Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Les jeunes, sujets et enjeux politiques (France, XXe siècle)

Coordination : Ludivine Bantigny

Des préoccupations sociales à la santé publique : la prise en charge locale des jeunes. L'exemple rennais

Patricia Loncle
Résumé :

Bien que longtemps dominé par une attention particulière pour les questions sociales, le domaine des politiques locales de jeunesse est aujourd’hui de plus en plus marqué par les (...)

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L’histoire des politiques locales de jeunesse en France est doublement caractérisée par une part déterminante des communes et par une prévalence de la prise en charge sociale, dans une volonté de protection de cette population. Cependant, la dernière décennie, si elle conforte la place des communes dans l’élaboration et la mise en œuvre des politiques locales, laisse apparaître de profonds bouleversements dans le contenu des interventions. La jeunesse est, en effet, de plus en plus perçue comme souffrante et nécessitant des interventions relevant du champ de la santé publique. Le présent article s’attache, à partir d’une mise en perspective de long terme [1] , à comprendre les évolutions qui président à ce changement de perception et d’action envers les jeunes.

Dans cette dynamique, au moins quatre périodes ont marqué des inflexions dans la prise en charge locale de la jeunesse. À partir du milieu du XIXe siècle, les œuvres puis les associations de jeunesse jouent un rôle d’impulsion dans la mise en place d’actions au service de la jeunesse. Elles sont en cela relayées avec plus ou moins d’ampleur et de volontarisme par les communes. L’État, quant à lui, n’occupe qu’une fonction seconde de la fin du XIXe siècle à la Seconde Guerre mondiale : il réglemente des actions qui relèvent largement de l’appréciation des territoires. Au cours de cette période, le niveau local apparaît comme un lieu d’expérimentation, véritable laboratoire des politiques sociales et de santé dans lequel interviennent des interpénétrations denses entre niveau national et niveau local, entre acteurs privés et acteurs publics. L’importance du système notabiliaire y est forte, de même que l’influence des organisations philanthropiques et, plus largement, de ce qui deviendra le secteur associatif [2] . Les interventions en direction de la jeunesse se structurent progressivement autour de préoccupations sociales et hygiénistes qui renvoient à une volonté de protection des plus vulnérables, qu’il s’agisse du logement des apprentis, de la santé des ouvriers, de la réglementation du travail des mineurs, de la protection des mineurs sortant de prison, de l’enfance en danger… Bien que les liens entre social et santé ne soient pas bâtis sur une démarche sectorielle, bien que les parts de l’initiative locale et de l’application des normes nationales s’entremêlent largement, cette période apparaît ponctuée d’initiatives locales qui laissent peu à peu entrevoir « l’ancrage premier du bien-être [3] ».

À partir de l’après-Seconde Guerre mondiale et surtout des années 1960, les politiques sociales reviennent largement à l’État, les communes n’étant responsables que de la mise en œuvre de l’action sociale et pouvant déployer une aide sociale facultative, de nature résiduelle [4] . La santé apparaît, quant à elle, moins structurée, tant au niveau national qu’au niveau local [5] . Dans les communes, ce sont les règles d’intervention en matière d’aide sociale qui conduisent à organiser la plupart des services sociaux en direction de l’enfance et de la jeunesse comme les crèches, les garderies et centres aérés, les foyers de jeunes travailleurs... Une large autonomie des collectivités locales se dégage néanmoins autour des nécessités d’urbanisation et d’équipement. En effet, les villes s’insèrent dans les interstices de l’intervention étatique et s’approprient les instruments nationaux, les façonnent en fonction des acteurs mobilisés, de leurs problèmes spécifiques, enfin de la plus ou moins grande volonté politique de leurs élus de s’approprier tel ou tel problème et de l’intégrer dans le champ de son aide sociale facultative [6] .

Au début des années 1980, avec l’avènement des politiques de la ville, les préoccupations relatives au social et à la jeunesse réapparaissent avec une acuité croissante : les phénomènes de chômage massif des jeunes, de violences dans les quartiers conduisent à une focalisation importante des communes sur la jeunesse qui est à nouveau envisagée comme devant être protégée [7] . Là encore, les questions de santé n’occupent qu’une place minimale. Néanmoins, depuis une décennie, sous l’influence d’un certain nombre de facteurs (épidémie de sida [8] , prise de conscience de l’importance des déterminants sociaux de la santé, des inégalités sociales et territoriales de santé [9] ) mais aussi du fait d’une pénétration plus grande des politiques publiques françaises par les idéologies néolibérales anglo-saxonnes [10] , on peut souligner l’importance croissante des analyses en termes de santé, voire de sanitarisation des questions sociales. Le niveau local, de ce point de vue, n’est pas en reste et tente de proposer des solutions pour une meilleure prise en charge sanitaire des populations les plus exclues, notamment les jeunes [11] .

À partir du traitement des pratiques festives des jeunes Rennais [12] , nous souhaitons montrer les mécanismes et les représentations qui président à cette évolution vers une plus grande place de la santé publique. Nous aimerions également interroger l’influence de celle-ci sur la prise en charge des jeunes et dans les relations entre acteurs locaux de la jeunesse. L’exemple rennais, dans la mesure où il a pour cadre une intervention locale ancienne et proposant une démarche favorable au social et à une image positive de la jeunesse, nous paraît stimulant pour comprendre l’influence potentielle de ces modifications.

La prise en charge de la jeunesse : le modèle rennais

Le territoire rennais est assez exemplaire de la prise en charge de la jeunesse, et ce pour au moins trois raisons : il est marqué par un réseau d’acteurs ancien, particulièrement stable ; par une faveur accordée à la prise en charge sociale des jeunes ; par une volonté de considérer la jeunesse comme une ressource pour le territoire [13] .

