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Le cauchemar espagnol. Quelques thèses sur la radicalisation de la question catalane (2010-2018)

Actualités | 03.04.2018 | Xosé M. Núñez Seixas

Résumé

Cet article présente un aperçu des principales causes et dynamiques de radicalisation du nationalisme catalan depuis 2010, qu’il s’agisse des raisons de l’émergence de ce sécessionnisme largement partagé ou de ses conséquences pour le système politique espagnol. Plutôt que de présenter le mouvement d’indépendance de la Catalogne comme le résultat de conflits historiques et des échecs de la démocratie espagnole, l’accent sera ici mis sur la dynamique née des mobilisations politiques, les nouveaux horizons utopiques imaginés par une génération de meneurs politiques, l’impact de la crise économique et sociale depuis 2007-2008 et l’insatisfaction des élites catalanes devant les résultats des politiques relatives aux communautés autonomes et à la construction d’une nation catalane.

Abstract

This article offers an overview of the main causes and the dynamics of the radicalisation process of Catalan nationalism since 2010, as well as the reasons of the emergence of mass secessionism and its consequences for the Spanish political system. Instead of presenting the Catalan independence movement as an outcome of historic grievances and the defects of Spanish democracy, emphasis is put here on the interaction of political mobilization, the new utopian horizons imagined by a new generation of political leaders, the impact of the social and economic crisis since 2007/08, and the lack of satisfaction of Catalanist elites with the results of the Catalan nation-building policies set in motion within the framework of the Spanish state of the Autonomous Communities.

La dépression économique, qui débuta à l’échelle mondiale fin 2007 et dont l’Espagne accusa les effets de façon marquée à partir de l’année suivante, eut non seulement des conséquences économiques et sociales, mais aussi de profondes répercussions socio-politiques. Les bouleversements qui accompagnèrent la crise firent chavirer les fondements du système politique élaboré par la Constitution de 1978, et pointèrent quelques-uns des défauts structurels de fonctionnement de la démocratie espagnole. Parmi ces derniers, l’émergence d’une fracture sociale et générationnelle, le déclin prononcé de la légitimité de plusieurs institutions, comme le Tribunal constitutionnel, le système judiciaire et la Monarchie, ainsi que le manque de confiance des citoyens dans les élites politiques face à la succession de plusieurs scandales de corruption qui touchèrent des membres de la famille royale, d’anciens ministres, des dirigeants des grands partis, et des grands banquiers[1].

La crise économique a été également marquée par une aggravation de la fracture territoriale. Elle a mis en évidence le fait que la solution élaborée en 1978, à savoir un État fortement décentralisé quelque peu asymétrique, était peut-être à bout de souffle ou, tout au moins, que l’État des autonomies aurait besoin d’une sévère restructuration pouvant un débat sur la question de la souveraineté et sur le caractère national ou plurinational de l’État. Alors que de la Transition démocratique (1975-1978) à la première décennie du XXIe siècle, l’une des questions les plus problématiques pour la démocratie espagnole était le nationalisme basque – la violence de l’ETA ayant ensanglanté quarante années de son histoire –, c’est sur la Catalogne que, de façon remarquable et surprenante, les tensions commencèrent à se focaliser au début des années 2010[2]

Le nationalisme catalan est un mouvement politico-culturel aux contours diffus embrassant depuis la fin du XIXe siècle diverses sensibilités politiques (fédéralisme, régionalisme, ethnonationalisme et indépendantisme) unies par une forte conscience d’appartenance culturelle. Depuis 1975, le mouvement catalaniste s’était montré ouvert au dialogue et avait joué un rôle constructif dans l’articulation de la démocratie espagnole. Par le passé, il contribua même à un projet de modernisation de l’État espagnol, avec des diverses nuances qui correspondaient à des tendances politiques différenciées (républicaines, gauchisante ou même libérale)[3]. Ses tendances politiques majoritaires, en particulier des démocrates-chrétiens, des libéraux de centre droit, mais aussi des sociaux-démocrates majoritairement représentés par la coalition Convergència i Uniò (Convergence et Union, CiU), dirigée pendant trente ans par son leader charismatique Jordi Pujol, avaient activement participé à la rédaction de la Constitution de 1978. Elles jouèrent aussi un rôle crucial dans la mise en place de l’État des autonomies, caractérisé par une forte décentralisation régionale qui ne fut pas la prérogative du Pays Basque, de la Catalogne et de la Galice, mais qui fut également étendue aux dix-sept régions espagnoles par l’octroi de larges pouvoirs politiques. La CiU catalaniste de Pujol devint l’un des principaux acteurs du système politique espagnol, et aspirait à la plus grande autonomie possible pour la Catalogne au sein d’un État décentralisé. Ce dernier devrait nécessairement reconnaître, à plus ou moins long terme, la coexistence en son sein de « nationalités » (la Catalogne, le Pays Basque et la Galice) et de régions (le reste de l’Espagne), et imposer une interprétation « asymétrique » de la décentralisation régionale, en instituant une différence symbolique et politique nette entre les « nationalités » et les autres régions. En pratique, selon Pujol et la CiU, l’État des autonomies devait évoluer de façon graduelle vers un État plurinational, participant au projet commun européen incarné par l’Union européenne (UE) laquelle, en retour, promouvrait une plus grande reconnaissance politique en son sein des régions et des entités infra-étatiques[4]

