Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Les mondes britanniques

Coordination : Clarisse Berthezène, Robert Boyce et Marie Scot

L'invention du patriotisme impérial : usages politiques des fêtes d'Empire en Grande-Bretagne, 1877-1938

Philippe Vervaecke
Résumé :

Cet article analyse les principales célébrations publiques de l’Empire en Grande-Bretagne sur une période allant de 1877 à 1938. L’article montre que cet ensemble de festivités publiques, mêlant sentiments de (...)

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L’importance accrue des rituels royaux lors des dernières décennies du règne de Victoria est bien connue des historiens. Comme le souligne Eric Hobsbawm dans L’Invention de la tradition, la Grande-Bretagne, à l’instar des autres pays européens, voit alors apparaître des « traditions inventées », parmi lesquelles celles des grandes occasions royales (couronnement, funérailles, jubilés). Lié à un contexte de profondes et rapides transformations politiques, économiques, culturelles et sociales, ce processus d’invention est défini par Hobsbawm comme la « production de rituels » dont l’objet symbolique et « idéologique » est de « se référer à un passé réel ou inventé » [1] . Dans le même ouvrage, David Cannadine examine le cas de la monarchie britannique dans lequel il établit un contraste net entre le « nadir de la grandeur royale » des années 1860 et 1870 et les décennies suivantes, lorsque Victoria puis Edouard deviendront des « symboles de la permanence et de la communauté nationale » grâce à un cérémonial royal que Cannadine interprète comme un « antidote au changement social ou comme légitimation de ce dernier » [2] .

L’objectif de cet article est de situer les cérémonies publiques associant la Couronne et l’Empire dans le cadre de l’invention d’une tradition bien précise, à savoir celle du patriotisme impérial, ce que Cannadine ne néglige pas puisqu’il insiste sur la dimension impériale du rituel royal, en particulier à partir du jubilé royal de 1897 à l’occasion du soixantième anniversaire du couronnement de la souveraine. Comment définir ce nouveau type de patriotisme que véhiculent tout d’abord les rituels royaux sous Victoria et Edouard VII ? Les cérémonies d’Empire qui apparaissent à partir de 1877, date d’attribution à Victoria du titre d’impératrice des Indes, servent à affirmer le statut impérial du pays et à placer l’Empire au centre de ces rituels. Elles tendent également à situer l’enjeu impérial dans un cadre dépolitisé et à l’incarner dans un rituel monarchique exaltant hiérarchie sociale, sentiments de déférence à l’égard de l’autorité et discipline militaire. Enfin, elles concourent à propager un sentiment de solidarité et de devoir à l’égard de l’Empire et de ses populations, en particulier envers les Dominions perçus comme jumeaux anglo-saxons de la métropole de par leur proximité religieuse, culturelle, institutionnelle et raciale.

En cela, le propos qui suit suggère une interprétation quelque peu différente du phénomène d’« invention de la tradition » décrit par ailleurs, puisque, dans l’inflation de rites royaux qu’on constate à partir de 1877, l’accent est de plus en plus mis sur le caractère central de la dimension impériale de ces festivités.

En un sens, ce nouveau regard sur les cérémonies publiques à la fin du XIXe siècle est rendu possible par l’expansion notable de l’historiographie impériale en Grande-Bretagne qui, depuis les années 1980, a permis de mieux apprécier le foisonnement des modalités d’exposition des populations britanniques, toutes classes confondues, à l’Empire et à l’impérialisme [3] . L’interprétation du phénomène des cérémonies d’Empire qui suit se démarque toutefois de la vision développée par les travaux de John MacKenzie qui lie impérialisme et militarisme, car, tout en reconnaissant l’importance des soldats dans les cérémonies que nous allons analyser, il nous paraît réducteur de limiter le patriotisme impérial que véhiculent ces fêtes à cette seule dimension d’exaltation de la puissance militaire ou navale britannique [4] .

Une telle interprétation minimise à nos yeux, dans la représentation du lien impérial que suggèrent, par exemple, les jubilés de Victoria de 1887 et de 1897 ou les durbars de l’ère édouardienne, ces grandes fêtes qui viennent marquer en Inde l’accession du nouveau souverain sur le trône, l’impact idéologique de ces rites qui tend à légitimer l’ordre social, politique et institutionnel de la métropole et l’Empire et à célébrer l’impérialisme en tant que sentiment civique.

Notre propos sera de montrer que le rituel royal, même s’il fut un ingrédient capital pour dépolitiser la question de l’Empire de par le lien établi entre l’Empire et l’impotence/anglicisme/impuissance politique du souverain, figure par excellence de neutralité politique dans le système politique britannique en cette fin de XIXe siècle, ne put garantir durablement la neutralisation du référent impérial dans le champ partisan. En outre, les rites royaux d’Empire (jubilés, couronnements et durbars) ne constituèrent pas l’unique foyer d’affirmation du patriotisme impérial. Il se manifesta aussi dans de nombreuses autres formes de cérémonies, entre autres les défilés historiques, le jour de l’Empire, fêté en Grande-Bretagne à partir de 1904 et les expositions coloniales. En un sens, le rituel impérial, en particulier à partir de l’époque édouardienne, eut tendance à se démocratiser et à être l’objet d’une « production de masse », pour reprendre la terminologie d’Hobsbawm [5] . Enfin, et c’est là où notre interprétation de cette tradition diverge quelque peu du propos de David Cannadine sur le rituel royal, les diverses formes de rites impériaux apparus avant 1914 ont suscité dans l’entre-deux-guerres bien plus de controverse que Cannadine ne le laisse entendre, puisqu’il minimise, par exemple, l’impact de la Première Guerre mondiale sur le contenu impérial des rituels royaux et qu’il indique que cette association perdura au moins jusqu’au couronnement d’Élizabeth II en 1953. Notre argument est que, dès l’entre-deux-guerres, les diverses incarnations du patriotisme impérial furent critiquées pour leur inadéquation avec le nouveau contexte politique, social et culturel des années 20 et 30, faisant l’objet d’attaques de la part des travaillistes ou de l’Église anglicane par exemple.

