Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Les jeunes, sujets et enjeux politiques (France, XXe siècle)

Coordination : Ludivine Bantigny

Partis politiques et groupements de jeunesse

Résumé :

Des organisations de jeunesse directement politiques aux associations en apparence apolitiques mais intervenant pleinement dans le débat public, cet article dresse un tableau tout à la fois typologique (...)

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L’histoire des relations entretenues par les « jeunes » avec l’univers de la « politique » a été renouvelée en profondeur depuis quelques années. On en veut pour preuves l’aboutissement d’un certain nombre de thèses de grande qualité [1] et la multiplication des numéros de revue consacrés prioritairement à cet ensemble de questions [2] .

L’histoire de l’engagement politique ne se confond pas avec l’histoire des groupements organisés, même si on est en droit d’estimer que la période allant de la fin du XIXe siècle au dernier quart du XXe siècle a été par excellence le « temps des organisations ». De même, groupement de jeunesse à caractère politique n’est pas synonyme de groupement lié à un parti ou situé dans sa mouvance. La France du XXe siècle offre même l’exemple d’un paysage d’une extrême diversité, avec tout un dégradé : à un extrême, des groupements politiques stricto sensu dépendant des partis ou d’autres associations présentes dans le débat public (les ligues, à droite ou à gauche, les mouvements œuvrant en faveur d’une certaine conception des relations internationales, etc.) ou revendiquant plus ou moins fièrement leur indépendance ; à un autre extrême, des groupements non politiques (en théorie, tout au moins) tentés d’intervenir sur la scène politique à telle ou telle occasion (syndicats d’étudiants, telle l’UNEF à différents moments de son histoire, groupements dits de cause, organisations confessionnelles, telle la Jeunesse ouvrière chrétienne depuis plusieurs décennies, voire groupements à vocation professionnelle, etc. [3] ). Les années 1930, qui ont sans doute correspondu à une sorte d’apogée des structures d’encadrement destinées à la jeunesse, ont ainsi vu fleurir une foule d’associations de nature à plonger les amateurs de typologies dans le plus cruel embarras. Que dire, par exemple, des groupements de jeunesse créés à l’initiative des mouvements d’anciens combattants, mouvements de caractère politique (la Fédération nationale des combattants républicains et son « Club Bara ») ou mouvements à caractère non directement politique (l’Union nationale des combattants et l’Union fédérale) ? Que dire de l’association des « Jeunes amis de L’Aube », le quotidien d’inspiration démocrate-chrétienne animé par Francisque Gay ?

Les groupements de jeunesse à l’heure des partis

Si on laisse de côté le cas de quelques proto-partis, la première grande formation politique ayant choisi de se doter d’une organisation nationale de jeunesse est l’Action libérale populaire, avec la création, dès 1904, d’une Fédération de la jeunesse libérale, transformée ultérieurement en Fédération de la jeunesse libérale, républicaine et patriote. Ainsi lancé, le mouvement a pris une réelle ampleur dans les années précédant immédiatement la guerre de 1914-1918 : la SFIO porte sur les fonts baptismaux en 1912 deux fédérations nationales (une pour les Jeunesses, une pour les Etudiants) et les deux grands partis d’inspiration modérée — l’Alliance républicaine démocratique et la Fédération républicaine progressiste — empruntent la même voie en 1913-1914.

L’étape décisive a été franchie très précisément dans le second tiers des années 1930 ; si l’on se situe vers 1936-1937, tous les partis, petits ou grands, anciens ou nouvellement créés (le Parti agraire et paysan français, le Parti populaire français de Jacques Doriot, l’Union socialiste républicaine de Marcel Déat), sont flanqués de groupements de jeunesse, souvent très actifs, le cas du Parti social français du colonel de La Rocque étant un peu plus compliqué [4] . Après l’épisode de Vichy et l’échec des mouvements de jeunesse directement issus de la Résistance (les Forces unies de la jeunesse patriotique notamment), les partis politiques ont très vite remis en place des structures d’encadrement inspirées de ce modèle, même si leur audience semble avoir été plus faible qu’à l’époque du Front populaire. Dans les dernières années de la IVe République, la formule d’organisation est généralisée à toutes les formations présentes sur la scène électorale, l’unique exception étant celle de l’Union démocratique et socialiste de la Résistance de René Pleven et François Mitterrand.

Si l’on examine les choses sous l’angle de l’éducation et de la socialisation politiques des jeunesses, il est clair que la contribution essentielle a été celle des grands partis de militants : le PCF, la SFIO, le RPF durant les premières années de son existence et le MRP, tout au moins, en ce qui concerne ce dernier, pour la jeunesse des campagnes. Mais on aurait tort de négliger les petites formations, même si, dans quelques cas, leurs groupements ont un peu ressemblé à des constructions à la Potemkine. Quelques-unes de ces organisations ont manifesté en effet un dynamisme étonnant, fonctionnant comme des viviers de cadres et d’élus (les Jeunes républicains sociaux agissant, en 1956-1958, à l’ombre du mouvement animé par Jacques Chaban-Delmas et Roger Frey), des lieux d’intenses discussions (les groupements liés à l’USR et au Front social de Gaston Bergery à l’époque du Front populaire, les Étudiants du PSU des années 1960), voire d’authentiques laboratoires en matière de formation et d’encadrement des jeunes ou des étudiants (les « équipes » mises en place dans les années 1930 par la Jeune République de Marc Sangnier). À l’extrême fin de la IIIe République, les Jeunesses dépendant du modeste Parti agraire et paysan français de Fleurant Agricola semblent même avoir joué un rôle décisif, tout au moins dans certains départements, dans le processus d’émancipation politique des jeunes ruraux.

