Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Privé et public dans les pays communistes d'Europe centrale

Coordination : Sandrine Kott et Michel Christian

Biopolitiques de l'habitat socialiste. Le privé comme objet gouvernemental dans les politiques de l'Etat bulgare des années 1950 et 1960

Momchil Hristov
Résumé :

Cet article traite des pratiques de planification architecturale et des pratiques d’hygiénisation des espaces d’habitation, considérées comme des stratégies biopolitiques (selon le terme de Foucault). Ces stratégies sont (...)

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Le communisme / n’est pas seulement / sur le champ / dans les usines, dans la sueur / il est aussi dans la maison / sur la table / dans les relations / dans la famille / dans le mode de vie.

Vladimir Maïakovski

La santé du peuple – le plus grand trésor national.

Guéorgui Dimitrov

Le régime en place à partir de 1948 en Bulgarie met en œuvre un ensemble de techniques politiques. En tant qu’objet privilégié des politiques sociales et des discours de propagande, l’espace de la famille était censé fonctionner comme un laboratoire de transformation des pratiques quotidiennes des sujets hors de la sphère productive. On peut interpréter l’ensemble des pratiques gouvernementales en faveur d’un nouvel aménagement de l’espace privé comme orienté vers une amélioration de la reproduction biologique et mentale de la population, elle-même envisagée comme productrice de force de travail indispensable pour la construction d’un nouveau régime politico-social, le socialisme. En suivant Michel Foucault, on peut qualifier ces efforts, qui rassemblent un ensemble de pratiques discursives et non discursives, de construction biopolitique de l’habitat. L’analyse qui suit se focalise notamment sur les caractéristiques de la réflexion micropolitique développée par les protagonistes eux-mêmes autour des problèmes de l’habitat qualifié de « socialiste ». Cette réflexion micropolitique sert de point d’appui à des pratiques concrètes mises en œuvre par les pouvoirs étatiques. Pour reconstituer ces réflexions, on peut s’appuyer sur des sources nombreuses tels que les journaux, les magazines populaires, les documents juridiques, les plans urbains, sans oublier la littérature spécialisée en matière d’hygiène, d’urbanisme et de contrôle social.

Qu’est-ce que la biopolitique ?

Dans un entretien avec Paul Rabinow, Foucault défend l’affirmation suivante :

« On voit, au XVIIIe siècle, se développer une réflexion sur l’architecture en tant que fonction des objectifs et des techniques de gouvernement des sociétés. On voit apparaître une forme de littérature politique qui s’interroge sur ce que doit être l’ordre d’une société, ce que doit être une ville, étant donné les exigences du maintien de l’ordre d’une société ; étant donné aussi qu’il faut éviter les épidémies, éviter les révoltes, promouvoir une vie familiale convenable et conforme à la morale. En fonction de ces objectifs, comment doit-on concevoir à la fois l’organisation d’une ville et la construction d’une infrastructure collective ? Et comment doit-on construire les maisons [1] ? »

Dans cette réflexion sur la ville, Foucault discerne une technique politique de rationalisation des phénomènes d’existence propres à une population, qu’il avait déjà qualifié de « biopolitique » dans le dernier chapitre de La volonté de savoir. Il s’agit d’une transformation fondamentale dans les modes d’exercice du pouvoir – « le seuil d’une modernité biologique et politique [2] ». Elle correspond à l’irruption des problèmes de la vie biologique des hommes dans les technologies politiques. Selon Foucault, à la fin du XVIIe siècle, on entre dans l’ère d’un « biopouvoir » qui aura pour fonction de « gérer la vie » des individus. Ceux-ci constitueront dès lors une espèce vivante parmi d’autres, avec ses propres caractéristiques et son propre milieu d’habitation. Le pouvoir souverain traditionnel qui « faisait mourir » et « laissait vivre » est remplacé par un biopouvoir diffus qui fait vivre et laisse mourir. Il y a deux pôles de ce pouvoir sur la vie : l’un « anatomo-politique », centré sur le corps humain en tant que machine – ce sont les disciplines dont Foucault fait l’analyse dans Surveiller et punir – l’autre « bio-politique », centré sur un corps multiple, à savoir la population. Il s’agit du « corps-espèce…, le corps traversé par la mécanique du vivant et servant de support aux processus biologiques : la prolifération, les naissances et la mortalité, le niveau de santé, la durée de vie, la longévité avec toutes les conditions qui peuvent les faire varier ; leur prise en charge s’opère par toute une série d’interventions et de contrôles régulateurs [3] ».

