Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

1958-1962 : l'avènement d'un "pouvoir gaulliste" ?

Coordination : François Audigier et David Valence

L’Union pour la Nouvelle République et la Communauté franco-africaine : un rêve de puissance évanoui dans les sables algériens ? (1958 – 1961)

Frédéric Turpin
Résumé :

Depuis ses origines, le gaullisme manifeste un fort attachement à l’Empire colonial qui constitue un des éléments vitaux (...)

  • imprimer
  • version pdf
  • réduire la taille du texte
  • augmenter la taille du texte

Le 14 juillet 1959, la toute jeune Ve République fête, en grandes pompes, place de la Concorde, l'empire devenu Communauté. Le spectacle est à la hauteur des attentes et espoirs du président de la République et du gouvernement : « une séance de style napoléonien réglée par Malraux » au cours de laquelle le général de Gaulle remet les drapeaux de la Communauté aux gouvernements des États-membres [1] . « Toute l'Afrique française – se souvient Roger Belin alors secrétaire général du gouvernement  – est là : magnifique et émouvante vision d'une France impériale  [2] . »

Le grand succès populaire de cette cérémonie, hautement symbolique, révèle combien, dans l’esprit des contemporains, le mythe de la France impériale est encore bien vivant. Le propos vaut tout particulièrement pour le chef de l’État, son Premier ministre, Michel Debré, le gouvernement et l’ensemble du mouvement gaulliste réuni, pour l’essentiel, au sein de l’Union pour la Nouvelle République (UNR). Cette construction, qui lie organiquement la République française aux anciens territoires d’outre-mer d’Afrique subsaharienne pour un temps espéré d’au moins une décennie, n’est pas, pour eux, un mot convenu à remiser au rayon des gloires démodées. Elle constitue assurément un gage de puissance et de rayonnement mondial de la France.

À peine un an plus tard, au printemps 1960, la fin prématurée de la Communauté ne paraît pas déchaîner les passions à l’intérieur de l’UNR. L’historien ne constate pas les mêmes divisions et ruptures que celles provoquées par le devenir de l’Algérie. Le fait mérite réflexion : il surprend lorsque l’on considère l’attachement du mouvement gaulliste, depuis les premières heures du Rassemblement du peuple français (RPF) en 1947 jusqu’à la fondation de la Ve République, à une conception de la puissance française encore largement fondée sur le pilier impérial. Cette apparente unité derrière le Général cache probablement le poids déchirant du drame algérien dans les consciences gaullistes. Il souligne aussi déjà le dilemme entre une certaine idée de la France impériale défendue dans les années quarante et cinquante et associée au gaullisme et la fidélité au chef charismatique qui ne conçoit désormais plus la puissance française par l’expansion ultramarine.  

La Communauté : un rêve gaullien et gaulliste de puissance

Le général de Gaulle et les gaullistes ont longtemps présenté la Communauté institutionnelle, puis contractuelle, comme une sorte d’antichambre de l’accession à l’indépendance des anciennes colonies françaises. Le rapport, intitulé « De la décolonisation à la coopération », des assises nationales de l’Union pour la Défense de la République (UDR) de novembre 1973 [3] , souligne deux points qui tendent à asseoir cette réécriture de l’histoire. Tout d’abord, « l’idée de communauté, foncièrement empirique », y est présentée comme « l’aboutissement d’un compromis entre Africains partisans d’une fédération et Africains partisans d’une confédération ». Les intérêts et le rôle de la France apparaissent fort peu dans la genèse et la détermination de la structure institutionnelle finalement mise en place en 1958-1959.

La rédaction du titre XII (« De la Communauté ») de la Constitution du 4 octobre 1958 témoigne certes de cette lutte entre les partisans africains de la fédération (Félix Houphouët-Boigny) et ceux de la confédération (Léopold Sédar Senghor) qui empoisonne les travaux du Comité interministériel. Au point que le général de Gaulle doit intervenir personnellement devant le Comité, le 10 juillet, afin de préciser les grandes lignes de ce que doit être l’union entre la République française et ses territoires d’outre-mer [4] . C’est à partir des grands principes qu’il présente ex cathedra qu’est bâti le titre XII qui organise la Communauté, le vocable de « Communauté », proposée par Filbert Tsiranana, ayant le grand mérite de permettre à toutes les parties en présence de pouvoir s’y rallier sans se déjuger.

Compte tenu des désaccords, l’empirisme a effectivement prévalu, le modèle d'organisation initialement proposé par le gouvernement du Général, de nature nettement fédérale, ayant été rejeté. La Communauté, comme le souligne fort justement Jean Foyer, n’appartient à aucune catégorie traditionnelle du droit (fédération, confédération). Elle est taillée sur mesure pour la circonstance et pour durer. Si cela n’avait pas été le cas, pourquoi s’évertuer à inscrire dans la Constitution – et à l’expliciter par un titre complet – les liens entre la République française et les États-membres de la Communauté ? Pourquoi ne pas prévoir d’évolution à l’intérieur de cette structure organique autre que la sortie volontaire pour devenir indépendant ? Pourquoi l’indépendance doit-elle signifier la perte automatique des avantages attachés à la qualité d’État-membre ?

La construction finalement élaborée souligne la volonté du gouvernement français d’organiser sur un temps long cette union et ce dans le respect des intérêts de la France. La Communauté institutionnelle réunit en ce sens « un État indépendant, la République française et douze États autonomes ». Mais « les compétences majeures, caractéristiques de la souveraineté, n’appartiennent – analyse Jean Foyer – qu’à la République, les autres États participant à leur exercice sur le mode consultatif, notamment par le Conseil exécutif et les comités de ministres [5]  ».

Deuxième point de cette histoire « gaulliste » : « l’évolution générale de l’Afrique – souligne le rapport de l’UDR de 1973 –, la multiplication d’indépendances nouvelles dans le tiers-monde, nous conduisirent naturellement à un système contractuel beaucoup plus souple et à un relâchement des liens [6]  ». La Communauté franco-africaine paraît dès lors relever d’une sorte de contingence de fait de l’histoire. Elle aurait été conçue comme une structure de transition afin de permettre aux anciennes colonies françaises d’accéder rapidement et pacifiquement à l’indépendance. C’est faire peu de cas des conceptions gaullienne et gaulliste en matière de puissance nationale et sa déclinaison impériale.