Une fois analysée l’« impérialisation » des cérémonies royales à partir de 1877, on mettra en évidence le processus de production de masse de la tradition du patriotisme impérial par l’entremise d’une démultiplication des cérémonies d’Empire au début du XXe siècle. En dernier lieu, on présentera la subversion de cette tradition au cours de l’entre-deux-guerres par les forces politiques et sociales hostiles au phénomène impérial, qui cherchèrent alors à contester le caractère consensuel et fédérateur des fêtes d’Empire.

La Couronne et l’invention du patriotisme impérial : durbars et jubilés, 1877-1911

À la fin du règne de Victoria se déroulent deux phénomènes concomitants et tendant à se renforcer l’un l’autre : d’une part, une indéniable inflation du rituel monarchique, en particulier à partir des années 1880 et ce jusqu’en 1914, par le biais des jubilés, couronnements, funérailles, mariages princiers, ouvertures annuelles du Parlement par le souverain et divers durbars qui se succèdent ; et, d’autre part, l’utilisation dans ce dernier d’une symbolique impériale qui, jusqu’alors, avait peu affecté les festivités associées à la monarchie. Linda Colley a montré que, sous le règne de George III, les fêtes célébrant la royauté agissent comme le ciment de l’unité britannique, mais la dimension à proprement parler impériale est alors peu visible dans les rites monarchiques du début du XIXe siècle [6] . Quant au règne de Victoria, surtout après la mort du prince Albert en 1861, il fait figure de « périgée de la grandeur royale » tant les apparitions publiques de la reine sont rares [7] .

Dès 1877, en revanche, apparaissent les premiers éléments de cette « impérialisation » du rituel monarchique, avec le durbar organisé cette même année à Delhi par Lord Lytton, alors vice-roi des Indes, mais cette manifestation ne retint guère l’attention, en dépit du faste des cérémonies qui réunirent 100 000 personnes à Delhi [8] . Lord Salisbury, ministre des Affaires étrangères, avait informé le vice-roi que les festivités devaient avoir le plus possible une « couleur locale » car il devait s’agir « non d’une anglicisation de l’Inde, mais de l’intronisation de la reine en tant que potentat oriental » [9] .

De même, lors du jubilé de 1887, on remarque la présence des Premiers ministres « coloniaux », comme on appelait alors les responsables gouvernementaux des Dominions, à l’occasion de la première conférence coloniale réunie à Londres à cette occasion [10] . Toutefois, lors de ce premier jubilé, la reine invita essentiellement des têtes couronnées venues de l’Europe entière, et les festivités elles-mêmes empruntèrent peu d’éléments visibles à la symbolique impériale, même si la reine posa à cette occasion la première pierre de l’Imperial Institute [11] . Peu de représentants de l’Empire furent présents en 1887, ce qui est également confirmé par l’absence de troupes coloniales, qui seront au cœur des festivités en 1897 (figure 1). La grande revue navale organisée à Spithead est sans doute, dans le programme festif de l’été 1887, l’élément le plus apte à célébrer la grandeur impériale de la nation, mais cet événement est assombri par la révélation des carences techniques de la Royal Navy et de l’obsolescence de la flotte [12] . Le Reynold’s Paper, journal républicain, a beau souhaiter à ses lecteurs un jubilé « Happy and Toryous », le Premier ministre, lord Salisbury, et son gouvernement conservateur s’impliquèrent peu dans ces célébrations, Salisbury intervenant seulement auprès de la reine afin de s’assurer que son rival Gladstone serait également convié aux célébrations à Westminster Abbey [13] .

Le jubilé de 1897 fut donc le premier exemple probant de rituel tout à la fois royal et impérial. Les Premiers ministres « coloniaux » eurent droit à un traitement de faveur et furent reçus à Windsor [14] . Le défilé qui amena le cortège royal jusqu’à la cathédrale Saint Paul fit, cette fois-là, la part belle aux troupes venues des quatre coins de l’Empire [15] . La teneur des lettres adressées à propos du jubilé au rédacteur en chef du Times confirme, s’il le fallait, la manière dont les contemporains eux-mêmes appréciaient pleinement l’importance de la dimension impériale dans ces célébrations [16] . L’accroissement des territoires contrôlés par les Britanniques au cours des deux décennies précédentes, ainsi que l’intérêt croissant des conservateurs, comme des libéraux, pour les questions d’Empire avaient donné à ce sujet une prégnance nouvelle dans l’espace public. L’inclusion de symboles impériaux dans le rituel royal permettait de légitimer le nouveau statut du pays, de donner un lustre monarchique au patriotisme impérial tout en fédérant les populations britanniques conjointement dans un sentiment de déférence à l’égard de la Couronne et de l’Empire. Dans un discours adressé au Parlement la veille du jubilé, Salisbury évoqua les changements brutaux, politiques, économiques et impériaux intervenus depuis l’accession de la reine au trône et explicita les liens entre cette grande fête de l’Empire et l’ordre politique victorien en rendant hommage à la reine et en rappelant la dette que lui devait le peuple britannique du fait de « la modération et de l’influence de la reine, que cette dernière, de qui tout procède légalement, exerce de manière modéré [17]  ». Le jubilé permettait, de cette manière, de diffuser une image de pérennité de l’institution monarchique et de stabilité de la société, de l’Empire et des institutions politiques. Les cérémonies étaient censées manifester un moment de concorde et d’unité impériale, oblitérant, par-là même, clivages sociaux et politiques. L’inscription de ces festivités dans l’espace religieux (à Westminster Abbey en 1887 et à la cathédrale Saint Paul en 1897) ainsi que la participation du « Parlement impérial », comme on désignait alors les Communes et les Lords, permettaient d’associer protestantisme et démocratie dans un même élan de patriotisme impérial, les Premiers ministres coloniaux pouvant être accueillis à Westminster comme les dépositaires des traditions politiques britanniques outre-mer. Ces célébrations devaient également transcender les divisions partisanes. De la même manière que Gladstone avait assisté aux cérémonies de 1887, les dirigeants du parti libéral furent également invités à ce qui se voulait être un moment d’unité nationale et impériale, même si, dès ce jubilé de 1897, on observe des manifestations d’hostilité à l’égard de cette grande parade de l’Empire [18] .