En saine logique, il serait préférable de développer des considérations touchant à la question centrale du « pourquoi » avant de traiter de la question, en apparence plus technique, du « comment ». Mais pareille démarche ne serait pas pertinente du point de vue historique. La raison en est simple : la question du pourquoi a été rarement posée de manière franche par les responsables des partis politiques concernés à un titre ou à un autre ; en d’autres termes, les dirigeants ou les hommes d’appareil qui ont suscité, ou plus modestement encouragé, la mise en place de groupements plus spécifiquement destinés à la jeunesse ont été le plus souvent bien loin d’avoir des idées claires sur le sens à donner à de telles entreprises et sur les missions assignées à ce type de structures.

Comme il arrive fréquemment dans des domaines de ce genre, la règle a souffert des exceptions. Ces exceptions concernent principalement — mais non exclusivement — les partis qui ont nourri l’ambition de devenir d’authentiques « partis de masse » : le Parti communiste, le Parti populaire français de Jacques Doriot (qui a appliqué ici, non sans un certain succès, les recettes apprises dans son ancien parti et au sein de ses « Jeunesses »), le Parti social français du colonel de La Rocque, les fondateurs du PSF ayant, semble-t-il, tiré les leçons de l’expérience pas toujours très heureuse des Volontaires nationaux agissant au sein de la nébuleuse des mouvements Croix-de-Feu [5] , etc. Le cas du PCF est tout à fait caractéristique de ce point de vue précis. Pour se limiter à la période de la IVe République, c’est-à-dire aux années correspondant à l’apogée de l’influence du « Parti » et de l’efficacité maximale de ses dispositifs d’encadrement des masses, deux grands exemples viennent aussitôt à l’esprit : celui des années de l’immédiat après-guerre, quand le PCF a décidé de fondre les structures proprement communistes dans une Union de la Jeunesse républicaine française (UJRF, placée sous la présidence d’honneur… d’Édouard Herriot !) ouverte à d’autres mouvements et à d’autres réseaux ; celui du milieu des années 1950, quand le même PCF s’est résolu à tirer un trait sur l’UJRF et a choisi de reconstituer en toute connaissance de cause des groupements, dont la fameuse Union des étudiants communistes (UEC), affichant leur identité communiste. Le cas des formations d’inspiration gaulliste suscite en revanche une grande perplexité. Comme on le verra plus loin, les « rassemblements » gaullistes ont expérimenté les formules d’organisation les plus variées dans le domaine considéré, ce qui peut être interprété — au moins en théorie — comme le fruit d’un véritable effort de réflexion sur le sujet. Reste une impression générale de tâtonnements, voire d’improvisations, comme le montre fort bien l’histoire mouvementée des premières années de l’Union des jeunes pour le progrès (c’est-à-dire de la période allant de 1905 à l’envolée consécutive aux événements de 1968).

Si l’on admet, comme il vient d’être fait, le postulat de l’absence fréquente de vision claire et de projets mûrement délibérés sur les finalités des groupements de jeunesse et/ou d’étudiants agissant au sein des partis ou dans leur proximité immédiate, la question est posée de la transmission d’une culture de l’engagement et du militantisme — de ce type d’engagement et de militantisme, plus précisément — à travers les générations. En d’autres termes, les responsables politiques formés eux-mêmes dans le cadre des organisations de jeunesse ont-ils été plus conscients que d’autres des enjeux et davantage disposés à s’impliquer personnellement dans un soutien à des groupements censés incarner la relève ? De nombreuses pièces peuvent être apportées à un dossier concluant à une réponse positive, en particulier si l’on observe un certain nombre d’itinéraires individuels. Ancien fondateur et ancien président de la Ligue d’action universitaire et socialiste (la LAURS, très active au Quartier latin dans la seconde moitié des années 1920), membre de toute une série d’autres mouvements, Pierre Mendès France a toujours été très attentif à cet aspect du problème : son bref passage, en 1955-1957, à la tête de la vieille formation de la place de Valois a été ainsi l’occasion d’une entreprise de revitalisation sans précédent de la Fédération des jeunesses radicales-socialistes et de la Fédération des étudiants radicaux-socialistes (notamment de l’APER, Association parisienne des étudiants radicaux). Dans la génération suivante, un Michel Rocard, ancien secrétaire national un tantinet turbulent des Étudiants socialistes, ou un Jean Charbonnel, militant de la petite équipe des étudiants RPF de l’École normale supérieure de la rue d’Ulm, ont volontiers revêtu les habits de l’aîné attentif et compréhensif, apportant le cas échéant une aide amicale (comme le dit Jean Charbonnel, secrétaire national, puis secrétaire général adjoint de l’Union des démocrates pour la Ve République dans certains moments délicats de l’histoire de l’UJP). Il ne serait pas difficile de faire état d’autres exemples, empruntés à la quasi-totalité des familles d’esprit. D’une façon plus générale, tous les chercheurs qui s’intéressent aux groupements de jeunesse à caractère politique doivent s’interroger de façon systématique sur le rôle et le profil des « intercesseurs », on veut dire par là des grands frères qui ont contribué à consolider des vocations, à guider des premiers pas et à ouvrir les portes du monde enchanté du pouvoir. La figure du radical Jacques Kayser, qui fut à l’extrême fin des années 1920 l’âme du réseau dit des « Jeunes Turcs » — et sans doute l’inventeur de l’expression —, est ici parfaitement exemplaire. Mais ce n’est pas un hasard si cet éveilleur de talents avait été une dizaine d’années plus tôt l’un des principaux piliers de la jeunesse de la gauche radicalisante, à la Jeunesse française et républicaine dès la fin de la guerre de 1914-1918, à l’organisation de jeunesse de la Ligue de la République ou, dans un genre un peu différent, au Groupement universitaire pour la Société des Nations.