La question des héritages respectifs entre conceptions gaulliennes et situation laissée par la IVe République dans l’élaboration de la Communauté a déjà été étudiée ailleurs [7] . Nous pouvons cependant souligner que, sous la IVe République, le devenir de l’empire colonial constitue un des principaux thèmes du Rassemblement du Peuple Français présidé par le général de Gaulle. La doctrine outre-mer de la formation gaulliste [8] repose alors avant tout sur un postulat fondamental : l’empire est vital à la France et à sa puissance. Or c’est la notion même de puissance nationale qui est au cœur de la pensée gaullienne et du programme du parti du RPF entre 1947 et 1955. Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, l’Union française constitue, pour le Général et ses compagnons, un élément essentiel de la puissance et du rayonnement de la France sur la scène internationale. Présente sur cinq continents et sur toutes les mers grâce à son empire, elle peut aspirer à la table des Grands.

Le chef du RPF demeure fidèle tout au long de la IVRépublique à une conception fédérative de la République française et de ses prolongements outre-mer. Mais, faute d’accéder au pouvoir, le Général et ses compagnons en sont réduits jusqu’en 1955 à condamner les « abandons » coupables des gouvernements successifs du « mauvais régime ». Pour ces hommes pétris du culte de la « Plus grande France » de 100 millions d’habitants et qui croient qu’il n’y a pas d’avenir aussi bien pour la République que pour les territoires d’outre-mer sans l’Union française, la désagrégation progressive de l’empire constitue un rude coup et un véritable déchirement. Le « cancer algérien », qui conditionne bientôt toute l’évolution de l’Union, ne fait que radicaliser les positions outre-mer conservatrices des gaullistes restés dans le jeu politique, même si ceux-ci finissent par accepter la loi-cadre Defferre de 1956 qui ouvre les portes de la future Communauté.

En fait, à partir de 1955, l’historien constate une césure de plus en plus marquée entre le Général et nombre de ses compagnons, que ce soit sur l’affaire algérienne mais aussi, plus généralement, sur la question de la défense intransigeante de la souveraineté française outre-mer. Sur ce dernier point, bien avant son retour au pouvoir, le Général paraît manifester progressivement plus de souplesse que la majorité des gaullistes qui en sont demeurés à la doctrine du RPF, laquelle posait comme un dogme intangible que l’avenir même de la France et de son rang mondial se jouait outre-mer. L’évolution personnelle du général de Gaulle sur le devenir de la Communauté institutionnelle à la fin de l’année 1959 et en 1960 souligne cette différence majeure qui s’est établie au sein de la famille gaulliste. 

La nécessité du « prurit d'affranchissement »

Le général de Gaulle s'est toujours défendu d'avoir conduit son action publique sous le coup d'une doctrine. En d'autres termes, il a récusé jusqu'à l'existence d'une doctrine gaulliste [9] . D'autant plus que certains de ses compagnons – à l’instar de Jacques Soustelle – se sont séparés de lui précisément en invoquant le respect d' « un corps de doctrine politique, économique, sociale, d’un ensemble de thèses élaborées au cours des années depuis la Résistance jusqu’au RPF [10]  ». Ce n'est pas ici le lieu de relancer le débat de fond sur une question qui reste ouverte : l'existence ou non d'une doctrine gaulliste ? Tout au plus, pour notre réflexion, pouvons-nous souligner l'existence d’idées-forces qui servent de cadre à la pensée et à l'action du général de Gaulle par-delà les époques et les régimes politiques. Parmi celles-ci, le Général nourrit pendant très longtemps l'illusion que la possession de territoires ultramarins représente un atout indispensable à toute État qui se veut une puissance mondiale. Sous la IVe République, le programme du RPF – présidé par Charles de Gaulle –, que l'on peut aisément qualifier de doctrine gaulliste, brille par la volonté hautement revendiquée de sauvegarde et de développement de l'Union française. Avant même que le gaullisme unanimiste de la Libération [11] ne mue en « gaullisme d'opposition  [12] », le général de Gaulle manifeste un souci constant et opiniâtre de préserver, à l’époque de la France libre comme du Gouvernement provisoire de la République française (GPRF), le volet impérial de la puissance française. En 1958, en mettant en place la Communauté puis en tentant de lui donner vie tout au long de l'année 1959, Charles de Gaulle inscrit encore son action dans cette conception de la puissance française héritée du XIXe siècle.

Mais, à la lumière du mouvement général d'émancipation qui se décline notamment par la sanglante guerre d'Algérie, le président de la République est conduit à promouvoir la nécessaire transformation des formes du rayonnement de la France. En décembre 1959, de manière pragmatique, il prend acte de la volonté du Mali et de la République malgache d'obtenir leur indépendance tout en restant au sein de la Communauté. « Il y a – explique-t-il lors du conseil des ministres du 3 décembre 1959 – une évolution profonde et inéluctable : ces États veulent leur indépendance ou du moins ses signes extérieurs […] Nous accepterons de maintenir notre aide dans une structure très différente [13] . » Le 29 mars 1961, à l'heure où la résolution de l'affaire algérienne se réduit de plus en plus à l'indépendance de l'Algérie et où la Communauté rénovée, espérée un an plus tôt, n'a jamais vu le jour, le Général expose au Conseil des ministres, de manière magistrale, cette rupture majeure dans la nature de la puissance de la France. « Il y a – lance-t-il aux ministres – ce que nous souhaitons, mais vous devez réaliser ce que j'ai réalisé il y a longtemps : la France a fait un empire à une époque où nous étions à notre plafond et où nous avions renoncé à l'hégémonie européenne et elle a été y chercher des soldats. La décolonisation a deux termes : 1° C'est un prurit d'affranchissement ; 2° Nous n'avons plus intérêt à coloniser. C'est notre développement intérieur qui sera la mesure de notre influence dans le monde ; notre ambition nationale est de nous faire puissants par l'intérieur. Convainquons-nous que nous n'avons pas besoin de ceux que nous avons colonisés et nous aurons des chances de les avoir, dans une certaine mesure, avec nous [14] . »

