Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Les jeunes, sujets et enjeux politiques (France, XXe siècle)

Coordination : Ludivine Bantigny

Les jeunesses et les étudiants socialistes en France des années 1880 aux années 1960 : groupes politiques et/ou générationnels ?

Christine Bouneau
Résumé :

Fruit d’une réflexion élaborée dans notre dossier d’habilitation à diriger des recherches, cet article porte sur les groupes de Jeunesses et d’Étudiants socialistes en France sur près d’un (...)

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Le groupe apparaît bel et bien comme un concept opératoire en histoire, malgré le déficit d’images dont il souffre parfois (connotations dépréciatives des groupes occultes et des corps intermédiaires) et les difficultés à le cerner (imprécision des limites et des définitions). Nous avons tenté de poser les jalons de cette histoire [1] et décliné le groupe en corps intermédiaires, groupe-espace, groupe politique, groupe en creux et groupe de jeunesse, plaçant ainsi notre réflexion au croisement du politique, du social et du culturel et invitant à faire l’éloge de la globalité sinon de la complexité [2] .

La figure la plus emblématique du groupe a, en l’occurrence, pris les traits du groupe de jeunesse socialiste [3] . Nous limiterons notre réflexion, dans cet article, à l’organisation des groupes de Jeunesses et d’Étudiants socialistes pour restituer leur texture, leur tessiture et leur résonance [4] . Le cadre chronologique croise l’histoire du socialisme et celle de la jeunesse : 1879 correspond au congrès ouvrier de Marseille au cours duquel Jules Guesde fait adopter les thèses marxistes ; en 1969 a lieu le congrès d’Issy-les-Moulineaux qui sonne la fin de la vieille SFIO, remplacée par le nouveau parti socialiste, prémices de la refondation deux ans plus tard à Épinay. Par ailleurs, alors que la jeunesse est « inventée» ou « construite » au cours du XIXe siècle [5] , et qu’elle devient une « figure positive » voire une « classe d’âge » à la fin du XIXe siècle [6] , les premiers groupes de jeunes ou d’étudiants socialistes naissent pendant les années 1880. L’autre bout de l’échelle chronologique correspond à l’immédiat « après 68 », le « mai de la jeunesse » pendant lequel les Étudiants socialistes ont été plus spectateurs qu’acteurs. Nous privilégions ainsi la période commençant au début des années 1880, avec la « naissance » à la fois du socialisme collectiviste et de la jeunesse, et s’achevant à la fin des années 1960 avec la disparition de la SFIO et celle de la société traditionnelle grâce à un « 1789 juvénile » selon l’expression d’Edgar Morin [7] .

Nous avons pu nous appuyer sur toute une série de travaux sur la jeunesse, à commencer par ceux de Jean-François Sirinelli, des Khâgneux et normaliens aux Baby-boomers [8] , en passant par les « générations [9] » et leurs « éveilleurs [10] » ainsi que les « boursiers conquérants [11] », les « copains » et les « camarades  [12]  »… Il faut aussi compter sur les recherches initiées par Gilles Le Béguec autour de l’IHTP, de l’université Paris X-Nanterre, en collaboration avec la LUISS à Rome, autour des « groupements étudiants [13] » et de « la formation politique dans l’Europe de l’après-guerre [14] ». D’autres travaux s’inscrivent dans ce sillage [15] si bien qu’aujourd’hui les jeunes et la jeunesse constituent pleinement des objets d’histoire. Enfin concernant l’histoire des groupes de jeunesse socialiste pour la fin du XIXe siècle jusqu’à la Grande Guerre, la voie avait été ouverte, dans les années 1980, par les recherches de Yolande Cohen [16] et Patrizia Dogliani [17] .

Nous nous efforçons dans cet article de confronter le groupe de jeunesse socialiste aux concepts de génération et de culture politique [18] . Il s’agira de cerner la place et le rôle de ces groupes de jeunesses socialistes : constituent-ils des groupes politiques ou simplement socio-récréatifs et socio-éducatifs ? Il conviendra de les replacer en quatre dimensions, autrement dit selon les trois échelles classiques du local, national et international mais aussi dans une dimension transversale comparative avec d’autres regroupements de jeunesse. On en viendra à s’interroger sur l’agencement entre la conscience générationnelle et la culture politique et à repérer si ces groupes produisent une culture politique jeune et socialiste.

Groupes politiques ou groupes socio-récréatifs, auxiliaires du Parti socialiste ?

Des relations ambiguës entre les groupes de JS/ES et le parti socialiste SFIO : la question de l’autonomie

L’analyse du regroupement soulève plusieurs questions, dont celle des rapports entre le groupe de jeunes et les adultes, autrement dit le parti politique. Les premiers pas, difficiles, de l’organisation des Jeunesses socialistes — la fédération nationale des Jeunesses socialistes n’est créée qu’en 1912 au cours du congrès de Lyon soit sept ans après la fondation de la SFIO ! — préfigurent en quelque sorte les relations parti adulte/groupes de jeunes durant le XXe siècle [19] .

Pour la fin du XIXe siècle et le début du XXe siècle, les jeunes socialistes, qui sont surtout visibles dans leur composante étudiante, et appartiennent à la minorité tant ils sont à la fois mineurs et minoritaires, sont néanmoins agissants en particulier dans le domaine de l’éducation et de la propagande. S’ils entretiennent des relations ambiguës avec les adultes, faites de méfiance et d’indifférence à la fois, et si à partir de 1912, pour les Jeunesses du moins, ils passent sous le contrôle de la SFIO, ils n’en sont pas moins pour autant largement engagés. En effet, au-delà de l’engagement emblématique de la jeunesse socialiste dans l’affaire Dreyfus, son rôle dans la scission de 1920 n’est pas non plus négligeable. Le congrès des JS de La Bellevilloise (31 octobre-1er novembre 1920), rappelons-le, est antérieur à celui de Tours ; c’est donc en tant que groupe politique que les JS se scindent, comme d’ailleurs en 1898, au cœur de l’affaire Dreyfus, le Groupe des étudiants collectivistes s’était divisé en un GEC autonome et un GEC resté fidèle au POF [20] . Il paraît difficile de limiter alors les groupes de la jeunesse socialiste à des regroupements socio-récréatifs, même si la composante éducative est largement représentée.

