing fait inviter à l’Élysée les éboueurs du palais présidentiel. La plupart d’entre eux s’avère être d’origine africaine. Soulignons toutefois que ceux dont on se souvient aujourd’hui comme les « Maliens » de l’Élysée sont ciblés par le chef de l’État pour prendre le petit déjeuner avec lui non pas en raison de leurs origines ethniques mais en vertu de leur statut – et de leur serviabilité – en bas de l’échelle sociale. Dans son analyse des consignes présidentielles qui ont gouverné la mise en scène de cette rencontre, Sylvain Laurens souligne que « le fait que les éboueurs restent en tenue d’éboueur est essentiel au dispositif scénique. Les vêtements laissant transparaître la fonction et le statut des invités, une certaine forme d’asymétrie sociale doit être conservée [5]  ». L’animateur du journal télévisé de 13 heures reste fidèle à cette idée lorsqu’il présente l’information dans les termes suivants : « Trois éboueurs de Paris ont pris ce matin le petit-déjeuner avec le président de la République. » Ce n’est qu’au cours d’une interview avec trois des invités que l’on apprend que deux d’entre eux sont maliens et que l’autre est sénégalais [6] . Cette relégation des identités ethniques à une zone secondaire ne durera pas. Sous l’impact des chocs pétroliers des années 1970, la montée du chômage amènera les pouvoirs publics à chercher à débarrasser la France d’immigrés perçus dorénavant non pas comme une main-d’œuvre d’appoint prête à faire les travaux ingrats délaissés par les Français mais comme une présence qui est littéralement étrangère à l’intérêt national. Lorsque, au cours des années 1980, cette présence est stigmatisée comme porteuse d’une culture islamique censée être menaçante pour l’identité nationale, nous passons d’une vision conçue en termes de différences de classes sociales à une vision structurée autour d’une hiérarchie ethnique perçue comme le vivier de ce que Samuel Huntington appellera « le choc des civilisations [7]  ».

C’est ainsi que pendant le septennat de Giscard d’Estaing ceux qui étaient accueillis jusque-là comme une force de main-d’œuvre provisoire et désignés tantôt comme des « travailleurs immigrés », tantôt comme des OS (ouvriers spécialisés) ou des éboueurs sans étiquette ethnique, perdent leur légitimité par rapport au marché de l’emploi pour devenir des « immigrés » tout court et par le même titre suspects [8] , avant d’être identifiés à partir des années 1980 surtout comme des « musulmans », qui par des amalgames abusifs après la révolution iranienne de 1979 seront largement confondus avec des mouvances politiques basées dans pays étrangers hostiles à l’Occident [9] .

Remontons plus loin dans le temps. Depuis l’époque coloniale, une hiérarchie ethnique favorisant les Européens sur les Arabes et les Noirs structure l’esprit administratif tout autant que les mentalités populaires. Jusqu’au milieu du XXe siècle, les Européens sont très largement majoritaires parmi les populations immigrées. Lors de la Libération, de vifs débats ont lieu au sein du gouvernement provisoire qui, conscient des horreurs de la politique ouvertement raciste menée par le régime de Vichy, refuse d’instaurer des quotas ethniques dans l’admission des immigrés tout en cherchant à privilégier de facto le recrutement des Européens [10] . Cette politique échouera face au tarissement des arrivées d’Européens, conjugué à la liberté de mouvement des Algériens et surtout aux pénuries de main-d’œuvre qui ne cessent de s’accentuer pendant les Trente Glorieuses, amenant les employeurs à embaucher les premiers venus, qui arriveront surtout du Maghreb. Malgré l’essor d’une importante immigration portugaise pendant les années 1960, la composition ethnique de la population immigrée bascule ainsi très fortement vers des populations issues d’anciennes colonies françaises, dont les plus importantes sont de culture musulmane bien que cela soit peu commenté à l’époque. Les pénuries de main-d’œuvre dans un marché de plein emploi mettent en veilleuse un système de différenciation ethnique qui refera surface plus tard. Pendant les années 1960, pour contourner les lenteurs administratives qui empêchent aux employeurs d’embaucher légalement les travailleurs immigrés avec la rapidité qu’ils souhaitent, les pouvoirs publics acquiescent ouvertement devant « l’immigration clandestine », dont le ministre des Affaires sociales, Jean-Marcel Jeanneney, vante publiquement les mérites [11] . En sonnant le glas des Trente Glorieuses, les chocs pétroliers des années 1970 changent radicalement la donne. Deux mois après l’élection de Giscard d’Estaing à la présidence de la République, face aux craintes d’une hausse du chômage, le gouvernement publie en juillet 1974 deux circulaires « suspendant » l’immigration de travailleurs immigrés et l’entrée de familles d’immigrés déjà présents en France [12] . En raison des engagements de la France en tant que membre de la Communauté européenne, ces mesures ne s’appliquent qu’aux ressortissants de pays extra-communautaires, essentiellement maghrébins et africains.

