Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Nouveaux regards sur l'histoire de la France dans la Seconde Guerre mondiale

Coordination : Claire Andrieu et Michel Margairaz

Ecrire l’histoire des spoliations antisémites (France, 1940-1944)

Claire Andrieu
Résumé :

Au regard des critères académiques, une politique de spoliation ressortit à l’histoire politique aussi bien qu’économique. Est-ce la raison pour laquelle l’histoire des spoliations a longtemps été assez (...)

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L’expression « spoliations antisémites » appelle d’abord une précision. Depuis la thèse de droit soutenue en 1945 par Gérard Lyon-Caen [1] , il est d’usage de distinguer les « spoliations », procédure de vol légal mise en place par le gouvernement de Vichy, des « pillages » ou appropriations par la force pratiquées par les autorités allemandes. Les entreprises, les immeubles et les avoirs déposés dans les établissements financiers ont été en général l’objet de la spoliation vichyste, tandis que les œuvres d’art, les meubles et l’or ont été la cible du pillage nazi. Mais des exceptions notables ont eu lieu, des pillages ont été commis par la Milice et d’importantes ventes forcées ont été réalisées au bénéfice des Allemands. Cet article réunit les deux aspects de « l’aryanisation de l’économie ». Pour des raisons de commodité, l’expression « spoliations antisémites » les englobera, sauf mention contraire.

Comme tout objet de recherche, les spoliations antisémites conduites en France entre 1940 et 1944 présentent à la fois des facilités de traitement et des obstacles à surmonter. Par exemple, pour la spoliation proprement dite, l’abondance des archives laisse entières les difficultés d’interprétation liées au contexte dictatorial de leur écriture. Mais d’autres barrières existent, comme la transformation radicale du cadre géopolitique et culturel intervenue depuis 1945, qui gêne l’appréhension du monde passé. Cette situation serait encore relativement banale s’il ne s’y ajoutait des dimensions spécifiques que presque aucune autre spoliation n’a présentées. Le mobile antisémite de cette politique et le contexte de sa mise en œuvre – un génocide – en font un cas d’exception qui motive et complique à la fois son étude.

1945-2000 : de la fin d’un monde à un autre

Les cycles historiographiques dans lesquels s’insère l’étude la Seconde Guerre mondiale sont connus. De la Libération au milieu des années 1970, 70 % des publications relatives à l’histoire de 1939-1945 en France ont porté sur la Résistance et sur les événements militaires de la guerre [2] . La place consacrée au régime de la Collaboration et aux crimes s’accroît ensuite. De 1977 à 1994, elle représente près de 50 % du total, contre 30 % durant les décennies précédentes. Le paradigme relatif à la guerre s’est ainsi fortement modifié à partir du milieu des années 1970 : du triptyque « Défaite-Résistance-Libération », la production historique est passée à la trilogie « Occupation-Vichy-Auschwitz ». Depuis les années 1990, cependant, un nouveau cycle s’est ouvert, plus diversifié, qui intègre mieux les contradictions de la période.

De manière très différente au lendemain de la guerre et à la fin des années 1990, la demande de réparation et de restitution a suscité des recherches d’initiative gouvernementale sur les spoliations. Un monde paraît séparer ces deux phases d’enquête, qui illustre les transformations socio-culturelles survenues dans l’intervalle [3] . Après la Libération, la Commission du coût de l’occupation épaulée par l’Institut de conjoncture, la Commission consultative des dommages et des réparations, et la Commission de récupération artistique ont produit des inventaires et des évaluations de l’ensemble des spoliations subies par la France. En 1949, trois numéros des Notes et études documentaires ont traité des Spoliations et restitutions [4] . Ces travaux collectifs ont en commun leur approche globale : conformément à l’esprit du temps, les spoliations antisémites y sont mentionnées au même titre que les autres, sans faire l’objet d’une attention privilégiée. « Les spoliations de biens juifs », présentées avec un certain détail dans la publication de La Documentation française, sont évaluées à « près de 3 milliards », l’auteur précisant toutefois que l’évaluation est « très approximative ». Depuis, les travaux de la Mission d’étude sur la spoliation des Juifs de France (1997-2000) ont abouti au montant comptabilisable de 5 milliards pour les ventes forcées. On aboutit à 10 milliards en ajoutant la valeur des biens placés sous des séquestres divers [5] . En comparaison de la spoliation financière de 692 milliards de « frais d’occupation », ou à côté du chiffrage provisoire du coût évaluable de l’occupation à 1 500 milliards [6] , les spoliations antisémites pouvaient passer pour un sujet mineur. C’était l’époque où l’on envisageait encore des « réparations » au sens qu’avait eu ce mot dans l’entre-deux-guerres. Réparations et restitutions s’entendaient de manière globalisée, et prioritairement par rapport à l’Allemagne. Cela n’empêcha pas le Gouvernement provisoire de la République française de mettre en œuvre une politique active de restitution des biens individuels spoliés.

Tout autre est l’esprit de la fin du XXsiècle. Cinquante ans après les faits, la « réparation » s’entend au sens moral et désigne une politique spécifique d’indemnisation des victimes juives ou de leurs descendants. La fin de la guerre froide a réactivé le dossier des restitutions. Après la chute du mur de Berlin, l’examen des spoliations liées à l’étatisation de l’économie à l’Est après 1945 a conduit à poser la question des « doubles victimes », celles dont les biens ont été annexés à la propriété des Etats socialistes après avoir été spoliés par les nazis. Les Etats-Unis, qui sont à la fin du siècle l’unique grande puissance mondiale, jouent un rôle décisif dans l’accélération de l’internationalisation de la question des restitutions. Les media s’emparent du sujet. En France, une Mission d’étude sur la spoliation des Juifs de France, dite Mission Mattéoli, est mise en place par le gouvernement en mars 1997. Sur les quelque cent dix publications ou travaux produits depuis 1997 sur la spoliation antisémite en France, vingt et une proviennent de cette Mission, et sept autres de commissions mises en place à Paris, Lyon, Grenoble, Marseille et Bordeaux. Le quart des recherches résulte donc directement de la demande sociale [7] . C’est ainsi dans le contexte d’un questionnement sur les restitutions que le savoir sur les spoliations s’est fortement enrichi. Que des commissions soient nommées pour procéder à des enquêtes sur les spoliations n’est pas un événement nouveau par rapport au lendemain de la guerre, on l’a vu. Ce qui est inédit à la fin des années 1990, c’est à la fois la focalisation sur les pillages et spoliations antisémites, et l’apparition décentralisée de commissions autres que nationales, soit dans des établissements comme à la Caisse des dépôts et consignations, soit dans des villes, à Paris et en province.

