Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Privé et public dans les pays communistes d'Europe centrale

Coordination : Sandrine Kott et Michel Christian

L’extension du domaine de la vie privée. Ferenc Mérei et le groupe « Tribu » à Budapest, 1950–1956

Zsolt K. Horváth
Résumé :

A l’intérieur d’une micro-analyse sur un groupe intellectuel à Budapest intitulé « Tribu », l’article essaie de présenter les différentes possibilités d’agir dans une dictature. A partir de cette subculture (...)

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Aborder la question des relations entre privé et public nécessite une première définition de la vie privée, ainsi que la reconnaissance de sa nature essentiellement historique. Dans l’introduction du volume 5 de L’histoire de la vie privée, Antoine Prost et Gérard Vincent essaient de définir la notion de vie privée, en délimitant ses frontières et ses espaces possibles au cours du XXe siècle. Ils avancent, bien entendu, qu’elle n’est pas une réalité naturelle, donnée depuis l’origine des temps, mais une construction historique qui se réalise dans un contexte donné selon les diverses règles, normes, coutumes, idéologies de l’époque. Peu d’ouvrages ont théorisé la place de la vie privée dans le système socialiste proprement dit : la différenciation classique entre privé et public reste-t-elle intelligible à l’intérieur d’un système socialiste dans sa forme classique [1] , ou bien la vie privée, l’intimité même a-t-elle été fortement idéologisée ? Pour être plus précis, on parle actuellement plutôt des sociétés socialistes d’Europe centrale, dans la mesure où, malgré les ressemblances systémiques, l’expérience socialiste en tant que telle n’est ni homogène, ni identique. Le discours longtemps dominant de l’histoire événementielle, qui se concentrait avant tout sur l’omniprésence de l’oppression totalitaire, a été peu à peu contrebalancé par différentes analyses socio-historiques ainsi que par des travaux sur la vie quotidienne.

Gérard Vincent rattache quant à lui la notion de vie privée au « secret », comme ce qui caractérise et circonscrit l’essentiel du privé. En conséquence, le privé est un milieu qui doit rester caché. Ainsi, cette approche, par le biais de l’étude de Pierre Nora sur le secret, correspond à la thèse de Georg Simmel sur le secret, selon laquelle il est « un non-savoir téléologique » de quelque chose [2] . S’interroger sur la question que revêt la problématique des relations entre privé et public, revient donc à se demander ce que ces expressions veulent dire dans un contexte précis, ici dans la Hongrie socialiste. Est-ce que la différenciation classique entre privé et public, issue de la conception libérale classique, est transposable à l’analyse du « système socialiste » proprement dit ? La remise en cause des notions en usage peut être certainement efficace, si elle nous permet de repenser le statut et la validité de la vie privée dans le système socialiste.

En partant du cas concret d’un cercle d’amis nommé « Tribu », formé autour du psychologue hongrois Ferenc Mérei, cette étude, basée sur une investigation biographique, essaie de retracer les éléments qui rendent le concept de vie privée intelligible au sein d’un système dont l’idéologie a pour but de reformer les règles de ce qui est privé et de ce qui est public. Il faut souligner en même temps que la tendance à repenser et à reformuler la pratique et les limites de la vie privée telle qu’elles ont été construites et fixées au cours des siècles précédents n’est pas propre seulement aux mouvements socialistes, vu comme mouvements politiques, idéologiques et artistiques ; ce caractère a d’une manière générale fait partie intégrante de toute critique vis-à-vis de la modernité. Le comble de cette tendance a sans doute été la décennie des années soixante, où toute une génération a exprimé cette critique générale, par le biais du marxisme, de la contre-culture, de la « révolution sexuelle », de la musique rock.

A l’Est, on ne peut guère parler d’un mouvement et d’une protestation aussi importants, même si quelques éléments de cette critique (la musique rock, quelques petits groupes et communes, la pensée du nouveau marxisme) ont été partiellement présents. En Hongrie, c’est le moment de l’« Ecole de Budapest » formée par et autour de György (Georg) Lukács : il s’agit d’une pensée critique formulée dans des catégories marxistes au cours des années 1960 et qui prit le nom de « philosophie de la praxis » (praxisfilozófia) [3] . Loin de former une communauté stricto sensu, Ágnes Heller, Ferenc Fehér [4] , György Márkus, Mihály Vajda et d’autres membres de l’école dite « de Lukács », ainsi que leurs étudiants János Kis, György Bence (avec d’autres qui forment ce qu’on appelle communément l’« école maternelle de Lukács »), ont constitué une lignée marquante, voire dominante de la vie intellectuelle critique. Les étudiants de Lukács ont profité d’une certaine protection vis-à-vis du pouvoir jusqu’à la mort de leur maître en 1971 [5]  ; ensuite, ce soutien s’est affaibli et plusieurs d’entre eux ont dû quitter la Hongrie en 1976-1977. En 1970, Heller et Vajda ont publié un article abordant les possibilités de repenser l’ancienne forme traditionnelle de la famille, entité économique de deux personnes et leurs descendants, au profit de la création de communes [6] . A son tour, la pensée de Heller va plus loin, tout en essayant de trouver les arguments philosophiques plausibles concernant la notion théorique d’une extension de l’expression « vie privée » comme une possibilité quotidienne du politique [7] .

En même temps, il me semble surprenant que la révision radicale, ou l’extension de la notion de vie privée, en tant que forme quotidienne du politique, soit fréquemment associée à la pensée néo-marxiste uniquement, alors que leurs origines sont enracinées dans le mouvement avant-gardiste des années 1910-1920. Il est important de souligner que, selon la définition de Peter Bürger, la notion d’avant-garde désigne un mouvement qui d’une part rejette le modernisme de la période d’avant-guerre et d’autre part essaie d’intégrer à sa révolte l’idée d’une transformation sociale [8] . Ce dont on parle est donc beaucoup plus qu’un style purement esthétique (littéraire ou artistique), mais plutôt une tentative complexe qui essaie d’unir la révolte esthétique à la révolte contre les normes sociales. Quand on connaît le contexte politique et social de l’Europe d’après-guerre, il n’est pas surprenant de constater que cette révolte s’est vite intégrée aux différents mouvement gauchistes (communistes, trotskystes, korschistes, anarchistes, anarcho-syndicalistes, etc.). En ce sens, la révolte esthétique est inséparable de la révolte politique : l’une et l’autre marchent main dans la main.

La « Tribu », formée autour de deux personnalités importantes, le psychologue Ferenc Mérei (1909-1986) et le peintre Endre Bálint (1914-1986), apparaît d’abord comme un groupe infirmel, mais c’est avant tout un groupe d’amis créé au début des années 1930 sur les ruines du cercle « Munka », fondé par le pape de l’avant-garde hongrois Lajos Kassák et ses « étudiants », mais avant tout un groupe stricto sensu, dont les membres sont limités et définis, et qui s’est organisé selon des rites et des règles fixes. Il comportait des traits caractéristiques, tels que l’exigence de la performance littéraire (même s’il n’y avait pas de professionnels parmi ses membres), ou bien la pratique de la sexualité libre. La « Tribu » est un cas particulier car elle a survécu à tous les régimes et à toutes les césures de l’histoire du XXe siècle. Avec l’apparition de la génération des années 1960, elle a de plus donné à cette dernière un modèle pour vivre et penser librement, même à l’intérieur d’un pays socialiste.

