Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Les entourages des chefs de l'Etat de Mac-Mahon à Valéry Giscard d'Estaing

Coordination : Gilles Le Béguec et Christine Manigand

L'entourage de Charles de Gaulle président du GPRF à Paris (25 août 1944-21 janvier 1946)

Bernard Lachaise
Résumé :

A Paris, à la Libération, l’entourage du général de Gaulle président du GPRF, compte une soixantaine de membres, autour du cabinet du Président dirigé par Gaston Palewski. Ces (...)

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Un entourage ou plusieurs entourages ? Georges Pompidou, qui a appartenu au cabinet civil du président du GPRF, en évoque « au moins trois : le secrétariat général du Gouvernement (…), les officiers d’ordonnance ensuite (…), enfin, le Cabinet divisé lui-même en cabinet civil et cabinet militaire [1] ». Seul « le Cabinet » dans toutes ses dimensions – celui du Président dont les officiers d’ordonnance, le cabinet civil et le cabinet militaire », c’est-à-dire les collaborateurs les plus directs du général de Gaulle, fait l’objet de cette étude [2] . Le cabinet du général de Gaulle au temps du Gouvernement provisoire de la République française à la Libération, à Paris (25 août 1944-21 janvier 1946) n’est pas terra incognita pour les historiens mais il s’agit ici, dans le cadre d’une réflexion sur les entourages politiques, de mettre l’accent sur les hommes qui le composent, leur sociologie, leur passé, leur recrutement et leur devenir [3] . Si une majorité des membres du cabinet du Président est entrée dans l’histoire ultérieure de la République, à l’image du directeur de cabinet, Gaston Palewski, des directeurs adjoints, René Brouillet, Geoffroy de Courcel, Louis Vallon, de chargés de mission comme Michel Debré, André Malraux ou Jean Monnet et de quelques membres du cabinet civil comme Etienne Burin des Roziers, Jean-Marc Boegner, Jean Sauvagnargues, Jean Donnedieu de Vabres, Claude Mauriac ainsi, bien sûr, que de Georges Pompidou, les autres sont, pour la plupart, moins connus et largement oubliés [4] .

Avant d’étudier la physionomie générale de l’entourage, les voies d’accès qui y mènent et le destin de ses membres une fois qu’ils en sont sortis, il est nécessaire de décrire les conditions dans lesquelles le cabinet du général de Gaulle a vécu et fonctionné au temps du GPRF.

Un cabinet dans un contexte politique et institutionnel exceptionnel

Les témoignages mettent en avant le caractère original de la vie du cabinet caractérisée par quatre points : un contexte de guerre jusqu’en mai 1945, l’ampleur de la tâche, l’extraordinaire activité et enfin, les difficultés de fonctionnement.

Le chef du GPRF et son cabinet sont installés rue Saint-Dominique, au siège du ministère de la Guerre, dans l’hôtel de Brienne que de Gaulle a connu dans l’exercice de ses seules fonctions gouvernementales précédentes, en juin 1940. C’est un choix : « Je campe ici, vous comprenez pourquoi ?, dit-il à Joxe. La guerre n’est pas terminée, il faut qu’on le sache pour le cas où l’on aurait tendance à l’oublier, et puis le ministère de la Guerre, c’est Clemenceau… » Mais il y a une autre raison aussitôt avouée par de Gaulle : « Je vous cède l’hôtel Matignon, j’y retrouverais trop de souvenirs pénibles [5] . »

Pour ce cabinet, la tâche est immense car en plus de la guerre qui continue durant les huit premiers mois, il s’agit ni plus ni moins de participer, avec le président du GPRF et le gouvernement, à la reconstruction de la France. Gaston Palewski, directeur du cabinet du Président, l’a raconté : « Quand nous sommes arrivés à Paris, le grand problème qui se posait, c’étaient, avec la remise en train du pays et la mise en marche d’une administration comptant un certain nombre d’éléments nouveaux, la transformation des anciens journaux et la préparation d’une Constitution nouvelle, les relations avec la Résistance intérieure » avant d’ajouter : « d’immenses difficultés nous attendaient tant sur le plan matériel que sur le plan politique : des choix politiques très délicats à faire, devaient, au premier chef, être préparés par nous [6] ».

L’activité est, par conséquent, très intense. Jean Donnedieu de Vabres insiste sur « la situation d’extrême urgence dans laquelle nous étions placés, avec un rythme de deux conseils des ministres par semaine. Quand on regarde l’ampleur des réformes qui ont été réalisées au cours des seize mois de vie du gouvernement, on peut facilement mesurer le poids de la tâche (…) ; le rythme de travail était d’une rapidité extraordinaire : deux conseils des ministres par semaine, le mardi et le vendredi et de nombreux conseils spécialisés [7] … »

Mais, plusieurs témoignages ne cachent pas un certain nombre de difficultés de fonctionnement dues à deux facteurs principaux : la séparation géographique entre, d’un côté, de Gaulle et son cabinet, installés rue Saint-Dominique et d’un autre côté, le secrétariat général du gouvernement, installé à Matignon et la rivalité d’influence entre Gaston Palewski, directeur du cabinet du général de Gaulle et Louis Joxe, secrétaire général du gouvernement [8] . Jean Massot a décrit les conséquences de la double structure et de l’éloignement – même relatif – des deux dans ce qu’il appelle « les conflits administratifs » : « de nombreux documents témoignent que l’articulation entre cabinet et secrétariat général (…) se faisait assez mal et que le cabinet du chef du GPRF était souvent saisi très tardivement des projets de textes qui allaient être inscrits à l’ordre du jour du Conseil des ministres (…) », même si la situation s’améliore quand Jean Donnedieu de Vabres, en assistant aux réunions à Matignon, peut faire le lien plus facilement avec la rue Saint-Dominique [9] . Jean Donnedieu de Vabres a très tôt ressenti la difficulté : « moi qui étais placé un peu à la charnière entre la rue Saint-Dominique et Matignon, je sentais peu à peu naître une rivalité entre les deux maisons et il y avait déjà en somme les germes de ce qui a toujours été ensuite la rivalité entre l’Elysée et Matignon alors même qu’il n’y avait pas à l’époque ni de Premier ministre, ni de président du Conseil [10] ». Mais, aux conflits liés aux structures complémentaires mais concurrentes, s’ajoutent des questions de personnes : « il existait une certaine rivalité entre ces deux personnalités qu’étaient Joxe et Palewski, l’un et l’autre très proches du Général mais chacun résolu à toujours informer le premier le Général des faits importants. D’où quelques incidents (…) mais aussi une ardente et fertile émulation [11] ! »