L’importance de la place prise par les « Commissions » dans l’écriture de l’histoire de la spoliation représente-t-elle un danger ? Une histoire « officielle » serait-elle en formation ? Ces commissions sont le produit d’une demande sociale d’histoire, demande qui a été jugée recevable par le gouvernement, des municipalités ou des associations comme le CRIF de Marseille-Provence. La démarche paraît plutôt démocratique. Dans la mesure où le respect des règles de la recherche scientifique est assuré, le travail en commission s’apparente à la préparation d’un ouvrage collectif. Le choix d’historiens qualifiés par l’Université constitue un indicateur de qualité : parmi d’autres, Claire Andrieu, Antoine Prost et Annette Wieviorka à la Mission Mattéoli, Alya Aglan, Michel Margairaz et Philippe Verheyde à la Caisse des dépôts et consignations, Laurent Douzou à Lyon, Jean-Marie Guillon et Renée Dray-Bensoussan à Marseille, Tal Bruttmann à Grenoble, répondent à ces critères de compétence. Le rapport du « Conseil du patrimoine privé de la Ville de Paris » n’a pas été rédigé par des historiens, mais il n’est pas moins précis et méthodique [8] . Ces travaux de commande trouvent cependant leur limite dans la définition même de la tâche qui leur est assignée : il s’agit de dresser le bilan des biens spoliés ou restitués, en vue d’établir une base d’indemnisation. Encadrée par ce but pratique, l’enquête laisse peu de place à la réflexion historiographique, théorique ou politique, qui accompagne d’ordinaire la recherche spéculative.

1940-1944 : un mobile et un contexte exceptionnels

L’histoire des spoliations se heurte à un obstacle, le mobile antisémite, qui rend difficile son insertion dans l’historiographie traditionnelle des politiques économiques. Cette dernière a pour questions fondamentales le budget de l’Etat, la croissance, l’emploi et la justice sociale. La « déjudaïsation » de l’économie a peu de rapport avec ces problèmes, sinon dans la propagande antisémite. En outre, l’irrationalité du projet s’est trouvée accentuée en France du fait que la culture laïque y avait estompé l’identité juive, en particulier dans sa dimension religieuse. A cet égard, l’étude de la confiscation des biens des protestants aux XVIIe et XVIIIsiècles présenterait une meilleure cohérence puisque dans ce cas, les mesures répressives ont touché une population qui revendiquait l’identité incriminée [9] . Les nombreuses études relatives à la vente des biens nationaux (ceux du clergé et de la Couronne, puis ceux des émigrés) se comprennent aussi en raison de la rationalité financière de l’opération (éponger le déficit des finances publiques) et de l’impact social attendu – dans la bourgeoisie et la paysannerie – de ce transfert de propriété d’une ampleur inégalée (environ 10% du territoire français) [10] . Prendre au sérieux l’imaginaire antisémite et s’emparer des archives de la spoliation pour analyser la « fortune juive » ne présenterait d’intérêt qu’à la condition de pouvoir faire de même pour la fortune protestante, ou catholique, en posant le facteur religieux comme déterminant, et en comparant les résultats obtenus. Un autre projet, situé au croisement de l’histoire sociale et de l’histoire culturelle, pourrait être de comparer l’héritage, à plusieurs générations de distance, d’interdits sociaux et professionnels disparus. Ainsi de comparer la structure et la concentration de la fortune, au XXsiècle, chez les descendants de deux minorités d’Ancien Régime ayant connu des normes contraignantes de comportement économique : les nobles et les juifs.

Récemment, la question de la « fortune juive » est néanmoins venue sur le devant de la scène historiographique en Allemagne. Paru en 2005, le livre de Götz Aly, Comment Hitler a acheté les Allemands : le Troisième Reich, une dictature au service du peuple, a voulu montrer comment « l’Etat du peuple » (Volksstaat) de Hitler a été financé par l’exploitation des pays occupés et par la spoliation des juifs [11] . Ce livre a rencontré de nombreuses critiques outre-Rhin [12] . Si le maintien du niveau de vie allemand et de la puissance industrielle de l’Allemagne a effectivement reposé sur l’exploitation brutale des pays occupés, la part de la spoliation antisémite dans cette performance économique et sociale paraît surévaluée. En ce qui concerne la France, la thèse ne peut être retenue. Les cinq milliards de ventes forcées ont représenté moins de 1 % de la seule spoliation financière du pays par l’occupant, à laquelle il faudrait ajouter l’exploitation économique qui en l’espace de quatre ans a mis la production industrielle à 40 % de son niveau d’avant-guerre et la production agricole à 60 % de celui-ci. Par ailleurs, la part du produit de la spoliation antisémite qui a été versée à la Reichskreditkasse  est demeurée marginale, car, dans son nationalisme, le gouvernement de Vichy a refusé que la spoliation profite à l’Allemagne. Même « l’amende » d’un milliard imposée par le Militärbefehlshaber in Frankreich aux juifs français en décembre 1941 n’est pas restée en totalité dans les mains de l’occupant puisque les deux tiers en ont été reversés à un comité collaborationniste, le Comité ouvrier de secours immédiat (COSI). Ce comité avait pour but officiel de venir en aide aux sinistrés des bombardements alliés [13] . Quant aux quelque deux milliards qui sont restés consignés à la Caisse des dépôts et consignations, leur importance se mesure à l’aune du bilan de celle-ci. Son total approchait 100 milliards de francs en 1936. En ce qui concerne le cas français, on ne peut considérer la politique antisémite menée conjointement par l’occupant et le gouvernement de Vichy comme un outil de construction d’un Etat-providence aryen. 

C’est surtout le contexte de la spoliation antisémite qui a retardé et compliqué son étude. La politique d’extermination a légitimement concentré l’attention des chercheurs et relégué au second plan la spoliation. Alors que la persécution des juifs en France a fait l’objet de nombreuses publications scientifiques depuis les années 1970, le premier ouvrage universitaire exclusivement consacré à la spoliation n’est paru qu’en 1999 [14] . Plus de la moitié des travaux (articles, contributions, chapitres de livres, livres) publiés sur « l’aryanisation » (spoliation légale et pillages réunis) depuis 1940, sont parus depuis 1997. Mais la recherche sur les spoliations n’a pas été seulement retardée par la priorité donnée aux personnes sur les biens, elle en est dépendante. L’ombre de l’extermination se projette sur les archives de la spoliation. Selon que l’on établit un lien plus ou moins étroit entre ces deux politiques, l’analyse de la seconde peut se trouver modifiée. Dans sa magistrale étude de La destruction des Juifs d’Europe, Raul Hilberg a décrit le processus global de l’extermination : définition-spoliation-concentration-extermination. Dans l’esprit de l’auteur, ce séquençage avait valeur de modèle théorique. Comme tel, il présente de nombreuses variantes. Pour la France, on peut considérer que tous les habitants officiellement identifiés comme juifs ont été atteints par les mesures de spoliation. En revanche, les déportations ont touché environ 25 % d’entre eux. Il reste que la connaissance actuelle de l’extermination imprègne de manière indélébile l’analyse de la spoliation. Selon que l’on met en avant l’intentionnalité meurtrière ou, au contraire, le fonctionnalisme administratif, l’appréciation portée sur la politique spoliatrice peut varier. Par comparaison, l’analyse de la confiscation des biens des quelque 450 personnalités qui ont quitté la France après l’installation du gouvernement de Vichy dans le but de rejoindre les Etats-Unis, de Gaulle ou Alger libérée, n’est pas traversée par un questionnement de même poids [15] .