Ce point étant souligné, il faut prendre garde à ne pas confondre ce qui relève des comportements individuels et ce qui concerne les ensembles collectifs structurés. À cet égard, la IVe République offre d’amples matières à réflexion. Rarement, en effet, personnel politique — parlementaires et dirigeants de partis, notamment — aura été aussi massivement issu des groupements de jeunes et d’étudiants de la période précédente : la proportion d’anciens militants et d’anciens responsables d’associations de ce type est particulièrement élevée au sein du groupe parlementaire du Parti socialiste SFIO et du Mouvement républicain populaire, les socialistes ayant recueilli les fruits du vaste effort consenti dans ce domaine durant l’entre-deux-guerres et le MRP ayant été l’instrument de la promotion d’une génération politique formée dans le cadre des organisations confessionnelles (l’Association catholique de la jeunesse française – ACJF - et ses « mouvements spécialisés ») et accessoirement dans celui des petites structures d’inspiration démocrate-chrétienne (JDP et Jeunes Équipes de la Ligue de la Jeune République de Marc Sangnier) [6] . Or, c’est peu dire que ces nouvelles élites ont été incapables de résoudre correctement les problèmes posés par l’ouverture en direction de la jeunesse. L’histoire des relations entre la SFIO et ses groupements de jeunes et d’étudiants a été ainsi traversée par des phases de tension extrêmement vive, la sérénité (provisoire dans le cas des Étudiants socialistes de Michel Rocard) n’ayant été retrouvée qu’au prix d’une chute dramatique des effectifs et de ce qu’il faut bien appeler un phénomène de sclérose. Quant au MRP, il n’a su ni insuffler un réel dynamisme à ses « équipes jeunes » ni empêcher un relâchement des liens historiques avec les organisations confessionnelles (ACJF, mouvements spécialisés, Fédération française des étudiants catholiques), le cas de la JAC étant ici l’exception confirmant la règle.

En dernière analyse, notre hypothèse est que les partis et leurs dirigeants ont souvent agi sous la pression des circonstances, en fonction en tout cas de logiques tenant davantage de l’effet de mode et de la force d’entraînement que de considérations mûrement réfléchies. À l’origine, ils ont parfois simplement pris acte de l’existence d’organisations créées en dehors d’eux, de bonne grâce ou de relative mauvaise grâce, comme le montre l’exemple du traitement infligé par la SFIO naissante au Groupement des étudiants collectivistes. À partir du tournant décisif des années 1930 et de la vogue du modèle du « parti de masse », structuré et discipliné, capable d’encadrer la société, la fondation ou la revitalisation de groupements de jeunesse sont devenues des signes forts d’une volonté plus générale de modernisation, une espèce de passage obligé dans la mise en œuvre d’un projet politique inspiré de cet idéal. L’histoire du parti radical est tout à fait caractéristique à cet égard, depuis la création, en 1933, des Jeunesses radicales-socialistes venant couronner l’ensemble des initiatives prises par Édouard Daladier depuis 1927 jusqu’à l’épisode mendésiste de 1955-1957 et la tentative de l’ancien président du Conseil de transformer la machine électorale valoisienne en un « vrai » parti de militants largement ouvert sur les forces vives de la société. Accessoirement, il faut tenir compte des conflits de voisinage entre forces politiques théoriquement alliées et des jeux de pouvoir à l’intérieur même des partis. Sur ce point encore, le cas des JRS est particulièrement riche d’enseignement. La décision de hâter la constitution d’un groupement de jeunesse spécifiquement radical, lié de manière officielle au parti, est inséparable en effet d’un certain nombre de choix opérés au sein de l’appareil, par le secrétaire général Albert Milhaud notamment : s’affranchir d’une dépendance trop étroite à l’égard d’une FJLR campant systématiquement sur des positions cartellistes, consolider, face au réseau des Jeunes Turcs et à leurs multiples connexions, l’influence de l’aile « herriotiste », c’est-à-dire des éléments les moins disposés à faire alliance à tout prix avec la SFIO. Dans le même ordre d’idées, la fondation de groupements de jeunesse par les partis « modérés » au milieu des années 1930 indique la volonté de prendre un minimum de distance par rapport aux Jeunesses patriotes et aux mouvements d’inspiration nationaliste. Le raisonnement vaut davantage, il est vrai, pour les Jeunesses de la Fédération républicaine que pour la Jeunesse républicaine française (Alliance démocratique de Pierre-Étienne Flandin).

