Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Les mondes britanniques

Coordination : Clarisse Berthezène, Robert Boyce et Marie Scot

Nouvelles perspectives historiographiques sur le monde britannique

Clarisse Berthezène, Marie Scot

The empire needs men! The overseas states all answer the call. Helped by the young lions the old lion defies his foes. Enlist now / Arthur Wardle ; printed by Straker Brothers Ltd., 194-200 Bishopsgate, London. Ce numéro spécial d’Histoire@Politique s’inscrit dans l’actualité académique française. La mise au programme de l’agrégation externe d’histoire d’une question intitulée « Le monde britannique 1815-1931 » a suscité la parution de nombreux manuels destinés à introduire le public français à la complexité de l’objet envisagé et aux débats historiographiques qu’il a suscités parmi les historiens. Nous proposons ici une contribution légèrement décalée. Ce numéro n’a pas pour vocation d’offrir un panorama exhaustif des très nombreux champs de recherche qui s’articulent peu ou prou à la question. Nous souhaitons plutôt présenter des terrains et des auteurs peu connus en France et introduire des approches disciplinaires multiples et originales qui illustrent une historiographie prolifique et stimulante.


The Crisis of Liberal Imperialism

Karuna Mantena

In the latter half of the nineteenth century, moral justifications of Empire, paradoxically, receded from the forefront of debates about the nature and purpose of imperial rule. At the height of British imperial power, an ethically orientated theory of imperial legitimacy, exemplified in the liberal model of Empire that had become prominent in British imperial discourse since the early nineteenth century, retreated in political significance.


The Liberal Empire and British Social Policy: Citizens, Colonials, and Indigenous Peoples, circa 1880-1914

Jose Harris

I. In this paper I shall focus on an unusual moment in the longer history of British Liberalism, when very active support among Liberal statesmen for defence and maintenance of the British Empire came at a time when those same statesmen were also sponsoring a series of social, fiscal, medical, constitutional and ‘citizenship’ reforms whose long-term impact on British society and culture was to outlast the empire itself. Prior to the 1900s both ‘imperial defence’ and state-directed ‘social reform’, while never wholly absent from Liberal concerns, had nonetheless played relatively muted (and to some degree mutually exclusive) roles in the policies of Liberal governments; a fact that makes their simultaneous emergence to the forefront of Liberal politics in the Edwardian decade seem all the more striking.


L'invention du patriotisme impérial : usages politiques des fêtes d'Empire en Grande-Bretagne, 1877-1938

Philippe Vervaecke

L’importance accrue des rituels royaux lors des dernières décennies du règne de Victoria est bien connue des historiens. Comme le souligne Eric Hobsbawm dans L’Invention de la tradition, la Grande-Bretagne, à l’instar des autres pays européens, voit alors apparaître des « traditions inventées », parmi lesquelles celles des grandes occasions royales (couronnement, funérailles, jubilés). Lié à un contexte de profondes et rapides transformations politiques, économiques, culturelles et sociales, ce processus d’invention est défini par Hobsbawm comme la « production de rituels » dont l’objet symbolique et « idéologique » est de « se référer à un passé réel ou inventé ». Dans le même ouvrage, David Cannadine examine le cas de la monarchie britannique dans lequel il établit un contraste net entre le « nadir de la grandeur royale » des années 1860 et 1870 et les décennies suivantes, lorsque Victoria puis Edouard deviendront des « symboles de la permanence et de la communauté nationale » grâce à un cérémonial royal que Cannadine interprète comme un « antidote au changement social ou comme légitimation de ce dernier ».


George Orwell, l'Empire et l'opinion publique britannique

Olivier Esteves

« On Britain’s colonies the sun never sets, but the blood never dries » (Rajani Palme Dutt, The Crisis of Britain and the British Empire, 1953).

L’itinéraire politique d’Eric Blair, alias George Orwell, est marqué par une extrême complexité qui, selon ses détracteurs, confine à la contradiction, selon ses apologues, illustre un refus méticuleux du dogmatisme. La dimension anti-coloniale de l’auteur de 1984 constitue pourtant un des fils conducteurs de son œuvre. Celle-ci est bien sûr liée à la biographie du romancier et essayiste : né en Inde en 1902, Orwell est issu d’une famille qu’il eût sans doute lui-même qualifiée de « Blimps », en référence à ce personnage créé car le caricaturiste David Low (1879-1963) et qui symbolise la classe moyenne de tradition militaire et impérialiste. Son père, Richard, était directement lié à la production de l’opium en Inde avant son acheminement en Chine. Orwell lui-même, après quatre années passées à Eton College (1917-1921), cette pépinière des cadres de l’Empire, fut recruté au sein des forces de police coloniale en Birmanie, où il demeura pendant cinq années (1922-1927) qui lui parurent très longues.


Un empire écossais ? L'Écosse et le monde britannique, 1815-1931

Géraldine Vaughan

« Les marchands de Bombay sont tous écossais », écrit à la fin de l’ère victorienne l’homme politique libéral Charles Dilke, inventeur du concept de Greater Britain. « Dans les colonies britanniques », poursuit-il, « du Canada jusqu’à Ceylan, de Dunedin à Bombay, pour chaque Anglais qui a fait fortune seul, on compte dix Écossais. Il est étrange, à dire vrai, que l’Écosse ne soit pas devenue le nom qui désigne le Royaume-Uni ». Ainsi, Dilke, à l’image de certains de ses contemporains de renom, comme l’écrivain Anthony Trollope ou l’historien James Froude, ne manque pas de remarquer le succès des Écossais dans l’entreprise collective que constitue l’Empire britannique.


Britain's Middle Eastern Policy, 1900-1931: Dual Attractions of Empire and Europe

Richard Davis

Britain’s ambiguous position on the edge of Europe has long been the source of much debate. For many observers the country’s insular and maritime situation means that it is essentially non-European, different from the continentals, closer in national temperament and practical interests to the ‘Anglo-Saxon’ world or the Empire-Commonwealth; that its physical proximity to Europe is outweighed by other stronger bonds elsewhere. From such staunch imperialists as Joseph Chamberlain to today’s Eurosceptics, many have believed that Britain is more naturally at home in the world of the Empire-Commonwealth, a world of its own making, than in the fundamentally alien Europe. Language, culture, family ties and economic, financial and commercial interests have all, at one time or another, been put forward to support this image of a non-European Britain. It would, however, be quite wrong to regard Britain as being somehow irretrievably cut off from the continent. Indeed, not even the most ardent imperialists or, with a few exceptions, the most vitriolic Anglophobes on the continent have taken such arguments quite so far. These may have been understandably tempting to many people who looked to the Empire to satisfy the country’s commercial, political, even psychological needs.


The Significance of 1931 for British Imperial and International History

The twenty years that separate the First World War from the Second are almost invariably treated as a unity by scholars of British and British Imperial history, for reasons that on the face of it seem compelling. Britain was the only major European power to escape invasion or defeat in the First World War. Almost uniquely it entered the inter-war period with its institutions strengthened by the ordeal and survived the post-war upheavals largely unscathed. Its economic performance in the 1920s was disappointing, being marked by slow growth and high unemployment, features aggravated by the world economic slump which began in 1929. Yet the slump in Britain was briefer and less severe than almost anywhere else, and while unemployment rose to new heights in the 1930s, by most other criteria the economy performed relatively well. Meanwhile Britain’s relations with its Empire and the rest of the world underwent only modest incremental change.


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  • ISSN 1954-3670