 Le cortège du jubilé de 1897 à l’approche de Mansion House. Reproduit avec l’aimable autorisation du Croydon Camera Club. Source : http://www.croydoncameraclub.org.uk/ClubArchiveHome/ClubArchiveMembersPhotographs/ClubArchiveMembersPhotographs.htm

 

Par la suite, l’association entre rituel royal et impérial se renforça à la faveur des funérailles de Victoria, dont la mort en 1901 donna lieu à Calcutta à des manifestations publiques de deuil, puis du couronnement d’Édouard VII, du durbar en l’honneur de ce dernier qui se tint en 1903, ainsi qu’à l’occasion de la succession suivante en 1911, lorsque George V monta sur le trône [19] . En 1903 et en 1911, les deux durbars suscitèrent un intérêt sans précédent auprès des populations britanniques, suscitant une concurrence féroce entre journaux et photographes et même à un procès intenté par l’un de ces derniers contre le Daily Sketch pour non-respect des droits d’auteurs [20] . Le durbar de 1911 se prêtât à une exploitation commerciale effrénée, une compagnie maritime allant, par exemple, jusqu’à organiser une croisière à destination de ceux qui souhaitaient assister aux cérémonies en Inde [21] . Filmés l’un et l’autre sous forme de ce qu’on appelait alors « bioscope » – et pas encore « reportage » –, les durbars de 1903 et de 1911 constituent le point d’orgue de l’« impérialisation » du rituel royal [22] . En 1911, à la faveur de ces cérémonies, le Times souligne combien la Couronne symbolise « certains grands principes de liberté » ainsi que les « idéaux de la civilisation européenne », décrivant le roi comme un « Empereur occidental » et la Couronne comme l’incarnation, pour les populations anglo-saxonnes disséminées à travers le monde, de la « communauté de traditions, de coutumes, de langage et de croyance » des membres de la « race » impériale. Quant aux cérémonies du durbar de 1911, le correspondant du Times à Delhi les définit comme une hybridation entre le « pittoresque sens du faste » de l’Orient et le sens de la « discipline et de l’organisation de l’Occident », et il les interprète comme un rituel judicieux car destiné « à stimuler notre conscience des grandes responsabilités et des devoirs sacrés, et parfois onéreux, qui nous incombent de par notre statut de tuteurs de 300 millions de gens » [23] . La présence du roi en personne en 1911, pour la première fois depuis 1877, vint consacrer les liens étroits entre monarchie et Empire.

Cependant, tel un grain de sable dans la machine du patriotisme impérial, l’épisode le plus notable dans les durbars d’avant 1914 fut un geste de défi, à travers la personne du roi, à l’égard du Raj et de l’Empire. En effet, l’anecdote qui captiva le public britannique en 1911 fut celle de « l’insolence » affichée par le Gaekwar de Baroda – un prince indien présent au durbar – lorsque, devant les caméras, ce dernier salua le roi d’une façon qui fut estimée cavalière à Delhi comme à Londres, à en juger par les sifflets qui accueillirent la diffusion des images montrant ce bref incident dans les cinémas et music-halls londoniens [24] . Avant 1914, le bel ordonnancement des rites royaux d’Empire, magnifiant ordre, hiérarchie sociale, stabilité politique et puissance navale et militaire, n’en allait pas moins inspirer des festivités populaires, elles aussi centrées sur l’Empire, propageant les valeurs du patriotisme impérial à travers les régions de la Grande-Bretagne métropolitaine et les diffusant ainsi auprès de l’ensemble des populations britanniques, au-delà des clivages sexuels, générationnels, politiques ou sociaux.

Quand « le lion rugit » : la « production de masse » du patriotisme impérial, 1886-1938 [25]

Les trois décennies précédant la Grande Guerre coïncidèrent avec une multiplication des formes de célébrations de l’Empire, de telle sorte que le patriotisme impérial en vint à sortir du cadre initial du rituel royal et à s’incarner dans des célébrations publiques d’envergure nationale, comme les expositions coloniales, mais également d’ambition plus locale, comme en témoignent les festivités organisées lors du jour de l’Empire dans de nombreuses localités du pays. Cette « production de masse » tendit à disséminer les valeurs de liberté politique et religieuse, de stabilité politique et sociale et de prospérité économique véhiculées par le patriotisme impérial. Sous quelle forme se diffusa-t-il précisément ? Les exemples sont nombreux, allant des expositions coloniales aux défilés historiques retraçant les grandes heures de l’Empire, en passant par la création, en 1904, et l’officialisation, en 1916, d’un jour de l’Empire, le 24 mai, fêté dans les écoles mais aussi dans les rues des villes et villages de tout le royaume.

Parmi les cérémonies publiques à vocation impériale, les expositions consacrées à l’Empire furent celles qui suscitèrent la plus large participation du public, que ce soit lors de la Colonial and Indian Exhibition de 1886, du Festival of Empire de 1911 et des British Empire Exhibition de 1924-25 à Londres et de 1938 à Glasgow. Notez, pour le premier exemple mentionné, la disjonction entre le terme « colonial », qui renvoie aux Dominions, et le qualificatif « Indian », aveu implicite que le patriotisme impérial est à géographie variable et embrasse plus aisément les colonies « blanches » que le reste de l’Empire. La terminologie elle-même trahit le contraste établi dans l’exposition de 1886 entre une Inde rurale et traditionnelle et des Dominions rivalisant avec leur alter ego britannique en termes de prouesse technique ou artistique. La British Empire Exhibition perpétuera cette dichotomie, réservant son pavillon consacré à l’art contemporain en Grande-Bretagne et dans les Dominions et en cantonnant l’art indien, jugé traditionnel, au seul pavillon indien [26] .

Les membres de la famille royale étaient naturellement associés à chacune des cérémonies d’ouverture de ces expositions, donnant ainsi la caution de la monarchie à ces manifestations qui étaient parfois organisées à l’instigation de la famille régnante, comme ce fut le cas de la British Empire Exhibition de 1924, projet lancé par le prince de Galles d’alors, le futur Édouard VIII [27] . Initiative du promoteur privé Imre Kiralfy, producteur chevronné de grands spectacles, le site de White City, extravagante construction d’inspiration orientale, permit d’accueillir l’exposition franco-britannique de 1908, l’exposition impériale internationale de 1909 et les expositions anglo-japonaise et anglo-américaines de 1910 et de 1914, donnant ainsi à voir non seulement l’Empire britannique, mais également les colonies des puissances alliées de la Grande-Bretagne.

