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Le dossier

1958-1962 : l'avènement d'un "pouvoir gaulliste" ?

Coordination : François Audigier et David Valence

Les ministres non gaullistes dans les gouvernements de Gaulle et Debré (juin 1958-avril 1962) : techniciens et politiques

Sylvie Guillaume

Le dernier gouvernement de la IVe République dirigé par le général de Gaulle en juin 1958 et le premier gouvernement de la Ve République de Michel Debré de janvier 1959 comprennent des ministres non gaullistes qui sont soit des politiques soit des techniciens en majorité des hauts fonctionnaires. Dans cette phase de transition, le général de Gaulle a estimé utile d’avoir l’appui des anciens ténors de la IVe République et d’attirer un corps de hauts fonctionnaires soucieux d’efficacité. La cohabitation entre ministres gaullistes et non gaullistes ne fut pas facile. Si les techniciens semblent mieux s’adapter au nouveau régime, se pose la question d’une marginalisation progressive des ministres non gaullistes politiques.


L’UNR et les municipales de 1959 : la reconquête du conseil municipal de Paris

Philippe Nivet

Les événements de l’année 1958 permettent aux gaullistes de reconquérir le pouvoir national, avec l’investiture du général de Gaulle comme président du Conseil, l’approbation de la nouvelle Constitution, le succès de la nouvelle UNR aux législatives de novembre et l’élection de De Gaulle à la présidence de la République en décembre. En 1959, l’expiration des pouvoirs des conseillers municipaux élus en 1953 offre l’occasion à l’UNR de renforcer son implantation. En dehors des enjeux parlementaires — c’est du résultat des municipales de mars que dépendra largement le résultat des sénatoriales d’avril —, la conquête de certaines grandes villes permettrait aux gaullistes de démontrer la pérennité de leur succès et de ne pas laisser à leurs adversaires l’exercice des pouvoirs locaux. Une victoire parisienne serait particulièrement symbolique, en dépit du statut particulier de la capitale : dans un contexte politique certes différent, le triomphe du RPF à Paris en 1947 avait galvanisé les gaullistes.

Quoique décevantes par rapport aux ambitions des gaullistes de retrouver le niveau obtenu en 1947, les municipales de 1959 à Paris peuvent être considérées comme un succès relatif pour l’UNR qui a présenté des listes homogènes dans tous les secteurs. À l’aune des résultats nationaux, le score parisien apparaît comme un relatif succès. Certes, la résistance du CNI, en particulier dans les arrondissements bourgeois de la rive gauche, limite la victoire des gaullistes, mais ceux-ci, grâce à l’accord passé avec les indépendants et grâce à l’attitude des socialistes, liée aux enjeux de pouvoir au sein du conseil général, conquièrent des postes essentiels au conseil municipal : la présidence, le rapport général du budget et du personnel, quatre des six présidences de commission permanente.


De la « République sénatoriale » à la « forfaiture ». Le Sénat et la Ve République 1959-1962

Fabien Conord

Entre 1959 et 1962, les rapports entre le Sénat et le pouvoir exécutif témoignent de crispations fréquentes, qui ne se résument pas à l’affrontement autour du mode d’élection du président de la République. Les tensions résultent d’une conception différente du régime mais aussi de divergences en matière économique et sociale. La critique envers le gaullisme affecte peu à peu tous les groupes parlementaires, à l’exception de l’UNR, et débouche sur l’opposition décidée à la réforme constitutionnelle de 1962.


L’Union pour la Nouvelle République et la Communauté franco-africaine : un rêve de puissance évanoui dans les sables algériens ? (1958 – 1961)

Frédéric Turpin

Depuis ses origines, le gaullisme manifeste un fort attachement à l’Empire colonial qui constitue un des éléments vitaux de la puissance et du rayonnement de la France dans le monde. Au cours de la IVe République, le « gaullisme d’opposition » n’a eu de cesse de condamner la politique ultramarine des gouvernements français jugée coupable de brader l’Empire. Le retour au pouvoir du général de Gaulle et de ses compagnons en 1958 conduit à la mise en place de la Communauté franco-africaine prévue pour durer plusieurs années, voire décennies. Mais, en 1960, les indépendances des États africains sonnent le glas de cet ultime avatar de l’Empire colonial français. Or, le mouvement gaulliste — l’Union pour la Nouvelle République — ne montre publiquement que peu ou pas d’opposition à une évolution encore inacceptable avant 1958.

 


Les gaullistes face au discours gaullien sur l’autodétermination de l’Algérie (16 septembre 1959)

François Audigier

Porté au pouvoir par les partisans de l’Algérie française en mai 1958, de Gaulle avait maintenu pendant un certain temps des positions équivoques sur le devenir politique d’un territoire déchiré par la guerre au risque d’entretenir des espoirs antagonistes. Il sortit de l’ambiguïté le 16 septembre 1959 à l’occasion d’un discours télévisé. À l’étonnement général, il prononça pour la première fois le terme jusque-là tabou d’« autodétermination », reconnaissant de facto à la population algérienne majoritaire le droit de choisir son destin. L’évolution de la position gaullienne sur la question algérienne a fait l’objet de nombreuses études mais la réaction des gaullistes à cette même évolution présidentielle reste encore mal connue. En nous concentrant sur la source orale, nous nous proposons, après avoir rappelé l’évolution d’ensemble du parti sur la question algérienne, d’étudier la réaction de certains gaullistes au discours présidentiel. L’étude montrera, comme attendu, la grande diversité des réactions à ce « virage » du 16 septembre, de l’adhésion au rejet en passant par l’interrogation. Mais elle soulignera aussi que, à l’image du « pays profond », les députés anonymes, les petits responsables militants et les simples sympathisants étaient sans doute plus acquis à la ligne d’ouverture du général que les hautes élites du parti.


« Une prise en main rigoureuse de l’appareil d’État ? » Le pouvoir gaulliste face aux hauts fonctionnaires (1958-1962)

David Valence

 Les rapports entre les élites administratives et le pouvoir politique ne se trouvent pas « immédiatement » transformés avec le retour au pouvoir du général de Gaulle en juin 1958. Le contexte de la guerre d’Algérie et la volonté affichée par de Gaulle d’arracher l’action gouvernementale au jeu des partis permettent toutefois une redéfinition progressive des frontières entre le politique et l’administratif dès les débuts de la Ve République. On peut, à cet égard, parler d’un « temps de transition ». La loyauté attendue des hauts fonctionnaires par l’exécutif se ferait désormais plus exigeante, sans qu’on puisse, pour autant, parler déjà d’une politisation de l’administration.

 


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  • ISSN 1954-3670