Contrairement aux souhaits du gouvernement, les regroupements familiaux reprendront sur l’avis du Conseil d’État, compte tenu des obligations de la France en tant que signataire de la Convention européenne des droits de l’homme. À partir de 1975, un réaménagement du « 1 % patronal » facilite l’accès des familles immigrées aux logements sociaux, dont elles avaient été largement exclues jusque-là, et tendra à les concentrer dans des cités défavorisées dans la périphérie des grandes villes. À partir de 1977, le gouvernement multiplie les efforts non seulement pour bloquer toute nouvelle immigration de main-d’œuvre non européenne mais aussi pour inciter ou forcer le rapatriement d’immigrés installés déjà en France, parmi lesquels les Algériens sont les premiers ciblés [13] . C’est l’époque de « l’aide au retour », conçue pour encourager les immigrés à repartir dans leur pays, des projets de loi Bonnet-Stoléru, visant à faciliter le rapatriement forcé de travailleurs immigrés sans emploi, des expulsions administratives de jeunes délinquants étrangers, surtout algériens, et des premières confrontations entre policiers et jeunes d’origine immigrée dans les quartiers défavorisés des banlieues [14] . Tout cela préfigure de manière évidente de nombreuses mesures prises au cours du dernier quart de siècle tendant à mettre en cause la légitimité de la présence des populations d’origine non européenne, dont les nouvelles générations, composées de natifs et citoyens de la France, se sont montrées de plus en plus dépitées – on pense, évidemment, aux émeutes de 2005 – face à une République qui semble incapable de freiner les discriminations dont elles sont les victimes [15] .

Au cours des années 1970, la droite n’est pas seule à recadrer ses actions face aux inquiétudes liées aux restructurations économiques et à la tendance à faire des travailleurs immigrés les boucs émissaires du chômage alors qu’ils sont en fait les premiers touchés par celui-ci. Pour démontrer sa solidarité avec les ouvriers français qui constituent le noyau de sa base électorale, le PCF tente de freiner l’accès des immigrés aux cités de HLM des municipalités de banlieue où le parti a ses fiefs. À la veille de Noël 1980, six ans jour pour jour après l’accueil fait par Giscard aux éboueurs de l’Élysée, le maire communiste de Vitry, Paul Mercieca, avec le soutien de Georges Marchais et du comité central du PCF fait bloquer à l’aide d’un bulldozer l’installation à Vitry de trois cents travailleurs maliens transférés de la commune voisine de Saint-Maur. Taxé de racisme, Paul Mercieca renvoie l’accusation contre le maire giscardiste de Saint-Maur, qu’il juge coupable d’un « coup de force raciste » en raison de son rôle dans le transfert des Maliens de Saint-Maur à Vitry [16] . Deux mois plus tard, le maire communiste de Montigny-lès-Cormeilles, Robert Hue, sera à son tour accusé de racisme à la suite de sa dénonciation d’un Marocain soupçonné de trafic de drogue [17] . À quelques mois des élections présidentielles de 1981, des calculs électoraux, dont les immigrés font les frais, sont clairement l’objet d’escarmouches locales. Ces élections se joueront dans la campagne nationale principalement autour de la question du chômage, devenue la première préoccupation des Français, qui pour le moment sont peu nombreux à déterminer leur choix électoraux en fonction de considérations ethniques. Cela est vrai autant pour les Français dits « de souche » que pour les populations minoritaires. Jean-Marie Le Pen, dont le parti se distingue par rapport à toutes les autres formations politiques par l’importance qu’il accorde à la question de l’immigration, n’arrivera même pas à réunir les cinq cents signatures requises pour se faire inscrire comme candidat présidentiel en 1981. L’idée d’un « vote musulman », évoqué par Hamza Boubakeur, recteur de la Grande Mosquée de Paris, quelques mois avant le scrutin, s’avérera largement illusoire, tout comme celle d’un « vote juif », malgré l’appel lancé en faveur de celui-ci par le groupe de pression Renouveau juif [18] .

