Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Les socialistes français face au réformisme

Coordination : Mathieu Fulla et Emmanuel Jousse

Le gouvernement de Front républicain : une politique réformiste sous fortes contraintes

François Lafon
Résumé :

Moment important du socialisme français de l’après-guerre, l’expérience du Front républicain (1956-1957) n’a paradoxalement laissé aucune trace dans (...)

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Dans la mémoire socialiste, l’expérience du Front républicain n’occupe quasiment aucune place. À l’occasion de son discours d’investiture en 1981, François Mitterrand ne la mentionnait pas quand il évoquait les brèves et glorieuses césures de l’histoire française qui virent correspondre, selon lui, majorités sociologiques et politiques. La faute en revient probablement à la légende noire qui entoure encore et toujours le gouvernement présidé par Guy Mollet, réduit tout à la fois à la conduite de la guerre en Algérie et à l’opposition entre le chef du gouvernement et Pierre Mendès France, présenté comme le lien générationnel entre les heures glorieuses du Front populaire et la rénovation socialiste des années 1970. Les larmes de Pierre Mendès France lors de la cérémonie d’investiture du nouveau Président en 1981 ont d’ailleurs symboliquement marqué les mémoires.

Mais précisément ici, c’est d’histoire qu’il s’agit. Si les enjeux mémoriels ont leur importance, ils ne doivent pas pour autant occulter les faits. Car le Front républicain, malgré toutes ses limites – et il y en eut – s’est pensé comme s’inscrivant dans la pleine continuité de l’histoire du parti socialiste dans sa relation à l’exercice du pouvoir. Mieux, cette continuité s’illustre dans les choix de la conduite de la politique économique et sociale du gouvernement. Si l’on accepte de l’analyser à l’aune des contraintes qui furent celles d’un gouvernement minoritaire en régime parlementaire, alors le bilan que l’on peut tirer prend une orientation pour le moins très différente d’une certaine « vulgate ». Comme le souligne Michel Margairaz en 2005, les expériences de socialistes ne se déroulent pas, en 1936, et 1944-1947, « à froid » : « De même, en 1955, on assiste à de très grandes grèves. Le fait que cela ait eu lieu "à chaud" implique que les choix aient été en partie opérés sous la contrainte du mouvement social. » Revenant sur le procès rituel en incompétence fait aux socialistes, Michel Margairaz poursuit : « Donc, l’incompétence n’éclaire rien. Je pense aussi qu’il s’agit d’une mauvaise intention à l’égard du parti socialiste. Malheureusement, cette explication est reprise à l’intérieur du parti socialiste, chez les historiens, mais pas seulement. Avec la mutation du parti socialiste en 1971, noircir un peu les prédécesseurs permettait de se blanchir davantage, d’apparaître compétents [1] . »

Après avoir rappelé les contraintes qui ont déterminé le cadre de l’action gouvernementale, nous préciserons la nature de la politique « réformiste » engagée par le gouvernement Guy Mollet, avant de revenir – brièvement – sur les enjeux algériens.

Le Front républicain : les contraintes d’un gouvernement à la majorité très relative

Il convient de décrypter en préalable la relation entre Guy Mollet [2] et Pierre Mendès France. Pour aller à l’essentiel, si les deux hommes s’opposaient presque irréductiblement quant à la conception de l’action politique et notamment sur la place des partis politiques dans la démocratie, il importe de rappeler – tant la légende est tenace – que le leader radical ne tenait aucunement à exercer la présidence du Conseil en 1956. C’est à la lumière de cet élément crucial que se doit d’être réexaminée l’attitude de Guy Mollet, présenté comme faisant tout pour écarter son prétendu rival en la matière [3] . En fait, l’affrontement porta sur le ministère qu’exercerait Pierre Mendès France et, si conflit incontestable il y eut, il convient de comprendre qu’il porta sur l’exigence de ce dernier de recevoir le poste de ministre des Affaires étrangères. Or son attitude dans le débat sur la Communauté européenne de défense (CED) le disqualifiait a priori au moment où se produisait la relance de la construction européenne devant aboutir à la signature du traité de Rome.

En outre, en choisissant Guy Mollet, le président de la République, René Coty, demeurait fidèle à la tradition républicaine puisqu’il confiait la présidence du Conseil à un leader issu du principal parti de la majorité parlementaire. Or, même s’il est vrai que de nombreux élus socialistes se réclamaient du mendésisme, le groupe parlementaire socialiste était plus nombreux que celui du parti radical. Ce dernier était au demeurant fortement divisé et nombre de ses députés hostiles à Pierre Mendès France, qu’ils n’avaient eu de cesse de combattre. De ce point de vue, il n’est sans doute pas totalement inutile de mentionner a contrario le soutien constant que lui avait apporté la SFIO, ce dont Mendès France s’était d’ailleurs félicité dans une lettre de remerciements adressée à Guy Mollet [4] .