L’espace urbain apparaît justement comme l’élément central de cette biopolitique. Il est le milieu spécifique de l’existence biologique humaine et il permet d’étudier ses processus d’ensemble et d’intervenir pour obtenir de meilleurs résultats. Des mécanismes de sécurité comme la police, l’hygiène publique, l’urbanisme vont se lier pour former un espace sain, sûr et bien surveillé, afin que la production des biens et la vie de la population, dans toutes ses dimensions quotidiennes, soient « en bonne condition ». En suivant Georges Canguilhem [4] , Foucault découvre que la ville constitue dans la rationalité biopolitique un milieu d’habitation dont les dangers pour la population doivent être prévus et éliminés. Ce n’est pas un espace vide, mais au contraire un espace saturé de données : leur régulation est à la charge d’un pouvoir-savoir dont la fonction est d’en établir les meilleures proportions [5] . Ainsi s’ouvre le champ de toute une série de problèmes, allant de la circulation intra-urbaine aux connexions avec d’autres espaces peuplés ou « naturels », en passant par les conditions d’hygiène des espaces publics et des maisons privées, les pratiques sociales des diverses classes urbaines, la production artisanale et industrielle et ses influences sur la vie d’une population. Tout cela va constituer le contexte des problèmes propres à la ville moderne et, par conséquent, celui de l’orientation des pratiques biopolitiques.

A partir de 1978, Foucault commence à esquisser une « histoire de la gouvernementalité » pour saisir la formation de l’Etat moderne dès le XVIIe siècle. La gouvernementalité consiste, selon lui, en un ensemble de pratiques politiques et de rationalisation qui ont pour objet la population dans ses variations d’existence (y compris les manières de se loger), pour forme majeure de savoir l’économie politique et pour instrument technique les dispositifs de sécurité [6] .

C’est en ce sens que les politiques de la ville et de l’habitat apparues dans les pays socialistes (mais aussi dans tous les autres pays) vont se rapprocher du dispositif de sécurité caractéristique de l’Etat moderne. Les problèmes de la population et les techniques de sa bio-régulation pénètrent les régimes socialistes (en commençant par l’URSS [7] ) comme savoir-faire indispensable à la modernisation des pays [8] . Ainsi l’Etat socialiste fait partie intégrante de l’« étatisation du biologique » décrite par Foucault [9] . La santé publique deviendra même une obsession constante de la gouvernementalité socialiste [10] .

En m’appuyant sur les outils d’interprétation développés plus haut, je vais organiser mon analyse des réflexions biopolitiques sur l’habitat autour de deux pôles. Le premier construit la forme symbolique de l’habitat socialiste. Le second vise à modifier les pratiques des habitants afin d’arriver à un meilleur usage de l’espace domestique, conforme à la morale communiste, et ainsi de préserver la santé physique et mentale de la population.

Normes biopolitiques de construction

En s’intéressant de près aux textes qui dès le début des années 1950 traitent des politiques de logement en Bulgarie, on peut distinguer les traits caractéristiques suivants : tout d’abord, le pouvoir populaire se donne comme tâche première la suppression des inégalités entre la ville et la campagne, ainsi qu’entre les différents quartiers dans les villes. Tout cela aurait dû mener à la suppression des différences économiques dans la vie quotidienne des citoyens, à la résolution de l’antagonisme de classe et des contradictions internes du capitalisme. En bref, les biens technologiques qui améliorent la vie domestique – comme l’électricité, la canalisation, le chauffage, les espaces privés et publics hygiéniques, etc. – réservés autrefois à la bourgeoisie devaient pénétrer littéralement « chaque appartement et chaque maison privée ». Le désir d’être moderne marque aussi bien les politiques d’industrialisation que celles de l’habitation. Le point de départ est visible dans la célèbre phrase de Guéorgui Dimitrov affirmant qu’« il est nécessaire à travers l’électrification et l’industrialisation du pays d’achever en quinze-vingt ans ce que d’autres pays ont achevé en une centaine d’années ».

Par ailleurs, l’augmentation de la population urbaine (constante pendant toute la période de la modernisation de l’Etat à partir de 1945) conduit le gouvernement à traiter cette « question sociale » par la construction d’habitations de masse pour les nouveaux habitants. Comme la force de travail devient le facteur premier de l’existence sociale humaine, les conditions qui favorisent son augmentation seront le souci principal de la gouvernementalité socialiste. Deux événements paraissent importants lors de cette première étape des politiques sociales étatiques de l’habitat : la décision N° 537, prise en 1952 par le Conseil des ministres pour une « hygiénisation totale des espaces habités » et la constitution de l’ « Institut de planification standardisée et d’industrialisation de la construction » auprès du Comité national d’architecture au début de 1958. On doit mentionner aussi la création d’un Comité de construction et d’architecture en 1959 qui chargé d’élaborer des règlements, des normes, des standards et des conditions techniques dans le domaine architectural. Bien entendu, une place importante était réservée au style architectural socialiste qui avait pour objet la formation de l’esprit des habitants.

