Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Les socialistes français face au réformisme

Coordination : Mathieu Fulla et Emmanuel Jousse

Prométhée malgré lui : le prolétariat objet de réformes et sujet de l'Histoire, 1870-1914

Romain Ducoulombier

Quand la classe ouvrière est-elle devenue un « sujet » de l’histoire ? Pour tenter de répondre à cette question, il faut dégager les trois phénomènes qui composent la révolution intellectuelle du socialisme entre 1870 et 1914 : l’entrée dans l’ère des organisations, l’invention du réformisme et l’élection historique du prolétariat. Le réformisme, en tant que mode de changement social et économique graduel sanctionné par l’État, tente de s’imposer alors même que le mouvement ouvrier français connaît son « assomption ».


La tentation révisionniste et la construction d’un réformisme français

Emmanuel Jousse

 Entre 1896 et 1903, la social-démocratie allemande est divisée par la tentative de révision du marxisme entreprise par Eduard Bernstein. Ce débat théorique s’élargit en considérations pratiques et politiques, qui amènent le SPD à faire le choix du réformisme en 1959. En France, le débat ne semble pas avoir lieu, traduisant l’incapacité du socialisme français à s’engager sur la voie de la réforme. Cet article vise, par une histoire croisée des idées et de leurs interprétations, à saisir  les conditions matérielles et intellectuelles de la discussion et de la traduction du révisionnisme en  France. Déformées par les adversaires de Bernstein en Allemagne, ces idées s’insèrent en France dans un contexte qui les rapprochent du réformisme politique de Millerand, rejeté par le parti, puis de la position d’Albert Thomas, chef de file des réformistes avant 1914. L’étude des utilisations contradictoires du révisionnisme peuvent ainsi éclairer la construction et l’usage polémiques d’un  réformisme français, dont la fonction, plus performative qu’heuristique, sert de repoussoir pour  l’unité de la SFIO en 1905.


Jean Jaurès et le réformisme

Gilles Candar

Le congrès de la SFIO tenu à Toulouse en 1908 est interprété comme le moment de la « synthèse jaurésienne », celui où le tribun valide le déni du réformisme, pour une rigidité doctrinale toujours maintenue par le parti au XXsiècle. Mais ce sont les termes mêmes, ceux de réforme et de révolution, qu’il faut réévaluer, à l’aune du vocabulaire des acteurs et de Jaurès. Entre les deux méthodes, la contradiction n’est pas systématique: le souvenir de la Révolution française fonde l’espoir d’un bouleversement social, mais les possibilités de la démocratie parlementaire légitiment également la poursuite immédiate de réformes, sans que les deux mouvements ne s’opposent.


La gauche socialiste et l’économie : querelle des Anciens et des Modernes ou mue réformiste délicate (1958-1968) ?

Mathieu Fulla

Constitutive de l’identité du socialisme français à travers l’héritage du XIXe siècle, la question économique apparaît, au sortir de l’expérience avortée du Front républicain, comme une importante pomme de discorde au sein de la mouvance socialiste. La représentation dominante dans la mémoire partisane demeure, aujourd’hui encore, celle d’une gauche socialiste comme théâtre, au tournant des années 1960, d’une nouvelle querelle des Anciens et des Modernes entre deux socialismes : l’un demeurant « avec son marxisme sur les bras », l’autre acquis aux vertus du réformisme économique. Régulièrement reprise par la droite mais aussi par la majeure partie des intellectuels acquis à la « gauche moderne », cette vision binaire empêche de saisir l’évolution, subtile mais réelle, du rapport de l’ensemble de la gauche socialiste à l’économie au début de la VRépublique.


Du conseil municipal à la Chambre des députés : la tentation réformiste des élus socialistes français dans l’entre-deux-guerres

Aude Chamouard

La gestion par des socialistes d’un grand nombre de mairies, et métropoles régionales particulièrement, est une donnée fondamentale de l’histoire urbaine de la IIIe République. Visant à améliorer les conditions d’existence de la classe ouvrière, ces politiques étaient menées au nom d’une forte idéologie socialiste, mais selon des méthodes pragmatiques et réformistes. En tant qu’élus locaux, les maires socialistes entreprennent des politiques ambitieuses, non pas en vue de renverser l’État capitaliste, mais plutôt pour le transformer de l’intérieur, au niveau local comme au niveau national. Ils s’appuient sur des relais à la Chambre pour les mettre en œuvre. Réformistes de conviction, ces élus n’ont cependant pas su influencer durablement la doctrine de la SFIO.