Bien que l’historiographie traditionnelle des politiques économiques n’y mène pas directement, et bien que le sujet soit surdéterminé par un génocide concomitant, l’histoire des spoliations a déjà une histoire et n’est pas sans avenir.

La quasi-absence de témoignages d’époque

Les années qui ont suivi la Libération se signalent par le nombre important d’ouvrages publiés sur la guerre et l’Occupation. Ce premier pic dans la courbe des publications tient à la parution massive de témoignages. Or, en complet contraste, la spoliation n’a inspiré presque aucun récit autobiographique. La moitié des ouvrages parus en 1945-1949 sur les spoliations et pillages est constituée de travaux juridiques analysant les ordonnances de restitution. Leur portée est essentiellement pratique. Le silence des témoins est seulement rompu par un éditeur témoin, le Centre de documentation juive contemporaine (CDJC), qui avait été créé dans la clandestinité en 1943. Fondées et gérées par le CDJC, les Editions du Centre jouent un rôle important de 1945 aux années 1960 dans la diffusion des connaissances relatives aux spoliations et pillages. L’ouvrage majeur, dont il sera question plus loin, est celui de Joseph Billig sur Le Commissariat général aux Questions juives, 1941-1944 [16] , dont le volume III est consacré à « l’aryanisation économique ».  

L’absence de mémoire originelle des événements constitue une lacune notable dans les sources de cette histoire. Les témoignages qui évoquent la spoliation de manière concrète et qui proviennent de victimes directes sont rares et tardifs [17] . Un seul récit décrit le destin ordinaire d’un spolié du système français : Le journal d’un coiffeur juif sous l’Occupation [18] . Ce document exceptionnel témoigne de la vie cachée d’un juif roumain à Paris. Réfugié au sixième étage d’un immeuble proche de son salon de coiffure, il tient son journal pendant que son épouse « aryenne » continue d’exploiter le salon malgré les menaces de la Police et d’hommes de main du PPF. Un voisin lui ayant donné un poste TSF et un casque, Alfred Grunberg prend connaissance, en écoutant la BBC en juillet 1943, de l’extermination en cours. Vivant dans l’angoisse, mais aussi dans l’espoir de la victoire alliée, il puise un réconfort moral dans la complicité des habitants de l’immeuble. Depuis son refuge, il offre un tableau contrasté de la société française.

Quelques témoignages sont écrits par des conservateurs de musée qui ont tenté de limiter le pillage. Le plus connu est celui de Rose Valland, Le Front de l’Art. Défense des collections françaises, paru en 1961. Enfin, il faut ajouter à cette liste deux témoignages de responsables de la spoliation : deux seulement, alors que presque tous les ministres du gouvernement de Vichy ont eu, à un moment ou à un autre, à signer les « lois et décrets » de spoliation. Si Xavier Vallat assume partiellement l’action qu’il a menée à la tête du Commissariat général aux questions juives (CGQJ), puisque, après la guerre, jusque dans son procès, il a continué de se dire partisan d’un Statut des Juifs, le récit de Joseph-Barthélémy, ministre de la Justice en 1941-1943, est moins serein [19] . Ecrit à l’automne 1944, peu après l’arrestation de son auteur, le texte laisse paraître l’inquiétude morale que suscite chez lui le souvenir d’une responsabilité pourtant pleinement exercée lorsqu’il était au pouvoir.

Le silence des persécuteurs peut se comprendre, mais celui des victimes se comprend aussi. Dans le Journal d’Hélène Berr, journal tenu entre avril 1942 et février 1944, le trouble profond créé par le port de l’étoile jaune, l’angoisse de l’arrestation et le sentiment d’horreur suscité par les bribes de nouvelles venant de l’Est relèguent à l’arrière-plan la spoliation des biens [20] . Après la guerre, la mémoire du génocide a occulté celle de la spoliation et des pillages. Comment mettre en avant la perte des biens matériels lorsqu’on a perdu des membres de sa famille ? Et pourquoi rappeler une période de stigmatisation et d’humiliation subies lorsque l’on cherche la réintégration ? Le fait est que, même aujourd’hui, à « l’ère des témoins [21]  », le souvenir concret et circonstancié de « l’aryanisation » semble perdu. Il s’est certainement exprimé, cependant, auprès des Services de restitution mis en place à la Libération, mais seuls les dossiers administratifs demeurent : ils n’en portent que des traces fugitives. La création, en 1999, d’un service chargé de reprendre la tâche, la Commission d’indemnisation des victimes de spoliation (CIVS), a également provoqué un flux de témoignages. Mais reconstruits par l’effet du temps et de la transmission d’une génération à l’autre, ils donnent la mémoire actuelle des événements et non celle des années quarante.

La démarche circonspecte des précurseurs et victimes (années 1950-1960)

Histoire sans autre témoin que celle livrée par les papiers des spoliateurs, l’histoire des spoliations court le risque de la partialité. Les premiers travaux portant sur le sujet, écrits par des victimes directes des persécutions, procèdent cependant avec une remarquable prudence. Leurs observations sobres laissent la place aux contradictions décelées dans les archives. Elles contrastent avec une partie des écrits de la génération suivante.

Les pionniers ont pour nom Joseph Billig en France et Raul Hilberg aux Etats-Unis. Leurs publications majeures, Le Commissariat général aux questions juives pour l’un, et La destruction des Juifs d’Europe pour l’autre, sont parus presque simultanément : en trois livraisons de 1955, 1957 et 1960 pour le premier, et en 1961, pour le second [22] . Alors que ces auteurs semblent avoir écrit dans l’ignorance l’un de l’autre, leurs analyses convergent. L’un et l’autre n’ont trouvé pour les publier que des éditeurs confidentiels. Raul Hilberg a dû batailler pendant cinq ans avant de trouver un éditeur. Les Presses de l’université de Columbia, où il avait soutenu sa thèse, et celles de l’université de Princeton lui ont refusé son manuscrit [23] . Quant à Joseph Billig, ses 1208 pages ont été publiées par « Les éditions du Centre », du CDJC qui l’employait. Sommairement brochés, ses volumes continuent de faire référence, notamment pour ce qui concerne « l’aryanisation économique [24]  ». Arrivés au creux de la vague, au moment où la guerre froide refoulait les souvenirs de la guerre mondiale et alors que l’intérêt pour l’Occupation était au plus bas, les livres-pionniers sont l’œuvre de solitaires cherchant à construire le savoir, indépendamment de toute demande sociale.