La réflexion politique se focalise sur les rapports du privé avec le processus de production. La vie domestique est certes conçue comme un espace social en dehors de la sphère du travail, mais selon la philosophie du parti – le marxisme-léninisme – le travail est étroitement lié au privé à cause du concept de force de travail. Par conséquent, la vie privée doit répondre aux exigences d’augmentation de la productivité. La vie biologique, et donc la santé humaine, est surdéterminée par les relations de production. La médecine et l’hygiène comme savoirs scientifiques reçoivent le statut de sciences « biosociales [11] ». Il faut donc être précis quand on parle de la biopolitique « socialiste », il faut spécifier que son objet principal est un ensemble de biologique et de social et qu’il existe une dialectique entre les deux termes [12] . Une des tâches principales de la médecine socialiste sera la « diminution des pertes économiques que subit la société à cause des maladies des travailleurs et de leur invalidité ». Ainsi, les normes biopolitiques instaurées par les instituts chargés de la construction des habitations sont les suivantes :

1. La ville toute entière doit constituer un organisme vivant, dans lequel la place majeure est occupée par les quartiers ; les zones de production doivent être éloignées des zones d’habitation à cause des effets négatifs de la pollution [13] .

2. Dans la construction des quartiers, les ingénieurs doivent tenir compte des facteurs naturels et sociaux comme l’exposition géographique des immeubles : pour accorder à la salle de séjour et à la chambre à coucher de bonnes conditions climatiques pendant les quatre saisons, on les oriente en directions du sud et du sud-ouest. On prend en considération la qualité sanitaire du sol, la situation par rapport aux services publics : parallèlement à la construction des nouveaux quartiers de Sofia [14] , comme « Vladimir Zaimov », « Stalin » et « Zapaden park », les pouvoirs locaux commencent à bâtir les édifices qui abriteront les cinémas, les bibliothèques, les cuisines communes, les restaurants, les cantines, les blanchisseries, les écoles, et les crèches. Enfin, la circulation de la population, dimension importante de tout dispositif biopolitique, doit être prise en charge par les transports publics [15] . La présence de ces types de services publics doit aussi contribuer à libérer la femme de son « esclavage domestique » jugé non productif. Une place majeure est réservée à la « méthode scientifique » dans le ramassage des ordures de tous les quartiers, qui avant la guerre n’existait qu’en centre-ville [16] .

3. Les logements doivent avoir une taille suffisante. Selon les premières normes techniques de construction instaurées juste après l’avènement au pouvoir du PCB en 1949, chaque logement doit avoir au moins une salle de séjour, une cuisine, des toilettes, une salle de bain, un vestibule (dont la fonction est d’isoler l’appartement des courants d’air en hiver), un espace de stockage. La surface d’habitation minimale doit être de 18 m2 pour les logements d’une pièce, de 29 m2 pour les logements de deux pièces, de 42 m2 pour les logements de trois pièces et de 52 m2 pour les logements de quatre pièces (qui sont une rareté, à peine 7 % des appartements, 50 % des appartements étant des appartements de une ou deux pièces). La cuisine doit faire au moins 7,5 m2 et être en contact direct avec le vestibule. Chaque pièce doit avoir au moins 2,67 m de hauteur. Les fenêtres doivent représenter au moins 1/6e de la surface de la pièce. Toutes les chambres doivent être munies de grandes fenêtres pour ensoleiller les surfaces à cause de l’effet antiseptique de la lumière naturelle [17] . Tous les espaces qui ne sont pas munis de fenêtres doivent être aérés par un système de ventilation.

4. Le nombre moyen d’habitants par appartement va de trois à cinq personnes, avec en moyenne 7 m2 par habitant. Bien entendu, l’habitat ordinaire dans les villes [18] – l’appartement – ne doit héberger que la famille nucléaire. En d’autres termes, l’habitat socialiste exclut les grands-parents pour des raisons d’économie, mais également parce que le contact fréquent de la famille socialiste avec les grands-parents constitue un danger lié à leur religiosité [19] . La norme du nombre des habitants doit assurer de bonnes conditions d’hygiène dans chaque pièce et chaque pièce doit dès lors avoir sa propre fonction.

5. Pendant toute la période des années 1950 et 1960, les biopolitiques de l’habitat vont lutter contre l’indifférenciation fonctionnelle des pièces au quotidien. C’est sous le socialisme que la cuisine en Bulgarie va par exemple trouver « sa fonction spécifique » comme lieu de préparation de la nourriture et non pas comme lieu commun où toute la famille (parents, enfants et grands-parents) se rassemble pour manger, dormir, discuter, etc. Toutes ces activités « traditionnelles » sont jugées par la réflexion morale sur l’habitat « socialiste » comme petites-bourgeoises et liées à l’esclavage domestique de la femme. Elles sont aussi considérées comme contraires à l’hygiène à cause des produits insalubres et de la poussière. L’exposition de la cuisine au nord ou au nord-est doit prévenir des températures trop élevées et la ventilation constante assurer des conditions sanitaires satisfaisantes.