Un réseau d’acteurs ancien et particulièrement stable

À Rennes, à l’instar de nombreuses villes, l’intervention en direction des jeunes s’amorce à la fin du XIXe siècle. D’abord impulsée par les acteurs de jeunesse du futur domaine associatif, elle est investie de manière croissante par les acteurs publics, la municipalité puis l’État. Les évolutions de cette intervention ne sont pas particulièrement originales quant à la répartition des responsabilités entre acteurs privés et publics. En effet, les acteurs privés s’appuient très largement, au début du XXe siècle, sur les moyens mis à la disposition par la mairie qui soutient leurs actions (prêt de locaux, articles dans la presse locale, appui symbolique aux moments charnières de la vie de l’association). Peu à peu les acteurs étatiques et municipaux prennent le pas sur les acteurs associatifs et sont à l’initiative des politiques locales de jeunesse qui se structurent au cours des années d’après-guerre et se professionnalisent durant les années 1960. Les acteurs associatifs deviennent des prestataires de services et sont largement financés par la municipalité, voire les crédits d’État [14] .

Ce qui différencie les acteurs rennais de ceux des autres villes, c’est la stabilité du réseau d’acteurs qui opère localement : les acteurs de jeunesse peuvent être caractérisés à la fois par leur longévité et par la force des liens qui les unissent. Soulignons ainsi que les organisations nées au XIXe siècle pour encadrer les jeunes continuent d’exister aujourd’hui (la Tour d’Auvergne, les Cadets de Bretagne et le Cercle Paul Bert, tous trois issus du mouvement des patronages) et restent des acteurs centraux de la prise en charge de la jeunesse. À ces trois anciens sont venus s’adjoindre les Foyers de jeunes travailleurs, juste après-guerre, les Maisons de jeunes et de la culture, les Clubs Léo Lagrange et autre Club de prévention au cours des années 1960. Ces organisations sont toujours présentes et actives.

Les individus sont également très ancrés : ils font souvent carrière localement et occupent des postes à responsabilité de manière durable. Un certain nombre de figures ont ainsi marqué durablement la prise en charge de la jeunesse : Robert Rême, Guy Houist, Jean Verpraët, Michel Le Roux, Jean Le Mesle…, tout au long des années 1960 à 1990 et pour la nouvelle génération Philippe Caffin, Philippe Le Saux, Gwen Hamdi. Les liens qui unissent les acteurs sont étroits du fait de parcours parallèles dans les mouvements de patronage, de catholicisme social pour la première génération, dans la proximité avec les réseaux politiques de gauche pour les générations suivantes. Sur le temps long, on peut mettre en évidence une faveur accordée au partenariat entre les acteurs, un intérêt pour le consensus dans la décision et l’expérimentation d’actions innovantes. De nombreuses initiatives en ont été marquées, qu’il s’agisse de l’Office social et culturel, de l’APRAS (Association pour la promotion de l’action sociale), de la cogestion des centres sociaux par la Caisse d’allocations familiales et la Municipalité, des actions d’animation de rue, etc.

Préoccupations sociales et jeunesse ressource

Lorsque l’on examine les raisons qui fondent l’action publique en direction de la jeunesse, la continuité des préoccupations sociales apparaît de manière explicite. Bien sûr, les actions locales sont influencées par les dynamiques nationales et une partie des contenus des politiques découle des orientations nationales. Il en est ainsi, par exemple, du patriotisme avant la Première Guerre mondiale dans les sociétés de tir et de gymnastique, de la volonté de protéger les jeunes apprentis dans les foyers de jeunes travailleurs au sortir de la Seconde Guerre mondiale, de l’encadrement des blousons noirs avec les clubs de prévention dans les années 1960, de l’intégration des jeunes issus de l’immigration dans les politiques de la ville à partir du début des années 1980…

Cependant, les initiatives locales sont marquées par une volonté d’accompagnement social des jeunes. Il est possible à cet égard de classifier les interventions en au moins trois catégories : les difficultés de logement (à la fin du XIXe siècle, avec les initiatives issues du patronage de la Sainte-Famille — ancien nom de la Tour d’Auvergne ; dans les années d’après-guerre avec les Foyers de jeunes travailleurs Les amitiés sociales ; dans les années 1960 lors de la construction des quartiers périphériques ; aujourd’hui avec des politiques menées par l’agglomération rennaise en faveur du logement des jeunes) ; les difficultés d’accès au marché du travail (préoccupations relatives aux jeunes apprentis à la fin du XIXe siècle, aux jeunes travailleurs pendant la période d’après-guerre, aux jeunes connaissant des parcours difficiles d’accès à l’emploi avec la naissance de la mission locale pour l’emploi des jeunes au début des années 1980) ; les besoins socioculturels et culturels (dans les patronages, les MJC et autres clubs, dans les équipements de quartier, au Centre régional jeunesse Bretagne).

Les jeunes perçus comme menaces pour l’ordre public, potentiellement délinquants ou amoraux sont peu présents dans les justifications qui accompagnent les actions. Rennes est moins touchée par la misère à la fin du XIXe siècle que d’autres villes plus industrieuses comme Lille, elles est moins marquée par les mobilisations relatives aux blousons noirs [15] (même si elle accueille un club de prévention au début des années 1960), elle est moins sujette à l’immigration et à la nécessité de mettre en place des actions spécifiques en direction de la jeunesse issue de l’immigration dans les années 1980. Plus récemment, les émeutes urbaines de l’automne 2005 y ont un retentissement très modeste et globalement le réseau d’acteurs de jeunesse réussit à canaliser le mouvement [16] . En 1998, le maire Edmond Hervé explicite ainsi son positionnement vis-à-vis de la jeunesse :

« Deux mots qui se cherchent, deux langages, tantôt distants, tantôt complices, tantôt étrangers, tantôt fondus, deux mots qui ont rendez-vous dans le rêve ou le quotidien pour se dire, se confronter, se construire, s’apprivoiser, deux mots et au-delà bien sûr, deux réalités inséparables dont l’harmonieuse rencontre compte tant pour les élus de cette ville… [17] »

Néanmoins, ce modèle de prise en charge semble avoir été au moins partiellement remis en cause par le traitement des pratiques festives des jeunes étudiants.