Le refus de Guy Mollet d’accorder les Affaires étrangères à Pierre Mendès France ne doit pas non plus occulter le fait que les autres propositions qu’il lui fit pouvaient receler bien des pièges. Tel est le cas, parmi d’autres, d’une vice-présidence du Conseil chargée du dossier algérien que Mendès France refusa, arguant notamment de sa judéité. Soulignons, à la suite notamment de Pierre Birnbaum [5] , l’importance de l’argument tant Mendès France a été victime d’attaques antisémites dans sa carrière politique. Mais observons aussi, à la suite d’Alain Savary [6] , que c’est Pierre Mendès France lui-même qui, durant la campagne électorale, avait indiqué que, s’il était choisi, son premier acte serait de se rendre à Alger pour refaire en quelque sorte le « coup de Carthage » – quand le 31 juillet 1954, au cours d’un voyage surprise dans une Tunisie en proie depuis plusieurs semaines à des violences, Mendès France annonce l’autonomie interne de l'État tunisien. En ce sens, il porte une responsabilité, au moins indirecte, dans la volonté de Guy Mollet de se rendre immédiatement à Alger, le chef du gouvernement ne voulant pas sembler manquer de l’audace qui aurait été celle de son rival. Or comme le faisait judicieusement remarquer Alain Savary, « Alger n’est pas Carthage [7]  ». Dont acte. Cependant, d’autres fractures étaient perceptibles entre les deux hommes dont la politique sociale et économique ne fut pas la moindre.

Quelques années plus tard, à l’occasion d’une rencontre, le 26 juin 1959, avec les dirigeants du Sozialdemockratische Partei Deutschlands (SPD) quelques mois après la scission de la SFIO de septembre 1958 et la création du parti socialiste autonome (PSA) que rejoignit Pierre Mendès France, Guy Mollet eut l’occasion de revenir en détail sur la nature de leurs relations [8] . À cette occasion, il estima que la cristallisation de l’opposition entre Mendès France et lui remontait non pas tant à la nature de la politique conduite par son gouvernement, mais au conflit sur le poste de ministre des Affaires étrangères – qu’il refusait d’accorder au leader radical – ainsi qu’à la nature de la politique économique et sociale qu’il entendait conduire. Devant ses interlocuteurs sociaux-démocrates, Guy Mollet n’hésita pas à définir Mendès comme une personnalité « philosophiquement de gauche, économiquement de droite » qui avait aussi refusé le ministère des Finances et de l’Économie, notamment au motif qu’il refusait le Fonds vieillesse.

Il convient de verser au débat concernant le choix de la présidence du Conseil une autre pièce d’importance. Au départ, Guy Mollet était partisan de confier « au meilleur des autres », en l’occurrence Pierre Mendès France, la responsabilité de former le gouvernement. Or sur ce point, il avait été mis en très nette minorité au comité directeur de la SFIO. Lorsqu’il déclare, le 4 janvier 1956, qu’« à [son] avis, le parti devrait réclamer la direction du gouvernement pour Mendès France », précisant que dans le cas où la charge reviendrait à un socialiste, il ne désirait pas l’assumer, il n’avait reçu l’appui que d’Augustin Laurent et de Marceau Pivert. À l’inverse, la quasi-totalité des membres du Comité directeur souhaitait qu’il assume cette fonction, y compris ceux qui, tel André Philip, devaient devenir ses futurs adversaires. Le congrès extraordinaire de la SFIO des 14 et 15 janvier 1956 fut l’occasion pour les militants et surtout pour les cadres intermédiaires de la SFIO de faire pression sur Guy Mollet afin qu’il revienne sur sa position initiale [9] . De fait, à compter de la mi-janvier, tout en étant conscient des risques que comporterait la formation d’un gouvernement à direction socialiste, Guy Mollet n’avait plus le choix. Fort lucidement il analysait en ces termes la donne politique : « J’ai moi même défendu cette thèse [confier à Mendès la direction du gouvernement], mais les faits sont là et nous n’y pouvons plus rien. Il est à peu près acquis que le secrétaire général du parti sera appelé demain. » Proches au départ de Pierre Mendès France, certains socialistes évoluèrent fort négativement vis-à-vis de ce dernier. Tel fut le cas de Gaston Defferre, dont Mendès avait souhaité qu’il fût membre de son cabinet en 1954. Lors de la réunion de l’instance de direction socialiste, le 25 janvier 1956, il déclara que, puisque le leader radical refusait « de prendre le ministère de l’Économie et des Finances », « il s’opposera à toutes les mesures sociales, il jouera le rôle d’un frein et cela se connaîtra dans le pays ». C’est pourquoi, dans ces conditions, Defferre estima qu’il ne fallait « ni constituer le gouvernement, ni participer [10]  ».