S’inscrivant dans une perspective socio-historique, cette étude essaie de présenter l’activité de la « Tribu » dans une durée un peu plus longue que le temps court de l’histoire politique. S’il l’on parle de l’attitude, voire d’une certaine mentalité non conformiste des membres de la « Tribu », s’enracinant dans la pensée avant-gardiste, il faut d’abord reprendre les éléments sociaux et culturels qui rendent le fonctionnement de la « Tribu » intelligible dans les années 1950 jusqu’à sa disparition au milieu des années 1970.

Genèse du décloisonnement du privé/public : la culture d’avant-garde des années 1930

"Les membres de „la Tribu” à Budapest dans un café : Ferenc Mérei, Laszlo Lux, Imre Kelemen, Zoltan Zsamboki". (Avec l’aimable autorisation de la famille Mérei)Pour comprendre les attitudes des membres de la « Tribu » au cours des années 1950 et 1960, il faut prendre en considération le style de vie, la pensée et les motivations des mouvements avant-gardiste et communiste des années 1930. C’est d’autant plus important que les membres de la future « Tribu » (Endre Bálint, Ferenc Mérei, Imre Kelemen, László Lux, Gábor Biró) se sont rencontrés dans ce milieu-là. Tous issus de familles juives assimilées de Budapest, ils ont cherché dans le mouvement une occasion de rejeter la vie « traditionnelle », qui ne comportait aucune perspective aux yeux des jeunes gauchistes qu’ils étaient ; ce besoin, à la fois romanesque et révolutionnaire, a vite rencontré l’anti-traditionalisme du mouvement avant-gardiste. Dans le cas de Mérei, l’expérience gauchiste peut être comprise en même temps comme un détachement de la communauté juive traditionnelle : son arrière grand-père, Mór Mellinger, était président de la communauté juive à Esztergom, ville d’origine de sa famille. Le projet esthétique de l’avant-garde lui a donné le langage de sa « révolte personnelle », tandis que le communisme lui en a donné la téléologie. Les membres de la « Tribu » sont tous arrivés au mouvement avant-gardiste par les mêmes voies. Dans le cas de Mérei vient cependant s’ajouter le fait qu’entre 1931 et 1935, il a fréquenté les cours de psychologie d’Henri Wallon à Paris et a, en même temps, activement participé au travail du mouvement communiste de la section hongroise du parti communiste français. Il a ainsi radicalisé ses idées par rapport à ces amis restés en Hongrie, qui opteront pour le Parti social-démocrate après 1945. 

Ayant assisté à l’entrée en vigueur des lois sur les Juifs (1938, 1939 et 1941) et à la guerre avec toutes ses conséquences, les futurs membres de la « Tribu » en ont tiré la conclusion que leur assimilation ne pourrait jamais être complète. Comme l’écrivain Géza Hegedüs l’a écrit dans ses mémoires : « si, suite à la Grande guerre, l’antisémitisme, qui a pavé la voie vers le fascisme, ne s’était pas enflammé, nous, et tous ceux qui étaient dans une situation pareille à la nôtre, aurions oublié notre origine juive. » Mais pendant la période de l’entre-deux-guerres, conclut Hegedüs, « pour un jeune homme intelligent, il n’y avait pas de possibilité de fuir les problèmes sociaux, politiques ou moraux [9]  ». Ce besoin de changer les inégalités, de faire bouger une société figée a apparemment entraîné beaucoup de jeunes assimilés dans les mouvements avant-gardistes et/ou gauchistes (communiste, trotskiste, korschiste, etc.). Un tournant a probablement eu lieu en 1926, au moment où Lajos Kassák, le pape de l’avant-garde hongroise, est revenu de l’exil dans lequel il s’était réfugié après la chute de la République des soviets en 1919. Comme Ferenc Mérei l’a écrit dans ses réflexions postérieures : tout a commencé avec Kassák. Les réflexions de Mérei sont d’autant plus importantes que, par sa formation de psychologue social, il était le « théoricien » de la « Tribu ». Les autres, comme le peintre Endre Bálint ou le traducteur Imre Kelemen, ont plutôt développé leur dimension artistique au sein du groupe, alors que sur le plan de la théorie, c’était Mérei qui dirigeait « spirituellement » la « Tribu ».

« On l’a tous imité dans tous les domaines. C’est après lui qu’on a fait, soit à pied, soit en se planquant, un voyage dans l’Allemagne de Weimar, c’est après lui qu’on est tous allés à Paris et qu’on se remplissait la panse le vendredi soir à la cantine de la Mutualité juive. Et par-dessus tout : c’est grâce à son influence, qu’on est devenus avant-gardistes. Cette décision a déterminé notre vie. C’est de ce sol que la peinture de [Lajos] Vajda et [Endre] Bálint est sortie de même que le théâtre de [Péter] Halász [10] et le Journal psychologique [11] , et surtout, notre trésor commun : la Rendezvényirodalom [12] . »

La Rendezvényirodalom, néologisme de Mérei, que l’on peut difficilement traduire par « Littérature de réjouissances », englobe un ensemble de textes littéraires, poèmes, nouvelles, feuilletons, écrits et réalisés sous forme de performances à l’occasion des conciliabules de la « Tribu ». L’événement « réjouissant » auquel Mérei a fait référence par cette dénomination est sans doute le retour de Kassák de son émigration à Vienne en 1926, qu’il a choisie comme résidence après la chute de la Commune de Budapest en 1919. Plus précisément, il fait aussi référence à la fondation de la revue d’avant-garde intitulée Dokumentum (Document), et surtout à celle de Munka (Travail). Cette dernière englobait également un groupement informel des jeunes gauchistes nés à peu près entre 1905 et 1915 et qui organisaient leurs activités dans des groupes en fonction de leurs intérêts spécifiques, comme le mouvement de socio-photographie et de peinture, la théorie de l’architecture, l’activité musicale et scénographique, etc. Les premières années du retour d’émigration de Vienne se sont passées avec ce travail d’organisation, et à la fin des années 1920, plusieurs douzaines de jeunes talents s’agitaient autour de leur maître [13] .