Les changements de représentation des jeunes introduits par le traitement des pratiques festives

Les fêtes des étudiants le jeudi soir semblent poser un problème particulièrement aigu aux acteurs rennais de la jeunesse : par leur régularité, leur exubérance, par les incidents nombreux qu’elles suscitent avec les forces de l’ordre, par leur atteinte à la sécurité qui a pu conduire à la mort de trois jeunes gens en septembre 2007, elles interrogent la pertinence d’une intervention basée sur la tolérance. Pour comprendre l’ampleur du changement, examinons la manière dont les pratiques festives émergent et l’influence qu’elles ont sur la perception des jeunes.

Le traitement des pratiques festives des jeunes

Dans l’analyse des politiques publiques, les changements sont classiquement identifiés comme résultant d’une accumulation d’« anomalies [18] ». À Rennes, alors que la plupart des acteurs s’accordent pour dire que les fêtes étudiantes relèvent d’une tradition ancienne, participant de l’identité de la ville qui dispose d’une population d’étudiants considérable (aujourd’hui 60 000 étudiants pour 200 000 habitants), au moins quatre éléments peuvent être perçus comme des singularités conduisant peu à peu au changement.

Un premier élément est lié à l’évolution du peuplement du centre-ville. En effet, à l’instar de la plupart des centres urbains, le centre rennais a connu depuis deux décennies un mouvement de gentrification particulièrement accentué dans sa partie historique [19] , aujourd’hui essentiellement peuplée par deux groupes de population : des moins de trente ans qui représentent 52 % de la population et occupent des logements locatifs de petite taille ; des propriétaires plutôt âgés, de catégorie socioprofessionnelle élevée [20] . Au sein du centre ville, deux rues et deux places apparaissent problématiques : concentrant de nombreux lieux de consommation (« débits de boisson » et lieux de rassemblement des jeunes), elles focalisent l’attention des pouvoirs publics et des associations de riverains. Cette situation a été renforcée par l’ouverture de nouveaux bars et les jeunes se retrouvent plus souvent à l’extérieur du fait du prix des alcools dans les débits de boisson.

« [Le problème] c’est le regroupement de jeunes sur la voie publique pour consommer de l’alcool qui se constate tous les soirs mais qui a un ton fort officialisé le jeudi soir dans un secteur extrêmement restreint. » (Représentant de la Préfecture)

Avec l’arrivée de Bernadette Malgorn comme préfète de Région en septembre 2002, la question des pratiques festives des jeunes Rennais est mise à l’agenda [21] . La lutte contre l’alcool constitue, en effet, une de ses priorités : c’est ainsi que, dans le Projet d’action stratégique de l’État en Région Bretagne 2004-2006, la priorité 3 est de « détourner les jeunes des conduites à risque (alcool, drogue, tabac, suicide) ». Les partisans de Bernadette Malgorn estiment qu’elle a mis au jour une situation dont personne ne voulait se saisir :

« Je pense que la Préfète a été la première à dire de façon très officielle et très ouverte, il y a un véritable problème avec une certaine jeunesse et l’alcool et qu’elle a décidé de s’attaquer à ce problème à bras le corps. » (Représentant de la Préfecture)

Il faut sans doute souligner que si la consommation d’alcool chez les jeunes Bretons apparaît plus importante que chez leurs homologues des autres régions, les données disponibles ne nous fournissent que peu de recul sur l’augmentation réelle ou supposée de cette consommation et que cette dernière apparaît plutôt en baisse au cours des quatre dernières années si l’on en juge par les résultats fournis par l’Observatoire régional de la santé en Bretagne [22] .

Au titre de ses actions, la préfète publie, notamment, une série d’articles en octobre-novembre 2005 dans le quotidien Ouest France, intitulée « La Bretagne face à ses démons » (l’alcool, le tabac, le cannabis, la sécurité routière). Cette démarche fait d’ailleurs écho à une croissance généralisée des mesures répressives en direction des mineurs et des jeunes majeurs : procédures à délais rapprochés, centres éducatifs fermés, campagnes de prévention et répression systématique des comportements et consommation à risque des jeunes, d’une part ; politiques de contrôle accru des étudiants d’origine étrangère [23] , renvois massifs dans les pays d’origine si les dossiers universitaires ne sont pas à la hauteur, d’autre part ; démarche d’individualisation et de sanitarisation du social, enfin [24] .

Concrètement, les « événements » se sont déroulés comme suit. À partir de juillet 2004, la réglementation concernant les bars de nuit est durcie. Pendant l’automne 2004, les jeunes et les CRS s’affrontent régulièrement le jeudi soir place Sainte-Anne et sur un mode de plus en plus violent. En novembre 2004, des canons à eau sont utilisés contre les jeunes. En janvier 2005, un arrêté préfectoral interdit de se déplacer une bouteille à la main dans les rues du centre ville entre 21h le jeudi soir et 6h le vendredi matin. En février 2005, le squat/salle de concert de « L’Écluserie » est fermé. En décembre 2005, la rave party des transmusicales est interdite. Les affrontements jeunes-CRS semblent avoir constitué une sorte de rendez‑vous ritualisé. Un magistrat du parquet analyse le durcissement progressif des face-à-face :

« Peu à peu, certains groupes de jeunes étaient là vraiment pour jouer au gendarme et au voleur. La police intervient pour ramener le calme et eux s’en vont mais les jeunes qui sont là sortent et se lancent dans l’affrontement. »

Il faut noter que le déroulement de ces « événements » se fait sur fond de tensions croissantes entre la préfecture et un certain nombre d’acteurs locaux. Le maire Edmond Hervé prend position ouvertement contre Bernadette Malgorn à plusieurs reprises. De nombreuses associations ainsi que la presse alternative se mobilisent également contre les violences policières, et la fermeture des squats culturels [25] . Du fait des bouleversements induits, les représentations que les acteurs publics se font de la jeunesse évoluent. On glisse progressivement de la jeunesse ressource à d’autres figures.

