Histoire@Politique : Politique, culture et société

Pistes & débats

Pour une épistémologie de l'histoire urbaine française des époques modernes et contemporaines comme histoire-problème

Nicolas Lemas
Résumé :

Du bergsonisme urbain des débuts du 20e siècle aux nouveaux défis aujourd’hui posés aux aménageurs, l’histoire urbaine a toujours été étroitement corrélée aux perceptions collectives de ce qu’est (...)

  • imprimer
  • version pdf
  • réduire la taille du texte
  • augmenter la taille du texte
« La ville existe et elle n’a qu’un secret :
elle ne connaît que des départs,
elle ne connaît pas de retours. [1]  »

Malaise dans l’histoire urbaine

Tard venue dans la tradition française, l’histoire urbaine apparaît aujourd’hui comme un des champs d’études les plus dynamiques et les mieux ancrés de la production historique. Longtemps fruit d’initiatives individuelles [2] , pratiquée par des chercheurs plus ou moins isolés, transgressant les découpages académiques convenus, elle dispose aujourd’hui tant de structures institutionnelles ou associatives [3] que de professeurs d’université et de programmes de recherche où se déployer [4] , sans oublier les multiples colloques, séminaires et conférences. Tous les signes de l’existence d’une discipline historique semblent ainsi attester de sa réalité [5] .

Il s’en faut pourtant que cela suffise : en pastichant l’adage juridique cicéronien (bien connu de tout lecteur de roman policier) selon lequel la suraccumulation de preuves accusant un prévenu tendrait à prouver a contrario son innocence, on pourrait avancer l’idée que la surabondance d’éléments attestant de la réalité de l’histoire urbaine tendrait à prouver l’absence, ou la fragilité, de fondement épistémologique solide. En ce sens, la question posée en 1994 par Lynn Hollen Lees reste toujours pendante : « Quel est au juste le message que les historiens de la ville souhaitent communiquer ? [6]  »

Si c’est à la fin des années 1970 que Daniel Rabreau pouvait la déclarer une « discipline encore adolescente [7]  », sa remarque apparaît encore pertinente pour la situation des années 2000. Une accumulation de travaux, dont plusieurs sont par ailleurs brillants, ne suffit en effet ni à forger au plan épistémologique une cohérence thématique ni à prouver que le sujet s’inscrit dans un « espace scientifique légitime », et encore moins de permettre d’évoquer un « paradigme » de l’histoire urbaine. L’interrogation porte tout autant sur le sens du travail qu’effectuent les historiens quand ils font de l’histoire urbaine, que sur leur objet, la spécificité de leurs méthodes et de leurs contenus [8] .

Significativement révélé dans la profusion d’études, articles, introductions (ou conclusions) de travail de recherche ou bien encore de séminaires visant à « affirmer », « expliquer », « fonder » ou « re-fonder » la discipline, ce malaise – à vrai dire relativement dissimulé ou non avoué par ceux qui pratiquent le genre – semble constitutif de la discipline. Rarement telle région de l’histoire fit et fait en permanence à ce point l’objet d’un effort auto-réflexif afin de prouver sa légitimité [9] .À intervalles réguliers, correspondant à l’arrivée à la maturité scientifique et institutionnelle de générations nouvelles de chercheurs (à peu près tous les dix ans depuis la fin des années 1970), fleurissent des massifs d’articles de synthèse à vocation épistémologique émanant des praticiens eux-mêmes, visant à asseoir la légitimité de leurs recherches et de leur objet [10] .

En conclusion de sa thèse sur Caen, érigée en modèle par plusieurs générations de chercheurs, Jean-Claude Perrot ne demandait-il pas : « N’avait-on pas à prouver d’abord que le sujet existe légitimement ?  [11] » Si la ville est, sans aucun doute, un objet de sciences sociales et humaines [12] , dans quelle mesure est-elle pour autant et proprement un objet d’histoire ? Pour les économistes, en effet, l’espace urbain présente une spécificité forte en termes d’accumulation du capital et d’innovations économiques : le simple phénomène d’agglomération introduit un certain nombre d’effets économiques, comme l’accélération de l’accumulation, les rendements croissants du capital par phénomène de concentration des entreprises et de synergie des activités induisant des gains de productivité [13] . Pour le sociologue, la ville est un catalyseur et un cristalliseur de comportements humains spécifiques, aussi bien au plan individuel que collectif, et fonde un courant particulièrement dynamique de la sociologie des modes de vie et des valeurs [14] . Pour le politiste lui-même, la ville présente un mode d’acculturation et des pratiques politiques spécifiques : « L’air de la ville rend libre », soulignaient Karl Marx et Max Weber, reprenant tous deux un vénérable proverbe allemand. En outre, les travaux sur le pouvoir de Michel Foucault ont largement montré qu’à partir du 18e siècle, le problème majeur de la gouvernementalité était de discipliner l’urbain, comme espace et comme collectif urbain [15] .

Pour l’historien, le défi majeur dans la constitution de son projet épistémologique est néanmoins proposé par la géographie et les disciplines dérivées, comme l’urbanisme et l’aménagement du territoire ou la géographie historique : l’historien peut, en effet, intégrer les éléments précédents, en les inscrivant dans la dimension, structurellement déterminante pour le concept de sa discipline, du temps. En revanche, avec le géographe, le problème des frontières épistémologiques se brouille. En effet, pour ce dernier, la ville s’inscrit au fondement épistémologique de sa discipline : l’espace. En tant qu’espace, la ville révèle un paysage particulier et des interactions entre l’homme et la nature tout à fait spécifiques qui s’inscrivent dans la durée ; en outre, à travers l’urbanisme, le géographe a également « vocation » à retracer l’histoire des politiques et des paysages urbains (qu’il s’agisse de l’action gouvernementale, édilitaire ou des pratiques des particuliers), la fréquentation des archives ne lui étant pas alors interdite [16] … Ainsi, pour ne citer qu’un seul exemple, les fameuses Grammaires d’une ville de Roncayolo [17] ne sont-elles pas un grand livre d’histoire urbaine ? En ce sens, la ville comme objet des sciences sociales est nécessairement inscrite dans le temps, et toute étude portant sur l’espace urbain se doit de décortiquer le complexe mille-feuilles de temporalités enchâssées et pétrifiées qui forment la ville : dans ce cas, privée du monopole du temps, quelle est la spécificité de l’histoire urbaine des historiens ?

La ville au labyrinthe

Les racines de l’histoire urbaine

Expliquer la faible stabilisation de l’histoire urbaine implique de chercher dans trois directions complémentaires : d’une part, du côté des modalités de sa mise en place et de son développement ; de la structure de son objet, d’autre part ; et, enfin, du point de vue de son « hétéronomie ».

Dès l’origine, au moment de la naissance des études urbaines sous la IIIe République, l’histoire urbaine est apparue directement soumise à une variable contextuelle : le regard porté par telle société à un moment donné de son développement sur « ses » villes. En ce sens, l’histoire urbaine dépend tout autant des représentations qu’une époque, ou une communauté, a du social en général et de la ville en particulier (notamment les métaphores par lesquelles elle est pensée [18] ), que des stratégies politiques qui les sous-tendent, dans une perspective instrumentale orientée vers la transformation de l’espace social. Pour autonome qu’elle soit, il est vrai que toute écriture de l’histoire est tributaire de l’horizon d’attente et de la demande sociale d’une époque, mais rarement le découpage d’un champ d’études en histoire est apparu à ce point déterminé par des enjeux si parfaitement exogènes à la recherche historique. Bien que cette historiographie nécessite encore de nombreux défrichements, il est en effet possible d’affirmer que l’histoire urbaine « moderne » apparaît avec la redécouverte de l’histoire de l’aménagement urbain par les premiers urbanistes français et prend d’abord place dans le cadre de la théorie et de la pratique urbanistiques initialement marquées par un fort historicisme. Fonctionnant comme une machine de guerre opposée à l’uniformisation et à la politique haussmanniennes [19] , elle apparaît alors comme un moyen de promouvoir de nouvelles politiques et pratiques urbaines – en les dotant d’une véritable légitimité historique – ancrées dans d’autres traditions constructives occultées par l’action du préfet.

À la Belle Époque, comme aux 18e et 19e siècles, l’urbanisme tente en effet de se créer un espace professionnel et conceptuel officiellement reconnu dans la sphère des techniques d’intervention sur l’espace, face aux architectes [20] , aux ingénieurs [21] et même aux médecins hygiéniste, le mécanisme expliquant pourquoi les premiers urbanistes furent souvent aussi des historiens de la ville et de l’urbanisme lui-même ou – à tout le moins – des érudits fortement documentés. Certes, après la guerre de 1914, une distinction s’opère nettement entre les urbanistes bâtisseurs (véritables praticiens de l’intervention sur le tissu urbain) et les urbanistes théoriciens, attachés à la seule étude savante de l’espace urbain, comme Gaston Bardet ou Pierre Lavedan. Il n’en reste pas moins que, longtemps confondus sous le même néologisme [22] que les praticiens, ils participent du grand mouvement de création de l’urbanisme, en jetant les fondations historiques et spéculatives – voire « philosophiques » – de la discipline.

Significativement, ce fut la philosophie d’Henri Bergson qui donna aux penseurs de l’urbanisme des années 1900/1920 son assise conceptuelle. Marcel Poëte, par exemple, sans doute le plus connu de ces fondateurs et maître à penser de nombreux urbanistes grâce à son cours à l’École des hautes études urbaines [23] , réfutait toute vision mécaniste de la ville au profit d’une conception organiste appuyée sur une théorie de l’évolution créatrice et de la durée directement empruntée au maître français. Pour lui, le fondement de l’urbanisme et de toute action sur l’espace urbain résidait, en effet, dans la compréhension de la physionomie d’une ville comme fruit d’un élan vital autonome, d’une création continuée : la ville, en ce sens, pensée sur le registre de la mémoire, s’apparente à la sédimentation organique de bâtiments et de textes (légendes, romans ou chroniques), dont les citadins, façonnés par ce paysage et ses courbes particulières – ce qu’Eugène Hénard appelait, en 1903, l’« ambiance [24]  » – sont l’âme. Aménager la ville signifiait donc appliquer une grille de lecture historiciste qui respectât le métabolisme urbain et la longue durée de son façonnage.