A l’intérieur du groupe, les rôles n’étaient pas encore fixés : les idéologues étaient en même temps poètes, les acteurs participaient au cours de théorie de l’architecture, etc. Pál Justus, qui deviendra après 1945 l’idéologue officiel du Parti social-démocrate, était plutôt le « poète emblématique [14]  » de Munka et a publié deux volumes de poèmes. Parmi les membres du cercle de Munka, on trouvait entre autres Alexandre (Sándor) Trauner, György Kepes, Pál Justus (plus tard condamné lors du procès Rajk en 1949) et Endre Bálint. Cependant, des divergence apparurent sur la question de l’engagement politique et une fraction, concentrée autour de Pál Justus, accusée d’attitude anti-soviétique, fut exclue du cercle. Le 15 septembre 1930, le numéro de Munka publiait la décision du cercle selon laquelle la communauté avait interrompu toute relation avec Justus et son cercle [15] .

C’est ainsi qu’est née l’« Opposition » (oppozíció), à laquelle les quelques renégats (K. Deutsch, L. Lux, G. Biró) de l’Association ouvrière des jeunes communistes (Kommunista Ifjúmunkások Magyarországi Szervezete, KIMSZ) se sont ralliés [16] . « On est descendu de l’arbre », c’est ainsi que Lux commenta ironiquement l’abandon de la ligne officielle du parti. Le Parti communiste n’était pas légal à cette époque-là, mais il était quand même considéré comme le contact avec le mouvement international. En fait, l’« Opposition » n’était pas la seule alternative : le groupe de Demény, le mouvement populaire socialiste de Weishauss, ou bien la communauté de Hartstein constituaient une critique à la fois idéologique et sophistiquée, à la fois brute et violente, du système de l’entre-deux-guerres.

Quoi qu’il en soit, malgré ses potentialités intellectuelles et artistiques, selon les mémoires des membres de l’« Opposition », celle-ci « a davantage signifié une option émotionnelle [17]  » qu’une communauté basée sur un choix rationnel, politique, idéologique ou artistique. Mais comment comprendre cette remarque ? Selon un témoin, l’historien de l’art József Román, l’« Opposition » et l’avant-garde signifiaient pour lui moins un style artistique qu’une manière de penser et de vivre : « ignorer tout ce qui est donné, et même refuser toute règle préalable pour en créer de nouvelles », telle était la devise de leur vie d’alors. En fait, ce cercle peut être perçu comme un milieu socio-culturel dans lequel les membres ont décloisonné les différences traditionnelles qualifiées de « bourgeoises », entre la vie et l’art, entre la réflexion sociale et la critique idéologique, entre l’activité artistique et l’attraction sexuelle. D’ailleurs, selon Román, le problème sexuel n’était qu’une question d’organisation du temps : le ou la militant(e) a le droit de mener une vie sexuelle normale et c’est à l’intérieur du groupe que la solution doit être trouvée. Renonçant aux préférences individuelles en faveur de l’intérêt commun, celui ou celle qui a du temps libre résout ce problème sexuel individuel [18] . A travers ces règles formulées oralement, on voit déjà s’esquisser dans l’« Opposition » certains traits fondamentaux. En ignorant consciemment la séparation entre privé et public, ces jeunes traitaient la problématique « sexuelle » comme une question politique centrale du groupe. La conscience politico-idéologique et esthétique se recoupait avec la « révolte », inscrite dans la vie quotidienne, contre les mœurs dites bourgeoises.

Au cours des années 1930 et 1940, le cercle s’est dispersé : certains sont partis pour Paris (entre autres Mérei, Justus, Kelemen, Román, Bálint, Trauner), un autre (Heinlein) est mort en Espagne, les autres (Lux, Biró) sont restés en Hongrie. Les années de guerre, à cause des lois sur les Juifs, ont menacé tous les membres du groupe. En Hongrie, un service spécial, le service du travail forcé (munkaszolgálat), fut introduit pour tous les hommes en 1942, ce qui fait qu’ils ont tous, sans exception, participé à la guerre. La survie quotidienne en Hongrie, l’expérience des exilés, ainsi que la courte expérience démocratique depuis la fin de la guerre jusqu’à l’arrivée au pouvoir du Parti communiste en 1948, tout cela a diversifié les trajectoires de l’ancienne l’« Opposition ». Certains ont immigré en Israël, la plupart se sont engagés dans le Parti social-démocrate. Mérei était le seul à rejoindre le Parti communiste, dont il est devenu le spécialiste dans le domaine pédagogique. Sa carrière a connu un essor rapide : en 1948, il est nommé directeur de l’Institut national de pédagogie, l’année suivante il reçoit le prix Kossuth, la reconnaissance la plus haute de l’Etat [19] . En mars 1950, sous le prétexte du « procès de pédologie », le Bureau central (Központi Vezetőség) lance une enquête contre les intellectuels à l’intérieur du parti, dont la première cible est Mérei [20] . Du jour au lendemain, il est renvoyé, exclu et privé de toute fonction, punition toutefois relativement douce à cette époque. Pendant ces années noires, grâce à ses relations, Mérei traduisait des œuvres scientifiques de plusieurs langues étrangères sous divers pseudonymes. C’est en 1956 seulement qu’il a finalement été réhabilité. Il est intéressant de noter qu’à partir de 1950, Mérei devient « libre » de son temps et ses anciennes relations, sympathisants sociaux-démocrates, sont dans la même situation depuis 1948. Voilà donc un cercle d’amis, une vocation rebelle à la fois esthétique et politique, un cercle auquel toutefois le contexte ne donne aucune possibilité de s’exprimer dans l’espace public. Si la seule manière de le faire est à l’intérieur du privé, il faut transformer cet espace et repousser ces limites.

La « Tribu » en tant que subculture : extension de la vie privée et rétrotopie

Cette partie sera consacrée, dans un premier temps, à une description de l’activité de la « Tribu » basée sur des documents d’archives, ainsi qu’à l’auto-analyse que Mérei en a faite. Dans un deuxième temps, on s’attardera sur la question des relations entre privé et public sous le régime communiste : comment le fonctionnement de cette subculture s’organise-t-elle sous ce régime autoritaire et selon quelle forme les membres ont-ils organisé cette vie clandestine ?

D’où vient le nom « Tribu » ? Pourquoi « Tribu », et non pas l’ancien nom, « Opposition » ? Est-ce qu’il y a des différences marquantes entre les deux groupes ? Quels en sont les éléments de continuité ? En fait, l’étiologie caractérise bien l’obscurité dans laquelle la « Tribu » est née : selon Román, c’est un rapport policier issu du milieu des années 1930 qui dénomme le groupement en question « Tribu », tandis que les réflexions de Mérei associent le même nom au contexte parisien, notamment au Café de la Sorbonne : il renverrait à la notion centrale de Durkheim [21]  :

« Donc, on a commencé à s’identifier comme Tribu, d’après Durkheim. C’est moi qui l’ai baptisée ainsi car c’est moi qui ai feuilleté des livres de sociologie, y compris ceux de Durkheim. C’est lui qui a dit que Ta tribu constitue deux entités, deux fratries. Nous aussi, nous constituions deux fratries : les divins et les païens. Inutile de dire que je me rattachais aux païens [22] . »