Un entourage d’une soixantaine de membres répartis en trois structures

En dehors du secrétariat général du gouvernement, exclu ici de l’étude, l’entourage se compose, comme à Londres puis à Alger, de trois structures : le cabinet du Président, le cabinet civil et le cabinet militaire. La liste officielle globale fait apparaître soixante-cinq personnes au total dans l’entourage, rue Saint-Dominique, treize au cabinet du Président, le cœur du dispositif, vingt-et-un au cabinet civil [12] . L’entourage se révèle donc beaucoup plus nombreux qu’à Londres (seize membres) ou à Alger (dix-huit). En réalité, l’effectif a fluctué, entre août 1944 et janvier 1946, en fonction de nombreux départs et arrivées, certains membres du cabinet n’occupant leur poste que pour une durée assez courte car l’équipe est constituée en plusieurs temps et s’étoffe progressivement [13] . Plus d’une dizaine de membres, supplémentaires, « officiels », figurent dans l’entourage du général de Gaulle [14] . Un bref passage ou une situation d’ « officieux » peut aussi conduire à des oublis. Ainsi, Georges Gorse n’est pas cité dans les documents officiels mais poursuit une collaboration avec de Gaulle commencée au cabinet à Alger en mai 1943 [15] .

Comme à Londres et à Alger, le cabinet du Président constitue le cœur de l’entourage, au centre de la décision politique. Le directeur du cabinet, Palewski, en a témoigné : « Les questions politiques ont été plus particulièrement de mon ressort, aidé de Pompidou, Debré, Brouillet et Henri Monnet chargé plus particulièrement de l’action électorale [16] . » Les chargés de mission s’occupent d’organes annexes au cabinet : la réforme de la fonction publique et la création de l’ENA pour Debré, le comité d’Afrique du Nord pour Spillman, le comité d’Indochine pour Langlade et le commissariat général au Plan pour Monnet. Quant aux officiers d’ordonnance, ils étaient, selon la formule de Pompidou : « maîtres des audiences et, par là, susceptibles de jouer un rôle important en certaines circonstances : le lieutenant Claude Guy en particulier était maître dans l’art de provoquer des demandes d’audience et d’en oublier d’autres [17] ».

Le cabinet civil, quant à lui, est chargé des liaisons avec les départements ministériels ce qui explique l’attribution d’un secteur à chaque membre. Parmi les membres dont le rôle est essentiel figure Jean Donnedieu de Vabres qui assure la liaison entre l’hôtel de Brienne et l’hôtel Matignon : « j’assistais aux réunions que le Secrétariat général tenait pour la préparation des conseils des ministres et informais le cabinet du Général des projets en cours [18] ». Enfin, le cabinet militaire, « sans grande influence politique, mais accablé des problèmes que posaient la reconstruction de l’armée française en pleine guerre et l’amalgame de l’ancienne armée et des éléments issus des FFI », s’avère pléthorique, dominé par celui qui l’a dirigé au début, le lieutenant-colonel Henry de Rancourt [19] .

Dans cet entourage abondant, quelques membres jouent un rôle majeur et essentiel. Il s’agit, d’abord, du directeur de cabinet, Gaston Palewski, une des « quatre colonnes » de l’action du Général au temps du GPRF, un des rares – avec le secrétaire général du gouvernement, le chef d’Etat-major et celui des services spéciaux - qui figurent parmi les interlocuteurs principaux et quotidiens du chef du gouvernement [20] . Son bureau est, selon Claude Mauriac, « le saint des saints [21] ». Dans ses mémoires, Pompidou lui rend hommage, évoquant « son travail considérable », « son intelligence brillante » et « un vrai sens politique [22] ». Puis, viennent René Brouillet et Louis Vallon, directeurs adjoints et deux hommes dont la place ne se limite pas à leur fonction initiale dans l’organigramme, Michel Debré et Georges Pompidou. Les rôle des premiers sont clairs : « les questions politiques et l’administration intérieure » pour Brouillet et « la politique économique et financière et les relations avec les ministères techniques » pour Vallon. Quant à Debré, son « activité a tout de suite débordé sur le plan de la création politique [23] ». Pompidou a raconté sa « promotion » : « petit à petit, je glissai vers la politique (…). Petit à petit, Gaston Palewski, qui ne s’entendait pas très bien avec René Brouillet, s’adressait davantage à moi. Il m’appela à l’honneur de participer à la réunion du cabinet du matin. Il écoutait volontiers mes remarques [24] . » Plusieurs autres membres du cabinet ont confirmé la place croissante prise par Pompidou : Etienne Burin des Roziers dit qu’« il était devenu en quelque sorte irremplaçable » et le général Alain de Boissieu qu’« il y avait déjà en lui l’homme de gouvernement [25] ». Ces hommes, très différents, sont-ils représentatifs de l’ensemble des membres du cabinet ?

Des hommes jeunes majoritairement engagés dans le service de l’Etat

Force est de constater qu’en dehors du personnel du secrétariat, entièrement féminin à l’exception de Claude Mauriac, et du service de presse, largement féminin, l’entourage est un monde masculin [26] . Seul Pompidou évoque les figures féminines du cabinet, rendant notamment hommage à Marguerite Milliez, chef du secrétariat qui « consacrait une énergie de fer et une clarté d’esprit rare à un certain nombre de tâches inégales en importance, dont la moins ingrate n’était pas d’essayer de mettre de l’ordre dans les papiers de Gaston Palewski [27] ». Une seule femme exerce les fonctions de chargée de mission, Georgette Soustelle mais elle quitte le cabinet en juin 1945, peu après la nomination de son mari, Jacques Soustelle, comme ministre de l’Information [28] .