Le malaise catalan

Depuis le milieu des années 1990, l’indépendantisme catalan était sorti de l’isolement politique. Grâce à l’ascension modérée du vieux parti de centre gauche Esquerra Republicana de Catalunyna (Gauche républicaine de Catalogne, ERC, fondée en 1931), dont le leadership avait été pris par des jeunes dirigeants indépendantistes depuis 1992, il s’était consolidé jusqu’à devenir un acteur significatif du système politique catalan. La transversalité du catalanisme permettait aussi à ses postulats souverainistes de trouver un certain écho non seulement dans des groupes indépendantistes, mais aussi dans des partis non nationalistes, du Partit dels Socialistes de Catalunya (Parti des socialistes de Catalogne, PSC, fédéré avec le Parti socialiste espagnol, PSOE) et la coalition de gauche postcommuniste et écologiste Iniciativa per Catalunya (Initiative pour la Catalogne Verts, ICV), au parti de Pujol, Convergència Democràtica de Catalunya (Convergence démocratique de Catalogne, CDC, fondé en 1974) et son partenaire, Uniò Democràtica de Catalunya (Union démocratique de Catalogne, UDC)[5].

Jusqu’en 2010-2011, les enquêtes d’opinion montraient une nette prédominance de la double identité catalane et espagnole (dans une plus ou moins grande mesure) chez les citoyens de Catalogne, et le caractère minoritaire, bien que nullement négligeable, de la revendication indépendantiste. Cependant, ces mêmes études révélaient également des signes croissants de désaffection sociale pour l’Espagne dans son ensemble, de même qu’une frustration grandissante à l’égard du fonctionnement de l’État des autonomies. Les catalanistes, à l’instar des nationalistes basques et galiciens, considéraient la tendance croissante à niveler les compétences de toutes les régions comme une menace à la reconnaissance du caractère plurinational de l’État, dimension essentielle à leurs yeux[6]. L’insatisfaction à l’égard des mécanismes de redistribution des ressources financières et de solidarité interterritoriale, sans parler des accords économiques ou du régime fiscal spécial dont bénéficiaient le Pays Basque et la Navarre, constituait également un motif de plainte constante de la part du catalanisme politique, qui, depuis la fin du XXe siècle, fit de la revendication d’un « pacte fiscal », c’est-à-dire de l’obtention de la souveraineté financière, l’un de ses objectifs politiques immédiats.

La dynamique de recentralisation croissante impulsée par les gouvernements de Madrid, en particulier au cours des périodes où le parti conservateur, le Parti populaire (PP), détenait la majorité absolue au Parlement espagnol (2000-2004 et à partir de 2011) a encore attisé les tensions. Outre la diffusion d’un programme de renationalisation espagnole par le biais de la politique culturelle et éducative, les gouvernements conservateurs se sont définis par l’impulsion de mécanismes législatifs permettant d’empiéter, en pratique, sur les compétences des communautés autonomes. Ces décisions faisaient écho à un discours bien ancré dans les médias proches du parti conservateur depuis la fin de l’époque Aznar (1996-2004), consistant à dire que l’État des autonomies aurait atteint son plafond de verre, qu’il serait coûteux et peu efficace et qu’il alimenterait d’excessives tendances centrifuges. L’irruption de la crise financière offrit aux conservateurs, dans l’opposition jusqu’en 2011, de plaider inlassablement pour une réduction des dépenses publiques et la recentralisation de plusieurs compétences en faveur de l’État central, sans que le texte de la Constitution ou les Statuts d’autonomie ne soient altérés. Selon les conservateurs, l’engagement du gouvernement Zapatero en faveur de la réforme du Statut catalan à partir de 2004, ainsi que les théories sur la « nation plurielle » avancées par le Premier ministre socialiste, ne parvenaient qu’à dissoudre la nation espagnole[7].

En parallèle, les couches moyennes d’origine non immigrée — des Catalans de soca-rel (de souche) — et la population des aires rurales catalanes manifestaient une désaffection croissante pour l’État espagnol. Entre 2009 et 2011, plusieurs entités civiles organisèrent des référendums non officiels pour l’indépendance dans 550 mairies catalanes (58 % de la totalité). Un demi-million de citoyens catalans participa à ces plébiscites locaux, pour un résultat écrasant en faveur de la sécession. Quelque chose bougeait dans la société catalane[8].

Une réforme statutaire frustrée (2006-2010)

Le mouvement de fond mis en évidence par les consultations indépendantistes se mua en une véritable vague de contestation quand, à la fin du mois de juin 2010, fut publiée la sentence du Tribunal constitutionnel espagnol qui rendait son arrêt sur plusieurs points des recours en inconstitutionnalité admis contre le nouveau Statut d’autonomie de la Catalogne (nou estatut). Approuvé quatre ans plus tôt par référendum par les citoyens de Catalogne – malgré une participation de la moitié du corps électoral seulement –, le nou estatut avait vécu un procès tortueux. La réduction considérable des pouvoirs attribués à la Catalogne par rapport au texte que le Parlement catalan avait envoyé au Parlement de Madrid suscita des tensions politiques considérables, encouragées en particulier par le PP, qui percevait dans la réforme du Statut d’autonomie de la Catalogne un risque de décomposition de l’État. Par huit voix contre deux, la plus haute instance judiciaire du pays déclarait inconstitutionnels, en tout ou partie, jusqu’à quatorze articles du Statut d’autonomie de 2006 et proposait, par six voix contre quatre, une réinterprétation restreinte de 27 autres articles afin qu’ils n’encourent pas l’accusation d’inconstitutionnalité. Le Tribunal estimait également que, dans le Préambule du Statut d’autonomie, les références à « la Catalogne comme nation » et à la « réalité nationale de la Catalogne », quoique dépourvues de traduction juridique pratique, devaient être supprimées.

