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Comptes rendus
   

Laurent Gutierrez, Patricia Legris (dir.), Le Collège unique. Éclairages socio-historiques sur la loi du 11 juillet 1975,

préface d’Antoine Prost, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2016, 256 p.

Ouvrages | 11.06.2019 | Annie Bruter
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Ce livre est issu d’un séminaire qui s’est tenu en 2015 à l’occasion du quarantième anniversaire de la loi créant le collège unique, dite « loi Haby » du nom du ministre qui la fit voter durant la présidence de Valéry Giscard d’Estaing. Ce collège unique, notre collège actuel, remplaçait les anciens collèges d’enseignement secondaire où les élèves bénéficiaient d’enseignements différents selon la filière où ils étaient affectés : il prétendait ainsi offrir à tous les élèves une égalité de parcours. L’accessibilité de nombreuses archives a permis aux membres du séminaire d’étudier plusieurs aspects de l’élaboration de la loi, de sa mise en œuvre et de ses résultats.

Après l’introduction présentant ce séminaire, le premier chapitre, dû à Laurent Gutierrez, offre un parcours chronologique de l’action du ministre Haby exposant ses principales étapes ainsi que les oppositions auxquelles elle donna lieu. Mais alors que le projet initial de Haby était une réforme globale du système éducatif jusqu’au baccalauréat (les universités relevant d’un secrétaire d’État), la loi finalement votée en juillet 1975 ne créa que le collège unique, ensuite mis en place par une série de décrets et arrêtés. Il aurait mieux valu, à mon sens, placer ce chapitre en deuxième position et ouvrir le livre par le chapitre II, dans lequel André D. Robert retrace le contexte dans lequel se situa cette action – celui d’une aspiration à la réforme du système éducatif qui était générale mais fortement clivée par l’opposition entre la droite et la gauche – et étudie le « vrai » projet de réforme de Haby, celui du projet de loi du 12 février 1975, dont il montre l’ambiguïté : ancien instituteur, René Haby apparaît sincère dans son projet de moderniser la pédagogie en la rendant plus ouverte et plus proche des intérêts des élèves, mais naïf dans sa recherche d’un « impossible équilibre » entre le soutien aux plus faibles et la volonté de dégager une élite. On comprend ainsi mieux les protestations, lycéennes, étudiantes et syndicales, contre la réforme associée à son nom.

Les trois chapitres suivants éclairent des points précis de l’action du ministre et des réactions qu’elle suscita. Patricia Legris montre comment la communication et la concertation organisées par le ministère, obéissant aux consignes du président Giscard d’Estaing qui souhaitait bâtir un consensus autour du projet de réforme, se sont révélées contre-productives du fait qu’elles venaient d’en-haut sans que les réponses soient prises en compte. S’interrogeant sur la paradoxale unanimité contre la réforme Haby de syndicats enseignants pourtant de bords opposés, Ismaïl Ferhat et André D. Robert étudient leurs évolutions respectives et montrent notamment qu’elles ont abouti à leur mise en accusation comme facteurs de blocage de toute évolution du système éducatif. Renaud d’Enfert et Patricia Legris se penchent ensuite sur des acteurs dont il n’a pas encore été question, les associations de professeurs spécialistes de l’enseignement secondaire, à travers deux exemples, ceux de l’Association des professeurs de mathématiques de l’enseignement public (APMEP) et de la Société, ensuite devenue Association, des professeurs d’histoire et de géographie (S/APHG), qui remportent certains succès dans la défense corporative de leurs membres mais échouent à infléchir la politique éducative du gouvernement.

Le chapitre suivant, par Catherine Dorison et Pierre Kahn, repart des années 1960 en examinant comment René Haby, alors partisan des filières au sein des collèges d’enseignement secondaire (CES), en est venu à faire voter la loi créant le collège unique en 1975, les solutions d’ordre psychopédagogique à l’hétérogénéité des élèves qu’il préconisait ayant dû céder sous la pression politique. Bruno Poucet reprend la même question en montrant le rôle du président Giscard d’Estaing dans cette évolution.

Viennent enfin deux éclairages sociologiques. S’interrogeant sur les discours dénonçant la « crise de l’école » qui fleurissent au début des années 1980, Ludivine Balland met en évidence « la position intermédiaire entre l’espace médiatique et l’univers scolaire » qu’occupent les auteurs les plus sollicités de ces pamphlets. Le chapitre final de Pierre Merle montre, statistiques à l’appui, l’échec de l’idéal initial d’égalité des chances dans le collège d’aujourd’hui.

De volumineuses annexes et de nombreux encadrés apportent des éléments précisant les points obscurs pour les non-initiés. Une liste des sigles, une autre des sources et un index achèvent de faire de l’ouvrage un instrument de travail qui sera indispensable à quiconque cherchera à approfondir l’histoire de cette importante réforme et des politiques éducatives après 1968.

Notes :

 

Annie Bruter

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  • ISSN 1954-3670