Ils sont aussi la réponse de savants à la persécution vécue. A l’âge de treize ans, Raul Hilberg a dû quitter sa Vienne natale avec ses parents, après que son père eut été arrêté en 1938 par la Gestapo, puis relâché grâce à sa présence d’esprit. Lucide, le père fit dès le printemps 1938 une demande d’émigration aux Etats-Unis en s’appuyant sur un parent de sa femme qui y résidait. Avant le départ, le jeune Raul a été le témoin de la vente de l’appartement familial dont lui et les siens avaient déjà été chassés. Les Hilberg sont arrivés aux Etats-Unis le 1er septembre 1939. Le reste de la famille disparut « dans l’Europe d’Adolf Hitler », comme l’écrit le survivant. Joseph Billig aussi a connu l’émigration [25] . Né en 1901 à Saint-Pétersbourg, il est devenu apatride en 1918 lorsque sa famille a dû fuir la Russie bolchevique. Installé en Allemagne, il y obtint un doctorat de philosophie en 1929 avant de s’établir en France en 1932. Engagé volontaire en 1939 dans un régiment français de Volontaires étrangers, il est fait prisonnier et passe la guerre dans un commando juif de prisonniers, sans être particulièrement maltraité. Libéré en 1945, il apprend que sa mère à été déportée à Auschwitz. Collaborateur du CDJC de 1946 à 1978, Joseph Billig a produit neuf ouvrages d’histoire du nazisme, sans compter les articles qu’il a publiés dans Le Monde juif et la Revue d’histoire de la Seconde Guerre mondiale.

Que nous disent ces historiens-témoins ? Dans cette première phase de l’historiographie, qui s’étend jusqu’aux années 1970, leurs ouvrages sont les seuls à traiter sur un mode scientifique de la spoliation. Il s’agit du troisième volume du Commissariat général aux questions juives, de Joseph Billig, et de la somme de Raul Hilberg, dont les trente-deux pages traitant des persécutions et de la spoliation en France allient l’analyse à la synthèse de manière concise. Les auteurs conservent le ton neutre de l’observateur et décrivent les mécanismes avec minutie, un « appareil » et un « processus » comme le dit Hilberg. Pour l’un comme pour l’autre, le système nazi porte la responsabilité première. La responsabilité de Vichy est seconde et ses impulsions ne rencontrent pas toujours l’assentiment de la société française. Joseph Billig conclut en soulignant que ses trois volumes peuvent étayer des « jugements contradictoires [26]  » : « L’aspect antiallemand et patriotique ou même antiraciste de certains actes franchement ou astucieusement opposés à l’occupant nazi, voisine avec celui d’actes témoignant d’un asservissement, souvent intéressé, aux entreprises meurtrières de l’ennemi . » Mais l’auteur ne donne pas force égale à ces contradictions. Il résume par ces mots la position du régime de Vichy : « l’association de l’Etat français à l’aventure déclenchée et dirigée par le IIIReich ». Raul Hilberg, qui, lui, bénéficie de l’observatoire comparatif des archives de l’occupant pour l’Europe entière, écarte aussi la thèse d’une collaboration sans réserve : « Le gouvernement de Vichy tenta de maintenir le processus de destruction à l’intérieur de certaines limites [27] . » La France donnait peu satisfaction aux Allemands, qui se plaignaient de la lenteur de l’aryanisation et des déportations dans ce pays, du « retard » que prenait la France [28] .

Les contradictions de la période de l’Occupation ressortent clairement de ces livres. Joseph Billig relate les difficultés rencontrées par le CGQJ dans le recrutement des administrateurs provisoires, le nombre élevé de révocations et le nombre plus important encore de démissions volontaires en zone nord comme en zone sud [29] . De son côté, Raul Hilberg signale qu’en janvier 1941, l’Administration militaire allemande s’inquiétait de « tranquilliser l’acheteur français » quant à la validité légale des ventes forcées, et souligne les « hésitations des Français à acquérir des biens juifs [30]  ».

Vingt ans avant la génération d’études suivante, le livre de Joseph Billig a identifié et décrit dans le détail la politique de spoliation du gouvernement de Vichy. Mais à l’époque, ce discours n’avait pas d’auditeurs.

Le réquisitoire de la deuxième génération intellectuelle (années 1980)

A la communauté de vues des ouvrages pionniers succède, vingt à trente ans plus tard, une autre convergence, sur des thèses différentes. S’inscrivant dans le mouvement de redécouverte du régime de Vichy datant des années 1970, une partie des travaux des années 1980 brossent le tableau d’une France – gouvernement et société – collaboratrice, voire collaborationniste. Cette chronologie n’est pas propre à l’histoire des spoliations. Elle touche l’ensemble de l’histoire des années 1940-1944 en France. Comme l’a souligné rétrospectivement Michael Marrus qui en fut l’un des protagonistes, la deuxième génération reproche à la précédente son regard indulgent sur le gouvernement de Vichy [31] .

De cette deuxième génération d’ouvrages, l’étude la plus élaborée qui évoque notre sujet est celle de Michael Marrus et Robert Paxton, Vichy et les Juifs. Le livre a pour thème central la persécution, et son mérite est d’avoir donné substance et autonomie à l’administration vichyste et à ses soutiens dans la société. Parus deux et trois ans plus tard, les deux volumes de Serge Klarsfeld, Vichy-Auschwitz. Le rôle de Vichy dans la solution finale de la question juive en France, 1940-1944 ont également joué ce rôle d’élucidation [32] . Ces livres ont libéré la recherche sur la spoliation de l’hypothèque qui pesait sur elle : étudier le vol des biens avant l’agression sur les personnes aurait pu passer pour une forme de diversion. Centré sur les déportations, Vichy-Auschwitz ne traite pas des spoliations, mais Vichy et les Juifs contient une dizaine de pages sur le sujet. L’ouvrage présente les faits nombreux qui illustrent la thèse de l’initiative vichyste et de la collusion de la société [33] . Il décrit la spoliation comme « un déchaînement de convoitises [34]  ». S’il mentionne bien le fait que certains administrateurs provisoires ont été révoqués pour avoir réalisé une aryanisation de façade visant à sauvegarder l’intérêt des légitimes propriétaires, il ne s’y attarde pas [35] . Les années 1970-1980 voient ainsi naître une génération de travaux centrés sur l’Etat français, qui, parfois, par rapport à l’époque précédente, procèdent à un renversement de la hiérarchie des responsabilités : celles de Vichy semblent l’emporter sur celles de l’occupant nazi. Par exemple, on trouve ces lignes dans une publication de qualité : « Les mesures spoliatrices du régime de Vichy vont toujours plus loin et frappent toujours plus fort que les ordonnances allemandes qui les précèdent [36] . »