Visitées par un public très nombreux, ces expositions fournirent l’occasion de donner chair à l’Empire en tant que « communauté imaginée » en attirant dans la métropole visiteurs et participants venus des quatre coins du monde, transformant temporairement Londres en véritable tour de Babel, comme s’en amusait le dessinateur de presse William Kerridge Haselden. Il représente dans le Daily Mirror un bobby imperturbable qui indique la direction de Wembley, où était organisée la British Empire Exhibition, à un Indien, un Australien, un Africain, un Arabe, un Chinois et un Sud-Américain [28] . Très souvent envisagées comme le moyen de mettre en valeur les ressources de l’Empire, les expositions impériales permirent d’exalter son potentiel économique et, ainsi, de suggérer tout le bénéfice qu’il y aurait à organiser un Zollverein impérial, au sujet duquel on conjecturait depuis les années 1880. En donnant à voir les productions techniques, industrielles ou artistiques de l’Empire, les expositions coloniales constituaient une pédagogie à la gloire de l’Empire, impliquant les visiteurs dans une démarche ô combien respectable d’éducation à la diversité et à la richesse du monde britannique. Lors des grands défilés d’ouverture et de clôture, ces importantes occasions impériales renouaient avec la dimension militaire des jubilés et des durbars, soulignant ainsi la continuité entre le rituel royal et les autres cérémonies publiques qui en perpétuèrent l’aura impériale.

Le cas du Festival of Empire de 1911 est particulièrement révélateur de l’imbrication de la composante monarchique et impériale opérée dans ces nouvelles formes de cérémonies (figure 2). Initialement programmé pour 1910, le Festival of Empire fut ajourné en raison de la mort d’Édouard VII. La manifestation eut finalement lieu en 1911, après le couronnement de George V. Le clou devait en être un « Pageant of Empire », défilé historique au cours duquel une foule de figurants bénévoles recrutés dans tous les quartiers de la métropole londonienne devait reconstituer, en tableaux successifs, les grandes scènes de l’histoire de leur ville. Coprésidé par le Premier ministre libéral Asquith et le chef de l’opposition Arthur Balfour, le comité d’organisation, mis sur pied en 1909, s’assura du soutien des gouvernements des Dominions. Il établit un programme dans lequel, pendant trois mois, se succéderaient au Crystal Palace des conférences sur l’Empire, une exposition consacrée aux artistes britanniques outre-mer, des concerts hebdomadaires avec des orchestres venus de tous les Dominions et une compétition sportive permettant aux équipes venues d’Afrique du Sud, de Nouvelle-Zélande, d’Australie et du Canada de se mesurer à nouveau entre elles, trois ans après les jeux Olympiques de Londres [29] . Quelques années plus tard, les joutes impériales de 1911 allaient se prolonger avec l’organisation des premiers jeux de l’Empire britannique organisés en 1930 au Canada et en 1934 à Londres [30] .

 Les pavillons indiens du "Festival of Empire", carte postale éditée par Rotary Photo E. C. Source : Sydenham Town Forum, http://forum.sydenham.org.uk/viewtopic.php?t=2006

 

L’événement le plus attendu du Festival of Empire était le défilé historique (historical pageant) retraçant l’histoire de Londres à travers les âges. Les deux premières parties devaient permettre de présenter les périodes romaine et médiévale, les deux suivantes la destinée impériale du pays, des Pilgrim Fathers à la « Grande Guerre », c’est-à-dire, pour les édouardiens, les guerres napoléoniennes. Le dernier tableau consistait en un « masque imperial », dont l’ultime scène montrait « Britannia, mère des nations, entourée de ses enfants des quatre coins du monde [31]  ». Plus de 15 000 bénévoles furent requis pour mener à bien ce spectacle, dont presque un tiers des scènes abordaient explicitement l’inscription de Londres dans l’histoire de l’Empire [32] .

D’autres grands spectacles historiques du même type, impliquant la participation de centaines de bénévoles, furent organisés avant 1914. Le premier de ce type eut lieu à Sherborne, orchestré par le maître en la matière, Louis Napoléon Parker, producteur de spectacles, dramaturge, metteur en scène et cinéaste. L’engouement des Britanniques pour ce qu’on appelait les « historical pageants » témoignait de la place croissante du passé dans la culture populaire, ainsi que d’une propension collective à l’inflation mémorielle et commémorative [33] . Plusieurs villes se lancèrent dans ce type d’entreprise, comme en 1907 Oxford, St. Edmundsbury et Liverpool (pour le 700anniversaire de la fondation de la ville) ou, un an plus tard, Colchester et York. Les périodes couvertes dans ces spectacles s’étendaient rarement au-delà de 1815 et comportaient une majorité de scènes des périodes celte, romaine et médiévale, plus rarement des épisodes de la guerre civile, et quasiment jamais des événements du XIXe siècle. Souvent, comme dans le cas du Festival d’Empire mais aussi lors de modestes fêtes d’école ou de village, la dernière scène consistait en un défilé allégorique de l’Empire [34] .

Lord Meath était de ceux qui étaient convaincus que la « nation impériale », dépourvue de fête nationale à la différence des Américains et des autres nations européennes, devait se doter d’une journée destinée à réunir les populations de l’Empire dans un même élan de patriotisme impérial. Avant même la mort de la reine Victoria, on avait suggéré, ici ou là, de faire du 22 juin, jour anniversaire du jubilé de 1897, un Victoria Day destiné à être célébré partout dans l’Empire, idée qui fut à nouveau évoquée après sa mort [35] . Meath, « philanthrope de l’impérialisme », comme il plaisait à se décrire, fonda en 1900 le Mouvement pour la journée de l’Empire (Empire Day Movement) dont il présida les activités jusqu’à sa mort en 1929. Dès 1899, Meath informait les lecteurs du Times de la création dans les écoles de l’Ontario d’une journée de l’Empire devant se tenir le jour de l’anniversaire de la reine Victoria, le 24 mai [36] . Trouvant l’initiative excellente, Meath exerça un lobbying incessant auprès de Joseph Chamberlain, alors secrétaire aux Colonies, et d’autres membres du gouvernement conservateur afin que la Grande-Bretagne ne soit pas en reste et que les écoliers britanniques imitent cet exemple de patriotisme impérial. Peu enthousiasmés à l’idée d’octroyer aux écoliers une demi-journée de festivités impériales, les gouvernements conservateurs et libéraux successifs n’inscrivirent cette date sur le calendrier officiel qu’en 1916. Cette année-là, d’après Meath, pas moins de 79 823 écoles et 9 689 393 écoliers de Grande-Bretagne et desDominions prirent part à Empire Day (figures 3 et 4) [37] . Mais, avant même d’obtenir une reconnaissance officielle des autorités, la journée de l’Empire était devenue une fête très observée partout dans le pays [38] . Défilés, saluts aux couleurs, concours de rédaction en composaient habituellement le programme, Meath suggérant que soient prononcés des sermons ou des discours abordant « les nobles idéaux du devoir impérial et civique » et précisant qu’il n’y avait « pas de place dans ce mouvement pour l’existence de préjugés partisans, sociaux, religieux ou raciaux » [39] . L’entre-deux-guerres allait toutefois rendre illusoire la prétention de Meath de situer le patriotisme impérial au-delà des clivages politiques.