L’entourage se caractérise par la jeunesse de ses membres, du moins selon les sources accessibles qui concernent à peu près les deux tiers des membres. Plus de la moitié des membres du cabinet ont moins de quarante ans : le groupe le plus nombreux est constitué des trentenaires, à eux seuls au moins un tiers de tout l’entourage (dont Brouillet, Pompidou, Debré, Burin des Roziers…), suivis à part égale soit plus d’une dizaine, des moins de trente ans (dont Donnedieu de Vabres, Sauvagnargues, Elisabeth de Miribel, Touchard…) et des quadragénaires, comme Palewski, Vallon, Malraux, Henri Monnet, Rémy… Le plus âgé du groupe n’est autre que Jean Monnet – né en 1888 – et les plus jeunes sont Jean Donnedieu de Vabres, Jean Touchard (nés en 1918) et René Tomasini, Jean-Pierre Giraudoux (nés en 1919). La moyenne d’âge du seul cabinet du Président est de trente-neuf ans et celle du cabinet civil de trente-six ans seulement. La jeunesse de l’équipe constitue un gage de dynamisme pour affronter la lourde tâche qui attend le cabinet.

Mais à la jeunesse s’ajoute, pour beaucoup, la compétence acquise par de solides études. Pour l’ensemble de l’entourage, il faut souligner la diversité des formations, peut-être plus utile encore dans un cabinet qui doit faire face à des tâches aussi amples : six anciens de Saint-Cyr, deux de Polytechnique, trois issus de l’ENS, trois de l’Ecole navale, dix diplômés de l’Ecole libre de Sciences politiques côtoient une dizaine de membres formés dans des facultés de Droit et une poignée en Lettres dont Sauvagnargues, agrégé d’allemand et un certain nombre de « simples » bacheliers. Parmi la quinzaine de membres du cabinet du Président figurent une majorité de diplômés de l’enseignement supérieur dont un ancien élève de l’ENS (Brouillet), un polytechnicien (Vallon), cinq diplômés de Sciences Po. La cabinet civil, quant à lui, compte, entre autres, un polytechnicien (Ruais), deux anciens élèves de l’ENS (Pompidou, Touchard), cinq diplômés de Sciences Po et trois diplômés en Droit.

L’entourage compte une majorité de militaires et cela contribue sûrement à la remarque teintée d’« ironie un peu gênée » de Malraux à Claude Mauriac : « que de généraux ! », même si les officiers ayant atteint ce grade étaient fort peu nombreux rue Saint-Dominique [29] . Cela s’explique par l’ampleur du cabinet militaire et aux officiers d’ordonnance du cabinet du Président. Si l’armée de Terre est plus largement représentée (notamment par le général Chomel), l’armée de l’Air et la Marine ne sont pas absentes, la première notamment par les officiers supérieurs Rancourt et Soufflet) et la seconde par le contre-amiral Paul Ortoli. Parmi les civils, le poids des serviteurs de l’Etat est dominant : des hauts fonctionnaires (Brouillet, Debré, Donnedieu de Vabres), des diplomates (Boegner, Burin des Roziers, Geoffroy de Courcel), des professeurs comme Desmouliez, Pompidou, Sauvagnargues, Touchard, Soustelle… A côté d’une majorité d’hommes appartenant à l’armée ou au service public, figurent des journalistes (Giron, Herpin, Mauriac), des ingénieurs (Ruais, Vallon) et des hommes du secteur privé (Funck-Brentano, Gudin du Pavillon, Malraux, Jean et Henri Monnet, Rémy). Mais ni l’âge, ni le niveau d’études, ni la profession ne sont les critères suffisants, ni même dominants de l’appartenance au cabinet du général de Gaulle en 1944.

Aux sources du recrutement de l’entourage : Gaston Palewski et la Résistance

Le cabinet du général de Gaulle fait l’amalgame entre plusieurs entourages d’une part, de celui de Paul Reynaud sous la IIIe République à ceux du général de Gaulle à Londres puis à Alger soit la France libre et combattante et d’autre part, des hommes issus de la Résistance intérieure et plus rarement des hommes sans engagement résistant. Ces diverses strates se superposent et se recoupent souvent, l’exemple le plus remarquable mais exceptionnel étant celui de Gaston Palewski, directeur de cabinet de Reynaud, puis directeur des affaires politiques de la France Libre (septembre 1940-février 1941) et directeur de cabinet du général de Gaulle de septembre 1942 au 21 janvier 1946 [30] .

Le premier noyau de l’entourage, le plus ancien, provient de l’entourage de Reynaud dont il ne faut pas oublier le soutien à de Gaulle à la fin des années 1930 et la décision de nommer de Gaulle sous-secrétaire d’Etat à la guerre le 6 juin 1940. Gaston Palewski, lui-même, se situe dans le sillage de Reynaud, dès 1928, d’abord en tant que secrétaire parlementaire du groupe de l’Alliance républicaine démocratique, puis directeur de cabinet quand Reynaud devient ministre du gouvernement Daladier en avril 1938 [31] . C’est, d’ailleurs, grâce à sa participation à l’entourage de Reynaud que Palewski a fait la connaissance du général de Gaulle, en étant le témoin de la première rencontre entre Reynaud et de Gaulle le 5 décembre 1934 [32] . Michel Debré a lui aussi appartenu au cabinet du ministre de Reynaud à compter de novembre 1938. En 1944, c’est Debré qui suggère à Palewski en quête d’un directeur adjoint de cabinet le nom de René Brouillet – qu’il a connu au Comité général des études en 1943 – avant de rejoindre plus tard lui même la rue Saint-Dominique au printemps 1945 [33] . Enfin, un dernier membre du cabinet de Gaulle est issu de celui de Reynaud, Roger Giron qui a appartenu à divers cabinets ministériels depuis le début des années 1930.

La deuxième strate de l’entourage au temps du GPRF est formée par les collaborateurs du général de Gaulle entre 1940 et 1944. En premier lieu vient Geoffroy de Courcel, aide de camp du général au cabinet du sous-secrétaire d’Etat à la Guerre du 6 au 16 juin 1940. Puis figurent trois membres du cabinet du chef de la France libre à Londres : Courcel, chef de cabinet de juin 1940 à août 1941 et l’officier de marine Paul Ortoli, chef de l’Etat-major particulier de septembre 1941 à mai 1942 et l’officier de l’Air, Henry de Rancourt, membre de l’Etat-major particulier. A ces hommes, il faut ajouter Elisabeth de Miribel, Louis Vallon, Pierre Ruais et François Boissière qui figurent dans les équipes de la France libre [34] . Plus nombreux encore – six – sont les membres du cabinet de 1944-1946 issus de l’entourage du général de Gaulle à la tête du CFLN puis du GPRF, à Alger puis à Paris, entre mai 1943 et août 1944 : il s’agit, en plus de Palewski (directeur) et Courcel (directeur-adjoint), de Georges Gorse et d’Elisabeth de Miribel au cabinet civil, et de Charles de Guyon de Pampelonne et Etienne Burin des Roziers, au cabinet militaire. Sans appartenir au cabinet, Christian Funck-Brentano travaille au service de presse auprès du Général à Alger et Robert Victor est délégué au commissariat à l’Information. Enfin, on ne saurait oublier Jean Monnet, membre du CFLN dans lequel il était commissaire en charge de l’armement, des approvisionnements et de la construction.