Le gouvernement de Front républicain : une politique réformiste sous fortes contraintes

François Lafon

Moment important du socialisme français de l’après-guerre, l’expérience du Front républicain (1956-1957) n’a paradoxalement laissé aucune trace dans la mémoire de la famille socialiste. Contre une « légende noire » particulièrement tenace, cet article aspire à démontrer que les socialistes pensaient alors inscrire leur action dans la pleine continuité du Front populaire et de sa relation à l’exercice du pouvoir. Si l’on analyse le Front républicain à l’aune des contraintes qui furent celles d’un gouvernement minoritaire en régime parlementaire, alors le bilan que l’on peut en tirer prend une orientation pour le moins très différente de la caricature dominante aujourd’hui encore en vigueur.


Réforme ou révolution, quelles images pour le socialisme ? Regard sur un siècle d’affiches socialistes

Frédéric Cépède

Parti de réforme ou parti de révolution ? Jusqu’en 2008 et l’adoption de la 5e déclaration de principes de leur histoire rompant avec « l’utopie révolutionnaire » des textes précédents, le parti socialiste a maintenu ces deux termes – avec plus ou moins de conviction et de réalisme – pour définir leur but à plus ou moins longue échéance. Parti d’élections, il a cherché à convaincre et séduire un public plus large par ses programmes mais aussi par des affiches et des tracts les traduisant en images et slogans. En étudiant le corpus d’affiches diffusées par les socialistes au plan national, cet article se propose d’interroger l’image que le PS donne au « socialisme » et au parti qui le porte au cours du XXsiècle.


Le parti d’Épinay : d’une rupture fantasmée à un réformisme mal assumé

Gérard Grunberg

L’équilibre idéologique du parti socialiste français, depuis l’unification de 1905, a toujours résulté de la tension entre réforme et révolution. La refondation du parti au congrès d’Épinay n’a pas rompu avec ce schéma. François Mitterrand a revendiqué une volonté de rupture mais il a créé les conditions politiques qui ont conduit à un effacement de la perspective révolutionnaire. Lionel Jospin, Premier ministre, a tenté d’établir une nouvelle synthèse idéologique. Mais les conditions de sa défaite de 2002 ont ruiné cette tentative. Le parti, pour conserver son unité, a abouti en 2007 à une synthèse sans orientation idéologique claire. La nouvelle déclaration de principe de 2008 affirme la nature réformiste du parti. Mais le projet socialiste de 2010 entretient une forte ambiguïté sur ce point. 


Réformer l’Algérie ? Des militants socialistes en « situation coloniale » dans l’entre-deux-guerres

Claire Marynower

Les fédérations socialistes eurent en Algérie une histoire mouvementée dans l’entre-deux-guerres. Décimées après le congrès de Tours, elles se reconstruisirent progressivement, avant de devenir au moment du Front populaire une force politique importante dans le paysage algérien. Au fil de ces années, les militants socialistes ont entretenu des discours de la réforme en Algérie, qu’ils estimaient nécessaire dans les domaines économique, social, mais aussi et de plus en plus politique et juridique. Mais l’évolution est également décelable dans les pratiques socialistes en Algérie : au cours des années 1930, et en particulier autour du Congrès musulman, les militants s’ouvrirent à un dialogue et à une coopération avec les représentants du « nationalisme modéré ». Ils incarnèrent alors une forme de réformisme colonial de gauche en Algérie, partagé au-delà des frontières de la SFIO.


Le syndical et le politique. Le cas du parti socialiste et de la FEN, des années 1970 au début des années 1990

Ismail Ferhat

À partir de l’examen du lien entre syndicalisme enseignant et socialisme, il s’agit de montrer l’ambiguïté d’une voie française de la social-démocratie, supposant l’articulation forte entre les deux éléments. Malgré une proximité étroite des idées et des hommes, la possibilité d’un réformisme porté par les syndicats se heurte aux traditions françaises, et aux incompréhensions entre le monde enseignant et le parti.


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  • ISSN 1954-3670