Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Les socialistes français face au réformisme

Coordination : Mathieu Fulla et Emmanuel Jousse

La gauche socialiste et l’économie : querelle des Anciens et des Modernes ou mue réformiste délicate (1958-1968) ?

Mathieu Fulla
Résumé :

Constitutive de l’identité du socialisme français à travers l’héritage du XIXe siècle, la question économique apparaît, au sortir de (...)

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Constitutive de l’identité du socialisme français à travers l’héritage du XIXe siècle, la question économique apparaît, au sortir de l’expérience avortée du Front républicain, comme une importante pomme de discorde au sein de la mouvance socialiste.

La représentation dominante dans la mémoire partisane demeure, aujourd’hui encore, celle d’une gauche socialiste comme théâtre, au tournant des années 1960, d’une nouvelle querelle des Anciens et des Modernes. Du côté des « Anciens » se situerait la « vieille » SFIO. Principal pôle institutionnel de la gauche non communiste, elle demeurerait arc-boutée sur son orthodoxie tirée d’une vulgate marxiste reposant sur l’éternelle antienne de la « socialisation des moyens de production et d’échanges ». Face à elle, une nébuleuse, structurée autour de la « deuxième gauche » naissante et d’un certain nombre d’héritiers du mendésisme [1] , serait porteuse du renouveau de la pensée économique socialiste. Organisée autour d’un triple pôle politique (branches réformistes du PSU d’avant 1968), syndical (CFTC – puis CFDT) et « clubiste » (dont le Club Jean-Moulin constitue la figure de proue), cette gauche nouvelle se pose – et se perçoit – comme l’aiguillon modernisateur du socialisme français. Conscients des progrès majeurs de la comptabilité nationale et des instruments de prévision macroéconomique, ces « Modernes » s’efforceraient – en vain – de convaincre la gauche institutionnelle « archaïque » de la nécessité d’une meilleure connaissance des mécanismes économiques pour espérer, un jour, exercer durablement le pouvoir.

Cette vision binaire, opposant deux socialismes, l’un acquis aux vertus du réformisme économique, l’autre demeurant « avec son marxisme sur les bras [2]  », n’est que partiellement juste. Régulièrement reprise par la droite gaulliste mais aussi par la majeure partie des intellectuels acquis à la « gauche moderne », elle empêche de saisir l’évolution, subtile mais réelle, du rapport de l’ensemble de la gauche socialiste à l’économie au début de la Ve République. En effet, envisager l’histoire socialiste dans la République gaullienne naissante comme une simple opposition frontale entre Anciens et Modernes conduit à éluder certaines mutations essentielles de ce que nous appelons « l’idéologie économique socialiste ». La construction de ce concept, qui doit beaucoup aux travaux de Paul Ricœur sur le sujet [3] , permet de restituer à l’idéologie les dimensions politique et culturelle mises à l’écart par les épigones de Marx [4] . Appliquée au rapport entretenu par la mouvance socialiste à la question économique, la triple fonction de distorsion, de légitimation et d’intégration de l’idéologie mise en valeur par Ricœur s’avère opératoire pour l’historien. En réintégrant le cadre proprement politique de l’action partisane, elle permet de dépasser le stade d’une simple histoire des idées et de la doctrine économiques socialistes.

Car dans un parti politique les concepts ne sont jamais « purs ». L’étude des débats de la famille socialiste montre bien que les questions économiques demeurent inextricablement liées aux enjeux tactiques, stratégiques et identitaires de l’organisation. Face au gaullisme qui fait de son efficacité gestionnaire l’un des arguments de sa légitimité à conduire durablement les affaires de la Nation – écho retentissant du rapport « Rueff-Armand », retour d’Antoine Pinay aux Finances – et aux velléités réformistes de la CFTC et des clubs, la gauche institutionnelle se voyait elle aussi contrainte d’opérer sa mue.

Elle le fera après un temps de latence. Progressivement, la fidélité à l’idéologie économique de la Libération, fondée sur une vulgate marxiste infléchie par le programme du Conseil national de la Résistance (CNR), les réflexions de Léon Blum et l’influence fondamentale de Force ouvrière (FO), cède la place à des préoccupations davantage centrées sur les questions de production et de planification démocratique. En effet, l’impulsion réformiste donnée par le mendésisme et quelques francs-tireurs de la « vieille maison » dès les années 1950 a des répercussions importantes sur l’idéologie économique de la gauche socialiste, SFIO comprise. À partir de 1963, année charnière, cette dernière commence à intégrer dans son bagage doctrinal nombre de concepts et représentations économiques d’une essence réformiste différente de celle jusqu’alors partagée avec FO. On peut ainsi parler d’un véritable phénomène d’acculturation de la gauche socialiste à une conception plus scientifique des questions économiques.

Un processus qui s’explique d’abord par des facteurs conjoncturels avec, au premier chef, l’intégration économique de la France dans le cadre du Marché commun. Mais cette mue est également indissociable d’un certain renouvellement des hommes : une génération d’experts davantage rompus aux méthodes de la prévision et de la planification apparaît très vite dans l’entourage des principaux dirigeants de la gauche institutionnelle moderne, Gaston Defferre et François Mitterrand.

C’est la genèse de cette conversion progressive à un réformisme économique partageant avec le gaullisme la « mystique » du plan que cet article se propose d’étudier. En raison de sa place dans le dossier documentaire, l’angle d’attaque privilégiera l’aspect théorique des controverses au prisme des facteurs politiques, culturels voire « passionnels » constitutifs de l’idéologie économique de la gauche socialiste.

