Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Les mondes britanniques

Coordination : Clarisse Berthezène, Robert Boyce et Marie Scot

George Orwell, l'Empire et l'opinion publique britannique

Olivier Esteves
Résumé :

L’itinéraire politique complexe de George Orwell est marqué par un anti-colonialisme dont l’intellectuel ne s’est jamais départi, même pendant la Seconde Guerre mondiale. Cet anti-colonialisme prend sa source (...)

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« On Britain’s colonies the sun never sets, but the blood never dries » (Rajani Palme Dutt, The Crisis of Britain and the British Empire, 1953).

L’itinéraire politique d’Eric Blair, alias George Orwell, est marqué par une extrême complexité qui, selon ses détracteurs, confine à la contradiction, selon ses apologues, illustre un refus méticuleux du dogmatisme [1] . La dimension anti-coloniale de l’auteur de 1984 constitue pourtant un des fils conducteurs de son œuvre. Celle-ci est bien sûr liée à la biographie du romancier et essayiste : né en Inde en 1902, Orwell est issu d’une famille qu’il eût sans doute lui-même qualifiée de « Blimps », en référence à ce personnage créé car le caricaturiste David Low (1879-1963) et qui symbolise la classe moyenne de tradition militaire et impérialiste [2] . Son père, Richard, était directement lié à la production de l’opium en Inde avant son acheminement en Chine [3] . Orwell lui-même, après quatre années passées à Eton College (1917-1921), cette pépinière des cadres de l’Empire, fut recruté au sein des forces de police coloniale en Birmanie, où il demeura pendant cinq années (1922-1927) qui lui parurent très longues.

Le titre de cet article interroge les liens entre « Empire » et « opinion publique britannique » ou, pour le dire autrement, la question de la conscience impériale que pouvaient avoir les Britanniques. Problème éminemment complexe s’il en est, et qui n’a suscité le vif intérêt des historiens que depuis le milieu des années 1980. John MacKenzie a été le maître d’œuvre d’une collection intitulée « Studies in Imperialism [4]  » dont l’ambition est d’offrir une analyse aussi multiforme que possible des interactions entre Empire colonial et culture britannique. On peut distinguer trois approches de cette question, comme le souligne l’historien Andrew Thompson : une approche minimaliste, insistant sur la quasi-absence de conscience coloniale chez les Britanniques, résumée par le célèbre adage de l’historien victorien John Robert Seeley pour lequel les Britanniques auraient acquis leur Empire « dans un accès d’étourderie » (« in a fit of absence of mind ») ; une approche « maximaliste », selon laquelle l’Empire, au contraire, aurait exercé une influence cruciale sur la société britannique dans son ensemble ; enfin, une approche que Thompson appelle « énigmatique » (« elusivist »), insistant davantage sur les multiples influences sous-jacentes de l’Empire sur la société, lesquelles tendent souvent à renforcer certaines caractéristiques sociales, politiques, économiques déjà présentes. La plupart d’entre-elles sont d’essence réactionnaire, ce qui renvoie à l’association faite par Joseph Schumpeter entre impérialisme et « héritage de l’époque dominée par l’État monarchique [5]  ». À n’en pas douter, George Orwell, contempteur contemporain du colonialisme britannique, fait sienne une approche qu’on est tenté d’appeler doublement « minimaliste », déplorant, à de multiples reprises, non seulement que ses compatriotes aient si peu conscience de ce vaste Empire où des turpitudes de toutes sortes sont commises en leur nom, mais aussi que nombre de Britanniques semblent ignorer jusqu’à l’existence même de cet Empire.

Voilà qui appelle deux autres remarques introductives. Parce qu’il est contemporain de la situation qu’il décrit, Orwell doit être resitué dans le contexte de la littérature anti-coloniale de la première moitié du XXsiècle, ce qui fait l’objet de la troisième partie. Ensuite, l’utilisation des écrits d’Orwell comme objets d’étude historique pose la question, plus générale, de la littérature en tant que source pour l’histoire. S’agissant plus précisément des multiples entrecroisements de l’histoire et de la fiction, Paul Ricœur fait notamment remarquer que « l’on peut lire les grands romanciers du XIXe siècle comme des historiens supplétifs, ou mieux comme des sociologues avant la lettre : comme si le roman occupait ici une place encore vacante dans l’Empire des sciences humaines [6] . » Certes, on objectera avec raison qu’Orwell n’est ni Flaubert ni Dostoïevski : penseur du XXsiècle, il est avant tout auteur de courts essais et de textes journalistiques, dont un certain nombre sont analysés dans les pages qui suivent. De fait, le seul texte de fiction auquel il sera fait référence ici est son premier roman publié : Une histoire birmane. Le colonialisme et sa violente dénonciation par Orwell sont le véritable épicentre du roman, à l’opposé d’autres œuvres de fiction plus ou moins contemporaines, Route des Indes (1924), d’Edward Morgan Forster (1879-1970) ou bien Au Cœur des ténèbres (1902) de Joseph Conrad (1857-1924). Dans ces deux derniers romans, en effet, la domination coloniale est une toile de fond, un thème parmi d’autres, contrairement au roman d’Orwell. Ensuite, pour le critique littéraire, Une histoire birmane apparaîtra sans doute comme une œuvre mineure par rapport aux deux autres ; pour l’historien, par contre, la précision des situations décrites en Birmanie et la vigueur de la diatribe orwellienne font de ce roman une source dont on aurait tort de se priver.

Chez Orwell, néanmoins, les limites entre essais ou articles politiques et fiction demeuraient extrêmement floues. Ainsi, dans « Pourquoi j’écris » (1946), il évoque l’ambition qui a toujours été la sienne de « faire de l’écriture politique un art à part entière », une écriture motivée par « le sentiment d’une injustice, et l’idée qu’il faut prendre parti », avant d’ajouter que « mon souci premier est de me faire entendre » (E1, p. 25). Ces propos renvoient à la figure d’un écrivain engagé ou plutôt, selon son propre aveu, d’un écrivain contraint, par les circonstances des années 1930, de prendre parti [7]  : loin de la vision dominante d’un art éthéré et isolé des affaires du monde, en vogue dans la littérature britannique des années 1920, loin également de l’inféodation totale à une doctrine qui verrait dans les années 1930 des écrivains embrasser le communisme, le fascisme ou le catholicisme sans réserve, Orwell « devait imaginer une corde raide de la littérature, oscillant entre les abîmes jumeaux de l’art pour l’art et de l’orthodoxie [8]  ».

L’expérience birmane, ou la double déshumanisation tropicale

La Birmanie était une colonie relativement récente de la Grande-Bretagne, acquise de haute lutte au prix de trois guerres : celle de 1824-1826, de 1852 et, enfin, de 1885. Officiellement province de l’Empire britannique des Indes jusqu’au vote du Government of Burma Act (1937) [9] , la Birmanie n’en demeure pas moins considérée par l’administration coloniale comme un élément à part du Raj, notamment en raison de son « arriération » et de sa « violence endémique ». C’est sans doute pourquoi tout fonctionnaire de l’administration coloniale s’y voit octroyer une « prime Birmanie » (Burma allowance) [10] permettant d’accroître légèrement les revenus.