Comment faire ? Le choix des formules d’organisation

Concrètement, les formations politiques se sont adressées à la jeunesse en ayant recours aux formules d’organisation les plus variées. Les choix opérés ont été souvent affaire d’image, de circonstances et de considérations stratégiques sans liens nécessaires avec la question spécifique de la jeunesse. On conviendra qu’ont joué également les traditions, ou si l’on préfère la culture politique, notamment l’idée que se font les responsables d’un parti des vertus plus ou moins grandes de l’organisation et de l’action militante. Mais force est de constater que la plupart des partis dont l’existence s’est inscrite dans la durée ont souvent changé de pied, pour des raisons touchant au besoin de tirer les leçons d’un échec manifeste (le PCF lors de la liquidation de l’UJRF) et/ou à des conflits entre adultes et cadets (la SFIO au cours d’une histoire particulièrement agitée) ou, plus simplement, pour afficher une volonté de rénovation (la création, en 1965, de l’UJP sur les ruines des jeunesses de l’Union pour la Nouvelle République). De ce point de vue, l’histoire des mouvements gaullistes, de la fondation du RPF (1947) à celle du RPR (1976), offre un champ d’observation particulièrement intéressant, la quasi-totalité des formules ayant été utilisées à un moment ou à un autre [7] .

En schématisant à l’extrême, on peut dire que les partis ont été confrontés à deux types de problèmes.

À l’extérieur, à l’intérieur ou sur les bas-côtés ?

La première question — la plus importante en théorie, la plus lourde de conséquences en tout cas — a été de savoir s’il valait mieux : ou bien prendre appui sur des groupements, en règle générale déjà présents sur la scène des mouvements de jeunesse, dotés d’une existence indépendante bien réelle tout en partageant le même système de valeurs et le même positionnement politique, quitte, bien sûr, à leur apporter aide et soutien par différents canaux, voire à peser dans leur ligne de conduite (Édouard Daladier joue ainsi un rôle non négligeable dans le processus de rapprochement, en 1922-1924, entre la Fédération des jeunes laïques et l’Union des jeunesses républicaines) ; ou bien faire vivre — éventuellement par le biais de l’incorporation d’associations déjà constituées — une ou plusieurs structures fonctionnant dans le cadre même de l’organisation partisane, ou dans sa sphère d’influence directe.

Historiquement, c’est la première formule qui a souvent prévalu, la raison en étant que les partis apparus tardivement dans le paysage politique français n’avaient, en règle générale, ni les vues suffisamment claires ni les ressources suffisamment abondantes pour créer leurs propres instruments d’action. La solution la plus commode était donc de passer par le relais de groupements dont le développement était parfois antérieur à leur propre fondation. Le parti dit républicain radical et radical-socialiste — qui devait d’ailleurs une part de sa constitution aux réseaux de l’Union de la jeunesse républicaine — a ainsi longtemps tiré le meilleur profit de toute une couronne de groupements plus ou moins amis, au sein de la jeunesse prise dans son ensemble (la Fédération des jeunesses laïques, l’Union des jeunesses républicaines puis, à partir de 1924, la FJLR) ou dans le monde des étudiants (l’Union républicaine des étudiants de France, la Fédération républicaine des étudiants de France — très active à la veille de la guerre de 1914-1918 — puis la Ligue d’action universitaire républicaine et socialiste de Pierre Mendès France). Le cas des partis modérés — celui de la Fédération républicaine tout spécialement — est sensiblement différent, dans la mesure où les groupements de jeunesse au sein desquels ils ont trouvé des concours étaient des organisations animées de préoccupations d’une autre nature et habituées à d’autres modes d’action, ces remarques visant pour l’essentiel les associations de stricte obédience confessionnelle et les mouvements d’inspiration nationaliste plus ou moins liés aux ligues (telles, par exemple, les Jeunesses patriotes de Pierre Taittinger et leurs pseudopodes à compter de 1924-1925) [8] . L’expression un peu floue de « points d’appui », avec tout ce que cela suppose d’aléatoire, conviendrait donc mieux ici que le terme de « relais » utilisé à propos de la famille radicale. Les dirigeants de la Fédération républicaine semblent avoir d’ailleurs pris conscience des difficultés inhérentes à la situation dès les années précédant la guerre de 1914-1918, ce qui explique, pour partie, le lancement durant l’hiver 1913-1914 d’une très officielle Association nationale républicaine de la jeunesse. Mais la désorganisation du parti consécutive à la guerre a retardé l’heure des choix décisifs d’une bonne vingtaine d’années.

Les inconvénients de la formule sont donc apparus assez tôt. Deux d’entre eux doivent retenir plus spécialement l’attention. En premier lieu, tout groupement parallèle — qu’il s’adresse à la jeunesse ou à d’autres secteurs de la société — recrute nécessairement au-delà de la zone d’influence attitrée de la formation politique dont il se sent le plus proche, ce qui suscite inévitablement malentendus et conflits. Pour reprendre l’exemple de la FJLR, tout le monde pouvait voir que ce mouvement structuré de façon très souple comptait dans ses rangs de nombreux militants socialistes ou de sensibilité socialiste, et qu’il servait parfois, dans les départements du Midi notamment, d’instrument de pénétration des idées socialistes au détriment des influences radicales traditionnelles. En second lieu, la pratique de la « sous-traitance » qu’impliquait ce type de relations ouvrait la porte à la confusion, voire à la compromission. Dans la France de 1925 ou de 1932, les notables modérés étaient bien contents de recourir au service des JP pour coller des affiches ou pour assurer la protection de leurs réunions. Mais comment, après quoi, se désolidariser des professions de foi marquées au sceau de l’antiparlementarisme, des excès de langage en tout genre et des manifestations de rue tapageuses ?