Une SFIO sourde à l’entrée de l’économie sur la scène politique ?

Dans le champ politique, l’avènement de la Ve République s’accompagne d’une reconnaissance progressive de la compétence économique comme ressource nécessaire au bagage de l’homme politique moderne. Dans un article passionnant [5] , Delphine Dulong met bien en évidence ce processus de légitimation du savoir économique dans l’exercice du métier politique, amorcé dès les années 1950 sous l’influence de praticiens de l’économie pour la plupart hauts fonctionnaires. La gauche participe pleinement à cette entreprise, comptant par exemple nombre de sympathisants dans une administration clé comme le Service des études économique et financières (SEEF) [6] . Mais ces « économistes » sont bien davantage attirés par le communisme ou le mendésisme que par le socialisme. De fait, si l’on excepte les tentatives internes isolées de quelques experts formés aux exigences de la culture économique moderne (Jules Moch, André Philip, Paul Ramadier, Albert Gazier), en particulier sur le plan de la statistique, force est de reconnaître que la question économique demeure marginale dans la SFIO des années 1950. En dépit des avancées importantes de la science économique en France, tant au niveau théorique que pratique [7] , le consensus idéologique bâti à la Libération ne fait plus l’objet de remises en question. Il repose alors sur deux piliers complémentaires qui semblent inébranlables.

Sur le plan doctrinal triomphe ce que nous pensons pouvoir subsumer sous l’expression de « synthèse marxo-blumienne ». En dépit de son échec politique en 1946, l’offensive de Léon Blum marque de son empreinte la construction de l’idéologie économique du parti au sortir de la guerre. À ses yeux, le parti rénové apparaît comme la seule force pouvant résoudre la contradiction entre lutte pour l’appropriation collective des moyens de production et respect de la liberté de la personne humaine. La préface qu’il accorde à la version française d’un ouvrage à succès du philosophe américain James Burnham, L’ère des organisateurs [8] , est peut-être le texte théorique qui rend le mieux compte de la nature profonde de cette idéologie économique blumienne [9] de l’après-guerre. Accepter les concepts clés de l’analyse économique marxiste – théorie de la valeur, théorie du profit –, prendre conscience des impératifs engendrés par les modes de production moderne et demeurer fidèle aux idéaux de la démocratie politique sont les principaux points doctrinaux que Léon Blum souhaite voir défendus par son parti.

Sur le plan de la formation en revanche, la subtilité de cette « synthèse marxo-blumienne » est assez largement gommée au bénéfice de la transmission à quelques militants – essentiellement les Étudiants socialistes – des concepts marxistes de base. Faute de moyens financiers et, surtout, en raison d’un primat accordé aux luttes quotidiennes [10] , cette formation intellectuelle refuse toute intégration de travaux économiques neufs. Ainsi la « confrontation » initiée par Jules Moch entre la grille de lecture marxiste et les analyses modernes des sociétés industrielles développées par les économistes Jean Fourastié et Colin Clark se heurte à un échec cinglant [11] . L’analyse détaillée du principal organe théorique de la SFIO des années 1950, La Revue socialiste, confirme ce rejet de la novation : entre 1951 et 1958, un peu plus d’un cinquième (22%) des contributions portent sur des thématiques économiques. La plupart d’entre elles traitent de problèmes immédiats (fiscalité locale, notes de conjoncture, logement…) et, lorsque sont abordés les aspects théoriques, c’est bien l’auteur du Capital qui règne en majesté. Ancien communiste féru de marxisme, Pierre Rimbert [12] fait ainsi profiter la revue de sa plume prolixe et orthodoxe, assurant près du tiers des articles économiques – pourcentage qui gonfle encore si l’on considère seulement les articles « de fond » – entre 1951 et son départ pour le Parti socialiste autonome (PSA) en 1958.

À première vue, le contraste peut donc sembler frappant si l’on compare la formation économique marxiste dispensée aux militants avec le pôle d’expertise économique officiel de la SFIO. Dans ses deux instances d’études en effet – la commission économique et le Groupe parlementaire –, la réflexion socialiste fait la part belle à un réformisme très proche de celui développé alors par FO : répartition équitable de la richesse nationale, progression du pouvoir d’achat et renforcement de la protection sociale constituent le triptyque des revendications des experts. Ce déphasage entre formation et expertise n’est guère surprenant lorsqu’on se penche sur la composition des commissions d’études. Les appels récurrents de la Confédération au respect du sacro-saint principe de l’indépendance syndicale ne doivent pas faire oublier que les militants FO jouent un rôle essentiel au sein de la commission économique du Parti. Nombre des experts SFIO militent en effet dans les deux organisations (Alexandre Verret, Louis Vaye, Henri Hornez) et les parlementaires, notamment dans les débuts de la IVe République, s’attachent à suivre d’assez près les positions de la confédération sur des problèmes économiques importants (nationalisations, statut et salaires de la fonction publique) [13] .