Une vague d’indignation parcourut l’opinion publique catalane, touchant des électeurs de divers partis, et mobilisant de nombreuses personnes jusqu’alors étrangères à la politique. La colère était d’autant plus grande que le Tribunal constitutionnel affrontait de sérieux problèmes de légitimité : grâce aux manœuvres politiques du PP, deux tiers de ses magistrats étaient toujours en fonction malgré un mandat caduc. La manifestation massive du 10 juillet 2010, dont le slogan était « Som una nació. Nosaltres decidim » (« Nous sommes une nation : nous décidons »), rassembla des dizaines de milliers de personnes ainsi qu’un large éventail de sensibilités au sein du catalanisme. Les sondages d’opinion montraient un bond significatif de l’option indépendantiste : les sondés, qui n’étaient que 28 % à choisir cette option avant juin 2010, se prononçaient désormais à 40 % pour l’indépendance après ce même mois de juin. Plus de deux tiers des citoyens catalans considéraient que le degré d’autogouvernement dont bénéficiait la Catalogne n’était pas satisfaisant, pointant comme motif de leur mécontentement le financement de l’autonomie[9].

En novembre 2010, et après sept ans de gouvernements de gauche (gouvernement tripartite PSC-ICV-ERC), les élections régionales portèrent à nouveau la CiU au pouvoir. Le nouveau président de la Generalitat (Généralité de Catalogne), Artur Mas, fixa comme objectif l’obtention d’un « pacte fiscal » qui permettrait à la région de disposer de plus de ressources financières. La CiU était sortie renforcée des élections ; le vote indépendantiste avait diminué et les suffrages en faveur des partis « espagnolistes » de tendance conservatrice et libérale (PP et Ciutadans, “Citoyens”) augmentaient. Le catalanisme libéral et conservateur semblait renouer avec sa traditionnelle politique pragmatique et d’alliance avec Madrid. Toutefois, le mouvement social indépendantiste s’articulait autour de nouvelles plateformes civiques, expression caractéristique des nouvelles formes de revendications et de contestation citoyenne en Espagne. Après la Conferència Nacional per l’Estat Propi (Conférence nationale pour l’État catalan) de fin avril 2011, c’est l’Assemblea Nacional Catalana (Assemblée nationale catalane, ANC) qui vit le jour un an plus tard. Parmi ses fondateurs se trouvaient diverses personnalités issues majoritairement du monde de la culture, des arts et des médias, mais aussi des membres de différents partis politiques, des chefs de petites entreprises et des militants issus de mouvements sociaux. En mars 2012, pour la première fois de son histoire, le congrès ordinaire de la CDC adopta une résolution politique appelant à « construire notre propre État en garantissant notre permanence en tant que nation et notre viabilité comme société » en s’appuyant sur une large majorité sociale.

Une tempête parfaite (2012-2015)

La très large victoire du PP aux élections législatives de novembre 2011, résultant d’un mécontentement lié à la gestion économique du gouvernement Zapatero, et l’accession de son leader, Mariano Rajoy, constituèrent le prélude de mois difficiles pour la démocratie espagnole, marqués par de brutales coupes budgétaires imposées par le nouvel exécutif à la demande de Bruxelles, du FMI et de la Banque centrale européenne parallèlement au sauvetage du système bancaire sur fonds publics. La vague de scandales de corruption qui toucha le cœur du système politique et institutionnel espagnol à partir de 2012, et la perte grandissante de la popularité de la monarchie chez les plus jeunes, accentuèrent cette crise démocratique. L’abdication, en juin 2014, de Juan Carlos I en faveur de son fils Felipe VI, ne permit pas à l’institution de récupérer la cote de popularité qui était la sienne dans les années 1980-1990[10].

Les élites dirigeantes du mouvement civique indépendantiste comprirent que le moment était propice pour lancer une offensive politique en mobilisant leurs bases : l’État espagnol était affaibli. Mais personne ne pouvait prédire la magnitude du séisme. La croissance du mouvement pro-indépendance apparut en pleine lumière lors de la gigantesque manifestation qui parcourut les rues de Barcelone lors de la célébration de la fête de la Catalogne (Diada) du 11 septembre 2012. Un tsunami aux conséquences encore imprévisibles secouait la politique catalane et espagnole et allait trouver un écho dans les tout aussi impressionnantes manifestations de la Diada des trois années qui suivirent.

Quatre facteurs principaux expliquent la montée de l’indépendantisme en Catalogne, désormais capable de rassembler des centaines de milliers de personnes.