La période 1880-1914 (ou bien, en comptant au plus large, 1870-1940) s’avère fondamentale pour la structuration de l’historiographie ultérieure : les érudits urbanistes révèlent ou découvrent, en effet, nombre de documents d’archives auxquels fut donnée une importance telle, qu’aujourd’hui encore, ils orientent les découpages chronologiques et les réflexions des historiens de la ville [25] . La recherche porta en particulier sur les plans d’aménagement antérieurs à Haussmann, qui furent parés le plus souvent de toutes les vertus : le cas le plus connu est sans doute celui de la Commission des artistes. Ainsi, en 1889 (puis en 1917), divers papiers la concernant furent publiés, son activité restituée et son apport surévalué et valorisé, comme une sorte d’urbanisme « naturel ». Un Gaston Bardet, résumant en 1951 la pensée de la période de fondation et, notamment, celle de Maurice Halbwachs sur cette Commission, n’écrivait-il pas : « La méthode du plan des artistes, mise en œuvre par des artistes sensibles et cultivés en matière sociologique, aurait permis un développement de Paris infiniment plus souhaitable que celui d’Haussmann [26]  ». Le discours historique devient un instrument à la fois polémique et légitimant une nouvelle approche de l’expérience urbaine et des techniques d’intervention sur l’espace. Ce courant déploie une postérité paradoxale, puisqu’elle intéresse aussi bien l’histoire de l’art (l’histoire de l’architecture) [27] , que l’idéologie des expériences au 20e siècle de l’État en matière urbaine [28] . Leur dénominateur commun semble être que l’histoire urbaine est rabattue sur une histoire de l’architecture et/ou de l’urbanisme.

Une deuxième conclusion s’impose immédiatement. L’histoire des villes apparaît bien soumise, dès l’origine, à des enjeux tout à fait étrangers à l’érudition historienne à ambition scientifique mais, en revanche, très directement politiques [29] .Les années 1880-1914 et, plus particulièrement, 1900-1914, voient en effet se déployer de manière virulente le débat sur le déclassement des fortifications de Paris et les espaces libres. Dans le cadre de ce débat, partiellement (et très temporairement) interrompu par la guerre, les services d’architecture de la ville ou du département de la Seine font ainsi publier, afin d’appuyer leurs propositions, d’importants travaux très souvent reliés directement à ces questions, comme le fameux rapport de la Commission d’extension de Paris [30] , dû à Bonnier (auteur de la seconde partie : « Considérations techniques préliminaires ») et Poëte (auteur du premier volume : « Aperçu historique »), dont les titres sont suffisamment explicites par eux-mêmes [31] .

Vers le milieu des années 1970, le deuxième massif important d’études qui émerge dans cette généalogie brossée à larges traits vient confirmer ces conclusions. Ces travaux, que leur fortune critique tend à ériger en de véritables modèles, furent pour l’essentiel commandités ou subventionnés par le ministère de l’Équipement au milieu des années 1970, et sont constitués des rapports de recherche du Comité de la recherche et du développement en architecture (CORDA) ou d’autres organismes.

Cette période est celle, pour le dire trop succinctement, d’une véritable crise de la ville, symbolisée par l’échec de la politique des grands ensembles, tant au plan architectural que social et démocratique. La ville devient un « objet » problématique, et l’appel au passé apparaît comme une manière de trouver la source des « fautes » commises ou la généalogie de processus disciplinaires aliénants et, parfois, de retrouver des « traditions » plus « saines » ou plus « naturelles ».

Il apparaissait alors clairement que l’histoire urbaine n’était pas dans une position hétéronome par rapport au seul politique, mais également – ce en quoi elle n’est pas la seule – au sein même de la discipline historique. Il ne m’appartient pas de retracer ici l’histoire de l’histoire en France au 20e siècle [32] , ni même ses fondements épistémologiques mais, simplement, de constater que « toute l’école historique française est labroussienne » jusque dans les années 1970 [33] , voire un peu au-delà, et que l’histoire urbaine n’était alors que la servante de l’histoire sociale totale.

Jusqu’alors, la ville n’offrait, d’une part, comme le remarquait Bernard Lepetit, qu’un commode instrument de découpage ou de mise en ordre de l’analyse de l’épaisseur archivistique [34] . De l’autre, objet sans qualité, elle se contentait de planter le « décor » de la vie sociale ou économique, sans jouer à aucun moment un quelconque rôle de protagoniste dans le drame historique. Ainsi, à titre d’exemple relevé par Isabelle Backouche, dans la thèse de Pierre Deyon sur Amiens, Amiens elle-même n’occupait qu’une demi-page de conclusion…

L’urbain n’a pas de spécificité qui lui soit propre, hormis son paysage, et n’est donc ipso facto pas un objet historique. L’histoire des structures, revenant, consciemment ou non selon les auteurs, aux analyses mécanistes du dernier Marx sur les concepts d’infrastructure et de superstructure, postulait que les villes – comme les campagnes, du reste – n’était que l’épiphénomène de la division sociale du travail, et des lieux de l’accumulation du capital [35]  : les divisions « verticales » (de classes) priment sur les divisions « horizontales » (ville/campagne, montagne/plaine) ou, à tout le moins, leur donnent leur sens et les expliquent, et sont donc ce qui, seul, mérite d’être dévoilé [36] .

La « révolution copernicienne » de Perrot, entre fiction et fondation

Dans un tel contexte, la thèse de Jean-Claude Perrot introduisit, sur le plan épistémologique, une rupture décisive. Pour Perrot, en effet, « la ville ne peut se réduire à un simple cadre spatial, elle est au contraire “l’alambic où le quantitatif se change en qualitatif” [37]  », et le tout (la ville) vaut plus, ou représente plus que la somme de ses parties (l’économie, les monuments, les mœurs, etc.)

Le travail de Perrot repose sur deux postulats fondamentaux pour arracher l’histoire urbaine à l’histoire sociale dominante et à l’histoire de l’art.

Premièrement, les sciences sociales, en particulier la sociologie et la géographie, posent à l’histoire urbaine un défi qu’il s’agit de relever. Soit le cas de l’économie urbaine. Pour Perrot, les villes ne sont, bien entendu, pas de simples épiphénomènes esthétiques ou symboliques, mais elles ne sont pas non plus de simples hubs où se nouent les flux d’hommes, de marchandises ou de capitaux. « Il sera suggestif, écrit-il ainsi, de considérer, dans les chapitres suivants, les transformations de l’urbanisme comme la traduction en langage écologique d’un système économique particulier, comme sa trace dessinée sur le sol, inscrite dans sa police quotidienne. Parviendra-t-on à bien saisir cette identité thématique autour de la circulation, de la communication ? [38]  » Ainsi l’urbanisme caennais est-il étroitement lié aux cycles économiques et démographiques, voire policiers qui animent la ville de Caen et ses évolutions sociales [39] , et Perrot peut mettre en évidence « la richesse des synchronismes, l’unité des phénomènes urbains [40]  ». Ainsi, avec Caen, l’histoire urbaine affirme sa spécificité comme étant la discipline qui étudie les corrélations entre les « excellents manuels que recèlent notre bibliographie » en économie, sociologie, architecture, urbanisme, etc. [41]

Deuxièmement, Perrot démontre la nécessité de revenir aux perceptions des contemporains, comme point de départ pour « découper » l’objet. L’espace urbain s’affirme bien pour le « public de l’Encyclopédie » – des administrateurs éclairés, aux médecins, en passant par les architectes ou les polygraphes – comme une entité spécifique, régi par ses mécanismes propres. Le fonctionnalisme qu’il s’attache à mettre en évidence dans le premier plan directeur de Caen (1772) n’est pas une analyse réflexive des historiens actuels, mais correspond bien à la volonté explicite des autorités caennaises en accord avec la frange éclairée de l’élite bourgeoise [42] .

Bernard Lepetit, qui partageait largement la conception de Perrot sur ce point, résumait ainsi que « non seulement aucun groupe humain ne saurait appliquer au monde une grille d’analyse totalement inadéquate, mais que la liste de ses questions et que les instruments dont il se dote témoignent de la nature du réel et de son évolution, et contribuent, en même temps, à façonner la réalité sociale. Chacun sait que tout projet urbain façonne la figure urbaine et se conçoit selon une certaine idée de la ville [43]  ». L’image de la ville est donc une manière de découper la réalité et de poser les questions pertinentes propres, sinon à une société, du moins à un groupe ou une classe sociale donnés.

La chance de Jean-Claude Perrot à propos de Caen est, d’un côté, que c’est précisément le 18e siècle qui invente la pensée « fonctionnaliste » et, de l’autre, que c’est la notion moderne de « ville » qui façonne concrètement la ville moderne depuis plus de deux siècles. Cela assure, par conséquent, une indéniable force à sa démonstration. C’est bien, en effet, de la réflexion conjointe et simultanée des ingénieurs, des intendants et des grands commis de l’État monarchique, des architectes, des économistes, des philosophes et des utopistes que naît une manière de percevoir le réel qui attribue à l’objet « ville » une existence matérielle et une dignité conceptuelle. Réciproquement, pour l’historien, reprendre les fils où ceux-ci les ont laissés assure une véritable unité à l’histoire urbaine du 18e siècle.

