Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Les entourages des chefs de l'Etat de Mac-Mahon à Valéry Giscard d'Estaing

Coordination : Gilles Le Béguec et Christine Manigand

Un instrument politique mal assumé ? L'entourage de Valéry Giscard d'Estaing à l'Elysée de 1974 à 1981

Frédéric Tristram
Résumé :

Le secrétariat général de l’Elysée est, durant le septennat de Valéry Giscard d’Estaing, une structure hybride. Par sa composition, ses règles de fonctionnement et son domaine de compétences, (...)

  • imprimer
  • version pdf
  • réduire la taille du texte
  • augmenter la taille du texte

Dans le flot d’études consacrées aux entourages politiques, celui de Valéry Giscard d’Estaing a été relativement négligé. Les raisons de cet oubli sont diverses. Elles tiennent à une certaine proximité chronologique et à la présence active, jusqu’à une date récente, de l’ancien Président dans le débat politique national et européen. Elles sont également la conséquence de la réserve longtemps observée par les anciens conseillers, après une défaite de 1981 vécue souvent comme un traumatisme. Elles ressortissent, plus fondamentalement, à la difficulté de cerner avec précision les contours d’un libéralisme français dont l’ancien Président a été la principale figure.

Pourtant, l’entourage de Valéry Giscard d’Estaing présente des caractéristiques tout à fait originales.

Celles-ci découlent d’abord d’un parcours politique en grande partie atypique. Valéry Giscard d’Estaing n’a en réalité occupé qu’un seul département ministériel, celui des Finances, mais sur une durée exceptionnellement longue, près de douze ans au total entre 1959 et 1974. Puis il a été élu très jeune président de la République, à l’âge de quarante-huit ans, sans bénéficier toutefois, comme ces concurrents gaullistes et socialistes, de l’appui d’un parti important et structuré. Ces circonstances n’ont pas été sans conséquences. Elles ont induit un réel renouvellement du personnel de l’Elysée, après la longue période gaullo-pompidolienne, mais elles ont également limité le vivier dans lequel Valéry Giscard d’Estaing a pu puiser et perpétuer, voire renforcer, l’emprise des grands corps administratifs sur les structures de la présidence.

Le contexte politique du septennat a également joué un rôle. Les relations entre Valéry Giscard d’Estaing et ses Premiers ministres successifs, l’actualité électorale ou le fonctionnement de la majorité présidentielle ont pesé sur les choix organisationnels du secrétariat général, ainsi que sur certain de ses recrutements.

Enfin les conceptions personnelles du président de la République n’ont pas été sans conséquences. Valéry Giscard d’Estaing a voulu cantonner le secrétariat général dans des fonctions purement administratives, refusant, pour reprendre une expression d’Yves Cannac, d’en faire « un outil de son pouvoir [1] ». Mais il a aussi mis en place en son sein des structures politiques très innovantes, notamment en matière d’analyse de la presse et de communication.

Aussi ces influences contradictoires façonnent-elles un organisme hybride. Le secrétariat général de l’Elysée est-il une simple structure technique, chargée de d’informer le Président et d’instruire ses dossiers ? Est-il au contraire un instrument politique, d’exercice et de conquête du pouvoir ?

Ces questions n’appellent pas de conclusions univoques. Pour tenter d’y répondre, une analyse de type prosopographique est sans doute nécessaire. Elle doit cependant être complétée par des éléments d’ordre qualitatif qu’apportent en particulier l’utilisation des sources orales [2] .

Un entourage au profil très classique

Le terme même « d’entourage » n’est pas dépourvu d’ambiguïté. Le plus simple est de partir de la définition qu’Yves Cannac lui-même donne du secrétariat général de l’Elysée : « une équipe de collaborateurs directs, choisis par le président en toute liberté, et qui normalement change avec lui [3] ». De cette définition se dégage un double critère, à la fois institutionnel et personnel : les membres de l’entourage sont rattachés à une structure administrative, d’ailleurs relativement souple, mais ils dépendent aussi directement du président de la République qui les nomme et peut les révoquer à tout moment. Ce double critère apparente le secrétariat général de l’Elysée à un classique cabinet ministériel. Il permet aussi de dresser la liste des membres de l’entourage présidentiel.

L’appartenance, ou non, à l’administration élyséenne a ainsi été déterminante. Ont été par principe exclus des personnalités, indiscutablement très proches du Président, parce qu’elles exerçaient des responsabilités politiques, notamment au niveau ministériel. C’est le cas notamment de Jean Poniatowski ou Michel d'Ornano. Des personnalité auvergnates, également très liées à Valéry Giscard d’Estaing, n’ont pas davantage été retenues. Il s’agit en particulier du maire de Chanonat, Pierre de Neufville, ami d’enfance du Président et un des rares à le tutoyer, de son suppléant dans la 2e circonscription du Puy-de-Dôme, le docteur Jean Morellon, ou de son successeur à la mairie de Chamalières, Claude Wolff.

Si le critère institutionnel a prévalu, il n’a pas été poussé jusqu’à son terme. Les fonctionnaires affectés dans les services permanents de l’Elysée, formellement rattachés au secrétariat général mais fonctionnant en réalité selon les règles ordinaires de l’administration, n’ont pas été retenus. Relèvent de cette catégorie le service du protocole, dirigé par l’ambassadeur Jean-Bernard Mérimée, ou celui de l’intendance, confiée au colonel Guy Hennequin. Il en va de même pour les personnes placées au service personnel du Président : son valet de chambre, Walter Luttringer, son chauffeur, Gabriel Lavert, ou sa secrétaire particulière Margueritte Villetelle.

Dans ce dernier cas, le choix est d’ailleurs contestable. Les fonctions exercées sont, il est vrai, relativement modestes dans l’ordre administratif, mais la proximité avec le Président est évidente. Car à la différence de la plupart des membres du secrétariat général, ces collaborateurs particuliers ont un accès quotidien au président de la République. Aussi, pour ne pas prendre les chemins habituels de la haute fonction publique ou ne pas porter sur des sujets traditionnels de la vie politique, leur influence n’est-elle sans doute pas totalement négligeable. Daniel Pouzadoux témoigne ainsi du rôle du chauffeur Gabriel Lavert, un des seuls à pouvoir parler spontanément au président de la République, et parfois utilisé par l’entourage « classique » faire passer un certain nombre de messages [4] .

L’exclusion de l’entourage militaire peut également être discutée. L'état-major particulier est bien intégré au secrétariat général mais il constitue, aux dires de plusieurs témoins « un monde à part [5] », ayant ses propres règles, ses propres centres d’intérêt et son propre mode de fonctionnement.

A partir de cette définition qui reste relativement large, un travail de recension a été effectué. Il s’appuie sur la liste du secrétariat général issue des différents arrêtés de nomination [6] . Cette liste officielle doit cependant être complétée par les membres officieux du secrétariat général. Leur dénombrement est un problème ancien, régulièrement évoqué depuis les travaux pionniers de René Rémond, Aline Coutrot et Isabel Boussard [7] . Dans le cas de Valéry Giscard d’Estaing, sa résolution est facilitée par l’évocation, dans le catalogue des archives du septennat, d’un certain nombre d’entre eux, en particuliers des trois membres de la « cellule Auvergne », Robert Roques, Jeannine Monin et Daniel Pouzadoux. Les archives orales sont également d’une aide précieuse et permettent, par exemple, de certifier la présence au sein d’une « cellule d’observation de l’opinion et des médias » d’Anne Méaux [8] .

A partir cette définition, quarante-neuf conseillers ont pu être recensés, dont quarante-cinq officiels et quatre officieux. Cette liste, placée en annexe ne prétend pas à l’exhaustivité, mais semble assez complète. Il s’agit d’ailleurs d’un chiffre modeste, si on le compare à l’entourage de Charles de Gaulle et de Georges Pompidou et qui résulte, comme on le verra, d’un choix délibéré de Valéry Giscard d’Estaing.

Qui sont ces conseillers ? La carrière de quarante-quatre d’entre eux a pu être entièrement reconstituée, à partir de différents instruments, les curriculum vitae très complets établis par l’inspection générale des Finances, les annuaires des ministère des Finances, les annuaires diplomatiques et consulaires et, pour le corps préfectoral, le dictionnaire de René Bargeton [9] . A défaut les notices du Who’s Who ont été utilisées [10] .

L’ensemble dessine un profil très classique, semblable dans ses grandes lignes à celui qui peut être dressé à partir des travaux existant sur les époques antérieures [11] . Trois points principaux se dégagent.

Le poids de la haute fonction publique

Les collaborateurs de Valéry Giscard d’Estaing sont dans leur immense majorité des fonctionnaires de l’Etat [12] . Les personnalités issues du secteur privé sont très minoritaires. Sur les quarante-neuf recensés, seul six sont dans ce cas. Il s’agit, pour l’essentiel de collaborateurs spécialisés dans la presse, journalistes (Michel Bassi, François Archambault), ou conseillers en communication (Bernard Rideaux, Anne Méaux ou Odile Warin).

Valéry Giscard d’Estaing amplifie ainsi une tendance déjà remarquée chez ses deux prédécesseurs [13] et, plus largement, dans les cabinets ministériels de la Ve République. Les transformations institutionnelles de 1958 sont en effet allées de pair avec une baisse des recrutements politiques ou partisans au profit des hauts fonctionnaires et de techniciens [14] .

Comment se répartit ce fort contingent issu de la fonction publique ?

On constate tout d’abord une forte domination des grands corps de l’Etat. Sur les quarante-trois fonctionnaires recensés, plus de la moitié, vingt-quatre exactement, en est membre. Sur ce point encore, Valéry Giscard d’Estaing ne diffère pas du général de Gaulle ou de Georges Pompidou [15] . Plus l’on monte dans la hiérarchie, plus les grands corps sont d’ailleurs représentés. Les cinq secrétaires généraux et secrétaires généraux adjoints qui se succèdent à l’Elysée appartiennent tous, sans exception, à cette forme d’aristocratie d’Etat. On compte deux inspecteurs des Finances (Claude Pierre-Brossolette et Jacques Wahl), un membre du corps diplomatique (Jean François-Poncet) et un membre de la Cour des comptes (François de Combret). Chez les conseilleurs techniques, en revanche, la proportion est un peu plus modeste, avec seulement treize membres recensés [16] .

Quels sont les grands corps représentés ? Une nette prédominance apparaît au profit du corps diplomatiques. Sept membres du cabinet en sont issus, suivi de la préfectorale (cinq), de l’inspection générale des Finances et du Conseil d’Etat (quatre). En revanche, les membres des corps techniques sont peu recrutés, malgré la présence à la tête de l’Etat d’un polytechnicien, le premier depuis Albert Lebrun.