Plus qu’une contradiction, cette idéologie économique mixte, articulée entre une formation marxiste et une expertise réformiste, était nécessaire à l’organisation pour conserver son identité ouvrière tout en assumant ses fonctions de défenseur d’une IVe République menacée. Mais avec l’avènement de la Ve République, la fidélité à ce réformisme marqué du sceau Force ouvrière entraîne des heurts sévères avec les « modernisateurs » de la CFTC ou du Club Jean-Moulin qui ne partagent pas cette priorité donnée à la répartition sur la production, au social sur l’économique [14]

L’échec du Front républicain et les critiques – souvent injustes – à l’encontre de la politique économique menée par Paul Ramadier [15] provoquent en effet une réaction paradoxale au sein de la vieille maison. D’une part un indéniable raidissement idéologique, le Parti lançant une importante entreprise de propagande pour justifier la politique économique menée. D’autre part, aspect moins connu, il se produit une prise de conscience d’une certaine inculture économique interne à laquelle on se doit de remédier. La série de fiches « Arguments et Ripostes » envoyée par le Secrétariat général aux fédérations à la veille des élections législatives d’octobre 1958 éclaire ce phénomène. Il s’agit non seulement de parer au plus pressé mais aussi de sensibiliser les militants à des problématiques désormais jugées essentielles dans le combat politique. L’avertissement liminaire de la première fiche de la série « Problèmes économiques » est on ne peut plus explicite : « Certains Camarades sont parfois rebutés par le Jargon économique. Mais ces expressions étant de plus en plus fréquemment utilisées, il paraît nécessaire de fixer précisément le sens de quelques termes d’aspect barbare [16] . » Au total, ce sont 46 fiches sur les 149 éditées en vue de la campagne qui sont consacrées aux problèmes économiques les plus divers (logement, énergie, fiscalité, échanges extérieurs…). Si l’on ne peut que souligner l’effort de vulgarisation entrepris par la direction du parti, deux remarques s’imposent : d’une part la formation économique délivrée dans ses fiches demeure toujours marquée du double sceau du marxisme et du réformisme de FO ; d’autre part, la manière même dont est réalisée la formation témoigne du peu de goût des principaux dirigeants du parti pour la théorie économique : c’est bien l’urgence de la situation électorale et la situation de crise de l’organisation qui les poussent à s’intéresser à l’économie. C’est précisément contre ce manque d’affinités pour la question que s’élèvent les trois pôles désignés en introduction sous l’étiquette commode des « Modernes ».

Le réveil des Modernes

Le principal reproche adressé à la SFIO par les « Modernes » est de réduire la question économique à une simple problématique de répartition des fruits de l’expansion. En 1958, la résonance plus forte de cette critique déjà présente dans les années 1950 s’explique avant tout par la conjoncture politique et économique.

En premier lieu, les traités de Rome renforcent la nécessité de penser l’économie dans un cadre européen. Surtout, l’enlisement du conflit algérien et l’incapacité de la SFIO à y apporter des solutions viables favorisent tout à la fois le renforcement de la tendance minoritaire de la CFTC, la création du PSA [17] et l’émergence du Club Jean-Moulin [18] . Selon des chronologies proches, calquées à quelques mois près sur l’entrée en crise du parti de Guy Mollet au début de l’année 1958, ces forces réformistes proposent à la gauche un nouveau paradigme économique. Fruit de la cristallisation d’un corpus idéologique en germes dans les années 1950, celui-ci repose classiquement sur l’idée de « troisième voie » entre un capitalisme libéral injuste et un communisme soviétique aliénant.

Loin d’être hermétiques, ces pôles réformistes entretiennent des relations très étroites : idées et hommes circulent entre les différentes mouvances – que l’on songe à l’exemple de Michel Rocard, membre des trois organisations ! – contribuant à donner une cohérence à la défense d’une certaine idée de l’économie reposant sur trois sources d’inspiration. Une source politique d’abord, le mendésisme. L’ombre de l’homme des accords de Genève ne cesse en effet de planer sur les projets de construction d’une gauche économiquement compétente et responsable. Une source d’expertise ensuite : le Commissariat général au Plan et le SEEF, au sein desquels un nombre significatif de hauts fonctionnaires défendent les idées des « Modernes ». Une source conceptuelle enfin, jouant un double rôle d’armature théorique et d’étendard de rassemblement : la planification démocratique.

Avec de légères nuances selon la nature politique, syndicale ou clubiste de leur engagement, l’ensemble de ces acteurs partage une conviction commune : rompre avec l’image d’une gauche « vidant les caisses » chaque fois qu’elle parvient au pouvoir. Pionnier du mouvement, André Philip, l’un des rares professeurs agrégés d’économie politique appartenant à la mouvance, l’exprime sans détours dans l’organe du Parti socialiste autonome, Tribune du socialisme : « Le socialisme n’est pas une démagogie distributiviste, faisant aux hommes des promesses s’ils acceptent de se livrer à vous. C’est un appel à des citoyens conscients, pour qu’ils s’attèlent à une tâche commune, de réorganisation des structures de la production, et qu’ils prennent ensemble des responsabilités dans la gestion des affaires publiques [19] . »

C’est toutefois la CFTC, et plus particulièrement le groupe Reconstruction de Paul Vignaux, qui fournit à cette gauche « moderne » la majeure partie de son arsenal doctrinal. S’appuyant sur une définition du socialisme semblable à celle édictée par le travailliste Richard Crossman dans les Nouveaux essais fabiens [20] , Gilbert Declercq, responsable de la dynamique Union départementale de la CFTC de Loire-Atlantique, présente en 1959, à l’occasion du 30e congrès de la Confédération, un rapport dense qui clarifie le rapport du syndicat à l’économie [21] . Centré autour du concept clé de « planification démocratique », le rapport Declercq propose une inflexion fondamentale du regard de la gauche sur les questions économiques. Celle-ci réside dans l’appréhension de la variable clé de la production, l’investissement : « La fonction d’investissement doit devenir fonction publique [22] . » Il ne s’agit donc plus seulement de veiller à une juste répartition des fruits de la croissance mais bien d’en comprendre les enjeux et d’en maîtriser les déterminants. Dans cette optique, les nationalisations ne sont plus envisagées comme une fin à réaliser au nom de l’idéal socialiste, mais bien d’un point de vue pratique. Le contrôle par l’État des grands moyens de production en général et du crédit en particulier doit permettre de réorienter l’investissement vers les secteurs assurant une amélioration du bien-être collectif.