« Partisan naïf de l’impérialisme britannique [11]  » à son arrivée à Rangoon alors qu’il n’a que 20 ans, celui qui n’est pas encore George Orwell comprend petit à petit que la gestion de l’Empire, au-delà de la seule Birmanie, repose avant tout sur une double déshumanisation : celle des colons, celle des colonisés. Celle-ci lui apparaît de façon d’autant plus manifeste que les années 20 coïncident avec l’émergence du nationalisme birman : la décennie, en effet, commence avec le boycott massif de l’université de Rangoon (1920-1922) et annonce la grande rébellion de 1931 et sa répression féroce [12] . Les témoignages de contemporains sont très peu nombreux – on en retrouve quelques-uns dans la biographie référence de Bernard Crick [13] – mais tout porte à croire qu’Orwell a été très régulièrement confronté, dans son métier, au ressentiment anti-colons des Birmans pendant ces cinq années qui l’ont vu occuper six postes dans différentes régions plus ou moins isolées du pays : à Myaungma (delta de l’Irrawaddy), Twante, Syriam, Insein (à côté de Rangoon), Moulmein, Katha. Avec le recul historique, cette expérience apparaît comme primordiale : en effet, force est de constater que George Orwell est le seul personnage public britannique de premier plan à avoir, dans l’entre-deux-guerres, véritablement vécu en Birmanie [14] .

La déshumanisation des colons est illustrée de façon particulièrement acerbe dans Une histoire birmane [15] . Son personnage principal, Flory, est peu différent de ce que l’auteur lui-même eût pu devenir s’il n’avait décidé, en 1927, de ne plus retourner en Birmanie après une permission en Angleterre. Flory est sensible à l’iniquité des rapports entre colons britanniques et colonisés birmans et il abhorre la médiocrité de ses compatriotes membres du club réservé aux seuls blancs. Néanmoins, il n’est que trop conscient d’incarner lui-même un rouage d’un système qui lui permet de gagner de l’argent (il possède une petite entreprise de teck) et lui garantit les faveurs sexuelles de Ma Hla May, une jeune birmane qu’il a achetée à ses parents pour 300 roupies.

Ce roman a pour principale qualité de décrire le quotidien sordide des sahib (ou thakin [16] ) présents en Birmanie qui s’articule autour d’un club où l’alcool sert de ciment aux expatriés britanniques (p. 50). Cet alcool symbolise la corruption morale qui gangrène colons et colonisés, de la plus tendre enfance jusqu’à la mort. Du magistrat U Po Kyin, potentat local qui sera la perte de Flory, il est dit dès le départ : « Combattre aux côtés des Anglais, devenir leur parasite avait été, dès sa tendre enfance, son ambition dominante. [17]  » (p. 8) Quant à la mort, elle est présente à travers la fin tragique de Flory, froidement introduite en ces termes : « Il y a relativement beaucoup de suicides chez les Européens de Birmanie, et ces suicides suscitent peu d’étonnement. » (p. 352)

Source : University College London, George Orwell Archive. Copyright Secker & WarburgLors de longues discussions avec son seul ami, le Dr. Veraswami, un Indien sincèrement admirateur de la Grande-Bretagne, Flory se fait le pourfendeur de l’hypocrisie coloniale, et c’est à travers ces pages que la fiction orwellienne se meut en véritable libelle. Localement, le progrès apporté aux colonies est illustré par « un ensemble de bâtiments qui servaient de tribunal, avec leur bataillon de plaideurs gras, mais voraces, un hôpital, une école et l’une de ces immenses et indestructibles prisons que les Anglais ont bâties un peu partout de Gibraltar à Hong Kong » (p. 24).

C’est cette conscience intime du mensonge colonial qui ronge de très nombreux Britanniques en Inde, tous plus ou moins contraints de jouer un rôle permettant, à leurs yeux et à ceux des colonisés, de sauver les apparences. L’intellectuel anglais martèle cette idée dans d’autres textes, comme Le Quai de Wigan, essai-documentaire sur les classes ouvrières du Nord de l’Angleterre, dans de courts essais comme Comment j’ai tué un éléphant ou Marrakech – inspiré par un séjour au Maroc pour raisons de santé –, sans parler des recensions d’ouvrages ayant trait aux Empires coloniaux hollandais (Zest for Life, Johann Wöller, E1, p. 299-300) ou britannique (The Story of Burma, Fryniwyd Tennyson Jesse, E4, p. 141).

Dans Comment j’ai tué un éléphant, Orwell évoque cet « océan de visages » anonymes qui le contraint, policier esseulé, à abattre un éléphant, comprenant ainsi la futilité d’un Empire colonial où une petite minorité de blancs armés tente de contrôler des foules incommensurables : rappelons qu’en 1913, 76 000 soldats britanniques « tenaient » l’Inde, peuplée d’environ 315 millions d’habitants [18] . Dans un article publié en langue française dans le journal radical Le Progrès civique (1929), celui qui est encore Eric Blair avance : « Le gouvernement de toutes les provinces indiennes qui sont sous sa domination est nécessairement despotique car ce n’est que grâce à un certain nombre de coups de sabre que l’Empire britannique peut espérer contrôler une population de plusieurs millions de sujets. [19]  » Cette domination sans hégémonie culturelle (au sens d’Antonio Grasmci [20] ) ne peut durer qu’un temps. Ainsi, dans Marrakech, alors qu’il voit passer une troupe de tirailleurs sénégalais, Orwell se demande : « Combien de temps encore arriverons-nous à abuser ces gens ? Combien de temps avant qu’ils ne tournent leurs fusils contre nous ? » (E1, p. 493).