Il est clair donc que la « Tribu » est issue de l’ancienne « Opposition », mais l’on ne peut pas dire qu’elle est une simple continuation ininterrompue de celle-ci. Elle comporte des éléments de continuité à travers ses membres (à l’exception de l’un d’entre eux, Zoltán Zsámboki) et à travers l’esprit issu des années 1930. Mais chacun des membres porte en lui des expériences différentes, vécues pendant l’exil à Paris, pendant la Seconde Guerre mondiale et pendant l’Holocauste. Surtout, la « Tribu » est beaucoup plus complexe au niveau de son organisation que ne l’était l’« Opposition », qui avait un caractère plus ou moins spontané. A la question d’un ancien ami lui demandant pourquoi il était devenu un communiste doctrinaire, alors que ses expériences auraient dû le prédestiner à rester avec ses anciens camarades, Mérei expliqua ainsi son choix du Parti communiste alors que tous ses amis avaient opté pour les sociaux-démocrates :

« Pourquoi choisir un marchand couleur, s’il y a une firme mondiale [23]  ? Moi, j’ai choisi cette firme mondiale ; sans cela, on aurait dû tous mourir à Auschwitz. Cette constatation est indispensable pour que mon caractère doctrinaire puisse être compris [24] . »

Entre 1948 et 1950-1951, l’ancien cercle commence à reprendre des contacts réguliers. L’intérêt du Service de la sécurité d’Etat, section du ministère de l’Intérieur, a rapidement été éveillé par ces anciens partisans. Envoyé par le Service de la sécurité d’Etat, qui lui donna le pseudonyme de « Hegyi », le psychologue Dénes Goldschmidt, ancien collègue de Mérei fut affilié au cercle. On doit une bonne partie de ce que l’on connaît de la vie intérieure, des rites et des pratiques de la « Tribu » à ses rapports bien détaillés. C’est ainsi qu’il a décrit la reconstitution de l’ancien cercle :

« Du groupe de l’Institut [national de pédagogie], quelques membres sont restés près de lui [Mérei], et quelques anciens amis [à savoir l’ancienne « Opposition »] avec qui sa relation a été temporairement coupée se sont également joints au cercle. Parmi ces personnes, je connaissais László Lux et Imre Kelemen. (…) Sous l’égide de Mérei, la compagnie a commencé à se fréquenter et peu à peu la nouvelle équipe de Mérei a pris forme. L’équipe avait aussi un nom : ils se sont appelés « Tribu » et sa tâche était bien drôle : il fallait lutter contre les femmes, discuter les différentes affaires d’amour avec les amantes des membres, s’échanger des expériences, proposer ou déconseiller des femmes aux autres membres [de la « Tribu »]. Bien entendu, les femmes ne pouvaient pas participer à ces ‘conciliabules tribaux’ ; elles n’étaient invitées qu’en des occasions très particulières, et cette invitation devait être considérée comme le signe d’une grande reconnaissance. En 1954, je suis tombé malade et à partir du 9 janvier 1955, j’ai passé neuf mois au sanatorium de Koranyi. En fait, la "Tribu" s’est consolidée pendant ce temps-là. Ainsi, je n’ai pas pu participer à ces conciliabules (par conciliabule, on n’entend pas une fête, mais les pourparlers dont j’ai parlé plus haut, dans un bar ou restaurant, éventuellement suivi par une libation), mais la "Tribu" est venue me voir chaque semaine, et cela est devenu une tradition. De semaine en semaine, ils sont venus si nombreux que mon médecin a mis son bureau à notre disposition [25] . »

Quoique ce rapport souligne le caractère ludique de la « Tribu », il faut y ajouter qu’avec l’introduction d’un relatif pluralisme politique après 1953, à la suite de l’arrivée de Imre Nagy à la tête du gouvernement, la « Tribu » s’est politisée. C’est dire que les membres de la « Tribu », sous l’égide de Mérei et de Lux, parlent de plus en plus de la possibilité politique d’une réforme éventuelle. Selon un agent, après 1953, les membres se réunissaient plus ou moins régulièrement dans le café « Casino ». Lors de l’une de ces réunions, Mérei et Lux firent de petits exposés, notamment sur le mécanisme et l’organigramme du Service de la sécurité d’Etat (Államvédelmi Hatóság, désormais AVH), sur le rôle (alors inconnu) de Vladimir Farkas au sein de AVH ou sur les informations informelles du Bureau central (Központi Vezetőség). De plus, Mérei était toujours parfaitement bien informé de la libération des hommes politiques gauchistes emprisonnés. En 1955, il qualifie de provisoire le renforcement de Rakosi et explique longuement le programme de l’opposition organisée autour du personnage d’Imre Nagy [26] .

Un autre agent, dont l’identité est encore inconnue, a rédigé sous le pseudonyme d’« Erdősi » des rapports beaucoup plus politiques. A la place de la description détaillée de conciliabules politiquement innocents, il a présenté et analysé les rapports et les activités politiques de Mérei. La rhétorique de ces documents est beaucoup plus aiguë, accusatrice et dénonciatrice [27] . Bien que les rapports intérieurs au sein du ministère de l’Intérieur montrent l’intérêt croissant pour Ferenc Mérei [28] , une liste (datée au 18 avril 1958 et insérée dans le dossier de Mérei) énumère 38 personnes appartenant à la configuration politique et sociale de Mérei, dont seulement trois (Lux, Kelemen, Justus) faisaient partie de la « Tribu » [29] . Ce dernier fait suggère que la politique ne jouait qu’un rôle secondaire dans le groupe « Tribu » : trois membres de la « Tribu » seulement seront emprisonnés après 1956, dont Mérei. Il faut donc prendre au sérieux son attribut ludique, subculturel. Bien qu’il soit clair que la politisation, la participation aux batailles politiques juste avant et pendant la révolution, voire même après sa chute, transgresse d’une manière univoque la frontière entre privé et public, cette étude se limitera à l’étude du caractère subculturel de la « Tribu » qui reste toujours dans l’intimité.