En premier lieu, une large relève générationnelle des élites catalanistes, qui s’accompagne d’une radicalisation croissante des cadres intermédiaires des partis nationalistes[11]. Ces derniers prônaient de plus en plus vigoureusement un dépassement du cadre constitutionnel, se sentant libérés des héritages et des engagements des années de la Transition démocratique, événement qu’il convenait de « mettre à la retraite » ainsi que l’écrivait en 1998 l’ancien leader d’ERC, Josep-Lluís Carod Rovira[12]. Pour les animateurs du nationalisme catalan, le contexte européen favoriserait la proposition d’objectifs indépendantistes par la voie pacifique ; Bruxelles donnerait son aval à un dialogue politique entre Barcelone et Madrid en présence d’une claire majorité sociale sécessionniste, et l’UE accueillerait la Catalogne en son sein. Du point de vue de la nouvelle génération de dirigeants et de théoriciens du catalanisme politique, depuis Jordi Sànchez et Oriol Junqueras jusqu’à Hèctor López Bofill ou Alfons López Tena, l’indépendance serait une option encore plus souhaitable après le fiasco de l’utopie de « l’Europe des régions » et le constat selon lequel le modèle de construction européenne était fondé sur une organisation confédérale ou « consociative » (selon l’expression du politologue Arend Lijphart) des États-nations. Pour être influente en Europe, la Catalogne devrait disposer de son propre État. L’élargissement à l’Est en 2004 venait renforcer cette perception. Si Malte ou l’Estonie pouvaient être des États membres de plein droit et que leurs langues obtenaient une reconnaissance officielle à Bruxelles, pourquoi n’en serait-il pas de même pour la Catalogne et le catalan[13] ? En effet, le retour du mirage de l’État-nation au XXIe siècle se manifeste de plusieurs façons dans l’Europe actuelle. L’une d’entre elles est la conviction qu’un État national renforcé peut constituer un rempart défensif contre les incertitudes de la globalisation, de l’immigration croissante et des menaces à la survie de l’État-providence.

Deuxièmement, l’insatisfaction à l’égard de l’État des autonomies se nourrissait d’un paradoxe. Certes, l’on peut interpréter l’essor de l’indépendantisme en Catalogne comme un succès des politiques de construction nationale dessinées par les gouvernements de la Généralité depuis 1980. La catalanisation linguistique, le contrôle de l’école publique et de la télévision publique régionale, ou encore l’extension du champ des compétences attribuées au pouvoir catalan… tout devait tendre à ce que les citoyens catalans soient, en l’espace de deux générations, des Catalans pleinement nationaux[14]. Mais une alternative à cette interprétation est possible. Constatant que les mécanismes de nationalisation des masses propres au XIXe siècle n’étaient plus aussi efficaces à la fin du XXe siècle, beaucoup de catalanistes se sont sentis frustrés devant l’impossibilité d’accentuer le sentiment national par le biais de l’école ou des médias publics. Un haut responsable de la CDC déclarait ainsi que la « bigamie patriotique » des Catalans semblait difficile à éradiquer, ainsi que le montraient également les enquêtes d’opinion conduites entre les années 1980 et le début du XXIe siècle[15]. Les politiques linguistiques permirent par exemple d’accroître le pourcentage de la population de Catalogne ayant une connaissance active du catalan, ainsi que son usage public et symbolique. Mais elles ne parvinrent pas à éviter que la langue castillane conserve toute sa force en Catalogne — plus de la moitié des Catalans s’expriment de façon quotidienne en castillan. De nombreux leaders catalanistes en conclurent que la Catalogne ne pourrait récupérer ses signes d’identité, sous la menace constante d’une assimilation, que si elle était politiquement souveraine. Le sentiment de l’identité menacée constituerait un vecteur important de radicalisation. En d’autres termes, le nombre de catalanistes n’a pas nécessairement augmenté, mais ceux qui l’étaient déjà se sont radicalisés politiquement.

Le troisième facteur est une réorientation du discours du nouvel indépendantisme catalan. Patente depuis la fin des années 1990, elle met l’accent sur un projet national civique et inclusif, qui assumerait la pluralité culturelle, le bilinguisme (castillan-catalan) et les identités multiples. Le catalanisme a été confronté au même dilemme que d’autres nationalismes sous-étatiques, du Québec à l’Écosse : pour susciter des adhésions au projet souverainiste, il fallait réduire les tonalités culturalistes et romantiques du message et en appeler aux intérêts et aux attentes des citoyens. Il était donc nécessaire de construire un projet civique, républicain et utile promettant à ses adhérents un meilleur niveau de vie, la justice sociale et une plus grande qualité démocratique que celle de l’Espagne constitutionnelle, marquée par l’héritage franquiste. L’argument consistant à se dire lésé en matière fiscale et économique fait l’objet d’une forte instrumentalisation : pour les indépendantistes, les citoyens catalans paieraient plus d’impôts à l’État par rapport aux contreparties en matière d’investissements publics, d’aéroports et de voies de chemins de fer. Le slogan « l’Espagne nous vole » devient récurrent dans le discours indépendantiste[16]. Il s’agit avant tout d’un langage performatif.L’interprétation des chiffres et des bilans financiers est en effet discutable, de même que les conséquences des flux économiques. Mais l’impact émotionnel de ces arguments était assuré. La réactivation de stéréotypes de longue date du catalanisme politique, comme celui de l’opposition entre une Catalogne de classe moyenne industrieuse et honnête et une « Castille » de fonctionnaires corrompus et paresseux, a facilité ce succès. Aujourd’hui, des régions méridionales « subventionnées » comme l’Estrémadure et l’Andalousie ont remplacé dans le discours cette « Castille » du passé.