À compter de la première moitié des années 1930, cette formule initiale a donc laissé la place à une intégration plus ou moins poussée au sein des partis. On ne reviendra pas ici sur ce qui a été dit plus haut des expériences pionnières, de la généralisation étonnamment rapide de ces modes d’organisation, ni des conflits caractéristiques de cette nouvelle phase de l’histoire des groupements de jeunesse à caractère politique. Il a semblé de meilleure méthode de proposer quelques brèves observations montrant les limites du phénomène, et par voie de conséquence d’en éclairer plus précisément la signification historique.

1/ La montée en puissance des groupements agissant dans le cadre des partis n’a pas mis un point final à l’histoire des groupements indépendants. Les groupements de ce type ont encore manifesté une belle vitalité au moment du Front populaire, à gauche notamment avec une FJLR réorganisée et le mouvement JEUNES (Jeunes équipes pour une nouvelle économie sociale) de Jean Nocher, alors rédacteur au quotidien L’œuvre. Sur le plus long terme, ils ont retrouvé ou plutôt trouvé — car, dans la plupart des cas, ils étaient de création récente, voire très récente — un espace d’expression durant toutes les périodes de crise de confiance dans les partis et dans l’ensemble du système politico-institutionnel : les années 1934-1935, 1938-1939, 1955-1958 et les années situées de part et d’autre du choc de Mai 1968.

2/ Les partis ne se sont jamais totalement privés de l’aide de groupements dotés d’une large marge d’autonomie, groupements à vocation socioculturelle (les Foyers Léo Lagrange, par exemple, pour la SFIO des années 1950 et 1960), clubs de rencontres et de discussions, groupements de cause poursuivant des objectifs extérieurs à la sphère de la politique pure, etc. On peut estimer à ce propos que la tendance s’est renforcée dans la dernière vingtaine d’années, avec la crise du modèle du parti de masse et la désaffection des nouvelles générations pour les partis. L’exemple des relations ambiguës nouées entre le PS de l’ère Mitterrand et le mouvement SOS Racisme est particulièrement riche d’enseignements à cet égard. Mais on pourrait également faire état des relations, un peu moins ambiguës, nouées un temps entre le RPR de Jacques Chirac et les troupes très offensives de l’UNI (Union nationale interuniversitaire).

3/ Enfin, les partis ont parfois jugé plus commode ou plus habile de s’appuyer sur des groupements soucieux de mettre en avant une identité propre, quand bien même ces groupements étaient liés à eux par un système complexe de solidarités de nature idéologique, politique et matérielle (l’aide apportée au financement des activités). L’UJP constitue un excellent exemple de ces formules intermédiaires et d’un type de relations dans lequel les règles du jeu ne sont pas clairement fixées d’avance. Si l’on voit les choses d’un peu plus haut, on est en droit d’estimer que l’indépendance ainsi proclamée est largement fictive. Mais il ne faut pas oublier que l’UJP a refusé de donner une consigne de vote en faveur de Valéry Giscard d’Estaing au second tour de l’élection présidentielle du printemps 1974 et qu’elle a ainsi assumé le risque d’une rupture avec le mouvement gaulliste.

De la diversité des schémas d’organisation

La question du « comment » n’est pas épuisée par le choix entre la formule du recours à des groupements indépendants et la formule de l’intégration au sein du parti, même si tout est conditionné à l’évidence par cette option majeure initiale. Dans le cadre de la seconde option, la voie demeurait ouverte devant plusieurs choix d’ordre pratique, ou si l’on préfère, devant des schémas d’organisation sensiblement différents, étant entendu que les expériences vécues antérieurement ont souvent pesé d’un poids très lourd.

La place faisant défaut pour entrer ici dans le détail de problèmes de nature parfois très technique, on se bornera à présenter une rapide nomenclature. Il y a lieu d’insister toutefois sur le fait que les réponses apportées à des questions techniques sont inséparables de considérations, de controverses et d’enjeux plus spécifiquement politiques. On peut même dire que ces enjeux d’ordre politique ont revêtu une importance d’autant plus grande que les partis assignaient des missions élargies aux groupements de jeunesse agissant en leur sein. À notre sens, cinq grandes questions ont imprimé leur marque sur l’ensemble de cette histoire, la liste n’étant naturellement pas exhaustive. Résumons donc :

- La question de savoir si ces groupements de jeunesse jouissaient ou non d’une sorte de monopole, autrement dit si les jeunes militants devaient obligatoirement ou non s’inscrire dans ces groupements.

- La question de savoir s’il valait mieux constituer une organisation destinée à encadrer la jeunesse prise dans son ensemble ou offrir aux étudiants un cadre de réflexion et d’action spécifique. Dans le second cas de figure, se posait la question de l’éventuelle subordination des groupements d’étudiants à l’organisation générale, avec la montagne de difficultés soulevée par ce type de solution.

- La question de savoir s’il était opportun de doubler les différentes organisations de structures d’encadrement destinées plus spécialement aux « jeunes filles », comme le fit longtemps, non sans succès, semble-t-il, le PCF.

- La question de la cohabitation, toujours délicate, entre les groupements de jeunes et d’étudiants et d’autres instruments de formation — s’adressant aux jeunes, plus précisément à certains d’entre eux, mais pas exclusivement à eux — du type des « écoles de cadres » ou des « commissions » chargées de réfléchir aux problèmes concernant les générations montantes. Il est curieux de constater que la vogue des écoles de cadres a été à peu près contemporaine de celle des organisations de jeunesse, en dépit des risques inévitables de malentendus et de frictions.