Ce simple rappel permet d’apprécier combien l’indiscutable opposition entre Guy Mollet et Pierre Mendès France a alors obéi à une logique beaucoup plus complexe que celle retenue par l’historiographie traditionnelle popularisée notamment par le livre de Jean Lacouture [11] . Autre contrainte qu’il s’agit de relever : le Front républicain ne disposait que d’une majorité très relative. Si Edgar Faure, à l’origine de la dissolution, avait connu un échec personnel notable au sein de son propre parti, il n’en demeure pas moins vrai que le centre droit avait obtenu plus de voix que le Front républicain (32,41% des suffrages exprimés contre 27,10%). Simplement les formations du centre droit n’entendaient nullement gouverner ensemble, d’autant que 25,36% des suffrages s’étaient portés sur les communistes et 12,62% sur les poujadistes, ce qui réduisait sensiblement les marges de manœuvre et empêchait toute autre option. Dans ces conditions, la très nette majorité qui accorda sa confiance au gouvernement Guy Mollet – 420 voix pour, 70 contre – apparaît davantage comme un faux-semblant, même si elle peut aussi expliquer pourquoi ce cabinet, qui ne pensait pas avoir la durée pour lui, devait finalement être le plus long de la IVe République. Investi le 1er février 1956, il ne fut renversé que le 23 mai 1957. Il ne faudrait pas conclure de l’obtention de cette majorité initiale apparemment confortable qu’il fut facile, pour le gouvernement, de faire passer ses projets de loi, bien au contraire. L’atteste, parmi bien d’autres exemples, l’adoption de l’emblématique projet de la troisième semaine de congés payés. Déposé dès le 10 février 1956, il ne fut adopté qu’après de longs débats, notamment les 23 et 28 février, aux cours desquels le gouvernement dut poser à quatre reprises la question de confiance. De même, en ce qui concerne l’assurance-vieillesse, alors que le projet avait été déposé le 21 mars, le texte ne fut adopté qu’en quatrième lecture le 27 juin, et le gouvernement dut poser la question de confiance à dix reprises au cours des débats. La majorité gouvernementale était en effet fort divisée sur les questions sociales, et en ce sens, ces deux exemples apportent un peu d’eau au moulin des réserves émises par les socialistes à l’endroit des amis de Pierre Mendès France. Si l’on considère en outre, avec précision, la démission de Pierre Mendès France du gouvernement, l’aggravation des difficultés en Algérie, les préparatifs de l’opération de Suez, la démission d’Alain Savary au lendemain de l’arraisonnement de l’avion transportant quelques-uns des principaux chefs du FLN, la situation parlementaire du gouvernement devint de plus en plus inconfortable, en dépit du renfort d’une partie des républicains-sociaux, qui décidèrent d’y participer après le 6 février.

Un ultime détour de la réflexion s’impose cependant pour cerner deux autres contraintes qui limitèrent la marge de manœuvre du gouvernement. L’action de ce gouvernement est perçue parfois de manière biaisée en ce qu’elle permettrait d’illustrer a priori l’accusation de divorce entre la théorie et la pratique. Dans nos travaux, il nous semble avoir montré que l’accusation n’est pas nouvelle et qu’elle remonte en fait au congrès de 1946, trop souvent analysé comme l’exemple type de l’utilisation du discours de gauche visant à s’emparer du parti socialiste pour ensuite le diriger dans une autre perspective [12] . Comme toutes les légendes, celle-ci perdure. Peu importe le mécontentement structurel contre l’action de la direction sortante et sa cristallisation dans une hostilité personnelle à Daniel Mayer ; peu importe les bouleversements de la donne politique nationale et internationale, la double opposition du gaullisme et du communisme à la nouvelle IVe République et les nécessités pour le parti socialiste de s’intégrer au combat républicain pour consolider – sinon sauver – les institutions démocratiques avec la contrepartie d’y diluer une grande partie de son identité politique.

Or, avec le gouvernement de Front républicain – encore plus qu’avec le gouvernement de Front populaire, voire celui de l’Union sacrée – se produit le même phénomène de distorsion où l’on ne juge de l’action entreprise qu’à l’aune des buts, prétendus ou réels, refusant trop souvent de se donner les outils nécessaires à la compréhension de la situation. C’est évidemment vrai – et nous y reviendrons – pour la question de la guerre d’Algérie, y compris les méthodes utilisées, mais cela l’est également à propos d’autres aspects – notamment économiques et sociaux – de la politique gouvernementale.

Pourquoi insister sur l’accusation de double langage ? Elle constitue un semblant de définition théorique du concept même qui nous préoccupe ici, celui de « réformisme ». L’insistance mise de tout temps dans les discours communistes à dénoncer le divorce entre théorie et pratique de la social-démocratie illustre à sa manière la continuité qui unit, selon ce courant, les expériences du Front populaire, celles du Front républicain et celle des gouvernements formés après la victoire électorale de François Mitterrand. Le cas de la politique de non-intervention en Espagne est éclairant. Le postulat sentimental et moral du problème – selon lequel il n’y avait pas d’autres choix pour une sensibilité de gauche que de combattre Franco et de tout faire pour sauver le gouvernement républicain – l’emporte sur l’analyse des conditions politiques, qui mettent l’accent sur l’opposition des Britanniques et des radicaux – de sorte qu’on peut pronostiquer sans grand risque que toute intervention directe aurait entraîné la chute immédiate du gouvernement de Léon Blum. D’où l’intérêt, pour le courant communiste, de mettre à jour ce prétendu syndrome congénital à la social-démocratie.