La déchirure de La Bellevilloise, « congrès de Tours de la jeunesse », a d’ailleurs provoqué le renforcement du contrôle du parti socialiste sur les groupes de JS reconstitués, avec la mise en place d’un comité national mixte, posant ainsi avec acuité la question de l’autonomie. Avant 1905, même si les relations entre les groupes de jeunesse et les adultes avaient été souvent placées sous le signe de la méfiance, les jeunes socialistes avaient gagné dans les divisions du socialisme un espace politique qu’ils avaient investi, surtout grâce aux étudiants, en se construisant par synergie avec le mouvement socialiste dans sa totalité. La Grande Guerre, tout en déstructurant les groupes constitués avant le conflit, leur avait redonné une certaine autonomie politique qu’ils s’étaient appropriée, notamment quelques années après, face à l’interrogation sur l’adhésion ou non à l’Internationale de la Jeunesse communiste.

C’est donc principalement à partir de la reconstitution du milieu des années 1920 que surgit la question — qui se répètera de façon cyclique tout au long du siècle — de la nature véritable de ces groupes et donc de celle de l’autonomie. Le sujet est d’autant plus prégnant que la concurrence des autres formations politiques est vive car elles « possèdent » toutes désormais — ce qui n’était pas le cas avant le premier conflit mondial — leurs regroupements de cadets. Dès lors la « vieille maison » s’efforce de contrôler ses jeunesses et même ses étudiants — malgré des périodes d’autonomie ou de semi-autonomie —, et d’en faire des « auxiliaires du Parti » entraînant un cycle d’exclusions/scissions/reconstitutions, à l’encontre de jeunesses qualifiées alors d’« indisciplinées » et régulièrement soupçonnées de « trotskisme ». Ce cycle est particulièrement activé durant les années 1930 (1935-1937-1938), lorsque la jeunesse est tentée par la Gauche révolutionnaire, et après le deuxième conflit mondial, notamment en 1947 pour les JS et 1957 pour les ES, tandis que ceux-ci sont à l’avant-garde du mouvement socialiste. Après la Seconde Guerre mondiale, on assiste en effet à un éternel recommencement, avec une jeunesse socialiste placée à nouveau « sous le contrôle du Parti » et qui oscille entre des « turbulences » liées à un désir toujours renouvelé d’autonomie et le conformisme de JS molletistes et disciplinées.

Il est évident que, même si l’action des Jeunesses socialistes, devenues groupes d’« éducation socialiste de la Jeunesse et des loisirs ouvriers » durant l’entre-deux-guerres et regroupements flirtant avec les foyers Léo Lagrange durant les années 1950, est éducative et récréative, la dimension politique n’est pas complètement absente. Ces groupes sont bien les organes jeunes du parti socialiste, qui s’en méfie précisément à cause de leur promptitude à l’engagement et à l’action.

Des formes de socialisation politique pour une « entrée au forum »

Indéniablement, les groupes de jeunesse socialiste sont — grâce en particulier à leurs objectifs prioritaires d’éducation et de propagande — des moyens de socialisation politique pour leurs membres. Ils constituent une voie d’« entrée au forum », pour citer Anatole de Monzie [21] qui ne manquait pas de rappeler son passage, en pleine affaire Dreyfus, parmi le Groupe des étudiants collectivistes autour des jeunes rédacteurs du Mouvement socialiste [22] .

Le militantisme dans un groupe de jeunesse durant l’entre-deux-guerres a pu faciliter la capacité à dire « non » face à l’ennemi et a permis dans certains cas la réactivation de réseaux humains à l’intérieur de la Résistance. Le cas de Daniel Mayer, ancien JS présent au congrès de la Jeunesse socialiste internationale en 1929 dans Vienne la Rouge, artisan principal de la constitution du Comité d’action socialiste (CAS), est à cet égard assez significatif. De même certains hommes politiques, s’ils n’ont pas utilisé le groupe de jeunesse comme un tremplin, se sont par la suite appuyés sur des réseaux mis en place à l’époque du militantisme juvénile [23] . Néanmoins la socialisation politique de la jeunesse n’implique pas forcément le renouvellement du parti ni même que les groupes aient « servi » de tremplin pour des carrières politiques. Pour quelques figures charismatiques — Pierre Mauroy, secrétaire national des JS durant les années 1950 ou dans une moindre mesure Bernard Chochoy, responsable national des JS jeune puis adulte à la veille du second conflit mondial —, combien d’évaporations — pensons à Pierre Lainé, secrétaire des JS au moment de la rupture de 1920 par exemple ?

Ces groupes sont par conséquent des écoles de formation politique et représentent un passage, qui n’est ni obligé, ni nécessaire mais peut être utile pour accéder à un destin national ou simplement aux responsabilités parlementaires, ministérielles ou dans l’appareil du parti [24] . Il reste néanmoins difficile de faire la part entre les qualités personnelles, l’appui d’un réseau, la formation au sein des JS/ES et parfois même des circonstances particulières, pour expliquer une ascension politique ou partisane. Il faut donc procéder à une substitution de conjonction de coordination pour ce qui concerne la nature de ces regroupements : ce sont à la fois des groupes socio-récréatifs et socio-éducatifs, auxiliaires de la SFIO, et en même temps des groupes politiques.