- La question de la coordination entre les organisations dépendant des partis, les groupements ou tendances constitués au sein des groupements concernés (groupements de cause, syndicats étudiants, le cas échéant groupements à vocation confessionnelle) et — ce qui n’est pas tout à fait la même chose — les réseaux de jeunes adhérents du parti donnant la priorité à l’action au sein de ces groupements.

On terminera en soulignant à quel point les comportements ou les décisions adoptés dans de tels domaines ont pu engager l’avenir, en bien ou en mal. Quatre exemples, empruntés aux années 1945-1965, permettront d’illustrer le propos. Le MRP a gravement pâti de son incapacité à établir, contrairement à son ancêtre le PDP, un système dynamique de connexions entre ses Équipes jeunes et les réseaux de cadres et de responsables des mouvements catholiques, bientôt tentés, pour certains d’entre eux du moins, de suivre d’autres chemins. La SFIO de Guy Mollet a payé au prix fort son attitude de méfiance à l’égard des initiatives des Étudiants socialistes et, d’une façon plus générale, la stratégie de repli sur soi qu’elle a imposée à ses Jeunesses. Une vingtaine d’années plus tard, le PCF a payé d’un prix non moins lourd la mise au pas de l’Union des étudiants communistes et la dilution de son identité au sein du nouveau Mouvement de la jeunesse communiste. À l’inverse, la souplesse de la structure mise en place par les dirigeants radicaux durant la présence de Pierre Mendès France à la tête du parti (1955-1957) a permis à celui-ci de tisser sa toile en direction d’organisations et de milieux qui échappaient traditionnellement à son influence [9] . On sait que la marginalisation rapide de PMF au sein de sa propre famille politique a empêché les radicaux de recueillir les fruits de cette stratégie de large ouverture. Mais il s’agit d’une autre histoire.

Des jeunes ? Pour quoi faire ?

Il a déjà été question de la difficulté à traiter de la problématique du « pourquoi ». Quelles que soient les limites d’une approche soumise au feu des critiques de certains politistes, le plus commode est de se servir d’une grille de lecture d’inspiration fonctionnaliste. Pour les raisons qui ont été exposées dans la première partie de cet essai de synthèse, la distinction classique entre fonctions « manifestes » et fonctions « latentes » nous paraît toutefois d’un maigre secours. À la réflexion, il semble plus éclairant de parler d’opposition entre ce qui relève de la politique au sens fort de l’expression, et ce qui relève d’une sphère extérieure à la politique pure (l’organisation des loisirs et, d’une façon plus générale, la sociabilité, la sociabilité « juvénile » ou la sociabilité au travers des générations). Mais on admettra de bonne grâce qu’il n’est pas toujours aisé de tracer la ligne frontière : que penser, par exemple, de la fonction, pourtant capitale, de brassage social et culturel ? Les partis de type militant ont volontiers placé ces opérations de brassage sur la liste de leurs objectifs, en liaison avec des projets de revitalisation du corps social dans une perspective communautaire ou, à l’opposé, dans le cadre de stratégies visant à rallier à la cause de la lutte des classes des jeunes gens issus de la bourgeoisie. De même, presque tous les partis — les partis étrangers à la culture du militantisme davantage peut-être encore que les autres — ont été habités du souci d’aider ainsi à la constitution de réseaux en dehors du monde politique, dans le monde des intellectuels et dans le monde de la fonction publique tout spécialement [10] . Reste que, concrètement, de tels brassages se sont plus souvent réalisés « sur le tas », par le jeu de démarches individuelles dans lesquelles les phénomènes de simple camaraderie ont parfois joué un rôle essentiel.

Sans trop chercher à distinguer ce qui relève de l’intentionnel et ce qui relève du purement fonctionnel, on peut classer les tâches assignées à ce type de groupements de jeunesse en deux grandes catégories.

1/ D’un côté, ce que l’on peut appeler des missions d’un ordre très général, à savoir la transmission des valeurs et de la mémoire du parti, la diffusion de son message au sein de la jeunesse (de certains secteurs de celle-ci, tout au moins) et de délivrance d’une formation politique minimale. À bien y réfléchir, ces tâches n’en font qu’une et la question centrale est bien ici celle de la préparation de la relève.

2/ De l’autre côté, des tâches plus spécifiques, dont l’importance varie beaucoup selon la nature de l’organisation partisane, son idéologie, la plus ou moins grande complexité de ses dispositifs pédagogiques (avec l’existence éventuelle d’écoles de cadres, de cours d’orateurs, de séminaires de formation, etc.) et du type de relations établies avec d’autres groupements s’adressant à la jeunesse. Théoriquement, un groupement de jeunesse lié à un parti peut être chargé de poursuivre sept objectifs principaux : fonctionner comme un outil d’éducation civique, dans l’acception large de l’expression, c’est-à-dire en tant qu’elle ne se confond pas purement et simplement avec une formation politique délivrée au bénéfice exclusif dudit parti ; fonctionner comme un vivier de cadres et d’élus locaux et/ou nationaux ; servir d’outil de pénétration de l’influence du parti au sein d’autres types de groupements de jeunesse, syndicats d’étudiants et groupements de cause tout spécialement, et à la limite ouvrir la voie à une véritable prise de contrôle politique de ces organisations [11] ; aider à la constitution de réseaux permettant de renforcer ultérieurement l’influence du parti en dehors de la sphère politique stricto sensu — ce qui n’est pas tout à fait la même chose que la constitution de viviers de candidats à des fonctions électives ; mettre les élus et les dirigeants du parti à l’écoute des organisations et des attentes des générations montantes, et les aider à trouver, le cas échéant, des réponses plus adéquates [12] ; dans le même ordre d’idées, fonctionner comme des laboratoires politiques, principalement, mais non exclusivement, en ce qui concerne les problèmes auxquels la jeunesse est confrontée ; remplir enfin le rôle de force auxiliaire dans l’accomplissement de diverses tâches d’ordre pratique, en particulier durant les périodes de campagnes électorales : distribution de tracts, collage d’affiches, organisation de services d’ordre, prises de contact auprès de certaines catégories d’électeurs, etc.