Une autre catégorie est très peu représentée, celles des enseignants ou des universitaires. Certes, le secrétariat général compte quelques agrégés, dont trois sont d’anciens élèves de l’Ecole normale supérieure de la rue d’Ulm. Mais cette formation présente un caractère incident puisqu’elle précède en réalité l’entrée dans un grand corps, le Conseil d’Etat pour Yves Cannac ou Jean-Marie Poirier, et le corps diplomatique pour Gabriel Robin. La proportion d’universitaires de profession est particulièrement faible, un seul cas étant à signaler, celui du professeur de droit Charles Debbasch.

Ce profil général n’est pas sans conséquences.

Recruté majoritairement dans la haute fonction publique, l’entourage de Valéry Giscard d’Estaing est encore très masculin. Les femmes sont rares : quatre sur quarante-neuf collaborateurs. Et encore sont-elles cantonnées à des postes très particuliers. Une partie d’entre elles occupe un rang modeste dans la hiérarchie élyséenne, secrétaires ou simples chargées de mission [17] . Une autre catégorie, comprenant Anne Méaux et Odile Warin est constituée des chargées de communication. Se perpétue de la sorte une conception très traditionnelle du rôle des femmes dans les milieux de gouvernement. A cet égard, le cabinet de Valéry Giscard d’Estaing ne diffère guère de celui de ses prédécesseurs, et constitue même un recul si l’on songe à la présence, dans l’entourage immédiat de Georges Pompidou, d’une personnalité aussi marquante que Marie-France Garaud.

Mais si elle tient beaucoup aux modes de représentation, cette place restreinte a aussi des causes plus immédiates. Elle reflète la difficile accession des femmes aux postes les plus élevés de la hiérarchie administrative, où recrutent en priorité les cabinets. Il faut en effet attendre 1967 pour qu’une femme soit nommée sous-directrice dans un ministère, en l’occurrence celui des Finances, Valéry Giscard d’Estaing ayant d’ailleurs joué dans cette nomination un rôle non négligeable [18] .

Ces logiques administratives induisent également sur le niveau d’études et la nature de la formation reçue par les membres du secrétariat général. Sans surprise, les titulaires de diplômes supérieurs de droit et d’économie sont très fortement majoritaires. Les collaborateurs ayant suivi des études littéraires sont rares, sept au total, souvent cumulées d’ailleurs avec une autre formation. La culture scientifique ou ingénieuriale est également très peu représentée, avec trois anciens élèves de l’Ecole polytechniques et un ancien élève de l’Ecole navale.

Mais le fait marquant reste, dans ce domaine, la présence massive des anciens élèves de l’ENA. Le secrétariat général en compte vingt-quatre, sans compter le Président lui-même, soit près de la moitié des membres recensés. Se trouve ainsi amplifié un phénomène déjà perceptible chez Georges Pompidou [19] , beaucoup moins chez le général de Gaulle [20] . Aussi cette nette tendance doit-elle être mise en parallèle, une fois encore, avec la montée en puissance des énarques au sein de la haute fonction publique : les anciens de l’Ecole d’administration ne s’imposent à des postes de direction qu’au milieu des années 1960, face à des hauts fonctionnaires recrutés jusqu’alors par des concours spécifiques.

Ce presque monopole conféré à l’Ecole d’administration n’est pas sans influence sur les modes de recrutement dans les cabinets. Les puissantes solidarités de corps qui, au-delà des générations, lient les membres d’une même institution demeurent. Mais elles s’accompagnent désormais de logiques de promotion.

La domination de l’ENA n’est ainsi disputée que dans un seul secteur, celui de la diplomatie et de la coopération. D’autres filières peuvent ici être mobilisées, qu’il s’agisse du vieux concours d’Orient, en la personne, par exemple, de Jean-David Lévitte ou encore de l’Ecole française de la France d’Outre-mer, qui quinze ans après les indépendances africaines, fournit encore à l’Elysée cinq de ses anciens élèves.

Des modes de sélection traditionnels

Le même traditionalisme se retrouve dans la façon d’entrer à l’Elysée. Trois voies d’accès se dégagent, d’ailleurs non exclusives l’une de l’autre et que consacre toujours l’accord personnel du président de la République.

Des logiques administratives

La nomination au secrétariat général répond d’abord à une logique administrative. Elle s’inscrit dans une carrière répondant à des règles qui, pour n’être pas toujours écrites, n’en sont pas moins très précises.

Aussi ce parcours professionnel suppose-t-il souvent une première expérience en cabinet. Sur les quarante fonctionnaires dont la carrière a pu être reconstituée avec une précision suffisante, trente-trois ont une telle expérience, très souvent dans un cabinet ministériel, plus rarement au cabinet d’un Premier ministre [21] ou d’un précédent président de la République [22] .

Les fonctionnaires entrant directement au secrétariat général sont en revanche plus rares puisqu’on n’en compte que sept. Il s’agit pour la plupart d’éléments relativement jeunes, recrutés dans la seconde partie du septennat.

Mais dans l’un ou l’autre cas, le recrutement ne doit rien au hasard. Les fonctionnaires retenus ont en effet souvent subi une première sélection au sein leur administration d’origine. Cette sélection s’effectue en fonction de règles coutumières, prenant en compte un certain nombre d’éléments objectifs comme le corps d’origine, l’état d’avancement dans la carrière ou la spécialité, mais aussi d’éléments plus impressionnistes comme la réputation ou la disponibilité. Ces critères sont toutefois extrêmement variables d’une structure administrative à l’autre et des études de cas seraient ici indispensables.

Un bon exemple est fourni par le ministère des Finances, dont est issue, comme on le verra, une partie non négligeable de l’entourage de Valéry Giscard d’Estaing. Les travaux menés sur les différentes directions de la Rue de Rivoli, notamment dans les années 1960, permettent de mieux appréhender les modes spécifiques de nomination dans les cabinets. Le passage en cabinet apparaît ainsi pour le haut fonctionnaire comme une étape importante de la carrière et un passage presque obligatoire avant de briguer des fonctions de commandement au sein de l’administration active [23] .

Un cas personnel, retenu parmi d’autres, permet d’illustrer ces logiques administratives. En poste au secrétariat général durant tout le septennat, François de Combret, entre dans l’entourage de Valéry Giscard d’Estaing en 1972. Jeune auditeur à la Cour des Comptes, il est placé au cabinet du ministre des Finances par le premier président en personne, Lucien Paye. Celui-ci redoute en effet de voir un membre du corps partir dans le privé, ce qui n’était pas à l’époque conforme aux usages et aurait pu porter un coup, fût-il léger, au prestige de l’institution. François de Combret témoigne ainsi de son rendrez-vous avec Paye :

« Juste à ce moment-là, le téléphone a sonné dans son bureau et il m’a dit : "excusez-moi une seconde" et j’ai juste entendu une partie du dialogue, qui était assez simple : "Oui Monsieur le ministre, bonjour Monsieur le ministre, bien Monsieur, au revoir Monsieur le ministre." Et puis M. Paye raccroche son téléphone et il me dit : "Ecoutez Combret, je comprends que votre résolution est ferme de quitter notre bonne maison, je le regrette infiniment, mais enfin ça me fait de la peine de vous voir passer dans le privé. J’avais là un jeune ministre au téléphone, qui s’appelle M. Giscard d’Estaing qui me demandait de lui trouver un collaborateur pour son cabinet. Vous en avez tout le temps, si vous voulez allez dans le privé, de le faire plus tard, pourquoi est-ce que vous ne saisiriez pas cette occasion ? Allez faire un petit tour dans ce cabinet ministériel. Vous ne perdrez pas votre temps et vous verrez bien ensuite." Et le lendemain, j’étais Rue de Rivoli, au cabinet de M. Giscard d’Estaing que je ne connaissais pas [24] . »

Il ne faudrait cependant pas conclure de ces exemples que la constitution des l’entourage est dictée par de simples règles administratives. Le choix de ses collaborateurs relève toujours en définitive de l’instance politique. Ministre des Finances, Valéry Giscard d’Estaing a ainsi écarté, pour des raisons politiques ou personnelles, des collaborateurs pressentis par leur corps d’origine [25] . A contrario, les recrutements de circonstances n’empêchent pas des processus de fidélisation. François de Combret est ainsi une pièce maîtresse de la machine élyséenne, d’abord comme conseiller technique puis, entre 1978 et 1981, comme secrétaire général adjoint. Des liens personnels, en l’occurrence familiaux, sont même tissés avec Valéry Giscard d’Estaing après le départ du Président.

Des logiques politiques

Les règles complexes de la haute fonction publique ne sont cependant pas le seul moyen d’accéder à l’Elysée. D’autres voies existent, politiques celles-là. Encore ne faut-il se méprendre : le choix du président relève souvent de considérations d’opportunité et consacre plus rarement une proximité idéologique ou partisane.

Plusieurs collaborateurs sont ainsi choisis par le Président afin de renforcer, à des moments cruciaux, son équipe élyséenne. Le cas le plus notable est sans doute celui de Jean-Philippe Lecat qui remplace, à l’été 1976, Xavier Gouyou-Beauchamps au poste de porte-parole. Le nouvel arrivant dispose d’un profil tout à fait atypique : il s’agit d’un homme politique déjà expérimenté, ancien député et plusieurs fois ministre sous Georges Pompidou [26] . Dans le contexte de crise créé par la démission de Jacques Chirac, ce gaulliste pompidolien de stricte obédience présente toutefois un double avantage politique : non seulement il connaît bien l’adversaire mais il démontre également que Valéry Giscard d’Estaing peut, malgré les circonstances nouvelles, rassembler autour de lui des fidèles du président défunt [27] . Il entretient par ailleurs de bonnes relations avec l’ancien ministre des Finances dont il a été, en 1973, l’éphémère secrétaire d’Etat au Budget, juste avant sa nomination à l’Information. Jean-Philippe Lecat résume bien les différents éléments expliquant sa nomination :

« Et Giscard donc me connaissait ; j’avais une expérience de la communication ; j’étais d’origine pompidolienne, gaulliste si on veut ; donc j’avais un certain profil, utile, dans l’hypothèse où il y aurait une rupture entre Giscard et Chirac. Et c’est d’ailleurs ce qui s’est passé. C’est-à-dire que quand Jacques Chirac a rompu, a annoncé à Giscard qu’il allait quitter, vous savez que Giscard lui a demandé un mois de délai. Et donc, moi, à ce moment-là, j’ai été approché [28] . »

Les mêmes considérations d’opportunité politique jouent en faveur du recrutement de Jean Riolacci en 1978. Le contexte est alors différent. La majorité présidentielle connaît une « période de déprime électorale » après la perte des cantonales de 1976 et des municipales de 1977 et les législatives à venir s’annoncent pour le moins difficiles [29] . Renforcer l’équipe politique de l’Elysée apparaît dans ces circonstances indispensables et Jean Riolacci, qui se définit lui même comme un « spécialiste des élections », apparaît pleinement qualifié. L’ancien préfet de Corse présente également un autre avantage qui tient à son positionnement politique. Proche des milieux radicaux ou socialistes modérés, où ses contacts sont nombreux, il peut être utile alors que le président cherche à mieux structurer sa majorité et à l’ouvrir vers le centre gauche.