Ces regroupements sont en effet, en priorité, chargés de la propagande, de l’éducation et de l’organisation des loisirs mais ce sont aussi les organes jeunes du parti socialiste ; celui-ci les redoute et cherche à les contrôler à cause de leur position d’avant-garde. Ces groupes sont à la fois des « écoles de formation » (l’accent est mis durant toute la période sur l’éducation avec les Écoles socialistes, les Semaines d’Études, les cours et conférences, les brochures) tendant à devenir dans la dernière phase, à cause de la faiblesse des effectifs (de la Libération à la fin des années 1960, les JS/ES perdent plus de 80 % de leurs adhérents), des « écoles de cadres » (stages d’éducation instaurés à la Brévière), mais aussi des lieux de socialisation politique. Les jeunes socialistes acquièrent ainsi non seulement une formation (doctrinale et pratique) mais aussi, ce qui paraît essentiel dans le parti socialiste, « l’esprit de discipline ». En effet tout membre du parti socialiste, quels que soient son âge et son statut, doit se soumettre aux décisions votées dans les instances de la SFIO et donc accepter la discipline de la majorité. Ce comportement explique que la question de l’autonomie des Jeunesses soit au cœur des débats et que le cycle scission/exclusion/reconstitution soit sans cesse réitéré. À cet égard, les deux plus importantes fédérations de JS ont développé des « modèles » différents : les JS du Nord incarnent cet esprit de discipline tandis que la fédération des JS de la Seine a fait inversement, au travers du militantisme, l’apprentissage de l’autonomie, quitte à être sanctionnée pour « indiscipline ». Ainsi le militantisme parmi les JS ou les ES a aussi pu favoriser l’autonomie d’esprit — ce n’est pas antithétique puisque la discipline doit être librement consentie. Il a même, dans des moments exceptionnels, facilité la capacité à dire « non », que cela soit face au fascisme, à la guerre ou au colonialisme.

L’examen du groupe de Jeunesses socialistes en termes de texture fait, au gré des moments, osciller celui-ci entre groupe politique et groupe socio-récréatif. Néanmoins, tout au long de la période, il demeure un regroupement politique de la SFIO et contribue grâce au militantisme de ses membres, même s’ils y viennent parfois d’abord pour ses attraits ludiques, à une socialisation politique. Il participe pleinement aussi, on le verra, à la culture socialiste.

Des groupes à quatre dimensions : approche multiscalaire

Trois cercles spatiaux : du local à l’international

L’étude du groupe des étudiants socialistes de Toulouse à la fin du XIXe siècle [25] a permis de démontrer d’abord le poids de certains groupes de jeunes socialistes (en l’occurrence des étudiants) provinciaux, à l’encontre d’une idée reçue selon laquelle tout se passerait dans la capitale, et l’importance de Toulouse et de la fédération de la Haute-Garonne. La sociologie du groupe (quinze à trente jeunes bourgeois faisant des études en priorité de droit, accessoirement de pharmacie et de lettres) et sa sociabilité (réunions à l’entresol d’un café place du Capitole, conférences publiques et contradictoires dans l’ancienne Faculté de lettres) avec le poids de quelques « éclaireurs » ont été comparées, à l’avantage de Toulouse du point de vue organisationnel et du rayonnement, avec les quelques groupes essaimés dans la province française. La propagande, dont le vecteur principal fut une petite revue du socialisme scientifique créée par et pour la jeunesse socialiste, devenant rapidement, malgré la multiplication des difficultés, un modèle, fut très efficace. La Jeunesse socialiste, publiée à Toulouse en 1895, servit de tribune à l’ensemble du mouvement de la jeunesse socialiste, y compris alors les groupes parisiens. Même si la revue déménagea avec les « éclaireurs-fondateurs » (Hubert Lagardelle et Joseph Sarraute), l’empreinte était posée et l’implantation à Toulouse avait réussi. Le titre de l’éphémère revue fut par la suite souvent repris par des groupes locaux et par la fédération nationale des Jeunesses socialistes elle-même. En tout cas le travail d’éducation et de propagande de ce petit noyau étudiant permit une diffusion et une forte imprégnation socialiste dans ce lieu qui, bénéficiant déjà d’une tradition républicaine, radicale et même socialiste, devint un des foyers principaux de l’implantation jeune et socialiste en France. Tout au long du XXe siècle, la Haute-Garonne fut, en termes d’effectifs JS et ES, parmi les cinq voire les trois premières fédérations [26] .

La dimension nationale, quant à elle, est en fait double, en ce sens qu’elle recouvre d’une part l’organisation nationale, à savoir les fédérations nationales des Jeunesses socialistes et des Étudiants socialistes, et d’autre part les groupes de la capitale qui sont la plupart du temps assimilés au groupement national, particulièrement en période d’étiage des effectifs globaux. La confusion est même complète, au milieu des années 1920, pour le groupe des Étudiants socialistes de Paris, quasiment restreint d’ailleurs au groupe des normaliens [27] . La confrontation avec les Jeunesses socialistes étrangères lors des premières réunions de l’Internationale des jeunesses socialistes, en particulier celle de Stuttgart en 1907, souligne d’ailleurs très tôt le retard français [28] . Des formes de délitement de la fédération nationale des Jeunesses socialistes, confrontée à la IIIe Internationale et à l’Internationale de la jeunesse communiste, sont ainsi perceptibles.

C’est au niveau national, ou dans les groupes parisiens, que se distinguent le plus nettement les acteurs, surtout pour les périodes les plus reculées où seuls les cadres sont véritablement repérables (Fernand Strago, Pierre Lainé par exemple avant et immédiatement après la Grande Guerre), même si des « éclaireurs » se détachent des groupes locaux (comme Maxime Juillet dit Germinal, membre actif du groupe de Roanne à la fin du XIXe siècle).