Les figures de jeunes : représentations des acteurs publics

L’un des éléments intéressants à analyser dans la construction du problème public que constituent les pratiques festives est la catégorisation des jeunes « fêtards ». Même si cette analyse ne répond nullement aux difficultés de définition sociologique et historique de la jeunesse [26] , ces catégorisations sont essentielles : elles servent à circonscrire l’intervention publique, à la légitimer aux yeux des différents groupes d’intérêts qui œuvrent sur cette question ; elles mettent en scène des figures de jeunes, collectives, parfois concurrentielles, parfois complémentaires. Les jeunes font ainsi l’objet de processus d’agrégation légitimés par leur état, leurs comportements et leurs modes de vie [27] .

Les premiers incriminés pour les débordements du jeudi soir sont les jeunes errants qui peuplent la place Sainte-Anne : stigmatisés pour leur présence massive, ils engendrent un sentiment d’insécurité auprès des riverains [28] . Dans la même perspective, les teufeurs qui suivent les lieux de festivals et de rave avec leur camion sont soupçonnés de participer activement aux affrontements [29] . Enfin, les dealers qui font du trafic sur la même place font également l’objet d’accusations au premier temps des affrontements. Ce seraient eux et leurs produits qui seraient responsables des comportements des autres jeunes et des tensions avec la police. Le mouvement consistant à rechercher la faute chez les « autres » est tout à fait habituel concernant les bandes de jeunes [30] . Pourtant, dans la mesure où les affrontements durent, où les pratiques festives s’installent, les pouvoirs publics sont contraints d’examiner plus attentivement les jeunes concernés, qui ne sont ni extérieurs à la ville, ni organisés en bande, ni inscrits dans un « métier » marginal.

Un certain nombre des interlocuteurs insistent sur la déviance des jeunes participants à ces fêtes fortement alcoolisées. Ainsi un des représentants de l’État affirme-t-il :

« Moi il me semble que ces pratiques sont plus proches de l’autodestruction, c’est une forme de suicide collectif plus qu’une forme de fête. Je n’aime pas le terme de pratiques festives qui pour moi n’ont rien de festif. »

Les explications en terme d’atavisme régional sont aussi là pour renforcer la vision des jeunes comme déviants :

« Il y a certainement la culture bretonne et l’atavisme breton ; le Breton étant manifestement quelqu’un qui aime se regrouper pour danser, écouter de la musique, la tradition des fetz noz n’est pas récente, ils ont un peu évolué maintenant… » (Représentant de la Préfecture)

Ces catégorisations en termes de jeunesse déviante se placent dans la lignée des interprétations britanniques à propos de la sous-culture dans les années 1950, dressant le portrait du « personnage sans affection », jeune délinquant relevant d’une prise en charge sanitaire [31] . D’une certaine manière on peut dire que ces catégorisations rejoignent certains courants français dont on retrouve les influences dans le récent rapport de l’Inserm sur le dépistage précoce de la délinquance [32] .

Cependant, la plupart des acteurs estiment que les jeunes qui participent aux pratiques festives sont avant tout des jeunes souffrant de mal être. À ce titre, les jeunes apparaissent comme des victimes, d’eux-mêmes et d’une société qui ne sait plus les accompagner. De nombreuses questions émanent des acteurs publics, qui cherchent à comprendre pourquoi les jeunes Bretons arrivent en tête de la consommation d’alcool et des morts par suicide alors que le chômage est plutôt plus bas qu’ailleurs et que le niveau de réussite scolaire est le meilleur de France.

« Probablement, l’envie de vivre autrement que dans du stress permanent ou du « stress » mal dominé parce que pas suffisamment épaulé, cadré, etc. Parce que le stress, heureusement qu’il existe, sinon ça serait épouvantablement triste mais dès lors qu’il n’est pas dominé, c’est sûr qu’il devient pathogène. » (Représentant de la Médecine scolaire)

Un glissement à souligner est la manière dont les jeunes étudiants sont assez systématiquement dévalorisés par rapport aux jeunes des quartiers. Alors qu’au niveau national les jeunes des quartiers sont désignés comme des fauteurs de trouble, surtout depuis les émeutes urbaines de l’automne 2005, au niveau local ils bénéficient d’une meilleure image que les étudiants. À Rennes, qu’il s’agisse de certains représentants de l’État ou de la police, les acteurs essaient de bâtir une séparation stricte entre les deux catégories de jeunes. Cependant, cette dichotomie est fondée sur des valeurs inverses de celle du niveau national :

« Il me semble que ce sont des populations complètement différentes. Globalement, je pense que la jeunesse du Blosne n’était pas dans les manifestations anti-CPE, je pense que la jeunesse du Blosne n’est pas le jeudi soir dans le quartier Sainte-Anne, Saint-Michel. Et globalement, je pense qu’une certaine fraction anarcho-libertaire de Rennes 2 n’est pas au Blosne. » (Représentant de l’État)

Une sorte d’attachement est même exprimée pour les jeunes des quartiers :

« Parce que moi, je dirais que nos délinquants pris un par un, on les aime bien, on finit par s’attacher à eux, ceux qui reviennent, sincèrement. » (Représentant de la police)

Pourtant, du côté des élus locaux ou des professionnels de la jeunesse, on assiste à une certaine prise de conscience de la simplification du débat :

« Par une espèce de simplification des choses, du coup, les jeunes des quartiers ont disparu, ce qui à mon avis n’est pas nécessairement une bonne chose parce que je pense qu’il y a des difficultés mais elles apparaissent mineures à cause du reste. Enfin, c’est assez étrange. (…) Le problème estudiantin a marginalisé la question des jeunes des quartiers et au contraire, on n’est pas ici sur la stigmatisation mais sur des formes d’idéalisation du jeune de quartier. Finalement, il est pas si mal par rapport aux loulou bobo qui ont du fric et qui font chier et qui picolent. » (Élu local)

Les catégories de jeunes faisant l’objet d’une prise en charge dans le cadre des pratiques festives sont donc les jeunes étudiants tour à tour considérés comme déviants ou comme souffrant de mal être, et ce en fonction des logiques et normes de fonctionnement de l’appareil politico-administratif local [33] . Néanmoins, il faut souligner que les jeunes souffrant de précarité ou d’un processus de précarisation sont largement oubliés.