Il va de soi que tous les partis n’ont pas toujours nourri d’aussi vastes ambitions, et que les ordres de priorité ont beaucoup varié dans le temps et dans l’espace (on veut dire l’espace politique). Selon une idée très répandue, les partis de militants disposant d’une forte armature idéologique auraient joué sur des registres beaucoup plus larges que les autres formations, servant par là même de modèles, notamment durant les périodes d’intense mobilisation politique. En dehors des réserves que l’on peut légitimement formuler à propos du concept de « parti de militants », le risque est de confondre ici ce qui relève du quantitatif et ce qui relève du qualitatif, entendons par là l’inventivité en matière de méthode d’encadrement et de modes d’intervention. Les travaux, encore peu nombreux, sur les groupements d’inspiration radicale ou d’inspiration modérée (ceux de François Audigier, par exemple, sur les Jeunes républicains indépendants durant les années de la marche de Valéry Giscard d’Estaing vers le pouvoir) devraient inciter en tout cas les historiens à s’affranchir de schémas contestables.

Le spectacle des évolutions qui se sont produites depuis une grosse trentaine d’années permet de mieux comprendre comment procèdent les partis. Privilégiant à nouveau une approche de type historique, nous terminerons donc en livrant quelques réflexions sur les conséquences du renversement de tendance observé depuis une date qu’il est d’ailleurs impossible de fixer avec davantage de précision.

Même s’il est un peu tôt pour disserter du comment et du pourquoi, cette évolution a bien été dans le sens de l’affaiblissement des groupements agissant dans le cadre des partis. D’une ampleur très inégale selon les familles politiques, le phénomène est lié lui-même à un ensemble de transformations : la dégradation de l’image des partis, la crise générale du militantisme, la préférence des jeunes pour d’autres types d’engagement (au sein, notamment du mouvement associatif), l’aspiration à une plus grande liberté de manœuvre (qui s’est traduite par un regain de vitalité des mouvements indépendants, encore que le point prête à discussion), etc. Dans une telle conjoncture, les partis ont dû réviser leurs ambitions à la baisse et presser leurs équipes de jeunes à se replier sur les fondamentaux, en d’autres termes à se consacrer de façon prioritaire à des tâches de nature à servir le plus directement possible leurs intérêts, spécialement leurs intérêts électoraux.

Examiné sous cet angle, le phénomène de déclin doit être ramené à de justes proportions. Les groupements de jeunes liés aux partis jouent aujourd’hui un rôle beaucoup plus limité que par le passé dans tout ce qui touche à l’encadrement de la société et à l’animation de la vie sociale et culturelle, la remarque s’appliquant d’ailleurs aux partis eux-mêmes. Mais ils remplissent toujours d’importantes fonctions politiques, en tant notamment que pépinières de candidats, d’élus, voire de responsables d’associations. On a même le sentiment que la filière de formation et de sélection a plutôt bien résisté à la concurrence d’autres filières, au premier rang desquelles les filières proprement méritocratiques, l’une des raisons tenant au fait que ces groupements sont des structures ouvertes (plus ouvertes sans doute qu’au milieu du siècle) capables d’attirer à elles des élites issues de milieux professionnels et sociaux très différents. Pour un historien de ces filières d’accès au monde des pouvoirs, la tentation est forte d’ériger ainsi en symbole la victoire de l’avocat Nicolas Sarkozy, ancien dirigeant national des jeunes du RPR, dans la compétition qui l’a opposé à Alain Juppé et à Dominique de Villepin, deux brillants élèves de l’ENA grandis dans le sérail des cabinets ministériels.

Notes :

[1] Voir, en particulier, en ce qui concerne les travaux récents : la thèse de François Audigier consacrée à l’Union des jeunes pour le progrès, soutenue à Paris X-Nanterre en 1999 et publiée en 2005 aux Presses universitaires de Nancy sous le titre L’Union des Jeunes pour le Progrès, une école de formation politique (1965-1975) ; la thèse de Christian Birebent, soutenue à Paris X-Nanterre en 2002 et publiée sous le titre Militants de la paix et de la SDN, les mouvements de soutien à la Société des nations en France et au Royaume-Uni 1918-1925 aux éditions de l’Harmattan en 2007 — beaucoup d’indications très neuves sur l’expérience exceptionnelle qu’a été le Groupement universitaire pour la Société des nations ; la thèse, soutenue en 2005, à Paris X-Nanterre par Cédric Meletta sur La Fédération des jeunesses laïques et républicaines : un apprentissage politique et civique dans la France de l’entre-deux-guerres (1924-1939). En décembre 2007, Christine Bouneau-Bouillare a soutenu à l’université de Bordeaux III une habilitation à diriger des recherches avec un mémoire consacré à « Socialisme et jeunesse en France des années 1880 à la fin des années 1960 (1879-1969) ».