Cependant, il reste à voir si les éléments ethno-culturels du discours nationaliste catalan ont reculé face aux éléments civiques : le malaise exprimé par plusieurs centaines d’intellectuels catalanistes, professeurs de catalan et professionnels, au sujet de la défense du bilinguisme par l’indépendantisme en est peut-être le symptôme[17]. Un futur État catalan pourrait-il, de façon hypothétique, tomber dans la tentation propre à de nombreux États nationaux : aspirer à la nationalisation et à l’homogénéisation culturelle de ses citoyens à moyen terme ?

Finalement, il n’est pas insensé que l’indépendantisme agisse comme une sorte de dernière utopie utile dans un contexte de crise économique, de hausse du chômage, de baisse du niveau de vie, de fracture générationnelle et d’incertitude face à l’avenir, ainsi que face à l’absence d’alternatives et d’autonomie d’action susceptibles d’être proposées par la majorité des forces politiques[18]. L’espoir d’un État catalan peut offrir un refuge sécuritaire et identitaire pour les attentes déçues de nombreux citoyens, qu’il s’agisse de jeunes sans avenir ou de partisans du nationalisme culturel, ou encore, et plus particulièrement, d’une classe moyenne qui, face à un niveau de vie et des espoirs contrariés par la crise, se verrait jouer un rôle majeur dans une sorte de révolution tranquille.

L’absence de réponses politiques du gouvernement de Madrid face à l’essor et à la consolidation de ces nouvelles demandes, de même que le renforcement parallèle au sein de la droite conservatrice et de secteurs de gauche d’un nationalisme espagnol peu tolérant envers la diversité culturelle et identitaire du pays, ont également ouvert la voie à un affrontement de légitimités. Les propositions fédéralistes mécaniques émanant du PSOE et d’autres groupes de gauche, qui mettent l’accent sur le discours de la nation des nations élaborés à la fin des années 1970, reviennent simplement à mettre du vin nouveau dans de vieilles outres. Les propositions de la nouvelle gauche alternative, qui, pour sa part, assumait en grande partie une praxis et un discours consciemment populiste, à l’instar de Podemos et, dans une certaine mesure, de ses alliances territoriales autonomes avec des partis régionalistes ou nationalistes en Galice, à Valence et en Catalogne, se heurtent également à un certain flou quant à la forme future de l’État. Ce qui n’empêche pas la nouvelle gauche espagnole d’appeler à un référendum légal en Catalogne, et d’exprimer sa préférence pour un État espagnol républicain, multinational et fédéral[19].

Des questions ouvertes dans l’œil du cyclone (2016-2018)

Les quatre dernières années ont été le théâtre d’événements intenses provoquant une polarisation du débat politique au sein de la société catalane et, dans une certaine mesure, espagnole. Parmi les jalons chronologiques de cette période, il convient de retenir la consultation indépendantiste illégale de novembre 2014 et les « élections plébiscitaires » de septembre 2015, remportées par les forces indépendantistes grâce à une majorité de sièges au Parlement de Barcelone, qui représentaient 47,8 % des votes exprimés. La rupture de toute possibilité de négociation d’un référendum sur l’indépendance, sur le modèle de l’Écosse, entre la Generalitat et le Gouvernement espagnol, de même que, l’appel unilatéral du gouvernement catalan à un référendum non reconnu par l’opposition anti-indépendantiste à Barcelone, qui s’est déroulé le 1er octobre 2017 au milieu de charges policières et de pressions de la part du gouvernement espagnol, sont également des événements importants. Il faut d’ailleurs noter que ce référendum n’a pas donné suffisamment de garanties de transparence et que la participation, selon les chiffres de la Generalitat, a été inférieure à 43 % des inscrits sur les listes électorales. Ses résultats n’ont en outre été reconnus par aucun État ni par les institutions européennes. La proclamation symbolique d’indépendance par le président de la Generalitat depuis 2016, Carles Puigdemont, suivie de l’intervention de l’État central dans le gouvernement autonome de Catalogne, l’emprisonnement de plusieurs dirigeants pour sédition contre l’État, la fuite de Puigdemont et de plusieurs de ses conseillers à Bruxelles, et la convocation de nouvelles élections catalanes en décembre 2017, dans un contexte de croissante tension sociale – jusqu’à présent exempte de violence – constituent d’autres moments importants de cette histoire tourmentée. Lors de ce scrutin, les indépendantistes sont de nouveau sortis vainqueurs en nombre de sièges, mais sans majorité absolue des suffrages exprimés (47,5 %). De même qu’en 2015, ils avaient gagné les élections mais perdu le plébiscite[20].