Si l’opportunité prévaut, la fidélité partisane est plus rarement récompensée. Rares sont les collaborateurs de l’Elysée pouvant justifier un engagement suivi au sein des républicains indépendants et leur place dans la hiérarchie élyséenne reste de surcroît modeste.

Deux cas ont ainsi pu être recensés. Le premier est celui d’Anne Méaux qui, jeune étudiante à Sciences Po, participe activement à la campagne de 1974 et se fait alors remarquer par son « tropisme fort en communication et en presse [30] ». Lorsqu’en 1976 est créée à l’Elysée une « cellule d’observation de l’opinion et des médias », Bernard Rideaux, qui en est le maître d’œuvre, fait naturellement appel à elle. Ce n’est pourtant qu’en 1977 qu’Anne Méaux prend formellement sa carte au parti républicain dont elle devient d’ailleurs rapidement, sur les recommandations d’Alain Madelin, un membre du bureau politique.

Le second cas se situe sur un autre plan, plus local celui-là. Chargé de mission à la cellule « Auvergne », Daniel Pouzadoux a également un engagement militant. Il est en effet, depuis 1966, membre des républicains indépendants dans le Puy-de-Dôme, ce qui lui permet de côtoyer le futur président de la République, notamment au cours de ses campagnes cantonales ou législatives [31] . Lorsqu’en 1976 Robert Roques souhaite renforcer la cellule, le choix se porte sur ce militant confirmé, ayant une bonne connaissance du terrain et des relations avec la presse.

Ces deux exemples mis à part, il n’y pas à l’Elysée de membres actifs du parti présidentiel. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette lacune.

La première tient sans doute à la faiblesse du libéralisme français et de ses structures partidaires. La fédération nationale des républicains indépendants, puis le parti républicain qui lui succède, sont des partis d’élus, de dimension modeste et au vivier militant extrêmement restreint. Ces structures ne sont donc pas en mesure d’exercer le rôle de sélection traditionnellement dévolu aux partis politiques. La différence est ici très nette avec la situation antérieure, sous le gaullisme, et surtout avec celle qui prévaudra après 1981 lorsque les collaborateurs de l’Elysée auront souvent un engagement socialiste très marqué [32] . On voit une constante de l’entourage de VGE : la faiblesse partidaire.

Cette remarque doit cependant être nuancée par un effet de génération. Car pour ce qui concerne les jeunes militants, le vivier dans lequel aurait pu puiser l’Elysée est loin d’être négligeable. Portés par le renouveau des idées libérales qui gagne alors la France ou plus certainement par le rejet des mouvements contestataires d’extrême gauche, des jeunes gens promis à un bel avenir rejoignent en effet les jeunes républicains indépendants au début des années 1970. Mais s’ils essaiment dans les cabinets ministériels après 1974, aucun ne trouve refuge au secrétariat général. Jean-Pierre Raffarin est conseiller technique chez Lionel Stoléru, secrétaire d’Etat aux Travailleurs manuels puis aux Immigrés de 1976 à 1981 ; Bernard Lehideux, qui avait joué un rôle important lors la campagne présidentielle, reste auprès du secrétaire général des républicains indépendants, Michel d’Ornano ; Dominique Bussereau est chargé de mission au cabinet du ministre de l’Intérieur, d’abord Michel Poniatowski puis Christian Bonnet, de 1976 à 1978, avant d’intégrer le cabinet de Jean-Pierre Soisson, ministre de la Jeunesse et des Sport de 1978 à 1981. Quant à Gérard Longuet, il est directeur de cabinet de Jacques Dominati, éphémère secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre en 1977 et 1978. Beaucoup entament alors une carrière électorale à l’instar d’Alain Madelin et de Gérard Longuet, élus députés en 1978. Très proche de ce groupe, Anne Méaux est la seule à travailler à l’Elysée.

Aussi la principale raison à l’absence de ces personnalités engagées est-elle probablement autre. Elle tient à la volonté personnelle du président de la République et à la conception qu’il se fait du secrétariat général : celle d’une structure essentiellement administrative, respectant une relative neutralité et ne privilégiant donc pas des choix militants. En d’autres termes un état-major plus qu’un instrument de combat politique.

Des logiques personnelles

La dernière voie d’accès à l’Elysée est tout aussi traditionnelle que les deux précédentes. Elle passe par les relations personnelles que les candidats ont pu nouer avec le président de la République ou avec ses principaux collaborateurs.

Et d’abord avec Valéry Giscard d’Estaing lui-même. Les témoignages concordent tous : le président de la République connaît personnellement la grande majorité de ses conseillers. Pour certains, ces liens sont anciens, avec Jean Serisé par exemple qu’il rencontré alors qu’il était au cabinet d’Edgar Faure en 1954 [33] , ou avec son camarade de l’Inspection, de deux ans son cadet, Claude Pierre-Brossolette [34] . De façon plus générale, une première expérience de travail en commun est déterminante dans le choix du Président, notamment pour les postes les plus importants de l’Elysée, secrétaires généraux, secrétaires généraux adjoints et chargés de mission directement placé auprès de lui.

Mais si le pouvoir de nomination revient toujours à Valéry Giscard d’Estaing, celui-ci peut être sensible aux suggestions qui lui sont faites, notamment lorsqu’elles émanent du secrétaire général.

Claude Pierre-Brossolette affirme avoir ainsi plaidé, en 1974, en faveur de la création d’un poste de secrétaire général adjoint, chargé de le seconder, et d’avoir recommandé le recrutement d’Yves Cannac [35] . De même c’est lui qui propose à François de Combret de venir à l’Elysée en 1974, en lui annonçant d’ailleurs que le Président lui avait laissé une large latitude dans la composition de l’équipe [36] . Inversement, Claude Pierre-Brossolette semble avoir émis des réserves sur certains membres pressentis au secrétariat général et qui ne seront finalement pas retenus [37] . Après 1976, la même marge de manœuvre est reconnue à Jean François-Poncet, qui parvient à faire nommer l’un de ces proches, Jacques Blot, à un poste de conseiller diplomatique [38] .

D’autres personnalités que le secrétaire général peuvent également jouer ce rôle de conseil dans les nominations. Jean Riolacci a ainsi bénéficié de la recommandation d’Yves Cannac, qu’il connaît bien pour l’avoir accueilli comme stagiaire de l’ENA, à la préfecture de Paris, en 1965 [39] .

Une originalité : un faible accélérateur de carrière

Si l’entrée dans un cabinet obéit à des règles précises, la sortie constitue un enjeu non négligeable. La collaboration avec un ministre, et a fortiori avec le président de la République, peut constituer, dans un carrière administrative, un réel accélérateur. Qu’en est-il sous la présidence de Valéry Giscard d’Estaing ? La question n’admet pas de réponse simple, une distinction devant de toute façon être faite avant et après 1981.

Les reclassements avant 1981 n’ont pas donné lieu à des nominations hors des règles.

Certes, un certain nombre d’anciens collaborateurs sont appelés à des postes importants. Claude Pierre-Brossolette prend ainsi, en 1976, la tête de la première banque française, le Crédit Lyonnais. Cette nomination ne semble toutefois pas être la conséquence directe de son poste de secrétaire général : elle consacre sa longue expérience des affaires financières et s’inscrit dans la droite ligne du poste de directeur du Trésor qu’il a occupé de 1971 à 1974. De la même manière, la nomination, en 1979, du conseiller d’Etat Yves Cannac à la présidence d’une Agence d’Havas encore propriété publique n’a rien en soi d’inhabituel.

Encore ses nominations prestigieuses constituent-elles des exceptions. Dans la plupart des cas, les anciens collaborateurs de l’Elysée poursuivent une carrière administrative normale dans leur direction et leur corps d’origine.

La situation après 1981 est plus complexe. Certaines carrières connaissent une réelle éclipse. Yves Cannac perd en 1982 la présidence d’Havas au profit d’un très proche de François Mitterrand, André Rousselet, et est réintégré au Conseil d’Etat. Plus gravement, Jean Riolacci reste cinq ans préfet hors-cadre et ne retrouve un poste qu’en 1986 à la faveur de la première cohabitation [40] . Dans certains cas, l’attitude du nouveau pouvoir socialiste est même ressentie comme un brimade, sur fond de fortes tensions idéologiques. C’est ainsi que François de Combret, tenu en lisière à la Cour des Comptes choisit de quitter, non sans difficultés d’ailleurs, la fonction publique [41] .

Mais à côté de ces cas exceptionnels, des carrières continuent leur cours ordinaire, parfois même avec un réel succès. Pierre Hunt, ancien porte-parole de Valéry Giscard d’Estaing, nommé ambassadeur en Tunisie en 1980, accède sous François Mitterrand au poste envié d’ambassadeur en Egypte. De même le dernier secrétaire général de l’Elysée, Jacques Wahl, est-il nommé en 1981 directeur général de la BNP et entame une belle carrière dans une banque encore publique.

De ces exemples épars, aucune règle absolue ne peut donc être tirée. Une seule conclusion s’impose : les membres de l’entourage issus de la fonction publique n’ont pas bénéficié de passe-droits avant 1981, ni n’ont subi de chasse aux sorcières, en tout cas de façon systématique, après la défaite de Valéry Giscard d’Estaing.

Hors des sentiers battus de l’administration, de beaux parcours existent même. Ceux qui réussissent le mieux après 1981 sont souvent les anciens chargés de communication, Anne Méaux, Odile Warin, Bernard Rideaux ou Xavier Gouyou-Beauchamps. Le secrétariat général de l’Elysée apparaît avec le recul comme une des meilleures écoles ayant existé dans ce domaine, un des lieux où se sont probablement expérimentées en France, dans le milieu des années 1970, les nouvelles formes de communication politique.

Le fonctionnement du secrétariat général de l’Elysée, entre technique et politique

Le secrétariat général de l’Elysée est proche dans sa composition d’un classique cabinet ministériel. En est-il de même dans son fonctionnement ? Valéry Giscard d’Estaing a voulu cantonner son entourage de l’Elysée dans un rôle purement administratif. Celui-ci a cependant été amené à exercer une influence politique, reflétant, à son niveau, la logique des institutions de la Ve République qui attribue au président de la République un rôle prépondérant au sein du pouvoir exécutif.