L’importance croissante de l’immigration dans le débat politique est néanmoins visible dans un contraste frappant entre le programme de la gauche en 1972 et les 110 propositions socialistes en 1981. Quasi absents du programme commun signé par le PCF et le PS en 1972 [19] , les immigrés font l’objet, en 1981, d’une série d’engagements spécifiques de la part des socialistes [20] , qui se distinguent des autres formations politiques par une posture qui est beaucoup plus favorable à l’installation des populations immigrées. La promesse du droit de vote aux élections municipales restera lettre morte, sauf pour les Européens par le biais du traité de Maastricht en 1992. Mais sur d’autres points, le PS tiendra ses engagements et ira même plus loin en mettant en œuvre à partir de 1981 une importante série de lois et d’autres dispositifs destinés à mieux assurer l’insertion des populations d’origine immigrée : droit d’association accordé aux étrangers, régularisation de 132 000 sans papiers, abrogation de l’aide au retour, interruption des expulsions administratives, facilitation des regroupements familiaux, initiatives en faveur des quartiers défavorisés, création des ZEPs (Zones d’éducation prioritaire), et, à la suite de la marche de « Beurs », dont les leaders sont accueillis à l’Élysée en décembre 1983 comme les porte-parole d’un mouvement anti-raciste (contrastant fortement avec les éboueurs de 1974, accueillis au palais présidentiel en raison de leur statut social subalterne), instauration de la carte de séjour renouvelable de dix ans, votée à l’unanimité par l’Assemblée nationale en 1984 [21] .

Le tournant de la rigueur et l’émergence de l’extrême droite

Ce rare moment de consensus n’aura pas de suite et le discours mitterrandien en faveur d’un « droit à la différence » entendu implicitement comme une forme de multiculturalisme sera vite éclipsé [22] . Déjà, pendant l’hiver de 1982-1983, le comportement de certains travailleurs immigrés de confession musulmane est mis en cause par le gouvernement de gauche, dont le projet de relance économique s’essouffle. Loin de reculer, le chômage continue à grimper tandis que le gonflement des dépenses publiques, censé doper l’emploi, affaiblit le franc sur les marchés internationaux. En perturbant un secteur phare de l’économie, des grèves dans l’industrie automobile, où se trouvent concentrés nombre de travailleurs immigrés, exaspèrent le gouvernement. Ces mouvements de grève balayent devant eux le syndicat maison, la CSL (Confédération des syndicats libres), au profit de la CGT et attirent l’attention des médias sur la culture islamique de beaucoup de grévistes, notamment maghrébins. Parmi les recommandations d’un médiateur figurent non seulement de meilleures garanties du droit syndical et de meilleures conditions de travail mais aussi la création de lieux de culte dans l’enceinte de l’usine. En janvier 1983, le Premier ministre, Pierre Mauroy, déclare que les travailleurs immigrés chez Renault « sont agités par des groupes religieux et politiques qui se déterminent en fonction de critères ayant peu à voir avec la réalité sociale française [23]  ». Jean Auroux, ministre délégué chargé du Travail, affirme peu après : « Il y a à l’évidence une donnée religieuse et intégriste dans les conflits que nous avons rencontrés, ce qui leur donne une tournure qui n’est pas exclusivement syndicale [24] . »

La médiatisation de ces mouvements sociaux, devenus mêlés à des débats ethnico-religieux, trouvera des échos dans la campagne pour les élections municipales de mars 1983, quand l’immigration devient un enjeu clé dans la lutte entre Gaston Deferre et Jean-Claude Gaudin pour la mairie de Marseille comme dans bien d’autres villes. À la veille du deuxième tour, qui a lieu le 13 mars, un commentateur d’origine algérienne écrira :