En résumé, la division sociale et politique de la Catalogne en deux moitiés semble consolidée en ce début d’année 2018. Un peu moins de la moitié des votants sont favorables à l’indépendance. Amplement mobilisés, ils ont un objectif en apparence commun : l’obtention d’une république catalane, sans que l’on ait plus de détails sur son orientation sociale, point sur lequel les anticapitalistes, les libéraux et les sociaux-démocrates favorables à l’indépendance divergent. Un peu plus de la moitié des citoyens catalans préfèrent soit le maintien du statu quo, soit un État fédéral ou un État des autonomies qui assurerait à la Catalogne que ses compétences ne seront jamais remises en cause par l’État espagnol. Nul doute que le mouvement indépendantiste est toujours aussi unifié, alimenté pour l’heure par la mémoire du 1er octobre 2017 et par des mythes favorisant la mobilisation (ses dirigeants en détention préventive, le soi-disant « gouvernement catalan en exil », ainsi que la détention du président Carles Puigdemont en Allemagne à la fin mars 2018 et sa possible extradition en Espagne). Ses acteurs partagent en outre la conviction d’être les victimes de l’oppression de l’État espagnol, accusé de déficit démocratique et de méthodes autoritaires[21]. De leur côté, les secteurs non indépendantistes de la société catalane se sont mobilisés et regroupés de façon croissante au cours de la seconde moitié de 2017. Des manifestations massives ont eu lieu et des organisations comme la Societat Civil Catalana (Société civile catalane), opposées à la sécession, ont gagné en soutien et en visibilité. Le parti Ciutadans est celui qui a obtenu le plus grand nombre de voix aux élections de décembre 2017. Ainsi, aucune solution au conflit entre le catalanisme politique et l’État espagnol ne se dessine dans un horizon politique à moyen terme, en raison de l’affaiblissement des courants politiques prônant des solutions négociées (profonde réforme constitutionnelle ou possibilité de convenir d’un référendum « pacté », c’est-à-dire accepté par toutes les parties). Jusqu’à ce jour, l’affrontement a été pacifique, même s’il ne fut pas exempt, par moments, de fortes tensions sociales[22]. Néanmoins, et au-delà des vicissitudes circonstancielles, quelques questions demeurent ouvertes.

En premier lieu, le projet indépendantiste devra probablement définir tôt ou tard quel projet majoritaire de nation il préconise, au-delà de la visée magique d’une république catalane comme objectif commun à toutes les tendances politiques et les sensibilités sociales qui soutiennent le mouvement souverainiste. Les idéaux émancipateurs – l’utopie républicaine d’une société plus juste, moins corrompue, redistribuant ses richesses de façon équitable – ne font pas toujours bon ménage avec les idéaux sécessionnistes du riche ne souhaitant pas partager son niveau de vie avec d’autres territoires[23]. Jusqu’à maintenant, toutefois, l’indépendantisme a été capable de recueillir l’adhésion de groupes sociaux très variés, et d’offrir un objectif commun à des partisans du nationalisme culturel, à des défenseurs d’une république civique, à des révolutionnaires sociaux issus de courants alternatifs, et à des citoyens en quête d’un État qui protégerait mieux leur niveau de vie. La dynamique de polarisation a favorisé cette dynamique d’adhésion : depuis 2016, l’indépendantisme a donné la priorité à une stratégie de confrontation politico-institutionnelle avec le gouvernement de Madrid, justifiée par le refus permanent de ce dernier d’aborder la question catalane selon une perspective politique, et non seulement légale ou judiciaire. Des bénéfices étaient attendus de cette confrontation stratégique : provoquer la réaction autoritaire de l’État espagnol, discréditer celui-ci aux yeux de l’opinion publique européenne, et susciter des adhésions à la cause indépendantiste au sein de groupes sociaux plus larges.

En deuxième lieu, il n’y a pas eu jusqu’à présent dans l’espace public catalan (et espagnol) de débat raisonné autour des coûts et des bénéfices de l’indépendance, comme ce fut le cas au Québec et en Écosse. Un processus délibératoire et apaisé, dans lequel les passions seraient reléguées au second plan, et avec la garantie d’un pluralisme dans tous les médias publics, semble improbable à court terme. Le rejet de tout dialogue politique avec l’indépendantisme catalan de la part du gouvernement de Madrid, retranché derrière la légalité sans discuter de légitimité, ne contribue pas à son instauration, de même que la dynamique d’accélération unilatérale et peu respectueuse de l’opposition parlementaire impulsée par des partis indépendantistes depuis 2016-2017 s’appuyant sur une légitimité contestable. Du côté de Madrid, on nie une évidence, celle du malaise partagé par environ la moitié de la population catalane face au statu quo politique, et l’on ignore que plus des deux tiers des citoyens catalans seraient favorables à l’organisation d’un référendum en accord avec le gouvernement de Madrid, même si tous ne voteraient pas pour la sécession. Toutefois, du côté des indépendantistes, on a joué de façon quelque peu opportuniste avec le seuil de légitimité nécessaire pour appuyer leur projet. Si, en 2012-2014, les leaders catalanistes étaient nombreux à considérer qu’il fallait obtenir au moins 60 % des suffrages, ils en appelèrent en 2015 à la majorité des sièges obtenue, avant d’éluder la définition même d’un seuil minimal de participation à l’occasion du vote du 1er octobre 2017.

En troisième lieu, ce débat devrait poser la question des prérequis nécessaires pour que les résultats d’un référendum d’autodétermination soient considérés comme légitimes. La moitié des voix plus une, sans fixer de seuil de participation minimal ? La majorité simple, mais avec un seuil minimal de votants supérieur à la moitié du corps électoral ? Une majorité qualifiée fixée à plus de 60 % des suffrages ? Il n’existe pas de règles préalablement fixées par le droit international, comme l’a montré en 2010 l’avis consultatif émis par la Cour internationale de Justice sur l’indépendance unilatérale du Kosovo. Les seuils de participation, tout comme les conditions du vote, ont été fixés par un accord bilatéral dans les deux cas. Exiger une majorité qualifiée suppose d’accorder aux votes négatifs une valeur supérieure à celle des votes favorables à la sécession, ce qui violerait des principes démocratiques élémentaires. Les partisans de la majorité qualifiée expliquent qu’une modification irréversible du statut politique d’un territoire devrait bénéficier d’un soutien social incontestablement hégémonique, tout comme une révision constitutionnelle requiert une majorité qualifiée. La clarté de la question, ou des questions posées, ne serait pas moins importante que les pourcentages : les citoyens doivent-ils choisir entre une ou plusieurs options ? Faudrait-il une réponse claire, sur le modèle canadien ou écossais, ou des réponses multiples, comme à Porto Rico ?