Mais cela marque corrélativement la limite de cette entreprise au plan herméneutique. En effet, si je n’ai pas la prétention de contester les formidables apports à la recherche historique et, plus généralement, en sciences sociales de ce grand travail, il est, en revanche, évident que l’argument de Perrot forme un cercle – le postulat étant légitimé par la démonstration mais, de manière plus gênante, la démonstration l’étant par le postulat. Il y a en effet au 18e siècle, une coïncidence entre la praxis urbaine et l’image de la ville qui fait système : l’aménagement fonctionnaliste de la forme urbaine sous l’impulsion des ingénieurs est, à la fois, synchrone et congru avec la représentation fonctionnelle de la ville qui se dégage de l’imaginaire du public de l’Encyclopédie et, plus généralement, avec l’émergence de la ville comme catégorie de pensée homogène et singularisée. Au siècle des Lumières, il n’y a pas de décalage entre la pratique et la prise de conscience thématisée du fait urbain [44] . Mais un tel système ne va pas nécessairement de soi pour d’autres époques, qu’il s’agisse d’une période éminemment rurale comme le 17e siècle, ou pour un âge marqué par l’industrialisation, comme la France de Louis-Philippe au Second Empire. Non seulement les sciences sociales et, notamment, la sociologie de la connaissance, nous ont appris depuis longtemps qu’il peut exister d’importantes discordances entre les théories et l’action humaine, et que les implications pratiques apparentes d’une idée ou d’une théorie politique n’ont pas nécessairement de rapports avec leurs traductions concrètes [45] , mais encore, la ville est précisément cet objet fait d’une multiplicité de temporalités enchâssées, dont le chevauchement est aussi le signe d’un désaccord permanent [46] .

À suivre sa justification implicite, Perrot ne prouve que son objet n’existe que parce que les contemporains l’avaient (d’)eux-mêmes élaborés. Ce naturalisme est d’autant plus surprenant qu’il n’est, en premier lieu, pas évident que les représentations urbaines multiples (à commencer par le caractère disparate des pôles d’émission) mises en avant par Perrot formassent, à l’époque, un imaginaire cohérent. Perrot lui-même, tout en évoquant un « nuage culturel », relève d’ailleurs qu’il existe alors plusieurs représentations concurrentes de la ville, pas toujours compatibles entre elles. Parler d’une « ville des Lumières » est donc plus suggestif que précis sur le plan historique [47] . D’autre part, ce naturalisme apparaît intenable au regard du constructivisme clairement revendiqué par Perrot, qui précise bien que l’ensemble des représentations ne constitue un tout cohérent que pour lui (donc pour nous).

Enfin, la pétition de principe de Perrot, consistant à affirmer que la compréhension du phénomène « ville » s’effectue dans le croisement des différents niveaux de l’analyse et de l’interprétation, pose le problème de l’identification et, surtout, de l’articulation de ces niveaux. Caen, de fait, apparaît, au moins à première lecture, comme une succession d’études brillantes mais auto-suffisantes (sur l’économie, sur la démographie, sur l’urbanisme, etc.), voire comme autant d’essais dont le recollement n’est pas évident, et que l’introduction et la conclusion ne font que supposer sans jamais le démontrer.

En d’autres termes, le modèle grandiose de Perrot d’histoire urbaine est sans doute in-transposable sur une autre période historique, et c’est une des raisons qui expliquent sa très faible postérité scientifique comparée à sa fortune critique, voire à son caractère presque unique dans la production historiographique [48] .

Toutefois, avec la publication de la thèse de Perrot, l’histoire urbaine semblait se doter enfin d’une légitimité scientifique, d’une méthodologie, et même d’une chronologie. Par sa puissance évocatoire, elle paraît presque de nature à instituer un champ nouveau de l’historiographie, d’autant que ses limites in et extrinsèques n’étaient pas encore perçues. En effet, à sa suite, il semblait évident que les cycles urbains ne cadraient pas avec les cycles du politique (pas de hiatus révolutionnaire, par exemple, comme le démontra par la suite Lepetit dans l’Histoire des villes en France), ni avec ceux de l’économie (la ville moderne naît avant l’économie industrielle en France, et l’haussmannisation est même, en grande partie, amorcée avant la nomination du baron à la tête de la préfecture de la Seine [49] ), ni avec ceux des mentalités et, bien entendu, encore moins avec les lignes de partage universitaires traditionnelles.

Crise de croissance

Il n’en reste pas moins que la tentative de Jean-Claude Perrot ne connaît pas vraiment de suite, hormis les thèses de Bernard Lepetit et de Jean-Pierre Bardet [50] . Les deux premiers se sont d’ailleurs progressivement détournés de l’histoire urbaine [51] et ont changé de sujets d’étude, estimant, qu’en un sens, ils n’avaient plus rien à dire sur l’histoire des villes ou qu’ils en avaient épuisé les potentialités, de leur point de vue [52] . Le troisième a essentiellement publié par suite des études de démographie historique.

L’ambition de l’étude de Perrot, comme de celle de Lepetit, est devenue démesurée, pour des raisons à la fois institutionnelles, pratiques et sociales. En effet, la disparition de la thèse d’État interdit à un chercheur isolé – quel que soit le domaine concerné – de mener une enquête à l’ambition totalisante sur un sujet donné. D’autre part, la pratique habituelle des chercheurs en histoire consistant à découvrir une série d’archives et à l’exploiter (elle et elle seule) jusqu’au bout en suivant pour l’objet le découpage de la série, leur interdit de varier focale et angles d’approche du sujet, tout en limitant sérieusement sa liberté de traitement et ses possibilités d’innovation dans le cadre de la forme thèse. Trop souvent encore, les directeurs de recherche répugnent à une histoire problématisée, qui trouverait ses sources en fonction du questionnement initial et du protocole de recherche (et non l’inverse) ; d’une manière générale, l’opinion est encore répandue qu’un bon historien est celui qui a su exploiter une véritable niche écologique archivistique et que son sérieux se mesure au respect des contraintes formelles de la thèse – la conceptualisation étant renvoyée, avec mépris parfois pour ce qui ne serait pas vraiment de l’histoire, du côté de l’essai. Enfin, les exigences de la demande sociale, le contexte historique, dont on a dit l’importance déterminante sur la conjoncture historiographique, ont changé.

Par la crise des paradigmes globaux, en premier lieu. Le marxisme, qu’on le réfutât ou qu’on y adhérât, constituait un modèle de référence pour la connaissance qui offrait des clefs de lecture, à la fois opératoires et explicatives, relativement aisées à mettre en œuvre avec un certain succès. Son discrédit, ou son affadissement, pousse, inconsciemment ou non, un certain nombre de chercheurs à se départir de la volonté de compréhension globale du réel qu’il postulait, et du primat de l’histoire sociale. Nul système, nulle doctrine ne portent à présent cette ambition d’une connaissance universelle des faits humains. Appliquée au champ urbain, cette crise est patente. Le terme « ville » apparaît, en effet, comme un « concept-valise » commode pour qualifier un certain nombre de problèmes qui relèvent – même pas en dernière instance, mais en premier lieu – du social. Il n’est que d’écouter les propos plus ou moins lénifiants tenus sur la « banlieue ». Tout se passe comme si la question sociale s’effaçait du discours, pour être rabattue sur une hypothétique « question urbaine ». L’histoire urbaine est directement concernée par ce processus. Eugène Hénard, par exemple, à la fois l’un des premiers urbanistes et l’un des premiers auteurs d’histoire urbaine, résumait déjà la question sociale dans la ville de la révolution industrielle aux problèmes de l’hygiène et du logement. Dans un contexte marqué par la « crise urbaine », les orientations récentes de l’histoire urbaine semblent renouer avec ces analyses d’Hénard, puisque tout se passe comme si l’histoire urbaine reprenait le flambeau d’une histoire sociale désormais impossible.

En second lieu, ce qu’Annie Fourcaut appelle le « passage de la ville à l’urbain [53]  », le sprawl, la péri-urbanisation et la rurbanisation rapides et spectaculaires du territoire tendent à dissoudre, au plan de la conscience collective, les fondements conceptuels et physiques de la définition de l’urbanité, et donc de la ville. Les frontières entre le rural et l’urbain, pour être toujours vivaces dans la conscience collective, n’en sont pas moins devenues assez floues, et remettent en cause les notions de centralité, d’agglomération, voire de seuil, renvoyant l’objet « ville » à une indétermination préjudiciable au découpage du champ d’études historique.

En même temps, la conscience citoyenne et citadine est de plus en plus sensible aux périls écologiques et aux menaces de désintégration sociale que développe la ville « fonctionnaliste » : pour elle, il importe moins de (re)connaître les sources de la pensée urbaine fonctionnelle que d’apporter une solution aux problèmes concrets que pose la quotidienneté. Dans ce contexte, l’histoire urbaine peine d’autant plus à répondre à la demande sociale qu’il n’existe pas en France de tradition des cultural studies et qu’elle n’intègre pas les apports des nombreux chercheurs américains (travaillant d’ailleurs sur la France) qui ont entrepris de réhabiliter les concepts de Henri Lefebvre et de les appliquer, avec succès, aux villes des ères industrielle et contemporaine [54] .

Enfin, les études historiques, rejetant le modèle labroussien, souvent fécondées par la pensée foucaldienne, se sont orientées vers des voies épistémologiques et herméneutiques nouvelles – comme la micro-histoire – qui conduisent à repenser la manière de faire de l’histoire urbaine au-delà des grandes monographies totalisantes. Le travail novateur de chercheurs comme Foucault lui-même ou d’Arlette Farge, dès les années 1970, atteste de ce changement de paradigme [55] . Les « marges » de l’histoire sont désormais investies d’une dignité à part entière, cependant que de nouvelles causalités historiques, autres que simplement mécanistes, sont dévoilées pour expliquer l’enchaînement des phénomènes, sur des temps, sinon plus courts, du moins plus spécifiques.