« Au fur et à mesure que la campagne électorale s’étend et que la mobilisation des électorats devient plus pressante, l’immigration – et l’insécurité ou la crise économique, ou le chômage, c’est là que réside l’inacceptable amalgame – est portée devant les feux de la rampe. Il ne se passe pas de jour sans que la télévision n’évoque la crise de l’automobile et ne montre, gros plans à l’appui, les visages des immigrés. La couverture de l’événement est, chose rare, excellente : ni les chaînes de montage, ni les meetings, ni les banderoles, ni les débrayages, ne sont négligés. C’est que l’on veut à tout prix faire accréditer la thèse selon laquelle la crise de l’automobile est la faute des immigrés. De mémoire de téléspectateur, je n’ai pas vu, en dix ans, autant d’images d’immigrés à la télévision que depuis un mois  [25]  ! »

Le Front national, qui a fait de l’immigration un thème privilégié depuis sa fondation en 1972, n’a pratiquement aucun impact électoral avant 1983. En mars de cette année, Jean-Marie Le Pen est élu comme conseiller municipal dans le XXe arrondissement de Paris après y avoir obtenu 11 % des suffrages. Mais c’est surtout en septembre 1983, lors d’une élection partielle à Dreux, que le parti lepéniste obtient une très forte médiatisation en recueillant 17 % des suffrages lors du premier tour d’une élection partielle. La maire socialiste sortante, Françoise Gaspard, sera battue au deuxième tour grâce à un pacte conclu entre le FN et le RPR, qui craint de ne pas pouvoir évincer la gauche sans le soutien du parti lepéniste, dont les partisans se multiplient. En réunissant ensuite entre 10 et 18 % des suffrages à pratiquement tous les scrutins à partir des élections européennes de 1984, le FN amènera les autres formations politiques, et surtout celles du centre droit, à se définir par rapport à lui et à faire parfois des emprunts à son programme anti-immigrés dans l’espoir de récupérer les votes que s’est arrachés l’extrême droite.

Entre les municipales de mars 1983 et l’élection partielle à Dreux, la gauche s’est trouvée contrainte de prendre le tournant de la rigueur, annoncé à la suite du Conseil des ministres du 23 mars 1983. L’abandon de la politique de relance menée depuis 1981 constitue un aveu public de l’incapacité du gouvernement de gauche, tout comme celle de ses prédécesseurs du centre droit, à freiner la montée du chômage et semble confirmer la précarisation d’une partie toujours croissante de la population. Le tournant de la rigueur peut ainsi être perçu, comme l’a remarqué Jean-François Sirinelli, comme « la seconde mort des Trente Glorieuses [26]  ». Si la première mort est vécue comme la conséquence d’événements extérieurs (les chocs pétroliers des années 1970), la deuxième semble provenir plutôt de l’intérieur du corps politique de la France, dont les principaux membres, quelle que soit leur orientation partisane, se sont avérés tout aussi impuissants les uns que les autres

Si l’incorporation de la critique de l’immigration dans le discours politique – d’abord durant les années 1970 par les gouvernements de centre droit ainsi que par leurs adversaires communistes et ensuite par des ministres socialistes à partir des grèves de l’automobile de 1982-1983 – a sensibilisé l’électorat au thème privilégié du Front national, c’est surtout après le tournant de la rigueur que le parti lepéniste réussit à s’ancrer dans une frange importante de l’électorat pour qui les autres formations politiques n’ont plus de crédibilité. En révélant l’apparente impuissance – et par la même occasion l’apparente interchangeabilité – de l’ensemble des formations politiques classiques face à la crise économique, ce tournant ouvre une brèche dans laquelle l’extrême droite, marginalisée jusque-là, s’engouffre. Le parti lepéniste cherchera précisément à tirer profit de cette marginalisation pour vanter son extranéité par rapport à l’échec d’un système politique dominé par ce qu’il dénonce comme la « bande des quatre », dont les deux composants du centre droit (le RPR et l’UDF) seraient aussi incapables que les deux principaux partis de gauche (le PS et le PCF) à redresser la santé de la nation. En 1981, seuls 33 % des personnes interrogées par la SOFRES avaient trouvé dépassées les notions de droite et de gauche ; en 1989 elles seront 56 % à être de cet avis [27] . Au début des années 1990, sur pratiquement toutes les questions, la majorité des sondés trouve qu’il y a peu de différences entre la gauche et la droite, la seule exception étant celle de l’immigration, sur laquelle 61 % des interrogés affirment qu’il y a de grandes différences [28] . En 1991, dans « l’idée que l’on se fait de la gauche », la protection sociale arrive en tête mais lorsqu’on passe à ce que les sondés perçoivent comme « la réalité de la gauche » au cours des dix dernières années, c’est-à-dire depuis la victoire de la gauche en 1981, c’est l’anti-racisme qui prime sur toute autre notion [29] . La performance de la gauche est ainsi perçue à travers une grille de lecture où les différences ethniques prennent le pas sur les clivages socio-économiques.