En quatrième lieu, « l’automne brûlant » de 2017 a mis en lumière que le contexte international jouait clairement contre les partisans de l’indépendance de la Catalogne. Ces derniers sont apparus pratiquement isolés en Europe dans leur défense de la voie de sécession unilatérale. Le petit Kosovo n’est pas comparable à une Catalogne de 7 millions d’habitants comptant sur l’importance financière, touristique et commerciale de Barcelone, comme l’a démontré en octobre 2017 la rapidité de la fuite de Barcelone du siège social de beaucoup d’entreprises et surtout des grandes banques catalanes, qui craignaient que la proclamation de l’indépendance unilatérale laisse la Catalogne en dehors de l’UE. Il n’est pas dans l’intérêt des États membres de l’UE d’établir un précédent de sécession interne, identifiée comme une source importante de fragmentation de l’espace européen. Ainsi, une République catalane proclamée unilatéralement risquerait sérieusement de se voir exclue temporairement ou définitivement de l’UE[24]. Ce scénario est très plausible au plan politique bien que les indépendantistes catalans aient insisté sur le fait que la question pourrait être débattue au plan juridique. Paradoxalement, ce qui aurait pu être possible en Afrique, au Caucase ou, à une autre époque, dans les Balkans, n’est plus viable au sein de l’UE. Ainsi, ce qui apparaissait au départ comme un facteur favorable à la conquête pacifique et démocratique de l’indépendance pourrait bien devenir une contrainte insurmontable.

Pour finir, concluons que le catalanisme, mais aussi la majorité des nationalismes sous-étatiques, n’ont pas encore totalement défini leurs modèles de cohabitation multiculturelle pour le long XXIe siècle. Les nationalismes d’État ne l’ont pas fait non plus, à commencer par le nationalisme espagnol, probablement parce que le moule de l’État national classique ne suffit plus à embrasser des sociétés aux attributions identitaires multiples et changeantes. Mais jusqu’à présent, toutes les tentatives pour réinventer le nationalisme ou pour soumettre à discussion le totem de la souveraineté se sont heurtées à l’échec ou à l’indifférence. L’État national semble être revenu au premier plan de la vie politique européenne. Pour l’heure, il reste à inventer une Espagne post-nationale, c’est-à-dire une forme d’État davantage fondé sur la polis que sur l’ethnos, abordant de façon pragmatique et négociée la coexistence en son sein de diverses identités nationales. Toutefois, une Catalogne, une Corse, une Galice et une Écosse post-nationales sont également à inventer.

 Traduit par Alexandra Danet-Leveillé

L'auteur

Xosé M. Núñez Seixas est docteur en histoire contemporaine à l’Institut universitaire européen de Florence et professeur des universités à l’Université de Saint-Jacques de Compostelle. Spécialiste des nationalismes ibériques et européens comparés, de l’histoire des migrations et de l’histoire culturelle de la guerre, il a aussi été professeur des universités à l’Université Ludwig-Maximilian de Munich entre 2012 et 2017. Il a récemment publié : avec J. Moreno Luzón (dir.), Metaphors of Spain. Representations of Spanish National Identity in the Twentieth Century (Oxford/New York 2017) ; (dir.), España en democracia, 1975-2011 (Barcelone/Madrid 2017).

Pour citer cet article : Xosé M. Núñez Seixas, « Le cauchemar espagnol. Quelques thèses sur la radicalisation de la question catalane (2010-2018) », Histoire@Politique [en ligne : www.histoire-politique.fr, mis en ligne le 3 avril 2018].

 


[1] Voir, pour une perspective générale, Xosé M. Núñez Seixas (dir.), España en democracia, 1975-2011, Barcelone/Madrid, Crítica/Marcial Pons, 2017.

[2] Voir une interprétation récente chez Ignacio Sánchez Cuenca, La confusión nacional. La democracia española ante la crisis catalana, Madrid, Catarata, 2018.

[3] Voir Enric Ucelay-Da Cal, El imperialismo catalán. Prat de la Riba, Cambó, D’Ors y la conquista moral de España, Barcelone, Edhasa, 2003 ; Jaume Claret et Manuel Santirso, La historia del catalanismo: Historia de un afán político, Madrid, La Catarata, 2014.

[4] Voir Alicia Fernández-García et Mathieu Petithomme (dir.), Les nationalismes dans l’Espagne contemporaine (1975-2011). Compétition politique et identités nationales, Paris, Armand Colin, 2012. Sur la période pujoliste, voir Paola Lo Cascio, Nacionalisme i autogovern: Catalunya, 1980-2003, Catarroja, Afers, 2008.

[5] La CDC et l’UDC rompent en juin 2015. La première se reconvertit en Partit Demòcrata Europeu Català (Parti démocrate européen catalan, PDeCat). Voir Joan B. Culla, Esquerra Republicana de Catalunya 1931-2012: Una història política, Barcelone, La Campana, 2013 et Joan Marcet, Auge y declive de la derecha catalanista. Del Palau de la Música al PDeCAT, Madrid, La Catarata, 2017.