Les réponses en termes de santé publique, quels changements dans le modèle rennais de prise en charge ?

Face à cette formulation du problème assurant que « les jeunes étudiants boivent massivement parce qu’ils ont des pratiques déviantes ou bien parce qu’ils souffrent de mal être », un certain nombre de réponses ont été apportées par les acteurs locaux, qu’ils relèvent des services de l’État, des collectivités locales ou des associations intervenant dans le champ de la prise en charge de la jeunesse. On pourrait s’étonner de la place prise par les justifications relatives à la santé publique dans la formulation de ces réponses. Néanmoins, rappelons qu’à cet égard trois tendances de fond jouent une influence majeure. Depuis le début des années 1990, les collectivités locales [34] et l’État [35] ont développé des initiatives plus poussées en matière de santé publique. Les toutes dernières années ont été marquées par un affaiblissement notable de l’État dans le secteur social au bénéfice des collectivités locales, l’État affirmant son rôle de chef de file en matière de santé publique [36] . On peut observer dans de nombreux domaines un mouvement de sanitarisation des questions sociales qui contribue à masquer les difficultés sociales et collectives de la population et en particulier des exclus [37] . Ces tendances permettent d’éclairer le fait que les acteurs publics aient privilégié les réponses en matière de santé publique. Néanmoins, il nous semble que ces réponses, faites au nom de la santé publique, notion porteuse d’une valeur particulière, considérée comme un bien public [38] , ont recouvert des réalités sensiblement différentes.

Les réponses de santé publique marquées par une volonté de répression

Une partie des réponses s’est en effet fortement ancrée dans un mouvement d’individualisation et de sanitarisation des questions sociales. Ces réponses sont marquées à la fois par une montée des rhétoriques sur l’underclass, la dépendance des sujets, la libéralisation des politiques publiques. Elles sont également porteuses d’une idéologie de plus en plus favorable à un mouvement de répression des jeunes générations.

Pour tenter de réduire les effets non souhaités des fêtes de jeunes, l’État a développé des séries d’actions répressives : envoi des forces de police à partir d’une heure du matin pour « canaliser » les « fêtards » dans la zone géographique identifiée comme problématique, instauration d’un périmètre sans alcool dans les rues du centre-ville pour empêcher les phénomènes de botellòn (les policiers saisissant et vidant toutes les bouteilles trouvées sur les jeunes) ; développement de nombreux messages de prévention comme la campagne « la Bretagne face à ses démons ».

Éclairant ces actions, l’un des représentants de la Préfecture justifie les orientations en insistant longuement sur la question de la santé publique et de la consommation d’alcool :

« Ce genre de regroupements pose plusieurs difficultés : le premier c’est une question de santé publique pour les participants ; le second c’est aussi une question de santé publique, plutôt un aspect sanitaire pour les riverains en général ; le troisième c’est un aspect de nuisances sonores pour les riverains et puis le quatrième c’est un aspect purement d’ordre public. »

Néanmoins, ces actions répressives menées au titre de la santé publique sont essentiellement le fait de la Préfecture, les autres services de l’État déconcentré et les acteurs locaux insistant davantage sur la nécessité de réduire les risques liés à la consommation excessive d’alcool.

Les réponses de santé publique au nom de la réduction des risques

Une partie des réponses formulées aux pratiques festives des jeunes Rennais relèvent de la réduction des risques. Il s’agit essentiellement de développer des actions visant à encadrer les pratiques festives. Trois types de réponse sont mis en œuvre : les soirées Dazibao et nuits des quatre jeudis qui consistent à proposer aux jeunes des soirées sans alcool tous les jeudis soirs ; les opérations Prév’en ville qui se concrétisent par la présence le jeudi soir d’un bus de prévention offrant aux jeunes des informations et des kits pour tester leur alcoolémie, les produits qui circulent dans les fêtes, pour se protéger (préservatifs, bouchons d’oreille, brassards phosphorescents pour rentrer à pied…) ; des transports collectifs pour rentrer plus sûrement chez eux. Dans cette acception, les actions de santé publique sont revêtues d’une grande légitimité, sont soutenues par une grande majorité d’acteurs publics comme étant susceptibles de résoudre la crise locale de la prise en charge des jeunes.

Les acteurs de la réduction des risques ont un discours sans jugement sur les jeunes et leurs pratiques. Ils décrivent leurs actions sans entrer dans l’interprétation des comportements :

« Prév’en ville est vraiment né d’une actualité, d’un contexte et a essayé d’apporter une réponse en matière de prévention et de réduction des risques, à l’évolution des comportements et à ce qui se passait à Rennes avec un investissement de la rue notamment comme espace festif. Après, qui s’explique de différentes façons mais nous, c’était comment être présents sur ces temps de fête qui investissent l’espace public et comment essayer d’adapter notre démarche d’intervention à ces nouvelles modalités festives, qui incluent aussi les nouveaux modes de consommation d’alcool notamment. » (Animatrice de prévention)

D’une certaine manière, ces actions paraissent bien convenir à des acteurs qui sont habitués à exprimer une grande tolérance vis-à-vis des jeunes et à leur reconnaître des ressources et du dynamisme. Ces actions laissent néanmoins entière la question des dimensions sociales des pratiques festives des jeunes.