Enfin, la troisième strate – la plus nombreuse soit environ les trois quarts – de l’entourage du président du GPRF est constituée d’hommes n’ayant jamais appartenu à l’entourage de Reynaud, ni à celui de Charles de Gaulle durant la guerre mais majoritairement issue de la Résistance. Au total – y compris, bien sûr, les collaborateurs déjà cités à Londres et à Alger –, l’entourage au temps du GPRF compte au moins deux tiers de résistants, pour la plupart choisis dans l’élite de la Résistance. Ainsi, quatorze membres du cabinet sont des compagnons de la Libération et trente – dont huit des compagnons de la Libération – reçoivent aussi la médaille de la Résistance (presque un sur deux) [35] . La majorité des membres de l’entourage ont rallié la France libre ou combattante (comme Boissieu, Chavanac, Giraudoux, Guy, Simon, Soufflet, Georgette Soustelle, Tomasini, etc.), mais les hommes issus de la résistance intérieure ne sont pas absents : en plus de Debré et de Brouillet, tel est le cas d’Henri Menahem, de Jean Donnedieu de Vabres ou d’Henri Monnet. Pour quelques-uns, le Comité général d’études a été lieu de rencontre : Debré en a été un des neuf membres, Brouillet et Donnedieu de Vabres, jeunes hauts fonctionnaires, le premier à la Cour des comptes, le second au Conseil d’Etat ont été appelés à collaborer à ses travaux fin 1943-début 1944 [36] . Enfin, non négligeable est la place des hommes qui n’ont aucun titre de résistant, à l’image de Georges Pompidou. Finalement, Pompidou résume très justement le processus de sélection des membres de l’entourage en 1944-1945 : « le choix des collaborateurs du Cabinet se discutait entre Palewski et Brouillet, avec le souci de la compétence certes, mais aussi de l’équilibre entre les équipes de Londres et les hommes de l’intérieur [37] ».

Le rôle de Gaston Palewski dans la formation du cabinet du président du GPRF a toujours été souligné et notamment par René Brouillet : « Le Général (…) laisse à Gaston Palewski le soin de recruter le complément de collaborateurs appelés à servir auprès de lui au sein du Cabinet [38] … » Faut-il aller jusqu’à dire que « c’est Gaston Palewski qui recrute les collaborateurs du général de Gaulle [39] » ? Certes, Palewski assure le lien, la permanence entre les diverses strates de l’entourage, appartenant lui-même à toutes et de plus, en tant que directeur de cabinet, tout passe par lui. Mais l’origine du recrutement est plus complexe et s’effectue le plus souvent indirectement par l’intermédiaire de quelques personnes qui servent d’agents recruteurs ou au moins de « parrains » facilitant l’accès à l’entourage : Debré, Brouillet, Vallon d’une part, tous trois membres de l’entourage et le général Corniglion-Molinier, d’autre part.

Si Debré est à l’origine directe du choix de Brouillet et de René Tomasini, qu’il avait choisi pour directeur de cabinet en tant que commissaire de la République à Angers, c’est Brouillet qui amène au cabinet, son ami Georges Pompidou, bien sûr mais aussi un autre normalien, Jean Touchard et un conseiller d’Etat, Jean Donnedieu de Vabres [40] . Quant à Vallon, c’est lui qui amène avec lui un autre polytechnicien, Pierre Ruais qui combat à ses côtés depuis 1944. Enfin, moins connu, plus lointain, est le rôle de Corniglion-Molinier qui conduit, par ses contacts, quatre hommes dans l’entourage du général de Gaulle : André Malraux, Claude Guy, Claude Mauriac et Henri Monnet. La première rencontre, en août 1945, entre de Gaulle et Malraux est « due à l’initiative conjointe d’Edouard Corniglion-Molinier, ami de Malraux et de Gaston Palewski [41] ». C’est à l’initiative de Corniglion-Molinier, commandant des Forces aériennes de l’Atlantique que le lieutenant Claude Guy, engagé dans les FAFL, se présente, le 15 juin 1944, au cabinet du général de Gaulle qui cherche un aide de camp [42] . Claude Guy contribue, à son tour, avec Palewski et Corniglion-Molinier à la rencontre de Gaulle-Malraux, déjà évoquée [43] . Et c’est encore Claude Guy qui sollicite Claude Mauriac, dès le 26 août 1944, en lui proposant « un poste auprès du général de Gaulle » et le fils du célèbre écrivain « accepte à titre provisoire et officieux » le lendemain [44] . Enfin, Henri Monnet, ancien collaborateur de Georges Mandel, auréolé d’un beau parcours dans la résistance, doit à son amitié avec Corniglion-Molinier d’être introduit au cabinet du général de Gaulle où il est chargé de la démobilisation des FFI avant de prendre en charge les affaires électorales [45] .

Force est de constater que nombre des membres de l’entourage du général de Gaulle en 1944-1946 sont restés fidèles et ont inscrit leur nom et leur marque parfois dans l’histoire du gaullisme, au plus haut niveau, à l’image de Georges Pompidou, de Michel Debré, d’André Malraux ou de Louis Vallon. Mais sont-ils représentatifs et la conviction de René Brouillet correspond-elle à la réalité : « l’ultime réunion des membres du cabinet. Elle a eu lieu le 21 janvier, à 11h. Nos cœurs, plus que jamais, battent à l’unisson. Nous savons, les uns et les autres, que la même fidélité, la même dette de reconnaissance nous assemblent, autour de Charles de Gaulle, pour toujours [46] » ?