Enfin mentionnons l’ambiguïté relative à la fonction du président du Conseil qui demeure également secrétaire général de la SFIO. Même si formellement Guy Mollet mit sa fonction entre parenthèses, confiant l’intérim au secrétaire général adjoint, son ami Pierre Commin, par ailleurs sénateur de Seine-et-Oise, il participa à quasiment toutes les réunions importantes du parti, en tirant les conclusions politiques. Comme il l’avait confié à ses camarades lors du Comité directeur du 3 février 1956 : « Vous savez que c’est à ce titre de secrétaire général que je tiens le plus. » Certains des socialistes opposés à la politique algérienne du gouvernement Guy Mollet virent dans cette concentration des pouvoirs une des causes des difficultés. Tel fut le cas d’Edouard Depreux, qui n’hésita pas à écrire bien des années plus tard : « J’ai souligné que toute l’activité de la SFIO avait été transférée à l’hôtel Matignon et qu’on aurait pu inscrire sur la porte de l’immeuble de la Cité Malesherbes : "Fermé provisoirement pour cause de participation ministérielle" [13] . »

Le volontarisme social du gouvernement de Front Républicain

Quoi qu’il en soit, les principaux aspects de la politique du gouvernement de Front républicain illustrent d’abord un volontarisme social qui est l’une des caractéristiques communes à la gestion des affaires par les socialistes. La filiation avec le Front populaire fut souvent rappelée sur le moment dans les discours socialistes. En la matière, l’action gouvernementale fut guidée par un souci majeur : il fallait aller vite, « avant que nous ayons eu le temps de tomber » avait précisé Guy Mollet devant le congrès socialiste [14] . La perspective exposée était simple : « En politique intérieure, il va falloir continuer l’œuvre de 1936, dans toute la mesure où ce sera possible [15] . » S’appuyant aux Affaires sociales sur Albert Gazier, ancien syndicaliste de la CGT de l’entre-deux-guerres et ancien ministre du Travail, et à l’Économie sur Paul Ramadier premier président du Conseil de la IVe République, il avait popularisé la formule : « Tout le possible, mais rien que le possible [16] . »

C’est peu de dire que la politique économique et sociale du gouvernement a été diversement appréciée par les historiens. Traitant de ce thème lors du colloque consacré à Paul Ramadier organisé en 1988 par la Fondation nationale des sciences politiques [17] , Daniel Lefeuvre rappelait les jugements particulièrement sévères d’Hubert Bonin, qui écrit dans son Histoire économique de la République, en 1988 : « La gauche quitta le pouvoir déconsidérée en juin 1958. Pas plus qu’en 1924-1926 où il fallut recourir à Poincaré, qu’en 1936-1938 où Reynaud a pris le relais, qu’en 1945-1947 où Mayer-Petsche-Schuman ont dû changer de cap, elle n’a réussi à prouver ses capacités économiques et financières. Plus grave encore, comme en 1924-1926, elle ne lègue aucune réforme de structure modernisatrice, contrairement au Front populaire [18] . » D’autres sont plus mesurés, même s’ils mettent en avant la méconnaissance des mécanismes économiques. Ainsi, Jean-Paul Brunet concluait sa communication au colloque consacré à Guy Mollet en 1986 en soulignant que « si les réformes sociales de ce dernier ont été sans doute un peu injustement oubliées, le bilan global de sa politique économique demeure à nos yeux assez nettement négatif ». La cause principale de cet échec était bien due au « défaut de formation économique et financière, de Ramadier sans doute, de Guy Mollet en tout cas ». Surtout, précise l’historien, « l’incompréhension des questions financières et économiques dont témoignait Guy Mollet était largement tributaire de son impréparation doctrinaire… de cette idéologie guesdiste dont Guy Mollet et nombre de ses collaborateurs étaient imprégnés [19]  ». Pour notre part, à la suite notamment des travaux plus récents de Daniel Lefeuvre et de Michel Margairaz, nous posons que la politique sociale du Front républicain n’a pas été seulement caractérisée par une prodigalité à la limite de l’incompétence, mais qu’elle a lancé une véritable modernisation des relations sociales en France. Ce que désirait le gouvernement c’était, outre donner un surcroît de revenus pour les travailleurs en refusant l’inflation, parvenir à changer les conditions de vie des salariés en finançant les réformes sociales, soit par une réforme fiscale, soit par l’attribution de ressources spécifiquement affectées au financement desdites réformes. Tel fut le cas par exemple du financement du Fonds national de solidarité destiné à couvrir les dépenses causées par l’attribution d’une retraite aux vieux travailleurs : vignette automobile, impôt sur les successions et majoration de divers impôts existants furent les solutions adoptées [20] . Évidemment, le gouvernement se heurta à l’opposition acharnée des parlementaires, par définition peu enclins à faire voter de nouveaux impôts, ce qui explique la difficulté déjà signalée à faire adopter ce projet. Au nom de quoi l’historien devrait-il taire ce souci du gouvernement de déterminer une affectation spécifique pour financer cette réforme et ne pas rappeler que, deux ans plus tard, ce fut la responsabilité du seul Antoine Pinay d’abandonner pour la vignette automobile cette même affectation ? N’est-il pas également logique que cette politique sociale soit critiquée par Paul Reynaud, président de la Commission des Finances de l’Assemblée nationale, et par Georges Villiers, président du Conseil national du patronat français (CNPF), qui posait que « tout relèvement autoritaire direct ou indirect des salaires dans la tension actuelle des prix conduirait immédiatement à l’inflation » ?