Le silence autour des dimensions sociales des pratiques festives des jeunes

Dans un contexte de précarisation des jeunes générations [39] , et de manifestations anti-CPE, on aurait pu imaginer que les pouvoirs publics décident de s’interroger sur les dimensions sociales des pratiques festives des jeunes. Quelques professionnels soulignent les difficultés économiques des jeunes étudiants :

« Il y a des chiffres qu’on connaissait sur le nombre de tentatives de suicide énorme dans le milieu étudiant en Bretagne en particulier mais sur la précarité de ces jeunes, là ça nous a aussi renvoyé des choses. Je pense que les élus ont aussi découvert des choses. » (Responsable de structure associative)

Un technicien de la municipalité explique les problèmes de blocage autour des questions sociales : si les collectivités renâclent c’est qu’elles ont peur des dépenses qui pourraient être engagées :

« La question sociale de la condition de vie des étudiants aujourd’hui dans la ville, elle n’a pas été abordée au travers de ça. Officiellement, la ville n’a aucune compétence en matière de vie étudiante. Il y a un problème de savoir qui doit intervenir et sur quoi dans la vie étudiante. Alors, le logement, c’est Rennes Métropole. Question des revenus, ah oui, mais là c’est le conseil général. »

Pourtant des tentatives ont été conduites pour soulever cette question, tenter de la mettre à l’agenda :

« Je pense que c’est un sujet politique difficile à mener, difficile à lever. Je crois que les gens considèrent que ça relève de l’État. Les conditions de vie des étudiants, logement, niveau de vie minimum, tout ça, ça relève de l’État et que si les collectivités commencent à aller là-dessus, c’est le tonneau des Danaïdes. Je crois qu’il y a de ça. En même temps, jusqu’à quand ça va durer ? » (Technicien de la municipalité)

Plusieurs dimensions permettent de comprendre que la question de la précarité ne fasse pas l’objet d’un traitement par une mise à l’agenda. La question de la précarité des jeunes étudiants est mal connue (si on dispose de certaines données sur le niveau de vie des jeunes non étudiants, les données sur le travail des jeunes étudiants sont encore assez disparates) [40] . Les étudiants dépendent massivement du maintien des solidarités familiales, ils font l’objet d’une « familialisation induite [41] ». La question de savoir si le traitement de la précarité des jeunes doit faire l’objet d’une intervention auprès des familles ou bien auprès des jeunes n’est pas tranchée. C’est tout le débat soulevé autour de dispositifs d’aide comme le Fonds d’aide aux jeunes : on ne sait pas si on doit aider le jeune sans tenir compte de son environnement familial ou non, si les étudiants peuvent faire l’objet d’une aide ou non… Une autre question se formule ainsi : « de qui relèvent les étudiants qui convergent vers une ville-centre alors qu’ils viennent d’une autre collectivité ? » Enfin, comment faire financer des dispositifs sociaux de grande envergure alors que l’État s’est largement retiré des politiques sociales, que les conseils généraux sont devenus les chefs de fil de l’intervention sociale et qu’ils sont déjà submergés par les dépenses liées aux personnes âgées, aux personnes handicapées et au RMI ?

Face à ces interrogations, les réponses en termes de santé publique sont privilégiées sur les réponses en terme de politique sociale. Les acteurs l’affirment clairement (mais souvent lorsque l’enregistreur est éteint) : les politiques de santé publique ont le vent en poupe, elles sont moins coûteuses, plus faciles à valoriser, on peut en faire un traitement quantitatif. Pour autant, si la Préfecture essaie d’initier pendant un temps des réponses alliant santé publique et répression, il semblerait que cette ligne d’intervention ait perdu de son influence depuis l’été 2006. Aujourd’hui, les actions sont plus clairement orientées vers la réduction des risques et l’accompagnement des jeunes vers une diminution « des pratiques de consommation massive » pour reprendre la terminologie couramment utilisée aujourd’hui.

Pour conclure, il est possible de faire état d’une résonance locale des évolutions nationales conférant une importance accrue aux questions de santé publique dans la prise en charge de la jeunesse. Cette résonance n’est pas complètement étonnante : d’autres évolutions avaient eu de fortes conséquences au niveau local aux cours des périodes précédentes. Cependant, si l’on met à part les tensions qui se déroulent entre la Préfecture et la municipalité, le réseau d’acteurs rennais de jeunesse réussit à tenir malgré cette évolution en faveur de la santé publique : le partenariat continue d’exister de même que la faveur pour le consensus et la perception plutôt positive de la jeunesse. Ce dernier point est sans doute remarquable dans un contexte où la jeunesse est nettement perçue comme potentiellement délinquante. Néanmoins, malgré cette résistance du réseau d’acteurs et de ces valeurs, il faut souligner le déclin de la prise en charge sociale, alors même que les jeunes générations sont largement en butte à une croissance de la précarité.

Notes :

[1] Jacques-Guy Petit et Yannick Marec (dir.), Le social dans la ville, en France et en Europe, 1750-1914, Paris, Les éditions ouvrières, 1994 ; Colette Bec, Catherine Duprat, Jean-Noël Luc et Jacques-Guy Petit (textes réunis par), Philanthropes et politiques sociales en Europe (XVIIIe et XXe siècles), Paris, Anthropos, Economica, 1994.

[2] Abram De Swaan, Sous l’aile protectrice de l’État, Paris, PUF, 1995 ; Bruno Dumons et Gilles Pollet, « Espaces politiques et gouvernements municipaux dans la France de la IIIe République. Éclairage sur la sociogenèse de l’État contemporain », Politix, vol 14, n° 53, 2001, p. 15-31 ; Patricia Loncle, L’action publique malgré les jeunes, les politiques de jeunesse en France de 1870 à 2000, Paris, L’Harmattan, 2003 ; Lyon Murard et Patrick Zylberman, L’hygiène dans la République, la santé publique en France, ou l’utopie contrariée, 1870-1918, Paris, Fayard, 1996 ; Lucie Paquy, « Les politiques sanitaires locales au XIXe siècle : l’exemple isérois », dans Vincent Viet et Hans Palm (dir.), Les politiques sociales des communes en France et en Allemagne, Paris, La Documentation française, 2003, p. 25-35.