De manière plus fondamentale, la CFTC est pionnière dans la revendication d’un réformisme économique socialiste assumé reposant sur la maîtrise des fondamentaux macroéconomiques et des instruments de la planification. L’objectif de son pôle intellectuel, Reconstruction, est alors « de placer le plus exactement possible le syndicalisme devant la planification française [23]  ». Mais il s’agit également de désacraliser l’économie aux yeux des travailleurs, et Gilbert Declercq y insiste avec force dans la conclusion de son rapport : 

« Trop souvent, on a voulu donner aux travailleurs la seule compétence en matière sociale, nous étions "qualifiés" pour parler des problèmes du chômage, pour parler des problèmes de salaires, pour parler d’allocations familiales ou de régime de retraites, mais aussitôt que nous voulions parler de gestion d’entreprise, d’investissements dans l’industrie, d’expansion économique, de grandes orientations politiques de notre pays, de question de colonisation ou de rapports avec les pays étrangers, nous n’étions plus alors des personnes compétentes, nous étions bons pour faire du social, "mais non pas pour faire de l’économie et du politique" [24] . » 

La Confédération en voie de déconfessionnalisation n’est pas la seule à exprimer cette volonté d’une meilleure connaissance et maîtrise des instruments de prévision. Dès sa naissance, le PSA s’efforce également de promouvoir cette nouvelle approche socialiste de l’économie. Membre avec Édouard Depreux et Robert Verdier du triumvirat ayant osé la scission avec la « vieille maison », Alain Savary pose d’emblée le problème du rapport des autonomes à l’économie :

« Le principe fondamental du socialisme est l’organisation consciente de l’économie pour tirer le maximum de la nature. Là, et là seulement, se trouve la véritable libération de l’homme. Si on veut bien admettre ce principe, il apparaît aussitôt que le problème de la répartition des richesses n’est qu’un aspect second de la question. L’erreur des partis socialistes qui n’ont considéré que lui procède d’une totale perte de vue des fondements du socialisme. C’est une erreur capitale qui leur ôte même la qualité de socialiste [25] …»

Tout au long de leur très courte existence, les autonomes ne cesseront de creuser cette voie réformiste fondée sur l’idée d’un socialisme efficace. En 1959, Michel Rocard, alors jeune inspecteur des Finances, développe devant les militants de la section parisienne du VIe arrondissement des conceptions très similaires à celles de la CFDT en termes de planification et de respect des impératifs macroéconomiques. Le rapport [26] rédigé à cette occasion sera l’une des sources du « contre-plan » adopté par le Parti socialiste unifié (PSU) en 1964 qui poursuit donc le combat initié par le PSA.

À l’image de la CFTC et du PSA/PSU, le Club Jean Moulin ne néglige pas la réflexion économique [27] . Si la question algérienne apparaît comme sa principale raison d’être, les problèmes posés par la planification mobilisent également les énergies. En novembre 1961, sa réunion annuelle à Royaumont met à son tour la planification démocratique à l’ordre du jour. Les réflexions tirées de ces journées d’études conduiront à un chapitre important consacré à la question dans L’État et le Citoyen [28] . Dans ces pages rédigées par Jean Ripert, alors responsable de la coordination au Commissariat général du Plan, le Club présente, dans une tonalité très voisine de celle de la CFTC, ce que doit être à ses yeux le rapport d’une gauche moderne à l’économie. Le succès de l’ouvrage (22 000 exemplaires vendus) fait de lui une caisse de résonance non négligeable dans l’entreprise de propagation chez les élites d’un réformisme économique de gauche, affichant sa foi dans le progrès technique comme moteur de l’histoire et le plan comme moyen de dépasser les idéologies marxiste et conservatrice.

À l’orée des années 1960, la question se pose alors de la traduction de cette idéologie économique réformiste en composante de l’idéologie politique de l’ensemble de la gauche socialiste. En dépit d’initiatives réussies comme le colloque sur la planification démocratique organisée par la CFTC en mars 1962, le Club Jean Moulin comme le PSU et, à un degré moindre, la CFTC, n’ont pas l’envergure suffisante pour imposer leur propre conception du réformisme à l’ensemble de la gauche socialiste sans obtenir l’assentiment de la SFIO.

La SFIO face au réformisme économique des Modernes : entre crispation idéologique et stratégie politique

La coupure idéologique fondamentale entre le réformisme des Modernes et celui du couple SFIO/FO ne porte pas sur la nature du régime économique. Un consensus solide règne dans toute la gauche socialiste en faveur de l’acceptation d’une économie mixte au sein de laquelle l’État constitue la première force d’impulsion [29] . Le débat porte bien davantage sur le degré de planification économique. Au début des années 1960, l’axe principal de la propagande SFIO demeure bien la répartition plus juste des fruits de l’expansion. Au congrès de mai 1961, le responsable de la commission économique, Alexandre Verret, directeur de cabinet de Guy Mollet sous le Front républicain, vice-président du Conseil économique et social et militant Force ouvrière, le rappelle sans ambages. Présentant aux congressistes un rapport de politique économique exigé par le Comité directeur en vue des législatives de 1962, il y défend une idéologie économique très proche de celle en vigueur sous le Front républicain : « Nous affirmons, dans ce projet, que la première condition de l’accroissement économique, c’est la progression continue de la masse salariale réelle. Et, en application d’un tel principe, il convient de combler le retard déjà constaté dans cette masse salariale réelle, et faire ensuite bénéficier régulièrement et équitablement les travailleurs des progrès du revenu national [30] . » Six mois plus tard, à l’occasion de son congrès de novembre, les militants FO adoptent le « Plan économique et social Force ouvrière 1962 » qui, à son tour, insiste sur la défense du pouvoir d’achat des travailleurs et l’équitable répartition du revenu national [31] .