Le logement social, confié à Bernard Chochoy, fut l’objet d’une loi-cadre adoptée le 20 novembre 1956. Lors de sa visite dans sa ville natale de Flers, le président du Conseil en fit l’un des symboles majeurs de l’action gouvernementale. Ainsi, le gouvernement de Front républicain lança-t-il une politique de réformes sociales importantes, ce qui transparaît d’autant plus si l’on jette un coup de projecteur sur d’autres aspects de son action en la matière. Loin de tomber rapidement, le gouvernement s’installa dans une durée, certes relative, mais non négligeable eu égard aux canons de la IVe République. Il en découla un nouveau train de mesures sociales, visant notamment à améliorer les procédures de conciliation dans les conflits du travail, s’attachant à accroître la protection des travailleurs à domicile, accordant des congés culturels, augmentant à un mois la durée du préavis et élargissant les pouvoirs des comités d’entreprise. Le volontarisme gouvernemental eut parfois même pour conséquence d’agacer sérieusement les syndicalistes « amis » de Force ouvrière qui auraient préféré que le gouvernement recherche davantage la voie de la politique contractuelle [21] . En ce sens, le Front républicain a constitué l’une de ces expériences de passage de la gauche au pouvoir – dans une configuration certes particulière – qui permet d’approcher la réalité réformiste du mouvement socialiste. Dans cette perspective, la chute du gouvernement peut être considérée comme un symbole. Le 27 février 1957, celui-ci avait déposé un important projet de réforme de la Sécurité sociale par lequel il proposait de diminuer les frais de santé à la charge des salariés au moyen d’un contrôle plus strict des honoraires médicaux. À cette fin, le gouvernement prônait un remboursement identique à celui des produits pharmaceutiques (soit un taux de 80%) en espérant parvenir à la conclusion de conventions entre les syndicats médicaux et les caisses régionales de Sécurité sociale. Il s’agissait en effet de parvenir à l’indexation des honoraires et au non-remboursement des actes émis par les praticiens dérogataires. L’opposition des médecins – organisée en comité de grève à Paris – entraîna une longue bataille parlementaire à l’issue de laquelle Guy Mollet posa la question de confiance qui entraîna sa chute le 21 mai 1957.

Une autre conséquence – malheureuse celle-là – de cette durée initialement inespérée fut d’ordre financier. La gestion des comptes de la Nation s’avéra extrêmement délicate en raison d’un double déficit du budget et de la balance des paiements. Paul Ramadier expliquait cette situation par les nécessités des dépenses militaires en Algérie consécutives tant au niveau imprévu qu’elles atteignaient (400 milliards contre 200 initialement annoncés) qu’à la mobilisation des rappelés (qui grevait les rentrées fiscales). Il en découla une volonté acharnée du ministre des Affaires économiques et sociales de tenir à tout prix l’indice des prix pour ne pas donner prise à l’accusation de mener une politique inflationniste. Paul Ramadier s’en fit directement l’écho dans son intervention à l’Assemblée le 1er mars 1957, rappelant que « le niveau de la monnaie est lié au maintien de l’indice ». Il convient d’ailleurs de souligner qu’en la matière le gouvernement n’eut pas la paternité d’un combat qui avait été engagé par Edgar Faure, prédécesseur de Guy Mollet à la présidence du Conseil. Enfin, mentionnons la forte croissance de la production industrielle (+11% en 1956-1957), des investissements productifs et de la formation brute de capital fixe (+8,20%).

Il faut également s’attarder sur les contraintes extérieures qui ont pesé sur le gouvernement de Front républicain, à l’image de ce qui s’était produit du temps du Front populaire et à la Libération. Comme l’explique Michel Margairaz en 2005 : « Que signifie "contraintes extérieures" ? Les dépenses intérieures déséquilibrent les finances publiques et affaiblissent la monnaie. Il faut donc dévaluer ou trouver un moyen de stabiliser. Dans les trois cas [1936, 1944-1946, et 1956-1957], on a dû faire face à ce phénomène. Les dépenses sociales et transformations à l’intérieur du programme ne sont pas en cause […] En 1956, la guerre d’Algérie va compromettre l’expérience de Guy Mollet sur le plan financier notamment à cause de la pénurie de main d’œuvre due au rappel des réservistes, le plus souvent jeunes actifs [22] . » Ainsi, le bilan économique et social est loin d’être nul et non avenu ; l’accusation de prodigalité doublée d’incompétence n’en rend que très imparfaitement compte d’autant que, à la suite des travaux de Daniel Lefeuvre, il faut bien insister sur le grand nombre de notes et études spécialisées qui se trouvent dans les papiers de Paul Ramadier. Ce type de documents est également très largement présent dans les archives de Guy Mollet [23] . Cette politique sociale s’est doublée d’une volonté modernisatrice qu’illustre le choix décisif de la construction européenne. La nomination de Christian Pineau comme ministre des Affaires étrangères ainsi que celle du secrétaire d’État Maurice Faure l’attestent. Est-il besoin de souligner que les réticences nombreuses exprimées en France émanaient notamment des milieux industriels et professionnels qui craignaient la disparition des avantages liés au protectionnisme ? La rapidité du processus est stupéfiante. La relance se produisit lors de la conférence de Venise des 29 et 30 mai 1956. En six mois, les principaux obstacles furent levés, notamment grâce à une négociation bilatérale franco-allemande. Malgré une ultime difficulté relative aux questions d’Outre-Mer (domaine où la France fut également soutenue par les Pays-Bas et la Belgique), les traités portant création d’Euratom et du Marché commun furent signés à Rome le 27 mars 1957. À cette occasion Guy Mollet laissa à ses ministres le soin de parapher les documents, une manière d’illustrer sa façon de gouverner. Décrivant la négociation de Venise, Christian Pineau explique : « Il m’a dit : "Tu diras oui ou non selon les circonstances, selon ce que tu jugeras bon. De toute façon je te couvrirai" [24] . » Le témoignage d’André Chandernagor abonde dans le même sens lorsqu’il note : « De tous les politiques de niveau élevé que j’ai servis, c’est incontestablement Guy Mollet qui, selon moi, mettait le mieux ses collaborateurs en confiance. Il savait se rendre disponible pour écouter et, en privé, argumentait sans passion [25] . »