Une volonté de cantonner l’entourage dans un rôle administratif

Le secrétariat général effectue d’abord un travail de cabinet relativement classique, proche dans sa nature de celui des entourages ministériels. Il suit l’activité gouvernementale, en informe le président de la République, instruit les dossiers les plus importants.

En revanche, le président de la République ne souhaite pas que son entourage entreprenne le travail gouvernemental ou que ses conseillers se substituent au ministre compétent. De cette conception politique de l’Etat, où la légitimité est essentiellement conférée par l’élection, découle trois conséquences différentes.

Une structure allégée

Le secrétariat général est une structure légère, et d’abord dans son organisation. De manière significative, Valéry Giscard d’Estaing renonce à la double structure qui prévalait avant lui. Charles de Gaulle et Georges Pompidou avaient en effet divisé les services de l’Elysée en deux organismes distincts, le secrétariat général proprement dit, chargé des relations avec les organes d’Etat, et le cabinet, davantage tourné vers l’action politique. Le président élu en 1974 préfère un organisme unique. Cette simplification a une double signification. Elle s’inscrit d’abord dans un processus de rationalisation administrative à laquelle le premier président de la République directement issu de la haute fonction publique est par nature attentif. Mais elle dénote également une volonté de simplifier les apparences du pouvoir et d’alléger ses conventions, s’inscrivant ainsi dans une série d’actes symboliques, qui de la visite aux prisons aux photographies en pull-over, marquent les débuts du septennat [42] .

La première équipe est donc restreinte et ne compte, comptant les officieux, que 18 membres. Dès 1974 est fixée l’organisation générale du secrétariat général, qui restera, dans ses grandes lignes, la même jusqu’en 1981.

Plusieurs éléments se distinguent ainsi.

A la tête de la structure élyséenne se trouvent un secrétaire général et un secrétaire général adjoint [43] . Cette dualité aurait été voulue par Claude Pierre-Brossolette qui aurait craint d’être, seul, « submergé » par la tâche [44] . Les deux hommes ont un rôle de direction mais aussi de coordination : ils animent l’équipe, distribuent le travail entre les conseillers techniques, centralisent et corrigent leurs notes. Claude Pierre-Brossolette peut même à l’occasion de déplorer « le côté standardiste » de la fonction [45] . La division des tâches est simple et, là encore, ne variera plus guère : le secrétaire général s’occupe de l’international et son adjoint de tout ce qui concerne la politique intérieure [46] .

Yves Cannac a également une fonction de plume, qu’il avait déjà exercée auprès de Jacques Chaban-Delmas et pour laquelle, jouissant d’une solide réputation, il doit en partie son recrutement. Aussi joue-t-il un rôle important dans la rédaction des discours présidentiels entre 1974 et 1979. Il a outre collaboré activement à la conception de l’ouvrage de Valéry Giscard d’Estaing, Démocratie française, publié en 1978 :

« Le Président, au début de l’année 1978, avait un projet de publication sur lequel il m'avait demandé de travailler, mais dont je ne connaissais pas tout à fait la nature, car je ne savais pas si ce serait un livre ou quelque chose d'autre. J'ai donc élaboré un projet qu’ensuite il a évidemment corrigé, modifié, enrichi et auquel il a donné le nom que vous connaissez : Démocratie française [47] . »

A ce groupe de tête et formant avec lui un véritable « triumvirat [48] » s’ajoute un très proche collaborateur de Valéry Giscard, Jean Serisé. Placé hors hiérarchie avec le titre de « chargé de mission auprès du président de la République », il n’est cantonné dans aucun secteur et peut être consulté sur une grande variété de sujets [49] . Ce conseiller tous azimuts bénéficie ainsi d’une position tout à fait particulière au sein du secrétariat général. De façon plus classique, le chef de l’Etat est assisté par un chef de cabinet qui tient son l’agenda est gère l’intendance du secrétariat général [50] .

Un ensemble de conseillers techniques, répartis par grands secteurs d’activités complète l’ensemble [51] . La définition des tâches comporte trois caractéristiques. D’abord le domaine de compétences dévolu à chaque conseiller est extrêmement large. A titre d’exemple François de Combret couvre à lui seul près de quatre départements ministériels : la culture, l’agriculture, l’industrie et une partie des finances. Ensuite, l’accent mis sur les questions économiques et financières, à la fois nationales et internationales [52] . Cette insistance toute particulière reflète non seulement un tropisme personnel de Valéry Giscard d’Estaing, mais surtout la place prépondérante qu’ont pris, à l’heure de la « crise », les sujets économiques dans les débats nationaux. Enfin les répartitions ne sont pas toujours classiques. Le Président aime à brouiller les cartes et à associer des secteurs sans liens a priori. Ainsi les affaires sociales et de justice cohabitent-elles chez Olivier Fouquet, la culture et l’agriculture chez François de Combret.

L’objectif de cette architecture est clair. Il s’agit de ne pas constituer à l’Elysée un second gouvernement, qui doublerait le premier sans en avoir la légitimité politique ou institutionnelle. François de Combret témoigne de la volonté expresse du président de la République, dès la constitution du secrétariat général :

« Alors M. Giscard m’a appelé dans son bureau, il m’a dit, je suis très content que vous veniez avec moi, mais je vous préviens, il n’est pas question que nous fassions une équipe nombreuse, nous allons être très peu nombreux parce ce que, m’a-t-il dit d’emblée, je ne veux pas que vous vous preniez pour un ministre, donc vous allez avoir un portefeuille extraordinairement large, et vous allez être complètement débordé, et donc vous ne pourrez pas vous prendre pour un ministre, vous ne pourrez pas vous substituer à un ministre. Et il m’avait fait un portefeuille de conseiller technique, lui-même d’ailleurs, il m’avais dit « voilà, vous allez avoir ça, ça et ça » et c’était une tâche surhumaine. (…) Il essayait de nous noyer en fait, pour que nous soyons obligé de ne lui rapporter que l’essentiel. »

De façon plus classique, les relations avec la presse constituent un domaine particulier, autour duquel se structure une véritable équipe. Celle-ci répond d’ailleurs à des règles spécifiques. Alors que le personnel élyséen est en général relativement stable, le poste de porte-parole connaît un fort roulement : quatre personnalités s’y succèdent alternant des profils techniques ou au contraire très politiques [53] . Autre caractéristique, le secteur s’étoffe rapidement, anticipant dès 1976, une tendance générale au gonflement des effectifs [54] .

Enfin, existent des structures strictement politiques, d’ailleurs fort diverses dans leur contenu et leur finalité, mais qui ne se développent réellement qu’après 1976 [55] .

Une structure centralisée

La deuxième caractéristique du secrétariat général est la centralisation du pouvoir en son sein. Le secrétaire général et son adjoint ont, dans cette architecture, un rôle prépondérant. Leur influence se fonde non seulement sur leur place privilégiée dans les organigrammes, mais également sur des pratiques plus informelles qui révèlent, à leur manière, de plus subtiles hiérarchies.

Il s’agit tout d’abord d’un lien direct et qui peut être établi avec le président de la République. Jean-Philippe Lecat résume bien la question :

« Alors dans la hiérarchie qui existe à l’intérieur d’un organisme comme ce qu’on peut appeler l’entourage, la vrai hiérarchie, c’est l’accès au Président. C’est celle-là la vraie [56] . »

Or le secrétaire général et le secrétaire général adjoint rencontrent quotidiennement le président [57] . En revanche, les autres membres du secrétariat général voient très peu le Président. Leurs témoignages sont, sur ce point unanimes [58] . Et s’il arrive qu’un conseiller technique rencontre le Président, l’initiative en revient toujours à Valéry Giscard d’Estaing et le secrétaire général – ou son adjoint selon les sujets abordés – en est systématiquement informé [59] .

Ce pouvoir hiérarchique est renforcé par la procédure écrite adoptée à l’Elysée. Le Président aime travailler par notes et refuse systématiquement, autant par souci d’efficacité que par goût personnel, les conversations trop longues [60] . Le secrétaire général collecte ainsi chaque jour les notes produites par les conseillers techniques et le soir, vers 18h, les porte personnellement à Valéry Giscard [61] . Ce système bien réglé est connu à l’Elysée sous le nom de « notes pour les urgences ». Il permet en réalité aux deux têtes du secrétariat d’exercer un rôle de contrôle, voire de filtre, ainsi qu’en témoigne François de Combret :

« Yves Cannac collectait de toutes parts, de l’Elysée, ces notes pour les urgences, faisait un tri d’ailleurs, il y en a qu’il annotait lui-même, en disant « : « oui, non, faites, allez-y, soit ». Donc il faisait, il avait un espèce de droit de veto, il disait : « celle-là [la note rédigée par les conseillers techniques] je ne la passerai pas ». Soit. Et puis ensuite, lui seul avec Brossolette avait l’honneur, le privilège d’aller porter solennellement le dossier des urgences au président tous les soirs entre 18 et 20 heures [62] . »

Mais le pouvoir se manifeste également dans l’occupation de l’espace. Dans le système extrêmement centralisé qu’est la présidence, tout part de Valéry Giscard d’Estaing et aboutit à lui, la disposition des bureaux est loin d’être anecdotique. La géographie de l’Elysée est aussi une géographie de l’influence. Il s’agit de n’être pas situé trop loin de Valéry Giscard d’Estaing et d’avoir facilement accès à lui.

Yves Cannac dispose ainsi d’une position stratégique, à l’entrée du bureau présidentiel :

« Comme je vous le dis, il fallait passer chez moi pour allez chez le Président, et donc quand le Premier ministre ou un ministre allaient le voir, nous nous parlions un peu, à l’entrée comme à la sortie. (…) Ce petit détail anecdotique n'était pas dénué d’importance. J’avais à cet égard le meilleur de tous les bureaux des collaborateurs du Président, y compris celui du secrétaire général. Cela m’a donné beaucoup, beaucoup d’occasions de contacts informels avec ces dirigeants [63] . »

François de Combret confirme d’ailleurs l’importance de cette disposition spatiale et le « grand changement » intervenu dans sa vie professionnelle lorsque, nommé secrétaire général adjoint, il s’installe à son tour dans l’ancien bureau d’Yves Cannac [64] .

La forte centralisation qui régit le fonctionnement de l’Elysée connaît cependant quelques exceptions. Celles-ci concernent les structures strictement politiques. Les règles d’organisation et notamment les conditions d’accès au président de la République sont dans ce domaine tout à fait particulières.