Source : University College London, George Orwell Archive. Copyright Secker & WarburgL’absence de liberté, tant chez les colons que chez les colonisés, est un autre puissant vecteur de déshumanisation. Il y a là, à n’en pas douter, une différence fondamentale entre métropole britannique et Empire colonial. Dans Une histoire birmane, Flory est obligé de faire l’amer constat que, pour lui et ses semblables, « le franc-parler est inconcevable. Toute autre espèce de liberté est permise. Il vous est loisible d’être ivrogne, lâche, clabaudeur, débauché ; mais vous n’êtes pas libre de penser par vous-même » (p. 89). Plus loin, l’existence de cette chape de plomb, de cette autocensure mutilante lui fait découvrir que son empathie envers les indigènes n’est que sensiblerie hypocrite, paternalisme bien-pensant (p. 89). Tout le pessimisme d’Orwell apparaît ici : il ne peut y avoir de véritable relation entre classe moyenne blanche et majorité colonisée, et l’humanitarisme de Flory ne mène nulle part, sinon à sa propre perte [21] . Voilà qui place en tout cas l’intellectuel anglais aux antipodes de la vision britannique en vogue dans l’entre-deux-guerres : celle d’un partenariat fructueux entre métropole britannique et élites colonisées, garantissant à ces dernières une partie du pouvoir politique dans leur propre pays, et résumé sous le nom de trusteeship ou bien indirect rule, dual mandate, autant de circonlocutions qui, selon Orwell et d’autres intellectuels anti-colonialistes (Leonard Woolf, Leonard Barnes, John Strachey [22] ), ont pour but d’escamoter l’exploitation et l’arbitraire dans les colonies. Selon eux, un véritable partage du pouvoir était impossible, comme l’avaient montré les accords Chelmsford/Montagu (1919), dont les effets avaient été minimes. Au final, Philip Bounds, professeur de sciences politiques à l’université du Pays de Galles, résume la pensée d’Orwell en ces termes : « Il ne peut y avoir de modus vivendi entre l’impérialisme et l’autodétermination des nations. [23]  »

Orwell pourfendeur du chauvinisme (jingoism)

Toute sa vie, Orwell est resté un patriote anglais [24] dont la fierté nationale ne se décline pas négativement, par le dénigrement ou la haine de l’Autre. À cet égard, Orwell se situe bien loin du chauvinisme étriqué de certains de ses contemporains, qu’il affuble volontiers du stigmate de Blimps. La langue anglaise qualifie également de jingoism ce « patriotisme inversé [25]  » que décrit John Atkinson Hobson (1858-1940) dans The Psychology of Jingoism, essai publié en 1901 au plus fort de la guerre des Boers, précisément quand le terme de jingoism commença à faire florès [26] . Ce patriotisme anti-jingoiste qui, selon certains, peut s’apparenter à une posture risquée, est chez Orwell de nature avant tout viscérale : ainsi, assistant en septembre 1942 à une harangue anti-allemande à Regent’s Park, il rapporte dans son carnet de bord que ces discours ont « le don, quand je les entends, de me rendre pro-allemand » (E2, p. 546).

L’intellectuel, contrairement à nombre de ses contemporains britanniques ou européens, refuse en bloc l’idée selon laquelle l’homme blanc incarne une race supérieure. Même si la Grande Guerre a contribué, en Europe, au « délitement du préjugé de civilisation [27]  », il est clair qu’entre la guerre des Boers (1899-1902) et la fin des années 1930, deux types d’idéologies coloniales se côtoient. La première est qualifiée de « culturiste » par Bernard Porter, historien des liens entre Empire colonial et métropole britannique, et elle domine après 1918. Elle peut se concevoir comme un paternalisme racial, induisant arrogance mais aussi altruisme, un paternalisme selon lequel il incombe aux colons de « s’occuper » d’indigènes incapables de se gouverner de façon autonome, jusqu’à ce que, dans un avenir plus ou moins lointain, ces mêmes indigènes puissent accéder à l’autonomie, voire à l’indépendance. C’est cette idéologie qui explique que le terme Commonwealth, insistant sur une vision humaniste de l’Empire (où l’on évoque volontiers les Dominions beaucoup plus que l’Inde ou l’Afrique) se généralise dans l’entre-deux-guerres [28] , de sorte que, à Londres en tout cas, la journée de l’Empire (Empire Day) se meut, en 1934, en Commonwealth Day [29] . La seconde idéologie, liée à un jingoisme martial et violent, caractérise davantage les années 1900-1914 : elle légitime l’Empire non point par le biais de circonlocutions jugées hypocrites, mais par l’épée, nécessaire car les colonies sont peuplées d’êtres racialement inférieurs et régulièrement associés à l’animalité : les Chinois, dit-on, mangent des souris et des rats, les Aborigènes d’Australie sont horribles et aussi sales que des animaux, les tribus du Nigeria se livrent à des sacrifices humains [30] .

Ces idéologies sont liées aux relations de classe dans la métropole, comme l’a notamment montré David Cannadine dans Ornamentalism: How the British Saw their Empire. L’historien britannique y évoque l’idée selon laquelle « à la fin du XIXe la lie de la société ou les “classes dangereuses” étaient apparentées, dans leur caractère et leur comportement, aux “nègres” de l’Empire [31]  ». De fait, aux yeux des classes dirigeantes, les points communs étaient légion : la dangerosité, certes (liée, notamment, à leur seul poids démographique), mais aussi la non-christianisation (en métropole, on parlait de classes ouvrières « unchurched »), la maîtrise jugée très imparfaite de l’anglais ou encore la noirceur de la peau due au charbon ou à la graisse chez ceux qu’on appelait parfois les « grands mal-lavés » (the great unwashed) [32] . Ces parallèles, qu’on peut rapprocher des liens « énigmatiques » (elusive) entre la Grande-Bretagne et son Empire esquissés en introduction, se verraient renforcés à mesure que les contacts deviendraient plus faciles et donc plus fréquents entre métropole et colonies, notamment après 1850 et plus encore au XXe siècle [33] . Rien de surprenant, dès lors, à ce qu’Orwell eût été sensible à ces assimilations parmi les classes dirigeantes de son pays. Ainsi, il fait dire à Mr Lackersteen, dans Une histoire birmane : « On dirait que nous n’avons plus aucune autorité sur les indigènes, avec toutes ces abominables réformes et l’insolence qu’ils apprennent par les journaux. Toutes choses égales d’ailleurs, ils deviennent aussi impossibles que les classes inférieures en Angleterre » (p. 37).

Quant au recours aux critères raciaux qui permettent d’expliquer telle ou telle inégalité entre colons anglais et Indiens ou Africains, Orwell traite la plupart avec beaucoup de méfiance, notamment lorsqu’il prête attention, comme souvent, aux corps des personnes qu’il côtoie : « Il est tout à fait courant de voir un coolie indien dont la jambe est plus grêle que le bras d’un Anglais moyen. Et cela ne tient aucunement à des questions de race, car ceux qui parviennent à se nourrir convenablement ont un physique normal : la malnutrition est seule responsable » (E1, p. 498-9). Dans « Notes en chemin », publié en 1940 dans Tribune, Orwell n’hésite pas à avancer : « En Birmanie, j’ai entendu des théories raciales qui étaient moins brutales que les théories de Hitler à propos des Juifs, mais certainement pas moins imbéciles » ; avant d’évoquer une continuité idéologique entre Empire colonial britannique et Allemagne nazie : « Hitler n’est que le spectre de notre propre passé qui s’élève contre nous. Il représente le prolongement et la perpétuation de nos propres méthodes, exactement au moment où nous commençons à en avoir honte [34]  ». On notera au passage que le philosophe Bertrand Russell avait effectué, dès 1933, un parallèle du même ordre dans sa préface à un rapport très détaillé de la Ligue Indienne, intitulé Condition of India [35] .

