Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

« Nous et les autres, des préjugés au racisme »

Expositions | 21.09.2017 | Emmanuel Naquet

Du « Je est un autre » des poètes et des philosophes Rimbaud et Nietzsche en passant par Descartes, penseurs avec d’autres du sujet personnel, voire politique, à la création par le politique en 2007 d’un ministère de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Développement solidaire, les questions de l’altérité et du même, du particularisme et du vivre ensemble n’ont cessé d’être posées par les intellectuels ou les décideurs. C’est à cette problématique, et plus largement aux racismes sous toutes ses formes et à toutes les échelles, et évidemment à son décryptage, que s’attache ce qui fut le musée de l’Ethnographie, devenu en 1938 le musée de l’Homme, aujourd’hui lié au Muséum d’histoire naturelle, et qui s’affirme comme un lieu d’échange et de transmission. Au-delà de la pratique originelle, naturaliste et classificatoire qui s’inscrit dans un contexte d’apogée des empires coloniaux, des missions d’exploration à visée racialiste, ce musée appartient bien aux temps qui se sont succédé, avec l’affirmation des premières volontés d’émancipation des peuples et des individus, les progrès de la recherche et de la vulgarisation, associant sciences humaines et sciences du vivant pour poser un nouveau regard, non seulement humaniste mais aussi moderne. Relevant de son ADN, il y a une question devenue aujourd’hui réponse forte : la notion de « race », même si le mot est encore utilisé, n’a pas de réalité, ni génétique, ni sociale : les migrations et les métissages, avec une intégration accélérée au long cours des mondialisations, ont fait de toutes les femmes et de tous hommes des parents, même différents, à la fois eux et nous ; c’est l’égalité dans la diversité.


Pierre Birnbaum, Léon Blum. Un portrait,

Ouvrages | 21.09.2017 | Marion Fontaine

Léon Blum fait partie non seulement du Panthéon de la gauche, mais apparaît aussi aujourd’hui comme l’un des principaux acteurs politiques français du XXe siècle, même s’il demeure le plus souvent une figure en demi-teinte, ou au moins un peu en retrait, comparée à des personnages érigés au rang de héros ou de saint laïc, tels de Gaulle ou encore Jaurès. Il n’en a pas moins fait l’objet de très nombreux travaux biographiques, ceux d’Ilan Greilsamer, de Serge Berstein ou encore celui, très récent, de Frédéric Monier, pour ne citer que quelques exemples. Les uns et les autres se sont efforcés, chacun à leur manière, de cerner les traits de celui qui fut un dreyfusard précoce et le disciple de Jaurès, un critique et un essayiste, avant de devenir le principal dirigeant de la SFIO, le leader du Front populaire, le premier chef de gouvernement socialiste et pour finir l’incarnation d’une certaine exigence morale et humaniste, face aux tribunaux de Vichy et jusqu’au camp de Buchenwald.


Laurent Martin (ed.), Les Censures dans le monde: XIXe-XXIe siècle

Ouvrages | 19.09.2017 | Peter Jelavich

This volume presents the papers delivered at a conference held in Paris in February 2014. Fourteen of the twenty-five essays deal with censorship in Europe, the rest with countries in North and South America, Africa, the Middle East, and Asia. The genres and media discussed include literature, journalism, photojournalism, political caricature, educational textbooks, theater, film, and music. Given the geographical, chronological, and generic breadth, the editor and the authors have adopted a wide definition of censorship, evoked by words like control, regulation, discipline, surveillance, constraint, and repression (Laurent Martin, “Les censures: une histoire ancienne, des formes nouvelles,” p. 11-12). The essays are divided into three thematic sections: the transition from repression by church and state to “liberal censorship” in Europe during the 19th and 20th centuries; censorship by “liberal democracies” in the 20th and 21st centuries; and censorship by authoritarian and totalitarian regimes (including fascism and communism).


« Ciao Italia ! Un siècle d’immigration et de culture italienne en France (1860-1960)»

Expositions | 25.07.2017 | Emmanuel Naquet

Ciao Italia ?, pour reformuler sans exclamation, mais de manière interrogative, le titre de l’importante exposition au Musée national d’histoire de l’immigration, qui interroge des stéréotypes d’hier, voire d’aujourd’hui, et questionne l’histoire des historiens et l’actualité des citoyens. Car, même si vous avez suivi la carrière d’Ivo Livi, alias Yves Montand, lu Les Ritals de François Cavanna, suivi les cours de Pierre Milza, vécu avec tous les schémas mentaux sur ces Italiens devenus célèbres qui ont « fait la France », ces personnalités comme Leonard de Vinci ou Le Primatice, sans oublier Mazarin, Catherine de Médicis et tous les banquiers lombards jusqu’aux clichés des Italian lovers de la dolce vita popularisée notamment par Fellini, courez au Palais de la Porte Dorée. Car voici – on a envie de dire « là encore » – une belle, riche et suggestive exposition et, ce qui ne gâche rien, un catalogue à l’identique, bien illustré, tous deux organisés et dirigés par Stéphane Mourlane et Dominique Païni ; bref, un événement historiographique qui est une première par son ampleur sur les liens entre les « deux sœurs latines ».


