Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

1958-1962 : l'avènement d'un "pouvoir gaulliste" ?

Coordination : François Audigier et David Valence

1958-1962 : l’avènement d’un « pouvoir gaulliste » ?

David Valence
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Les phénomènes de transition posent aux historiens des problèmes de méthode et d’intelligibilité. Ils se présentent en effet comme les précipités d’un temps court – l’événement, soit « l’écume » pour Braudel – et d’un temps long – les effets d’écho et de continuité après le moment de rupture. En ce sens, la naissance de la Ve République est souvent analysée à partir des seuls mois qui vont du 13 mai au second tour des élections législatives, le 30 novembre 1958 ; s’y succèdent un coup contre l’État, une transition constitutionnelle largement acceptée et une victoire limitée des gaullistes. Pourtant, plusieurs éléments autorisent, dès 1959, à mettre en doute la facilité de ce qu’on doit appeler « une prise de pouvoir ». L’aspect « miraculeux » du changement de régime s’y estompe pour révéler que la société française ne s’est pas unanimement réveillée gaulliste en 1958. Les élections municipales et sénatoriales du printemps sont un échec pour ceux qui se réclament du chef de l’État. Les députés et responsables UNR (Union pour la Nouvelle République) n’accueillent pas sans trouble la promesse d’un « abandon » en Algérie en septembre 1959. Au gouvernement, comme dans la haute administration, le gaullisme au pouvoir ménage des hommes qui ont servi et soutenu la IVe République, tout en exigeant d’eux une loyauté au contenu ambigu. Enfin, la « Communauté » chère à de Gaulle semble condamnée dès l’origine par les réserves africaines et métropolitaines. Consentants ou contraints, les gaullistes durent compter avec des circonstances exceptionnelles (la guerre d’Algérie, la décolonisation, la situation financière dégradée) et composer avec des institutions et des hommes qu’ils avaient dénoncés quelques années auparavant.

Le programme de l’Agence nationale de la recherche (ANR) Gaulhore (« Gaullistes : hommes et réseaux »), que dirige le Professeur Bernard Lachaise, s’est donné pour objectif d’étudier le gaullisme à travers son personnel politique et ses relais dans la société entre 1958 et 1976. Ce dossier, qui s’inscrit dans le cadre de cette ANR, permet ici de s’interroger sur la manière dont les gaullistes « investissent » le pouvoir après 1959.

Pour citer cet article : David Valence, « 1958-1962 : l’avènement d’un “pouvoir gaulliste” ? », Histoire@Politique. Politique, culture, société, N°12, septembre-décembre 2010, www.histoire-politique.fr.

Notes :

 

David Valence

David Valence est directeur des études et de la recherche à la Fondation Charles de Gaulle. Professeur agrégé d'histoire, il enseigne à Sciences Po Paris. Il a récemment publié « L’opération des « jeunes loups » ou les débuts en politique de Jacques Chirac », Parlement(s). Revue d’histoire politique, numéro spécial : « Les gaullistes au Parlement », hors série n°5, septembre 2009 et « Un RPF pour quelles élites? » dans Serge Berstein, Pierre Birnbaum, Jean-Pierre Rioux (dir.), De Gaulle et les élites, Paris, La Découverte, 2008.


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  • ISSN 1954-3670