Et après ? Un engagement gaulliste durable, tantôt dans l’entourage du Général, tantôt dans l’action politique au sein des mouvements gaullistes ou les deux…

Deux grands types de parcours peuvent être distingués chez les anciens collaborateurs du président du GPRF : d’un côté, ceux qui ont à nouveau servi dans l’entourage du Général ; d’un autre coté, ceux qui sont entrés dans le gaullisme politique – soit en 1947, soit plus tard –, ont participé aux combats militants et électoraux et ont été élus au Parlement sous la bannière de la Croix de Lorraine. Ces deux itinéraires ne sont d’ailleurs pas incompatibles et quelques collaborateurs de 1944-1946 ont été successivement membres de l’entourage puis des élus gaullistes.

Un certain nombre de membres du Cabinet retrouve, dès le temps du RPF, l’entourage de Charles de Gaulle et ne l’ont donc pas vraiment quitté : Georges Pompidou, devenu chef de cabinet du président du RPF (1947-1953), Bonneval et Guy, aides de camp, le premier jusqu’en 1967 et le second jusqu’en 1949, Claude Mauriac au secrétariat particulier jusqu’à la fin 1947. Pendant la « traversée du désert », entre 1955 et 1958, Palewski et Pompidou, bien que n’exerçant plus de fonctions auprès du Général, en restent très proches et le voient assez régulièrement. D’autres anciens collaborateurs figurent parmi les visiteurs les plus fidèles et fréquents du Général (Michel Debré, Louis Vallon, Claude Guy, André Malraux, Pierre Ruais) suivis, moins souvent d’Etienne Burin des Roziers, Georges Gorse, l’amiral Ortoli et plus rarement de René Brouillet, Henri Menahem, Guy Herpin, le colonel Soufflet [47] . En juin 1958, quatre collaborateurs de la rue Saint-Dominique rejoignent l’entourage du Général à Matignon, trois au cabinet (Pompidou directeur de cabinet, Jean-Marc Boegner conseiller technique, Gaston de Bonneval aide de camp) et un au secrétariat général pour les affaires algériennes dont il est le secrétaire général, René Brouillet [48] . Mais c’est sous la Ve République que la continuité est la plus visible : Debré puis Pompidou sont choisis comme Premier ministre par le Président de Gaulle en 1959 et 1962 et Pompidou est élu président de la République en 1969. Dans ses mémoires, le successeur de Charles de Gaulle revient sur le chemin parcouru depuis 1944 : « le hasard et les vieilles amitiés eurent des conséquences lointaines et imprévisibles, pour moi bien sûr, mais aussi pour la France [49] ». En plus de Pompidou et de Bonneval, quatre autres anciens membres de l’entourage à la Libération allaient devenir des personnalités majeures autour du président de Gaulle : Brouillet comme directeur de cabinet (1959-1961), deux autres comme secrétaire général de l’Elysée (Courcel de 1959 à 1962 et Burin des Roziers de 1962 à 1967) et Jean Donnedieu de Vabres à la tête du secrétariat général du gouvernement (1964-1974).

Parmi ces collaborateurs du temps du GPRF, certains sont entrés dans la vie politique au temps du RPF : Debré, élu de l’Indre-et-Loire au Conseil de la République dès 1948, devient la grande voix gaulliste dans la Haute Assemblée durant toute la IVe République. Palewski, Malraux, Rémy, Chavanac, Ruais, Vallon… s’engagent totalement dans la vie du RPF. Palewski, Malraux et Rémy font partie des fondateurs du RPF, Rémy devenant le maître d’œuvre des grandes manifestations gaullistes. Palewski s’engage, en tant que membre du conseil de direction, notamment dans « la bataille des tribunes », à travers la France, comme orateur national avant d’être élu député RPF en 1951 [50] . Si Malraux refuse de s’engager dans la bataille électorale, il siège au comité exécutif du RPF, participe activement à la propagande et il peut être qualifié de « compagnon militant [51] ». Albert Chavanac devient un des premiers délégués régionaux du mouvement gaulliste, dès 1947, notamment dans le Sud-Ouest. Ruais commence une belle carrière politique à Paris où il est élu au conseil municipal dès 1947 – et le préside en 1956-1957 – et à l’Assemblée nationale où il entre en 1958 et siège jusqu’en 1973. Quant à Vallon, au temps du RPF, cet ancien socialiste s’impose comme un des théoriciens et propagandistes de l’Association capital-travail, le grand projet social du gaullisme, avant d’être élu député en 1951 et d’incarner de plus en plus par la suite un des chefs de fil du gaullisme de gauche.

Quelques autres ne sont pas convaincus par le gaullisme politique de la IVe République. Dès lors, ils restent à l’écart : c’est le cas de Tomasini qui ne se lance dans la vie politique qu’en 1958 quand il est élu député UNR de l’Eure. D’autres n’adhèrent pas, restant fidèles à leurs convictions d’avant-guerre, à l’image de Gorse, député SFIO de Vendée de 1945 à 1951 et ne rejoignant un mouvement gaulliste – l’UNR – qu’en 1958 et d’entamer une belle carrière de député des Hauts-de-Seine et de maire de Boulogne-Billancourt ou encore Jean-Pierre Giraudoux, député MRP – puis exclu – et gaulliste de gauche qui rompt avec de Gaulle sur l’Algérie.

Mais la rupture du lien tissé entre les membres de l’entourage de Charles de Gaulle, au temps du GPRF, ébauché parfois au sein du cabinet Reynaud et surtout renforcé durant la Seconde Guerre mondiale, est rarissime [52] . Sous la direction d’un homme qui assure le lien entre la IIIe République et le GPRF, Gaston Palewski, symbole du « gaullisme préhistorique », « disposant de quartiers de noblesse à peu près sans équivalent dans le Compagnonnage », selon les mots de Pierre Viansson-Ponté, l’entourage apparaît très neuf. Le Cabinet de la rue Saint-Dominique a rassemblé des hommes jeunes, compétents, le plus souvent issus de la Résistance, de la France libre comme de la Résistance intérieure qui ont largement contribué à l’œuvre du GPRF entre août 1944 et janvier 1946 [53] . Par cette expérience du compagnonnage, vécue dans des circonstances exceptionnelles – de la guerre puis de la reconstruction –, de nombreux collaborateurs du général de Gaulle voient leur attachement à l’homme du 18 juin naître ou se consolider ce qui les conduit à adhérer au gaullisme politique et à se battre pour en défendre les objectifs dans les batailles des IVe et Ve Républiques.