L’économie sociale, une histoire enfin accessible

Ouvrages | 18.07.2017 | Timothée Duverger

L’histoire de l’économie sociale occupe une place marginale dans l’histoire sociale, comme en témoigne notamment son absence dans la monumentale Histoire des mouvements sociaux en France dirigée par Michel Pigenet et Danielle Tartakowsky. Si l’ouvrage classique d’André Gueslin, publié il y a trente ans, donne une connaissance exhaustive de l’économie sociale au XIXe siècle, il manquait jusqu’à aujourd’hui l’équivalent pour le XXe siècle. C’est désormais chose faite avec le livre de Michel Dreyfus, qui s’inscrit dans le prolongement de L’invention de l’économie sociale, dont il peut être considéré comme le deuxième tome

Connu pour ses travaux sur la CGT, la mutualité et plus récemment la coopération, Michel Dreyfus est l’une des principales « plumes » de l’histoire du mouvement ouvrier. Situé au carrefour des histoires de la mutualité et de la coopération, il était le mieux placé pour achever l’histoire de l’économie sociale. Si les travaux sur l’économie sociale, prise comme un ensemble qui surdétermine ses composantes coopératives, mutualistes et associatives, sont rares, il existe quelques études, encore trop peu développées, sur chacune des familles.


«Présumées coupables, XIVe-XXe siècles»

Expositions | 18.07.2017 | Emmanuel Naquet

Ce sont à des homo criminalis « présumées coupables » que sont consacrés l’exposition aux Archives nationales et le catalogue éponyme qui l’accompagne. Ce sont encore aux traces des archives judiciaires à leur sujet, notamment les fonds du parlement de Paris, comme à leurs représentations – y compris celles sensationnalistes que les médias suscitent ou portent. L’ensemble, tout à fait bienvenu, reflète assurément les progrès de l’histoire du droit, de ce regard rétrospectif sur le passé pénal avec un recul et une mise en perspective suggestifs qui permettent, au-delà des réalités – la délinquance féminine enregistrée fut et demeure marginale –, de dépasser les mythes. Car les auteurs, plus qu’à une chronique des faits divers, s’attachent d’abord à déconstruire des imaginaires sexués et à construire des récits historicisés qui dépassent les hypertrophies rhétoriques et les silences archivistiques.


Face à l’histoire : retour sur l’exposition «Soulèvements»

Expositions | 11.07.2017 | Sophie Cras et Hélène Valance

En 1996, Jean-Paul Ameline organisait au Centre Pompidou une exposition qui fit date, intitulée « Face à l’Histoire (1933-1996) : l’artiste moderne face à l’événement historique. Engagement, Témoignage, Vision ». Vingt ans après, le problème ne cesse d’être reposé : celui du rapport entre les images – dans leurs dimensions visuelles, plastiques, créatives et discursives – et les événements, dont elles rendent compte et auxquelles elles participent tout à la fois. L’actualité de ce sujet, sa complexité et sa délicatesse sont sensibles dans les vifs débats qui ont accompagné l’exposition « Soulèvements », organisée par le philosophe et historien d’art Georges Didi-Huberman au Jeu de Paume du 1er octobre 2016 au 15 janvier 2017. Complétée par un riche site internet et un imposant catalogue, l’exposition réunissait un grand nombre d’images, artistiques et non artistiques, principalement des photographies, mais aussi des documents de presse, des tracts, des films et vidéos, des dessins, des gravures, des sculptures et des installations, du XIXe siècle à aujourd’hui. Il ne s’agissait pas tant de réfléchir sur les représentations de soulèvements historiques, de la Commune à la Libération, de Mai 68 aux rébellions anti-franquistes, que d’interroger les figures visuelles du soulèvement, dans le sillage de l’iconologie politique inspirée de la méthodologie warburgienne. L’accent est ainsi mis sur les gestes corporels – poings brandis, bouches ouvertes, foules en liesse, jets de pierre, comme sur la photographie de Gilles Carron qui fait office d’affiche et de couverture pour le catalogue – et sur les formes plus métaphoriques, humaines ou non-humaines, de l’élan, de la subversion, du souffle ou de la résistance.