Autre différenciation fonctionnelle : celle qui va désormais distinguer la chambre de l’enfant de la chambre à coucher du couple familial. Les chambres vont former avec la salle de bain « le groupe de nuit ». « Le groupe de jour » comporte quant à lui la salle de séjour (le nouveau centre communicationnel de l’habitat) et la cuisine [20] .

6. Les meubles doivent être standardisés, ce que résume le slogan : « rien d’inutile [21] ». Ainsi l’espace économique de l’habitat doit à tout prix éviter l’entassement des meubles, caractéristique de l’époque bourgeoise et qui constitue un danger pour la santé des habitants car il empêche le nettoyage. Le premier concours national de meubles de masse exige des formes standardisées pour que les meubles puissent être produits en série. Pour faciliter leur entretien, ils doivent présenter des lignes simples et des surfaces lisses. Les ingénieurs sont invités à proposer des exemples de disposition des meubles, afin que la population bénéficie le plus possible de l’espace domestique pour créer son « confort » (uyut) [22] . Les couleurs des meubles doivent être standardisées dans des nuances de clair pour que les habitants repèrent mieux la saleté et soient encouragés à la nettoyer.

7. Le style architectural. Chaque ensemble architectural doit remplir une fonction esthétique et idéologique, consistant à influencer la conscience des habitants, dans la mesure où l’architecture « entoure l’homme contemporain pendant toute sa vie, d’où son influence constante ». L’architecture en tant qu’œuvre d’art – « nationale de forme et socialiste de contenu » selon la formule de Jdanov – doit servir à la « formation du processus vital ». Elle est « son organisation rationnelle [23] ». Aux yeux des architectes socialistes, les quartiers doivent fonctionner comme de véritables laboratoires d’éducation et de modification du comportement des habitants et instaurer les formes de la pratique socialiste de l’espace [24] . Ainsi, on peut ajouter une dimension supplémentaire aux biopolitiques socialistes autour de l’espace habité (tant privé que public) : le contrôle de la perception esthétique pour prévenir la dégradation de la vie individuelle et collective. La gouvernementalité socialiste conçoit bien la vie de la population comme un ensemble dans lequel des phénomènes proprement biologiques ont une liaison interne avec les phénomènes de l’esprit.

Vers la fin des années 1960, en se référant aux sociologues, psychologues et pédagogues occidentaux, certains architectes bulgares plaident en faveur d’immeubles en méandres, en forme de H, de T, de L, de П, de S ou de Z [25] . La composition de l’immeuble « contemporain » doit s’orienter vers la formation d’espaces plus ou moins clos. Ainsi, les grands ensembles non seulement doivent se ranger en unités bien définies et visibles, mais ils doivent aussi faciliter les relations sociales entre les habitants. De cette façon, ces derniers peuvent notamment effectuer sur eux-mêmes une surveillance morale mutuelle, qui concerne particulièrement les adolescents. Innovation importante, parce qu’elle peut contribuer à une diminution des crimes contre les « normes législatives, morales et éthiques [26] ». Ainsi, des techniques architecturales esthétiques s’entrelacent avec des techniques de contrôle purement disciplinaire [27] .

Pratiques « socialistes » de l’habitat [28]

Un autre pôle de la réflexion politique sur l’habitat socialiste se développe autour des manières quotidiennes des habitants de pratiquer l’espace domestique. Leur conceptualisation passe par le terme de « culture ». Comme le souligne Sheila Fitzpatrick pour les années 1930, dans la société soviétique, le terme de « culture » correspond à des sens différents. Il désigne d’abord la culture de base hygiénique (obligatoire pour toute la population) – avoir un corps propre, se brosser les dents, se laver au moins une fois par semaine, etc. Il désigne ensuite une culture du comportement dans l’espace public et privé – la manière de manger et d’utiliser le couteau et la fourchette, la soumission à l’étiquette des relations sociales communistes, la bonne connaissance de l’idéologie communiste, l’engagement dans les problèmes de la communauté et de l’Etat, etc. Il désigne enfin la connaissance des grandes œuvres de la culture européenne et nationale [29] .

En Bulgarie, dès le début des années 1950, l’hygiénisation du comportement du citoyen communiste constitue une occupation capitale des réseaux d’institutions étatiques partout dans le pays. L’hygiène publique représente l’une des initiatives étatiques les plus visibles de l’époque. L’enjeu principal est justement d’augmenter la puissance de la force de travail par l’amélioration de la santé de la population. La stratégie générale est la « prévention » des épidémies par un mouvement organisationnel d’éducation des familles. Selon les spécialistes, successeurs de Pavlov, l’hygiène est la science de la santé qui cherche à prévenir les maladies par la transformation des milieux d’habitation. L’observance des règles générales d’hygiène par les nouveaux sujets politiques va être l’exigence capitale des organisations étatiques dans les premières années du régime en Bulgarie [30] . Les organisations – ce sont notamment le Front patriotique (« Otetchestven Front »), la Croix-Rouge bulgare et les « postes épidémico-sanitaires » – s’engagent à faire intégrer aux familles bulgares ces règles d’hygiène. La famille n’est plus un espace de vie sociale relativement libre des pratiques gouvernementales. Comme le codifie le programme du PCB, elle est « la cellule fondamentale de la société socialiste ». La « tâche fondamentale de la famille socialiste » est « de créer et d’éduquer les nouveaux citoyens socialistes et communistes et d’assurer le bien-être de ses membres. Voilà pourquoi les relations dans la famille socialiste sont un problème public et non pas privé [31] . » C’est la principale motivation de l’action politiques en faveur de l’hygiène de la famille et de la maison, notamment à la campagne, où le niveau d’hygiène est très bas et le taux de mortalité infantile élevé.