Au cours des premiers mois de l'année 1960, le Général, son Premier ministre, Michel Debré, et son gouvernement espèrent encore pouvoir sauver, via la Communauté contractuelle et surtout par les accords de coopération, l'influence prépondérante de la France sur ses anciennes colonies d'Afrique subsaharienne et Madagascar. « Nous avons – affirme Michel Debré devant l'Assemblée nationale le 11 mai 1960 – tout pesé, nous avons mesuré à la fois l'héritage du passé, les exigences du présent et les probabilités de l'avenir et nous savons que le vrai problème est le suivant : à l'administration directe appuyée sur l'unité des souverainetés, il faut substituer, par la force des choses, la collaboration politique, intellectuelle, économique et administrative, fondée sur l'association des souverainetés, en créant au-dessus de cette association une union politique garantie par certaines institutions [15] . » Cette évolution, ils ne l'acceptent « pas de gaieté de cœur [16]  ». Elle relève du calcul réaliste et d'une résignation teintée d'un sentiment de tristesse « devant la disparition de cette dernière forme d'Union française » à laquelle ils ont cru. Le président de la République n'en fait pas mystère à ses interlocuteurs. Début janvier 1960, commentant le dernier conseil exécutif de la Communauté à Dakar, il lâche : « Vous savez, Triboulet, nous n'y pouvons rien : trois cents ans de présence, mais ils s'en vont, ils s'en vont [17]  ! ». « L'effacement de notre souveraineté – écrit, pour sa part, Michel Debré dans ses Mémoires – et la naissance de souverainetés nouvelles marquent la fin d'une époque [18]  » et, ajoute l'historien, la fin de l'une des idées-forces du gaullisme depuis la Seconde Guerre mondiale.

Mais la modification du statut des États africains et malgache ne peut pas demeurer sans conséquences sur le devenir de la question algérienne. D'autant que la scène algéroise est secouée en janvier 1960 par la « semaine des barricades » qui rend de plus en plus irréaliste la solution qui paraît avoir les faveurs du général de Gaulle parmi les trois qu’il a proposées lors de sa déclaration du 16 septembre précédent : l'association de l'Algérie et de la France. La Communauté aurait alors pu accueillir l'Algérie en son sein sous une forme juridique qui n’a jamais été définie. Le début de l'année 1960 amorce donc un tournant majeur dans la décolonisation française conclue, quelques mois plus tard par les indépendances des États africains et malgaches et la fin, de facto, de toute forme de Communauté, et deux ans plus tard par l'indépendance de l'Algérie. Un gaulliste fervent partisan de l'association de l'Algérie et de la France comme Raymond Triboulet considère que c'est en janvier 1960 « que s'inscrit l'échec de la seule politique à laquelle ait cru le général de Gaulle pour l'Algérie. Comme il avait cru à la Communauté qui, au même moment, se disloquait [19]  ». 

La fin de la Communauté : l’UNR unie derrière le général de Gaulle ?

La toile de fond algérienne

Une telle évolution aurait pu, au regard des positions gaullistes soutenues depuis le temps du RPF et même auparavant, susciter au sein de l'UNR de profonds remous. L’Algérie ne devait-elle pas, suivant la formule gaullienne, occuper « une place de choix dans la Communauté » ? Celle-ci ne devait-elle pas permettre de « dégager et d’encadrer à la fois la "personnalité algérienne" [20] » afin de rendre pérenne son association avec la France ?

Pourtant, force est de constater que les divergences et les oppositions – du moins leur expression publique – à la politique du chef de l'État relèvent quasi exclusivement de la question algérienne. Le devenir de la Communauté n'apparaît pas au grand jour dans les débats de l'UNR en 1960, pas plus d'ailleurs qu'au cours de l'année 1959 qui fut la seule année de son existence réelle [21] . Les réunions du comité central du mouvement gaulliste, entre le 3 octobre 1958 et le 28 mars 1961, ne traitent jamais de cette question. Il est vrai que l'essentiel des délibérations concerne l'organisation du mouvement, les élections et l'Algérie [22] ... Lors des journées d'étude de l'UNR des 14 et 15 avril 1959, aucune intervention n'est consacrée à la Communauté alors que l'Algérie est traitée en tant que telle [23] . De même, lors des premières assises nationales du mouvement, qui se tiennent à Bordeaux du 13 au 15 novembre 1959 [24] , les débats les plus vifs touchent à la politique algérienne. La Communauté n’est certes pas, à ce moment-là, encore entrée dans son processus institutionnel de dislocation. Sur cette question, les partisans et les opposants à la politique algérienne du chef de l’État au sein de l’UNR sont au moins d’accord et satisfaits du fonctionnement de la Communauté.

Mais l'année 1960, qui voit la disparition de la Communauté institutionnelle et l’échec de la Communauté contractuelle, n'apporte guère de changement en la matière. Les instances du parti se bornent à approuver l'action du général de Gaulle et du gouvernement de Michel Debré. Prudemment, les dirigeants de l’UNR s’abstiennent de réunir les assises nationales cette année-là et ce malgré les demandes pressantes des opposants gaullistes à la politique algérienne du Général. Les assises de 1961 sont le théâtre d’affrontements verbaux sur la politique sociale du gouvernement et non sur la Communauté.

