Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Une loi pour les archives : l’étape majeure de 1979 en France

Ouvrages | 26.05.2020 | Alain Chatriot

Si la loi du 3 janvier 1979 sur les archives a longtemps servi de cadre et était ainsi une référence connue des historiens, il faut se féliciter du fort volume qui a été publié pour son 40e anniversaire et en propose une étude de la genèse. Cette recherche a été faite dans le cadre d’un programme intitulé Mémoloi (cf. https://memoloi.hypotheses.org/) qui cherche à retracer l’histoire de plusieurs lois qui ont fait date dans l’histoire du droit du patrimoine culturel en France – deux premiers livres avaient été publiés en 2013 et 2018 à propos de la loi de 1913 sur les monuments historiques et de ses suites. L’ampleur de ce nouveau volume s’explique par les multiples approches proposées qui sont en particulier très attentives aux enjeux juridiques, et aussi par la reproduction de très nombreux documents divers et variés, allant de pages de débats parlementaires à des textes plus difficiles d’accès ou à des photos. Réunissant de nombreux auteurs, le livre est organisé en deux grandes parties : concevoir et investir. En clair : la préparation et l’application, mais le point ici n’est pas anecdotique car si la genèse de la loi n’est déjà pas simple, son histoire, comme pour toute loi, ne s’arrête bien sûr pas à sa publication au Journal officiel, cette seconde partie se révèle en effet passionnante.


Paul Vaillant-Couturier l’écrivain

Ouvrages | 24.03.2020 | Erwan Caulet

L’ouvrage Paul Vaillant-Couturier : écriture et politique publié aux Éditions universitaires de Dijon réunit les actes d’une journée d’études qui s’est tenue aux Archives départementales de Seine-Saint-Denis en juin 2018. Il a pour sujet Paul Vaillant-Couturier, une des figures du Parti communiste français de l’entre-deux-guerres (membre du Comité central, député, rédacteur en chef de l’Humanité…), finalement mal connue, faute de travaux notamment biographiques sur lui. À cet égard, le livre vient quelque peu combler cette lacune, à la fois par le contenu de certains de ses articles (de nature biographique) comme par son angle d’approche, original et en partie intime : l’analyse de ses écrits littéraires, publiés ou non.


La Llorona de Jayro Bustamante (2019)

Films | 24.03.2020 | Éric Bertin

Les dictatures latino-américaines ont toujours été une source d’inspiration pour le cinéma. Des nombreux films ont évoqué avec force « les années de plomb sud-américaines ». On pense à Costa Gavras et à son film Missing sorti en 1982 où il évoque le coup d’État du 11 septembre 1973 au Chili ou au film de l’Argentin Luis Puenzo, Une histoire officielle, sorti en salle en 1985, qui traite de la torture. Le film du Guatémaltèque Jayro Bustamante, La Llorona, s’inscrit parfaitement dans la lignée de ces films qui interrogent ce passé douloureux.


Jérôme Pozzi (dir.), De l’attachée de presse au conseiller en communication. Pour une histoire des spin doctors

Ouvrages | 17.03.2020 | Piergiorgio Bruno

Cet ouvrage dirigé par Jérôme Pozzi est issu d’une journée d’études organisée au Centre de recherche universitaire lorrain d’histoire (CRUHL), à l’université de Lorraine, le 12 mai 2016. Comme le précise dans l’introduction le directeur du volume, l’objectif de ce colloque n’était « pas de remettre en cause le travail des communicants, encore moins de juger leur action au prisme d’une quelconque échelle de valeurs, mais plutôt d’essayer d’éclairer les modalités de leur action » (p. 11). En dépit de l’image en couverture – qui représente des mains obscures tirant littéralement les ficelles d’un homme politique – et de quelques passages de la conclusion écrite par Didier Francfort relançant le couple péjoratif propagande/manipulation, l’approche revendiquée par Jérôme Pozzi, scientifiquement rigoureuse bien que critique, est suivie et développée par tous les intervenants.