Dès le début des années 1960 apparaît une énorme quantité de littérature sur le thème du « mode de vie socialiste », produite dans sa plus grande partie par ceux qu’on pourrait appeler, d’après Victor Buchli [32] , les « réformateurs du mode de vie ». Le premier destinataire de ce type de littérature est la femme. Elle doit être le nouveau maître de la maison, son agenceur légitime et le médiateur entre les organisations publiques et la sphère domestique. Pour désigner le « mode de vie », la langue bulgare utilise le terme de « bit » qui désigne toutes les pratiques quotidiennes hors de la sphère de production : de la manière de s’habiller et d’être propre sur soi, jusqu’aux relations sociales entre les habitants d’un quartier ou d’un village [33] . Inutile de souligner que cette sphère est dialectiquement liée à la production et que l’objet principal des interventions reste la famille. Ici, les efforts politiques portent sur la construction des pratiques domestiques socialistes qui doivent utiliser « les grandes possibilités » offertes par l’habitat nouveau – comme la radio, le réfrigérateur, la machine à laver, etc. – afin de créer le nouvel homme communiste et de liquider les traditions bourgeoises au sein de la famille aussi bien que dans les relations entre camarades [34] . Dans une maison, les objets ne doivent absolument pas être conçus comme des éléments de luxe par lesquels on se distingue des autres citoyens. De plus, il faut éviter autant que possible la décoration des surfaces : c’est bourgeois et cela pose des problèmes de nettoyage. La création de l’identité socialiste doit se réaliser à l’aide de la communauté et des organisations du Parti [35] . Dès 1963, l’institution majeure dans ces activités est le Front patriotique.

Pour la gouvernementalité socialiste, la propreté du corps et des vêtements est le signe par excellence de la propreté inhérente à la conscience communiste. Du point de vue biopolitique, le contrôle sur la population doit tenir compte tant des phénomènes biologiques, comme la reproduction et la santé, que des phénomènes sociaux ; il s’étend aux domaines les plus fins de la vie privée comme par exemple l’origine du tapis dans la salle de séjour (s’il est fabriqué dans un pays socialiste ou pas). Donc dans une sociologie historique du pouvoir socialiste, le concept foucaldien de biopolitique doit être élargi aux phénomènes « spirituels » en tant qu’objets pertinents de réflexion, de stratégie et de technologies d’intervention. Le privé pour sa part devient un domaine qui doit être lié à tout prix aux normes publiques, car ce sont elles qui vont réguler la vie familiale. Ainsi s’ouvre une période dans l’histoire du régime socialiste bulgare pendant laquelle la gouvernementalité envers le privé se caractérise par la tentative de créer une sphère sociale relativement homogène. Par ailleurs, vers la deuxième moitié des années 1970 les discours des spécialistes commencent à s’engager de plus en plus dans la problématique de l’ « architecture flexible » de l’habitat et « son atmosphère psychologique spécifique ». Il est déjà clair que « la production sérielle d’espaces et de meubles limite extrêmement les initiatives des habitants [36] ». Toutefois, l’une des dimensions de l’habitat socialiste reste invariable – il s’est transformé en « chef-d’œuvre de l’hygiène personnelle » pour devenir une représentation de l’habitation normale [37] .

Or, une grande enquête sociologique menée au début de 1968 – « L’enquête sociologique sur la ville et la campagne » – montre que dans les pratiques quotidiennes concrètes, les modes de vie jugés « non hygiéniques », et par conséquent « non socialistes » par les réformateurs, persistent dans la plupart de la population bulgare, notamment dans les villages. Les habitants restent insensibles à la différenciation fonctionnelle des pièces : la cuisine résiste ainsi à sa réduction au rôle de simple espace de préparation de la nourriture ; elle continue de rassembler toute la famille en accueillant les grands-parents sur le lit pour la sieste obligatoire de l’après-midi, les petits enfants qui y jouent pendant toute la journée et tous ceux qui prennent leur repas à la table. Inversement – et c’est un des points essentiels dans la critique des « réformateurs » – les autres pièces, même si elles sont bien meublées, décorées et destinées à différentes fonctions – manger, dormir, se reposer pendant la journée – restent inutilisées. Elles sont conservées pour les invités, avec une fonction de vitrine, plus ou moins riche en objets d’origine « exotique ». La décoration « bourgeoise » ne cesse de donner à l’habitat l’intimité dûment cherchée [38] , qui manifeste le bien-être de la famille [39] . Ainsi, les distinctions de statut social vont se reproduire pendant toute la période socialiste, sur la base de la possession de bien matériels.