Bernard Lepetit, comme avant lui – mais différemment – Walter Benjamin, démontrait en effet que la ville formait un complexe enchâssement de temporalités au sein de l’espace. Avec lui, l’histoire urbaine fut conduite à mettre l’accent sur les pratiques sociales qui donnent leur(s) sens aux lieux, et sur les usages de l’espace qui modifient l’espace architecturé, voire le tissu urbain lui-même, selon des temporalités différenciées [56] . Natacha Coquery relève en ce sens que « bien que jamais synchrone avec elle-même, la ville n’en reste pas moins cohérente car elle est à tout moment mise au présent par les acteurs sociaux, sur qui repose l’ensemble des évolutions [57]  ».

L’histoire urbaine des années 1990 s’oriente donc vers l’histoire de l’appropriation de l’espace par des groupes humains. Il me semble que cette nouvelle orientation doit être directement corrélée à la nouvelle demande sociale d’histoire qui émerge dans les sociétés européennes telle que la perçoit Daniel Fabre [58] , fondée sur un besoin de domestication du passé et d’inscription dans une forme de généalogie identitaire, en même temps que de ré-appropriation socio-symbolique des faits sociétaux.

En revanche, les modalités de l’appropriation socio-spatiale, non plus que la définition des groupes humains concernés par les études, ne sont des sujets historiques qui « vont de soi ». Au contraire, ceux-ci sont toujours posés comme problématiques [59] . Ce trait marque si profondément l’histoire urbaine que celle-ci peut être conçue, d’abord, comme une entreprise épistémologique et historiographique de recherche et de construction de l’objet, avant d’être une étude érudite ou scientifique de celui-ci. Comme le montrait Bernard Lepetit, le procès de recherche lui-même est partie prenante de la recherche [60] .

Certes, ces faits sont propres à la discipline historique dans son ensemble, et n’intéressent donc pas seulement l’histoire urbaine. Toutefois, cette dernière a, à cette occasion et plus que d’autres champs de la recherche, bénéficié d’un profond renouvellement, au risque cependant de se voir écartelée entre différentes spécialités, différentes méthodologies et différentes perspectives.

L’histoire urbaine aujourd’hui : des chantiers éclatés

Au cours de la deuxième moitié des années 1990 et 2000, l’éclatement potentiel des objets historiquement abordables et le constructivisme propre à ce champ historique, se traduit par une dilution de l’espace scientifique délimité par l’histoire urbaine : les études, sur des sujets nouveaux, se multipliaient, dans une foultitude de directions, conduisant à un puissant renouvellement historiographique, y compris dans le cadre de sujets apparemment rebattus, comme l’architecture néo-classique. Les chercheurs français sont désormais convaincus de l’interrelation des problématiques, et n’hésitent plus à croiser l’histoire de l’architecture la plus pure (l’histoire des formes) avec l’histoire sociale ou économique, dans la lignée de la recherche internationale, élaborée notamment à l’Institut d’architecture de Venise.

Confrontée à l’expérience postmoderne de la ville, la recherche de ces dernières années 1990 et des années 2000 semble privilégier quatre grandes directions, chacune témoignant, à sa manière, de la mutation de l’objet « ville », tant au plan des représentations que de son statut au sein des sciences humaines et sociales. Elles traduisent nettement les enjeux politiques liés à la question urbaine et, indirectement, la manière dont la société se figure elle-même.

Dans la lignée des travaux de Bernard Lepetit et de David Garrioch, la première orientation s’attache à l’histoire des pratiques et des usages sociaux de l’espace : « Privilégiant la notion de traces [les “morceaux désaccordés” de la ville], on peut analyser, commente Isabelle Backouche, les pratiques par lesquelles les sociétés sont engagées dans un processus permanent et ouvert, de ré-affectation de leurs espaces [61]  ». Alors qu’elle croit pouvoir distinguer une entrée par l’espace, jouant sur les échelles, de celle par les usages sociaux, il me semble qu’il faille n’y voir qu’un même champ d’étude. Quels que disparates que soient ces travaux [62] , ils partagent une même hypothèse épistémologique de base : aborder l’étude des espaces urbains par le biais de la pratique des acteurs sociaux, par leur manière de consommer ou d’utiliser l’espace et, par voie de conséquence, par les modalités selon lesquelles ils s’approprient et transforment cet espace. Ces travaux marient en général avec pertinence l’histoire urbaine avec d’autres champs disciplinaires, comme l’histoire sociale ou la sociologie [63] .

L’espace est bien au cœur de leurs problématiques en ce qu’ils s’efforcent constamment de spatialiser ou d’inscrire dans l’espace les phénomènes étudiés [64] . Cependant, leur conception de l’espace est profondément évolutive. Ce n’est plus la ville, envisagée comme une entité unique, close sur elle-même : les échelles sont souvent plus grandes que celles de monographies urbaines « classiques ». Pour ces travaux, il n’existe en effet plus d’échelle véritablement pertinente dans son unicité, et c’est, au contraire, dans la multiplicité des « jeux d’espace » que l’objet urbain se dévoile pleinement : non plus Paris mais la Seine, pour Backouche, par exemple. Pour de telles études, c’est, en effet, dans le jeu et le recoupement des perspectives différentes et des « fragments de ville » que peut émerger une image urbaine « en vérité ».

Une deuxième direction, épistémologiquement très proche, s’attache à l’étude des mobilités dans la ville – migrants, gyrovagues, mais aussi marges et confins de la ville (espaces en mutations permanentes) [65] . Comme l’écrit Lynn Hollen Lees : « Ce qui est questionné, ce sont les flux commerciaux, bien plus que les grandes articulations [structurales]. Les historiens sont aujourd’hui plus enclins à étudier les migrations que la structure de la population urbaine qui en résulte [66]  ». La notion de flux, d’hommes ou d’activités, visibles ou non, est, en effet, au cœur de ces travaux, qui permet de cerner la manière dont l’espace urbain est, à la fois, négocié et disputé et apparaît, en ce sens, en recomposition permanente. Contre un certain structuralisme qui s’attache aux permanences, la ville est, au contraire, perçue comme un espace animé [67] , résultant de l’interaction entre la vie des habitants et le bâti et de la juxtaposition de configurations transitoires et désynchronisées plus ou moins sédimentées dans la mémoire et la pierre. Pour de telles études, bien entendu, les structures d’accueil revêtent une prime importance, de même que les manières (la police au 18e siècle) d’encadrer les mouvements d’une population mouvante toujours suspecte.

Ces deux directions partagent, me semblent-il, un même postulat parfaitement conforme aux orientations des sciences sociales et de la philosophie de la modernité réflexive ou liquide : elles mettent au centre d’une ville considérée comme procès, les stratégies des acteurs, notamment individuels. La ville est le fruit de leurs agrégation et de leurs rencontres plus ou moins conflictuelles dans un espace qui, pour ne pas être neutre et qui oriente le répertoire de leurs actions, est moins une donnée qu’une production. On retrouve là la traduction, souvent inconsciente, des deux types de diagnostics (de gauche) dominants de la philosophie et des sciences sociales à propos de la logique du monde à l’ère du capitalisme néo-libéral.

C’est d’abord l’idée, défendue par Ulrich Beck ou Zygmunt Bauman, que, d’un côté, le « système » du monde (le marché, par exemple) est un processus sans sujet résultant de la coordination conflictuelle d’individus atomisés et, de l’autre, l’idée selon laquelle, dans ce monde, l’individu n’a d’autre choix que « de se constituer en tant qu’individu » (Ulrich Beck) – soit de se comporter en entrepreneur de risque de lui-même sans pouvoir s’appuyer sur une quelconque identité héritée. La figure de l’étranger ou plutôt du migrant, chère à Giorgio Agamben, devient, dans un tel cadre épistémologique, la figure centrale pour penser le social et ses dysfonctionnements.

C’est ensuite l’adhésion aux thèses habermassiennes, dont la fécondité pour les études historiques n’est plus à démontrer [68] . En mettant l’accent sur la notion d’espace public, celui-ci réhabilitait la notion de communication dans la constitution d’une configuration socio-politique, tant sur le plan matériel que sur le plan idéel – tout se passant comme si cette dernière n’apparaissait que comme résultante d’un processus relationnel d’interaction. Plus ou moins maîtrisé, le paradigme habermassien apparaît, en effet, comme une des doctrines les plus convaincantes pour penser le social et pallier la disparition et les lacunes du marxisme [69] . Mais, dans les deux cas, l’histoire urbaine est sous l’empire de questions qui relèvent avant tout de la critique du fonctionnement du social et de ses pathologies : l’urbain, en tant qu’il est notre horizon, apparaît bien davantage comme le cristalliseur ou le miroir d’une histoire en dernière instance sociale.

La troisième direction confirme cette emprise du social : il s’agit de l’émergence de toute une histoire urbaine écologique, attachée à l’interaction entre l’homme et son environnement. Entre histoire des techniques et histoire des sensibilités, dont Alain Corbin et André Guillerme [70] furent des précurseurs, cette histoire met au cœur de sa problématique le « démon moderne [71]  » de la pollution, pour mieux comprendre comment la ville est devenue, pour la conscience citadine inquiète, un lieu de nuisance et de risques [72] , proprement pathologique, au moment où elle abandonne une économie fondée sur le recyclage pour ce que Lewis Mumford appelle le « principe de la mine », prélevant dans la nature, jusqu’à l’épuisement, des ressources et accumulant les scories. Bruit, poussières, odeurs, longtemps sans histoire, font l’objet de travaux originaux, qui rappellent combien le milieu est une variable fondamentale dans l’équilibre social [73] .