Cette continuité idéologique avec les thèses défendues par les gouvernements socialistes de la IVe République s’explique, à notre sens, par quatre causes principales. La première est d’ordre doctrinal. Guy Mollet – et avec lui nombre de fédérations – est un partisan convaincu de la conception économique de la Libération reposant sur un marxisme souvent réduit aux concepts clés développés dans le Manifeste communiste (plus-value, théorie de la valeur, aliénation…), enrichi par la Déclaration de principes rédigée en 1945 par Léon Blum.

Cette « fidélité » doctrinale est néanmoins très insuffisante pour comprendre la relative étanchéité de la SFIO au réformisme des Modernes avant 1963. D’où une deuxième cause d’ordre conjoncturel : au tournant des années 1960, l’économie est loin de constituer pour le parti le principal problème de l’heure ; ce sont bien les problèmes constitutionnel et algérien qui occupent alors le devant de la scène. Surdéterminant les positions du parti, ils expliquent également son désintérêt à l’égard du processus d’intégration des économies de la CEE.

La troisième cause, plus structurelle, est extrinsèque à la gauche socialiste et pèse sur son idéologie économique depuis la Libération : il s’agit, on ne le répètera jamais assez, du poids de l’hypothèque communiste dans toutes les orientations prises par l’organisation. Groupe légitime « marquant les frontières du possible et de l’impossible, de l’interdit et du souhaitable [32]  », le Parti communiste français (PCF), leader incontesté de la gauche française, prévient par son existence même toute tentative trop marquée de Bad Godesberg à la française. Renoncer à la référence marxiste équivaudrait pour la SFIO à perdre définitivement son statut, déjà fort mis à mal, de parti de la classe ouvrière.

La dernière cause, d’importance égale à celle de la présence communiste, est intrinsèque à l’organisation. Au sein d’un parti en proie à de fortes turbulences, l’économie apparaît comme le plus petit commun dénominateur de militants divisés sur les autres questions. Le « ralliement politique [33]  » à la constitution gaullienne contraint en effet la SFIO à promouvoir les aspects économiques et sociaux de sa propagande pour se distinguer du gaullisme et se poser réellement « à l’avant-garde [34]  » de la république nouvelle. Aussi est-il habituel de voir Guy Mollet, lors de ses « déclarations-bilans » de congrès ou de conseils nationaux, rappeler brièvement – à la grande satisfaction des cadres fédéraux – que le nœud gordien du socialisme demeure la fidélité à l’idéal marxiste d’appropriation collective des moyens de production et d’échanges.

Mais en faisant accepter au parti l’idée selon laquelle la doctrine économique « va de soi », le secrétaire général participe à une certaine fossilisation de la pensée de la « vieille maison ». Plus qu’un manque de compétences économiques, il semble plus juste de parler d’une absence d’innovation dans ce domaine. S’il existe, au sein de la SFIO, des spécialistes principalement parlementaires et syndicaux parfois très pointus, par exemple sur les questions fiscales (Francis Leenhardt, Tony Larue), le fond du problème réside davantage dans l’impossibilité politique pour ces « techniciens » de s’évader du cadre doctrinal fixé à la Libération. Ce parti pris de la Direction explique le peu d’engouement suscité par la SFIO auprès des théoriciens de l’économie. Lors de sa réunion du 21 octobre 1964, le Bureau national lance une véritable « campagne de recrutement » d’économistes universitaires [35] . Organisée par le secrétaire général-adjoint du parti, Ernest Cazelles, elle se solde par un échec cuisant. Aucune fédération – pour celles qui ont pris la peine de répondre ! – n’est en mesure de fournir le moindre nom d’économiste universitaire sympathisant [36] . Seule à soumettre des candidatures, la fédération de l’Hérault évoque les noms d’Etienne Antonelli et de Jules Milhau. Mais ces économistes bien connus sous les Républiques précédentes font plutôt figure de « chevaux de retour » et correspondent mal au vœu du Comité directeur d’un rafraîchissement théorique de la pensée économique socialiste.