Source : University College London, George Orwell Archive. Copyright Secker & WarburgChez Orwell (comme d’ailleurs chez Russell), il n’est pas surprenant, par conséquent, que les termes « civilisé » ou « civilisation » soient utilisés très rarement, malgré l’extrême récurrence des références à la question coloniale. Dans Le Lion et la Licorne, il avance que, depuis près d’un siècle, l’Angleterre « a bridé le développement de l’Inde, en partie par peur de la concurrence commerciale, si les industries indiennes venaient à trop se développer, et en partie aussi parce que des populations arriérées sont plus faciles à gouverner que des peuples civilisés » (E2, p. 129). Ici, Orwell démonte les deux idéologies évoquées plus haut : premièrement, l’idéologie culturiste décrivant un lent processus de civilisation des colonies par le pouvoir colonial car, selon l’auteur de 1984, ces colonies sont sciemment maintenues dans un état de « non-civilisation » dans le seul but d’enrichir la métropole ; deuxièmement, préserver à des fins économiques cet état présuppose, bien sûr, que ces populations sont à même de progresser, ce qui nie l’idéologie jingoiste de la quasi-animalité des peuples colonisés.

Un anti-colonialisme radical et d’aversion morale

Essayant de jauger la dimension anti-coloniale de l’auteur, son biographe Bernard Crick émet différentes hypothèses : la critique orwellienne lui apparaît « compatible avec le socialisme libertaire, le libéralisme politique de John Stuart Mill, ou même avec l’anti-impérialisme de certains Tories (de la mouvance “little-Englander”) [36]  ». Cette ambiguïté résulte peut-être de l’absence, dans l’œuvre de l’auteur, d’analyse approfondie du système colonial. On y trouve plutôt la répétition d’arguments anticoloniaux qui illustrent à quel point ses années birmanes sont restées gravées dans sa mémoire, comme le démontrent les pages birmanes d’un essai, Le Quai de Wigan, pourtant consacré aux classes ouvrières du Nord de l’Angleterre. Ainsi, s’il est convaincu que l’Empire constitue avant tout une vaste entreprise d’expropriation et d’exploitation économique permettant l’enrichissement de la Grande-Bretagne, il n’en reste pas moins qu’il n’entre guère dans le détail de ce système. On notera, par exemple, qu’Orwell ne fait jamais référence aux travaux de l’économiste John Atkinson Hobson, en particulier Imperialism: A Study (1902), un « ouvrage dont on aurait peine à trouver un équivalent, tant son influence sur les autres œuvres traitant de l’Empire britannique fut immense au XXsiècle » [37] .

La critique faite par Orwell diffère de celle d’Hobson à trois niveaux. Premièrement, sa posture est morale plutôt qu’économique. Deuxièmement, sa critique est radicale : si Hobson considérait que les appels à l’émancipation coloniale n’avaient aucun sens, l’unique réserve qu’Orwell posait à l’affranchissement des colonies de la tutelle britannique était ce risque que l’Inde, par exemple, tombe sous la coupe des Japonais ou des Soviétiques. Enfin, et c’est un point de divergence encore plus central, la critique de l’Empire par Hobson passe par l’analyse d’un système qui coûte au plus grand nombre – ne serait-ce qu’en dépenses militaires – et qui profite à une coterie de financiers et de boursicoteurs, ce qui illustre l’influence chez lui de l’école de Manchester et du sentiment Little England diffus chez Richard Cobden ou John Bright [38] . Orwell décrit au contraire, et à maintes reprises, la façon dont chaque Britannique bénéficie des richesses coloniales, par une sorte d’effet de percolation re-distributive (trickle down effect) qui profiterait à tout le monde, fût-ce de façon inégale ou de façon plus ou moins inconsciente. Sur ce dernier point, Le Quai de Wigan évoque cette « culture de consolation » qui rend la vie des ouvriers moins pénible – et permet d’écarter la révolution prolétarienne – en présentant un équivalent moderne « du pain et des jeux » : fish & chips, mais aussi cinéma, radio, chocolat, thé, paris sur les matches de football [39] . On voudrait ici insister sur la façon dont l’Empire lui-même alimente puissamment cette « culture de consolation », par le biais de matières premières (thé d’Inde, cacao d’Afrique occidentale) mais aussi parce que, constamment exploité par le cinéma et la radio, cet Empire apporte rêve, exotisme et fierté nationale au peuple britannique, surtout dans le contexte de la crise des années 1930 [40] .

Orwell a certes conscience de l’extrême ambiguïté de cette question, qu’il aborde dans un article publié en 1946 dans Tribune : « Nos colonies nous rapportent-elles quelque chose ? ». Il y fait part de trois intuitions qui ont toujours guidé son approche du problème : premièrement, la Grande-Bretagne a, pendant longtemps, « résolument exploité, c’est-à-dire pillé », les possessions coloniales ; ensuite, « jusqu’à un certain point, l’ensemble de la nation britannique en a profité, au sens économique » ; enfin, rendre les colonies aurait pour corollaire inévitable, pendant quelques années au moins, de faire baisser le niveau de vie des Britanniques. Orwell n’apporte jamais de justification à ces assertions, mais l’aveu de sa confusion face à un écheveau de statistiques contradictoires révèle le refus de tout dogmatisme et l’honnêteté intellectuelle de celui qui ne prétend pas être spécialiste de telles questions [41] .

Hobson et Orwell ne sont pas contemporains : Hobson publie Imperialism à la fin de la guerre des Boers, quand un chauvinisme diffus ne permet guère que l’articulation d’une critique des excès imputables à cette guerre. La Société fabienne elle-même, par le biais de George Bernard Shaw et Sydney Webb, voyait dans la guerre des Boers un conflit « complètement injuste mais complètement nécessaire » (wholly unjust but wholly necessary) [42] . Orwell, au contraire, publie Une histoire birmane à un moment où, depuis 1918, différentes voix anti-coloniales se sont fait entendre, de Henry Hyndman appelant à « l’abandon total de cette politique fallacieuse qu’on appelle impérialisme [43]  », à Leonard Woolf, Leonard Barnes ou Rajani Palme Dutt, dont la citation en épigraphe de ce chapitre ne souffre aucune ambiguïté. Leonard et Virginia Woolf créèrent d’ailleurs, en 1917, la maison d’édition Hogarth Press qui devait publier un certain nombre d’essais anti-coloniaux dans les années 1930. Notons qu’Orwell a lui-même activement contribué à la prise de conscience de ce que l’Empire britannique, en tant que système, ne peut que reposer sur l’arbitraire et la violence. Ainsi, William Roger Louis note dans le tome V de The Oxford History of the British Empire que deux romanciers, George Orwell et Edward Morgan Forster (Route des Indes) contribuèrent à insuffler un esprit anti-colonial à l’entre-deux-guerres [44] , au moins, pourrait-on ajouter, au sein de différents cercles intellectuels. Le plus connu est sans doute le Bloomsbury Group, pour lequel Orwell n’avait guère de sympathie, compte tenu, notamment, de sa forte dimension anti-intellectuelle et de ses attaques à l’endroit du New Statesman, dont le Bloomsbury Group était proche [45] .