Cependant, la nouvelle tendance ne recueille pas toutes les adhésions. L’édition révisée de La destruction des Juifs d’Europe, parue aux Etats-Unis en 1985 et en France en 1988, en témoigne. Raul Hilberg n’a pas modifié son jugement depuis l’édition de 1961. Sur la France, il ajoute des précisions de fait qui ne modifient pas sensiblement le tableau d’ensemble. Un seul infléchissement, relevé en 2000 par Michael Marrus, porte sur la politique du gouvernement de Vichy à l’égard des juifs français, dont Hilberg dit en 1961 qu’elle a « réussi » « dans une large mesure (to no small extent) », appréciation qui devient, en 1985, « dans une certaine mesure (to some extent) [37]  ». Hilberg définissait la stratégie de Vichy comme une tentative de ce gouvernement, « dans ses réactions aux pressions allemandes », de « maintenir le processus de destruction dans certaines limites ». Il concluait en 1985 : « Dans une certaine mesure, cette stratégie a réussi. En livrant une part, on sauva une grande partie de l’ensemble. » Dans la deuxième édition, l’auteur ajoute aussi une référence à l’ouvrage de Michael Marrus et Robert Paxton en note de bas de page, à l’appui de la phrase par laquelle il indiquait déjà, en 1961, que : « […] Il arriva que le régime [de Vichy] s’oublie et frappe les Juifs avec plus de rudesse que ne l’auraient exigé les Allemands [38] . » Le débat, discret,  n’était donc pas clos. De son côté, l’ouvrage de Serge Klarsfeld, Vichy-Auschwitz, présentait également un tableau contrasté de la période : la politique allemande, celle de Vichy et l’opinion en France y constituent trois dimensions distinctes entre lesquelles des divergences s’affirment à partir de 1942-1943.

C’est dans cette période que les spoliations antisémites deviennent un objet de recherche autonome dans le monde universitaire. Le premier article à prendre de front le sujet est paru en 1982, sous la plume de Henry Rousso [39] . Distinguant la politique gouvernementale de sa mise en œuvre effective, montrant comment une politique de rationalisation et de concentration industrielle a tenté d’utiliser à ses fins la politique antisémite, repérant dans la société les accélérateurs comme les freins à cette politique, l’auteur fait entrer le sujet dans l’histoire économique et sociale.

On voit que la deuxième génération d’études n’est pas homogène. Nous l’avons définie par les publications qui rompent le plus nettement avec la phase précédente, mais l’historiographie ne progresse pas d’un seul pas. Les raisons du tournant historiographique sont multiples. La présence ou l’absence d’expérience vécue des auteurs joue un rôle dans l’écriture de l’histoire. Le phénomène de la « deuxième génération » interfère aussi, mais ce facteur explicatif n’a qu’une valeur relative. Par ailleurs, la philosophie sociale des auteurs exerce une influence. Les précurseurs s’attachaient aux structures et aux processus, et comptaient pour acquis l’effet d’engrenage qui transforme des citoyens ordinaires en persécuteurs. Pour les premiers auteurs – qui ont pu constater le fait en démocratie comme en dictature – la norme sociale est l’obéissance, quel que soit le régime en vigueur. Sauf pour ce qui concerne l’impulsion donnée d’en haut à la machine, la question des intentions leur paraît seconde. La deuxième génération intellectuelle, du moins dans sa partie la plus visible, ajoute à ces effets de structure l’intentionnalité antisémite comme moteur de l’histoire présent à chaque échelon de la société. Alors que les pionniers ont pour étalon le fonctionnement général, plus mécanique que moral, des sociétés, les successeurs prennent aussi pour critère d’évaluation la morale individuelle libérale.

Le débat reste d’actualité et traverse également les travaux de la troisième génération. Dans le cas français, cependant, il n’a pas donné lieu à une confrontation. Peut-être parce que l’opposition des conceptions n’est pas complète : le dosage peut varier, mais chaque ouvrage comporte une dose d’idéalisme et de réalisme, d’intentionnalisme et de fonctionnalisme. Le cas français n’a pas encore inspiré un ouvrage aussi caricatural que l’a été celui de Daniel Goldhagen, Les bourreaux volontaires de Hitler. Les Allemands ordinaires et l’Holocauste, paru en 1996. Ce livre affirmait l’existence d’un atavisme antisémite allemand et l’érigeait en principe d’explication du génocide. Il répondait à l’étude de Christopher Browning, Des hommes ordinaires. Le 101e bataillon de réserve de la police allemande  et la solution finale en Pologne, dans laquelle l’auteur soulignait au contraire le poids des structures sur les individus, jusque dans le groupe social de base où s’exerçait la « pression des pairs [40]  ».

La troisième génération : vers le désenclavement de l’objet ?

Une troisième génération d’études paraît dans les années 1990. Certaines de ces publications tendent à faire mieux connaître, dans son ensemble, la vie des juifs sous l’Occupation. Elles traitent de la spoliation en quelques pages ou en un chapitre. Elles ont notamment pour auteurs André Kaspi (1991), Asher Cohen (1993), Renée Poznanski (1997), Jean Laloum (1998) [41] . Dans cette série, un ouvrage plus tardif (2003) fait exception, qui, par force, imbrique pillage et vie des juifs, celui de Jean-Marc Dreyfus et Sarah Gensburger portant sur les trois camps créés par les Allemands dans Paris, Austerlitz, Lévitan et Bassano [42] .  Mais à côté des synthèses, d’autres travaux se concentrent sur les spoliations et les abordent sous l’angle de l’analyse des politiques publiques, par exemple de la politique artistique, culturelle ou économique, en la reliant au contexte des années 1930 [43] . Mis à part le décloisonnement chronologique, c’est un retour à l’historiographie des premiers temps, avec examen méthodique de « l’appareil » et du « processus ». L’évaluation de la contrainte allemande, la distinction entre le discours et la pratique, les heurts ou les convergences de la logique corporative et de la politique raciste, les luttes de pouvoir, les obstacles représentés par la subsistance du droit de propriété en dépit des empiètements du droit antisémite, tous ces facteurs, parfois contradictoires entre eux, sont maintenant soupesés par les études sectorielles. En 1993, René Rémond parlait de « l’émergence d’une troisième génération d’études » à l’occasion de la sortie du livre d’Asher Cohen [44] . Le sens qu’il donnait à cet ensemble de travaux – une sorte de juste milieu « à égale distance du silence par omission et de la surestimation » – ne conviendrait pas à l’historiographie des spoliations qui a commencé tôt et dont les analyses parfois divergentes restent potentiellement porteuses de controverses. En revanche, la moisson d’ouvrages des années 1990 constitue bien une troisième génération de publications.

Les nouvelles problématiques ne manquent pas. Certaines sont déjà explorées, d’autres esquissées seulement. C’est l’histoire économique qui, de manière compréhensible, est la plus avancée dans ce domaine. Dans un autre article de ce dossier, Michel Margairaz évoque ces travaux, qu’il a dirigés ou inspirés pour la plupart. Aussi n’y reviendrons-nous que brièvement. L’étude de branches professionnelles des années trente aux années cinquante montre comment certaines professions se sont emparées de « l’aryanisation » pour mener une politique corporatiste ou malthusienne souhaitée depuis la crise. Ainsi le comité d’organisation professionnelle des banques a pensé profiter de l’élimination des banques juives pour « rationaliser » le secteur en activant la concentration économique et géographique [45] . De manière plus accentuée, la branche du cuir, déjà protectionniste et discrètement xénophobe et antisémite avant la guerre, se saisit de l’opportunité offerte pour mener activement « l’aryanisation » du secteur. Plus de 80 % des entreprises dites juives de cette branche sont « aryanisées » pendant l’Occupation [46] . Le recadrage de la spoliation dans l’histoire économique et sociale de moyen terme met ainsi en lumière une rationalité mal perceptible autrement. Comme souvent, une politique a permis d’en loger une autre.