[3] Jean-Pierre Gaudin, Technopolis, crises urbaines et innovations municipales, Paris, PUF, 1989.

[4] Pierre Rosanvallon, L’État en France de 1789 à nos jours, Paris, Seuil, 1990.

[5] Bruno Jobert, Le Social en plan, Paris, Les Éditions ouvrières, 1981.

[6] Pierre Grémion, Le pouvoir périphérique, bureaucrates et notables dans le système politique français, Paris, Seuil, 1976.

[7] François Dubet, « Marginalité des jeunes et prévention », dans Les Annales de Vaucresson, n°24, 1986 ; François Dubet, Adil Jazouli et Didier Lapeyronnie, L'État et les jeunes, Paris, Les Éditions ouvrières, 1985.

[8] Olivier Borraz et Patricia Loncle, « Permanences et recompositions du secteur sanitaire, les politiques locales de lutte contre le sida », Revue française de sociologie, 41-1, 2000, p. 37-60 ; Gwenola Le Naour, « Lutte contre le sida : la reconfiguration d’une politique de réduction des risques liés à l’usage de drogues à Marseille », Sciences sociales et santé, vol 23, n°1, 2004, p. 43-68.

[9] Annette Leclerc et alii (dir.), Les inégalités sociales de santé, Paris, La Découverte, 2000 ; Jean Pascal, Hélène Habbey-Hugenin et Pierre Lombrail, « Inégalités sociales de santé et accès aux soins de prévention », Lien social et politiques, 2006, n°55, p. 115-124.

[10] Patrick Hassenteufel, « L’européanisation par la libéralisation ? Les réformes des systèmes de protection maladie dans l’Union européenne », dans Patrick Hassenteufel et Sylvie Hennion-Moreau (dir.), Concurrence et protection sociale en Europe, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2004, p. 209-232 ; Bruno Jobert et Bruno Théret, « France : la consécration républicaine du néo-libéralisme », dans Bruno Jobert (dir.), Le tournant néo-libéral en Europe, Paris, L’Harmattan, 1994, p. 21-85.

[11] Patrick Hassenteufel, Blanche Le Bihan, Patricia Loncle et Antoine Vion, « L’émergence problématique d’une “nouvelle santé publique”, forums d’action publique et coalitions de projets à Rennes et à Brest », dans Didier Fassin (dir.), Les figures urbaines de la santé publique, Paris, La Découverte, 1998, p. 84-109.

[12] L’enquête a été menée dans le cadre d’une recherche financée par le conseil régional de Bretagne intitulée « Mobilisations associatives et gestion intégrée des espaces », placée sous la direction d’Yves Bonny, sociologue, maître de conférences à l’université de Rennes II, laboratoire RESO. Le matériau de l’enquête repose sur dix-neuf entretiens semi-directifs d’environ une heure en direction de responsables de l’État et de la municipalité et de responsables associatifs impliqués dans la prise en charge de la jeunesse (au titre de l’État : police, justice – juge des enfants et parquet, affaires sanitaires et sociales, jeunesse et sports, Éducation nationale, préfecture ; au titre de la municipalité : Mission jeunesse et élues ; au titre des associations : le centre d’information jeunesse Bretagne, deux associations de réduction des risques, une association d’habitants du centre ville, une association de médiation entre les organisateurs de fête, les pouvoirs publics et les habitants). Ces acteurs ont été contactés du fait de leur position de décideur ou de médiateur dans les différents secteurs considérés. Les entretiens ont été enregistrés et anonymisés.

[13] Patricia Loncle, « Quels gains symboliques les municipalités attendent-elles de la jeunesse ? », dans Vincent Viet et Hans Palm (dir.), Les politiques sociales des communes en France et en Allemagne, Paris, La Documentation française, 2004, p. 72-84 ; Patricia Loncle, « Partenariat local et exclusion sociale en France : expériences et ambiguïtés », Pôle sud, n°12, mai 2000, p. 63-78.

[14] Sur ces aspects, voir Patricia Loncle, L’action publique malgré les jeunes, op. cit.

[15] Ludivine Bantigny, Le plus bel âge ? Jeunes et jeunesse en France de l’aube des « Trente Glorieuses » à la guerre d’Algérie, Paris, Fayard, 2007 ; Françoise Tétard, « Le phénomène des blousons noirs comme rupture des représentations de la jeunesse », colloque national de la Société d’ethnologie française, Le Creusot, mai 1985.

[16] Patricia Loncle et Virginie Muniglia, « Le modèle rennais de politique de jeunesse aux prises avec les émeutes urbaines », Congrès de l’Association française de science politique, Atelier 1 « Les enjeux politiques des émeutes urbaines », Toulouse, septembre 2007.

[17] Éditorial d’octobre 1998 du magazine Jeunes à Rennes intitulé « Les jeunes et la ville ».

[18] Pierre Muller et Yves Surel, L'analyse des politiques publiques, Paris, Montchrétien, 1999, p. 139.

[19] 2 040 euros le mètre carré selon Le Nouvel Observateur du 23 mars 2006 contre 1 522 euros dans les quartiers périphériques.

[20] Site de l’AUDIAR, données Rennes Métropole et Rennes pour octobre 2000, http://www.audiar.org/, 15 décembre 2007.

[21] Voir par exemple Philippe Garraud, « Agenda/émergence », dans Laurie Boussaguet et alii (dir.), Dictionnaire des politiques publiques, Paris, Presses de Sciences Po, 2004, p. 49-57 ; Philippe Garraud, « Politiques nationales : élaboration de l’agenda », L’année sociologique, vol 40, 1990, p 17-41.