Le Groupe des étudiants collectivistes de Paris, à la charnière des XIXe et XXe siècles, à un moment où le socialisme n’était pas encore unifié et la fédération nationale bien évidemment pas constituée, est représentatif du niveau national grâce à son rayonnement, lequel dépasse largement les limites du Quartier latin et n’a rien à voir avec des effectifs qui atteignent difficilement la trentaine de membres. En pleine affaire Dreyfus, l’engagement de ces étudiants fait d’eux de nouvelles élites de la pensée dont la dimension est non seulement nationale mais aussi internationale, grâce aux conférences, aux échanges et aux revues publiées en leur sein, Le Mouvement socialiste étant le plus important.

Le rayonnement des groupes parisiens, tant des Jeunesses que des Étudiants, s’explique davantage par la proximité du pouvoir — les organes dirigeants du parti et les parlementaires, avec qui les liens sont souvent étroits à l’heure où la SFIO se « parlementarise » — que par les effectifs. Dans ce domaine en effet, durant l’entre-deux-guerres au moins, les Jeunesses socialistes de la Seine sont dépassées quantitativement par celles du Nord, beaucoup plus dociles et fidèles au parti. Mais les Jeunesses de la Seine constituent en même temps un observatoire des courants qui parcourent le parti socialiste ; les Jeunesses socialistes de la Seine et les Étudiants socialistes de Paris, régulièrement qualifiés « d’indisciplinés », sont ainsi secoués de crises inscrites dans le long cycle des scissions/exclusions/reconstitutions.

La dimension internationale est intrinsèque au socialisme puisque c’est sa raison d’être. Des premiers congrès internationaux des étudiants à la fin du XIXe siècle à l’engagement au sein du Mouvement socialiste français pour les États-Unis d’Europe au début des années 1950, en passant par les manifestations des Internationales des Jeunesses et des Étudiants, cette dimension structure les groupes de la jeunesse socialiste. Ainsi l’Internationale de la Jeunesse socialiste joue-t-elle un rôle non négligeable dans la dynamique constitutive de la fédération nationale des JS de France en 1912. Se placer sur cette échelle permet de situer les groupes français par rapport à leurs homologues étrangers. Si le retard français est probant à la veille de la Grande Guerre et au moment de la reconstitution à Hambourg en 1923, ce sont néanmoins les Jeunesses socialistes de France qui organisent le dernier grand congrès de l’Internationale de la Jeunesse socialiste à Lille en 1939. Par ailleurs, c’est à l’initiative des Jeunesses socialistes de la SFIO qu’a lieu à Paris la première réunion de l’Internationale de la Jeunesse socialiste de l’après-Seconde Guerre mondiale, le 8 juillet 1945.

Au-delà des congrès internationaux de 1923 à 1939, de Hambourg à Lille, en passant par les très symboliques manifestations de la Jeunesse socialiste, aux cris de « Nie Wieder Krieg » dans Vienne la Rouge, nous avons pu comparer les rapports d’équilibre entre les blocs austro-germanique, scandinave et latin et en suivre l’évolution au cours d’une période où les tensions internationales sont à leur comble [29] . Une des formes prioritaires de l’action internationale réside ainsi dans la solidarité entre les jeunes socialistes, « fraternellement unis », particulièrement envers les Autrichiens et les Espagnols. Même si des divergences de vues sont apparues au sein de l’Internationale de la jeunesse socialiste quant à son rôle — politique pour le bloc des fédérations dites « latines » ou socio-culturel pour les fédérations scandinaves qui bénéficient d’un rapport de forces favorable —, le rejet du fascisme et de la guerre constitue le ciment unificateur de l’Internationale. Un mois avant le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, le leitmotiv de l’Internationale de la jeunesse socialiste reste encore « Le socialisme, c’est la paix ».

Mise en perspective des JS et des ES

La dimension comparative peut être menée selon ces trois cercles spatiaux entre les groupes socialistes eux-mêmes, ce qui permet au niveau national de distinguer des groupes plus orientés vers l’action politique, comme ceux de l’Entente de la Seine ou les étudiants parisiens, et les regroupements plus tournés vers l’éducation et la propagande, comme ceux du Nord et du Pas-de-Calais dont les acteurs sont plus disciplinés. Du point de vue international se distinguent également des rapports de forces liés non seulement aux poids nationaux des aînés mais aussi à la nature des groupes de Jeunesses. Lors du premier congrès de l’IJS à Stuttgart en 1907, les organisations nationales JS avaient déjà été différenciées selon qu’elles étaient éducatives, antimilitaristes ou syndicales.

La dimension comparative est également nécessaire entre les groupes de Jeunesses et Étudiants socialistes et les autres regroupements juvéniles. De fait, l’essor de ces derniers est incontestable à partir de l’entre-deux-guerres, même si déjà au cœur de l’affaire Dreyfus la confrontation avec les jeunesses de l’Action française avait été inévitable. L’apogée de l’opposition avec les forces juvéniles d’extrême droite (Camelots du roi et Jeunesses patriotes) se situe néanmoins durant les années 1920 et 1930. L’angle comparatif est aussi bien opératoire avec les « frères ennemis » dès la grande déchirure de 1920 jusqu’à la fin des années 1960, qu’avec des Jeunesses « amies » dont il s’agit de se démarquer comme les Jeunesses laïques et républicaines et les membres de la Ligue d’action universitaire républicaine et socialiste (LAURS). La comparaison peut être poursuivie avec des Jeunesses directement concurrentielles en matière d’organisation des loisirs tels que les jeunes chrétiens de la JOC ou encore avec des jeunesses « turbulentes » — les jeunes du PSU, les jeunesses d’extrême gauche maoïstes et trotskystes — qui débordent joyeusement des JS et des ES exsangues en pleine crise de mai 1968 [30] .