Aussi Jean Riolacci ne passe-t-il pas par le secrétaire général ou son adjoint. Il rencontre directement le président, à l’appel de celui-ci, deux fois par semaines environ [65] . La même remarque peut être faite pour l’ensemble de la cellule « Auvergne » qui traitent principalement des questions électorales de la région d’origine de Valéry Giscard d’Estaing. Son dirigeant, Robert Roques, a un accès direct au bureau présidentiel et ses notes ne passent pas par la voix ordinaire des « urgences », échappant ainsi au filtre de la hiérarchie. Elles atteignent généralement le bureau présidentiel par l’intermédiaire de la secrétaire particulière, Marguerite Villetelle, en vertu d’une pratique ancienne datant de la Rue de Rivoli [66] . Enfin, les organes traitant de communication ou d’analyse des médias échappent eux aussi aux règes ordinaires. Jean-Philippe Lecat témoigne ainsi de ses liens directs avec le Président :

« Je voyais le Président tout le temps. Parce que moi-même, j’avais un accès facile au Président et en plus, lui-même téléphonait tout le temps en disant : " Est-ce que vous pouvait monter deux minutes" (…) [67] . »

Plusieurs raisons peuvent expliquer ce traitement spécifique.

La première est sans doute la moins flatteuse. Elle résulte d’un relatif désintérêt de la hiérarchie élyséenne pour des sujets jugés secondaires. C’est au moins l’analyse qu’en fait Jean Riolacci qui estime que : « (…) Jean François-Poncet était tout content que je le débarrasse de la broutille électorale [68] ». De la même manière, les secrétaires généraux successifs ne semblent guère s’être passionnés pour les affaires politiques auvergnates même s’ils pouvaient, à l’occasion, manifester une certaine irritation face à leur systématique mise à l’écart [69] .

Inversement, le président de la République veut sans doute conserver une faculté d’intervention directe sur des questions qu’il juge, lui, essentielles. C’est le cas en particulier des relations avec la presse. La personnalité de Jean-Philippe Lecat joue, il est vrai, en ce sens, même si l’ancien ministre se garde de revendiquer un traitement particulier et s’efforce au contraire d’informer régulièrement le secrétaire général et son adjoint de ses conversations avec le Président.

Enfin, des raisons techniques peuvent être avancées. Les questions politiques ou de communication se prêtent en effet peut-être plus mal que d’autres aux procédures écrites et centralisées. Elles réclament davantage de réactivité et en tout cas moins de formalisme. C’est ainsi que la jeune Anne Méaux peut distribuer ses notes d’analyse de presse à tous les conseillers techniques, sans passer par le secrétaire général :

« Moi, mes notes, je ne sais pas d’ailleurs si elles allaient au Président, je pense qu’il les voyait mais je n’en sais rien, nous, nos notes, on les distribuait aux conseillers techniques. Notre travail était un élément d’évaluation des dérapages éventuellement dans les médias, de comment était perçue l’action du président et du gouvernement dans les médias. Et c’était un outil de travail pour l’équipe de l’Elysée. Donc, à la grande différence des gens qui étaient eux conseillers techniques et qui faisait des notes à l’attention du Président [70] . »

Ces quelques exceptions mises à part, l’Elysée apparaît bien comme un ensemble centralisé et hiérarchisé. Le choix de cette organisation répond à un souci de bonne gestion. Mais il reflète également une conception purement administrative du secrétariat général, voulue par le président de la République.

Des conseillers sans visibilité

Valéry Giscard d’Estaing va même plus loin. Il refuse à son entourage toute forme de fonctionnement collégial qui pourrait transformer le secrétariat général en un second gouvernement. Il institue sur ce point une rupture nette avec le cabinet de Georges Pompidou.

Ce principe strict a sur la vie de l’Elysée des conséquences non négligeables. Les membres du secrétariat général ne se réunissent officiellement qu’une fois par semaine, le lundi matin. Cette réunion de cabinet, qui se tient toujours en présence de Valéry Giscard d’Estaing, n’aborde en aucun cas les sujets de fonds. Elle se limite aux question d’organisation du travail en commun ou d’agenda du président de la République [71] .

En dehors de ce rendez-vous purement formel, les consignes présidentielles sont claires : interdiction est faite aux collaborateurs de se réunir. Jean François-Poncet en témoigne très clairement :

« Giscard nous avait donné instruction, curieusement, de ne pas nous réunir, parce qu’il voulait à tout prix éviter qu’on puisse dans Paris dire : "L’Elysée ceci… L’Elysée cela…". Qu’il y ait en somme une entité qui se constitue à côté de lui mais un peu en dehors de lui » [72] .

Yves Cannac est lui aussi très explicite sur ce point :

« Le point important est le suivant : pour Giscard, les membres de son cabinet, c’étaient des collaborateurs individuels, rien d’autres. (…) Il ne voulait surtout pas que nous constituions le moindre commencement de quelque gouvernement bis. Pas question de cela et il l’avait dit très fermement [73] . »

Cette prescription complique d’ailleurs singulièrement le travail du secrétariat général… au point que les principaux collaborateurs avouent ne pas en tenir vraiment compte. Les réunions se tiennent donc, de façon plus ou moins discrètes, suscitant, lorsqu’elles sont découvertes, l’agacement présidentiel [74] .

Valéry Giscard d’Estaing est en revanche beaucoup plus intraitable sur un second point. Les collaborateurs de l’Elysée n’ont pas d’existence publique et ne doivent en aucun cas apparaître dans les médias. Tous les membres du secrétariat général, y compris les plus élevés dans la hiérarchie, témoignent de cet impératif absolu, évoquant même, en cas de manquement, « la sanction la plus impitoyable [75] ». L’ordre vaut d’ailleurs pour les conseillers politiques et Jean Riolacci avoue crûment « ne pas rechercher les contacts avec les médias [76] ».

Un pouvoir d’influence ?

Des principes ont donc été définis par Valéry Giscard d’Estaing et ils inspirent bel est bien un certain nombre de pratiques. Ils permettent de conclure que le secrétariat général n’entreprend pas sur les compétences du gouvernement, pas plus d’ailleurs qu’ils n’exerce sur lui une tutelle [77] .

Mais à l’inverse, le secrétariat général n’est sans doute pas une simple courroie de transmission du pouvoir présidentiel, ni un organe d’assistance technique, dont le rôle se résumerait à instruire des dossiers. Les membres du secrétariat général exercent un pouvoir qui n’est pas absolu, mais qui n’est pas non plus inexistant.

Quel est la nature de ce pouvoir ? La question n’admet pas de réponse univoque, car les marges de manœuvre de l’entourage varient fortement selon les circonstances ou les sujets abordés. Le mot qui, sans doute, le résume le mieux est celui d’influence. Encore faut-il préciser les voies et les moyens de cette influence, ainsi que son contenu. Cela suppose d’analyser les relations que les membres du secrétariat général entretiennent avec les membres du gouvernement, mais également d’essayer de mieux cerner leurs positions et leur facultés d’intervention sur un certain nombre de dossiers.

Des contacts gouvernementaux fluctuants

Les relations entre le secrétariat général et le gouvernement semblent régies par un principe simple : les contacts sont établis en priorité avec Matignon, et non pas avec les différents ministères, afin de ne pas fragiliser l’autorité du chef du gouvernement. C’est en tout cas ce qu’exprime François de Combret :

« Normalement, au début en tout cas, tout passait, je n’avais de correspondant direct avec les ministères. Je passais systématiquement par Matignon. Le chef du gouvernement, selon la constitution, celui qui est chargé de diriger la politique du gouvernement, c’est le Premier ministre. De même que je ne devais pas apparaître (vis-à-vis de l’opinion publique je n’existais pas), de même vis-à-vis des ministres, je ne devais pas court-circuiter le Premier ministre. Donc, je passais systématiquement par Matignon, donc par les divers homologues à Matignon, et notamment par un garçon qui jouait le rôle de secrétaire général adjoint de Matignon qui s’appelle François Heilbronner [78] . »

La réalité est cependant plus complexe. Très rapidement, les conseillers de l’Elysée vont prendre l’habitude de traiter directement avec les ministères. Plusieurs raisons expliquent cette attitude.

La première justification est d’ordre pratique. Elle tient à la nature du travail à l’Elysée et notamment à la nécessité de recueillir rapidement des informations. Des contact étroits finissent ainsi par se créer, d’ailleurs à plusieurs niveaux. Le secrétariat général peut d’abord saisir le ministre lui-même. Il s’agit cependant d’une procédure rare et exclusivement réservée à la haute hiérarchie élyséenne, principalement le secrétaire général, plus rarement son adjoint [79] . Généralement, les contacts s’effectuent au niveau du cabinet et l’interlocuteur privilégié est ici le directeur de cabinet du ministre [80] . Parfois encore, l’instance politique est négligée et des relations sont directement établies, sur un mode informel avec les grands directeurs d’administration centrale [81] . C’est le cas notamment au ministère des Finances, avec les directeurs du Trésor et du Budget ou au ministère de l’Intérieur, avec les principaux préfets.

Ces relations de travail sont grandement facilitées par des solidarités de corps ou d’institutions qui existent entre les conseilleurs de l’Elysée, les membres des cabinets ministériels et les hauts fonctionnaires en poste dans les administrations actives. François de Combret le reconnaît sans ambages à propos du ministère des Finances :

« J’en venais, je les connaissais, c’étaient des amis. Venant de cette administration, je n’avais pas coupé mes liens [82] . »

Jean Riolacci fait d’ailleurs exactement le même constat en ce qui concerne, cette fois, le ministère de l’Intérieur et le corps préfectoral [83] .

Cette pente naturelle aux solidarités de corps et aux contacts rapides a cependant été facilitée par les circonstances politiques. Les mauvaises relations entre Valéry Giscard d’Estaing et Jacques Chirac ont en effet rendu difficiles les contacts de leurs entourages et ont conduit les membres du secrétariat général à chercher précocement des relais dans les ministères [84] .

En définitive, le mode de relation qui se crée entre le secrétariat général et le gouvernement apparaît extrêmement variable. Plusieurs critères entrent en ligne de compte, des affinités personnelles aux règles de la fonction publique, en passant par le contexte politique, empêchant, au-delà de la volonté affirmée de ne pas fragiliser le Premier ministre, l’édiction de toute règle générale.

Une intégration des entourages ?

Il est vrai que dans ce domaine comme dans d’autres, les choses changent du tout au tout après 1976. Les membres du secrétariat général interrogés sont sur ce point unanimes : autant les relations avec l’entourage de Jacques Chirac avaient été tendues, autant celles avec l’entourage de Raymond Barre sont d’emblée excellentes [85] .