Du choc des générations à l’acceptation progressive des acquis réformistes

Dans la première moitié des années 1960, théorie économique et SFIO apparaissent donc comme deux pôles répulsifs. À l’indifférence des économistes professionnels répond le mépris de la plupart des cadres fédéraux, qui continuent de porter sur l’économie un regard empreint de suspicion. A l’image de la majorité des Français [37] , la discipline reste pour eux un langage mystérieux, jargonnant, suscitant un réflexe de méfiance instinctive, comme en témoignent les débats de congrès et conseils nationaux de l’époque. La démarche réformiste pose en effet à ces militants un problème à la fois politique et culturel. Dans le corpus idéologique socialiste, le réformisme souffre de la comparaison permanente, mais jamais clairement revendiquée, avec le discours révolutionnaire d’inspiration marxiste qui assure à nombre de dirigeants et secrétaires fédéraux de faciles succès de tribune lors des congrès. Toutefois, passé le choc de la période 1958-1962 s’amorce un processus d’acculturation réel chez certains leaders socialistes aux nouveaux impératifs économiques, en particulier « l’ardente obligation » de la planification. Celui-ci se matérialise dans les pratiques politiques de la gauche institutionnelle à l’échelle nationale. Ce sera d’abord l’expérience Defferre. Pour préparer sa campagne présidentielle, l’ancien « Monsieur X » de L’Express s’entoure d’un « brain trust » qui fait la part belle aux composantes de la gauche « moderne » au détriment des syndicalistes de Force ouvrière : on constate en effet le rôle clé joué par l’un des principaux animateurs du Club Jean Moulin, Olivier Chevrillon, ainsi que l’engagement discret mais efficace de syndicalistes CFDT issus de Reconstruction (Paul Vignaux, André Jeanson) [38] . François Mitterrand et la Fédération de la gauche démocrate et socialiste (FGDS) poursuivront dans cette voie. Aux réseaux parlementaires et syndicaux de la « vieille maison » se surimposent donc des experts d’origine plus « technocratiques », ayant reçu une formation comparable à celle de leurs homologues gaullistes. Lors de la campagne présidentielle de François Mitterrand en 1965, le programme économique est ainsi l’œuvre d’un certain nombre de jeunes énarques – dont Jean-Pierre Chevènement – mobilisés par leur maître de conférences, Pierre Soudet, proche du candidat de la gauche.Le point commun des candidatures Defferre et Mitterrand, qui conduiront la gauche au succès relatif de novembre 1965, réside dans leur effort pour parvenir à une synthèse économique actualisée mais rassurante. Sur le plan de l’idéologie sont ainsi étroitement associés le concept de planification démocratique et l’objectif de socialisation des moyens de production. De même, un certain nombre de thématiques économiquement « neutres » – défense du franc, lutte contre l’inflation et la fraude fiscale notamment – est martelé afin de se défendre de l’accusation de collectivisme, épouvantail agité à intervalles réguliers par l’opposition. La rupture majeure dans le rapport de la gauche socialiste à l’économie ne passe donc pas par les idées mais bien par les hommes. Dans les commissions d’études de la FGDS comme de la SFIO, on assiste, dès 1963 et plus encore en 1966, à une prise de pouvoir progressive d’experts formés aux méthodes de la Prévision. Progressivement, leur autorité se substitue à celle des traditionnels praticiens de l’économie. Ainsi le programme du 14 juillet 1966 de la FGDS [39] s’appuie sur un avant-projet rédigé par l’artisan majeur de la Comptabilité nationale à la Libération, Pierre Uri [40] . Dans la même veine, la SFIO peut compter sur l’émergence de deux courants rénovateurs : le CERES (Centre d’études, de recherches et d’éducation socialiste) de Jean-Pierre Chevènement et le CEDEP (Centre d’étude et de promotion) de Pierre Mauroy [41] . Aux élections législatives de 1967, la gauche institutionnelle peut s’appuyer sur une idéologie économique issue d’un compromis entre objectifs révolutionnaires et réformistes différent de celui jusqu’alors assuré par la synthèse « marxo-blumienne ». Prévision et planification démocratique constituent désormais les maîtres mots même si – pour des motifs politiques évidents – l’idéal de socialisation des moyens de production continue d’être clamé à cors et à cri. Ce point d’équilibre favorable au courant réformiste sera brutalement remis en question par le choc de Mai 1968.

Contrairement à ce qu’une mémoire dominante peut donc laisser penser, la « reconversion de la compétence économique en compétence politique légitime [42]  » touche aussi la gauche socialiste. Sur le fond, il faut évidemment entendre ce réformisme des années 1960 comme la nécessité d’une prise de distance avec la grille de lecture marxiste au profit d’une connaissance fine des instruments aux mains de l’État pour réguler l’activité. Mais à ce marqueur théorique se surimpose un caractère politique impossible à occulter : la mise en avant de la compétence économique comme « ardente obligation » politique par les acteurs de la « nouvelle » gauche, souvent plus jeunes et davantage en marge du système politique. Ce qui explique pourquoi la dimension passionnelle se situe au cœur de la problématique réformiste qui devient alors une arme à double tranchant : instrument de disqualification employé par les tenants de la rectitude doctrinale du parti, symbole de modernité pour ceux qui refusent de s’y plier. En un sens, la querelle des Anciens et des Modernes du début des années 1960, loin d’être un conflit irréductible débouchant sur la destruction d’un des deux camps, s’est avérée féconde. En dépit de résiliences internes réelles, elle a poussé le socialisme français à construire un nouveau rapport à l’économie. 

Pour citer cet article : Mathieu Fulla, « La gauche socialiste et l’économie : querelle des Anciens et des Modernes ou mue réformiste délicate (1958-1968) ? », Histoire@Politique. Politique, culture, société, n° 13, janvier-avril 2011, www.histoire-politique.fr

Notes :

[1] Pour une approche synthétique de ces deux branches de la famille socialiste, voir Vincent Duclert, « Les mendésistes », dans Jean-Jacques Becker et Gilles Candar (dir.), Histoire des gauches en France, Paris, La Découverte, 2004, vol. 2, p. 159-174, et Vincent Duclert, « La "deuxième gauche" », dans Jean-Jacques Becker et Gilles Candar (dir.), op. cit., p. 175-189.