Le radicalisme de la posture anti-coloniale d’Orwell plaçait l’auteur de 1984 du côté des critiques marxistes, comme John Strachey, Rajani Palme Dutt ou bien Henry Hyndman, qui mourut en 1921. Or, son refus du dogmatisme et son anti-stalinisme empêchent tout catalogage hâtif, qu’Orwell lui-même eût récusé. Il est sans doute plus intéressant de placer Orwell à côté de certains tiers-mondistes britanniques, ce qui ferait de lui un véritable précurseur. John Rex, sociologue spécialiste de l’immigration caribéenne et asiatique à Birmingham, parlait notamment de « la menace et la peur que générait la concurrence incarnée par les peuples de l’Empire pour les hommes et femmes britanniques de la métropole », et qui causait un embarras considérable au travaillisme britannique, argumentaire qu’Orwell n’avait cessé de développer [46] . De même, divers critiques radicaux noirs – des années 1930, cette fois – voyaient dans le péril fasciste le simple prolongement des pratiques courantes d’exploitation, de racisme et d’arbitraire dans les colonies, un point de vue que défend Orwell dans Not Counting Niggers (1939), et qui devait trouver une expression canonique avec le Discours sur le colonialisme (1955) d’Aimé Césaire. Enfin, on peut établir certains parallèles entre le discours d’Orwell et celui de nationalistes indiens, lesquels réclamaient, notamment, que les « libertés anglaises » soient étendues à toutes les contrées dont la Grande-Bretagne s’était assuré le contrôle : ces parallèles sont opératoires, même si Orwell se montrait extrêmement critique de la stratégie gandhienne de non-violence [47] .

Qu’Orwell ait fait figure de précurseur trouve également une illustration dans l’extrême difficulté qu’il avait à faire passer son message anti-colonial auprès du plus grand nombre. Comme il le reconnut lui-même : « Il est parfaitement vrai que les Anglais font montre d’hypocrisie au sujet de leur Empire colonial. Dans la classe ouvrière, cette hypocrisie consiste à ignorer purement et simplement l’existence de cet Empire » (E2, p. 80). Cette citation montre également à quel point éduquer l’opinion publique sur les injustices coloniales s’apparentait à une gageure…

Orwell et l’opinion publique britannique

Orwell publie ses textes anti-coloniaux à un moment où l’Empire britannique a atteint son apogée en termes d’extension géographique [48] , tout en étant remis en cause par un nombre croissant de mouvements nationalistes, par exemple, en Inde, en Birmanie ou en Égypte. En métropole pourtant, le débat demeure obstinément national, entre autres parce que la culture politique britannique est largement insulaire. Ainsi, selon l’historien de l’Empire britannique Stephen Howe :

« La plupart des leaders travaillistes, les élus syndicaux qui constituaient une grande part de l’influence parlementaire du Labour, enfin la majorité des membres de la Fabian Society qui dominaient la pensée politique du parti : toutes ces personnes étaient surtout, sinon exclusivement, intéressées par des questions nationales. [49]  »

En outre, le bipartisme et la forte discipline de parti font que les mouvances anti-coloniales, minoritaires, éprouvent les pires difficultés à se faire entendre. Enfin, contrairement à l’Assemblée nationale française, il n’y a pas de représentation directe des colonies au Parlement de Westminster [50] .

S’il s’avère difficile de bénéficier d’une véritable visibilité politique ou médiatique pour poser le problème colonial, en revanche, les opportunités de glorifier cet Empire où le soleil ne se couche jamais sont légion. Dans la métropole britannique de l’entre-deux-guerres, quantité d’initiatives publiques ou privées vantent les mérites –économiques, notamment –, d’un Empire dont le déclin n’apparaît pas de façon patente aux yeux de la population. On ne peut ici dresser qu’un inventaire parcellaire de ces initiatives. La législation, par exemple, favorise les échanges commerciaux avec l’Empire : le Colonial Development Act (1929) octroie des subventions visant à aider les exportations de l’industrie britannique vers les colonies, le Merchandise Marks Act (1926) impose d’ajouter un label Empire ou Foreign sur les biens de consommation, afin d’inviter à consommer « britannique » ou « impérial ». La même année, est créé le Empire Marketing Board, dont le but est de promouvoir les produits coloniaux : vin sud-africain, beurre australien, viande néo-zélandaise. On inaugure des Empire shops dans des villes comme Brighton, Glasgow, Liverpool, Cardiff, Blackpool, Sheffield, Birmingham. La plupart des journaux sont de puissants relais de cette invitation à la prise de conscience que nombre de gestes quotidiens sont liés à l’Empire : le Daily Express, propriété de Lord Beaverbrook, est le journal le plus populaire du pays, tirant à 2 329 000 exemplaires à la fin des années 1930, et sa devise, inscrite en première page, est « For King and Empire ». Quant au Times, son tirage est limité (200 000 dans les années 30) mais son lectorat influent. Le journal relaye extrêmement fidèlement le programme colonial des gouvernements successifs, surtout depuis son acquisition par Lord Northcliffe en 1908 : Leopold Amery, extrêmement actif dans la propagande coloniale, y avait lui-même travaillé et était en contact régulier avec Geoffrey Dawson, rédacteur du quotidien de 1912 à 1919 et de 1923 à 1941 [51] . Pour résumer tous ces éléments, il existe, selon l’historien John Mackenzie, « un impérialisme implicite, contenant un message économique ou moral, et qui sous-tend une grande partie de la propagande et la vie culturelle des années 1920 et 1930 [52]  », phénomène qui culmine avec l’organisation de l’exposition coloniale de Wembley (1924-1925) et de Glasgow (1938), la capitale écossaise disputant avec Liverpool le titre de « second city of the Empire ».

Malgré cela, et un demi-siècle après John Robert Seeley, Orwell pouvait écrire que, comme on l’a vu et certes « par hypocrisie », la classe ouvrière ignorait « purement et simplement l’existence de cet Empire ». Dans une lettre de juin 1930, William Wedgewood Benn, secrétaire d’État travailliste pour l’Inde (1929-1931), avançait que n’importe quelle politique indienne pouvait tout à fait être défendue auprès de l’électorat ouvrier britannique, qu’il décrit comme « une masse où se mélangent ignorance et idéalisme, et dont les préjugés raciaux sont très facilement excitables [53]  ». George Orwell avait pleinement conscience, dès lors, de ce que son argumentaire anti-colonial s’adressait presque exclusivement à une minorité, surtout des membres de la classe moyenne lecteurs réguliers des revues de gauche, assez confidentielles, où il publiait ses articles ou courts essais : The Adelphi, revue théorique officieuse de l’Independent Labour Party ; Time and Tide (dont le tirage ne dépassa jamais les 14 000 exemplaires) ; New Writing, revue littéraire qui publiait des auteurs trop radicaux pour être publiés ailleurs ; New English Weekly, au tirage inférieur à 20 000 numéros. Seul Tribune, dans laquelle il publia sa chronique « À ma guise » entre 1943 et 1949, bénéficiait d’un tirage supérieur, d’environ 40 000 copies [54] . Quant au New Statesman and Nation, dont le tirage dépassait les 70 000 exemplaires après guerre, il ne publia guère d’articles de fond d’Orwell, suite, notamment, à des désaccords profonds autour du rôle des communistes pendant la guerre d’Espagne.