 

Comme on peut l’observer dans ces exemples, les politiques socialistes de l’habitat partent de zéro, d’une rupture presque totale avec le passé bourgeois et capitaliste. Et les nouvelles normes de construction et d’habitation doivent servir ce but. Dans la plupart des cas – qu’il s’agisse des nouveaux quartiers de blocs ou des nouveaux villages "hygiénisés" – l’existant n’est pas pris en considération, ni même les conditions de vie propres à la population. Les normes biopolitiques sont censées recréer tout l’espace peuplé afin de conditionner la base de la société du socialisme réel, en agissant justement sur les habitus des habitants à travers de nouveaux habitats, de nouvelles organisations spatiales et de nouvelles relations familiales. Et dans ce cas, la santé de la population s’avère un double enjeu – enjeu démographico-économique, en tant que liée à la production des richesses (signe d’une société développée et de la pertinence de la politique du Parti, donc signe du développement au niveau de l’« infrastructure »), et enjeu moral lié au développement de la mentalité de chaque citoyen, de chaque famille et de toute la population (ce qui est un signe au niveau de la « superstructure »).

Les normes dont s’inspire le régime ne sont cependant pas nouvelles : ce sont dans la plupart des cas des normes techniques et sanitaires, qui sont fort bien connues dans les sociétés dites capitalistes depuis le XIXe siècle, comme le montre Foucault. On en trouve l’expression dans la Charte d’Athènes de 1933 aussi bien que dans le plan « Beveridge » de 1942, ou dans les normes prescrites par l’Organisation mondiale de la santé après 1948. Les comptes rendus des conférences internationales dans les revues spécialisées montrent bien que la plupart de ces normes ont effectivement été empruntées par les architectes et les hygiénistes bulgares.

Ce qui fait en fin de compte la spécificité de ces normes, me semble-t-il, c’est le fait qu’elles sont incluses dans des ensembles de régimes de construction, d’énonciation et de pratique qui sont relativement différents de ceux qui se développent en Europe de l’Ouest depuis le début du XXe siècle : les normes techniques et sanitaires sont jugées neutres, alors qu’elles sont en réalité empruntées à l’adversaire idéologique. D’autre part la mise en œuvre des biopolitiques socialistes était essentiellement une entreprise collective, qui prenait notamment la forme d’une mobilisation de la population par le travail bénévole [40] . Celle-ci était d’ailleurs aussi une manière de contrôler et de fixer la population sur un territoire. L’hygiène publique et la santé collective étaient aussi ce qui, entre autres, est destiné à faire communauté et à assurer la nouvelle cohésion sociale dans la société dite « socialiste ».

Notes :

[1] Michel Foucault,  « Espace, savoir, pouvoir », dans Dits et écrits, vol. III, Paris, Gallimard, 1994, p. 270.

[2] Michel Foucault, La volonté de savoir, Paris, Gallimard, 1976, p. 186.

[3] Ibid., p. 183.

[4] Voir Georges Canguilhem, La connaissance de la vie, Paris, Vrin, 1965.

[5] Michel Foucault, Sécurité, territoire, population, Paris, Gallimard-Seuil, 2004, p. 20-21.

[6] Ibid. p. 111.

[7] En Bulgarie, ces formes de pouvoir-savoir commencent à s’instaurer dès la « Libération » (1878) du pays.

[8] Voir Stephen Kotkin, Magnetic mountain. Stalinism as a civilization, London, University of California Press, 1995, p. 355-366.

[9] Michel Foucault, « Il faut défendre la société », Paris, Gallimard-Seuil, 1997, p. 213.

[10] J’entends la « gouvernementalité » non pas comme l’action réelle des politiques étatiques, mais comme la rationalité politique propre aux technologies de gouvernement qui caractérisent les réflexions d’une multitude d’acteurs sur l’espace privé, la vie familiale, etc. (voir Michel Foucault, Sécurité, territoire…, op. cit., et Michel Foucault, Naissance de la biopolitique, Paris, Gallimard-Seuil, 2004).

[11] Nikolai Konyarov, « Za vrazkite na polititcheskata ikonomiya s meditzinskata nauka » [Des relations de l’économie politique avec la médecine], Higiena, N° 2, 1958, p. 47.