La quatrième et dernière direction vise à réhabiliter la ville « ordinaire » – non plus les grands monuments (hôtels aristocratiques), mais le bâti sans qualité, le tout venant de la construction [74] . En mettant l’accent sur la « quotidienneté » architecturale, ces études, souvent le fait d’historiens de l’architecture [75] , mettent au jour la vie réelle, micro-sociale, du bâti, la pénibilité des chantiers, le balancement entre la bonne et la mauvaise qualité des constructions, le poids du loyer dans les budgets familiaux, et la cherté de la construction. Elles produisent une histoire de l’art renouvelée, qui abandonne la pure histoire des formes, éloignée de tout contexte historique véritablement signifiant, pour s’ancrer dans les perspectives et les préoccupations élémentaires des Parisiens citadins, et contribuer à éclairer l’histoire sociale des « choses banales ».

Au terme de ce parcours dans l’historiographie, on se trouve en effet confronté à l’alternative suivante : soit l’espace, soit l’homme, comme fondement de l’histoire urbaine. Pour le dire autrement : histoire de l’urbanisme contre histoire sociale, sans que se laisse encore entrevoir véritablement la possibilité d’une réconciliation de ces deux termes.

Nominalisme qui ne dit pas son nom, l’histoire urbaine n’a donc pas les moyens épistémologiques, ni herméneutiques (ni même sans doute heuristiques) de remplacer l’histoire sociale comme reine des études historiques. Mais si elle ne peut bien sûr pas avoir l’ambition – du reste intempestive – d’être une forme d’histoire totale, elle peine également à constituer un savoir régional : quoi de commun entre une histoire des réseaux urbains et une histoire de la sociabilité de voisinage ? En tout cas, rien qui puisse fonder une spécificité.

Tant qu’aucun fondement sûr ne lui aura été trouvé, il semble donc bien que, pour le moment, l’histoire urbaine ne doive donc être regardée que comme une fiction opératoire [76]  : c’est-à-dire, un label commode tant sur le plan de la visibilité institutionnelle que du découpage de l’objet d’étude, pour classer chercheurs et travaux, voire pour indiquer l’horizon – il serait même tentant de parler de « cadre », même si celui-ci fait désormais partie intégrante du tableau sans pour autant coïncider avec lui – de telle étude d’histoire déterminée – politique, sociale, culturelle…

Cela veut-il alors dire qu’une histoire urbaine est impossible ? La réponse ne peut certes être totalement négative. En l’état actuel des recherches, on ne peut que constater la fragilité du concept, mais ce bilan critique aura atteint son but s’il pouvait faire en sorte de sortir enfin du dilemme épistémologique entre la nostalgie d’un « âge d’or » de l’histoire à l’époque de l’hégémonie labroussienne, et les trop faciles évidences de certitudes intellectuelles dogmatiques. Bref, de rappeler à l’historien cette formule de l’écrivain : « Personne ne sait mieux que toi, sage Kublai, qu’il ne faut jamais confondre la ville et le discours qui la décrit. Et pourtant, entre la ville et le discours, il y a un rapport [¼]. Le mensonge n’est pas dans le discours, mais dans les choses [77]  ».

Notes :

[1] Italo Calvino, Les villes invisibles, Paris, Le Seuil, 1996, p. 69. 

[2] Isabelle Backouche, « L’histoire urbaine en France. Nouvel objet, nouvelles approches », Urban History Review, XXXI, 2003, p. 7-14.

[3] Notamment, la Société française d’histoire urbaine, fondée en 1998, dont les buts initiaux, selon son premier président, Jean-Luc Pinol, étaient, entre autres, de fédérer les recherches de tous ceux intéressés par l’urbain dans sa dimension historique et de donner toute sa visibilité à une région de l’histoire en plein essor. L’association entretient des liens étroits avec les grandes institutions étrangères, souvent très prestigieuses dans ce domaine, et publie également une revue, Histoire urbaine. Ce type de structures existait depuis plusieurs années au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Italie et même en Bulgarie : voir Lynn Hollen Lees, « The challenge of political change: urban history in the 1990s », Urban history, vol. 21, avril 194, p. 7-19. En ce sens, la France ne fait que rattraper son retard en matière d’histoire urbaine en s’alignant sur les modèles étrangers.

[4] Par exemple, le Centre d’histoire urbaine à l’ENS-LSH ; voir également les enseignements d’Isabelle Backouche à l’EHESS, sous le titre « Analyser le changement urbain ». La forte présence d’anciens élèves de Fontenay dans l’histoire urbaine française (Vincent Milliot, Patrick Boucheron, etc.) est à noter. La présence de pionniers de la discipline à l’École et la forte proportion de « caïmans » concernés par l’histoire urbaine et orientant une partie de leurs enseignements à l’École sur ces questions, a joué un incontestable rôle d’entraînement, ainsi que la solidarité entre anciens élèves – nombre de chercheurs en histoire urbaine se retrouvant, notamment, à l’université de Marne-la-Vallée autour de Frédéric Moret.

[5] La somme d’études françaises d’histoire urbaine est devenue si considérable qu’il est exclu de dominer l’ensemble de la production. Il sera donc essentiellement question ici de l’histoire urbaine de l’époque moderne, qui est celle que je maîtrise le mieux, avec quelques incursions contemporanéistes.

[6] L. H. Lees, « The challenge of political change… », op cit., p. 8.

[7] Daniel Rabreau, « Apollon dans la ville. Le théâtre et l’embellissement des villes au XVIII siècle », thèse pour le doctorat d’État sous la direction d’André Chastel, Paris, Université de Paris Sorbonne, 1978, xxxix-778 p. De son côté, François Bédarida parlait d’un « champ de recherche historique dans l’enfance » (François Bédarida, « The growth of urban history in France: some methodological trends », dans H. J. Deyos (dir.), The Study of Urban History, Londres, Edward Arnold, 1968, p. 47-60).

[8] On peut certes objecter que l’objet « ville » a une indéniable existence empirique et que, par conséquent, l’histoire urbaine est l’histoire qui étudie cet objet. Mais est-il si sûr que la ville, « ça » existe ? Jean-François Stazac ne proposait-il pas de « détruire Détroit », arguant que « Détroit » n’est que la fiction nominale pour désigner un vaste ensemble urbain, dont l’essentiel de la population et des activités est en-dehors des limites de la ville de Détroit proprement dite. On peut également en donner une définition juridique ou économique, mais celle-ci ne coïncide pas nécessairement avec une appréhension paysagère du phénomène urbain. Au reste, quid des banlieues et des périphéries, dans un tel contexte ? D’ailleurs, pour Algirdas Julien Greimas, d’un point de vue sémiologique, si la société se dit toujours dans un langage spatialisé (et réciproquement, si tout espace signifie toujours l’homme en société), la taxinomie propre aux villes pré-industrielles par laquelle « la cité se pensait elle-même », les conduit à se penser de manière binaire (ville/campagne) empêchant l’émergence d’un tiers espace comme celui de la banlieue (voire Algirdas Julien Gremias, Sémiotique de l’espace, Paris, Denoël/Gonthier, 1979, p. 12-3). Le concept de «  ville » a donc rien moins que la force de l’évidence. Il apparaît d’autant plus fuyant que, quand bien même l’historien de l’urbain aurait tranché en faveur d’une définition à peu près stable, il se verrait confronté au problème de l’inscription de son objet dans un ensemble plus vaste. Comme l’a relevé Harry Jansen, l’historien de la ville est, en effet, confronté à l’alternative entre concevoir la ville comme une sorte de force active, autonome – ce qui est sans doute la perspective du géographe américain marxiste David Harvey faisant de la ville un acteur déterminant de la mise en place et du fonctionnement du système capitaliste, à travers la notion d’« urbanisation du capital » – et la concevoir comme un sous-système ne prenant sens que dans un réseau de ville (voir Harry Jansen, « Wrestling with the Angel: problems of definition in urban historiography », Urban History, 23/3, 1996, p. 277-299.

[9] Voir, par exemple, le remarquable article de Bernard Lepetit, « L’appropriation de l’espace urbain : la formation de la valeur dans la ville moderne (XVI-XIX siècles) », Histoire Économie Société, 3, 1994, p. 551-559.

[10] Voir, par exemple : I. Backouche, « L’histoire urbaine en France… », op cit. ; François Bédarida, « The French approach to urban history », dans Derek Fraser, Anthony Sutcliffe (dir.), The Poursuit of Urban History, Londres, 1983, p. 395-406. Louis Bergeron, Marcel Roncayolo, « De la ville pré-industrielle à la ville industrielle. Essai sur l’historiographie française », Quaderni Storici, 27, 1974, p. 827-876 ; Serge Chassagne, « L’histoire des villes : une opération de rénovation historiographique », dans Villes et campagnes, XV-XX siècles, Lyon, P.U.L., 1977, p. 217-290 ; Annie Fourcaut, « L’histoire urbaine de la France contemporaine : état des lieux », Histoire urbaine, n°8, 2003, p. 171-185 ; Bernard Lepetit, « Histoire urbaine et espace », L’espace géographique, 1, 1980, p. 43-54 ; Bernard Lepetit, « La storia urbana in Francia. Scenografia di uno spazio di ricerca », Società e Storia, 25, 1984, p. 639-666 ; Bernard Lepetit, « La ville moderne en France. Essai d’histoire immédiate », dans Jean-Louis Biget, Jean-Claude Hervé (dir.), Panoramas urbains. Situation de l’histoire des villes, Fontenay-aux-Roses, E.N.S. éditions, 1995, p. 173-207 ; Daniel Roche, « Urban history in France : achievments, tendencies and objectives », Urban History Yearbook, 1980, p. 12-22 ; Bernard Lepetit, « La historia urbana en Francia : veinte anos de investigaciones », Secuencia, Revista de historia e ciencias sociales, 24, 1992, p. 5-28 ; Olivier Zeller, Olivier Faron, « Histoire de l’habitat et histoire urbaine », Cahiers d’histoire, 4, 1999, n° disponible sur le site : www.revue.org

[11] Jean-Claude Perrot, Genèse d’une ville moderne. Caen au XVIII° siècle, Paris/La Haye, Mouton, 1975, p. 949.