 La célébration d’"Empire Day" à l’école de Pinfold Street à Darlaston dans le Black Country en 1939. Reproduit avec l’aimable autorisation de l’école de Pinfold Street, et de Bev Parker, Sue Harper, Gill Broomhall and Maureen Page. Source : http://www.localhistory.scit.wlv.ac.uk/articles/DarlastonSchool/NewSchool.htm

 Participants costumés à la fête d’"Empire Day" (n. d.). Reproduit avec l’aimable autorisation du Victoria and Albert Museum, Museum of Childhood, Misc.1183-1991.

 

Pérennité et avanies des célébrations impériales dans l’entre-deux-guerres

Exacerbé par le soutien apporté par les Dominions et le reste de l’Empire à l’effort de guerre, le patriotisme impérial fut l’un des éléments moteurs de la propagande diffusée au cours du conflit. Par exemple, en 1917, la Tariff Reform League, qui regroupe les impérialistes fidèles au défunt protectionniste Joseph Chamberlain, organisa à Hyde Park le premier Chamberlain Day, conçu comme une nouvelle commémoration impériale, afin de présenter au public une gigantesque carte permettant de montrer « en un coup d’œil les positions ennemies et la manière dont elles menacent l’existence de l’Empire [40]  ». L’entrée des femmes sur la scène électorale altéra peu en somme l’attrait du patriotisme impérial. Il est vrai que l’entre-deux-guerres correspondit également à l’émergence d’un militantisme internationaliste et pacifiste, comme en atteste le succès populaire de la League of Nations Union, à laquelle les femmes participèrent. Cet enthousiasme collectif pour les questions d’arbitrage international et de désarmement est difficilement compatible avec la survivance du patriotisme impérial tel qu’il était véhiculé avant-guerre. Qui plus est, les cérémonies publiques, après 1918, avaient souvent pour objet de commémorer les morts au champ d’honneur, donnant naissance à de nouveaux rituels collectifs centrés certes sur le patriotisme, mais également sur le deuil et le souvenir. Dans ce nouveau climat, les organisateurs d’Empire Day prirent soin d’associer leur propre manifestation à ce culte des morts et invitèrent régulièrement la principale organisation d’anciens combattants, la British Legion, à leurs propres cérémonies [41] .

L’entre-deux-guerres vit donc se perpétuer les cérémonies impériales mais la période coïncida également avec un repli progressif du patriotisme impérial et des célébrations qui lui étaient désormais associées. Le traumatisme des affaires de Chanak et d’Amritsar et la fondation d’un État indépendant en Irlande du Sud en 1922 dissipèrent rapidement, après la fin du conflit, le triomphalisme impérial qui avait prévalu en 1918. La défense de l’héritage impérial commença à être perçue comme l’apanage des Die-Hards, les conservateurs les plus réactionnaires et les plus nostalgiques du zénith impérial d’avant-guerre. L’implication croissante du parti conservateur dans les cérémonies impériales rendait intenable la posture d’apolitisme du Mouvement de Lord Meath. Dans les pages qu’il consacre à la journée de l’Empire, Andrew Thompson mentionne le cas de certains enseignants du primaire refusant de laisser leur classe y participer ou subvertissant le sens de ces célébrations en dénonçant les conditions dans lesquelles l’Empire avait été conquis [42] . Jim English évoque de nombreux incidents émaillant ces mêmes cérémonies et impliquant des militants travaillistes hostiles au discours impérialiste véhiculé au cours de cette journée. Le fait est que le parti travailliste avait été façonné par la tradition internationaliste et anti-impérialiste de la gauche britannique, ses partisans étaient donc susceptibles de dénoncer les fêtes d’Empire comme une entreprise de manipulation des catégories populaires en particulier, même s’il ne manquait pas non plus, au sein de ce parti, de partisans déclarés de l’Empire [43] .

Cette polarisation partisane occasionnée par le référent impérial ne fut pas sans conséquence sur les cérémonies destinées à célébrer l’Empire. Même si Empire Day continua d’être fêté jusqu’en 1958, l’observance de cette journée commença à susciter de vives polémiques. Meath dut se défendre contre les attaques de l’évêque d’Exeter qui avait dénoncé la « vantardise et la jactance » qui caractérisaient Empire Day selon lui et laissé entendre que les partisans de cette fête considéraient « que c’est apparemment au matamore qu’il revient de régir le monde » [44] .

Les défilés historiques, qui avaient joué un rôle capital dans la diffusion des processions allégoriques représentant l’Empire, furent aussi affectés par ce reflux du patriotisme impérial. Dans les années 1930, lorsque la mode n’était plus à cette forme de spectacle, un éditorialiste du Times, nostalgique des défilés d’avant-guerre, applaudissait la suggestion de Louis Napoléon Parker de les remettre en vogue : « Un défilé historique montrant la différence entre l’état de l’Angleterre en 1837 et l’état de l’Angleterre en 1901 rendrait bien des gens plus à même d’apprécier les bienfaits que la période victorienne nous a apportés. [45]  » Néanmoins, ce type de manifestations était de plus en plus étroitement associé avec les conservateurs qui enrôlaient leurs sections enfantines (les Primrose Buds) et leurs sections jeunesse pour mettre sur pied ces processions censées afficher l’adhésion des tories aux valeurs impériales. La Primrose League, organisation conservatrice de masse avant-guerre, en perte de vitesse après 1918, encourageait ses membres à prendre part à Empire Day, tandis que chez ces militants du conservatisme les sections enfantines étaient occupées à monter des saynètes d’Empire incarnant les grands noms de l’histoire impériale comme Nelson, le capitaine Cook, Lord Clive et le général Wolfe [46] . De leurs côtés, les travaillistes et les communistes s’étaient également emparé du format du pageant pour produire leurs propres grands spectacles où la glorification de l’Empire n’avait guère de place [47] .