La vie de l'UNR ne se résume pas pour autant à un long chemin tranquille. La lutte se révèle, dès les débuts du parti, sévère entre les « libéraux » et les « soustelliens » sur la question algérienne : cette bataille se déguise, comme le souligne Jean Charlot, « en querelle sur l'organisation du mouvement [25]  ». Les responsables de l'appareil du mouvement, à commencer par le secrétaire général Albin Chalandon, entendent faire de l'UNR « l'instrument fidèle de la politique algérienne du général de Gaulle [26]  » face notamment aux « hommes du 13 mai ». Au conseil national d’Asnières, à la fin du mois de juillet 1959, qui fixe les grandes lignes du programme UNR, Albin Chalandon déclare en ce sens : « Nous devons permettre au général de Gaulle de faire sa politique. Certes, il y a des anti-gaullistes dans le pays mais, plus dangereux qu’eux, sont ceux qui sont gaullistes à la condition que le général de Gaulle pense comme eux, fasse comme ils veulent. Il y a toujours, et il y aura toujours, des tentatives pour intégrer l’UNR dans un bloc qui puisse forcer la main du général de Gaulle et en faire un prisonnier. L’UNR doit rester à l’écart de toutes ces manœuvres : elle doit rester libre, toujours à la disposition du président de la République. Il s’agit donc pour nous d’être purement et simplement des gaullistes et non pas de vouloir embrasser le Général pour mieux l’étouffer. Cette fidélité impose le devoir de le suivre dans tous les problèmes pour lesquels l’intérêt national se trouve engagé et qu’il se réserve de trancher lui-même en tant que chef de l’Exécutif. Il s’agit essentiellement de la politique internationale, de la Communauté et de l’Algérie [27] . »

Cette opposition se radicalise au sein du mouvement gaulliste à la suite de la déclaration du Général du 16 septembre 1959, à une époque où la Communauté paraît encore promise à un bel avenir. Les crises et psychodrames se succèdent alors à l'UNR [28] . Le 14 octobre, neuf députés, conduits par Léon Delbecque [29] , quittent l’UNR afin de reprendre leur liberté de parole en matière de politique algérienne. Les assises nationales de Bordeaux sont le théâtre de vives oppositions entre les partisans de la « francisation » avec pour chef de file emblématique Jacques Soustelle, et la direction du mouvement qui entend maintenir la ligne officielle du soutien inconditionnel à l’action du Général. Dans son discours, Jacques Chaban-Delmas distingue deux secteurs d’action : un secteur « présidentiel » (Algérie, Communauté, Affaires étrangères, Défense) et un secteur « ouvert ». « Dans le premier secteur – explique le président de l’Assemblée nationale –, le gouvernement exécute, dans le second, il conçoit. Pour l’UNR, dans le premier cas, elle doit suivre de Gaulle pas à pas, dans le second, il lui revient de devancer l’événement [30] . » Cette thèse l’emporte, ce qui marque la défaite définitive des partisans de la « francisation » dans la bataille du contrôle de l’appareil. Ils sont dès lors inexorablement poussés hors du mouvement ou s’en excluent d’eux-mêmes. Bernard Cornut-Gentille et leur principal représentant, Jacques Soustelle, sont démis de leurs fonctions ministérielles, le 5 février 1960. Soustelle est même exclu de l’UNR, le 25 avril suivant. Toutefois, il n’entraîne avec lui que quatre députés dont deux de sa fédération départementale du Rhône entrée en dissidence [31] . Malgré de violentes secousses internes sur la question algérienne, la dissidence au sein de l’UNR demeure finalement un phénomène relativement marginal, du moins bien circonscrit par une direction à la fidélité au Général à toutes épreuves.

Entre 1959 et 1962, Jérôme Pozzi recense vingt-neuf députés qui ont quitté – volontairement ou non – la famille gaulliste du fait de leur opposition à la politique algérienne du général de Gaulle : vingt-deux démissions et sept exclusions. Le portrait-type du dissident repose sur quelques traits communs : « une culture "nationale" affirmée (…) qui fait de l’attachement à l’Algérie française la pierre angulaire de son combat politique », le sentiment de trahir ses engagements de 1958 et "de se battre pour une juste cause" [32]  ». Ce sont ces mêmes hommes qui font part publiquement de leurs craintes voire s’opposent à la transformation de la Communauté institutionnelle en Communauté contractuelle et bientôt à sa fin pure et simple. Le fait n’a rien de surprenant eu égard à leur profond attachement à la vision traditionnelle et impériale de la puissance française. Toutefois, nous ne considérerons, pour la suite de notre étude, que les treize députés « sortis » de l’UNR au printemps 1960 ; dix autres entrent en dissidence derrière la figure emblématique de Raymond Dronne en décembre de la même année.

La Communauté est morte, vive la coopération ?

À défaut de pouvoir s'exprimer au sein de l'UNR, les opposants – ex-gaullistes – à la politique algérienne du Général vont user des assemblées parlementaires afin de manifester également leur refus de ce que Jacques Soustelle qualifie de « ratage de la Communauté [33]  ». Les débats parlementaires autour de la transformation de la Communauté institutionnelle en une Communauté contractuelle ainsi que la ratification des premiers accords de coopération avec le Mali et la République malgache leur permettent d'exposer leurs inquiétudes et, pour certains d'entre eux, leur désaccord, avec pour toile de fond, la crainte que cela ne soit que le prélude à l'indépendance de l'Algérie.

La révision constitutionnelle est rendue nécessaire par le fait que le titre XII ne prévoit pas qu’un État indépendant puisse appartenir à la Communauté. Or le Mali et Madagascar souhaitent devenir indépendants tout en continuant à être membres de la Communauté. Il faut donc modifier le titre XII de manière à permettre à la Communauté rénovée de « prendre la figure juridique de la confédération d’États [34]  ». Il s’agit donc de rendre possible, par adjonction au texte initial de l’article 86 [35] , l’existence d’États indépendants dans la Communauté, dont la situation serait fixée par voies d’accords. Ces accords de coopération, qui correspondent par leur objet aux anciennes compétences communes prévues par l’article 78, « définissent une véritable communauté d’États indépendants [36]  ».