Chose cruciale, ni la victoire de la gauche en 1981, ni la cohabitation de 1986 n’ont inversé la montée du chômage déclenchée sous l’impact des chocs pétroliers des années 1970, engendrant sous un gouvernement de centre droit un climat d’insécurité économique que pratiquement aucun gouvernement ne semblera capable de maîtriser par la suite. De fil en aiguille, la question éminemment sociale de l’emploi et la crédibilité des politiques économiques menées par des gouvernements de différentes couleurs paraîtront de moins en moins lisibles en termes du clivage gauche-droite. Ce clivage, fondamental à l’alternance de 1981, paraîtra en effet de moins en moins pertinent à l’électorat après le virage pris par la gauche en mars 1983 avec l’abandon de la politique de relance. En faisant campagne autour du slogan « Deux millions de chômeurs, ce sont deux millions d’immigrés de trop » (un chiffre qui sera bientôt relevé à trois millions), le FN réussit sa percée en promettant d’apporter une solution ethnique aux principales préoccupations des Français. En incitant les soi-disant « Français de souche » victimes de l’insécurité économique à voir dans les populations d’origine immigrée une menace non seulement pour l’emploi mais aussi pour l’avenir de la nation, le parti lepéniste finira par drainer vers lui au cours des années 1990 et 2000 une plus large part du vote des couches sociales les moins aisées et les plus précaires – les ouvriers et les chômeurs – que n’obtient toute autre formation politique, y compris celles de la gauche [30] . La reformulation sur la base de divisions ethniques de clivages conçus autrefois en termes de rapports sociaux ne saurait être plus claire.

Conclusion

Dans un ouvrage récent, Jean-François Sirinelli nous invite à voir dans les années 1965-1985 les Vingt Décisives du passé proche de la France [31] . Pour ce qui est de l’immigration et des questions qui y sont liées, c’est la deuxième partie de cette période, et surtout les années 1973-1983, qui constituent les Dix Décisives : crise économique et montée du chômage sur fond des chocs pétroliers de 1973 et 1979, « suspension » de l’immigration en 1974, concentration des familles d’origine immigrée dans les cités de HLM à partir de 1975, rapatriements incités ou forcés à partir de 1977, confrontations violentes entre jeunes d’origine immigrée et policiers dans les banlieues dès la fin des années 1970, bref intervalle d’apaisement avec la victoire de la gauche en 1981, et crispation politico-ethnique lors des municipales 1983 qui, avec la percée du Front national à Dreux, confirmée à l’échelle nationale lors des élections européennes de 1984, donnent le ton pour les années à venir. En empruntant au Front national l’idée d’une réforme du Code de la nationalité française, les partis de centre droit placent au cœur de la campagne pour les législatives de 1986 la notion selon laquelle l’identité nationale de la France serait menacée par les populations immigrées originaires de pays musulmans. Depuis, presque sans interruption et jusqu’à nos jours, cette idée continuera à alimenter le débat politique, balisé notamment par la première affaire du foulard en 1989, la réforme du Code de la nationalité votée en 1993 (et abrogée ensuite par la gauche en 1997), la loi de 2004 interdisant les signes religieux dans les écoles publiques, le débat « officiel » sur l’identité nationale lancé sous la présidence de Nicolas Sarkozy en 2009 et la loi entrée en vigueur au mois d’avril 2011 interdisant le port du voile intégral en public. Entamée pendant la présidence de Valéry Giscard d’Estaing, l’ethnicisation des rapports sociaux se nourrit du climat d’insécurité qui depuis la fin des Trente Glorieuses règne sur fond de restructurations économiques et de précarité de l’emploi, que la gauche a été impuissante à enrayer après son avènement au pouvoir en 1981. Après le tournant de la rigueur en 1983, une frange importante de l’électorat bascule dans le camp d’un parti d’extrême droite qui prétend que l’apparente impuissance de l’ensemble des formations politiques classiques face à la crise ne peut être surmontée qu’en recentrant le débat politique autour des différences ethniques. Trois décennies plus tard, l’ethnicisation de la vie politique ne cesse de se confirmer.