[12] « La santé de la population en tant que résultat intégral des rapports sociaux dominants et du niveau de développement socioéconomique, constitue un trésor national » (Nikolai Golémanov, « Sotzialistitcheskiyat natchin na zhivot i zdraveto na naroda » [Le mode de vie socialiste et la santé du peuple], Novo vreme, N° 8, 1976, p. 87) ; « C’est dans les conditions du quotidien que se reproduit et se développe l’homme – la valeur fondamentale de notre société. C’est de sa manière de s’habiller et de se nourrir, de sa manière de développer ses forces et ses capacités que dépend le résultat de son travail dans l’activité industrielle et sociale. » (Isidor Levi, Chiroko dvizhenie za sotzialistitcheski bit [Vaste mouvement pour un mode de vie socialiste], Sofia, OF  1969, p. 3) ; « La puissance et la force de l’Etat dépend de la vivacité et la force de tous les individus » (Ibid.).

[13] Petar Tachev « Savremenni zadatchi na gradoustroistvoto i arhitekturata » [Tâches contemporaines de l’urbanisme et de l’architecture], Novo vreme, N° 11, 1959, p. 32.

[14] La ville qui, selon une expression des années 1960, devait « guider la Bulgarie » (cité dans Milla Mineva, « Mestata na grada ili opit varhu sotzialisticheskite representatzii na Sofia prez 60-te godini » [Les lieux de la ville ou essai sur les représentations socialistes du Sofia des années 1960], Sotziologicheski problemi, 1-2, p. 55).

[15] Voir Veselin Siromahov, « Zhilishtniyat kompleks ‘Vladimir Zaimov’ » [Le complexe d’habitation Vladimir Zaimov], Arhitektura, no 5, 1958 ; Krassimir Bossev, « Zhilichtniyat kompleks ‘Zapaden park’ v Sofia » [Le complexe d’habitation Zapaden park à Sofia], Arhitektura, N° 1, 1958 ; Petar Malezanov,  « Zhilichten kompleks v kv. ‘Stalin’ – Sofia » [Le complexe d’habitation Stalin à Sofia], Arhitektura, N° 4, 1958.

[16] Marin Génov, « Smetosabiraneto i smetootstranyavaneto v nyakoi naseleni mesta v stranata » [Le ramassement des ordures dans quelques villes du pays], Higiena, N° 1, 1957.

[17] Victor Buchli, An archaeology of Socialism, London, Berg Publishers, 1999, p. 52.

[18] Le projet des politiques urbaines des régimes socialistes de supprimer  « la différence entre la ville et la campagne » entraîne une série de projets visant à urbaniser le territoire national. Pourtant la séparation entre populations urbaine et villageoise reste un phénomène dont la persistance a des enjeux politiques dans la mesure où la migration du village aux grandes villes est vue comme perturbant le bien-être de toute la population. L’Etat instaure donc un régime juridique pour obtenir la « citoyenneté », c’est-à-dire le droit de résidence urbaine (voir Ivaylo Ditchev, « Usiadaneto na nomadskia komunizam » [L’établissement du communisme nomade], Sotziologicheski problemi, N° 3-4, 2003, p. 33-63). De l’autre côté, la campagne aussi avait connu sa biopolitisation sous l’étiquette de « l’amélioration des conditions de vie ». Les mouvements publics pour hygiéniser les habitations privées avaient entre autres pour objectif d’attacher la population villageoise à son lieu de résidence : « Un habitat hygiénique est indispensable tant pour la ville que pour la campagne » (Ivan Atanasov (dir.), Utchebnik po arhitektura za IV kurs na tehnikumite po darvoobrabotvane i vatrechna arhitektura [Manuel d’architecture des écoles professionnelles d’architecture de l’intérieur], Sofia, 1960, p. 4).

[19] Zivko Ochavkov, « Sotziologitchesko izsledvane na religioznostta na naselenieto v Balgaria » [Enquête sociologique sur la religiosité de la population en Bulgarie], Novo vreme, N° 5, 1964.

[20] Maria Brankova, Lidia Takeva. Da sazdadem uyutni i krasivi uredeni domove [Créer de belles maisons comfortables], Sofia, OF 1960 ; Kiril Boytchev, Petia Duchteva, Nachiyat dom [Notre maison], Sofia, OF, 1966.

[21] Sur ce point et la politique soviétique de l’intérieur privé, voir Victor Buchli, op. cit.

[22] Aleksandar Petrov, Petar Savov, « Iz konkursa za masoviya mebel v stranata » [Le concours national pour les meubles de masse], Arhitektura, N° 1, 1957. Voir aussi Buchli, An archaeology…, op. cit.

[23] Aleksei I. Guéguéllo,  « Osnovni tcherti na savetskata arhitektura » [Traits principales de l’architecture soviétique], Arhitektura, N° 1, p. 20-21.

[24] Voir Sthephen Starr, «Visionary town. Planning during the Cultural Revolution », dans: Sheila Fitzpatrick (dir.) Cultural Revolution in Russia, 1928-1931, Bloomington and London, Indiana University Press, 1978, p. 208.