[6] Voir Xosé M. Núñez Seixas, « Regions, Nations and Nationalities: On the Process of Territorial Identity-Building During Spain’s Democratic Transition and Consolidation », dans Carlos H. Waisman et Raanan Rein (eds.), Spanish and Latin American Transitions to Democracy, Brighton / Portland, Sussex Academic Press, 2005, p. 55-79.

[7] Voir Xosé M. Núñez Seixas, Patriotas y demócratas. El discurso nacionalista español después de Franco, Madrid: Catarata, 2010, et Jordi Mendoza, La construcción política de la identidad española: ¿Del nacionalcatolicismo al patriotismo constitucional?, Madrid, CIS, 2012.

[8] Voir Enric Ucelay-Da Cal, « Catalonia Dreaming. The Rise of Catalan Mass Secessionism, 2010-2015 », Tiempo Devorado. Revista de Historia Actual, 2:3 (2015), pp. 54-97 ; K. Crameri, Goodbye Spain? The Question of Independence for Catalonia, Brighton, Sussex Academic Press, 2014 et Steven Forti, A. Gonzàlez-Vilalta et Enric Ucelay-Da Cal (dir.), El proceso separatista en Cataluña. Análisis de un pasado reciente (2006-2017), Grenade, Comares, 2017.

[9] Voir Klaus-Jüren Nagel, « ¿Del autonomismo al independentismo? En vías de interpretar el giro reciente del nacionalismo catalán », dans Ferran Archilés et Ismael Saz (dir.), Naciones y Estado. La cuestión española, Valence, PUV, 2014, p. 325-352.

[10] Javier Moreno Luzón, « La monarquía malherida », Ayer, 100 (2015), p. 251-264.

[11] Voir Astrid Barrio et Juan Rodríguez Teruel, « Pour quelles raisons les partis politiques en Catalogne se sont-ils radicalisés ? Le système des partis et la montée du souveranisme (1999-2012) », Pôle Sud, 40 (2014), pp. 99-120 ; Oriol Bartomeus, « Tendència de fons o tàctica partidista: el canvi generacional i el gir ideològic del catalanisme », Tiempo Devorado. Revista de Historia Actual, 2 :3 (2015), pp. 278-290.

[12] Josep-Lluis Carod-Rovira, Jubilar la transició, Barcelone, Columna, 1998.

[13] Voir John McGarry et Michael Keating (dir.), European Integration and the Nationalities Question, Londres, Routledge, 2006 ; Anwen Elias, Minority Nationalist Parties and European Integration: A Comparative Study, Londres, Routledge, 2009.

[14] Voir Jordi Canal, Historia mínima de Cataluña, Madrid, Turner, 2015 ; Andrew Dowling, Catalonia since the Spanish Civil War: Reconstructing the Nation, Portland, Or., Sussex Academic Press, 2013.

[15] Voir Luis Moreno, La federalización de España. Poder politico y territorio, Madrid, Siglo XXI, 2008.

[16] Voir par exemple Alfons López Tena, Cataluña bajo España. La opresión nacional en democracia, Barcelone, Dèria, 2009, ainsi que Josep-Ll. Carod-Rovira, El futur a les mans, Barcelone, Angle, 2003. Une discussion du point de vue anti-indépendantiste dans Josep Borrell et Joan Llorach, Las cuentas y los cuentos de la independencia, Madrid, Catarata, 2015.

[17] Voir, par exemple, le manifeste du groupe Koiné (avril 2016), qui prônait le monolinguisme catalan pour l’État catalan, dans http://www.lavanguardia.com/vida/20160329/40737167331/un-manifest-impulsat-pel-grup-koine-advoca-pel-catala-com-a-llengua-territorial-unica-en-una-catalunya-independent.html. Plusieurs leaders indépendantistes ont pris leur distance vis-à-vis de ces positions.

[18] Voir Marina Subirats, « Una utopía disponible: La Cataluña independiente », La Maleta de Portbou, 6 (2014), p. 6-15 ; id., « La socièté catalane aujourd’hui : croissance et crise », Pôle Sud, 40 (2014), pp. 29-41.

[19] Xosé M. Núñez Seixas, « Reptes nous, respostes velles: Alguns dilemes actuals del nacionalisme espanyol », L’Avenç, 433 (2017), p. 42-49.

[20] Voir Peter A. Kraus et Joan Vergés-Gifra (dir.), The Catalan Process: sovereignty, self-determination and democracy in the 21st century, Barcelone, Generalitat de Catalunya, 2017.

[21] Voir Marina Subirats, « El desafío imposible. Características y límites del movimiento independentista catalán », La Maleta de Portbou, 27 (2018), p. 27-32.

[22] Voir Arnau Gonzàlez i Vilalta, Enric Ucelay-Da Cal et Plácid García-Planas, Tumulto. Meditacions sobre l’octubre català (2017), Barcelone, Gregal, 2017.

[23] Voir Emmanuel dalle Mulle, The Nationalism of the Rich: Discourses and Strategies of Separatist Parties in Catalonia, Flanders, Northern Italy and Scotland, Londres, Routledge, 2018.

[24] Voir Klaus-Jürgen Nagel et Stefan Rixen (dir.), Catalonia in Spain and Europe. Is There a Way to Independence?, Baden-Baden, Nomos, 2015 ; Xavier Cuadras-Morató (dir.), Catalonia: A New Independent State in Europe? A Debate over Secession within the European Union, Londres/New York, Routledge, 2016.

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  • ISSN 1954-3670