Au cours de ces débats, comme le souligne fort justement L’Année politique [37] , les oppositions se manifestent peu sur les choix du gouvernement pour faire évoluer pacifiquement la Communauté mais sur les modalités de la révision constitutionnelle qu’elle implique. En effet, le gouvernement décide d’user de la procédure simplifiée de révision spécifique au titre XII et aux affaires de la Communauté prévue par l’article 85. En cela, il privilégie l’aspect politique de la question plus que la lettre de la Constitution car cet article ne concerne que le fonctionnement des institutions communes. Pour Michel Debré, le temps presse et la France ne peut pas retarder la ratification des accords de coopération qui viennent d’être signés avec le Mali et Madagascar. Surtout, il lui paraîtrait particulièrement « absurde » de procéder à la réforme du titre XII en ne faisant pas appel aux États–membres [38] . Le gouvernement entend donc faire voter un texte adjoignant plusieurs articles au titre XII en des termes identiques par l’Assemblée nationale et le Sénat, puis par le Sénat de la Communauté. Le texte ainsi voté par le Parlement de la République française et celui de la Communauté serait alors considéré comme adopté.  

Les opposants au gouvernement – menés au Sénat par le sénateur de la Charente Pierre Marcilhacy – ont beau jeu de crier au non-respect de la légalité puisque la procédure de révision constitutionnelle est prévue par l’article 89 : vote d’un texte identique par l’Assemblée nationale et le Sénat, puis adoption par les deux chambres réunies en Congrès à la majorité des trois cinquième ou par référendum. Tous, parmi les contradicteurs du gouvernement, ne brillent toutefois pas par leur volonté de sauvegarder uniquement la lettre de la Constitution. Certains, comme les ex-parlementaires de l’UNR, utilisent l’argument constitutionnel pour marquer leurs craintes et leur réprobation quant à la fin de toute structure organique liant la France à ses ex-colonies.

Lors de la séance du 10 mai 1960 à l’Assemblée nationale [39] , René Moatti souligne, avec dignité, qu’ « en matière politique, les querelles de procédure servent encore plus, à ceux qui les ont parfois volontairement créées, à entretenir une savante agitation autour d’elles et à faire oublier aux hommes que c’est de leur destin qu’il est question dans les textes ». Or la France se trouve à « un tournant » de sa vie politique et de sa « vocation extra-continentale ». En effet, il dénonce « une expression mauvaise » qui consiste à affirmer que les États indépendants resteront dans la Communauté. Pour lui, « par des accords particuliers contractés avec la République, ils vont créer entre la Communauté et eux des liens nouveaux, mais ils n’appartiennent pas à proprement parler à la Communauté. Aucune des dispositions communes qui sont prévues pour la Communauté n’est applicable à ces États ». Il regrette, tant dans la réforme constitutionnelle que dans les accords de coopération franco-malien et franco-malgache des 2 et 4 avril 1960, le fait que des Maliens et des Malgaches – notamment ceux servant dans l’armée –, qui voudraient demeurer français, ne le puissent pas. Il propose en conséquence un amendement au texte du gouvernement allant dans ce sens. Michel Debré se déclare d’accord sur le principe mais refuse de prendre en compte l’amendement. Le Premier ministre entend même ne pas laisser la procédure s’enliser et décide en conséquence d’user de la possibilité (article 44) de bloquer en un seul scrutin l’adoption du projet et le rejet des amendements non acceptés par le gouvernement [40] .

Malgré ces désaccords sur le fond comme sur la forme, René Moatti vote néanmoins le projet « par discipline gaulliste » car le gouvernement de Michel Debré reste pour lui « celui du général de Gaulle » qui doit affronter « l’opposition au régime et l’opposition larvée de la droite [41]  ». Il est suivi par Charles Béraudier, Jean Miriot, Pierre Picard et Roger Souchal. Mais tous, parmi les anciens gaullistes de l’UNR, ne manifestent pas ce réflexe « vieux gaulliste » à l’instar des « ultras » Pascal Arrighi, Pierre Battesti, Jean-Baptiste Biaggi et le colonel Thomazo qui n’accordent plus aucun crédit au Général et à son gouvernement. Ils rejoignent l’opposition en votant contre le projet. Enfin, certains préfèrent, pour le moment, s’en tenir à une position d’abstention volontaire comme Georges Brice, René Cathala, Léon Delbecque et Yvon Grasset. Ce scrutin témoigne des limites de l’opposition à la politique algérienne et de la Communauté du chef de l’État. Il souligne l’hétérogénéité de ces anciens de l’UNR et de leur repositionnement politique ; certains se montrant décidément plus « 13 mai » que « gaulliste ». Les parlementaires restés à l’UNR se montrant en revanche tous unis, malgré leurs états d’âme, derrière le Général et son gouvernement. 

Ces clivages sur la question de la Communauté se retrouvent quelques semaines plus tard, le 9 juin, à l’Assemblée nationale lors du débat de ratification des accords de coopération franco-malienne et franco-malgache des 2 et 4 avril précédents. Mais cette fois, le réflexe « gaulliste » et donc la confiance en la politique du général de Gaulle paraissent s’éroder encore un peu plus à la faveur du scrutin. La contestation est menée par l’ancien MRP Georges Bidault et par Pascal Arrighi [42] . Celui-ci regrette d’emblée le fait que ce débat sur le fond arrive trop tard : « l’intervention de l’Assemblée nationale, au stade où elle est maintenant sollicitée, ne peut être que celle d’un acquiescement, enthousiaste pour certains, résigné pour beaucoup ». Son propos se fait vite accusateur pour la politique du gouvernement à l’égard de la Communauté qui « est remplacée par une simple association d’États indépendants qui entendent mener séparément leurs affaires et qui déjà ont fait des réserves sur une politique commune ». Sans compter qu’une telle évolution pourrait avoir des « répercussions » sur l’Algérie et la Côte française des Somalis. Dans ces conditions, Pascal Arrighi réclame le renforcement des organes communs, la garantie et la protection des citoyens et des personnes morales résidant dans la Communauté. Il souhaite également provoquer en Afrique la coordination des politiques occidentale et européenne. Des échanges parfois vifs entre l’orateur de l’UNR, Michel Habib-Deloncle, et Jean-Baptiste Biaggi donnent un ton nettement plus violent à l’opposition entre UNR orthodoxes et dissidents. Les résultats des deux scrutins soulignent ce durcissement latent. Bien que seul Jean-Baptiste Biaggi vote contre la ratification des deux accords, Roger Souchal est, pour sa part, le seul des ex-UNR ayant quitté la formation gaulliste sur la question algérienne à voter en faveur de la ratification. Quant aux autres dissidents, ils s’abstiennent volontairement ou ne prennent pas part au vote (Pierre Battesti) [43] . Le devenir de la question algérienne se charge bientôt de radicaliser les positions sur un sujet plus central que la disparition formelle de la Communauté remplacée progressivement par un dense réseau d’accords de coopération franco-africaine qui permet le maintien de l’influence prépondérante de la France.