Pour citer cet article : Alec G. Hargreaves, « De la victoire de la gauche à la percée de l’extrême droite : l’ethnicisation du jeu électoral français », Histoire@Politique. Politique, culture, société, n° 16, janvier-avril 2012, www.histoire-politique.fr

Notes :

[1] Cet article est issu d’une communication faite lors d’une journée d’études organisée le 10 mai 2011 par le Centre d’histoire de Sciences Po, sous la direction de Sabine Jansen, Sylvain Kahn et Jean-François Sirinelli, sur « Le 10 mai 1981 et la gauche française ».

[2] Françoise Lorcerie, « Les sciences sociales au service de l’identité nationale : le débat sur l’intégration en France au début des années 1990 », dans Denis-Constant Martin (dir.), Cartes d’identité : comment dit-on « nous » en politique ?, Paris, FNSP, 1994, p. 245-281.

[3] Alec G. Hargreaves, « Entre stigmatisation et circonlocutions : l’immigration postcoloniale en France », dans Nancy L. Green et Marie Poinsot (dir.), Histoire de l’immigration et question coloniale en France, Paris, La Documentation française, 2008, p. 17-22.

[4] Voir, par exemple, Nonna Mayer et Pascal Perrineau (dir.), Le Front national à découvert, Paris, Presses de la FNSP, 1989 ; Nonna Mayer, "Ethnocentrism and the Front National Vote in the 1988 French Presidential Elections", dans Alec G. Hargreaves et Jeremy Leaman (dir.), Racism, Ethnicity and Politics in Contemporary Europe, Aldershot, Edward Elgar, 1995, p. 96-111.

[5] Sylvain Laurens, « "Les Maliens à l’Elysée" : chronique d’une visite forcée », Agone, n° 40, 2008, p. 71.

[6] « Valéry Giscard d’Estaing et les éboueurs », JT de 13 heures, 24 décembre 1974, document de l’INA :http://www.ina.fr/video/CAF94060313/valery-giscard-d-estaing-et-les-eboueurs.fr.html [lien consulté le 8 décembre 2011].

[7] Samuel Huntington, The Clash of Civilizations and the Remaking of World Order, New York, Simon and Shuster, 1996 ; Le choc des civilisations, traduit de l’anglais par Jean-Luc Fidel, Geneviève Joublain, Patrice Jorland et alii., Paris, Odile Jacob, 1997.

[8] Abdelmalek Sayad, « Qu’est-ce qu’un immigré ? », Peuples méditerranéens, n° 7, avril-juin 1979, p. 3-23.

[9] Constant Hames, « La Construction de l’islam en France : du côté de la presse », Archives en sciences sociales des religions, vol. 68, n° 1, juillet-septembre 1989, p. 79-92 ; Yvan Gastaut, L’immigration et l’opinion en France sous la Ve République, Paris, Seuil, 2000, p. 492-518.

[10] Patrick Weil, La France et ses étrangers : l’aventure d’une politique de l’immigration de 1938 à nos jours, Paris, Seuil, collection « Folio », 1991, p. 75-90.

[11] « L’immigration clandestine elle-même n’est pas inutile, car si l’on s’en tenait à l’application stricte des règlements et accords internationaux, nous manquerions peut-être de main-d’œuvre. » Propos de Jean-Marcel Jeanneney prononcés en 1966 cités par Catherine Withol de Wenden, Les immigrés et la politique, Paris, Presses de la FNSP, 1988, p. 161.

[12] Catherine Withol de Wenden, Les immigrés et la politique, op. cit., p. 194.

[13] Patrick Weil, La France et ses étrangers, op. cit., p. 158-211.

[14] Azouz Begag et Christian Delorme, Quartiers sensibles, Paris, Seuil, 1994, p. 108-122.