On peut conclure que, pour Mérei, la « Tribu » n’était pas le seul espace de son activité politique. Elle est plutôt un milieu familial, pas forcément politique, dans lequel les membres ont préservé les fragments de leur identité avant-gardiste. La « Tribu » est donc une « hétérotopie » dans la pratique de la vie quotidienne, c’est-à-dire que de temps à autres, son fonctionnement mettait entre parenthèses les contraintes sociales, la réalité donnée du monde politique de sorte que les membres du groupe pouvaient vivre, même si c’était pour un temps bien limité, selon les « règles » d’antan de l’éthique avant-gardiste. Cette tentative leur a construit un espace propre dans les années 1950, et « le propre, comme l’a remarqué Michel de Certeau, est une victoire du lieu sur le temps [30]  ». En même temps, l’organisation régulière de ces conciliabules, cet effet d’appropriation, possèdent une temporalité spéciale car vivre dans les années 1950 (en ayant entre 45 et 50 ans) selon une éthique des années 1930 (époque de sa jeunesse) est en quelque sorte une rétrotopie. En utilisant ce néologisme, Istvan Rév désigne une stratégie temporelle rétrospective qui, par la force de l’imagination, vise à retrouver les vertus dans le passé, et non pas dans le présent [31] . Pour reprendre la notion de « contemporain du non-contemporain » développée par Reinert Koselleck, la « Tribu » a vécu dans le contexte des années 1950, mais en regardant les valeurs de leur époque, ils ont préféré le « sauvage » incarné par l’esthétique de l’avant-garde [32] . Le nom même de « Tribu » implique cette préférence. La valorisation du passé au détriment du présent implique une certaine fuite des tensions et des problèmes publics du présent qui n’ont pu se résoudre qu’à l’intérieur de la vie privée. Le nom de « Tribu », ses rites parfois intempestifs peuvent être compris à partir de cette constatation ; par le biais de Durkheim et de la scène tribale, cette subculture a cherché à trouver cet espace propre dans un espace-temps imaginaire (de toute façon, hors du contexte réel des années 1950), en l’unissant aux vertus révolutionnaires de l’espace avant-gardiste des années 1930.

Pour voir le mécanisme de fonctionnement de la « Tribu » plus en détails, essayons de suivre l’autoanalyse qu’en fait Mérei :

« Et maintenant, il faut expliquer ce que cela veut dire la ‘Rendezvényirodalom’. Je n’ai même pas décidé de la manière de l’écrire. En deux mots ou en un seul ? Et avec ou sans majuscule ? Pour l’instant je l’écris temporairement comme cela : Rendezvényirodalom [littérature de réjouissances]. (…) Je peux résumer sa signification par quatre critères : 1. Elle est fortement liée à une occasion. 2. Elle est une œuvre littéraire. 3. Elle est valable et ne peut être comprise que dans une subculture donnée (et seulement dans cette subculture). 4. Les épisodes traités sont liés à l’expérience commune de cette subculture, et ainsi le caractéristique principale de leur mode d’expression est la connotation. (…) Le premier est son caractère occasionnel : dans la littérature tribale, c’était la fête de réveillon et le soixantième anniversaire. Celui qui avait accompli sa soixantième année recevait une collection reliée en cuir et les copies des textes récents de Rendezvényirodalom. L’anniversaire était commémoré par une fête ouverte aux familles et aux amis. Il y avait aussi des fêtes secrètes, à savoir des conciliabules, où l’on n’invitait pas les épouses , mais éventuellement les maris. Ces conciliabules, ou bacchanales, comprenait huit à dix personnes, hommes et femmes en parité [33] . »

D’après ses écrits, le conciliabule le plus réussi était celui donné à l’occasion de la naissance de la fille de Mérei, Zsuzsanna (Susanne) en 1956. Ainsi, cette fête secrète, qui faisait référence à une scène biblique (partie deutérocanonique du Livre de Daniel), a été baptisée « Susanne et les vieillards ». L’autre conciliabule le plus marquant a été donné en 1955 à l’occasion de la libération de leur ancien ami, Pál Justus (emprisonné depuis 1949, dans le contexte du procès Rajk). Mérei en fait le commentaire suivant :

« Nous avons bien fêté notre "certain Pál". Nous appelions ainsi notre ami. Avec la peur qu’ils avaient du Diablotin [croquemitaine], beaucoup de nos copains n’avaient même pas prononcé son prénom. Compréhensible, car c’était les années terrifiantes du Diablotin. Nous n’avions pas vraiment peur car nous étions sûrs qu’un jour nous serions dans la hotte du Diablotin. Nous l’avons appelé "un certain Pál" par motivation sarcastique pour indiquer qu’il y a des tabous qui sont des non-sens. En plus, le style sarcastique faisait également partie de notre petite résistance [34] . »

"A bas la personne fêtée ! A bas le personnel cultuel !” Peinture d'Endre Bálint (vers 1965)" (avec l’aimable autorisation de M. Csaba Kertész)Pour illustrer, le style et le ton sarcastique et auto-ironique de la « Tribu », voyons une peinture caricature de Bálint qui représente le « noyau dur » de la« Tribu » (voir illustration ci-dessus). De gauche à droite, figurent L. Lux, G. Biró Gábor, F. Mérei, Z. Zsámboki, E. Biró, un inconnu et I. Kelemen. Les personnages sont identifiables, d’une part, à partir de l’inscription du dossier qu’ils portent et d’autre part d’après la représentation iconographique typique de Bálint. Par exemple, le troisième, Mérei, est toujours représenté comme un petit homme (qu’il était effectivement) et sous le bras, il porte ici un dossier ou un cahier avec le titre « Feuille de l’âme », allusion à son identité de psychologue. L’inscription de la banderole, « A bas, la personne fêtée, à bas le personnel cultuel ! » semble correspondre au quatrième critère de la définition citée par Mérei. En effet, elle est basée sur l’inversion du sens (il s’agit donc plus de grotesque que d’ironie) : ici à la place de « vive ! », on a « à bas ». C’est cependant la deuxième phrase qui est la plus intéressante et qui reste incompréhensible sans un déchiffrage iconologique, car elle est une référence, une connotation basée sur une expérience commune. Si l’on rétablissait l’ordre « original » (avec quelques modifications), on obtiendrait la phrase suivante : « A bas le culte personnel ! » Si l’on mettait en relation la représentation figurale et la spéculation textuelle des manuscrits de Mérei à propos de cette stratégie d’inversement, on obtiendrait une longue analyse sur l’importance centrale du culte de la personnalité autour de Rákosi (leader du pays lors des années noires), et ce que tout cela a signifié pour l’expérience commune des membres du groupe. Mérei écrit :

 « Comment l’occasionnalisme se constitua-t-il en tant que critère de la "Rendezvényirodalom" à l’époque du culte de la personnalité, c’est-à-dire celui de laboratoire ? En fait, c’était vraiment l’époque du culte de la personnalité, mais il y avait une différence : on n’avait pas besoin du camarade Rákosi, la cérémonie était célébrée par le leader du laboratoire, c’est-à-dire par moi-même [35] . »

C’est toute l’ironie de la situation qui apparaît lorsque, lors de l’enquête menée contre Mérei et ses collègues les plus proches au tournant 1949-1950, l’auteur anonyme d’un rapport caractérise le psychologue avec les mêmes mots : « Mérei possède une érudite culture bourgeoise. (…) Il réunit autour de lui des personnages louches. Il pratique un culte de la personnalité [36] . » Ce rapport dénonciateur et malveillant s’harmonise d’une manière paradoxale avec la définition que Mérei donne de lui-même. C’est exactement dans ce contexte que l’allusion de la peinture de Bálint devient parlante et caractérise bien la manière de penser et de voir de la « Tribu » [37] .

