Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Philippe Chassaigne, Marie-Claude Esposito, Londres, la ville-monde,

Paris, Vendémiaire Éditions, 2013, 463 p.

Ouvrages | 19.09.2013 | Pierre Guillaume
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Vendémiaire EditionsLes ambitions auxquelles s’efforce de répondre cet ouvrage sont grandes tant par l’ampleur du champ chronologique pris en compte que par la diversité des éclairages jetés aussi bien sur l’histoire économique que sur l’histoire culturelle, en ayant comme préoccupation constante de distinguer ce qui est vie propre à la ville et ce qui relève de la vie nationale. Dans un domaine aussi large, on ne s’étonnera pas qu’une place plus importante ait été donnée à la réflexion des auteurs qu’à une érudition pointilliste.

Avant l’ouvrage de William FitzStephen, Vita Sancti Thomae, datant de 1173 (p. 41), les témoignages sur la vie londonienne sont très épars et portent plus sur le royaume que sur la ville ; jusqu’à la Renaissance, il en est largement de même sans que figure dans le livre une chronologie qui aurait pu aider à faire la distinction C’est d’un texte dense qu’émergent des éléments intéressant spécifiquement la ville, montée en puissance des guildes (p. 47), affirmation de Westminster (p. 60), ravages de la peste (p. 60) sur un fond d’affirmation très générale d’essor démographique dû à l’immigration, et de prospérité portuaire et économique. L’étude de John Stow, Survey of London (1598), dit tous les progrès accomplis depuis les Tudor malgré la grande peste de 1664 (p. 104) et le grand incendie de 1666 (p. 107). Est notamment reconstruit le quartier de Covent Garden après l’expulsion des ordres monastiques.

Au XVIIe siècle, le grand rival de Londres est Amsterdam mais à la fin du siècle et grâce à l’action de la monarchie hanovrienne issue de la révolution de 1688, les compagnies anglaises triomphent de leurs rivales, notamment françaises, et Londres s’affirme comme le première place boursière mondiale (p. 139). Londres bénéficiera ensuite, après 1793, des contrecoups de la Révolution française qui atteignent Amsterdam.

C’est dans ce contexte favorable que la croissance démographique d’une ville « sortie d’elle-même » (p. 163) s’accélère pour atteindre le million au début du XIXe siècle, l’agglomération dépassant les 7 millions en 1911 (p. 189), la périphérie étant desservie par le train puis le métro. Londres n’est pas pour autant une ville de la grande industrie qui se développe ailleurs tandis qu’elle reste celle de l’artisanat et devient celle des services, notamment financiers.

Cette croissance recouvre tous les contrastes, essor de l’urbanisme géorgien pour les riches, accumulation des pauvres dans les taudis de l’East End décrits par Charles Booth en 1889 (p. 205). On regrettera ici que les auteurs n’aient jamais cherché à éclairer leur propos par une cartographie, fut-elle rudimentaire. La Poor Law de 1834 généralisant le placement dans les workhouses (p. 214) a été la réponse restée la plus précoce et la plus connue à cette misère populaire. Les pubs et les parcs nouvellement aménagés étaient sensés répondre aux besoins populaires.

Au XIXe siècle, Londres est le grand marché mondial du thé, de la laine, de la fourrure et des métaux ainsi que la place bancaire ouverte plus que nulle autre aux placements internationaux.

Une grande enquête de 1928 montre que la prospérité qui a résisté à la guerre a permis la croissance des classes moyennes, mais Londres, atteinte par le blitz aura beaucoup à souffrir de la Seconde Guerre mondiale tandis que s’y développe une culture de guerre dont William Beveridge tire les conclusions en 1942, conduisant à la mise en place du Welfare State.

Après la guerre, Londres fut le lieu de la révolution culturelle symbolisée par les Beatles venus de Liverpool à Carnaby Street, mais ce rôle culturel de tout premier plan va de pair avec un déclin du port et avec les menaces que Wall Street et le dollar font peser sur la livre et la City qui préserve néanmoins son pouvoir d’attraction mondial (p. 139), alors même que se pose, avec une acuité générant des violences, le problème de l’intégration de minorités étrangères de couleur.

En 2012, le prestige de Londres et de ses gestionnaires est renforcé par la réussite des Jeux olympiques qui donne un sérieux coup de jeune à la ville et dont le monde entier reconnaît la parfaite organisation, alors que l’on peut s’interroger sur leur coût pour les contribuables.

Soucieux de ne pas s’enfermer dans une histoire urbaine traditionnelle, les auteurs négligeant d’en donner certaines dimensions ont fait une place que l’on peut trouver excessive à l’histoire générale de la Grande-Bretagne déjà bien traitée par ailleurs par Philippe Chassaigne.

Pierre Guillaume

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  • ISSN 1954-3670