Dans le choix de soutenir une négociation globale pour aboutir aux traités de Rome, trois autres paramètres doivent être mentionnés. En premier lieu, il s’est agi de l’exact contre-pied de l’analyse de Jean Monnet qui, après l’échec de la CED, accordait sa préférence à la stratégie des accords ponctuels sur une négociation globale. Que, par la suite, le nom de Monnet devienne synonyme de construction européenne alors que celui de Mollet disparaît ne fait qu’illustrer la légende noire consécutive à la réduction de la politique du Front républicain à la guerre d’Algérie. Deuxièmement, pour aboutir, le gouvernement a dû compter sur un soutien inconditionnel du parti socialiste, dont la dissidence d’une partie – au demeurant majoritaire – du groupe parlementaire avait conduit à l’échec du projet de la CED. Ce fut l’un des opposants les plus résolus à la défense européenne, Alain Savary, qui s’attacha à rallier le groupe parlementaire au projet de construction européenne. Enfin, compte tenu de l’aspect particulièrement sensible de ce dossier, l’intelligence tactique du chef du gouvernement a constitué un atout majeur. S’il mit toujours au premier plan les questions liées à Euratom, notamment dans son discours d’investiture du 31 janvier 1956 à l’Assemblée nationale, c’était d’abord pour détourner l’attention de l’opinion de ce qui était en train de se passer sur la Communauté économique européenne.

Cependant, dans le bilan couramment tiré de l’action du gouvernement Guy Mollet, l’action « réformiste » engagée alors, et s’inscrivant largement dans la « doctrine » socialiste continue à être occultée par l’échec de la politique algérienne.

Le « socialisme trahi » ?

Ainsi, dans la perspective qui est la nôtre dans cet article, la nature du réformisme aboutirait à une véritable trahison du socialisme avec la politique menée en Algérie où, élu pour faire la paix, le Front républicain engagerait non seulement une guerre totale mais aussi – et peut-être surtout – utiliserait des méthodes qui discréditeraient définitivement le régime républicain. En ce sens, sans rien celer des errements criminels, une lecture historique se doit d’abord de dégager le déroulement des faits. Tant sur la volonté de négociation que sur l’usage de la torture, il est nécessaire de dégager une évolution. Le propos bien connu d’une « guerre injuste et imbécile [26]  », tenu dans une réunion électorale sous un préau d’école arrageoise, ne doit être ni décontextualisé ni sur-interprété. Gilles Morin l’a bien montré dans sa thèse consacrée à « l’opposition socialiste à la guerre d’Algérie [27]  ».

Trois facteurs constitutifs de la politique algérienne du gouvernement se distinguent. D’abord, malgré un projet mûri de longue date qui s’inscrivait dans la continuité de la doctrine coloniale de la SFIO (à laquelle Guy Mollet est demeuré intrinsèquement fidèle), elle a été conduite sous la pression d’un événement imprévu : le voyage à Alger et les émeutes du 6 février 1956. En effet, la démission du général Catroux a bouleversé la donne. Deuxièmement, en dépit de ce tournant initial, Guy Mollet a immédiatement fait engager des négociations avec le FLN par l’intermédiaire de la SFIO. Ce fut notamment le rôle dévolu à Joseph Begarra bien mis en lumière par les travaux de Claire Marynower [28] . Indubitablement, à la fin du mois d’avril, et sans doute encore au cours de l’été 1956, Guy Mollet a cru qu’une solution négociée se trouvait à portée de la main. De même, l’échec du processus lui a davantage apparu résulter des pressions du président égyptien Nasser accréditant le sentiment dans les milieux décisionnaires français que Le Caire était en quelque sorte la capitale de l’Algérie. De là s’explique l’idée, certes fausse mais à la base de la politique française après la nationalisation du canal de Suez, qu’en abattant le régime nassérien on trouverait une solution politique au conflit algérien. Troisièmement, même si c’est sous le gouvernement Guy Mollet que les intellectuels prirent conscience de la pratique de la torture, non seulement ce gouvernement n’en eut ni le monopole ni la paternité, mais encore convient-il de distinguer les étapes. À partir du grand tournant de la fin décembre 1956, la torture a pris un autre cours, quittant le champ des techniques de police coloniale pour prendre une dimension radicale. De fait, si le vote des pouvoirs spéciaux décidé au printemps 1956 fut obtenu sans difficultés majeures – comme en témoigne le vote unanime des parlementaires communistes en sa faveur –, le second projet, déposé au printemps 1957, fut en revanche beaucoup plus contesté, y compris par le ministre de la Justice, François Mitterrand, un fait sur lequel, assez curieusement, ses biographes ne s’étendent guère.