Le cas de la British Empire Exhibition de 1924 et 1925 montre ce mouvement de reflux. Bien qu’étant parvenue à attirer un public nombreux, la manifestation se clôtura sur un déficit de 1,5 million de livre, contrairement aux expositions d’avant-guerre qui avaient toutes rapporté un bénéfice aux organisateurs [48] . En outre, lors de l’exposition, l’accent avait été mis sur les attractions foraines, l’Empire étant utilisé comme un prétexte au divertissement. Cette tendance était déjà perceptible dans les projets d’avant-guerre, le site de White City construit par Imre Kiralfy tenant davantage du Luna Park que du musée impérial. En 1924, pour un observateur comme William Kerridge Haselden, dessinateur attitré du Daily Mirror, l’exposition impériale de Wembley se résumait à cette seule dimension, l’expression « wembling » passant alors dans la langue pour désigner les joies de la fête foraine [49] .

Le rapport de l’institution monarchique elle-même aux grands rituels d’Empire édouardiens fut également altéré. Le durbar de 1911 fut la seule et unique occasion pour le souverain britannique d’être physiquement présent aux cérémonies indiennes. En 1937, convié à participer à son propre durbar, le nouveau roi George VI dut prendre la décision de décliner l’invitation eu égard aux difficultés occasionnées par son accession inattendue au trône [50] . Il est vrai que le cérémonial monarchique ne se départit nullement de sa coloration impériale, par exemple, lorsque le souverain décernant l’Ordre de l’Empire britannique à ses sujets méritants. Toutefois, durant l’entre-deux-guerres, le lien entre monarchie et Empire devint globalement moins prégnant qu’avant 1914.

Conclusion

La British Empire Exhibition qui se tint à Glasgow en 1938 fut donc le « dernier durbar [51] . » Après la Seconde Guerre mondiale, la grande festivité publique marquant le retour à la paix fut le Festival of Britain de 1951 où l’accent fut mis sur le contexte britannique. Après 1945, le patriotisme impérial devint un discours frappé d’obsolescence, ce qui amena la disparition progressive des cérémonies qui lui étaient associées. Après 1958, Empire Day disparut du calendrier officiel. Comme le suggérait David Low, dessinateur de l’Evening Standard, l’Empire qui, avant 1945, avait été pour les conservateurs une arme si « utile » à « lancer sur le parti travailliste », devint après-guerre un argument caduc dans l’arsenal rhétorique des tories et se trouva donc relégué à la corbeille [52] .

Né en 1950, l’historien David Cannadine relate son « enfance impériale » en épilogue de son ouvrage consacré à l’« ornementalisme » impérial, à savoir cette manière ritualisée et hiérarchisée par laquelle l’Empire se donna à voir aux Britanniques. Jusque dans les années 1950, les références au patriotisme impérial continuaient, à ses yeux, d’exercer leur influence sur le pays, en particulier sur les écoliers. Selon Cannadine, le couronnement d’Élizabeth II en 1953 et les tournées impériales de la souveraine peu après manifestèrent pour la dernière fois la « symbiose entre Couronne et Empire » qui avait été si caractéristique du rituel royal avant 1939 [53] . Dès l’entre-deux-guerres, à en juger par ce qu’Orwell écrit en 1941 à propos du patriotisme en Grande-Bretagne, le regard des Britanniques sur les cérémonies impériales était en fait marqué au coin du soupçon ou de l’indifférence : « En Angleterre, les manifestations truculentes de patriotisme, du type “Rule Britannia”, ne sont le fait que d’infimes minorités. Le patriotisme des gens ordinaires est de nature discrète, voire inconsciente. (…) Les Anglais sont hypocrites à propos de leur Empire. Dans la classe ouvrière, cette hypocrisie prend la forme d’une certaine ignorance au sujet de l’existence même de l’Empire. [54]  » Dans les années 1950, dans un contexte de décolonisation accélérée, le patriotisme impérial, inventé lors des cérémonies royales victoriennes et perpétué jusqu’au début du règne d’Élizabeth II, était désormais disqualifié en tant que discours dominant à l’occasion des célébrations publiques.

Notes :

[1] Eric Hobsbawm, « Introduction », dans Eric Hobsbawm et Terence Ranger (dir.), The Invention of Tradition, Cambridge, Cambridge University Press, (première édition, 1983) 2002, traduction française de Christine Vivier, L’Invention de la tradition, Paris, Éditions Amsterdam, 2006, p. 2-4. 

[2] David Cannadine, «  The Context, performance and meaning of ritual: The British monarchy and the “Invention of Tradition”, c. 1820-1977 », dans E. Hobsbawm et T. Ranger (dir.), The Invention of Tradition, op. cit., p. 122.

[3] Pour une vue d’ensemble sur cet accroissement récent de l’historiographie de l’impérialisme britannique, voir John Gascoigne, « The expanding historiography of British imperialism », Historical Journal, 49, 2, 2006, p. 577-592. Sur l’impact de l’impérialisme sur la culture populaire, voir les travaux pionniers de John MacKenzie (dir.), Imperialism and Popular Culture, Manchester, Manchester University Press, 1986 et, plus récemment, la synthèse publiée par Andrew Thompson, The Empire Strikes Back? The Impact of Imperialism on Britain from the Mid-Nineteenth Century, Harlow, Pearson, 2005.

[4] John MacKenzie (dir.), Popular Imperialism and the Military, 1850-1950, Manchester, Manchester University Press, 1992.

[5] Eric Hobsbawm, « Mass-producing traditions in Europe, 1870-1914 », dans E. Hobsbawm et T. Ranger, The Invention of Tradition, op. cit., p. 263.

[6] Linda Colley, « The Apotheosis of George III: Loyalty, royalty and the British nation, 1760-1820 », Past and Present, 102, 1, 1984, p. 94-129.