[12] Christian Topalov, Bernard Lepetit (dir.), La ville des sciences sociales, Paris, Belin, 2000.

[13] Jean Rémy, La ville, phénomène économique, Paris, Anthropos, 2000 ; Pierre Veltz , Mondialisation, ville, territoire, Paris, P.U.F., 1996 ; Marie-Paule Rousseau, La productivité des grandes villes, Paris, Anthropos, 1998. Voir aussi, par exemple, l’article fondateur de Paul Krugman en économie géographique : « Increasing returns and economic geography », Journalof Political Economy, 99(2), 1991, p. 483-499 ; ou encore : Richard Baldwin, Paul Krugman, « Agglomeration, integration and tax harmonization », European Economic Review, 48, 2004, p. 1-23.

[14] Voir les travaux de l’École de Chicago. Sur cette école, lire les textes recueillis par Yves Grafmeyer et Isaac Joseph, L’École de Chicago. Naissance de l’écologie urbaine, Paris, Flammarion, coll. Champs, 2004.

[15] Voir, dans une perspective foucaldienne démontrant en quoi, pour la médecine hospitalière moderne, c’est la ville elle-même qui devenait le patient : Weiner, Dora & Sauter, Michael, « The City of Paris and the Rise of Clinical Medicine », Osiris, 18, 2003, p. 23-42 ; voir également les très importants travaux de David Armsontrong et, notamment : Armstrong, David, « The rise of surveillance medicine », Sociology of Health & Illness, 17/3, 1995, p. 393-404.

[16] Pas plus d’ailleurs qu’aux sociologues ou aux juristes (spécialisés en histoire du droit), voire aux économistes…

[17] Marcel Roncayolo, Les grammaires d’une ville. Essai sur la genèse des structures urbaines de Marseille, Paris, Éditions de l’EHESS, 1996.

[18] Le rôle des métaphores (par exemple, la métaphore corporelle) est bien connu dans l’histoire des idées politiques : elles ne se contentent pas de fournir des images facilement mises en circulation permettant de se représenter une problématique, elles donnent aussi à cette dernière sa forme et son cadre.

[19] Qu’on songe, notamment, à l’apport de Maurice Halbwachs, en ce sens, dans un article de 1920, qui retrace l’histoire sociopolitique des plans d’extension de Paris avant le XIXe siècle, de manière brillante et érudite (Maurice Halbwachs, « Les plans d’extension et d’aménagement de Paris avant le XIXe siècle », La Vie urbaine, 2, 1920, p. 3-28) ; ou encore, à celui qui deviendra Le Corbusier, Charles Jeanneret, dont on sait qu’il a soigneusement étudié Pierre Patte, par exemple, et qu’il a beaucoup « visité » la Bibliothèque nationale de France à la recherche des théories urbaines du passé (voir : Philippe Duboy , « Ch. E. Jeanneret à la Bibliothèque nationale », Architecture. Mouvement. Continuité, 49, septembre 1979, p. 9-12).

[20] Voir le célèbre discours d’Eugène Viollet-Leduc à la Société centrale des architectes sur la mission des architectes (révélant en creux la crise épistémologique que connaît également cette profession à ce moment) : « Les devoirs de l’architecte », Gazette des Architectes et du Bâtiment, 50, 1877, p. 317-319.

[21] Cf. le célèbre appel aux ingénieurs de César Daly et la distinction entre les champs d’intervention respectifs de ces derniers et des architectes : « Toast aux ingénieurs », Revue Générale de l’architecture et des travaux publics, tome 344, 1877, p. 160-166.

[22] Le terme « urbanisme » apparaît pour la première fois en langue française dans un article du Bulletin de la société géographique neuchâteloise, en 1910.

[23] Voir Donatella Calabi, Marcel Poëte et le Paris des années 20, Paris, L’Harmattan, 1998 et « Marcel Poëte: pioneer of “l’urbanisme” and defender of “l’histoire des villes” », Planning Perspectives, vol. 11, 1996, p. 413-446.

[24] Sur le vitalisme de Marcel Poëte : Charissa Teeranova, « Marcel Poëte’s Bergsonian Urbanism », Journal of Urban History, 34/6, 2008, p. 919-943. Il y aurait naturellement bien davantage à dire sur le caractère historiciste de la plupart des traités ou théories urbanistiques de la période 1880-1940, à commencer par les travaux du Corbusier ou sur le « bergsonisme » urbain qui infuse la période ; mais cela dépasse le champ de ce texte, pour intéresser la structuration de l’urbanisme comme discipline et comme pratique. Pour de plus amples développements, je me permets de renvoyer à Nicolas Lemas, Politique de l’utopie, Eugène Hénard et les villes du futur, Paris, L’Harmattan, 2008, 2e partie, en plus des travaux fondamentaux de Donatella Calabi.

[25] Historiographiquement, le phénomène est intéressant puisque ces documents fondent pour la recherche historique contemporaine le corpus de base sur lequel elle appuie ses raisonnements d’histoire de l’aménagement urbain ; parfois même, loin de chercher d’autres documents, elle se contente de réutiliser ceux déjà découverts ; en outre, la force des recherches du début du XXe siècle induit de puissants préjugés chez les historiens contemporains, pas toujours justifiés, notamment, en conduisant à surestimer certains épisodes ou événements et à en passer d’autres sous silence ; significativement, la recherche sur la ville du XVIIIe siècle est, pour une large part, consacrée aux projets, et non à la ville réelle ; et que dire de l’importance historiographique de la Commission des artistes, dont on ne sait pratiquement rien et dont l’impact concret sur la ville fut, selon toute vraisemblance, assez faible ! Cela explique, entre autres, le relatif mépris de l’historiographie pour la ville de la Restauration et de la monarchie de Juillet, dont les apports urbanistiques, pourtant considérables, mais dans la lignée des projets napoléoniens, restent méconnus (voir Marilyn Doutre, « Projection, perception et construction de la ville au début du 19e siècle », dans Jérôme Boissonade, Solenn Guevel, France Poulain (dir.), Ville visible, ville invisible. La jeune recherche urbaine en Europe, Paris, L’Harmattan, 2008, p. 91-97).

[26] Gaston Bardet, Naissance et méconnaissance de l’urbanisme, Paris, SABRI, p. 384-385. Les « papiers Verniquet » qui permettent de retracer l’histoire du plan des Artistes sont à la Bibliothèque historique de la Ville de Paris, 30 505-30 515.

[27] Ainsi, Donatella Calabi souligne que Pierre Lelièvre, par exemple, est le successeur de Pierre Lavedan à Paris I (Donatella Calabi, « Marcel Poëte : pionnier de l’urbanisme, militant de l’histoire des villes », dans Christian Topalov, Bernard Lepetit (dir.), La ville des sciences sociales, Paris, Belin, 2000, p. 79-109 etp. 354, note 36).

[28] Voir, en ce sens, les préface et les travaux rédigés par Olivier Piron, ancien secrétaire permanent du ministère de l’Équipement, toujours fortement historicisés ; par ailleurs, l’une des revues de référence en la matière, les Annales de la recherche urbaine, dirigées par Anne Querrien, sont publiées par le ministère de l’Équipement.

[29] Certes, tout récit historique, quel qu’il soit, est « mis en intrigue » (Pierre Veyne) en fonction des idéologies et des visions du monde personnelles de son auteur, voire de l’éventuel commanditaire du récit, comme dans le cas des historiographes royaux : je n’aurais donc pas la naïveté d’affirmer qu’il existe une histoire « objective » sur le modèle supposé des sciences dites « exactes ». En revanche, dans le cas de l’histoire urbaine, il me semble qu’il faut aller plus loin, et affirmer que celle-ci, au moins dans cette période de fondation et dans les années 1970, est directement corrélée à la volonté d’une autorité ou d’un pouvoir politique/administratif, à la manière d’un instrument, dont les buts ne sont, du reste, pas nécessairement cognitifs.

[30] Paris, Chaix, 1913, rédigé à la demande de la préfecture de la Seine.

[31] Voir également l’article fort intéressant d’Émile Letourneur qui retrace de manière claire la question des fortifications et des espaces libres jusqu’en 1908 et repère bien la relation entre enjeux politiques, naissance de l’urbanisme et histoire urbaine : « Le démantèlement des fortifications de Paris et les espaces libres », Journal des Économistes, décembre 1908, p. 352-364.

[32] Voir Christian Delacroix, François Dosse, Patrick Garcia, Les courants historiques en France, XIXe-XXe siècles, Paris, Armand Colin, 1999 ; Roger Chartier, Au bord de la falaise. L’histoire entre certitudes et inquiétude, Paris, Albin Michel, 1998 ; François Dosse, L’histoire en miettes, Paris, Presses-Pocket, 1997.

[33] Pierre Chaunu, « Conjonctures, structures, systèmes de civilisations », dans Conjonctures économiques, structures sociales. Hommages à Ernest Labrousse, Paris/La Haye, Mouton, 1974, p. 21-22.

[34] Ce que remarque Bernard Lepetit, en effet, c’est que la ville n’est pas interrogée par l’école « labroussienne » selon un questionnement spécifique, mais elle n’est appréhendée que comme cadre de découpage du réel et/ou des archives. Voir Bernard Lepetit, Les villes dans la France moderne (1740-1840), Paris, Albin Michel, 1988, p. 14.