Pour ne citer que lui, François de Combret retrouve le chemin de Matignon. Ses correspondant sont alors Albert Costa de Beauregard [86] , conseiller économique du Premier ministre et son directeur de cabinet et Philippe Mestre. De la même manière, Yves Cannac témoigne avec de ses relations suivies avec l’équipe de Matignon.

Faut-il aller plus loin et conclure à une véritable intégration des entourages giscardiens et barristes ?

Certaines pratiques politiques tendraient à le montrer et d’abord des processus de coordination entre l’Elysée et Matignon extrêmement poussés. Plusieurs exemples peuvent ici être présentés.

Le premier concerne les relations avec la presse. A sa demande expresse, Jean-Philippe Lecat assiste en spectateur silencieux au Conseil des ministres. A l’issu du Conseil, une courte réunion est organisée avec Valéry Giscard d’Estaing et Raymond Barre au cours de laquelle les trois hommes rédigent de concert le compte rendu qui sera distribué à la presse [87] . Cette pratique, qui témoigne au passage de l’importance prise par Jean-Philippe Lecat dans le dispositif giscardien [88] , est bel est bien révélatrice du climat qui prévaut dès l’installation du nouveau gouvernement.

Plus largement, Jean-Philippe Lecat suit la communication de l’ensemble du gouvernement mais refuse le modèle de centralisation à ses yeux excessive qui avait prévalu à l’Elysée sous Georges Pompidou. Il préfère ainsi organiser une coordination avec les services du Premier ministre, en passant notamment par Jacques Alexandre, conseiller de Raymond Barre chargé de la presse [89] .

La même préoccupation prévaut dans le domaine, il est vrai voisin, de l’analyse des médias. Après les élections législatives 1978, Bernard Rideau s’efforce de rapprocher les pratiques prévalant dans les différentes branches de l’exécutif [90] . Une réunion hebdomadaire est ainsi organisée, ressemblant autour du conseiller de l’Elysée l’entourage de Raymond Barre et les responsables du SID [91] , au cours de laquelle s’élabore une véritable stratégie vis-à-vis des médias.

Enfin, dans le domaine sensible des relations avec le ministère de l’Intérieur et de la gestion du corps préfectoral, une étroite unité de vue semble avoir existé après 1976 entre Matignon et la présidence, comme en témoigne Jean Riolacci :

« [Les relations avec le ministères de l’Intérieur], c’étaient des coups de fil quotidiens et des visites, puisque c’était tout près, avec le directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur. (…) Le quadrillage du corps préfectoral allait très loin puisque les relations entre Paolini, votre serviteur et M. Doustin, par exemple, chez Barre, étaient quotidiennes. Et disons le quotidien de la vie administrative ou politique de province se réglait entre ces trois hommes par coup de fil [92] . »

Ces quelques exemples, s’ils ne permettent pas de conclusion définitive, montrent tout de même qu’une coopération étroite s’est mise en place, à partir de 1976, sous l’égide des hommes de l’Elysée. Une réelle intégration des entourages s’impose donc, à certaines conditions toutefois qui sont celles qui régissent les relations entre les deux têtes de l’exécutif dans la seconde partie du septennat. Si des liens très étroits existent en effet entre Valéry Giscard et Raymond Barre, sur fond de respect de la prééminence présidentielle, ils n’excluent pas une reconnaissance de l’autonomie de compétences et d’action du Premier ministre.

Un pouvoir d’appréciation propre

Intégrés à une machine gouvernementale conçue au sens large, les conseillers de l’Elysée disposent cependant d’un pouvoir d’appréciation propre.

Le premier domaine sur lequel ce pouvoir peut s’exercer est celui des nominations. Pour ce qui est une des prérogatives essentielles du président de la République [93] , les membres du secrétariat général joue un rôle de proposition et d’instruction, la décision finale revenant toujours à Valéry Giscard d’Estaing. La présentation des candidatures, leur éventuel classement, les préférences, habilement relayées, émanant des institutions concernées peuvent cependant influer sur le choix présidentiel. C’est en tout cas ce dont témoigne Claude Pierre-Brossolette à propos d’une nomination à la tête de la Marine en 1974 [94] ou Jean Riolacci qui veille de près aux promotions dans le corps préfectoral [95] .

L’influence de l’entourage peut également s’exercer sur un certains nombre de grands dossiers techniques. Elle s’inscrit alors dans des processus de décision longs et complexes qui impliquent, pour ne s’en tenir qu’à la sphère gouvernementale, l'Elysée, Matignon, les différents ministres concernées et leurs administrations. Il est donc, dans ce cadre, extrêmement compliqué de mesurer l’influence réelle du secrétariat général et des études de cas sont ici absolument indispensables.

Certaines, qui ont été réalisées, montrent d’ailleurs que le rôle joué par les conseillers techniques de la présidence est loin d’être nul. Michel Margairaz a ainsi montré comment François de Combret a participé à la définition d’une politique relativement libérale en matière de restructuration industrielle, alors que des divergences de fond existaient entre l’Elysée, les Finances et l’Industrie [96] .

Cette attitude peut-elle être généralisée ? Y a-t-il une doctrine, au sens administratif du terme, propre au secrétariat général ? Celle-ci se définit-elle au niveau de l’institution ou au contraire à des niveaux plus personnels ? La réponse à ces questions n’est là encore, pas univoque.

Le témoignage d’Yves Cannac montre en tout cas que des sensibilités existent et le secrétaire général adjoint peut même, à l’occasion, se montrer critique sur la politique menée :

« Si j'adhérais totalement à la politique de réforme du Président dans de très nombreux domaines, tels par exemple que l'amélioration des institutions politiques et du fonctionnement de la démocratie, de l'action sociale, de la politique européenne et étrangère, et ainsi de suite, il y avait néanmoins des domaines sur lesquels j’étais assez réservé. Ainsi, dans le domaine économique, je trouvais que l'on dépensait excessivement. Dans la politique d’Education nationale, je pensais qu’on était trop complaisant envers les profs et dans la politique de décentralisation, qu’on n'allait pas assez loin [97] . »

Le secrétariat général de l’Elysée a donc bien, au terme de cette enquête, une dimension politique.

Certes, la structure peut, par certains côtés, se rapprocher de l’administration ordinaire. C’est le cas en particulier en ce qui concerne le recrutement de ses membres, qui obéissent, pour certains d’entre eux au moins, aux règles écrites ou coutumières de la haute fonction publique. C’est également le cas en matière d’organisation et de fonctionnement, les procédures écrites et centralisées qui prévalaient déjà Rue de Rivoli ayant été transposées au Palais de l’Elysée.

Pour autant, le secrétariat général n’est pas absent de la scène politique. Ses membres participent, au sein de chaînes de décision complexes, à la définition des grandes orientations publiques. Ils s’intègrent dans une organisation gouvernementale entendu au sens large et s’ils ne contrôlent jamais les ministres, cette mission revenant au premier d’entre eux, ils peuvent à l’occasion impulser des actions de coordination. Enfin existent à l’Elysée des structures strictement spécialisées dans l’analyse politique et la stratégie électorale.

Cet investissement politique a d’ailleurs plusieurs causes. S’il s’explique en partie par le contexte des années 1974-1981, il tient aussi à la nature des institutions et à la primauté reconnue, dans le régime de 1958, au président de République.

Le problème n’est donc pas que le secrétariat général soit, en partie au moins, un organe politique. Il est que cette dimension n’a pas été totalement assumée, ou ne l’a été que par intermittence.

Pour citer cet article : Frédéric Tristram, « Un instrument politique mal assumé ? L'entourage de Valéry Giscard d'Estaing à l'Elysée de 1974 à 1981 », Histoire@Politique. Politique, culture, société, N°8, mai-août 2009.

Notes :

Les grandes dates de Valéry Giscard d'Estaing sur KronoBase : http://www.kronobase.org/dates-giscard

[1] Entretien de Yves Cannac avec Frédéric Tristram, entretien n° 1, le 14 avril 2009, Centre d’histoire de Sciences Po, Archives d’histoire contemporaine.

[2] Un travail de constitution de la source orale a été effectué pour réaliser cet article. Neuf entretiens ont été menés, pour une durée d’environ 18 h, avec les personnalités suivantes : François de Combret, Daniel Pouzadoux, Jean-Philippe Lecat, Jean Riolacci, Yves Cannac, Anne Méaux, Jean Serisé, Jean François-Poncet et Bernard Rideau. Ces personnalités ont été choisies afin d’offrir une certaine diversité de point de vue et reflètent donc des domaines de compétences, des niveaux hiérarchiques et des fonctions relativement variés. Les entretiens, fixés sur format numérique, sont en cours de dépôt au Centre d’histoire de Sciences Po. Les modalités de leur consultation seront définies ultérieurement.

[3] Yves Cannac, « La « machine élyséenne » (1974-1981) », dans Serge Berstein, René Rémond et Jean-François Sirinelli (dir.), Les années Giscard. Institutions et pratiques politiques, 1974-1978, Paris, Fayard, 2003, p. 90.

[4] Entretien de Daniel Pouzadoux avec Frédéric Tristram, le 13 mars 2009, Centre d’histoire de Sciences Po, Archives d’histoire contemporaine.

[5] Entretien de François de Combret avec Frédéric Tristram, entretien n°1, le 10 février 2009, Centre d’histoire de Sciences Po, Archives d’histoire contemporaine.

[6] Ces arrêtés sont repris dans les fascicules que publie régulièrement La Documentation française. Pour le septennat de Valéry Giscard d’Estaing, on compte neuf publications, respectivement datées des 19 juillet 1974, 21 mars 1975, 21 mars 1975, 11 mars 1976, 19 octobre 1976, 16 juin 1977, 7 juin 1978, 9 octobre 1979, novembre1980.

[7] Réné Rémond et Aline Coutrot et Isabel Boissard, Quarante ans de cabinets ministériel. De Léon Blum à Georges Pompidou, Paris, FNSP, 1982.

[8] Le terme même d’officieux n’est pas dépourvu d’ambiguïté. Ainsi Anne Méaux ne figure sur aucun arrêté de nomination au secrétariat général mais dispose d’un contrat en bonne et due forme à la présidence de la République. Entretien de Anne Méaux avec Frédéric Tristram, le 22 avril 2009, Centre d’histoire de Sciences Po, Archives d’histoire contemporaine, FNSP

[9] René Bargeton, Dictionnaire biographique des préfets : septembre 1870-mai 1982, Paris, Archives nationales, 1994.

[10] Il faut également noter d’existence de courtes présentations biographiques dans l’inventaire des archives de la présidence de la République.