[7] D. Cannadine, « The Context, meaning and performance of royal ritual », art. cit., p. 118.

[8] C’est en Inde que le durbar de 1877 eut davantage de retentissement et d’effet, puisqu’en réunissant les princes indiens à Delhi, Lytton – d’après James Cosmos Masselos – permit à ces derniers d’échanger leurs points de vue sur la situation de l’Inde et d’évoquer entre eux des idées d’indépendance :  James Cosmos Masselos, « Lytton’s “Great Tomasha” and Indian unity », Journal of Indian History, 44, 132, 1966, p. 737-760.

[9] Andrew Roberts, Salisbury. Victorian Titan, Londres, Phoenix, 2000, p. 215.

[10] Sur les jubilés de Victoria, voir Joanna Richardson, « Queen Victoria’s Jubilees », History Today, 27, 6, 1977, p. 349-357 ; Walter Arnstein, « Queen Victoria’s Diamond Jubilee », American Scholar, 66, 4, 1997, p. 591-597 ; Thomas Richards, « The image of Victoria in the year of jubilee », Victorian Studies, 31, 1, 1987, p. 7-32 ; Tori Smith, « Almost pathetic but also very glorious”: the consumer spectacle of the Diamond Jubilee », Social History, 29, 58, 1996, p. 333-356. À noter que Richards comme Smith mettent l’accent sur ces cérémonies plus en tant qu’objets de consommation de masse, Smith allant jusqu’à minimiser la signification politique et symbolique du jubilé de 1897.

[11] En dehors des membres des familles royales européennes, on note la présence de princes perses, siamois et japonais, de la reine d’Hawaï et de quelques maharajas indiens, dont un qui frappa un domestique d’un coup de fourchette lorsque ce dernier lui servit du bœuf : A. Roberts, Salisbury, op. cit., p. 462-3.

[12] Jeffrey Lant, « The Spithead Naval Review of 1887 », Mariner’s Mirror, 62, 1976, p. 67-80.

[13] Sur un coût total de 67 000 livres (six millions d’euros d’aujourd’hui), le Gouvernement finança ces célébrations à hauteur de 17 000 livres, la reine prenant en charge le reste sur ses propres deniers. En revanche, l’intégralité des frais relatifs au jubilé de 1897 furent pris en charge par le Parlement : A. Roberts, Salisbury, op. cit., p. 460 et p. 661.

[14] The Times, 8 juillet 1897, p. 5.

[15] De manière à ne pas alourdir le propos en multipliant les passages de description des célébrations publiques dont il sera question dans cet article, nous suggérons aux lecteurs de visionner les bobines d’actualité de British Pathé correspondant à ces diverses manifestations. Les archives filmées de British Pathé sont désormais consultables en ligne gratuitement. Sur le jubilé de 1897, voir http://www.britishpathe.com/record.php?id=52109.

[16] Parmi d’autres courriers du même type, voir, par exemple, « Diamond Jubilee for India », The Times, 7 juin 1897, p. 10 ; « The Diamond Jubilee and the Empire », The Times, 17 juin 1897, p. 4. De la même manière, le jubilé de 1897 fut célébré partout dans l’Empire, des festivités ayant lieu aux Antilles, en Afrique, dans les dominions et dans toutes les régions sous contrôle britannique dans le Sud-Est asiatique, que ce soit à Hong Kong, dans les territoires des détroits et, bien sûr, en Inde. En 1887, la Jamaïque s’était distinguée en organisant de nombreuses manifestations, mais dans le reste des territoires de l’Empire on ne marqua pas systématiquement cette journée par des réjouissances particulières, contrairement à ce qui se passa dix ans plus tard. Voir Kathleen Monteith, « The Victoria Jubilee celebrations of 1887 in Jamaica », Jamaica Journal, 20, 4, 1987-88, p. 23-30.

[17] A. Roberts, Salisbury, op. cit., p. 662.

[18] Pour des manifestations – minimes – de contestation des festivités du jubilé à Cambridge, voir Elizabeth Hammerton et David Cannadine, « Conflict and Consensus on a Ceremonial Occasion: The Diamond Jubilee in Cambridge in 1897 », Historical Journal, 24, 1, 1981, p. 111-146. Pour des critiques plus virulentes, mais tout autant marginales, formulées par le socialiste Keir Hardie à propos du jubilé, voir Carolyn Stevens, « The objections of “Queer Hardie”, “Lily Bell and the suffragettes” friend to Queen Victoria’s Jubilee, 1897 », Victorian Periodicals Review, 21, 3, 1988, p. 108-114.

[19] Sur le durbar de 1911, voir le reportage que British Pathé a consacré à ces fastueuses festivités  (site consulté le 30 novembre 2009).

[20] The Times, « High Court of Justice. Chancery Division. Copyright. Delhi durbar photographs », 25 juin 1912, Compte-rendu d’audience, p. 3.

[21] H. S. Scott-Harden, The Cruise to the Indian Empire and the Coronation Durbar, 1911-12, Londres, s. n., 1912.

[22] Stephen Bottomore, « “An amazing quarter mile of moving gold, gems and genealogy”: Filming India’s 1902/03 Delhi Durbar », Historical Journal of Film, Radio and Television, 15, 4, 1995, p. 495-515 ; Ibid., « Have you seen the Gaekwar Bob? Filming the 1911 Delhi Durbar », Historical Journal of Film, Radio and Television, 17, 3, 1997, p. 309-345. Le Times est aussi dithyrambique en 1903 qu’en 1911, parlant cette année-là d’une « solennité inégalée dans l’histoire de l’Asie », même si l’absence d’éléphants est vivement regrettée dans le défilé militaire de 1911, auquel participent quand même pas moins de 20 000 soldats et plus de 100 000 spectateurs : The Times, 22 novembre 1911, p. 8 ; 12 décembre 1911, p. 9 ; 13 décembre 1911, p. 9.

[23] The Times, 12 décembre 1911, p. 9.

[24] The Times, « The Gaekwar of Baroda », 2 janvier 1912, p. 6.

[25] On traduit ici l’un des slogans publicitaires inventés lors de la British Empire Exhibition de 1924-25 : « The Lion roars at Wembley ».