Conscience générationnelle et culture politique

L’appartenance générationnelle et politique à l’épreuve des événements-dateurs et des événements-rassembleurs

Le phénomène générationnel et la culture politique sont deux notions que nous nous sommes efforcée de croiser. En effet la spécificité de ces figures de la jeunesse socialiste réside dans leur caractère à la fois politique et juvénile ce qui peut laisser augurer qu’elles développent une conscience générationnelle tout étant nourries d’une culture politique socialiste. Ce sont donc les combinaisons entre ces deux notions, inscrites dans des moments susceptibles de constituer des événements-dateurs ou des événements-rassembleurs, qui ont retenu notre attention.

Autour d’événements-fondateurs se forment des générations, celles notamment de « l’affaire Dreyfus », du « feu », de « Tours », de « l’entre-deux », de « l’Europe », de « 1968 ». Ainsi, dans les groupes de jeunesse socialiste, l’appartenance générationnelle — au sens où l’événement-fondateur qui marque toute une société est « en même temps générateur d’une classe d’âge nouvelle [31] » — l’emporte-t-elle sur la culture politique — « une sorte de code et un ensemble de référents, formalisés au sein d’un parti ou plus largement diffus au sein d’une famille ou d’une tradition politique [32] ». Comment les deux notions s’agencent-elles ? Comment la jeunesse socialiste se situe-t-elle dans le champ des forces sociales et intellectuelles de ces générations et partage-t-elle la « communauté d’empreinte [33] » qui a donné sa cohésion aux générations envisagées ? Les groupes de jeunes socialistes font-ils d’abord partie de la génération du moment ou la culture politique socialiste dépasse-t-elle l’appartenance générationnelle ? Alain Bergounioux, dans un article intitulé « Générations socialistes ? » s’interrogeait : « l’évolution de la SFIO et du PS s’est-elle vraiment écrite en termes de générations, ou bien ne fut-elle et ne demeure-t-elle pas déterminée davantage par des critères de culture politique, transcendant les clivages de générations [34] ? » La question est déplacée pour ce qui concerne les groupes de jeunes socialistes ; Alain Bergounioux considère en l’occurrence l’ensemble du mouvement socialiste multigénérationnel, alors que les jeunesses socialistes ont ceci de particulier — à cause de l’effet d’âge – qu’elles sont confrontées pour la première fois à un événement-dateur ; la question pour les jeunesses n’en est, par conséquent, que plus pertinente.

Durant l’affaire Dreyfus, la conscience générationnelle l’a emporté sur la culture politique, ce qui est assez logique compte tenu du poids des étudiants qui sont aussi des intellectuels [35] . Non seulement les étudiants collectivistes « s’autonomisent » par rapport au POF pour pouvoir pleinement s’engager auprès de leurs pairs mais de surcroît cette génération contribue même à préciser la culture socialiste en accordant une place privilégiée aux intellectuels et donc aux étudiants socialistes dreyfusards, qui deviennent les nouveaux « légistes » du socialisme [36] .

Pendant la Grande Guerre, le fléau de la balance s’équilibre entre appartenance générationnelle et culture politique. Les jeunes socialistes sont englobés, parmi d’autres jeunes, dans la « communauté d’empreinte » du conflit mais ils sont aussi nourris de culture socialiste. Ce sont les Jeunesses qui sont le plus fortement imprégnées par la culture socialiste. Quelques années plus tard, ils font face à une autre fraction générationnelle, laquelle se détache, lors du congrès de La Bellevilloise, de la matrice originelle. Ainsi, au moment du congrès de Tours, n’y a-t-il pas de conscience générationnelle ; c’est au contraire grâce à leur culture politique socialiste qu’une minorité reste fidèle à la « vieille maison ».

Durant l’entre-deux-guerres, nous pouvons distinguer une « génération de l’entre-deux » dont l’unité est à rechercher non pas autour d’un événement-dateur mais plutôt d’un « événement-rassembleur » perceptible dans la volonté de paix très prégnante durant cette période. D’ailleurs la jeunesse socialiste engendre une culture politique faite en premier lieu de pacifisme décliné sous plusieurs modes : pulsionnel, révolutionnaire, passionnel et raisonné.

« La génération Europe » se constitue elle aussi autour d’un « événement-rassembleur », celui de l’élaboration de l’Europe. Dans ce cas il semble à première vue que l’appartenance générationnelle l’emporte car, dans un contexte de « montée des jeunes [37] », on constate un élan européen ; pourtant, à bien y regarder, la culture socialiste est européenne et les jeunes côtoient par exemple leurs aînés au sein du Mouvement socialiste pour les États-Unis d’Europe.

L’appartenance à une « génération de la guerre d’Algérie » est pour sa part ambiguë. D’un côté les Étudiants socialistes, par leur place et leur rôle au sein de l’UNEF, participent à cette « génération », à la différence des JS qui restent plus repliées sur elles-mêmes. Mais d’un autre côté Alain Bergounioux [38] a pu souligner l’absence de « génération de la guerre d’Algérie » à l’intérieur du socialisme puisque plusieurs générations — celle de Michel Rocard, celle d’André Philip et Daniel Mayer et même celle d’Oreste Rosenfeld — se côtoient dans l’engagement.

Durant la crise de mai 1968, plus que l’appartenance à une « génération 1968 », les Étudiants socialistes font preuve de solidarité, tout en restant aux marges des événements. D’ailleurs, en tant que regroupement politique, ils sont assimilés à leurs aînés et à leur manque de crédibilité par les jeunesses d’extrême gauche. Nourris de la culture politique socialiste, face à une révolution qui se mène au nom de « l’imagination » et contre une « civilisation », les Étudiants socialistes réagissent par une action politique essentiellement dirigée, comme celle de leurs aînés, contre le gaullisme. La conscience générationnelle est à ce moment-là plus faible que la culture socialiste ; cela témoigne de la dimension politique de groupes qui demeurent néanmoins aussi, par l’homogénéité de leur composition par âge, des groupes générationnels.

Une culture politique jeune et socialiste ?