La réflexion de Viansson-Ponté sur Palewski, en 1968, pourrait certainement être élargie à l’entourage : « il est difficile d’imaginer quelle place considérable, unique, tint Gaston Palewski, dans l’appareil politique de la France en 1944-1945. Directeur de cabinet du Général à l’heure du gaullisme triomphant, il était le seul à pouvoir pousser à tout instant la porte de son bureau, le seul à se trouver constamment à ses côtés. Tout et tous passaient par lui. Il transmettait les requêtes et rapportait les instructions, rédigeait les projets et proposait les nominations, arrondissait les angles et interprétait les silences [54] . » A la fin de sa présidence, de Gaulle reste accompagné de quelques-uns des hommes qui l’ont entouré une vingtaine d’années plus tôt : Pompidou Premier ministre et successeur potentiel, Malraux et Debré ministres, Palewski président du Conseil constitutionnel, Tomasini à la tête de l’UNR, dans une direction collégiale, Vallon chez les gaullistes – en particulier de gauche – et enfin, Courcel, Brouillet, Burin des Roziers, ambassadeurs, l’un à Londres, l’autre près le Saint-Siège et le dernier à Rome… De conseillers, ces hommes sont devenus, au temps du gaullisme triomphant, d’éminents représentants non seulement du gaullisme mais de la République et ils fournissent une nouvelle preuve de la continuité des élites gaullistes depuis l’après-guerre jusqu’à la fin des années 1960 au moins.

Annexe

Liste des membres de l’entourage du général de Gaulle, président du GPRF (1944-1946)

Source : Liste parue dans la Revue administrative, janvier 1946. Annuaire des ministères et publiée dans Index des thèmes de l’œuvre du général de Gaulle, Institut Charles de Gaulle, Paris, Plon, 1978, p.123-127, complétée par une liste conservée par le GPRF et versée aux Archives nationales. AN 3 AG4/73 (les noms ainsi ajoutés apparaissent en italiques).

Cabinet du Président

Directeur : Gaston Palewski

Directeurs adjoints : René Brouillet, Geoffroy de Courcel (commissaire de la République en mission) jusqu’en avril 1945 ( ?), Louis Vallon (à compter de janvier 1945)

Chargés de mission : Michel Debré (à compter d’avril 1945), François de Langlade, André Malraux (d’août à octobre 1945), Jean Monnet, lieutenant-colonel Georges Spillman ; Albert Chavanac ; René Divin

Officiers d’ordonnance : lieutenant Claude Guy, lieutenant Charles de Guyon de Pampelonne (novembre 1944-décembre 1945), lieutenant Gudin du Pavillon, lieutenant Frottier de Bagneux

Cabinet civil. Chargé des liaisons avec les départements ministériels

Affaires étrangères : Etienne Burin des Roziers (à compter de janvier 1945), Jean-Marc Boegner (à compter du printemps 1945 « pour assurer l’intérim de Burin des Roziers pendant la conférence de San Francisco), Jean Sauvagnargues (à compter de janvier 1945)

Justice : Jean Donnedieu de Vabres

Agriculture et Ravitaillement : Georges Desmouliez

Défense nationale (FFI) : Henri Monnet (de juin à octobre 1945)

Affaires économiques : Henri Menahem

Finances : Pierre Nacivet

Outre-Mer :Pham-Nhut-Tau

Information et Education nationale : Georges Pompidou

Affaires culturelles : Jean Touchard

Travaux publics : Pierre Ruais (à compter de janvier 1945)

Réforme de la fonction publique : René Tomasini (à compter de novembre 1945)

Organisation des cérémonies : Gilbert Renault (colonel « Remy ») (à compter du printemps 1945)

Chef du secrétariat particulier : Claude Mauriac + M.Lux

Chef du service du courrier du général de Gaulle : Pascal Alfonsi

Chargée de mission : Georgette Soustelle

Service de presse : Christian Funck-Brentano, Elisabeth de Miribel (avec Nellita Mac Nulty), lieutenant de vaisseau Robert Victor

Service parlementaire : Guy Herpin (à compter du printemps 1945), Roger Giron (chargé de la liaison avec l’Assemblée consultative provisoire)

Chef du secrétariat de cabinet : Marguerite Milliez assistée de :

Melle Payan, Melle Tharin (secrétariat)

Mme Champion, Melle Rezard, Melle Gontier (secrétariat particulier)

Melle Garrigoux, Mme Paris, Mme Blanchet, Mme Hayoun (archives)

Mme Trille, Mme Jallet (télégrammes)

Cabinet militaire

Chef de cabinet : lieutenant-colonel Henry de Rancourt (Henry) (jusqu’en mars 1945), contre-amiral Paul Ortoli (à compter du printemps 1945), général de brigade Raymond Chomel (à compter de l’automne 1945)

Chef adjoint : lieutenant-colonel Eric Allegret

Section « Guerre » : commandant Alain de Boissieu (à compter du printemps 1945), commandant Jacques Revon, lieutenant-colonel Loys Tochon

Section « Air » : lieutenant-colonel Pol Charbonneaux ; lieutenant-colonel Jacques Soufflet (à compter du printemps 1945)

Section « Marine » : capitaine de frégate Charles-Henri de Levis-Mirepoix

Section « FFL » : commandant Jean Simon (à compter du printemps 1945)

Section « œuvres sociales » : capitaine de frégate Pierre Sonneville

Aide de camp : chef de bataillon Gaston de Bonneval (à compter de septembre 1945)

Chef de la trésorerie du cabinet du président du GPRF : chef de bataillon François Boissière

Chef du secrétariat de cabinet militaire : lieutenant Marcel Ribet ; Michel Aliotti

Membres : lieutenant Pierre Barre ; lieutenant Joseph Bossard ; médecin commandant André Brunel ; commandant Jean Charbonnaux ; chef de bataillon Jean-Baptiste Costa de Beauregard ; lieutenant Aimé Dorat ; sous-lieutenant Raymond Faure ; enseigne de vaisseau Jean-Pierre Giraudoux-Montaigne (aide de camp) ; lieutenant Guillaume d’Hervé ; capitaine Denis Jacquin ; sous-lieutenant Georges Kanier ; lieutenant Maurice Laurette ; capitaine Paul-Henri Péralidi ; sous-lieutenant Victor Silvy ; chef de bataillon Jean Victor Simon ; lieutenant Félix Tilly

Commandant du quartier général : capitaine Gaston Hargous

 

Pour citer l’article : Bernard Lachaise, « L’entourage de Charles de Gaulle président du GPRF à Paris, (25 août 1944-21 janvier 1946) », Histoire@Politique. Politique, culture, société, N°8, mai-août 2009.