Les gaullistes de l'UNR se résignent finalement, malgré leurs états d'âme, à une évolution contraire à leurs convictions profondes sur la question de la Communauté. Ils le font parce que cette évolution vers l'indépendance des anciennes colonies d'Afrique subsaharienne a été décidée et conduite par leur chef charismatique : Charles de Gaulle. L'opposition a alors beau jeu de souligner combien les gaullistes au pouvoir acceptent ce qu'ils auraient condamné de toutes leurs forces s'ils avaient été dans l'opposition. Pour les anciens de la IVe République, les souvenirs de la dialectique d'accusation systématique contre le « mauvais régime » incapable de toute action positive en faveur de la France et de son empire sont encore frais. On touche là au pilier central de la nef gaulliste : le leadership d'un homme capable de faire accepter à ses compagnons des positions contraires à tout ce qu'ils ont pu défendre jusqu'ici.

L’acceptation de la disparition de la Communauté révèle également le poids écrasant du « cancer algérien » dans le débat politique français ainsi que, de manière plus spécifique, dans celui de l'avenir de l'ex-empire colonial. Au fond, la résignation de la grande masse gaulliste derrière son chef à accepter la fin de la Communauté – et donc la disparition de toute forme organique de lien entre la métropole et son empire ultramarin – se trouve facilitée par la nécessité de « coller » le plus possible au Général afin qu'il sorte honorablement la France du bourbier algérien. C'est précisément pour cela que les opposants « gaullistes » – bientôt ex-UNR – à sa politique algérienne font d'abord silence sur la question de la Communauté avant d'en user comme un argument supplémentaire contre la mauvaise politique du chef de l'État. Encore cette opposition qui se fait jour au Parlement lors des débats sur le changement constitutionnel et la ratification des accords de coopération reste-t-elle limitée tant la politique de coopération, qui se met en place de manière empirique, apparaît comme la seule solution acceptable pour maintenir l'influence de la France en Afrique. Et ce d’autant plus que c’est le général de Gaulle qui conduit cette délicate mutation… Le communiqué de l’UNR du 25 juillet 1960, qui dresse le bilan de la session parlementaire, insiste ainsi sur le fait que « la personne du chef de l’État est la garantie essentielle d’une évolution conduisant la Communauté à devenir un ensemble fraternel susceptible de fournir un exemple et une espérance à des États nouvellement indépendants et qui en ont le besoin à la fois compréhensible et pressant [44]  ».

L’échec de cette ultime formule de Communauté rénovée, patent dès les premiers mois de l’année 1961, ne soulève aucune protestation au sein de l’UNR dont les regards se tournent plus que jamais vers la résolution du conflit algérien. La page de l’empire est refermée et celle de la coopération ne fait que commencer [45] . Quant à l’histoire de cette transformation de fond d’une des idées-forces du gaullisme depuis la Seconde Guerre mondiale, le Général se charge, comme à son habitude, de la forger lui-même, d’abord comme outil de sa politique de coopération [46] puis comme instrument de sa postérité [47] .

Annexe

La réforme du titre XII de la Constitution

 

« Article unique : Le titre XII de la Constitution est complété par les articles 86 bis et 86 ter suivants :

Art. 86 bis : Un État membre de la Communauté peut, par voie d’accords, devenir indépendant sans cesser de ce fait d’appartenir à la Communauté.

Un État indépendant non membre de la Communauté peut, par voie d’accords, adhérer à la Communauté sans cesser d’être indépendant.

La situation de ces États au sein de la Communauté est déterminée par les accords conclu à cet effet, notamment les accords visés aux alinéas précédents ainsi que, le cas échéant, les accords prévus à l’article 86 ter.

Art. 86 ter : Outre la procédure prévue à l’article 85, les dispositions du présent titre peuvent être révisées par accords conclus entre tous les États de la Communauté et mis en vigueur dans les conditions requises par la Constitution de chaque État. » 

Pour citer cet article : Frédéric Turpin, « L’Union pour la Nouvelle République et la Communauté franco-africaine : un rêve de puissance évanoui dans les sables algériens ? (1958-1961) », Histoire@Politique. Politique, culture, société, N°12, septembre-décembre 2010, www.histoire-politique.fr.

Notes :

[1] Il s'agit d'un « drapeau tricolore surmonté d'un emblème, deux mains se serrant dans une couronne de feuilles de chêne » (Jean Foyer, Sur les chemins du droit avec le Général. Mémoires de ma vie politique. 1944-1988, Paris, Fayard, 2006, p. 122).

[2] Roger Belin, Lorsqu’une République chasse l’autre. 1958-1962. Souvenirs d’un témoin, Paris, Editions Michalon, 1999, p. 149. Voir également Pierre Viansson-Ponté, Histoire de la République gaullienne. Mai 1958-avril 1969, Paris, Robert Laffont, 1984, p. 116. 

[3] Rapport intitulé « De la décolonisation à la coopération », assises nationales de l’UDR, Nantes, 17-18 novembre 1973 (Centre historique des archives nationales, fonds public Jacques Foccart, FPU 1656).

[4] Roger Belin, op. cit., p. 63-65.

[5] Jean Foyer, op. cit., p. 122.

[6] Rapport de l'UDR des 17-18 novembre 1973, op. cit.

[7] Frédéric Turpin : « 1958, la Communauté franco-africaine : un projet de puissance entre héritages de la IVe République et conceptions gaulliennes », dans Outre-Mers (Paris), n°358-359, 2008, p. 45-58.