[15] Alec G. Hargreaves, « Silence et cécité : la révolte des banlieues à travers les livres », Le Monde diplomatique, n° 632, novembre 2006, p. 28.

[16] « Foyer malien à Vitry », JT de TF1, 27 décembre 1980, document de l’INA : http://www.ina.fr/economie-et-societe/vie-sociale/video/CAA8001946101/foyer-malien-a-vitry.fr.html [consulté le 8 décembre 2011].

[17] Sur le rôle du PCF, voir Martin A. Schain, “Immigration and Changes in the French Party System”, European Journal of Political Research, tome 16, no. 6, 1988, p. 597-621 ; Catherine Withol de Wenden, Les immigrés et la politique, op. cit., p. 264-269 ; Antonis A. Ellinas, The Media and the Far Right in Western Europe: Playing the Nationalist Card, Cambridge, Cambridge University Press, 2010, p. 171-174.

[18] Dominique Schnapper et Sylvie Strudel, « Le "vote juif" en France », dans Revue française de science politique, vol. 33, n° 6, 1983, p. 933-961.

[19] « Le programme commun de gouvernement », supplément au Bulletin socialiste, juin 1972.

[20] « Les 110 propositions pour la France », Office universitaire de recherche socialiste (OURS) : http://www.lours.org/default.asp?pid=307 [consulté le 3 septembre 2011].

[21] C. Wihtol de Wenden, Les immigrés et la politique, p. 276-305.

[22] Alec G. Hargreaves, « Multiculturalism », dans Christopher Flood et Laurence Bell (dir.), Political Ideologies in Contemporary France, Londres, Pinter, 1997, p. 180–199.

[23] Interview de Pierre Mauroy à Nord Éclair, 28 janvier 1983, citée dans Catherine Withol de Wenden, Les immigrés et la politique, op. cit., p. 360.

[24] Propos de Jean Auroux parus dans Le Monde, 11 février 1983, cités dans Catherine Withol de Wenden, Les immigrés et la politique, op. cit., p. 360. Sur le rôle de l’islam dans les mouvements sociaux pendant cette période, voir René Mouriaux et Catherine Withol de Wenden, « Syndicalisme français et islam », Revue française de science politique, tome 37, n° 6, 1987, p. 794-819 ; Nicolas Hatzfeld et Jean-Louis Loubert, « Les conflits Talbot, du printemps syndical au tournant de la rigueur (1982-1984 », Vingtième siècle. Revue d’histoire, n° 84, 2004, p. 151-160.

[25] Karim Amirouche, « L’extrême droite et les autres », dans La Semaine de l’émigration, 10 mars 1983, p. 5.

[26] Jean-François Sirinelli, « "Le 10 mai 1981" n’aura pas lieu », Le Débat, n° 164, mars-avril 2011, p. 93.

[27] SOFRES, L’État de l’opinion 1992, Paris, Seuil, 1992, p. 59.

[28] SOFRES, L’État de l’opinion 1993, Paris, Seuil, 1993, p. 223.

[29] SOFRES, L’État de l’opinion 1992, Paris, Seuil, 1992, p. 68.

[30] Voir, par exemple, les sondages à la sortie des urnes effectués lors du 1er tour des élections présidentielles de 2002 par IPSOS (http://www.ipsos.fr/ipsos-public-affairs/sondages/1er-tour-presidentielle-2002comprendre-vote-francais-qui-vote-quoi-mot) et CSA (http://www.csa.eu/multimedia/data/sondages/data2002/opi20020421b.htm) [documents consultés le 3 septembre 2011].

[31] Jean-François Sirinelli, Les Vingt Décisives, 1965-1985. Le passé proche de notre avenir, Paris, Fayard, 2007.

Alec G. Hargreaves

Alec G. Hargreaves est directeur du Winthrop-King Institute for Contemporary French and Francophone Studies à la Florida State University (États-Unis). Spécialiste des questions d’immigration et d’ethnicité en France, il est notamment l’auteur de Multi-Ethnic France : Immigration, Politics, Culture and Society (Londres/New York, Routledge, 2007).

Mots clefs : 10 mai 1981, tournant de la rigueur, Front national, immigration, ethnicisation.

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  • ISSN 1954-3670