L’objet de cette étude n’est toutefois pas d’héroïser rétrospectivement « cette résistance quotidienne [38]  » au socialisme, mais de repenser la place d’une telle activité du point de vue de la problématique des relations entre privé et public en mettant en perspective les documents disponibles. Si l’on ne surpolitise pas sans cesse les composants de la vie privée quotidienne, ce qui arrive souvent dans le cas des dictatures, mais qu’on envisage la vie, le travail, l’action, les formes de l’amusement, les émotions du quotidien en tant qu’activités soumises aux nécessités vitales et au souci de survie individuelle, alors on pourra échapper à la notion de « résistance quotidienne » qui fait que « chaque action a une connotation eo ipso politique [39] . » La perspective de cette étude est loin de romancer le fonctionnement de la « Tribu » car on voit très bien la stratégie d’inversement du groupe, même si celle-ci s’inscrit dans le contexte de l’humour noir, ce qui englobe des plaisanteries absurdes, des injures, notamment sexistes. Par exemple, les membres de la « Tribu » ont produit beaucoup de plaisanteries sur le caractère juif du groupe. Si l’on ne sait pas qu’ils étaient d’origine juive, on pourrait qualifier ce genre d’humour comme antisémite ; mais en sachant qu’ils l’étaient, on peut le qualifier d’humour noir, à savoir une plaisanterie qui vise à dire explicitement ce qui est interdit aux non-Juifs.

Le rapport dénonciateur a accusé l’entourage de Mérei de pratiquer le culte de la personnalité et lui-même l’a confirmé dans ses mémoires. Force est de constater que cette subculture a donc retourné le mécanisme d’oppression de la dictature pour l’utiliser de manière mimétique dans son propre contexte. Loin de nous l’idée de relativiser les crimes du socialisme : il s’agit seulement d’attirer l’attention sur le fait que l’opposition à une dictature quelle qu’elle soit ressemble souvent structurellement à son opposé, c’est-à-dire au pouvoir établi lui-même [40] . Quoiqu’il en soit, par son fonctionnement, la « Tribu », bien qu’à une échelle « micro », a créé le remake ludique de la domination du parti communiste, dont Mérei a été membre pendant de longues années. Les formes invisibles, subculturelles et souterraines d’une société réalisent un monde étrange, une réalité autonome qui possèdent des règles particulières dont les origines, comme on l’a vu dans ce cas-là, remontent au passé commun avant-gardiste des membres. D’une part, par son caractère fermé à autrui (et notamment aux femmes), une telle subculture a la capacité de négliger, d’ignorer, voire de nier les règles du monde réel et de les remplacer par la création d’un univers mythique, alternatif. D’autre part, elle est souvent le produit d’une dictature, et par ce fait, ce type de subculture, même si c’est à une échelle différente, a tendance à reproduire et répéter les structures de domination. Ainsi, la subculture dans son espace propre, produit un parallèle, un remake de la domination politique qui s’organise dans une sphère publique.

 

Pour conclure cette brève histoire, il faut y ajouter que la « Tribu » a fonctionné du début des années 1950 jusqu’au milieu des années 1970, quand les premiers membres sont morts. Ce fonctionnement est loin d’être homogène. Il est particulièrement intensif entre 1950 et 1956 et entre 1963 et 1973. Après la révolution de 1956, Zsámboki, Kelemen et Mérei sont emprisonnés, Bálint part pour Paris en 1957 et y reste jusqu’en 1962. Après la libération des prisonniers et le retour de Bálint, ils reprennent l’activité de la « Tribu ». En fait, selon les mémoires et les documents accessibles, les conciliabules et les anniversaires suivaient le rituel que les membres avaient fixé au cours des années 1950. Le point culminant de leur activité a été autour de leur soixantième anniversaire, c’est-à-dire entre 1969 et 1974 quand ils ont rassemblé les textes produits pour les conciliabules et les ont édités en samizdat dont le premier fut le volume d’anniversaire de Mérei en 1969, intitulé Codex de Pasarét ; l’anthologie offerte à L. Lux porte le titre Ecrivains hongrois sur László Lux (1971) et celle de G. Biro, s’intitule Vulgata profana (1973). Ces volumes, dont deux sont maintenant accessibles, constituent des œuvres importantes de la culture de samizdat de Budapest. Vers 1973, l’intérêt de Mérei s’est focalisé de plus en plus sur ses étudiants, avec qui il a fondé le Groupe A et le Groupe « Atelier », mais cela serait un autre sujet. Parmi les autres groupements de l’époque à Budapest, la caractéristique de la « Tribu » était de posséder une réglementation sévère et fixée, un langage spécifique utilisant la connotation, une longue histoire commune mimétiquement reproduite lors des conciliabules.

La question se pose finalement de savoir comment comprendre l’activité particulière de la « Tribu » dans le contexte de la Hongrie socialiste. On a tout d’abord soutenu que l’idée de l’extension de la vie privée dite « bourgeoise », c’est-à-dire la distanciation de la pratique quotidienne et répétitive de la subsistance vers une conception théorique de la vie quotidienne, appartient plutôt à l’avant-garde des années 1920-1930, et que les années soixante n’ont fait que renouveler et étendre ce concept, ce style de vie. Probablement sans savoir, comme dans le cas de l’Ecole de Lukács, qu’il y avait des précurseurs dans ce domaine. Bref, cette nouvelle conception cherche à décloisonner les diverses sphères traditionnelles de l’existence humaine, la sphère privée et la sphère publique, le logement et la rue, le repos et l’activité. En même temps, à l’intérieur du mot « activité », il s’agit d’unifier l’artistique et le politique, ou bien d’éviter les tabous et les normes « bourgeoises » de la sexualité. A tous les niveaux, ce style de vie avant-gardiste cherche donc à effacer la validité de la pensée libérale inscrite dans la logique culturelle du capitalisme [41] . En fait, cette extension du domaine de la vie privée était d’une part un concept issu de la culture d’avant-garde et d’autre part une contrainte politique et sociale imposée aux membres par le processus de ségrégation des intellectuels engagés au parti après 1949. Faute de s’exprimer positivement, à son tour, ce groupe d’intellectuels a créé un espace propre, c’est-à-dire les possibilités secondaires de s’exprimer. Ainsi, cet espace propre n’est rien d’autre qu’une communication horizontale des acteurs, ici entre membres du groupe. Comme Maurizio Gribaudi l’a remarqué à propos du contexte micro-social : « les formes et les comportements sociaux s’engendrent concrètement à partir des dynamiques d’interaction des individus : entre leur mémoire du passé et leurs anticipations du futur possible [42]  ». Mais si l’on souligne l’importance de cette communication horizontale, l’on ne peut pas négliger le fait qu’à partir de 1948, la possibilité de la liberté positive et de l’espace public positif n’existait plus [43] . Le sociologue Alain Cottereau a introduit la notion d’espace public négatif qui « attire l’attention sur la complémentarité entre préservation et révélation, sur la gestion d’une frontière entre ce qui doit apparaître en public et ce qui doit rester caché [44]  ». Contrairement à la constatation des chercheurs hongrois de l’histoire événementielle, après la suspension de l’espace public positif, ce n’est pas le silence total qui s’établit : la communication a tout simplement pris d’autres formes, notamment sous la contrainte de devoir rester cachée.