[8] Sur cette doctrine, voir Frédéric Turpin, « Le Rassemblement du peuple français et l'outre-mer », Cahier de la Fondation Charles de Gaulle, n°13, 2004, 175 p.

[9] Voir notamment Philippe Ragueneau, Guy Sabatier, Le dictionnaire du gaullisme, Paris, Albin Michel, 1994, p. 192.

[10] Jacques Soustelle, L’espérance trahie, Paris, Editions de l’Alman, 1962, p. 8-9.

[11] Serge Berstein, « Les gaullistes de la Libération à la création du RPF », Espoir, n° 55, juin 1986, p. 30-40. Du même auteur, voir également Histoire du gaullisme, Paris, Perrin, 2001.

[12] Jean Charlot, Le gaullisme d’opposition. 1946-1958. Histoire du gaullisme, Paris, Fayard, 1983.

[13] Cité dans Roger Belin, op. cit., p. 152.

[14] Cité dans Roger Belin, op. cit., p. 107. Voir aussi sa conférence de presse du 11 avril 1961 (Charles de Gaulle, Discours et messages, Tome 3 : Avec le renouveau. 1958-1962, Paris, Le Livre de poche, 1974, p. 310-314).   

[15] Journal officiel de la République française, débat parlementaire, Assemblée nationale, JOAN, 11 mai 1960.

[16] Intervention de Jean Foyer, secrétaire d'État aux relations avec les États de la Communauté, JOAN, 9 juin 1960.

[17] Raymond Triboulet, Un ministre du Général, Paris, Plon, 1986 p. 66.

[18] Michel Debré, Gouverner. Mémoires, Tome 3 : 1958-1962, Paris, Albin Michel, 1988, p. 329-330.

[19] Raymond Triboulet, op. cit., p. 65. 

[20] Pierre Viansson-Ponté, op. cit., p. 114.

[21] Le comité central de l'UNR du 6 février 1959 décide de ne pas implanter le mouvement dans les territoires de la Communauté et au Maroc mais uniquement dans les DOM-TOM qui font partie intégrante de la République française (CHAN, fonds de l'Union pour la Nouvelle République, 103AS1). Signe des temps, le RPF n’avait pas hésité à développer des comités dans toute l’Union française, y compris dans les protectorats et en Indochine. 

[22] CHAN, 103AS1.

[23] CHAN, 103AS1.

[24] Jean Charlot : « Les troisièmes assises nationales de l’UNR-UDT (Nice, 22-24 novembre 1963) », p. 86-94, dans Revue française de sciences politiques, 1964, vol. 14, n°1, p. 88. 

[25] Jean Charlot, L'UNR Étude du pouvoir au sein d’un parti politique, Cahier de la Fondation nationale des sciences politiques n°153, Paris, Armand Colin, 1967, p. 49.

[26] Ibid., p. 47.

[27] Cité dans Henry Coston (dir.), Dictionnaire de la politique française, Paris, La Librairie française, 1967, p. 1043. 

[28] Pour tout ce développement, nous renvoyons aux analyses détaillées de Jérôme Pozzi, Les mouvements gaullistes de 1958 à 1976 : la diversité d’une famille politique, réseaux, cultures et conflits, thèse de doctorat d’histoire de l’université de Nancy 2, sous la direction de Jean El Gammal, 2008, 4 tomes, 1473 p., chapitre 5 « Crises et ruptures du compagnonnage gaulliste (1959-1965) : des lendemains qui déchantent ? », p. 282-338.

[29] Il s’agit de Pascal Arrighi, Pierre Battesti, Jean-Baptiste Biaggi, Georges Brice, René Cathala, Léon Delbecque, Yvon Grasset, Roger Souchal et le colonel Thomazo (Jean Charlot, op. cit. (L’UNR), p. 64).

[30] L’année politique 1959, Paris, 1960, p. 133-135. Pierre Viansson-Ponté, op. cit., p. 110-111. 

[31] Il s’agit des députés Charles Béraudier, Jean Miriot, René Moatti et de Pierre Picard. 

[32] Jérôme Pozzi, op. cit., t. 1, p. 307.

[33] Jacques Soustelle, op. cit.(L’espérance trahie), p. 20.

[34] JOAN, 10 mai 1960, intervention du secrétaire d’État aux relations avec les États de la Communauté, Jean Foyer.

[35] Voir en annexe l’article unique de cette réforme.

[36] JOAN, 10 mai 1960, Jean Foyer.

[37] L’Année politique 1960, Paris, PUF, 1961, p. 49.

[38] Michel Debré, op. cit., p. 335. Voir aussi Jean Foyer, op. cit., p. 147-148. 

[39] JOAN, 10  et 11 mai 1960 : interventions de René Moatti (non-inscrit).

[40] Le projet est adopté par l’Assemblée nationale par 280 députés dont 189 UNR (aucune opposition) contre 174. Le Sénat adopte le texte par 146 voix contre 127. 

[41] JOAN, 11 mai 1960, intervention de René Moatti.

[42] JOAN, 9 juin 1960 : intervention de Pascal Arrighi

[43] La ratification des accords franco-maliens est votée par 355 contre 68 et celle des accords franco-malgaches par 380 contre 69.

[44] L’Année politique 1960, p. 80.

[45] Sur la politique de coopération, voir Frédéric Turpin, De Gaulle, Pompidou et l’Afrique : décoloniser et coopérer (1958-1974), Paris, Les Indes savantes, 2010, 352 p.

[46] Sur la réécriture de ses conceptions ultramarines depuis la conférence de Brazzaville, voir sa conférence de presse du 11 avril 1961 (op. cit.).

[47] Voir le chapitre « L’outre-mer » de ses Mémoires d’espoir. Tome 1 Le renouveau : 1958-1962, Paris, Plon, 1970.   

Frédéric Turpin

Frédéric Turpin est maître de conférences habilité à diriger les recherches en histoire contemporaine à l’université d’Artois. Il est l’auteur de nombreux travaux consacrés au gaullisme, à la vie politique française et aux relations internationales : André Diethelm (1896-1954) : de Georges Mandel à Charles de Gaulle (Paris, Les Indes savantes, 2004) ; De Gaulle, les gaullistes et l’Indochine (1940-1956) (Paris, les Indes savantes, 2005) ; De Gaulle, Pompidou et l’Afrique : décoloniser et coopérer (1958-1974) (Paris, Les Indes savantes, 2010).