Si chacun de ces points mériterait d’être développé, contentons-nous de signaler en quoi ils s’avèrent indispensables pour analyser la politique algérienne du gouvernement et pour éclairer également un autre aspect, porté systématiquement au débit de l’action du Front républicain, à savoir l’opération de Suez. À cette occasion, au-delà de la question algérienne et de la dimension impérialiste bien connue, s’est manifesté le souci d’aider l’État d’Israël menacé par l’aide militaire massive que l’Union soviétique venait d’accorder à l’Égypte. S’il est particulièrement difficile de distinguer entre les priorités, la sympathie idéologique entre socialisme français et sionisme a joué un rôle moins négligeable que ce que retiennent habituellement les observateurs de cette période [29] . Avec la Yougoslavie du Maréchal Tito, auquel Guy Mollet consacre un livre [30] , le kibboutz symbolisait pour la SFIO la réalisation du socialisme dans la démocratie.

Conclusion

Ainsi, l’expérience du gouvernement de Front républicain ne saurait se réduire à la seule notion de trahison de l’idéal socialiste. Le régime de la IVe République n’était pas en situation de régler la situation algérienne dès lors que le préalable de l’arrêt de la violence n’était pas obtenu. Quant aux enjeux économiques et sociaux, et même internationaux, loin d’avoir été négligés, ils ont constitué une priorité affirmée de l’action gouvernementale. En ce sens, la politique menée entre janvier 1956 et mai 1957 s’intègre pleinement dans la continuité des politiques de réforme et de modernisation engagée par les socialistes français lorsqu’ils eurent à exercer le pouvoir.

Pour citer cet article : François Lafon, « Le gouvernement de Front républicain. Une politique réformiste sous fortes contraintes », Histoire@Politique. Politique, culture, société, N° 13, janvier-avril 2011 www.histoire-politique.fr

Notes :

[1] Michel Margairaz, « Le socialisme et la politique économique », dans Les socialistes et la France, Paris, L’OURS, 2005, p. 105-113.

[2] Tous ces éléments sont précisés en détail dans notre livre Guy Mollet, itinéraire d’un socialiste controversé, Paris, Fayard, 2006, auquel nous nous permettons de renvoyer le lecteur.

[3] C’est la thèse avancée dès cette période dans la presse de gauche influencée par le mendésisme (L’Express, puis Le Nouvel Observateur), et par nombre d’acteurs. Voir, également la biographie de Jean Lacouture, parmi les derniers témoignages parus, celui de Françoise Seligmann, Liberté, quand tu nous tiens, L’espoir et la honte, Tome II, Paris, Fayard, 2003, p. 78.

[4] « Je n’oublierai pas ces sept mois de lutte poursuivie au coude à coude et je tenais à vous le dire sans retard et de tout cœur », lettre de Pierre Mendès France à Guy Mollet, le 6 février 1955 : Office universitaire de recherche socialiste (OURS), archives Guy Mollet, AGM 135.

[5] Pierre Birnbaum, Un mythe politique : la « République juive ». De Léon Blum à Mendès France, Paris, Fayard, 1988.

[6] Témoignage d’Alain Savary, dans Bernard Ménager et alii, Guy Mollet, un camarade en République, Lille, Presses universitaires de Lille, 1987, p. 522-526.

[7] Témoignage d’Alain Savary, op. cit.

[8] L’OURS, Archives du Parti socialiste SFIO, D6 43 BD : dossier relatif à la rencontre entre le SPD, 26 juin 1959.

[9] Cf. l’OURS archives du PS SFIO, Conseil national extraordinaire du Parti socialiste SFIO, 14-15 janvier 1956, compte rendu sténographique.

[10] Comité directeur (CD) du Parti socialiste SFIO, réunion du 25 janvier 1956, procès-verbal. Pour ne pas alourdir les notes de bas de page, signalons une fois pour toutes que les procès-verbaux des réunions du CD de la SFIO, de novembre 1944 à juin 1969, sont conservées dans les archives du Parti socialiste SFIO, et consultables à l’OURS.

[11] Jean Lacouture, Pierre Mendès France, Paris, Seuil, 1981, p. 142-416.

[12] Cf. notre biographie de Guy Mollet, op. cit., et notre article, « Pour un congrès de 1946 revisité », dans Cahiers Léon Blum, n° 33, « Le renouveau manqué ? La SFIO en 1945 », juin 2001, p. 48-83.