L’histoire comparée devrait aussi élargir la compréhension des politiques spoliatrices. Bien que la nouvelle campagne de restitutions menée à la fin des années 1990 ait suscité des travaux dans tous les pays d’Europe, la comparaison géographique n’en est qu’à ses premiers pas. Jean-Marc Dreyfus est l’auteur d’un premier essai comparatif portant sur les cas français, belge et néerlandais, qui montre bien les difficultés de ce type d’analyse à paramètres multiples [47] . Dans l’ensemble, les volumes à vocation comparative juxtaposent les cas nationaux plutôt qu’ils n’amorcent véritablement une comparaison [48] . Les raisons en sont multiples. L’obstacle linguistique en fait partie, car un sujet aussi technique exige une traduction de très haut niveau, ce qui n’est pas toujours le cas. Ensuite, une comparaison effective supposerait un travail commun entre spécialistes de différents pays, lequel reste à entreprendre. Pour le moment, la comparaison fait cependant ressortir une spécificité française : le caractère centralisé, étatique et relativement contrôlé du processus, qui contraste avec les spoliations décentralisées et privées que l’on observe en Europe centrale. Là, créant des sociétés à cette fin, des cadres du parti nazi s’enrichissent directement de la spoliation.

La comparaison pourrait aussi s’exercer avec d’autres spoliations, concomitantes ou non. Des travaux ont ouvert la piste, mais ils restent à consolider. Ils font apparaître des continuités car les techniques de spoliation ne sont pas en nombre illimité. En France, la spoliation des protestants préfigure celle des juifs, en ce qu’elle fait aussi appel à une institution nationale, celle des Fermiers généraux en l’occurrence [49] . Dans les années 1940, c’est la Caisse des dépôts et consignations qui recueille une large partie des produits de la spoliation des juifs, et des organisations franc-maçonnes [50] . Ces parallèles permettent de poser la question du comportement relatif des rouages administratifs traditionnels : la vitesse d’exécution est-elle plus grande dans un cas que dans l’autre ? Ils offrent aussi l’occasion de tempérer certaines interprétations intentionnalistes. Par exemple, lorsqu’on a repéré qu’au long du XXsiècle, la direction générale de l’Enregistrement, des Domaines et du Timbre, au ministère des Finances, a mis en œuvre aussi bien les inventaires des églises en 1906, la confiscation des biens des congrégations de 1910 à 1914 [51] , que la spoliation des juifs, celle des organisations franc-maçonnes et celle des personnalités de la France libre entre 1940 et 1944, la question n’est plus tellement de rechercher une intentionnalité politique, que d’analyser une culture administrative particulière. L’histoire de l’administration s’enrichirait de ces comparaisons. De la même façon, le souvenir des spéculations développées à l’occasion de la vente des biens nationaux et celui des procès intentés par les congrégations à l’Etat dans l’entre-deux-guerres, a pesé sur la rédaction de la loi du 22 juillet 1941. La mémoire de l’administration, longue, fait partie des paramètres en jeu.

Une autre voie s’ouvre à la recherche fondée sur les archives de la spoliation. Il faudrait les lire à l’envers, afin d’y rechercher les traces d’une résistance à cette politique. Le sujet a déjà été abordé pour le secteur bancaire et celui du cuir. On y voit que la célérité avec laquelle les banques ont obéi aux consignes de l’occupant en 1940-1941 cède la place à une application lente et inégale à partir de 1943 [52] . On constate aussi qu’une minorité d’administrateurs provisoires sont en fait les alliés du propriétaire dépossédé [53] . Ces remarques ne peuvent être faites qu’à travers une lecture détaillée et en série des archives professionnelles ou judiciaires. Une profession qui n’a pas été étudiée, celle des notaires, mériterait d’être examinée de ce point de vue. Le notariat est la seule profession qui ait, dans certains départements, protesté en tant que telle contre la spoliation [54] . Etait-ce la voix de ses intérêts ? Peut-être, dans la mesure où les procédures nouvelles lui ôtaient le monopole de la gestion des droits de propriété, mais ce n’est pas certain car la perspective d’un grand transfert de propriétés à l’échelle nationale pouvait aussi intéresser la profession.

En distinguant des générations intellectuelles dans l’historiographie des spoliations antisémites, nous avons nécessairement simplifié le tableau. La périodisation n’a qu’une valeur relative. La tension entre les interprétations fonctionnaliste et intentionnaliste persiste, de même que le débat sur la question de la société et de son rapport à la politique antisémite. Demeure également la diversité du choix des objets d’étude, transversaux ou concentrés sur un lieu ou une période. L’analyse se complique en outre du fait que génération intellectuelle et génération d’âge ne vont pas nécessairement de pair. D’une part, parce que des auteurs d’âge distinct peuvent émerger dans une même génération intellectuelle, et d’autre part, parce que les livres perdurent par-delà la succession des générations intellectuelles. Des ponts naissent qui peuvent sauter une génération. Par exemple, la troisième génération a hérité de la deuxième la mise en jeu du régime de Vichy, mais elle se rapproche de la première par l’attention qu’elle porte aux contradictions de la période. En outre, d’ici quelques temps, un quatrième cycle historiographique se dessinera certainement, qui, comme ses prédécesseurs et comme ses successeurs, se formera par différenciation, voire par opposition au cycle précédent.

Pour citer cet article : Claire Andrieu, « Ecrire l’histoire des spoliations antisémites (France, 1940-1944 », Histoire@Politique. Politique, culture, société, N°9, septembre-décembre 2009.

Notes :

Les grandes dates du régime de Vichy sur KronoBase : http://www.kronobase.org/dates-regime-de-vichy

[1] Gérard Lyon-Caen, Les spoliations, thèse de droit, Paris, 1945, 100 ff.

[2] Claire Andrieu, « Managing Memory : The Case of Occupied France », Cornell University, 13 septembre 1995.

[3] Pour plus de détails sur les deux contextes, cf. Claire Andrieu, « En France, deux cycles de politique publique : restitutions (1944-1954) et réparations (1997-…) », dans Constantin Goschler, Philipp Ther, Claire Andrieu (dir.), Spoliations et restitutions des biens juifs, Europe, XXe siècle, Paris, Autrement, 2007, p. 186-215.

[4] Spoliations et restitutions, Notes et études documentaires, 12 avril 1949, n°1107 et 1108, Paris, La Documentation française, 28 p. et 34 p. ; et Spoliations et restitutions des biens culturels publics et privés (Objets d’art ou précieux), 14 avril 1949, n°1109, 12 p. 