La peur d’un procès en diffamation retarda la publication d’Une histoire birmane, de sorte que le lectorat américain le découvrit en 1934, avant les Britanniques l’année suivante : les ventes cumulées dépassèrent à peine les 5 000 livres. Ré-édité en 1944 chez Penguin, à un moment où Orwell était déjà beaucoup plus connu, le roman se vendit à plus de 60 000 exemplaires. Le Quai de Wigan fut de suite un assez beau succès de librairie, vendu à près de 44 000 exemplaires en 1937 – rappelons que plusieurs pages y ont directement trait à l’expérience birmane d’Orwell. Le Lion et la licorne, paru en 1941, dépassa tout juste la barre des 10 000 ouvrages [55] .

Orwell comprenait donc parfaitement qu’il n’était lui-même qu’un grain de sable dans la machinerie d’une presse britannique très majoritairement pro-coloniale et conservatrice. Dans ses essais ou articles comme Le Lion et la licorne ou « Qui sont les criminels de guerre ? », il rappelle les sympathies fascistes de magnats comme Lord Beaverbrook ou Lord Rothermere, lequel voyait encore en Hitler un « grand monsieur » en 1939 (« A great gentleman », E2, p. 107). Surtout, il insiste fréquemment sur le poids de ces entreprises privées très puissantes qui peuvent, par le biais des réclames, influencer le contenu éditorial d’une publication (E1, p. 32-36).

Dans un long article où il critique en détail les magazines pour jeunes garçons, les Boys Weeklies, il décrit d’abord l’achalandage des marchands de journaux comme « la meilleure indication qui se puisse trouver sur ce que pense et ressent la grande masse des Anglais » (E1, p. 575). Ensuite, il passe au crible douze de ces magazines et évoque les stéréotypes récurrents associés respectivement aux Français, Espagnols, Arabes, Chinois, Italiens, Suédois et Nègres : « Derrière tout cela court l’idée non seulement que les étrangers sont des drôles de gens inventés pour nous faire rire, mais aussi qu’on peut les classer et les répertorier, comme des insectes, par exemple » (E1, p. 588). Ensuite, Orwell constate l’aspect ridiculement anhistorique des descriptions faites de l’état du monde. Le message véhiculé est digne d’un « membre particulièrement idiot de la Navy League en 1910 » (E1, p. 600). Bien qu’ils s’adressent à de jeunes garçons, Orwell avance que ces magazines exercent une influence considérable sur des millions de personnes, dont beaucoup ne liront guère d’autres livres dans les années à venir : « Ce faisant, ils ingurgitent une énorme quantité d’opinions qui seraient jugées antédiluviennes par les dirigeants du parti conservateur » (E1, p. 601). Il ne s’agit sans doute pas ici d’une exagération : l’historien John Mackenzie souligne les décisions ultra-conservatrices prises par les programmateurs de radio et les producteurs de cinéma, sans oublier les éditeurs, notamment d’histoires pour enfants. Dans les années 1930, c’est encore un message digne des années 1890 qui est véhiculé [56] . Deux raisons à cela : d’une part, on évite de prendre des risques, on accepte des « sujets » qui ont déjà fait leurs preuves ; d’autre part, on entend, avant toute chose, vendre du « rêve » et insuffler de la fierté, ce qui renvoie à la « culture de consolation » évoquée dans Le Quai de Wigan.

L’intellectuel note que sept sur douze des magazines analysés sont la propriété d’Amalgamated Press qui possède dans le monde plus de 100 publications majeures. Pas étonnant, dès lors, qu’Orwell fasse, dans l’essai Les Anglais, le constat désabusé de ce que « nous ignorons, en fait, quelle solution les Anglais du peuple choisiraient pour l’Inde si la décision leur appartenait. Tous les partis politiques et tous les journaux, quelle que soit leur tendance, se sont ligués pour les empêcher d’avoir une vision exacte du problème » (E3, p. 17). Cette ignorance est aggravée par le nombre d’essais éclairants (dont certains sur la Birmanie) qui ne trouvent pas d’éditeur, ce qu’Orwell déplore vivement (E3, p. 270-272).

Source : University College London, George Orwell Archive. Copyright Secker & WarburgÀ différents moments, l’auteur de 1984 se risque tout de même à quelques conjectures. Dans une lettre adressée depuis Marrakech en 1938, il avance que « le fond du problème, c’est que les ouvriers français ou anglais n’ont pas le moindre sentiment de solidarité avec la classe ouvrière des peuples de couleur » (E1, p. 465). Ailleurs, il note que la classe ouvrière britannique n’a jamais pris part à des activités de solidarité internationale, hormis à l’occasion du mouvement Hands Off Russia ! et lorsque 5% des bénéfices générés par les paris sur des matches de football ont été reversés aux Républicains espagnols (E2, p. 84-5). Pourtant, note Orwell, il existe une tendance naturelle chez le peuple anglais à se placer du côté des faibles, que résume fort bien l’aphorisme anglais « To side with the underdog ». Ainsi, pendant la guerre civile irlandaise, « la véritable arme des rebelles irlandais était l’opinion publique britannique », qui se rangea du côté des plus faibles. Il en va de même s’agissant de la guerre des Boers, pour laquelle Orwell rappelle qu’un courant d’opinion assez fort existait en faveur des Boers eux-mêmes, pourtant opposés aux intérêts de la Grande-Bretagne [57] (E3, p. 16-7).

Les nombreuses illustrations qu’on trouve dans « Le Peuple anglais » montrent à quel point cette solidarité naturelle envers les faibles semble s’étendre presque exclusivement à des populations blanches : Espagnols républicains, Russes ou Finlandais selon les périodes, Boers sud-africains, Irlandais. La raison principale est sans doute le racisme du peuple anglais, sur lequel Orwell insiste dans Le Lion et la licorne. Le patriotisme caractérise toutes les classes sociales, mais « les ouvriers anglais se signalent tout spécialement par la violence avec laquelle ils abhorrent les mœurs des étrangers » (E2, p. 85). Certes, il n’est pas question de couleur ici, mais d’autres textes orwelliens (pensons à Not Counting Niggers, E1, p. 490-498) montrent clairement que, selon lui, le sort des peuples de couleur au sein de l’Empire constitue un grand tabou national, avec la complicité des deux grands partis et des journaux, ou alors que la majorité des Britanniques n’est pas prête à considérer que les Indiens ou Birmans sont des êtres humains, au même titre que les Finlandais ou les Espagnols.