Par le biais du groupe « Tribu », on voit qu’à l’intérieur d’un espace public « secondaire » (comme les politistes appellent cette manière de s’exprimer), c’est non seulement la manière de s’exprimer qui doit changer, mais en même temps, par les lieux, les moyens et les sujets, c’est aussi la notion de public qui se mêle à celle de privé. Bref, quand il n’y a pas de public, c’est le privé qui étend ses espaces possibles. Les caractéristiques classiques de cette différenciation se résolvent par les moyens de communication opportuns. En d’autres termes, le public peut être considéré en tant qu’une extension de la forme classique de la vie privée.

Pour citer cet article :

Zsolt K. Horváth, « L’extension du domaine de la vie privée. Ferenc Mérei et le groupe « Tribu » à Budapest, 1950–1956 », Histoire@Politique. Politique, culture, société, N°7, janvier-avril 2009.

Notes :

[1] Pour désigner ce système, on utilisera le terme de ‘socialiste’ au détriment de celui de ‘communiste’, notion mal définie et ambiguë. C’est non seulement le langage idéologique de l’époque qui a utilisé constamment le mot ‘socialiste’, mais depuis la définition donnée par Kornai, il est absurde de maintenir la pratique du mot communiste, idéologème de la Guerre froide. Voir János Kornai, The Socialist System. The Political Economy of Communism, Oxford, Oxford University Press – Princeton, Princeton University Press, 1992, p. 35-36.

[2] Georg Simmel, « Das Geheimnis und die geheime Gesellschaft », Soziologie. Untersuchungen über die Formen des Vergesellschaftung, Berlin, Dunker und Humblot, 1908, p. 337-402; Pierre Nora, « Simmel: le mot de passe », Nouvelle Revue de Psychanalyse, n14 (automne 1976), p. 307-312.

[3] Voir Ervin Csizmadia, A magyar demokratikus ellenzék, 1968–1988. Monográfia [L’opposition démocratique hongroise, 1968–1988], Budapest, T–Twins, 1995, tome 1, p. 17-83.

[4] Voir Margit Köves, « Ferenc Fehér (1933-1994). Reflections on a Member of the Lukacs School », Social Scientist, tome 23, no 4–6, 1995, p. 98-107.

[5] Voir István Eörsi, « Georg Lukács and Gelebtes Denken. The Right to the Last Word », New German Critique, no 23, 1981, p. 115-129.

[6] Ágnes Heller – Mihály Vajda, « Családforma és kommunizmus » [Forme de famille et communisme], Kortárs, no 2, 1970, p. 1655-1660.

[7] Ágnes Heller, A mindennapi élet, Budapest, Akadémiai, 1970. Voir en anglais : Agnes Heller, Everyday Life, translated fom Hungarian by L.G. Campbell, London, Routledge & Kegan Paul, 1984.

[8] Voir Peter Bürger, The Theory of the Avant-garde, New York, Belknap, 1968.

[9] Géza Hegedüs, Egy jól nevelt fiatalember felkészül, [Un jeune homme bien éduqué se prépare], Budapest, Szépirodalmi, 1984, p. 10.

[10] Formé vers 1969 à Budapest, le théâtre d’avant-garde de Halász, fortement inspiré par le théâtre de Grotowski, a été interdit par le conseil municipal et la police. Ainsi à partir de 1973-1974, le groupe a présenté ses spectacles dans l’appartement du couple Halász. En 1976, ils ont immigré aux Etats-Unis pour motif politique, où ils ont fondé le célèbre Squat Theatre à New York. Voir Theodor Shank, « Squat Theatre », Performing Arts Journal, tome 3, no 2, 1978, p. 61-69 et Jim O’Quinn, « Squat Theatre Underground, 1972-1976 », The Drama Review, tome 23, no 4, 1979, p. 7-26, ainsi que Anna Koós – Eva Buchmüller, Squat Theatre, New York, Artists Space, 1996.

[11] Rédigé sur papier hygiénique, le Journal psychologique est né de l’expérience des années que Mérei a passées en prison pour « crime d’organisation contre la République populaire » pendant et après la révolution de 1956. A l’occasion de l’amnistie générale en 1963, il avait été libéré, mais le Journal n’a été publié qu’à la fin des années 1970 en quatre volumes.

[12] Ferenc Mérei, « A Jó és a Rossz határán. Bevezető » [A la frontière du Bien et du Mal. Une introduction], dans A Jó és a Rossz határán. Rendezvényirodalmi szöveggyűjtemény [A la frontière du Bien et du Mal. Recueil du texte de la littérature de réjouissances], manuscrit non publié, 1985, p. 15.

[13] Ferenc Csaplár, « A ‘Munka-kör’ » [Le cercle de Munka], dans Kassák körei, Budapest, Szépirodalmi, 1987, p. 250-306, et Péter György, « Az elsikkasztott forradalom. Kassák 1926 után : a hazatérés tanulságai » [La révolution détournée. Kassák après 1926, ou l’ensignement du retour], Valóság, tome 29, no 8, 1986, p. 66-85 et Zsolt K. Horvath, « A munkáskalokagathia pillanata. Költészet, társadalomkritika és a munkáskultúra egysége: Justus Pál és a Munka-kör », [Moment de la ‘kalokagathie ouvrière’ : poésie, critique sociale et unité de la culture ouvrière : István Justus et le cercle de Munka (1928-1930)], Café Bábel, no 54, 2008, p. 141-153.

[14] Voir les mémoires du poète István Vas, membre du cercle de Munka à l’époque : István Vas, Nehéz szerelem, vol. 2: A félbeszakadt nyomozás, [Un amour difficile. II: Une enquête suspendue] Budapest, Szépirodalmi, 1983, p. 15.

[15] Pour la décision, voir « A ‘Munka’ köréből » [Du cercle de Munka], Munka, tome 2, no 15, septembre 1930, p. 447.

[16] Voir par exemple Péter Konok, « A Munka-kör szellemi, politikai hátországa » [Le hinterland politico-idéologique du cercle de Munka], Múltunk, tome 49, no 1, 2004, p. 245-270 et László Svéd, « A magyar munkáspártok ifjúsági szervezetei a XX. század húszas éveiben » [Les organisations des jeunes des partis ouvriers dans les années 1920], Múltunk, tome 48, no 4, 2003, p. 149-197.

[17] Endre Bálint, Életrajzi törmelékek [Fragments biographiques], Budapest, Magvető, 1984, p. 160.

[18] József Román, Távolodóban. Életrajzi vázlat [S’éloignant de la vie. Esquisse biographique], Budapest, Magvető, 1990, p. 77.