[2] Maurice Duverger, « SFIO, mort ou transfiguration ? », dans Les Temps modernes, mai 1955.

[3] Paul Ricœur, L’Idéologie et l’Utopie, Paris, Seuil, 1997.

[4] L’un des principaux apports de Ricœur réside en effet dans sa proposition d’une définition de l’idéologie plus ouverte que celle du marxisme : à ses yeux, celle-ci ne doit pas être réduite à sa fonction « négative » – bien mise en valeur par Marx – de « distorsion » de la réalité des processus économiques et sociaux. Il faut également réintroduire la fonction proprement politique de l’idéologie qui, dans une perspective de dépassement de la sociologie weberienne, apparaît comme le moyen, complémentaire de la rationalité instrumentale, utilisé par « l’Autorité » pour légitimer sa domination. Enfin, s’appuyant sur les travaux de l’anthropologue Clifford Geertz, Ricœur revient à la fonction la plus primitive et « positive » du concept : sa fonction intégrative. Partant du constat « qu’il n’y a pas d’action sociale qui ne soit pas déjà symboliquement médiée », il souligne que l’idéologie renvoie dans cette acception positive « à l’ensemble des mécanismes symboliques grâce auxquels l’homme se comprend dans une culture donnée ». On retrouve donc ici des thématiques et pistes de réflexion proches de celles développées par l’histoire culturelle du politique.

[5] Delphine Dulong, « Quand l’économie devient politique. La conversion de la compétence économique en compétence politique sous la Ve République », dans Politix, n° 35, vol. 9, 1996, p. 109-130.

[6] Aude Terray, Des francs-tireurs aux experts. L’organisation de la prévision économique au ministère des Finances, 1948-1968, Paris, Comité pour l’histoire économique et financière de la France, 2002, p. 145.

[7] De nombreux travaux d’histoire économique ont bien mis en lumière ce phénomène. Outre l’ouvrage d’Aude Terray déjà cité, on peut également mentionner la riche étude de Laure Quenouëlle-Corre sur la Direction du Trésor ou celle de Frédéric Tristram sur la Direction générale des impôts : Laure Quenouëlle-Corre, La direction du Trésor, 1947-1967. L’État-banquier et la croissance, Paris, Comité pour l’histoire économique et financière, 2000 ; Frédéric Tristram, Une fiscalité pour la croissance, Paris, Comité pour l’histoire économique et financière, 2005.

[8] James Burnham, L’ère des organisateurs, Paris, Calmann-Lévy, 1947, traduction de l’ouvrage paru en 1941 sous le titre The managerial revolution (New York, Day). Sur la « réussite » du transfert culturel des ouvrages de Burnham en France, voir Joseph Romano, « James Burnham en France : l’import-export de la "révolution managériale" après 1945 », dans Revue française de science politique, 2003/2, vol. 53, p. 257-275.

[9] L’adjectif « blumienne » nous semble préférable à celui de « blumiste ». Dans la SFIO de l’après-guerre en effet, nombre de militants ont un accès direct aux textes de Blum. Principales références doctrinales, ses éditoriaux du Populaire ainsi que ses écrits et interventions sont largement reproduits et diffusés dans les fédérations sous forme de brochures éditées par le Parti. De fait, alors que la connaissance de Marx ne passe presque jamais par une confrontation avec les textes du « maître » – d’où l’adjectif « marxiste » pour qualifier la relation que les socialistes français entretiennent avec sa pensée –, ce sont bien les textes de Blum lui-même qui sont connus des militants. De fait, en référence à la distinction classique établie par les philosophes entre « marxienne » et « marxiste » afin de mettre en relief la différence entre Marx et ses épigones, on a choisi l’adjectif « blumienne » plutôt que « blumiste » afin de souligner l’importance doctrinale de Blum – ne serait-ce que par la rédaction de la Déclaration de Principes de 1946 – dans la culture politique socialiste de la période. 

[10] Stéphane Clouet, « 1905-1969 : les écoles socialistes ont-elles existé ? », dans « Propagande et formation au Parti socialiste SFIO, 1905-1969 », Cahier et Revue de l’OURS, n° 240, juin 1993, p. 6-9. 

[11] Jules Moch, Confrontations, Paris, Gallimard, 1952. Et les controverses qui s’ensuivent avec Pierre Rimbert dans La Revue socialiste : voir Pierre Rimbert, « Confrontation avec Jules Moch », La Revue socialiste, n° 68, juin 1953, et Pierrre Rimbert « Confrontation avec Jules Moch (suite) », La Revue socialiste, n° 69, juillet 1953. Voir également la réponse non dénuée d’ironie de Jules Moch, « Confrontation entre… Pierre Rimbert et Karl Marx », La Revue socialiste, n° 70, octobre 1953.

[12] « Pierre Rimbert 1909-1991, une vie pour le mouvement ouvrier », dans Cahier et revue de l’OURS, novembre-décembre 1992, n° 208.

[13] Centre d’histoire de Sciences Po, Fonds du Groupe parlementaire socialiste, GS I-II. Sur les relations SFIO-FO sous la IVRépublique, voir Denis Lefebvre, « Le Parti socialiste et Force ouvrière », dans Michel Dreyfus, Gérard Gautron et Jean-Louis Robert (dir.), La naissance de Force ouvrière. Autour de Robert Bothereau, Rennes, PUR, 2003, p. 43-60.