Conclusion

Avant tout soucieux, on l’a dit, de « se faire entendre », l’auteur de 1984 était, pour reprendre l’expression de l’essayiste orwellien Jean-Claude Michéa, un « éducateur [58]  », dont le but aura été de susciter chez le plus grand nombre un éveil à certaines réalités de l’Empire britannique. Cet « éducateur » aura dû, de 1930 à 1945, se confronter à cette « aberration déplaisante » (unpleasant aberration) que constituait l’Empire britannique dans l’histoire nationale, comme le note Andrew Thompson [59] , tant décideurs politiques et population dans son ensemble étaient réticents à l’idée de se livrer à la critique d’un système qui ne pourrait déboucher que sur l’émancipation des colonies.

Malgré la renommée désormais internationale de l’intellectuel, due principalement à 1984 et La Ferme des animaux, Orwell et d’autres intellectuels au discours anti-colonial n’exerçaient qu’une influence marginale dans les années 1930. D’une part, le contexte de crise économique, très grave dans l’entre-deux-guerres, ne se prêtait pas aux diatribes sur le despotisme en Inde ou en Birmanie. Plus généralement, comme le note Antonio Gramsci dans les Chroniques de Turin : « Pour qu’un fait nous intéresse, nous émeuve et devienne une partie de notre vie intérieure, il est nécessaire qu’il se produise à côté de nous, près de gens dont nous avons entendu parler et qui sont pour cette raison dans le cercle de notre humanité. [60]  » C’est sans doute pourquoi, en Grande-Bretagne, le discours anti-colonial était, depuis la fin du XVIIIe siècle et la révolution américaine, très largement influencé par une logique du repli national : il fallait prendre en compte le droit de « Free-born Englishmen » floués par l’aventurisme du gouvernement en Amérique, tandis que le droit à l’autodétermination des Américains n’entrait guère en ligne de compte [61] . Le discours de solidarité internationale, s’il avait connu quelques heures glorieuses au moment de l’abolition de l’esclavage (Slavery Abolition Act, 1833), demeurait marginal. Orwell, qui selon son éditeur Fred Warburg envisageait sur son lit de mort de travailler sur un court roman se déroulant en Birmanie [62] , était donc, répétons-le, en porte-à-faux par rapport à l’immense majorité de ses contemporains. Cela incluait même certains cercles intellectuels de gauche, à l’instar du Bloomsbury group : patriote anglais, internationaliste au sens où il envisageait l’existence d’une vaste classe ouvrière allant de Glasgow à Calcutta, de Londres à Lagos, enfin, figure non-marxiste et anti-stalinienne, Orwell incarnait parfaitement l’intellectuel très difficile à classer et dont l’immense postérité serait l’occasion de récupérations en tous genres.

Notes :

[1] Voir l’« Introduction » de Sonia Orwell dans George Orwell, Essais, articles, lettres, vol. I, 1920-1940, Paris, Ivréa/Édition de l’encyclopédie des nuisances, 1995, p. 12 (les références à ces quatre volumes sont indiquées ci-après, dans le corps du texte, par E1, E2, E3, E4).

[2] John Newsinger, La Politique selon Orwell, Marseille, Agone, 2006, p. 33.

[3] 1/7 du revenu colonial des Britanniques en Inde provenait de ce trafic. Voir David Edward Owen, British Opium Policy in China and India, New Haven, Yale University Press, 1934.

[4] Le premier volet de cette collection est : John MacKenzie (ed.), Imperialism and Popular Culture, Manchester, Manchester University Press, 1986.

[5] Cité dans Joseph Schumpeter, Impérialisme et classes sociales, Paris, Éditions de Minuit, 1972, p. 151.

[6] Cité dans Paul Ricœur, Temps et récit III, le temps raconté, Paris, Seuil, 1985, p. 346.

[7] Frédéric Regard fait sur ce point un parallèle avec la « mise en situation » sartrienne, même si l’on peut penser qu’Orwell n’avait que peu de sympathie pour l’intellectuel français (voir sa critique acerbe de Réflexions sur la question juive). Voir Frédéric Regard, 1984, Paris, Folio, coll. « Foliothèque », p. 16-20.

[8] Ibid., p. 21.

[9] U. Maung Maung, Burmese Nationalist Movements, Edimbourg, Kiscadale, 1989, p. 1.

[10] John Sydenham Furnivall, Colonial Policy and Practice, Cambridge, Cambridge University Press, 1948, p. 138-139.

[11] J. Newsinger, La Politique selon Orwell, op. cit., p. 10.

[12] Sur le premier, voir Olivier Esteves, Une Histoire populaire du boycott, t. I, Paris, L’Harmattan, 2006, p. 49-71 ; sur la seconde, voir G. E. Garvey, British Rule in Burma, Londres, Faber & Faber, 1946, p. 73-75

[13] Bernard Crick, George Orwell, Paris, Flammarion, 2008.

[14] Stephen Howe, Anti-colonialism in British Politics. The Left and the End of Empire, 1918-1964, Oxford, Clarendon Press, 1993, p. 154.

[15] La traduction ici utilisée (sauf indication contraire) est celle publiée par les Éditions 10/18 (Paris, 2001).

[16] En birman, « maître » : c’est ainsi que les indigènes doivent s’adresser aux colons.

[17] La traduction française, fort bizarrement, donne « vivre en symbiose » alors que l’anglais utilise « to live as a parasite », on a donc modifié la traduction.

[18] Voir Marc Ferro (dir.), Le Livre noir du colonialisme, XVIe-XXIsiècle, de l’extermination à la repentance, Paris, Robert Laffont, 2003, p. 311.

[19] George Orwell, Écrits politiques, Marseille, Agone, 2009, p. 41-42.

[20] Voir, sur cette dialectique, les travaux des chercheurs indiens des Subaltern Studies, notamment Ranajit Guha, Dominance Without Hegemony, History and Power in Colonial India, Cambridge (Mass.), Harvard University Press, 1997.

[21] Sur ce point, voir Philip Bounds, Orwell and Marxism, Londres, I. B. Tauris, 2009, p. 178.

[22] Voir Robin W. Winks, The Oxford History of the British Empire, vol. V, Historiography, Oxford, Oxford University Press, 1999, p. 22-23.

[23] Voir P. Bounds, Orwell and Marxism, op. cit., p. 180.

[24] Sans doute plus que « britannique », d’ailleurs. Il invoque toujours « England » et rarement « (Great)-Britain », qu’il avoue prendre comme un synonyme d’Angleterre dans Le Lion et la licorne (E2, p. 83).