[11] Trois types de travaux concernant les entourages politiques sous la Ve République sont disponibles et peuvent fournir des éléments de comparaison. Il s’agit d’abord d’études générales, d’histoire ou de sciences politiques, dans la lignée de l’ouvrage précité de René Rémond et Thomas Coutrot. Celles-ci peuvent être complétées par des études de cas : l’entourage du général de Gaulle a ainsi fait l’objet d’une thèse récemment soutenue et plusieurs communications ont été prononcées dans le cadre du séminaire dirigé par Gilles Le Béguec et Christine Manigand. Enfin, les travaux plus larges portant sur les politiques publiques, notamment dans les secteurs économiques, abordent volontiers la question des cabinets ministériels.

[12] Dans la première équipe mise en place en 1974, les membres officiels du secrétariat général sont tous des fonctionnaires, comme le remarque sur le ton de l’évidence Yves Cannac, dans « La « machine élyséenne (1974-1981) », p. 91.

[13] Eric Chiaradia, L’entourage du général de Gaulle, juin 1958-janvier 1969, thèse soutenue à l’université de Bordeaux III sous la direction de Bernard Lachaise, 2006. L’auteur note une forte prédominance des fonctionnaires (88% des membres civils de l’entourage sont issus de la fonction publiques), p. 85.

[14] Francis de Baecque et Jean-Louis Quermonne, Administration et politique sous la VRépublique, Paris, FNSP, 1982.

[15] Eric Chiaradia, L’entourage du général de Gaulle, op. cit., p. 93 et suivantes. L’auteur calcule que sur cinquante-trois membres du secrétariat général, quarante sont issus de grands corps, la proportion étant légèrement inférieure, 44%, au cabinet.

[16] Cette concentration des membres de grands corps dans les postes de direction des cabinets est un phénomène ancien, perceptible au ministère des Finances dès le début de la IVe République. Cf. Frédéric Tristram, « Les cabinets des ministres de l’Economie et des Finances sous la IVe République », communication prononcée le 9 novembre 2006 au séminaire sur les Entourages politiques, sous la direction de Gilles Le Béguec et Christine Manigand, Centre d’histoire de Sciences Po.

[17] Ainsi Jeannine Monin, collaboratrice de Robert Roques à la cellule Auvergne, ou Patricia D’Incelli et Elianne Signorini, chargées de missions. On ne sait pas beaucoup de choses sur ces personnalités. Les témoignages oraux n’en font pas mention, à l’exception de celui de Daniel Pouzadoux. Il s’agit de fonctionnaires des Impôts, figurant déjà au cabinet de Valéry Giscard d’Estaing Rue de Rivoli.

[18] Il s’agit d’Yvette Lassagne, nommée sous-directrice des Assurances à la direction du Trésor. Sur les conditions de cette nomination et le rôle de Valéry Giscard d’Estaing, cf. Entretien de Guy Delorme avec Frédéric Tristram, CHEFF, 1997.

[19] Sabrina Tricaud a ainsi calculé que l’entourage de Georges Pompidou comptait 27 énarques, soit 38% de ses collaborateurs. Ces chiffres portent, il est vrai, sur l’Elysée et Matignon.

[20] Eric Chiaradia, L’entourage du général de Gaulle, op. cit., p. 98-99. L’auteur compte seulement 31 énarques dans les 210 membres de l’entourage recensé sur l’ensemble de la présidence. On note cependant une certaine montée en charges puisque les énarques ne sont que trois dans le premier cabinet de 1958.

[21] Deux cas sont recensés, Jean-Philippe Lecat au cabinet de Georges Pompidou entre 1966 et 1968 et Yves Cannac au cabinet de Jacques Chaban-Delmas de 1969 à 1972.

[22] Deux cas sont également recensés, René Journiac, membre de secrétariat général de l’Elysée sous de Gaulle et Pompidou et Gabriel Robin, membre du secrétariat général de l’Elysée sous Pompidou.

[23] On retiendra notamment Aude Terray, Des Francs-tireurs aux experts : l’organisation de la prévision économique au ministère des Finances (1948-1968), Paris, CHEFF, 2002, Laure Quennoüelle-Corre, La direction du Trésor, 1947-1967. L’Etat banquier et la croissance, Paris, CHEFF, 2000 et Frédéric Tristram, Une fiscalité pour la croissance. La direction générale des Impôts et la politique fiscale de 1948 à la fin des années 1960, Paris, CHEFF, 2005. A ces études sectorielles s’ajoutent les archives orales des hauts fonctionnaires des Finances conservées par le Comité pour l’histoire économique et financière de la France. Dans le cas particulier de la DGI, où les postes de direction sont le monopole quasi exclusif du corps de l’Inspection, le passage au cabinet du ministre intervient à un moment précis dans un parcours professionnel très normé. Le jeune inspecteur est recruté après quelques années passées à la direction comme chargé de mission, reste entre trois et quatre ans comme conseiller technique au cabinet et est ensuite nommé directeur de la législation fiscale. Guy Delorme entre 1962 et 1966 et Jean-Marie Weydert entre 1969 et 1973 reproduisent ce schéma au cabinet de Valéry Giscard d’Estaing. Ni l’un ni l’autre n’entre au secrétariat général mais de 1974 à 1976, Guy Delorme est directeur de cabinet du ministre des Finances, Jean-Pierre Fourcade, lui-même inspecteur des Finances et très proche politiquement de Valéry Giscard d’Estaing. On voit ici l’interaction entre des pratiques administratives fortement régulées et la constitution d’un entourage présidentiel entendu au sens large.

[24] Entretien précité de François de Combret.

[25] Ainsi en 1959 Dominique de la Martinière, trop proche sans doute des milieux gaullistes, est-il écarté au profit de Max Laxan.

[26] Jean-Philippe Lecat est de 1968 à 1972 député de la Côte-d’Or. Il est nommé à cette date secrétaire d’Etat à l’Information, puis en 1973 secrétaire d’Etat au Budget, avant de devenir, la même année, ministre de l’Information de plein exercice. Pressenti à l’Agriculture, il n’est finalement pas repris dans le gouvernement de Jacques Chirac et échoue lors d’une législative partielle organisée à l’automne 1974.

[27] Entretien Jean-Philippe Lecat avec Frédéric Tristram, le 31 mars 2009, Archives d’histoire contemporaine, FNSP. Jean-Philippe Lecat est, entre 1966 et 1968, chargé de mission au cabinet de Georges Pompidou. Jeune député en 1968, il reste proche de l’ancien Premier ministre pendant sa courte traversée du désert. Il a, de 1969 à 1972, ses entrées à l’Elysée et est, comme Jacques Chirac, Pierre Mazeaud ou Jacques Sourdille, régulièrement convié aux discussions impromptues qui, dans le bureau Marie-France Garaud et Pierre Juillet, réunissent la garde rapproché du Président. Il est tout naturellement en 1974 un des signataires de l’appel des 43.

[28] Entretien précité de Jean-Philippe Lecat.

[29] Entretien de Jean Riolacci avec Frédéric Tristram, le 2 avril 2009, Archives d’histoire contemporaine, FNSP.

[30] Entretien précité de Anne Méaux.

[31] Entretien précité de M. Daniel Pouzadoux. Daniel Pouzadoux aurait attiré l’attention du futur président de la République en plaidant, au cours d’une réunion, en faveur du choix, comme suppléant, du docteur Jean Morellon.

[32] A commencer par le premier secrétaire général de l’Elysée, Pierre Bérégovoy.

[33] Entretien de Jean Serisé avec Frédéric Tristram, le 6 mai 2009, Centre d’histoire de Sciences Po, Archives d’histoire contemporaine. Jean Serisé est, en 1954, au cabinet du président du Conseil Pierre Mendès France, dans l’équipe économique qu’anime Simon Nora, tandis que Valéry Giscard d’Estaing est, depuis 1953, conseiller technique au cabinet du ministre des Finances Edgar Faure. Des liens personnels se nouent à cette époque et se renforcent au cours des années 1960.

[34] Claude Pierre-Brossolette participe au cabinet de Valéry Giscard d’Estaing au ministère des Finances et est, de 1971 à 1975, directeur du Trésor.

[35] Entretien de Claude Pierre-Brossolette par Anne de Castelnau, entretien n° 12, disquette n° 12, 1996-1998.

[36] Entretien précité de François de Combret.

[37] Idem.

[38] Jean François-Poncet, 37, quai d’Orsay. Mémoires pour aujourd’hui et pour demain, Paris, Odile Jacob, p. 109.

[39] Entretien précité de Jean Riolacci.

[40] Parce qu’ils occupent des postes aux marges de la politique, les membres du corps préfectoral semblent avoir connu, après 1981, un traitement particulièrement sévère. Autre grand préfet de l’ère giscardienne, directeur de cabinet des deux ministres de l’Intérieur successifs, Michel Poniatowski et Christian Bonnet, Jean Paolini reste lui aussi hors cadre de 1981 à 1986.

[41] Entretien précité de François de Combret, entretien n° 2.

[42] Valéry Giscard d’Estaing refuse de constituer une « maison », terme qui avait cours sous de Gaulle et Pompidou et que de manière significative, il n’emploiera jamais.

[43] Le secrétaire général est successivement Claude Pierre-Brossolette de 1974 à 1976, Jean François-Poncet de 1976 à 1979 et Jacques Wahl de 1979 à 1981. Trois secrétaires généraux adjoints se succèdent, Yves Cannac de 1974 à 1978, Jacques Wahl de juin à novembre 1978 et François de Combret de 1978 à 1981.

[44] Entretien précité de Claude Pierre-Brossolette.

[45] Idem.

[46] Cette division du travail est confirmée par tous les témoins ; cf. notamment, les entretiens précités de François de Combret et Yves Cannac.

[47] Entretien précité de Yves Cannac, entretien n° 3.

[48] Selon le mot de François de Combret, cf. entretien précité n° 1.

[49] Entretien de Jean Serisé avec Frédéric Tristram,

[50] D’abord Philippe Sauzay puis Michel Moser.

[51] Six grands domaines peuvent être distinguer : la diplomatie ; l’outre mer ; l’économie et les finances ; les affaires sociales et intérieures; l’éducation et la jeunesse.

[52] En 1974, Ruault suit les dossiers macroéconomiques, François de Combret les questions industrielles et Jean-Pierre Dutet les relations économiques extérieures. A ce trio s’ajoute, entre 1974 et 1976, un « conseiller économique » spécialement rattaché au président, Lionel Stoléru.

[53] Xavier Gouyou-Beauchamps de 1974 à 1976 et Pierre Hunt de 1978 à 1980 ont clairement un profil de hauts fonctionnaires. Jean-Philippe Lecat de 1976 à 1978 et Jean-Marie Poirier de 1980 à 1981 sont au contraire des hommes politiques déjà chevronnés.