Si l’appartenance générationnelle est indéniable lors d’événements-fondateurs (affaire Dreyfus par exemple), la culture politique l’emporte néanmoins souvent, parmi les JS et les ES, sur « la communauté d’empreinte générationnelle [39] ». Ce constat fait naturellement des JS et des ES des groupes générationnels à cause de l’homogénéité de leur composition par âge, mais surtout des regroupements de jeunesses politiques. D’ailleurs, non contente d’être imprégnée de cette culture politique, la jeunesse socialiste en produit ses propres formes et contribue ainsi à la construction de la culture politique socialiste du mouvement dans son ensemble. L’antimilitarisme, ciment unificateur des Jeunesses socialistes à la fin du XIXe et au début du XXe siècles, se meut progressivement en pacifisme décliné sous différentes formes (jauressien, paulfauriste, pulsionnel, passionnel, raisonné, humaniste, etc.) au cours du XXe siècle. Le pacifisme, dans le prolongement de l’enseignement jauressien, constitue la pièce majeure apportée par la jeunesse à la culture politique socialiste. L’anticléricalisme au début du siècle et, durant toute la période, la défense de la laïcité mais aussi l’anticommunisme, l’antifascisme, l’anticolonialisme et l’internationalisme composent les autres pièces essentielles offertes à la culture politique socialiste.

Par ailleurs, les regroupements JS et ES, véritables microcosmes, développent une sociabilité de groupe (réunions, conférences, journaux et revues), fréquentent des lieux qui leur sont propres (les arrières salles des cafés, les locaux loués ou sous-loués, la bibliothèque de la rue d’Ulm, la Librairie de Péguy, l’Hôtel des Société Savantes [40] , le 49 rue de Bretagne [41] ou encore les « bureaux » des JS et des ES Cité Malesherbes). De même, leurs pratiques (manifestations et défilés en tenue, particulièrement durant l’entre-deux-guerres, harmonies, chants avec notamment La Jeune Garde de Montéhus) et leurs symboles (drapeaux, poings levés et trois flèches) renouvellent la culture politique du mouvement socialiste [42] . C’est en ce sens que les JS et les ES produisent une culture « jeune socialiste ». Leur discours, s’il répercute naturellement les principes et la politique de la SFIO, le fait à sa manière au travers du filtre de la jeunesse et de ses vecteurs (presse foisonnante, de La Jeunesse socialiste des étudiants de Toulouse à Luttes, le journal des JS molletistes, stages d’éducation de La Brévière, camps nationaux et internationaux en liaison parfois avec la Fédération nationale Léo Lagrange et le Mouvement de l’enfance ouvrière, conférences, tracts, manifestes…).

Une étude plus large, sur près d’un siècle, entre socialisme et jeunesse, a permis de distinguer les rapports entre le socialisme et la jeunesse en général et le socialisme dans sa dimension partisane avec ses Jeunesses et ses Étudiants. La jeunesse est précocement un champ privilégié du socialisme, avant même d’en devenir un enjeu. Incontestablement, le socialisme a donné des principes en matière d’éducation, a bâti les fondations dans le domaine des sports et des loisirs, a construit les fondements d’une « politique de la jeunesse » et a offert à la jeunesse son idéal de liberté, de justice et de paix. Cependant les relations entre le socialisme, constitué en parti politique, avec la jeunesse socialiste sont plus chaotiques, à cause de la question de l’autonomie et donc de la nature de ces groupes. Néanmoins l’approche par le groupe permet de pénétrer le socialisme par ces microcosmes qui sont des points-observatoires et de renouveler ainsi l’histoire « partidaire » du socialisme. Cette approche permet encore de mesurer les apports de la jeunesse socialiste, notamment en termes de culture politique à la fois jeune et socialiste. Il apparaît donc clairement que ces groupes ont un double caractère : politique et générationnel.

Notes :

[1] Nous renvoyons ici à notre dossier d’habilitation à diriger des recherches, Figures et métamorphoses du groupe au croisement du politique, du social et du culturel. Socialisme et jeunesse, régionalisme et corporatisme en France des années 1880 aux années 1960, sous la direction de Sylvie Guillaume, université Michel de Montaigne-Bordeaux III, 10 décembre 2007, 5 volumes, en particulier le mémoire de synthèse.

[2] Les groupes sont en effet des structures complexes, extensibles, aux frontières mouvantes et forment, selon l’étymologie du terme « groupe » (le terme dérive de l’italien « gruppo »), un « nœud », un « assemblage » visant à réunir ou rassembler pour former une unité : dans notre recherche, ce sont la région, le syndicat, la corporation, le groupe de jeunesse voire le parti politique (la SFIO). L’absence de groupe empêche la réalisation de l’unité comme le « briandisme », qui reste invertébré faute de véritable groupe partisan.

[3] Le mémoire inédit de notre dossier d’HDR, Socialisme et jeunesse en France des années 1880 à la fin des années 1960 (1879-1969), est plus large ; il ne porte pas seulement sur les relations entre le socialisme, dans sa structure partisane, et ses jeunes, Jeunesses et Étudiants socialistes. Cette recherche considère aussi la jeunesse en général, dans une étude du discours et des représentations. Ainsi les relations entretenues par le socialisme, en tant qu’idéologie et programme politique et social, avec la jeunesse - confrontation restée jusque-là inédite – sont-elles au cœur de la problématique.

[4] Nous entendons par « texture » la « structure » du groupe dans le sens premier du terme, « la disposition des fils » d’un tissu, faisant ainsi référence à la signification étymologique du groupe. Nous retenons de la définition de la tessiture la notion d’« échelle » pour aborder la dimension multiscalaire du groupe. Le terme de « résonance » est pris dans le sens d’écho.

[5] Voir Olivier Galland, Sociologie de la jeunesse, Paris, Armand Colin, 2001.