[26] Sur l’exposition de 1886, voir Jeffrey Spear, « A South Kensington Gateway from Gwalior to Nowhere », Studies in English Literature, 48, 4, 2008, p. 911-921. Sur l’exclusion des artistes indiens du palais des Arts lors de la British Empire Exhibition de 1924, voir Tom August, « Art and Empire – Wembley, 1924 », History Today, 43, 1993, p. 38-44.

[27] Sur l’inauguration de la British Empire Exhibition, voir le reportage de British Pathé (site consulté le 30 novembre 2009).

[28] Daily Mirror, 15 mai 1924. Dessin de presse consultable sur le site du British Cartoon Archive de l’université de Canterbury, cote WH529, (site consulté le 28 octobre 2009).

[29] The Times, « The Festival of Empire. An imperial meeting of sportsmen », 24 février 1911, p. 15.

[30] The Times, 27 juin 1930, p. 20. La dernière édition des British Empire Games, déjà rebaptisé British Empire and Commonwealth Games, eut lieu en 1954 à Vancouver, cette compétition étant ensuite renommée British Commonwealth Games en 1970 et, finalement, Commonwealth Games à partir de 1978.

[31] Archives du Festival of Empire, Coll. Misc. 549, Londres, British Library of Political and Economic Science, London School of Economics.

[32] The Times, « Festival of Empire. List of the pageant scenes », 29 décembre 1909, p. 4. À la Chambre à Ottawa, des députés canadiens regrettèrent la décision du comité d’organisation de supprimer la scène de la bataille de Chateauguay au cours de laquelle une poignée de Canadiens français et écossais avait mis en déroute les envahisseurs américains au cours de la guerre de 1812. Les organisateurs du festival avaient jugé que les touristes américains étaient susceptibles de prendre ombrage si la scène figurait dans le défilé historique : The Times, « Canada and the Festival of Empire », 2 mai 1911, p. 5.

[33] Sur l’importance de l’histoire dans les pratiques culturelles des Britanniques à l’époque, voir Paul Readman, « The place of the past in English culture c. 1890-1914 », Past and Present, 186, 2005, p. 147-199, qui consacre quelques pages aux « historical pageants ». Sur la multiplication des pratiques commémoratives, en particulier à la fin de l’ère victorienne, voir Roland Quinault, « The Cult of the Centenary, c. 1784-1914 », Historical Research, 71, 176, 2002, p. 303-323.

[34] Entre autres ouvrages susceptibles de guider instituteurs, responsables d’associations et élus locaux dans l’organisation de ce type de défilés impériaux, voir Silvey Clark, A pageant of Empire: a Playlet for School of Home Performance, Londres, Samuel French, 1928. Le parti conservateur lui aussi publia ce type de matériau. Voir Una Norris, The Flag of the Free. A Pageant of the Union Jack and the Flags of the Dominions, Westminster, National Union of Conservative and Unionist Associations, 1928; Ibid., Under One Flag. An Empire Sketch for Children, Westminster, National Union of Conservative and Unionist Associations, 1925.

[35] The Times, 24 juin 1897, p. 12 ; 25 mai 1901, p. 7. Le Victoria Day fut observé pour la première fois en 1901 au Canada, à Gibraltar et en Jamaïque.

[36] The Times, « Letters to the Editor. “Empire Day” », 25 avril 1899, p. 3.

[37] The Times, 10 octobre 1916, p. 6.

[38] British Pathé a conservé de nombreuses bobines d’actualités présentant les célébrations qui ont lieu partout dans le pays ce jour-là. Signalons, entre autres reportages, les documents suivants :  1919 ;  1933.

[39] The Times, 14 mai 1906, p. 8.

[40] The Times, 7 juillet 1917, p. 5.

[41] Jim English, « Empire Day in Britain, 1904-1958 », Historical Journal, 49, 1, 2006, p. 242-276.

[42] A. Thompson, The Empire Strikes Back?…, op. cit., p. 121.

[43] L’argument avait déjà été formulé au début du siècle par le penseur libéral John A. Hobson dans Imperialism: A Study, publié en 1902. Sur l’anti-impérialisme dans les milieux de gauche en Grande-Bretagne, voir Stephen Howe, Anticolonialism in British Politics: The Left and the End of Empire, 1918-1964, Oxford, Clarendon Press, 1993 ; Nicholas Owen, The British Left and India: Metropolitan Anti-Imperialism, 1885-1947, Oxford, Oxford University Press, 2007.

[44] The Times, 25 avril 1929, p. 12.

[45] The Times, « Victorian Pageants », 17 avril 1934, p. 15.

[46] Primrose League Gazette, septembre 1921, p. 2.

[47] Mick Wallis, « Pageantry and the Popular Front: Ideological production the 1930s », New Theatre Quarterly, 10, 38, 1994, p. 132-156.

[48] Niall Ferguson, Empire. How Britain Made the Modern World, Londres, Penguin, 2004, p. 318-319.

[49] Daily Mirror, 9 mai 1925, British Cartoon Archive, cote WH0882 (site consulté le 28 octobre 2009).

[50] The Times, « No Delhi Durbar next winter », 9 février 1937, p. 14.

[51] Bob Crampsey, The Empire Exhibition of 1938: the Last Durbar, Edimbourg, Mainstream, 1988.

[52] Evening Standard, 12 juin 1947. British Cartoon Archive, cote DL2727 (site consulté le 28 octobre 2009).

[53] David Cannadine, Ornamentalism. How the British Saw their Empire, Londres, Penguin, 2001, p. 120 et p. 181-199.

[54] George Orwell, The Lion and the Unicorn, Socialism and the English Genius, Londres, Secker and Warburg, 1941, passim.

Philippe Vervaecke

Philippe Vervaecke est maître de conférences en civilisation britannique à l’université de Lille 3 et chargé de cours à l’Institut d’études politiques de Lille. Il a co-dirigé avec Frédéric Sawicki un numéro de Politix intitulé « La fabrique des partis en Grande-Bretagne » et publié articles et chapitres d’ouvrages parus entre autres chez Macmillan/Palgrave. Il prépare la publication d’un ouvrage collectif intitulé Les Droites radicales en France et en Grande-Bretagne au XXe siècle.

Mots clefs : Empire britannique ; Impérialisme ; Anti-impérialisme ; Usages politiques des fêtes ; Monarchie britannique ; Parti travailliste ; Parti conservateur

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