[25] De tels logements ont été construits à Moscou, Leningrad et Kiev vers la fin des années 1960, sous le nom de « Maison de la vie nouvelle ». Il s’agissait d’habitations collectives équipées de jardins d’enfants, de locaux d’éducation physique, de groupes médicaux, de bibliothèques, d’ateliers, de salles de repos, etc. et qui avaient pratiquement éliminé la cuisine d’appartement (voir Basile Kerbley, « La ville soviétique entre le possible et l’imaginaire », Annales. Economies, Sociétés, Civilisations, tome 4, 1970, p. 906-907).

[26] Ivan Atanasov (dir.), Arhitekturniat obraz na panelnite zhilishtni sgradi [L’image architecturale des bâtiments d’habitation en panel], Sofia, BAN, 1968, p. 9.

[27] Rappelons que, dans la philosophie officielle, le terme de discipline désigne l’ensemble « des relations sociales qui régularisent les formes de comportement dans la société en assurant la concordance des activités dans le collectif et l’apprentissage obligatoire et l’effectuation des normes établies par les hommes ». Une des tâches des politiques sociales du Parti était de liquider petit à petit les institutions chargées de sanctionner le comportement des citoyens au profit de l’opinion publique et de la conviction personnelle de chacun. Tâche qui devait amener à la société communiste. Voir Rechnik po etika [Dictionnaire d’éthique], traduit du russe, Sofia, Partizdat, 1971, p. 68-69 ;  p. 159-161).

[28] Je conçois ici le terme de pratique plutôt comme une représentation de la pratique conforme aux signes du discours idéologique, donc comme un schéma politique programmé de l’action quotidienne dans le privé, et non pas comme l’usage concret de l’espace et des objets par les agents quotidiens.

[29] D’après Fitzpatrick, cette « Troisième culture » était réservée, pendant l’époque de Staline, à la nouvelle classe de managers, qui était d’ailleurs peu nombreuse. Voir Sheila Fitzpatrick, Everyday Stalinism, London, Oxford University Press, 1999, p. 80-81.

[30] « Litchna higiena », Zdrave, N° 5, 1956, p. 1.

[31] Mois Sémov, Lyubovta, brakat i semeystvoto v sotzialistitcheskoto obchtestvo [L’amour, le mariage et la famille dans la société socialiste], traduit du russe, OF, 1961, p. 22

[32] Buchli, An archaeology…, op. cit.

[33] Géno Tzonkov, Za nov, sotzialistitcheski bit [Vers un nouveau mode de vie socialiste], Sofia, OF, 1965, p. 3-5. Voir I. Lévi, Chiroko dvizhenie…, op. cit.

[34] Cette tendance est étroitement liée aux tentatives de modernisation des pratiques de consommation, autre dimension de la modernisation dans le domaine de la production (Voir Milla Mineva « Razkazi za i obrazi na sotzialistichesko potreblenie » [Histoires et images de consommation socialiste], Sotziologicheski problemi, N 1-2, 2003, p. 143-166).

[35] Voir Géno Tzonkov, Nikolai Mizov, Za sotzialistitcheski bit [Pour un mode de vie socialiste], Sofia, OF, 1965.

[36] Ivan Bedzhev, Dobrina Zheleva, « Za interiora na masovoto zhilichte » [De l’intérieur de l’habitation de masse], dans Arhitekturata i zhiznenata sreda na tchoveka [L’architecture et le milieu de vie de l’homme], Sofia, BAN, 1978, p. 75-76.

[37] Ivan Bedzhev, Interiorat prez vekovete [L’intérieur au cours des âges], Sofia, Nauka i izkustvo, 1984, p. 210-214.

[38] K. Boytchev, P. Duchteva, Nachiyat dom…, op . cit., p. 4-5.

[39] Zhivko Ochavkov, Sotziologicheskata struktura na savremennoto balgarsko obchtestvo [La structure sociologique de la société bulgare contemporaine], Sofia, BAN, 1976, p. 163 ; p. 173-174 ; voir G. Tzonkov, Za nov, sotzialistitcheski bit…, op. cit. ; I. Lévi, Chiroko dvizhenie…, op. cit. ; Oleg Kharhordin « The soviet individual: Genealogy of a Dissimulating Animal », dans Mike Featherstone (dir.), Global modernities, Londres, Sage, 1995, p. 209-227.

[40] Ainsi, en 1969, en l’honneur des vingt-cinq ans de la victoire de la révolution socialiste, on a construit 792 000 m de canalisation, 376 300 m2 de chaussées, 101 700 m de trottoirs, planté 139 000 arbres, créé des parcs et des jardins, etc.

Momchil Hristov

Momchil Hristov est doctorant en sociologie à l’université de Sofia, Bulgarie.

Mots clefs : Réflexion politique ; biopolitique ; Foucault ; habitations de masse ; normes hygiéniques.

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  • ISSN 1954-3670