[19] Voir l’article : « Az 1949. évi Kossuth-díj » [Le Prix Kossuth en 1949], Köznevelés, tome 5, no 7, 1er avril 1949, p. 1-2. ; et relatif au débat sur Mérei : Archives nationales de Hongrie [Magyar Országos Levéltár, désormais MOL], Archives du Parti des travailleurs hongrois [A Magyar Dolgozók Pártjának iratai], M–KS–276–68–99, p. 28.

[20] L’enquête est bien documentée dans les archives du parti, voir surtout MOL–M–KS–276–53–48 : « Procès-verbal de la séance du Bureau central du 23 mars 1950 ». La décision, avec une argumentation idéologique, a été publiée sous le titre  « Nevelésügyünk égető kérdése » [La question brûlante de notre pédagogie], Szabad Nép, le 26 mars 1950 (dimanche), p. 3.

[21] József Román, « Nem ! Párttörténeti mellékszálak » [Non ! Une histoire secondaire du mouvement], Valóság, tome 32, no 5, 1989, p. 99 et Endre Bajomi Lázár, « Mérei–Mák », Kritika, no 11,1986, p. 22-25.

[22] Emőke Bagdy, « A szabadság első pontja : szeretni az életet. Beszélgetés a 75 éves Mérei Ferenccel » [‘Le premier point de la liberté : aimer la vie !’ Entretiens avec Ferenc Mérei à propos de son 75e anniversaire], Magyar Pszichológiai Szemle, tome 42, no 3, 1985, p. 251.

[23] Allusion interne dans le texte à l’Armée rouge où Mérei est devenu officier à la suite de sa fuite du service du travail forcé en Ukraine en 1944. Il a travaillé auprès du quotidien Új Szó, journal officiel de la Division politique de l’Armée rouge. Voir l’article commémoratif de Béla Illés, « Az Új Szó együttese » [L’équipe de Új Szó], Új Szó, le 28 octobre 1945, p. 1 et 4.

[24] Ferenc Mérei, « A Jó és a Rossz határán », op. cit., p. 16.

[25] Archives du Service de la Sécurité d’Etat (Állambiztonsági Szolgálatok Történeti Levéltára, désormais ÁBTL), dossier de surveillance no. F-7412, Ferenc Mérei – vol. II, O-10986/3, p. 5. (Rédigé le 27 décembre 1968).

[26] ÁBTL, CS-604, dossier „Hungaricus”, O-10986. Sur la surveillance de Mérei, voir György Litván, « Mérei és a Krampusz [Mérei et le « Croquemitaine »] », dans Anna Borgos, Ferenc Erős, György Litván (dir.), Mérei élet–mű, [L’œuvre de Mérei], Budapest, Új Mandátum, 2005, p. 193-209.

[27] ÁBTL, CS-604, dossier „Hungaricus”, O-10986.

[28] Sur l’évaluation faite par le Parti socialiste des ouvriers hongrois et l’intérêt du ministère de l’Intérieur, voir György Litván, « Belügyi feljegyzés és MSZMP-döntés Mérei Ferencről (1958) » [Aide-mémoire du ministère de l’Intérieur et décisions du parti relatives à Ferenc Mérei (1958)], Élet és Irodalom, tome 42 (l1998) no 35, p. 7.

[29] ÁBTL, CS-604, dossier „Hungaricus”, O-10986, p. 24-26.

[30] Michel de Certeau, L’invention du quotidien, I : Arts de faire, Paris, Gallimard, 1990, p. xlvi. Pour la mise en perspective de Certeau, voir aussi Willem Frijhoff, « Foucault Reformed by Certeau : Historical Strategies of Discipline and Everyday Tactics of Appropriation », dans John Neubauer (dir.), Cultural History after Foucault, New York, Aldine de Gruyter, 1999, p. 83-99, particulièrement p. 94 sqq.

[31] Voir Istvan Rév, « Retrotopia: Critical Reason Turns Primitive », Current Sociology, no 2, 1998, p. 51-80.

[32] Reinhart Koselleck, Le futur passé. Contribution à la sémantique des temps historiques, Paris, EHESS, 1990 et pour son commentaire François Hartog, Régimes d’historicité. Présentisme et expériences du temps, Paris, Seuil, 2003, p. 48-50. Sur le concept du sauvage, voir encore François Hartog, Anciens, Modernes, Sauvages, Paris, Galaade, 2005, p. 34 sqq.

[33] Ferenc Mérei, « A Jó és a Rossz határán », op. cit., p. 6-7.

[34] Ibid.

[35] Ibid., p. 8.

[36] MOL–M–KS–276–53–47, p. 16. sqq. (C’est moi qui souligne.)

[37] Cette manière de voir le monde était non seulement celle de Mérei, mais aussi celle de l’autre leader du groupe, E. Balint. Cette constatation est confirmée par plusieurs témoins, entre autres Mme Gábor Biro, née Klara Horvath, le peintre Anna Mark ainsi que le photographe Lucien Hervé, dans des interviews données à l’auteur en 2004-2005. Je tiens ici à leur exprimer mes vifs remerciements pour leur aide.

[38] Pour ce terme, voir James C. Scott, Domination and the Arts of Resistance: Hidden Transcripts, New Haven, Yale University Press, 1990, et James C. Scott, « Resistance without Protest and without Organization », Comparative Studies in Society and History, no 3, 1987, p. 417-452.

[39] Alf Lüdtke, « Polymorphus Synchrony: German Industrial Workers and the Politics of Everyday Life », International Rewiev of Social History, tome 38, suppl. 1, 1993, p. 83.

[40] Voir Attila Becskeházi, « Korszellem : illegalitás és konspiráció » [L’esprit du temps : illégalité et conspiration], dans Tükör által homályosan. Tanulmányok az ideológiáról, Márton Szabó (dir.), Budapest, MTA, 1990, p. 102-110.

[41] Voir au titre d’exemple les réflexions de Richard Sennett, The Fall of Public Man, New York – London, W.W. Norton & Company, 1974.

[42] Maurizio Gribaudi, « Echelle, pertinence, configuration », dans Jacques Revel (dir.), Jeux d’échelles. La micro-analyse à l’expérience, Paris, Gallimard–Seuil, 1996, p. 122.

[43] Alain Cottereau, « ‘Esprit public’ et capacité du juger. La stabilisation d’un espace public en France aux lendemains de la Révolution », dans Alain Cottereau & Pierre Ladrière (dir.), Pouvoir et légitimité. Figures de l’espace public, Paris, EHESS, « Raisons pratiques » no 3, 1992, p. 244 sqq.

[44] Ibid., p. 246.

Zsolt K. Horváth

Historien, Zsolt K. Horváth enseigne l’histoire sociale des formes et des pratiques culturelles de la Hongrie pendant l’époque socialiste ainsi que l’historiographie de l’histoire sociale à l’université Eötvös à Budapest.

Mots clefs : vie privée ; dictature ; politique ; possibilité de s’exprimer ; attitude avant-garde.

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  • ISSN 1954-3670