[2] Voir, en particulier, la liste n’étant pas exhaustive : Recherches contemporaines, n°6, 2000-2001, et le dossier « Jeunes et sages » établi par Gilles Le Béguec avec le concours de Cédric Meletta ; Matériaux pour l’histoire de notre temps, avril-juin 2004, numéro spécial consacré à « Jeunesse et engagements, d’un mai à l’autre » ; Parlement(s). Revue d’histoire politique, n°8, 2007, « Jeunes en politique ».

[3] Nous avons - nous-même - esquissé une typologie dans un article publié en 1991 pour la revue Ricerche di storia politica sous le titre « Gruppi giovanili e partiti politici durante la III Repubblica » (p. 81-97). Il faudrait proposer des terminologies légèrement différentes pour les Républiques ultérieures, en tenant mieux compte à la fois des organisations de « jeunes européens » et des annexes de groupements structurés sur le plan international (tel Way Forum sous la IVe République).

[4] On pense notamment à l’expérience tout à fait originale des « cercles universitaires » du PSF.

[5] Les Volontaires nationaux ont été fondés en 1933. On sait qu’un conflit très grave éclata en juin-juillet entre le colonel de La Rocque et les « maréchaux », c’est-à-dire l’équipe des jeunes « technocrates en herbe » (selon Albert Kéchichian) qui avaient joué un rôle de premier plan à la tête des « VN ». Cf. Albert Kéchichian, Les Croix-de-Feu à l’âge des fascismes. Travail, famille, patrie, Paris, Champ Vallon, 2006, en particulier p. 270-276.

[6] Avec toutefois une grande différence : la grande majorité des députés MRP concernés sont issus de l’ACJF et de ses mouvements spécialisés, alors que leurs collègues socialistes viennent des organisations liées au parti (JS et ES). On se reportera à la thèse de Noëlline Castagnez, Socialistes en République, les parlementaires SFIO de la IVe République, Rennes, PUR, 2004. Voir aussi, pour une vue d’ensemble, La formazione della classe politica in Europa (1945-1956), a cura di Giovanni Orsina e Gaetano Quagliariello, Piero Lataïca editore, 2000.

[7] Le RPF a été flanqué à la fois d’un mouvement « généraliste » (le Rassemblement de la Jeunesse française) et d’un Groupement d’étudiants, beaucoup plus dynamique, ce qui souleva de difficiles problèmes de coordination. Les républicains sociaux et l’UNR première manière ont créé un mouvement de jeunes intégré à l’organisation, formule qui a été reprise par le RPR de Jacques Chirac. La période 1965-1974 est caractérisée par l’existence d’un mouvement généraliste théoriquement indépendant (l’UJP), ce qui n’a pas empêché la constitution d’autres groupements, tels les Clubs Jeune France, plus ou moins encouragés par certaines personnalités gaullistes. Enfin, le Service d’action civique (SAC) a eu son propre mouvement de jeunesse.

[8] Sur cette question difficile des relations entretenues par les petits groupements modérés avec leurs puissants voisins, on trouvera une première mise au point parue sous le titre « Entre modérantisme et nationalisme », dans La Politique et la Guerre. Pour comprendre le XXe siècle européen. Hommage à Jean-Jacques Becker, Paris, Éditions Noesis, 2002, p. 448-507.

[9] Les principaux relais semblent avoir été le très dynamique Groupement des étudiants radicaux de Sciences Po et un organe sympathisant, la revue Jeune Tribune fondée en janvier 1955. Les milieux visés ont été l’UNEF (avec un système de connexions dont l’importance a été sous-estimée), les organisations d’inspiration catholique et — l’hypothèse resterait à vérifier — les Jeunes Chambres économiques.

[10] À titre d’exemple, il y aurait une étude passionnante à faire sur l’engagement de toute une génération de futurs professeurs d’histoire dans les universités — disons, pour faire vite, la génération René Rémond (1918)-Emmanuel Le Roy Ladurie (1929) — au sein des groupements de jeunesse de toute nature. Ces engagements initiaux ont laissé des traces, même quand les itinéraires des uns et des autres ont ultérieurement divergé. La remarque s’applique, dans une moindre mesure peut-être, aux professeurs des facultés de droit (la génération Georges Vedel–Maurice Duverger).

[11] L’exemple qui vient tout de suite à l’esprit est celui de l’« OPA » des Étudiants socialistes unifiés (PSU) sur l’appareil de l’UNEF au début des années soixante-dix. Le PS de François Mitterrand et de Lionel Jospin mettra en œuvre des stratégies beaucoup plus subtiles, en tissant notamment des liens avec certaines organisations de jeunesse de la mouvance trotskyste, l’Alliance des jeunes pour le socialisme tout spécialement.

[12] Étant entendu que certains partis ont également mis en place des « commissions de jeunes » ou des commissions d’étude des problèmes de la jeunesse, qui ont pu fonctionner de manière plus ou moins concurrente des groupements de jeunes.

Mots clefs : jeunesse ; mouvements ; socialisation politique ; partis politiques ; générations.

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  • ISSN 1954-3670