[22] Pour des données précises et récentes, se reporter à l’adresse électronique suivante : http://www.orsb.asso.fr/99_up99load/2_docupload1/orsbd11293102004.pdf

[23] Laurent Mucchielli, Le scandale des tournantes, dérives médiatiques, contre-enquête sociologique, Paris, La Découverte, 2005 ; Loïc Wacquant, Punir les pauvres, Marseille, Agone, 2004.

[24] Didier Fassin, Les maux indicibles, sociologie des lieux d’écoute, Paris, La Découverte, 2004.

[25] Le Clébard (à sa mémère) n°11, décembre 2005, ouvre le dossier : « Que fait la préfète ? Le péril sécuritaire à Rennes » : « Pas de rave en marge des Trans, mais des émeutes en centre-ville ; des sans-papiers pourchassés sans humanité ; moins de fête mais plus de bruit de bottes et de lacrymos le jeudi soir... à quoi joue la préfète ? ».

[26] Voir notamment les deux tomes Les jeunes et les autres, présentés par Michelle Perrot et Annick Percheron, CRIV, Vaucresson, 1986 ; ou bien la recherche menée par Charlotte Jamin et Nathalie Perrin, Les politiques publiques en matière d’enfance et de jeunesse au XXe siècle, en Belgique et en Communauté française, université de Liège, 2005.

[27] Dans la lignée des travaux de Niklas Luhmann, nous pensons avoir affaire ici à « la constitution, au sein de chaque sous-système social, de véritables grilles d’interprétation, qui ont pour fonction de simplifier la complexité du monde tout en réglant le fonctionnement interne du sous-système (…). On peut dès lors émettre l’hypothèse, pour l’inscription sur l’agenda, que toute problématisation doit pouvoir être “(re-)codée” par le sous-système politique pour pouvoir donner lieu à la production d’une véritable alternative », Niklas Luhman cité par Muller et Surel, op. cit., p. 70.

[28] Cf. l’analyse menée par Maud Bagaria, Alcool, fête et jeunesse dans la ville, la construction d’un problème public et les dispositifs mis en œuvre pour y répondre, mémoire de Master 2, 2005, p. 11 et 12.

[29] Diane Bégard, op. cit., p. 4 ; Christophe Moreau Christophe et André Sauvage, La fête et les jeunes, espaces publics incertains, Rennes, Éditions Apogée, 2006, p. 151.

[30] Jean Monod, Les Barjots, Paris, 10/18, 1971, p. 22.

[31] Blackman Shane, « Youth subcultural theory : a critical engagement with the concept, its origins and politics, from the Chicago School to Postmodernism », Journal of Youth Studies, vol. 8, n°1, 2005, p. 4-5.

[32] Inserm, Trouble des conduites chez l’enfant et l’adolescent, expertise collective, Paris, Jouve, septembre 2005.

[33] Sur ces questions, on peut utilement se référer à Elizabeth Sheppard, Problème public, dans Laurie Boussaguet et alii (dir.), Dictionnaire des politiques publiques, Paris, Presses de Sciences Po, 2004, p. 347-353.

[34] Didier Fassin (dir.), Les figures urbaines de la santé publique, enquête sur des expériences locales, Paris, La Découverte, 1998.

[35] Michel Vandenbergue, Les médecins inspecteurs de santé publique, aux frontières des soins et des politiques, Paris, L’Harmattan, 2002.

[36] Robert Lafore, « La décentralisation de l’action sociale. L’irrésistible ascension du “département providence” », Revue française des affaires sociales, n°4, 2004, p. 19-34.

[37] Didier Fassin, Les maux indicibles, …, op. cit.

[38] Didier Fassin, Les figures urbaines, …, op. cit..

[39] Rapport de l’observatoire national de la pauvreté et de l’exclusion sociale, 2005-2006, Paris, La Documentation française, 2006, p. 30 et suivantes ; Louis Chauvel, Le destin des générations, structure sociale et cohorte en France au XXe siècle, Paris, PUF, 2002.

[40] Cf les résultats récents de l’enquête en cours de la LMDE sur « le mal être des étudiants » (résultats provisoires communiqués le 30 novembre 2007). Bien que nous ne disposions pas de données précises sur le niveau de vie des étudiants (alors que c’est le cas pour l’ensemble des jeunes via les travaux cités dans la note 40), l’enquête LMDE montre qu’un tiers des étudiants exerce une activité professionnelle en parallèle à leurs études, et que 45,4 % des étudiants vivent chez leurs parents. Ces deux facteurs conjugués donnent des indicateurs sur le faible niveau de vie des étudiants qui doivent travailler et sur la dépendance importante de ceux qui restent dans le foyer familial.

[41] Cécile Van de Velde, « La dépendance familiale des jeunes adultes en France. Traitement politique et enjeux normatifs », dans Serge Paugam (dir.), Repenser la solidarité, l’apport des sciences sociales, 2007, p. 315-334.

Patricia Loncle

Patricia Loncle, enseignante-chercheure à l’Ecole des hautes études en santé publique, membre des comités de rédaction de Lien social et Politiques, de Sciences sociales et santé et de Agora Débats Jeunesse, membre du comité scientifique de Jeunesse(s) et société(s) en difficultés. Elle est notamment l’auteur de : Pourquoi faire participer les jeunes ? Expériences locales de participation des jeunes en Europe, Paris, Injep-L’Harmattan, 2008 ; (dir.) Les jeunes, questions de jeunesse, questions de société, Paris, La Documentation française, 2007 ; L’action publique malgré les jeunes, les politiques de jeunesse en France de 1870 à 2000, Paris, L’Harmattan, 2003.

Mots clefs : jeunesse ; jeunes ; politiques locales ; secteurs social et de santé ; prise en charge.

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