[35] Ce qui est d’ailleurs, vu de Sirius, vrai : la définition de l’entité « ville » ou de l’entité « campagne » n’est pas la même dans un espace marqué par le « mode de production asiatique » comme la Chine, jusqu’à il y a peu, et un espace marqué par le mode de production féodal, ou le mode de production capitaliste. La ville n’a pas, en tout lieu ni en tout temps, un statut matériel et conceptuel autonome qui la thématiserait comme une entité individualisée. Par exemple, pendant une partie de l’époque féodale, la ville, en tant que telle, n’existait pas vraiment, puisqu’elle était intégrée dans le système de la seigneurie.

[36] Je dois ces remarques à l’enseignement du regretté Yvon Thébert, provenant de son cours d’introduction à l’études des sociétés antiques et médiévales à l’ENS. Fontenay-Saint-Cloud. Voir également : Yvon Thébert, Jean-Louis Biget, « L’Afrique après la disparition de la cité classique », dans L’Afrique dans l’Occident romain, Rome, École française de Rome, collection de l’EFR, 134, 1987, p. 576-602 ; Yvon Thébert, « L’évolution urbaine dans les provinces orientales de l’Afrique romaine tardive », Opus, 2, 1983, p. 99-131.

[37] I. Backouche, « L’histoire urbaine en France… », op cit., p. 273.

[38] J.–C. Perrot, Genèse…, op cit., p. 440 ; cité par I. Backouche, « L’histoire urbaine en France… », op cit., p. 278.

[39] J.-C. Perrot, Genèse …, op cit., p. 863 et suiv.

[40] Ibid, p. 949.

[41] Ibidem.

[42] On retrouve cela à Paris également : voir, si l’on me permet, Nicolas Lemas, « La ville offerte. Les projets d’embellissements de Paris au 18e siècle, une littérature de l’accueil ? », Annales de la recherche urbaine, 94, 2003, p. 87-95.

[43] B. Lepetit, Les villes …, op cit., p. 52.

[44] Thomas Cassirer, « City Awareness in the Encyclopédie », Journal of the history of ideas, 24/3, 163, p. 387-396.

[45] Je me permets, une nouvelle fois, de renvoyer à N. Lemas, Politique de l’utopie, op cit., qui applique une grille de lecture à la Karl Mannheim pour comprendre pourquoi les projets urbains utopiques d’Hénard, grandioses sur le papier, ne pouvaient qu’accoucher de pratiques modestes et à peine réformistes.

[46] Fredric Jameson, Postmodernism or the Cultural Logic of Late Capitalism, Londres, Verso, 1991.

[47] Sans compter le fait que les défenseurs d’une pensée fonctionnaliste ne sont pas tous engagés du côté de l’Encyclopédie ou des philosophes : Pierre Patte, par exemple, que l’historiographie a érigé en paradigme du penseur de la ville du 18e siècle, grâce à sa formule « envisager la ville en philosophe » et non plus en maçon, a pris le parti des adversaires de l’Encyclopédie, après s’être fâché avec Diderot et d’Alembert. Ses plans de 1765 et 1769, annonçant prétendument l’urbanisme moderne, ne sont, en outre, pas dépourvus d’archaïsmes et de références à un urbanisme louis-quatorzien.

[48] Voir là-dessus : I. Backouche, « L’histoire urbaine en France… », op cit., p. 300-301. Perrot a lui-même peu dirigé de thèses sur des problématiques qu’on pourrait qualifier d’histoire urbaine pure ; voir, cependant : Jean-Marc Peysson, « Le mur d’enceinte des Fermiers-Généraux (1784-1791). Politique, économie, urbanisme », Paris, université de Paris Sorbonne, thèse de doctorat sous la direction de Jean-Claude Perrot, 1987.

[49] Karen Bowie (ed.), La modernité avant Haussmann. Formes de l’espace urbain parisien, 1801-1853, Paris, Éditions Recherches, 2001. La remarquable stabilité d’ailleurs de l’armature urbaine française sur trois siècles, quant aux hiérarchies, en apporterait la confirmation, malgré quelques rares phénomènes de déclassement (Rennes), ou de promotion (Toulouse).

[50] Jean-Pierre Bardet, Rouen aux XVIIe et XVIIIe siècles : les mutations d’un espace social, Paris, SEDES, 1983.

[51] Ces remarques doivent beaucoup au séminaire à l’EHESS d’Isabelle Backouche, elle-même ancienne élève de Bernard Lepetit, consacré à l’histoire des villes (XVIIIe–XIXe siècles).

[52] Bernard Lepetit, Carnets de croquis. Sur la connaissance historique, Paris, Albin Michel, 1999, p. 196-221.

[53] A. Fourcaut, « L’histoire urbaine… », op cit., p. 175.

[54] Voir, par exemple, pour une application de la notion d’espace social (tiers espace situé à la fois entre et au-delà de l’espace propre à l’analyse structurale et de l’espace phénoménologique) au Paris de Rimbaud et de la Commune : Kristin Ross, The Emergence of Social Space: Rimbaud and the Paris Commune, Londres, Verso, 2008.

[55] Arlette Farge, André Zysberg, « Les théâtres de la violence à Paris au XVIIIe siècle », Annales ESC, 5, 1979, p. 984-1015 ; Arlette Farge, Vivre dans la rue à Paris, Paris, Gallimard, 1979 ; Arlette Farge et Michel Foucault, Le désordre des familles. Lettres de cachet des Archives de la Bastille, Paris, Gallimard, 1982 ; Arlette Farge, Le cours ordinaire des choses dans la cité du XVIIIe siècle, Paris, Le Seuil, 1994.

[56] Bernard Lepetit, « Le temps des villes », Villes, histoires, cultures, 1, décembre 1994, p. 8-17 ; Walter Benjamin, Paris, capitale du XIXe siècle. Le livre des passages, Paris, Cerf, 2000.

[57] Natacha Coquery, L’hôtel aristocratique. Le marché du luxe à Paris au XVIIIe siècle, Paris, Publications de la Sorbonne, 1998, p. 13.

[58] Daniel Fabre, Alban Bensa (dir.), Une histoire à soi. Figurations du passé et localités, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2001 ; Daniel Fabre (dir.), Domestiquer l’histoire. Ethnologie des monuments historiques, Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 1999 ; Jürgens Habermas, « L’uso pubblico della storia », dans Gian Enrico Rusconi (dir.), Germania : un passato che non passa. I crimini nazisiti e l’identità tedesca, Turin, Einaudi, 1987, p. 98-110 ; Nicola Gallerano (dir.), L’uso pubblico della storia, Milan, Franco Angeli, 1995.

[59] Ce caractère est propre à l’histoire urbaine : la « problématicité » des sujets et objets historiques se pose beaucoup moins dans d’autres domaines de la discipline historique, où l’objet d’étude est souvent quasiment perçu comme « naturel », dans les deux sens de ce terme. Ainsi, pour l’histoire rurale, le monde paysan, ou pour l’histoire industrielle du XIXe siècle, la manufacture puis l’usine.

[60] Bernard Lepetit, « La ville moderne en France. Essai d’histoire immédiate », dans Jean-Louis Biget et Jean-Claude Hervé (dir.), Panoramas urbains…, op cit., Fontenay-aux-Roses, ENS Éditions, 1995, p. 173-207.

[61] I. Backouche, op cit.

[62] Par exemple (mais la liste est loin d’être limitative) : Isabelle Backouche, La trace du fleuve. La Seine et Paris (1750-1850), Paris, Éditions de l’EHESS, 2001 ; Natacha Coquery, L’hôtel aristocratique. Le marché du luxe à Paris au XVIIIe siècle, Paris, Presses de la Sorbonne, 1998 ; Natacha Coquery, L’espace du pouvoir. De la demeure privée à l’édifice public. Paris, 1700-1790, Paris, Seli Arslan, 2000.

[63] Bernard Lepetit, tout comme le géographe Marcel Roncayolo, ont ainsi montré tout l’intérêt qu’il y avait à utiliser les thèses de Maurice Halbwachs sur la « morphologie sociale » : Bernard Lepetit, « L’appropriation de l’espace urbain : la formation de la valeur dans la ville moderne (XVIe-XIXe siècles) », Histoire Économie Société, 3, 1994, p. 551-559 et, en particulier, p. 556-557 ; Marcel Roncayolo,Les grammaires d’une ville. Essai sur la genèse des structures urbaines de Marseille, Paris, Éditions de l’EHESS, 1996, p. 34.

[64] Ce retournement de perspective par rapport à une histoire sociale plus traditionnelle, même lorsqu’il s’agit d’un groupe social urbain, se comprend aisément si l’on compare la problématique de l’appropriation de l’espace dans la grande thèse d’André Lespagnol(Messieurs de Saint-Malo. Une élite négociante au temps de Louis XIV, Rennes, P.U.R., 1997) et dans celle d’Isabelle Backouche. Chez cette dernière c’est, au fond, la totalité de l’étude qui recoupe, de près ou de loin, cette thématique. En revanche, dans la thèse de Lespagnol, cela ne fait l’objet que d’une sous-section intitulée : « L’investissement dans la pierre : richesse négociante et mutation du paysage urbain », de 6 pages (op cit., p. 738-744 ; l’ouvrage comporte 867 pages).

[65] Voir, par exemple, Daniel Roche (dir.), La ville promise. Mobilités et accueil à Paris fin XVIIe-début XIXe siècle, Paris, Fayard, 2000 ; Vincent Milliot, « Réformer les polices urbaines au siècle des Lumières : le révélateur de la mobilité », Crime, Histoire et Sociétés, vol. 10, n° 1, 2006, p. 25-50 ; Marie-Claude Blanc-Chaleard, Caroline Douki, Nicole Dyonet et Vincent Milliot (dir.) Police et Migrants, France 1667-1939, PUR, 2001 ; John Merriman, Aux marges de la ville. Faubourgs et banlieues en France 1815-1870, Paris, Seuil, 1994.