[54] De 1976 à 1978, on trouve ainsi quatre personnes au service de presse : Jean-Philippe Lecat ; André Arnault, diplomate de formation affecté aux affaires internationales ; Bernard Archambault et enfin Jean-Michel Bassi « un journaliste très dans le coup ». Bernard Archambault est le fils du directeur de La Nouvelle République du Centre-Ouest, Pierre Archambault, et fait le lien avec la presse régionale. Cf. Entretien précité avec Jean-Philippe Lecat.

[55] On se référera sur ce point à une étude à paraître.

[56] Entretien précité de  Jean Philipe Lecat.

[57] Entretien précité de Yves Cannac, entretien n° 2, le 14 avril 2009, Centre d’histoire de Sciences Po, Archives d’histoire contemporaine.

[58] Entretiens précités de François de Combret, Jean Serisé et Anne Méaux.

[59] Entretien précité de Yves Cannac.

[60] Entretien précité de Jean Serisé.

[61] Entretien précité de Claude Pierre-Brossolette et entretien de M. Jean François-Poncet avec Frédéric Tristram, 13 mai 2009, Centre d’histoire de Sciences Po, Archives d’histoire contemporaine.

[62] Entretien précité avec François de Combret.

[63] Entretien précité de Yves Cannac.

[64] Entretien précité de François de Combret. Il ne faudrait cependant pas avoir de répartition de l’espace élyséen une conception trop mécanique. Un éloignement du président n’est pas toujours synonyme d’influence restreinte et d’autres logiques, plus fonctionnelles celle-là, peuvent à l’occasion se manifester. C’est ainsi que le service de presse est situé dans des bureaux donnant sur la cour de l’Elysée, où s’effectue chaque jour le ballet des journalistes et où se prononcent les principales déclarations politiques. Cf. entretien précité avec Jean-Philippe Lecat

[65] Entretien précité de Jean Riolacci.

[66] Entretien précité de Daniel Pouzadoux. Un certain manque de formalisme règne dans ce domaine et il arrive même que le président de la République vienne, de façon impromptue, dans le bureau de ces collaborateurs pour leur donner ses instructions ou recueillir des informations.

[67] Entretien précité avec Jean-Philippe Lecat.

[68] Entretien précité de Jean Riolacci.

[69] Entretien précité avec Daniel Pouzadoux.

[70] Entretien précité d’Anne Méaux. En revanche, Bernard Rideau, qui dirige la cellule « Evaluation » adresse des notes régulières au président qui suivent la voie ordinaire des « urgences » et passent donc par le secrétaire général adjoint. Cf. entretien de M. Bernard Rideau avec Frédéric Tristram, le 14 mai 2009, Centre d’histoire de Sciences Po, Archives d’histoire contemporaine.

[71] Entretiens précités de Jean François-Poncet, Yves Cannac et François de Combret.

[72] Entretien précité avec Jean François-Poncet.

[73] Entretien précité avec Yves Cannac.

[74] Idem.

[75] Entretiens précités avec Jean François-Poncet, Yves Cannac et François de Combret. L’expression est de François de Combret.

[76] Entretien précité avec Jean Riolacci.

[77] Le terme de tutelle est récusé, à juste titre, par Yves Cannac, cf. entretien précité n° 1.

[78] Entretien précité avec M. de Combret.

[79] Entretiens précités avec Jean François-Poncet et Yves Cannac. François de Combret affirme cependant avoir, comme conseiller technique, traité directement avec Norbert Ségard, secrétaire d’Etat chargé des Postes et télécommunication de 1976 à 1980. Les questions d’affinités personnelles peuvent aussi expliquer des relations avec un ministre plutôt qu’avec ses conseillers.

[80] Entretien avec Yves Cannac.

[81] Entretien précité avec François de Combret.

[82] Entretien précité avec François de Combret.

[83] Entretien précité avec Jean Riolacci.

[84] Entretien précité avec François de Combret, qui témoigne de « rapports personnels [avec l’entourage de Jacques Chirac à Matignon] d’abord difficiles puis franchement désagréables, pour finir carrément hostiles ».

[85] Fait écho à la question classique de la dyarchie de l’exécutif dans la constitution de 1958, régulièrement étudiée par les juristes ou les spécialistes de sciences politiques. Semble conclure que l’attelage fonctionne quand le Premier ministre est très proche politiquement et dépendant du président de la République

[86] X-Mines. Ancien secrétaire général adjoint du SGCI.

[87] Entretien précité de Jean-Philippe Lecat.

[88] Assistant au Conseil des ministres, travaillant en étroite collaboration avec le chef du gouvernement, Jean-Philippe Lecat pourrait presque être considéré comme un quasi ministre de l’Information si Valéry Giscard d’Estaing, par souci de modernité, n’avait supprimé le poste dès 1974.

[89] Journaliste de télévision ayant commencé sa carrière outre-mer, Jacques Alexandre est directeur adjoint de l’information de la 2e chaîne en 1969, puis de la 1ère chaîne en 1972. Il est de 1976 à 1981 conseiller technique et chef du service de presse de Raymond Barre.

[90] Entretien précité de Bernard Rideau.

[91] Le Service d’information et de documentation est un organe administratif directement attaché au Premier ministre et chargé de coordonner la politique de communication de l’ensemble du gouvernement.

[92] Entretien précité avec Jean Riolacci. Daniel Doustin est une des figures du corps préfectoral. Ancien directeur de la DST au ministère de l’Intérieur, il est successivement préfet de région en Auvergne (1969) et en Aquitaine (1972). Il est de 1976 à 1978 directeur de cabinet du Premier ministre avant de présider à partir 1979 la Compagnie nationale du Rhône.

[93] Jean Massot, L’arbitre et le capitaine. La responsabilité présidentielle, Paris, Champs Flammarion, 1987, p. 108.

[94] Entretien précité de Claude Pierre-Brossolette. Claude Pierre-Brossolette pousse la candidature de l’amiral Joire-Noulens, qui est finalement retenu, au détriment du candidat de Matignon, l’amiral Alexandre Sanguinetti.

[95] Entretien précité avec Jean Riolacci. Jean Riolacci, Jean Paolini et Daniel Doustin tentent d’abord de s’accorder sur un nom qui, présenté, au président de la République est généralement accepté.

[96] Michel Margairaz, « L’Elysée et la politique industrielle en question : politique de l’architecte ou du pompier ? », dans Jean-François Sirinelli, Serge Berstein et Jean-Claude Casanova (dir.), Les années Giscard. La politique économique, 1974-1981, Paris, Armand Colin, 2009.

[97] Entretien précité avec Yves Cannac. Version complétée par Yves Cannac.

Frédéric Tristram

Frédéric Tristram est docteur en histoire contemporaine et chargé de conférence à l’Institut d’études politiques de Paris. Il a notamment publié Une fiscalité pour la Croissance. La direction générale des impôts et la politique fiscale en France de 1948 à la fin des années 1960, (CHEFF, 2005).

Mots clefs : Valéry Giscard d’Estaing ; entourage ; administration ; expertise ; présidence de la République.

imprimer

Newsletter

  • Consultez fréquemment les rubriques dynamiques de cette colonne. Elles sont régulièrement mises à jour.

Champ libre

  • • Pétition : Les archives ne sont pas des stocks à réduire ! Elles sont la mémoire de la Nation
  • Lien vers la pétition : http://chn.ge/2zVYTeJ (...)
  • lire la suite
  • Histoire@Politique est également disponible sur CAIRN
  • lire la suite

Comptes rendus

  • • Catherine Collomp, Résister au nazisme. Le Jewish Labor Committee, New York, 1934-1945,
  • L’ouvrage de Catherine Collomp vient combler une lacune. L’histoire du Jewish Labor Committee (...)
  • lire la suite
  • • Retour sur l’exposition “World War I and the Visual Arts”
  • Pour commémorer « l’anniversaire de la Première Guerre mondiale », ou (...)
  • lire la suite
  • • Mathieu Fulla, Les socialistes français et l’économie (1944-1981), Une histoire économique du politique,
  • Le stéréotype d’incompétence économique suit le socialisme français comme (...)
  • lire la suite
  • • Fabien Théofilakis, Les Prisonniers de guerre allemands. France, 1944-1949,
  • L’ouvrage de Fabien Théofilakis se présente sous la forme (...)
  • lire la suite
  • • Philip Nord, Le New Deal français,
  • Le capitalisme d’État « à la française » a fait couler (...)
  • lire la suite
  • • Ronald Hubscher, Les aviateurs au combat, 1914-1918 : entre privilèges et sacrifices,
  • Historien du social, Ronald Hubscher a notamment travaillé sur (...)
  • lire la suite
  • • Olivier Wieviorka, Une Histoire de la Résistance en Europe occidentale,
  • Après ses études magistrales – La Résistance française (Perrin, 2013) et Le Débarquement en (...)
  • lire la suite
  • • Fabrice Grenard avec Jean-Pierre Azéma, Les Français sous l’Occupation en 100 questions,
  • Cet ouvrage est le quatrième opus d’une récente collection (...)
  • lire la suite
  • • Thomas Le Roux (dir.), Risques industriels. Savoirs, régulations, politiques d’assistance, fin XVIIe-début XXe siècle,
  • Cet ouvrage vient clore le programme « Histoire des risques (...)
  • lire la suite
  • • Cyril Grange, Une élite parisienne : les familles de la grande bourgeoisie juive, 1870-1939,
  • Dans la lignée de ses précédents travaux, notamment Les (...)
  • lire la suite
  • • Sébastien Ledoux, Le Devoir de mémoire. Une formule et son histoire,
  • Le livre de Sébastien Ledoux, issu d’une thèse de doctorat (...)
  • lire la suite
  • • « Nous et les autres, des préjugés au racisme »
  • Du « Je est un autre » des poètes et des (...)
  • lire la suite
  • • Pierre Birnbaum, Léon Blum. Un portrait,
  • Léon Blum fait partie non seulement du Panthéon de la (...)
  • lire la suite
  • • Laurent Martin (ed.), Les Censures dans le monde: XIXe-XXIe siècle
  • This volume presents the papers delivered at a conference (...)
  • lire la suite
  • • « Ciao Italia ! Un siècle d’immigration et de culture italienne en France (1860-1960)»
  • Ciao Italia ?, pour reformuler sans exclamation, mais de manière (...)
  • lire la suite
  • • «Présumées coupables, XIVe-XXe siècles»
  • Ce sont à des homo criminalis « présumées coupables » que (...)
  • lire la suite
  • • Face à l’histoire : retour sur l’exposition «Soulèvements»
  • En 1996, Jean-Paul Ameline organisait au Centre Pompidou une exposition (...)
  • lire la suite

Partager

  • ISSN 1954-3670