Notes :

[1] Georges Pompidou, Pour rétablir une vérité, Paris, Flammarion, 1982, p. 36.

[2] Chantal Morelle a étudié le secrétariat général, nouveauté institutionnelle, créé en juin 1943 et confié aussitôt à Louis Joxe avec Raymond Offroy pour adjoint. Communication dans le séminaire « Les entourages politiques » (23 novembre 2006). Selon Gaston Palewski, à la Libération, « le Général s’appuyait sur quatre organes de décision et de direction ; du point de vue civil, le Cabinet et le Secrétariat général du gouvernement et du point de vue militaire, l’état-major de la Défense nationale et les Services spéciaux ». Témoignage dans Institut Charles de Gaulle/Institut d’histoire du temps présent, De Gaulle et la nation face aux problèmes de défense 1945-1946, Paris, Plon, 1983, p. 92.

[3] Si le GPRF est institué le 3 juin 1944 à Alger, seul le cabinet au temps du GPRF installé à Paris, après la Libération de la capitale, est étudié ici. En plus des informations apportées par les biographies du général de Gaulle ou de Georges Pompidou, quatre ouvrages au moins fournissent des renseignements utiles sur le cabinet du premier président du GPRF, notamment sur les méthodes de travail, sur l’action et à moindre degré sur les hommes de l’entourage : Gilbert Pilleul (dir.), « L’entourage » et de Gaulle, Paris, Plon, collection « Espoir », 1979 ; De Gaulle et la nation face aux problèmes de défense…, op. cit. ; Fondation Charles de Gaulle, Le rétablissement de la légalité républicaine-1944, Bruxelles, Editions Complexe, 1996 ; Association Georges Pompidou, Jean-Paul Cointet, Bernard Lachaise, Gilles Le Béguec, Jean-Marie Mayeur (dir.), Un politique : Georges Pompidou, Paris, PUF, 2001. A ces ouvrages, il faut ajouter : « Gaston Palewski 1901-1984 », Espoir. Revue de l’Institut Charles de Gaulle, N°50, mars 1985 dans lequel figure notamment le témoignage de René Brouillet « Rue Saint-Dominique (25 août 1944-21 janvier 1946). Sur Palewski, voir aussi : Elisabeth Glasser-Yverneau, Gaston Palewski, acteur et témoin d’un demi-siècle de vie publique et politique française (1924-1974), thèse d’histoire contemporaine, sous la direction de Maurice Vaïsse, IEP de Paris, décembre 2008.

[4] La majorité de ces membres de l’entourage à la Libération a fourni des témoignages oraux ou publiés qui constituent une source très précieuse. L’Association Georges Pompidou a notamment réalisé des entretiens avec Etienne Burin des Roziers (1 AV 196) et Jean Donnedieu de Vabres (1 AV 315). Parmi les souvenirs publiés : Gaston Palewski, Mémoires d’action 1924-1974, Paris, Plon, 1988 ; Claude Mauriac, Un autre de Gaulle. Journal 1944-1954, Paris, Hachette, 1970 ; Georges Pompidou, op. cit. et Michel Debré, Mémoires. Trois Républiques pour une France, tome 1, Paris, Albin Michel, 1984. Quelques-uns ont fréquemment témoigné, pour des colloques ou pour la Fondation Charles de Gaulle et l’Association Georges Pompidou, en particulier René Brouillet, Etienne Burin des Roziers et Jean Donnedieu de Vabres. Ces sources orales ou écrites apportent plus que les papiers conservés dans les archives du général de Gaulle (3AG4/73 et 3AG4/74) dont seuls les dossiers 1 (personnel civil et militaire) et 2 (cabinet) apportent quelques informations sur les hommes de l’entourage. L’inventaire publié fournit une brève présentation de l’entourage du président du GPRF : Archives nationales, Archives du général de Gaulle 1940-1958, Paris, Centre historique des archives nationales, 2003, p. 11, 27-28 et 39. Il faut aussi consulter aux Archives nationales les fonds privés de certains membres de l’entourage (539 AP : J. Donnedieu de Vabres ; 547 AP : G.Palewski).

[5] Louis Joxe, Victoires sur la nuit, Paris, Flammarion, 1981, cité par Jean Massot, « L’installation du gouvernement d’unanimité nationale du 9 septembre et de l’Assemblée consultative provisoire », dans Le rétablissement de…, op. cit., p. 399.

[6] « L’entourage » et …, op. cit., p. 71-72.

[7] Le rétablissement de…, op. cit., p. 428 et Fondation et Institut Charles de Gaulle, Avec de Gaulle. Témoignages, tome 1 : La Guerre et la Libération (1939-1945), Paris, Nouveau monde éditions, 2003, p. 147.

[8] Comme l’a montré Chantal Morelle, le secrétariat général est une nouveauté institutionnelle, créé en juin 1943 et confié aussitôt à Louis Joxe avec Raymond Offroy pour adjoint. Communication dans le séminaire « Les entourages politiques » (23 novembre 2006).

[9] Le rétablissement de…, op. cit., p. 413-414.

[10] Avec de Gaulle…, op. cit., p. 149.

[11] Le rétablissement de…, op. cit., p. 428.

[12] Selon les informations fournies par la Revue administrative française (janvier 1946). Annuaire des ministères, reprises dans Institut Charles de Gaulle, Index des thèmes de l’œuvre du général de Gaulle, Paris, Plon, 1978, p. 123-127. Voir liste jointe complétée par d’autres sources et témoignages pour quelques noms et dates.

[13] Témoignage de René Brouillet, Espoir. Revue de l’Institut Charles de Gaulle, N°50, mars 1985, « Gaston Palewski 1901-1984 », p. 19-21.

[14] Selon une liste conservée par le GPRF et versée aux Archives nationales. AN 3 AG4/73. Ces noms apparaissent en italiques sur la liste jointe en document.

[15] Témoignage de Georges Gorse, Avec de Gaulle…, op. cit., p. 166.