[14] La déclaration d’investiture de Guy Mollet (31 janvier 1956) assume explicitement ces préférences idéologiques : « En politique intérieure, mon gouvernement s'emploiera à répondre à l'attente de la grande masse de la population, à l'attente des travailleurs qui risquent peu à peu de désespérer de la démocratie dans la mesure où les immenses progrès techniques de l'ère moderne ne se traduisent pas pour eux par une amélioration sensible de leurs moyens d'existence, faute d'une organisation rationnelle de l'économie et d'une répartition plus équitable du revenu national. » Le texte intégral de cette déclaration est en ligne sur le site de l’OURS (Office universitaire de recherche socialiste), http://www.lours.org/default.asp?pid=334 [consulté le 20 février 2010].

[15] Sur ce point très bien étudié nous renvoyons à Daniel Lefeuvre, « La politique économique du gouvernement de Front Républicain », dans Serge Berstein (dir.), Paul Ramadier. La République et le Socialisme, Paris, 1990, p. 405-419.

[16] OURS, Fiche Arguments et Ripostes « Spécial élection », « Soyons clairs. Le jargon économique à la portée de tous », n° 6, octobre 1958.

[17] Gilles Morin, De l’opposition socialiste à la guerre d’Algérie au Parti socialiste autonome (1954-1960). Un courant socialiste de la SFIO au PSU, thèse dactylographiée, université de Paris I, 1992.

[18] Claire Andrieu, Pour l’amour de la République. Le Club Jean Moulin 1958-1970, Paris, Fayard, 2002.

[19] André Philip, « L’alibi social », Tribune du socialisme, 8 février 1958.

[20] Il existe une traduction française de cet ouvrage fondamental dans l’histoire du Labour Party d’après-guerre : Richard Crossman et alii, L’avenir du travaillisme, Nouveaux essais fabiens, Paris, Les Editions ouvrières, 1954.

[21] Archives CFDT, 6 H 105, Gilbert Declercq, « Pour une planification démocratique », rapport sur le programme économique de la CFTC présenté au nom du Bureau confédéral au 30e Congrès confédéral de la CFTC, Issy-les-Moulineaux, 19-21 juin 1959, 45 p.

[22] Gilbert Declercq, op. cit., p. 30.

[23] Paul Vignaux, De la CFTC à la CFDT syndicalisme et socialisme. « Reconstruction » (1946-1972), Paris, Les Editions ouvrières, 1980, p. 96.

[24] Gilbert Declercq, op. cit., p. 42.

[25] Centre d’histoire de Sciences Po, Fonds Alain Savary, 1SV8, Circulaire n° 5 du PSA à laquelle est jointe une note de 5 pages sur la doctrine économique, 11 décembre 1958.

[26] Centre d’histoire de Sciences Po, Fonds Alain Savary, 1SV8, Georges Servet (Michel Rocard), « Socialisme et civilisation industrielle », 1959, 36 p.

[27] Ce paragraphe s’appuie principalement sur Claire Andrieu, Pour l’amour…, op. cit.

[28] Club Jean Moulin, L’État et le Citoyen, Paris, Seuil, 1961.

[29] Alain Bergounioux et Gérard Grunberg, Les socialistes français et le pouvoir, Paris, Hachette Littératures (1ère éd. : Fayard, 2005), 2007, p. 135.

[30] OURS, Alexandre Verret, intervention au 53e congrès de la SFIO, 18 mai 1961 (matin), Sténographie, p. 52.

[31] Gérard da Silva, Histoire de la CGT-FO et de son union départementale de Paris 1895-2009, Paris, L’Harmattan, 2009, p. 195-196. L’ouvrage, en dépit d’un parti pris militant affirmé, recèle d’informations utiles sur l’histoire (mal connue) de la Confédération.

[32] Marc Sadoun, De la démocratie française, Paris, Gallimard, 1993, p. 161.

[33] Olivier Duhamel, La Gauche et la Ve République, Paris, PUF, p. 132-193.

[34] Aux élections législatives de 1958, les candidats socialistes font campagne sur ce thème.

[35] Compte rendu de la réunion du Bureau national, 21 octobre 1964, Bulletin intérieur, n° 134, février 1965.

[36] OURS, Archives Ernest Cazelles, 30 APO 16, dossier « groupes d’études de la SFIO ».

[37] Sondage à l’appui, Delphine Dulong rappelle que « l’économie demeure au début des années 1960 un domaine réservé aux seuls initiés ». Delphine Dulong, op. cit., p. 3-4.

[38] Je remercie Anne-Laure Ollivier pour ses renseignements sur les experts du Comité national « Horizon 80 » de Gaston Defferre.

[39] Programme de la FGDS du 14 juillet 1966 reproduit dans Les Cahiers de la Convention des Institutions républicaines, supplément à Combat républicain, n° 19, septembre 1966, 57 p.

[40] OURS, Archives de la FGDS, 2 APO 4, Pierre Uri, « Propositions pour un programme financier », 5 juillet 1966.

[41] Parmi les « économistes » du CERES, citons, outre Jean-Pierre Chevènement, Alain Gomez et Jean-Louis Chartier ; pour le CEDEP, rappelons la présence de Jean Peyrelevade.

[42] Delphine Dulong, op. cit., p. 110.

Mathieu Fulla

Agrégé d’histoire, Mathieu Fulla est ATER à l’université de Nantes. Il prépare actuellement une thèse sous la direction de Marc Lazar « Le Parti socialiste face à la question économique sous la Ve République (1958-1981). Une histoire politique de l’économique ».

Mots clefs : socialisme ; syndicalisme ; Ve République ; économie ; idéologie.

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  • ISSN 1954-3670