[5] Mission d’étude sur la spoliation des Juifs de France, Rapport général, Paris, La Documentation Française, 2000, p. 163-164 ; et Antoine Prost, Rémi Skoutelsky, Sonia Etienne, Aryanisation économique et restitution, Paris, Mission d’étude sur la spoliation des Juifs de France, La Documentation française, 2000, p. 168.

[6] Spoliations et restitutions, op. cit., p. 4-5.

[7] Cette bibliographie concerne les ouvrages, contributions et articles parus depuis 1940 et qui traitent principalement, accessoirement ou indirectement, des spoliations et des pillages antisémites réalisés en France. Sources : fichier du Centre de documentation juive contemporaine (fichier papier à « Spoliation » et à « Spoliation/Epuration/Réparation » et fichier informatique, à « Spoliation(s) » et « Restitution(s) ») ; fichier informatique de la Bibliothèque nationale de France, à « Spoliation des Juifs - France » ; fichier informatique de la Bibliothèque Cujas, à « Spoliation(s) » ; fichier informatique de la bibliothèque de Sciences Po, à « Spoliation(s) » ; bibliographie établie par Benn Williams et Tal Bruttmann, dans Tal Bruttmann (dir.) Persécutions et spoliations des Juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, Grenoble, PUG, Commission d’enquête de la Ville de Grenoble sur les spoliations des biens juifs, 2004, p. 123-192. Nous avons ajouté quelques ouvrages de notre connaissance.

[8] Noël Chahid-Nouraï (dir.), Rapport définitif établi par le Conseil du patrimoine privé de la Ville de Paris avec le concours de son groupe d’experts, Paris, 16 octobre 2000, 175 ff. + annexes.

[9] Il n’existe pas de grande thèse d’histoire sur le sujet de la confiscation des biens des protestants. L’ouvrage le plus utile est pour le moment une thèse de droit : Emmanuel Jahan, La confiscation des biens des religionnaires fugitifs, de la Révocation de l’Edit de Nantes à la Révolution, Paris, LGDJ, 1959, 138 p.

[10] Bernard Bodinier, Eric Teyssier, avec la participation de François Antoine, L’événement le plus important de la Révolution, la vente des biens nationaux, Paris, Société des études robespierristes et CTHS, 2000, 501 p.

[11] Götz Aly, Comment Hitler a acheté les Allemands : le Troisième Reich, une dictature au service du peuple, Paris, Flammarion, traduction Marie Gravey, 2005.

[12] Cf. Jean-Marc Dreyfus, « Hitler a-t-il acheté les Allemands ? », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, janvier-mars 2007, n°93, p. 93-99.

[13] Cf. Jean-Pierre Le Crom, ouvrage à paraître sur les organismes officiels de secours sous l'Occupation : le montant exacte perçu par le COSI en provenance de l'amende est de 664 millions de francs ; Claire Andrieu, Rapport rédigé avec la collaboration de Cécile Omnès, et alii, La spoliation financière, Paris, Mission d’étude sur la spoliation des Juifs de France, La Documentation française, 2000, volume 1, p. 60-63.

[14] Philippe Verheyde, Les mauvais comptes de Vichy. L’aryanisation des entreprises juives, Paris, Perrin, 1999, 564 p.

[15] Claire Andrieu, Rapport rédigé avec la collaboration de Cécile Omnès, et alii, La spoliation financière, op. cit., p. 20-21.

[16] Joseph Billig, Le Commissariat général aux Questions juives, 1941-1944, Paris, Les Editions du Centre, 3 volumes, 1955, 1957, 1960, 388, 380 et 340 p.

[17] Un exemple intéressant : Max Heilbronn, Galeries Lafayette, Buchenwald, Galeries Lafayette, Paris, Economica, 1989, 170 p. 

[18] Albert Grunberg, Journal d’un coiffeur juif à Paris sous l’Occupation, Introduction de Laurent Douzou, textes annotés de Jean Laloum, Paris, Editions de l’Atelier, 2001, 352 p.

[19] Xavier Vallat, Le nez de Cléopâtre, avec une préface de Charles Maurras, Paris, Les Quatre fils Aymon, 1957 ; et Joseph-Barthélémy, Ministre de la Justice, Vichy 1941-1943, Paris, Pygmalion/Gérard Watelet, 1989, 643 p.

[20] Hélène Berr, Journal, Paris, Tallandier, 2008, 289 p.

[21] Annette Wieviorka, L’ère des témoins, Paris, Plon, 1998, 185 p.

[22] Raul Hilberg, The Destruction of European Jews, Chicago, Quadrangle Books, 1961, 788 p.

[23] Raul Hilberg, The Politics of Memory, The Journey of a Holocaust Historian, 1996, 208 p. Raul Hilberg est décédé en 2007.

[24] Sur le fonctionnement interne du CGQJ, voir aussi Laurent Joly, Vichy dans la solution finale : histoire du Commissariat général aux questions juives, 1941-1944, Paris, Grasset, 2006, 1 014 p.

[25] Cf. « Le Prix de la Mémoire », Le Monde Juif, n°132, p. 212 –213 ; et Serge Klarsfeld, « Joseph Billig », Le Monde Juif, n°151, p. 233-236. Joseph Billig est décédé en 1994.

[26] Joseph Billig, Le Commissariat général aux questions juives, vol. III, p. 323.

[27] Raul Hilberg, La destruction des Juifs d’Europe, édition française, Paris, Gallimard, coll. "Folio Histoire", 1991, p. 523. Citation également présente dans les éditions américaines de 1961, p. 389, et 1985, p. 660.

[28] Ibidem, p. 532-533 et p. 563. Passages également présents dans les éditions américaines de 1961 et 1985.

[29] Joseph Billig, Le Commissariat général aux questions juives, op. cit. vol. III, p. 267-271.

[30] Raul Hilberg, op. cit., p. 532. Citation également présente dans les éditions américaines de 1961 et 1985.

[31] Michael Marrus, «  Vichy et les Juifs : quinze ans après », dans Sarah Fishman, Laura Lee Downs, Ioannis Sinanoglou, Leonard Smith (dir.), La France sous Vichy. Autour de Robert O. Paxton, 2000, Bruxelles, Complexe, 2004 pour l’édition française, p. 49-62.

[32] Serge Klarsfeld, Vichy-Auschwitz. Le rôle de Vichy dans la solution finale de la question juive en France, 1940-1944, Paris, Fayard, vol. 1 et 2, 1983 et 1985, 543 p. et 408 p.

[33] Michael Marrus & Robert Paxton, Vichy et les Juifs, Paris, Calmann-Lévy, 1981, p. 144-153 et p. 271-272.

[34] Michael Marrus & Robert Paxton, op. cit., p. 149. La formule entre guillemets est une citation de Xavier Vallat.