[13] Édouard Depreux, Souvenirs d'un militant, Paris, Fayard, 1972, p. 442.

[14] Cf. l’OURS, archives du PS SFIO, Conseil national extraordinaire du Parti socialiste SFIO, 14-15 janvier 1956, compte rendu sténographique.

[15] Cf. François Lafon, Guy Mollet, op. cit., p. 380.

[16] Voir le témoignage d’Albert Gazier, dans« Le Front Républicain (1956-1957) », Bulletin du centre Guy Mollet, n° 13, décembre 1987, p. 13.

[17] Daniel Lefeuvre, « La politique économique du gouvernement de Front républicain », dans Serge Berstein (dir.), Paul Ramadier, la République et le socialisme, Bruxelles, Editions Complexe, 1990, p. 405-417.

[18] Cité par Daniel Lefeuvre, op. cit.

[19] Jean-Paul Brunet, dans Guy Mollet, un camarade en République, op cit.

[20] Sur cette question voir les articles de Bruno Dumons et Gilles Pollet, « 1956 : la retraite des vieux. Vieillesse et État providence dans la France d’après-guerre », L’Information historique, 1994, vol. 56, p. 35-39, et « “Du pain pour les vieux !”. La lente émergence du Fonds national de solidarité », Le Bulletin du Centre Guy Mollet, n° 29, juillet 1997, p. 71-80. Ils écrivent en conclusion de ce dernier article : « Ainsi, la situation exceptionnelle de janvier 1956 a conduit Guy Mollet et la SFIO à se replacer dans les conditions du Front Populaire et à reprendre la réflexion de Blum sur “la conquête, l’exercice et l’occupation du pouvoir”. Persuadés de la rapidité de leur passage au gouvernement, les socialistes décident donc de frapper vite et fort afin de laisser une trace indélébile et de contenter le monde du travail. La “retraite des vieux” a l’avantage d’être une formule-choc qui frappe l’imaginaire et satisfait le peuple de gauche. Depuis Jaurès, Vaillant et Guesde, la vieillesse et la retraite ont toujours été un axe essentiel des politiques sociales défendues par le parti. Marcel Guislain et Guy Mollet retrouvent dans le FNS la logique “assistantielle” de la tradition guesdiste. Quoiqu’il en soit, entre l’héritage historique du socialisme et la réforme opportuniste de pure conjoncture, faut-il vraiment trancher ? Ces idées paraissent complémentaires et ont certainement pris, toutes deux, une part dans la décision finale. Une lecture similaire pourrait, à nouveau, être faite à propos de l’adoption en 1982 de la retraite à 60 ans lors de l’accession des socialistes au pouvoir sous la Cinquième République après vingt-six ans d’absence. »

[21] Voir Albert Gazier. Autour d’une vie de militant, Paris, L’Harmattan, 2006, 320 p (outre le “journal” et les témoignages d’Albert Gazier sur le cadre de son action gouvernementale, voir notamment l’introduction biographique de Frédéric Cépède et Gilles Morin).

[22] Michel Margairaz, « Le socialisme et la politique économique 1936-1956 », art. cit.

[23] Particulièrement riches, elles sont déposées à l’OURS sous la cote AGM. 

[24] Christian Pineau, Christiane Rimbaud, Le Grand pari. L’aventure du traité de Rome, Paris, Fayard, 1991, p. 207.

[25] André Chandernagor, La Liberté en héritage, Paris, Pygmalion, 2004, 335 p.

[26] L’Espoir du Pas-de-Calais, n°spécial, Noël 1955, repris le 1er janvier 1956, cité par Gilles Morin, De l’opposition socialiste à la guerre d’Algérie au Parti socialiste autonome (1954-1960). Un courant socialiste de la SFIO au PSU, thèse pour le doctorat d’histoire, université de Paris 1, 1990-1991, p. 150-151.

[27] Gilles Morin, op. cit.

[28] Claire Marynower, Joseph Begarra. Un socialiste oranais en guerre d’Algérie, Paris, L’Harmattan, 2008, 240 p.

[29] Je renvoie à mon mémoire pour l’habilitation à diriger des recherches, soutenu en décembre 2009 à l’université Paris 1, consacré aux relations entre le socialisme français et le mouvement sioniste avant la Seconde Guerre mondiale, et à mon ouvrage en cours sur le sionisme de Léon Blum et ses relations avec Marc Jarblum et André Blumel.

[30] Guy Mollet, Le Socialisme selon Tito, Paris, éd. Seghers, 1971.

François Lafon

François Lafon est maître de conférences habilité à diriger des recherches. Il travaille sur le socialisme français et ses relations avec l’État d'Israël et le mouvement sioniste. En poste à l’université Paris I (Panthéon-Sorbonne), il a été accueilli en délégation au Centre de recherche français à Jérusalem (laboratoire UMIFRE MAEE CNRS) de 2007 à 2010. 

Mots clefs : IVe République ; Guy Mollet ; Pierre Mendès France ; gauche de gouvernement ; enjeu mémoriel.

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  • ISSN 1954-3670