« Gilles Martinet : un parcours intellectuel et politique à gauche »

Colloques | 07.07.2017 | Thomas Maineult

© Sciences Po Centre d'histoire,  2016.Le colloque qui s’est tenu à Sciences Po le 22 mars 2016 a étudié dans ses différentes dimensions le parcours intellectuel et politique d’une figure importante de la gauche française : Gilles Martinet. Marc Lazar a introduit ce colloque en rappelant la concomitance de plusieurs dates : 1916, année de la naissance de Gilles Martinet ; 2006, année de sa mort ; et 1995-1996, date de la remise des archives de Gilles Martinet au Centre d’histoire de l’Europe du Vingtième siècle (CHEVS) alors dirigé par Pierre Milza. Marc Lazar a ensuite posé les jalons du parcours de Gilles Martinet, depuis son adhésion au communisme à l’âge de 17 ans jusqu’aux procès de Moscou, puis de son passage en tant que journalise chez Havas à son poste de rédacteur en chef à l’AFP après la guerre. Dirigeant la Revue internationale avec Pierre Naville, il créa L’Observateur en 1950 avec Roger Stéphane et Claude Bourdet, et appartint au courant de la nouvelle gauche, à l’Union de la gauche socialiste (UGS), puis au Parti socialiste unifié (PSU). Il entra au Parti socialiste (PS) en 1972, d’abord au sein du Centre d’études, de recherches et d’éducation socialiste (CERES), puis dans le courant rocardien. Sa carrière se poursuivit au Parlement européen. Gilles Martinet fut également directeur de la revue Faire. Ambassadeur de France en Italie de 1981 à 1984, il enseigna ensuite à l’ENA (1984-1990). Proche de la Fondation Saint-Simon, son intérêt se focalisa sur l’Europe (avec la revue Nouvelle Europe). Mais comment se situait-il par rapport au marxisme, au communisme, au socialisme ? Comment concilier une volonté de changement radical et les possibilités de réalisation de ce même changement ? Il s’agissait donc, lors de ce colloque, de repérer les invariants et les évolutions du parcours intellectuel et politique de Gilles Martinet, tout en les contextualisant.


Julie Maeck, Matthias Steinle (dir.), L’image d’archives. Une image en devenir,

Ouvrages | 08.06.2017 | Martine Floch

Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. «Histoire», 2006, 336 p.Les images d’archives ou dites d’archives sont omniprésentes dans notre culture visuelle et sont, depuis les années 1980, l’objet de multiples études et publications concernant leurs fonctions, leurs formes d’usage et de réemploi et leur avenir dans l’univers numérique. Le vocable est utilisé massivement par les médias et l’historiographie. C’est précisément là que l’ouvrage L’image d’archives. Une image en devenir trouve son origine : dans la volonté de définir précisément et scientifiquement ce vocable. Car « on ne naît pas image d’archives, on le devient » (François Niney, p. 44). Chaque image est une image potentielle, « une belle au bois des archives dormantes », quun prince – si l’on file la métaphore – transformera en image-document dès lors qu’il s’en saisira. Partant de ce postulat, il convient d’interroger ce potentiel archivistique de l’image : comment une image devient-elle document d’archives et pourquoi certaines images échappent-elles à cette qualification ? Pourquoi peut-on affirmer que La Joconde (1503) ne sera jamais une image d’archives mais que l’image emblématique du garçon aux mains levées, prise en 1943 au ghetto de Varsovie, en est une ?


Emmanuel Jousse, Les hommes révoltés. Les origines intellectuelles du réformisme en France (1871-1917)

Ouvrages | 08.06.2017 | Gilles Candar

Paris, Fayard, « Histoire », 468 p.Ce livre porte un titre un peu étrange, vite explicité par son auteur : les hommes révoltés renvoient aux « réformistes intransigeants » évoqués par Camus lorsqu’il prépare L’homme révolté. Ces hommes et ces femmes ont en commun de vouloir changer le monde en refusant la violence et la limitation des libertés, ce qui les fait placer par Camus sous le patronage de Tolstoï, le grand écrivain tant admiré par Jaurès… L’appellation a le mérite de sortir les personnalités et les doctrines étudiées de la gangue terminologique « réformiste » devenu un passe-partout de la vie politique.


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  • ISSN 1954-3670