[6] La notion de « figure positive » est empruntée à Olivier Galland, celle de « classe d’âge » à Agnès Thiercé, Histoire de l’adolescence (1850-1914), Paris, Belin, 1999.

[7] Edgar Morin, « La commune étudiante », dans Edgar Morin, Claude Lefort, Cornélius Castoriadis, Mai 68 : La Brèche suivi de Vingt ans après, Bruxelles, Complexe, 1988, p. 27.

[8] Jean-François Sirinelli, Génération intellectuelle. Khâgneux et Normaliens dans l’entre-deux-guerres, Paris, Fayard, 1988 et Les baby-boomers. Une génération 1945-1969, Paris, Fayard, 2003.

[9] Jean-François Sirinelli (dir.), « Générations intellectuelles », Les Cahiers de l’IHTP, n°6, novembre 1987 .

[10] Jean-François Sirinelli, « Biographie et histoire des intellectuels. Le cas des “éveilleurs” et l’exemple d’André Bellessort », dans « Problèmes et méthodes de la biographie », Sources, n°3-4, 1985.

[11] Jean-François Sirinelli, « Des boursiers conquérants ? École et “promotion républicaine” sous la IIIe République », dans Serge Berstein et Odile Rudelle (dir.), Le Modèle républicain, Paris, PUF, 1992.

[12] Jean-François Sirinelli, « Des “copains” aux “camarades” ? Les baby-boomers français dans les années 1960 », Revue historique, n°626, avril 2003.

[13] Il faudrait aussi citer les travaux du Groupe d’études et de recherches sur les mouvements étudiants (GERME) animé par Jean-Philippe Legois, Robi Morder, Alain Monchablon, Didier Fischer, Pierre Moulinier et leurs recherches respectives. Voir notamment Jean-Philippe Legois, Alain Monchablon, Robi Morder (coord.), Cent ans de mouvements étudiants, Paris, Éditions Syllepse, 2007.

[14] Voir Giovanni Orsina, Gaetano Quagliariello, (a cura di), La formazione della classe politica in Europa (1945-1956), Piero Lacaita Editore, 2000, et Les organisations politiques de jeunes et d’étudiants de 1900 à nos jours, Paris, Institut d’histoire du temps présent, université Paris X-Nanterre, 1996.

[15] Voir les travaux réalisés autour de Gilles Le Béguec dans Recherches contemporaines, en particulier le n°6, 2000-2001, consacré aux « Jeunes et sages». Voir notamment François Audigier, Génération gaulliste. L’Union des Jeunes pour le Progrès, une école de formation (1965-1975), Nancy, Presses universitaires de Nancy, 2005. Voir aussi Ludivine Bantigny, Le plus bel âge ? Jeunes et jeunesse en France de l’aube des « Trente Glorieuses » à la guerre d’Algérie, Paris, Fayard, 2007.

[16] Yolande Cohen, Les jeunes, le socialisme et la guerre. Histoire des mouvements de jeunesse en France, Paris, L’Harmattan, 1989.

[17] Patrizia Dogliani, La « Scula delle reclute ». L’Internazionale giovanile socialista dalla fine dell’ottocento alla prima guerra mondiale, Milano, Einaudi, 1983. Signalons également l’article pionnier de Christian Delporte, « Les jeunesses socialistes dans l’entre-deux-guerres », Le Mouvement social, n°157, décembre 1991.

[18] Serge Berstein, « La culture politique », dans Jean-Pierre Rioux et Jean-François Sirinelli (dir.), Pour une histoire culturelle, Paris, Seuil, 1997, et avec Odile Rudelle (dir.), Le Modèle républicain, Paris, PUF, 1992, et id., Les cultures politiques en France, Paris, Seuil, 1999. Jean-François Sirinelli a proposé une définition dans Histoire des droites, Paris, Gallimard, 1992, introduction « Des cultures politiques », au tome II.

[19] Nous renvoyons à Christine Bouneau, « Etre jeune et socialiste au début du XXe siècle », Recherche socialiste, n°24, septembre 2003, ainsi qu’à notre mémoire inédit d’HDR.

[20] Christine Bouneau, « Élites étudiantes et socialisme : le groupe des étudiants collectivistes de Paris à la fin du XIXe siècle », dans Sylvie Guillaume (dir.), Les Élites fin de siècle. XIXe-XXe siècles, Bordeaux, Éditions de la Maison des sciences de l’homme d’Aquitaine, 1992.

[21] Anatole de Monzie, L’entrée au forum, Paris, Albin Michel, 1920.

[22] Nous renvoyons à notre mémoire inédit d’HDR et à la version publiée de notre thèse Hubert Lagardelle, un bourgeois révolutionnaire et son époque (1874-1958), Saint-Pierre-du-Mont, Eurédit, 2000.

[23] Voir le cas de Michel Rocard analysé par Noëlline Castagnez-Ruggiu, « La SFIO et ses mouvements de jeunesse de 1945 à 1956 », dans Giovanni Orsina, Gaetano Guagliariello (a cura di), La formazione della classe politica in Europa (1945-1956), op. cit., p. 223.

[24] On peut citer Mireille Osmin, Bernard Chochoy, Roger Salengro, André Philip, Daniel Mayer, Léo Lagrange (il s’inscrivit en 1921 à la Ve section de la fédération de la Seine où se retrouvaient les Étudiants socialistes), Guy Mollet, Pierre Mauroy, Michel Rocard, René Cassagne, Michel Sainte-Marie, Antoine Blanca, Roger Fajardie, Jacques Mellick, Jacques Fleury, parmi d’autres, qui sont passés par les JS et les ES. René Dumon, Pierre Lainé, Crégut, Jean Itard n’ont en revanche pas eu de responsabilités en tant qu’adultes dans le parti socialiste.