[16] L’entourage…, op. cit., p. 73.

[17] Georges Pompidou, op. cit., p. 36.

[18] Le rétablissement…, op. cit., p. 427.

[19] Georges Pompidou, op. cit., p. 36.

[20] L’entourage…, op. cit., p. 73. Voir aussi Elisabeth Glasser-Yverneau, op. cit., p. 214-228.

[21] Claude Mauriac, op. cit., p.145.

[22] Georges Pompidou, op. cit., p. 36.

[23] Témoignage de Gaston Palewski, L’entourage…, op. cit., p. 72.

[24] Georges Pompidou, op. cit., p. 35.

[25] Un politique : Georges Pompidou…, op. cit., p. 70 et p. 78.

[26] « Ecrasé de travail. Neuf secrétaires, alors qu’il m’en faudrait dix-huit », écrit Claude Mauriac, op. cit., p. 40.

[27] Georges Pompidou, op. cit., p. 38.

[28] Aucun des témoignages sur le cabinet ne l’évoque : faut-il y voir la conséquence d’un rôle très limité ou celle de la rupture ultérieure de Soustelle avec de Gaulle ?

[29] Claude Mauriac, op. cit., p. 143.

[30] Et même directeur de cabinet « officieux » entre le 21 janvier 1946 et le 14 avril 1947, chargé de la liquidation des affaires courantes et de la liaison avec Colombey. Institut Charles de Gaulle, Index…, op. cit., p. 128.

[31] Ibid, p. 110.

[32] Gaston Palewski, op. cit., p.21.

[33] Brouillet lui-même a eu l’expérience des derniers mois de la IIIe République en tant que directeur-adjoint du cabinet du président du Sénat, Jules Jeanneney, en 1939-1940. En 1943-1944, il est directeur de cabinet de Georges Bidault,

[34] Elisabeth de Miribel en charge du secrétariat du Général à Londres dès le 18 juin 1940 ; Vallon à la tête de la direction de la section non militaire du BCRA en août 1942 ; Pierre Ruais membre de l’Etat-major particulier ; François Boissière s’occupe de la trésorerie personnelle du général de Gaulle à Londres.

[35] Les informations sont incomplètes pour une partie des militaires de l’entourage. Les compagnons de la Libération sont : Palewski, Courcel, Ortoli, Rancourt, Malraux, Rémy, Chavanac, Brunel, Boissieu, Frottier, Simon, Sonneville, Soufflet, Tilly. En plus des compagnons et des médaillés de la Résistance, au moins six autres membres de l’entourage ont combattu dans la Résistance.

[36] Témoignage de Jean Donnedieu de Vabres, Avec de Gaulle…, op. cit., p. 54.

[37] Georges Pompidou, op. cit., p. 33.

[38] Témoignage de René Brouillet, Espoir…, op. cit., p. 20.

[39] Elisabeth Glasser-Yverneau, op. cit., p. 216.

[40] Michel Debré, op. cit., p. 369 et Georges Pompidou, op. cit., p. 31-33.

[41] Institut Charles de Gaulle, De Gaulle et Malraux, Paris, Plon, 1987, p. 108.

[42] Claude Guy, En écoutant de Gaulle. Journal 1946-1949, Paris, Grasset, 1996. Préface de Jean Mauriac, p. 7.

[43] Olivier Todd, André Malraux, une vie, Paris, Gallimard, 2001, p. 378.

[44] Claude Mauriac, op. cit., p. 10-11.

[45] Notice Henri Monnet, Dictionnaire des parlementaires français 1940-1958, tome 5, Paris, La Documentation française, 2005, p. 446.

[46] Espoir, N°50, op. cit., p. 50.

[47] Bernard Lachaise, « Les visiteurs du général de Gaulle au 5 rue de Solférino au temps de la « traversée du désert » septembre 1955-mai 1958 », Espoir. Revue de la Fondation et de l’Institut Charles de Gaulle, N° 131, juin 2002, p. 25-30.

[48] Bernard Lachaise, Gilles Le Béguec et Frédéric Turpin (dir.), Georges Pompidou, directeur de cabinet du général de Gaulle juin 1958-janvier 1959, Bruxelles, P.I.E.-Peter Lang, 2006.

[49] Georges Pompidou, op. cit., p. 33.

[50] Pierre Lefranc, « La bataille des tribunes 1947-1951 », Espoir, N°50…, op. cit., p. 26.

[51] Olivier Todd, op. cit., p. 393.

[52] Celle avec le colonel Rémy et Jean Monnet sont les premières, au temps du RPF, suivies plus tard, de celle de Giraudoux.

[53] Seuls cinq membres sur une soixantaine ont l’expérience d’un cabinet ministériel sous la IIIe République (Palewski, Brouillet, Debré, Giron, Courcel).

[54] Pierre Viannson-Ponté, « Gaston Palewski ou le gaullisme préhistorique », Après de Gaulle, qui ?, Paris, Le Seuil, 1968, p. 221.

Bernard Lachaise

Agrégé d’histoire, Bernard Lachaise est professeur d’histoire contemporaine à l’université de Bordeaux.  Ses travaux portent sur l’histoire politique du XXe siècle, en particulier sur les élites politiques et sur le gaullisme. Bernard Lachaise est responsable du programme ANR GAULHORE « Gaullistes : hommes et réseaux » (2008-2011).

Parmi ses principales publications figurent : Yvon Delbos 1885-1956. Biographie (1993), Le gaullisme dans le Sud-Ouest au temps du RPF (1997), Du général de Gaulle à Jacques Chirac. Le gaullisme et les Français (2006), Adrien Marquet. Les dérives d'une ambition. Bordeaux, Paris, Vichy 1924-1955 (en collaboration avec Hubert Bonin et Françoise Taliano-des-Garets) (2007).

Bernard Lachaise a dirigé ou codirigé : De Gaulle et le RPF 1947-1955 (1998), Un politique : Georges Pompidou (2001), Résistance et politique sous la IVe République (2004), Georges Pompidou, directeur de cabinet du général de Gaulle juin 1958-janvier 1959 (2006) ; Jacques Chaban-Delmas en politique (2007) ; Georges Pompidou et les élections (2008) ; Georges Pompidou et mai 1968 (2009).

Mots clefs : entourage ; de Gaulle ; résistante ; compagnons ; gaullisme.

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  • ISSN 1954-3670