[35] Michael Marrus & Robert Paxton, op. cit., p. 150

[36] David Douvette, «  La spoliation des Juifs de France », dans Actes du colloque du 1er octobre 1990 organisé par le CDJC. Il y a 50 ans : le statut des Juifs de Vichy, Paris, Publications du CDJC, 1991, p. 61.

[37] Raul Hilberg, op. cit., 1961, p. 389; 1985, p. 609; 1988, p. 523. Relevé par Michael Marrus, dans Sarah Fishman et al. (eds), p. 60.

[38] Raul Hilberg, op. cit., p. 524. Citation également présente dans les deux éditions américaines précédentes.

[39] Henry Rousso, « L’aryanisation économique. Vichy, l’occupant et la spoliation des Juifs », Yod, revue d’études hébraïques, modernes et contemporaines, n°15-16, 1982, p. 51-60 ; reproduit dans Henry Rousso, Vichy, l’événement, la mémoire, l’histoire, Paris, Seuil, « Folio », 2001, p. 109-147.

[40] Daniel Jonah Goldhagen, Les bourreaux volontaires de Hitler. Les Allemands ordinaires et l’Holocauste, trad. Paris, Seuil, 1997, 579 p. ; Christopher Browning, Des hommes ordinaires. Le 101bataillon de réserve de la police allemande  et la solution finale en Pologne, trad. Paris, Les Belles Lettres, 1994, 284 p.

[41] André Kaspi, Les Juifs pendant l’Occupation, Paris, Seuil, 1991, 375 p. ; Asher Cohen, Persécutions et sauvetages. Juifs et Français sous l’Occupation et sous Vichy, Paris, Cerf, 1993, 522 p. ; Renée Poznanski, Les Juifs en France pendant la seconde guerre mondiale, Paris, Hachette, 1997, 712 p. ; Jean Laloum, Les Juifs français dans la banlieue parisienne, Paris, CNRS, 1998, 447 p.

[42] Jean-Marc Dreyfus et Sarah Gensburger, Des camps dans Paris. Austerlitz, Lévitan, Bassano, juillet 1943-août 1944, Paris, Fayard, 323 p.

[43] Cf. notamment : Claire Andrieu, La Banque sous l’Occupation. Paradoxes de l’histoire d’une profession, 1936-1946, Paris, Presses de la FNSP, 1990, 331 p. ; Philippe Verheyde, Les mauvais comptes de Vichy. L’aryanisation des entreprises juives, Paris, Perrin, 1999, 564 p. ; Jean-Marc Dreyfus, Pillages sur ordonnances. Aryanisation et restitution des banques en France, 1940-1953, Paris, Fayard, 2003, 475 p. ; Hervé Joly (dir.), Les comités d’organisation et l’économie dirigée du régime de Vichy, Caen, CRHQ, 2005, 320 p. ; Florent Le Bot, La fabrique réactionnaire : corporatisme, antisémitisme et spoliations dans le monde du cuir en France, 1930-1950, Paris, Presses de Sciences Po, 2007, 399 p.

[44] René Rémond, préface au livre d’Asher Cohen Persécutions et sauvetages. Juifs et Français sous l’Occupation et sous Vichy, Paris, Cerf, 1993, p. I.

[45] Cf. Claire Andrieu, La Banque sous l’Occupation…, op. cit.

[46] Cf. Florent Le Bot, La fabrique réactionnaire…, op. cit.

[47] Jean-Marc Dreyfus, « Le pillage des biens juifs dans l’Europe occidentale occupée : Belgique, France, Pays-Bas », dans Constantin Goschler, Philipp Ther, Claire Andrieu (dir.), Spoliations et restitutions des biens juifs, Europe, XXsiècle, op. cit., p. 75-97.

[48] Alya Aglan, Michel Margairaz, Philippe Verheyde (dir.), La Caisse de dépôts et consignations, la Seconde Guerre mondiale et le XXsiècle, Paris, Albin Michel, 2003, 670 p. ; Jean-Marc Dreyfus et Georges Bensoussan (dir.), Spoliations en Europe, numéro spécial de la Revue d’histoire de la Shoah, Paris, n° 186, janvier-juin 2007, 508 p. ; Constantin Goschler, Philipp Ther, Claire Andrieu (dir.), Spoliations et restitutions des biens juifs, Europe, XXsiècle, op. cit.

[49] Cf. Claire Andrieu, « Etablir, abolir et rétablir la concitoyenneté. L’Etat et les minorités protestantes et juives, XVI°-XX° siècles », dans Didier Maus et Odile Rudelle (dir.), La Normandie constitutionnelle, Paris, Economica, 2008, p. 353-368.

[50] Cf. Olivier Dard, « La spoliation des biens maçonniques », dans Alya Aglan, Michel Margairaz et Philippe Verheyde (dir.) , op. cit., p. 305-323.

[51] Cf. Bernard Delpal, « L’application des lois anticongréganistes. Eléments pour un bilan, 1901-1914 », dans Patrick Cabanel et Jean-Dominique Durand (dir.), Le grand exil des congrégations religieuses françaises, 1901-1914, Paris, Cerf, 2005, p. 59-87.

[52] Claire Andrieu, « Les banques et la spoliation des déposants, 1940-1944 : acteurs ordinaires en régime autoritaire », dans Michel Margairaz (dir.), Banques, Banque de France et Seconde Guerre mondiale, Paris, Albin Michel, 2002, p. 87 –129.

[53] Florent Le Bot, « Sauvetage et intérêts. Protéger des biens pour sauver des personnes ? », dans Jacques Semelin, Claire Andrieu et Sarah Gensburger (dir.), La résistance aux génocides. De la pluralité des actes de sauvetage, Paris, Presses de Sciences Po, 2008, p. 131-146.

[54] Joseph Billig, Le Commissariat général aux questions juives, op. cit., vol. III, p. 103, 121, 157, 250-252.

 

Claire Andrieu

Claire Andrieu est professeur des universités en histoire contemporaine à l’Institut d’études politiques de Paris (Sciences Po). Elle a notamment publié : Les Banques sous l’Occupation. Paradoxes de l’histoire d’une profession, 1936-1946 (Presses de Sciences Po, 1990) ;  en collaboration, La Spoliation financière, Mission d’étude sur la spoliation des Juifs de France, (La Documentation française, 2000). Elle a dirigé ou codirigé les ouvrages suivants : le recueil des textes officiels allemands et français, La Persécution des Juifs de France et le rétablissement de la légalité républicaine, 1940-1999 (La Documentation française, 2000) ; Spoliations et restitutions des biens juifs en France au XXe siècle (Autrement, 2007), en codirection avec Constantin Goschler et Philipp Ther, ouvrage paru en allemand en 2003 et en anglais en 2007 ; La Résistance aux génocides, en codirection avec Jacques Semelin et Sarah Gensburger (Presses de Sciences Po, 2008), à paraître en anglais en 2010 chez Hurst / Columbia University Press.

 

Mots clefs : Allemands ; gouvernement de Vichy ; spoliation ; antisémite ; juifs ; historiographie ; génération ; témoignages ; génocide.

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  • ISSN 1954-3670