[25] Christine Bouneau, « Le groupe des étudiants socialistes de Toulouse et leur revue La Jeunesse socialiste (1894-1895) », dans Jacques Girault (dir.), L’implantation du socialisme en France au XXe siècle. Partis, réseaux, mobilisation, Paris, Publications de la Sorbonne, 2001.

[26] Cf. aussi Christian Delporte, « Les Jeunesses socialistes du Nord et du Pas-de-Calais », dans Bernard Ménager, Jean-François Sirinelli, Jean Vavasseur-Desperriers (éd.), Cent ans de socialisme septentrional, Centre d’histoire de la région Nord et de l’Europe du Nord-Ouest, université Charles de Gaulle-Lille III, 1995.

[27] Voir Jean-François Sirinelli, Khâgneux et Normaliens…, op. cit.

[28] Christine Bouneau, « Première conférence nationale des Jeunesses socialistes, 22 et 23 mars 1913 », Recherche socialiste, n°24, septembre 2003.

[29] Si dans le mémoire principal d’habilitation nous nous sommes efforcée de mesurer la place et le rôle des Jeunesses socialistes et des Étudiants socialistes de France à l’échelle internationale — y compris dans les prises de position dans le monde d’après 1945 pour une Europe atlantiste et fédéraliste et en faveur de l’Outre-Mer —, notre article consacré à « La jeunesse socialiste et l’action internationale durant l’entre-deux-guerres », à paraître au Mouvement social, relève d’une autre approche en se plaçant au cœur de l’Internationale de la Jeunesse socialiste.

[30] Christine Bouneau, « Les socialistes français et la crise de 1968 », communication au colloque international « Crises et consciences de crise dans les années 60. Comparaison entre la France et l’Allemagne. Krisen und Krisenbewusstein in den 1960er Jahren. Deutschland und Frankreich im Vergleich », tenu à Munich les 10 et 11 mai 2007.

[31] Jean-François Sirinelli (dir.), « Générations intellectuelles », Les Cahiers de l’IHTP, n°6, novembre 1987 et « Génération et histoire politique », Vingtième Siècle. Revue d'histoire, n°22, avril-juin 1989.

[32] Jean-François Sirinelli, définition donnée dans l’introduction des « Cultures politiques », dans Histoire des droites en France, op. cit. et dans Voyage en histoire. Mélanges offerts à Paul Gerbod, Annales littéraires de l’université de Besançon, diffusion Les Belles Lettres, 1995.

[33] Jean-Pierre Azéma, « La clef générationnelle », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, n°22, avril-juin 1989, p. 5. L’auteur rappelle que l’expression a été employée par Marc Bloch dans Apologie pour l’histoire, Paris, Armand Colin, 1961, p. 94. Marc Bloch écrit : « cette communauté d’empreinte, venant d’une communauté d’âge, fait une génération. »

[34] Alain Bergounioux, « Générations socialistes ? », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, n°22, avril-juin 1989, p. 93.

[35] Jean-François Sirinelli, « Génération et histoire politique », Vingtième Siècle. Revue d’histoire, n°22, avril-juin 1989.

[36] Christine Bouneau, Mémoire principal d’habilitation et « Élites étudiantes et socialisme : le groupe des étudiants collectivistes de Paris à la fin du XIXe siècle », op. cit.

[37] Alfred Sauvy, La montée des jeunes, Paris, Calmann-Lévy, 1959.

[38] Alain Bergounioux, « Générations socialistes ? », op. cit.

[39] Jean-Pierre Azéma, « La clef générationnelle », op. cit.

[40] À la fin du XIXe et au début du XXe siècles, l’Hôtel des Sociétés Savantes, 28 rue Serpente à Paris, est à la fois lieu d’expression (pour les conférences publiques, pour accueillir le congrès international des étudiants et anciens étudiants socialistes…) et un pôle d’attraction de la jeunesse dreyfusarde.

[41] C’est le siège depuis 1908 de la fédération de la Seine qui accueille le Comité d’Entente des JS pendant la Grande Guerre, et devient un lieu emblématique des JS.

[42] Voir aussi Éric Nadaud, « Le renouvellement des pratiques militantes de la SFIO au début du Front populaire (1934-1936) », Le Mouvement social, n°153, octobre-décembre 1990.

Christine Bouneau

Christine Bouneau est maître de conférences habilitée en histoire contemporaine à l’université Michel de Montaigne-Bordeaux 3. Sa thèse a été publiée sous le titre Hubert Lagardelle, un bourgeois révolutionnaire et son époque (1874-1958), Eurédit, 2000. Elle vient de soutenir un dossier d’habilitation à diriger des recherches sur Figures et métamorphoses du groupe au croisement du politique, du social et du culturel. Socialisme et jeunesse, régionalisme et corporatisme en France des années 1880 aux années 1960 avec comme mémoire inédit Socialisme et jeunesse en France des années 1880 à la fin des années 1960 (1879-1969). Elle a déjà publié dans le champ de la jeunesse : « Élites étudiantes et socialisme : le groupe des étudiants collectivistes de Paris à la fin du XIXe siècle », dans Sylvie Guillaume (dir.), Les Élites de Fin de Siècle, XIXe-XXe siècles, MSHA, 1992, p. 127-139 ; « Le groupe des étudiants socialistes de Toulouse et leur revue La Jeunesse socialiste (1894-1895) », dans Jacques Girault (dir.), L’implantation du socialisme en France au XXe siècle. Partis, réseaux, mobilisation, Paris, Publications de la Sorbonne, 2001, p. 297-308 ; « Etre jeune et socialiste au début du XXe siècle », Recherche socialiste, n°4, septembre 2003, p. 29-43 ; « La jeunesse socialiste et l’action internationale durant l’entre-deux-guerres », à paraître dans Le Mouvement social.

Mots clefs : jeunesse ; socialisme ; groupe ; génération ; culture politique.

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  • ISSN 1954-3670