 

Mots clefs : gaullisme ; UNR ; puissance française ; Communauté franco-africaine ; Empire colonial ; guerre d’Algérie.

imprimer

Newsletter

  • Consultez fréquemment les rubriques dynamiques de cette colonne. Elles sont régulièrement mises à jour.

Champ libre

  • Histoire@Politique est également disponible sur CAIRN
  • lire la suite

Comptes rendus

  • • Genre et résistances en Europe du Sud
  • L’ouvrage La Résistance à l’épreuve du genre dirigé par (...)
  • lire la suite
  • • Benoît Agnès, L’appel au pouvoir : les pétitions aux Parlements en France et au Royaume-Uni (1814-1848),
  • Dans cette version publiée de sa thèse soutenue en 2009 (...)
  • lire la suite
  • • Walter Badier, Alexandre Ribot et la République modérée. Formation et ascension d’un homme politique libéral (1858-1895),
  • Alexandre Ribot (1842-1923) a été cinq fois président du (...)
  • lire la suite
  • • Ilvo Diamanti, Marc Lazar, Peuplecratie. La métamorphose de nos démocraties,
  • Tenter d’imposer un néologisme en science politique n’est jamais (...)
  • lire la suite
  • • Élise Roullaud, Contester l’Europe agricole. La Confédération paysanne à l’épreuve de la PAC,
  • Depuis plusieurs décennies, l’étude du syndicalisme agricole et celle (...)
  • lire la suite
  • • Romain Robinet, La révolution mexicaine, une histoire étudiante,
  • Romain Robinet, maître de conférences à l’université d’Angers, place (...)
  • lire la suite
  • • Gilles Vergnon, Un enfant est lynché. L’affaire Gignoux, 1937,
  • En 1922, dans son roman Silbermann, qui reçoit le prix (...)
  • lire la suite
  • • États et sociétés durant la Première Guerre mondiale
  • Sylvain Bertschy, Philippe Salson (dir.), (...)
  • lire la suite
  • • Jean-Yves Mollier, L’âge d’or de la corruption parlementaire 1930-1980,
  • L’introduction du livre de Jean-Yves Mollier pose clairement une (...)
  • lire la suite
  • • Jaime M. Pensado & Enrique C. Ochoa, México Beyond 1968 : Revolutionaries, Radicals and Repression During the Global Sixties and Subversive Seventies
  • Le livre dirigé par Jaime M. Pensado et Enrique C. Ochoa (...)
  • lire la suite
  • • Expériences adolescentes et enfantines de la Grande Guerre, au front et à l’arrière
  • Manon Pignot, L’appel de la guerre, Des adolescents au combat, 1914-1918, Paris, (...)
  • lire la suite
  • • Michael Foessel, Récidive 1938,
  • « À propos des débats sur le retour des années 1930, (...)
  • lire la suite
  • • Sylvain Brunier, Le bonheur dans la modernité. Conseillers agricoles et agriculteurs (1945-1985),
  • L’ouvrage de Sylvain Brunier procède du remaniement profond de (...)
  • lire la suite
  • • Massimo Asta, Girolamo Li Causi, un rivoluzionario del Novecento. 1896-1977,
  • Girolamo Li Causi (1896-1977) fut un dirigeant du Parti (...)
  • lire la suite
  • • Christine Mussard, L’obsession communale. La Calle, un territoire de colonisation dans l’Est algérien, 1884-1957,
  • Christine Mussard consacre une monographie dense et vivante, issue (...)
  • lire la suite
  • Compañeros
  • Le 27 juin 1973, l’Uruguay est à son tour victime d’un (...)
  • lire la suite
  • • Comment exposer l'art soviétique ?
  • Si de nombreux colloques sont venus émailler les commémorations (...)
  • lire la suite
  • • Laurent Gutierrez, Patricia Legris (dir.), Le Collège unique. Éclairages socio-historiques sur la loi du 11 juillet 1975,
  • Ce livre est issu d’un séminaire qui s’est tenu en 2015 (...)
  • lire la suite
  • • Evgeny Finkel, Ordinary Jews. Choice and Survival During the Holocaust,
  • La Shoah et sa mémoire nous hantent. Pourtant, parmi (...)
  • lire la suite
  • • Alexandre Marchant, L’impossible prohibition. Drogues et toxicomanie en France, de 1945 à nos jours,
  • L’impossible prohibition est une fascinante enquête historique qui étudie (...)
  • lire la suite
  • • Sylviane de Saint Seine, La Banque d’Angleterre. Une marche erratique vers l’indépendance, 1977-2007
  • Aux spécialistes des banques centrales, l’ouvrage de Sylviane de Saint Seine (...)
  • lire la suite
  • • Frank Georgi, L’autogestion en chantier. Les gauches françaises et le « modèle » yougoslave (1948-1981)
  • L’autogestion a fasciné une partie considérable de la gauche (...)
  • lire la suite
  • • Emmanuel Debruyne, «Femmes à Boches». Occupation du corps féminin dans la France et la Belgique de la Grande Guerre,
  • « Bochasse », « paillasses à boches », « pouyes » ou encore « femmes à Boches », autant de termes, (...)
  • lire la suite
  • • Anatole Le Bras, Un enfant à l’asile. Vie de Paul Taesch (1874-1914),
  • C’est en dépouillant des dossiers médicaux dans le cadre de (...)
  • lire la suite
  • • Emmanuel Garnier, L’empire des sables. La France au Sahel 1860-1960,
  • Comment l’histoire coloniale peut-elle expliquer la situation politique actuelle (...)
  • lire la suite
  • • Renaud Meltz, Pierre Laval, un mystère français,
  • Après le Pétain[1] de Bénédicte Vergez-Chaignon, le monumental Pierre (...)
  • lire la suite

Partager

  • ISSN 1954-3670