Xavier Paulès, La République de Chine. Histoire générale de la Chine (1912-1949)

Ouvrages | 17.03.2020 | Philippe Barrière

Ses lecteurs sauront d’emblée gré à Xavier Paulès du salutaire choix épistémologique qui préside à l’écriture de son dernier ouvrage, lequel fait déjà date. En effet, son projet emporte immédiatement l’adhésion, qui vise à établir une généalogie de la Chine contemporaine réfutant les biais idéologiques de la version communiste de l’histoire en tournant résolument le dos à la stérile téléologie qui n’en finit pas de (re)lire les événements chinois au seul prisme de la victoire de Mao. D’autant qu’en refusant le paresseux conformisme imposé par le « vaste continent des publications historiques chinoises, figé […] dans le permafrost de l’orthodoxie maoïste » (p. 22), Xavier Paulès évite d’autres chausse-trappes, se maintenant à égale distance de cette deuxième grille d’analyse simpliste que constitue le truisme de la « modernisation ». La réalité du changement en profondeur de la Chine étant « un phénomène qui s’inscrit dans un arc chronologique beaucoup plus large que la seule période 1912-1949 » (p. 14), il est crucial de dépasser ces lectures périmées.


Catherine Davies, Transatlantic Speculations. Globalization and the Panics of 1873

Ouvrages | 10.03.2020 | Blaise Truong-Loï

La crise financière de 2007-2008 a, par son caractère inattendu, souligné les lacunes de la science économique contemporaine. Depuis, plusieurs initiatives ont vu le jour pour tenter de refonder cette discipline et lui permettre de mieux répondre aux défis du XXIe siècle. L’ouvrage de Hannah Catherine Davies montre qu’une telle dynamique n’est pas nouvelle. Tiré d’une thèse soutenue en 2015 à la Freie Universität de Berlin, il s’intéresse aux « spéculations transatlantiques des années 1870 », entendant par là à la fois la spéculation financière qui aboutit au krach de 1873 et, de manière plus originale, les « spéculations interprétatives » ayant germé dans son sillage. Par ce terme de « spéculations interprétatives », l’auteure désigne les « cadres d’analyse qu’utilisèrent les contemporains pour donner sens à la panique, la façon dont ces cadres façonnèrent les réponses politiques à la crise et ce que tout cela révèle, en retour, des représentations que les acteurs de l’époque se faisaient de l’économie mondiale et des relations économiques transnationales » (p. XI). Avec cette démarche, le livre se distingue tant de la littérature qui analyse ce que la crise de 1873 a de commun avec d’autres paniques financières que des travaux qui en étudient les conséquences sur les antagonismes politiques et sociaux. Le livre de H. C. Davies se démarque en outre des autres ouvrages qui traitent de ce moment clé du XIXe siècle par sa perspective comparée. Il déploie en effet son questionnement dans les trois pays situés à l’épicentre de la déflagration de 1873 : l’Autriche-Hongrie, l’Allemagne et les États-Unis.


Œuvres de Jean Jaurès

Ouvrages | 11.02.2020 | Nicolas Delalande

- t. IV : Le Militant ouvrier (1893-1897), édition établie par Alain Boscus, Paris, Fayard, 2017 ; 

- t. V : Le Socialisme en débat (1893-1897), édition établie par Alain Boscus, Paris, Fayard, 2018.

Lire Jaurès dans le texte, au jour le jour, comme nous y invite l’édition de ses œuvres menée sous la responsabilité de la Société d’études jaurésiennes, soulève toujours la même interrogation : comment un seul et même homme a-t-il pu lire, écrire et discourir sans relâche, tout en militant activement dans sa circonscription du Tarn, à la Chambre des députés ou dans les congrès socialistes internationaux ? Toutes les périodes de sa vie furent intenses, mais les années 1893-1897, couvertes par ces tomes IV et V édités par Alain Boscus, sont tout à fait exceptionnelles. Elles marquent l’engagement total de Jaurès dans la voie du socialisme, aussi bien sur le plan du militantisme que de la réflexion doctrinale.