[66] L. H. Lees, « The challenge of political change… », op cit., p. 12.

[67] Pierre-Denis Boudriot, « La construction locative parisienne sous Louis XV : de l’inerte à l’animé », thèse de doctorat sous la direction de Pierre Chaunu, Paris, Université de Paris-Sorbonne, 1981, 407 p.

[68] Voir par exemple : Benjamin Nathans, « Hambermas’ “Public Sphere“ in the Era of the French Revolution », French Historical Studies, vol. 16, n°3, 1990, p. 620-644.

[69] Il est à noter que ce paradigme est critiqué au sein de l’École de Francfort même par Axel Honneth, attaché à diagnostiquer les pathologies du social, réhabilitant la notion d’attentes (et donc de luttes) morales. À ma connaissance, les historiens de la ville n’utilisent pas encore les outils d’Honneth : il y a là un formidable chantier, en phase avec l’air du temps, susceptible de renouveler nos connaissances.

[70] Voir dernièrement : André Guillerme, La naissance de l’industrie à Paris. Entre sueurs et vapeurs : 1780-1830, Seyssel, Champ Vallon, coll. « milieux », 2007.

[71] Geneviève Massard-Guillbaud, Christoph Bernhardt (eds), Le démon moderne. La pollution dans les sociétés urbaines et industrielles d’Europe, Clermont-Ferrand, Presses de l’Université Blaise Pascal, 2002. Massard-Guillbaud est l’auteure de référence sur ses questions.

[72] Sabine Barles, La ville délétère. Médecins et ingénieurs dans l’espace urbain (18e-19e siècles), Seyssel, Champ-Vallon, 1999. Dans son compte-rendu de cet ouvrage abordant le problème du sol et du sous-sol urbain parisien, Vincent Milliot souligne que « nombre des questions soulevées renvoient à des questions très actuelle [qui] prouvent, s’il en était besoin, à quel point le traitement de problèmes contemporains peut tirer profit de la compréhension du passé » (Revue Historique, 614, 2000, p. 497-500, cité ici p. 499).

[73] Estelle Baret-Bourgoin, La ville industrielle et ses poisons. Les mutations des sensibilités aux nuisances et pollutions industrielles. Grenoble, 1810-1914, Grenoble, PUG, 2005.

[74] Anne-Sophie Clemencon, « La fabrication de la ville ordinaire. Pour comprendre les processus d’élaboration des formes urbaines. L’exemple des hospices civils de Lyon, Lyon-Guillotière. Rive gauche du Rhône, 1781-1914 », Lyon, Université de Lyon II, thèse sous la direction de François Loyer, 1999 ; Isabelle Backouche, Nathalie Montel, « La fabrique ordinaire de la ville », Histoire urbaine, n°19, 2007, p. 5-9.

[75] Voir la monumentale étude, tirée de sa thèse de doctorat de Jean-François Cabestan, La conquête du plain-pied. L’immeuble à Paris au XVIIIe siècle, Paris, Picard, 2004.

[76] Sans doute faudrait-il, au reste, réévaluer d’autres traditions historiographiques à cette aune et, en particulier, l’histoire rurale, ou même l’histoire sociale : par exemple, en restant dans le clivage d’Hannah Arendt entre les domaines du privé, du social, et du politique, la spécificité du social, et donc de son histoire va de soi ; dans la perspective de Lefort, posant le politique comme institution du social en revanche, elle s’évanouit.

[77] I. Calvino, Les villes…, op cit., p. 75 et 76.

Nicolas Lemas

Ancien élève de l’ENS-LSH et diplômé de Sciences Po Paris, Nicolas Lemas est actuellement professeur agrégé d’histoire en section européenne au lycée Paul Claudel de Laon et chargé de cours de culture générale à l’IEP de Lille. Il a publié plusieurs articles et contributions sur l’histoire urbaine du 18e siècle, un livre sur les utopies urbaines du début du 20e siècle (Politique de l’utopie. Eugène Hénard et les villes de l’avenir, Paris, L’Harmattan, 2008) ; récemment, il a travaillé sur la bioéthique (Entre médecine et humanités : genèse et enjeux de la bioéthique, Paris, Ellipses, 2008). Membre de la direction de l’Association des professeurs d’histoire et de géographie (A.PH.G), il a créé une rubrique sur les ouvrages en anglais dans Historiens & Géographes.

Mots clefs : histoire urbaine ; historiographie ; Jean-Claude Perrot ; épistémologie urbaine ; villes françaises modernes et contemporaines

imprimer

Newsletter

  • Consultez fréquemment les rubriques dynamiques de cette colonne. Elles sont régulièrement mises à jour.

Champ libre

  • Histoire@Politique aux Rendez-Vous de l'Histoire de Blois - samedi 12 octobre 2019
  • « La République italienne et la nation » samedi 12 octobre 2019, de 16h15 à (...)
  • lire la suite
  • Histoire@Politique est également disponible sur CAIRN
  • lire la suite

Comptes rendus

  • • Ilvo Diamanti, Marc Lazar, Peuplecratie. La métamorphose de nos démocraties,
  • Tenter d’imposer un néologisme en science politique n’est jamais (...)
  • lire la suite
  • • Jean-Yves Mollier, L’âge d’or de la corruption parlementaire 1930-1980,
  • L’introduction du livre de Jean-Yves Mollier pose clairement une (...)
  • lire la suite
  • • Jaime M. Pensado & Enrique C. Ochoa, México Beyond 1968 : Revolutionaries, Radicals and Repression During the Global Sixties and Subversive Seventies
  • Le livre dirigé par Jaime M. Pensado et Enrique C. Ochoa (...)
  • lire la suite
  • • Expériences adolescentes et enfantines de la Grande Guerre, au front et à l’arrière
  • Manon Pignot, L’appel de la guerre, Des adolescents au combat, 1914-1918, Paris, (...)
  • lire la suite
  • • Michael Foessel, Récidive 1938,
  • « À propos des débats sur le retour des années 1930, (...)
  • lire la suite
  • • Sylvain Brunier, Le bonheur dans la modernité. Conseillers agricoles et agriculteurs (1945-1985),
  • L’ouvrage de Sylvain Brunier procède du remaniement profond de (...)
  • lire la suite
  • • Massimo Asta, Girolamo Li Causi, un rivoluzionario del Novecento. 1896-1977,
  • Girolamo Li Causi (1896-1977) fut un dirigeant du Parti (...)
  • lire la suite
  • • Christine Mussard, L’obsession communale. La Calle, un territoire de colonisation dans l’Est algérien, 1884-1957,
  • Christine Mussard consacre une monographie dense et vivante, issue (...)
  • lire la suite
  • Compañeros
  • Le 27 juin 1973, l’Uruguay est à son tour victime d’un (...)
  • lire la suite
  • • Comment exposer l'art soviétique ?
  • Si de nombreux colloques sont venus émailler les commémorations (...)
  • lire la suite
  • • Laurent Gutierrez, Patricia Legris (dir.), Le Collège unique. Éclairages socio-historiques sur la loi du 11 juillet 1975,
  • Ce livre est issu d’un séminaire qui s’est tenu en 2015 (...)
  • lire la suite
  • • Evgeny Finkel, Ordinary Jews. Choice and Survival During the Holocaust,
  • La Shoah et sa mémoire nous hantent. Pourtant, parmi (...)
  • lire la suite
  • • Alexandre Marchant, L’impossible prohibition. Drogues et toxicomanie en France, de 1945 à nos jours,
  • L’impossible prohibition est une fascinante enquête historique qui étudie (...)
  • lire la suite
  • • Sylviane de Saint Seine, La Banque d’Angleterre. Une marche erratique vers l’indépendance, 1977-2007
  • Aux spécialistes des banques centrales, l’ouvrage de Sylviane de Saint Seine (...)
  • lire la suite
  • • Renaud Meltz, Pierre Laval, un mystère français,
  • Après le Pétain[1] de Bénédicte Vergez-Chaignon, le monumental Pierre (...)
  • lire la suite
  • • Sylvie Lindeperg et Ania Szczepanska, À qui appartiennent les images ? Le paradoxe des archives, entre marchandisation, libre circulation et respect des oeuvres,
  • L’ouvrage collectif L’image d’archives. Une image en devenir[1] proposait (...)
  • lire la suite
  • • Frank Georgi, L’autogestion en chantier. Les gauches françaises et le « modèle » yougoslave (1948-1981)
  • L’autogestion a fasciné une partie considérable de la gauche (...)
  • lire la suite
  • • Emmanuel Debruyne, «Femmes à Boches». Occupation du corps féminin dans la France et la Belgique de la Grande Guerre,
  • « Bochasse », « paillasses à boches », « pouyes » ou encore « femmes à Boches », autant de termes, (...)
  • lire la suite
  • • Anatole Le Bras, Un enfant à l’asile. Vie de Paul Taesch (1874-1914),
  • C’est en dépouillant des dossiers médicaux dans le cadre de (...)
  • lire la suite
  • • Emmanuel Garnier, L’empire des sables. La France au Sahel 1860-1960,
  • Comment l’histoire coloniale peut-elle expliquer la situation politique actuelle (...)
  • lire la suite
  • DAU, une œuvre d’Ilya Khrzhanovsky (2008-2018)
  • À l’origine, DAU était pensé par son auteur Ilya Khrzhanovsky comme un film biographique du (...)
  • lire la suite
  • • « La Ligue des droits de l’homme : 120 ans d’histoires »
  • La Ligue des droits de l’homme (LDH) entretient des (...)
  • lire la suite
  • • Boris Belge, Klingende Sowjetmoderne. Eine Musik- und Gesellschaftsgeshichte des Spätsozialismus,
  • Issu d’une thèse défendue à l’Université de Tübingen, l’ouvrage (...)
  • lire la suite

Partager

  • ISSN 1954-3670