[25] John Atkinson Hobson, The Psychology of Jingoism, Londres, Richards Publishers, 1901, p. 1.

[26] L’origine du terme remonte à 1878 (chant de la marine britannique) et caractérise la politique étrangère de Benjamin Disraeli.

[27] Cité dans Raoul Girardet, L’Idée coloniale en France de 1871 à 1962, Paris, Hachette/Pluriel, 1995, p. 225.

[28] Voir Bernard Porter, The Absent-Minded Imperialists, what the British Really Thought about Empire, Oxford, Oxford University Press, 2004, p. 274.

[29] Voir Judith M. Brown, William Roger Louis (eds.), The Oxford History of the British Empire, vol. IV, The Twentieth Century, Oxford, Oxford University Press, 1999, p. 221-222.

[30] B. Porter, The Absent-Minded Imperialists…, op. cit., p. 46 et 180 ; John Mackenzie, Propaganda and Empire, the Manipulation of British Public Opinion, 1880-1960, Manchester, Manchester University Press, 1986, p. 2-3.

[31] David Cannadine, Ornamentalism: How the British Saw their Empire, Londres, Penguin, 2002, p. 6.

[32] Voir Norbert Elias, John L. Scotson, Logiques de l’exclusion, Paris, Fayard, 1997, p. 51.

[33] Voir Andrew Thompson, The Empire Strikes Back? The Impact of Imperialism on Britain from the Mid-Nineteenth Century, Londres, Longman, 2005, p. 5.

[34] G. Orwell, Écrits politiques, op. cit., p. 103-104.

[35] Cité dans Bertrand Russell, Condition of India, Being the Report of the Delegation Sent to India by the India League in 1932, Londres, Essential News, 1933, p. xiii.

[36] Cité dans B. Crick, George Orwell, op. cit., p. 201. « Little Englander », souvent lié aux économistes libéraux comme Richard Cobden, est, grosso modo, l’équivalent du « pot au feu » français, notamment défendu par Clémenceau et selon lequel « il faut défendre la Corrèze avant le Zambèze » : l’expansion coloniale coûte trop cher et trop de problèmes très graves se posent en métropole.

[37] Cité dans R. W. Winks (ed.), The Oxford History…, op. cit., p. 16.

[38] J. M. Brown et W. R. Louis (eds.), The Oxford History…, op. cit., p. 207-209.

[39] Voir l’analyse que fait John Newsinger dans La Politique selon Orwell, op. cit., p. 71-72.

[40] Sur ce point, voir les propos de John Mackenzie dans J. M. Brown et W. M. Roger Louis, The Oxford History…, op. cit., p. 213-230.

[41] Voir G. Orwell, Écrits politiques, op. cit., p. 316-317.

[42] Cité dans S. Howe, Anti-colonialism…, op. cit., p. 35.

[43] Cité dans Henry Mayers Hyndman, The Awakening of Asia, Londres, Cassells and Co., 1919, p. 281.

[44] Voir R. W. Winks, The Oxford History…, op. cit., p. 18.

[45] On lira avec intérêt l’article de Bernard Gensane, « George Orwell et les intellectuels, malentendu moral et politique », Cycnos, n°11 (2), 1994, disponible en ligne 

[46] Voir S. Howe, Anti-colonialism…, op. cit., p. 43 et 108.

[47] Gandhi était pour lui un allié aussi puissant qu’involontaire de Londres : « Depuis vingt ans Gandhi est considéré par le gouvernement de l’Inde comme un de ses plus fidèles serviteurs. Je sais de quoi je parle : j’ai été fonctionnaire dans la police impériale. Il était admis avec le plus parfait cynisme que Gandhi aidait les Britanniques à conserver leur mainmise sur l’Inde dans la mesure où il s’est toujours opposé à toute action susceptible d’apporter un véritable changement » (E2, p. 143).

[48] Rappelons que suite à la défaite allemande et ottomane en 1918, le Royaume-Uni obtint un mandat de la Société des Nations (SDN) pour les territoires suivants : Irak, Palestine, Transjordanie au Proche-Orient (appelé « classe A »), Tanganyika, une partie du Cameroun et du Togo (« classe B ») et différentes îles du Pacifique (« classe C »).

[49] Cité dans S. Howe, Anti-colonialism…, op. cit., p. 45. À ceci près que Keir Hardie et Ramsay MacDonald s’étaient intéressés, fût-ce de façon sporadique, aux questions coloniales.

[50] Voir J. M. Brown, W. R. Louis (eds.), The Oxford History…, op. cit., p. 207-208.

[51] Sur tous ces points, voir Thomas G. August, The Selling of the Empire, British and French Propaganda, 1890-1940, Connecticut, Greenwood Press, 1985.

[52] Cité dans J. Mackenzie, Propaganda and Empire…, op. cit., p. 10-11.

[53] Cité dans J. M. Brown, W. R. Louis (eds.), The Oxford History…, op. cit., p. 199.

[54] Voir Miriam Gross, The World of George Orwell, Londres, Weidenfeld and Nicolson, 1971, p. 111-116.

[55] Sur ces chiffres, voir sur le site Books and Writers.

[56] Voir J. M. Brown, W. R. Louis (eds.), The Oxford History…, op. cit., p. 227-230.

[57] Voir Richard Price, An Imperial War and the British Working Class: Working-class Attitudes and Reactions to the Boer War, 1899-1902, Londres, Routledge, 1972.

[58] Voir son essai : Jean-Claude Michéa, Orwell éducateur, Paris, Climats, 2003.

[59] Voir A. Thompson The Empire Strikes Back?, op. cit., p. 3.

[60] Cité dans Domenico Losurdo, Gramsci, du libéralisme au communisme critique, Paris, Syllepse, 2006, p. 72.

[61] Voir S. Howe, Anti-colonialism…, op. cit., p. 30.

[62] Voir B. Crick, George Orwell, op. cit., p. 642.

Olivier Esteves

Agrégé d’anglais, maître de conférences à l’université de Lille 3, Olivier Esteves est l’auteur d’une thèse sur les immigrés irlandais à Glasgow et Liverpool (1880-1945). Il a publié Une histoire populaire du boycott (deux tomes,  L’Harmattan, 2006) ; il coordonne, avec Emmanuelle Le Texier et Denis Lacorne, Les Politiques de la diversité aux États-Unis et en Grande-Bretagne, à paraître aux Presses de Sciences Po (2010). Il a organisé un colloque Orwell à Lille 3 (19-20 mars 2010, « George Orwell, une conscience politique du XXe siècle ») pour le soixantième anniversaire de la mort de l’intellectuel anglais.

Mots clefs : George Orwell ; Empire colonial ; Birmanie/Inde ; Anti-colonialisme ; Patriotisme ; Propagande coloniale ; Opinion publique britannique ; Classes ouvrières

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  • ISSN 1954-3670