Jean Baubérot, La loi de 1905 n’aura pas lieu, tome 1 : L’impossible loi de liberté (1902-1905)

Ouvrages | 04.02.2020 | Julien Bouchet

Cet ouvrage constitue la première pierre d’une entreprise historiographique ambitieuse (trois tomes sont à ce jour envisagés) menée par le sociologue et historien Jean Baubérot. D’emblée, l’auteur délimite le sujet principal de son travail : l’histoire politique des Séparations des Églises et de l’État. Il revendique adopter une « démarche de sociologie historique » (p. 15), une méthode qu’il déploie sans surprise avec une dextérité implacable, puisant en outre des forces aux sources analytiques d’autres champs disciplinaires, en particulier celui des politistes et des spécialistes d’histoire parlementaire. Il en ressort une historiographie hybride, révélatrice de l’heureuse association de plusieurs disciplines des sciences humaines et sociales pour penser un objet d’étude qui est effectivement au carrefour de l’histoire du droit, de l’histoire politique et de celle des représentations.


Fabrice Grenard, Les Maquisards. Combattre dans la France occupée

Ouvrages | 28.01.2020 | Gilles Vergnon

Fabrice Grenard, auteur d’un ouvrage remarqué sur Georges Guingouin, aujourd’hui directeur historique de la Fondation de la Résistance, rouvre à nouveaux frais un sujet qui, curieusement, n’a guère fait l’objet de synthèses. Le chercheur n’avait à sa disposition que celles de Jacques Canaud et, plus récemment, de Stéphane Simonnet, de bonne facture mais de seconde main, sans consultation de sources primaires.

Pourtant, les « maquis » restent aujourd’hui dans la mémoire collective, ce qui résume le mieux, en tous cas le plus simplement, ce que fut et ce que fit la Résistance en France occupée. Paradoxalement, comme le note d’emblée l’auteur, leur histoire n’a jamais duré que quelques mois, « 500 jours » pour les premiers camps apparus à l’hiver 1942-1943, beaucoup moins pour d’autres. C’est qu’ils charrient avec eux nombre d’images puissantes, colportées par la photographie et la bande dessinée plus que par le cinéma, qui associent le jeune combattant portant béret, brassard FFI et mitraillette Sten, avec l’imaginaire de la montagne et de la forêt, pour en faire l’incarnation même de la Résistance, voire son « couronnement».


Adults in the Room, film réalisé par Costa-Gavras (2019)

Films | 21.01.2020 | François Fontaine

Adapté d’un livre de Yánis Varoufákis (Adults in the Room: My Battle With the European and American Deep Establishment, The Bodley Head Ltd, 2017), le film de Costa-Gavras rejoue le premier acte du gouvernement Tsípras, depuis son accession au pouvoir fin janvier 2015 jusqu’à la démission de son ministre des Finances, Varoufákis, début juillet 2015. Lorsque celui-ci devient ministre, ce dernier a derrière lui une carrière de professeur d’économie, s’intéressant particulièrement à la théorie des jeux, branche de l’économie qui porte sur les interactions stratégiques entre agents, travaillant sur les grèves, sur la négociation, ou sur les comportements des banquiers centraux. Tout d’abord Professeur à l’Université de Sidney, il revient en Grèce à l’Université d’Athènes à partir de 2000. Conseiller économique de Georges Papandreou entre 2004 et 2006, il se rapproche à partir de 2011 de Tsipras alors que le parti socialiste grec, alors au pouvoir et menant une politique d’austérité, est incapable de sortir le pays de la crise. En 2013, sur l’invitation de James Galbraith, il accepte un poste de Visiting Professor à l’Université du Texas à Austin et développe alors, avec son aide, des liens auprès de l’administration Obama et du monde politique et médiatique américain. Élu membre du parlement en 2015, il dispose donc d’évidents atouts intellectuels et politiques pour occuper le portefeuille des Finances. Le film en fait l’un de ses héros.


imprimer

Newsletter

  • Consultez fréquemment les rubriques dynamiques de cette colonne. Elles sont régulièrement mises à jour.

Champ libre

  • Histoire@Politique est également disponible sur CAIRN
  • lire la suite

Partager

  • ISSN 1954-3670