Histoire@Politique : Politique, culture et société

Le dossier

Les jeunes, sujets et enjeux politiques (France, XXe siècle)

Coordination : Ludivine Bantigny

Jeunesse et mouvements de droite durant l'entre-deux-guerres

Jean Vavasseur-Desperriers
Résumé :

Durant l’entre-deux-guerres, l’avènement de l’« ère des masses » pousse les organisations de droite à intensifier leurs efforts auprès des « jeunes », avec des résultats souvent temporaires et inégaux, dans une (...)

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Dès avant la Grande Guerre, la nécessité pour des organisations politiques — de droite ou de gauche — de créer des structures propres à accueillir les « jeunes » s’était fait sentir [1] . Le souci de perpétuer un mouvement  en créant un vivier et la recherche de moyens propres à influencer les jeunes générations ont été les raisons majeures de l’apparition de ce type d’organisation. Il faut également expliquer le phénomène par une particularité de l’entre-deux-guerres [2] , spécialement des années 1930, caractérisées par la mise à l’honneur des « jeunes » et de la « relève ». Il est question de « lutte des jeunes », de « jeunes équipes » ou de « Jeune Droite ». « Jeune »  est à prendre ici au sens de ressourcement et renouvellement total plus encore qu’au sens générationnel [3] . Les organisations politiques de droite se préoccupent alors d’atteindre et d’organiser ces populations volontiers critiques à l’égard de leurs aînés. Ce sera l’objet de cette étude.

Par organisations de droite, on entend d’abord les partis politiques, dont les plus anciens sont devenus partie intégrante du système parlementaire. Il s’agit de l’Alliance démocratique, née au début du siècle avec le Bloc des gauches, de même que sa rivale — et souvent alliée durant l’entre-deux-guerres — la Fédération républicaine. Mais, à la fin des années 1930, surgissent, dans un contexte de recomposition des droites, en 1936, le Parti social français, issu de la ligue des Croix-de-Feu du colonel de La Rocque, et le Parti populaire français de Jacques Doriot [4] . Par ailleurs, comme on sait, l’entre-deux-guerres voit l’épanouissement d’organisations dont l’objectif avoué est de se constituer en groupes de pression, par le moyen de mouvements de masse, les ligues. L’Action française, la ligue des Jeunesses patriotes, celle des Croix-de-Feu — respectivement apparues dans l’avant-guerre, les années 1920, les années 1930 — ont chacune déployé un effort militant considérable, bien supérieur numériquement à celui des partis.

Ces groupes politiques présentent bien des différences, qui ne sont pas sans répercussions sur l’objet de cette étude. Certains partis sont parlementaires, alors que les nouveaux venus des années 1930 n’ont jamais accédé au Parlement. La différence majeure provient de l’orientation politique de ces groupements. Certains relèvent d’une droite radicale, foncièrement critique à l’égard du régime parlementaire, voire de la démocratie libérale, comme les ligues et dans une certaine mesure les nouveaux partis apparus à la fin des années 1930. L’Alliance démocratique s’efforce quant à elle de regrouper des jeunes qui soient aussi « sages ». La Fédération républicaine pour sa part, bien implantée au Parlement, vit son curieux destin de parti parlementaire confronté à une radicalisation de son support social. Toutes ces organisations, fort diverses, sont confrontées au problème des « jeunes ».

Une première question se pose, de type organisationnel. Il s’agit de la manière dont sont définis les organismes propres à la jeunesse. Si certains groupes donnent une définition précise, par l’âge notamment, d’autres créent des structures d’accueil définies de façon moins précise, mais dont on soupçonne qu’elles visent plutôt un public jeune. Deuxième interrogation : quel fut le poids de ces organisations de jeunesse, numérique et social, dans la mesure où ces données peuvent être perçues, en tenant compte d’un fait général et permanent, la rivalité entre ces divers groupes ? Enfin, au niveau des structures, quel fut le degré de cohésion interne et quels furent les rapports avec l’organisation mère de ces groupes créés pour recruter, perpétuer, mais aussi contrôler ?

L’organisation de la jeunesse : création d’un mouvement spécifique ou enrôlement indifférencié ?

On ne peut parler de mouvements de jeunesse spécifiques que pour ceux créés explicitement comme tels, dont les statuts précisent formellement les groupes d’âge concernés. Dans l’entre-deux-guerres, les partis politiques « anciens » (Alliance démocratique, Fédération républicaine) ou nouveaux (Parti populaire français) ont créé des mouvements spécifiques. La seule exception notable reste le Parti social français, qui ne connaît pas ce type de structure. Les statuts du mouvement de jeunesse de l’Alliance démocratique, alors dénommée Parti républicain, démocratique et social, l’Union des jeunesses républicaines démocratiques (UJRD), créée en 1920, donnent une fourchette de 15-30 ans, soit des classes d’âge très hétérogènes, allant du collégien aux jeunes adultes entrés dans la vie active [5] . Les Jeunesses de la Fédération républicaine (JFR), dont l’apparition date de 1935 — il s’agit d’un regroupement au plan national de divers mouvements régionaux — distinguent dans leurs statuts les membres du parti, qui peuvent adhérer jusqu’à 30 ans seulement, et les adhérents des jeunesses non membres du parti, dont l’âge doit être compris dans la fourchette 17-30 ans [6] . Le Parti populaire français qui, dès sa création au cours de l’été 1936, dépose les statuts de son mouvement de jeunes, l’Union populaire de la jeunesse française (UPJF) [7] , précise que les adhérents de l’UPJF doivent être âgés de 15 à 21 ans. Une dérogation toutefois est prévue pour les étudiants, qui peuvent être admis jusqu’à 25 ans. Cette question des dérogations est évidemment liée à celle de l’encadrement. Le statut des JFR de 1935 prévoit des dérogations, dont l’appréciation est laissée au secrétariat de l’organisation, pouvant aller beaucoup plus loin que l’âge limite fixé par le règlement. Le premier président des JFR, Philippe Henriot, en charge de 1935 à 1939, avait 50 ans à l’expiration de son mandat. Ce problème de l’âge des adhérents n’est pas anecdotique : l’ouverture des fourchettes prévues par ces règlements permettait d’envisager le brassage de populations diverses, depuis celle des lycées et collèges jusqu’à celle des jeunes adultes installés dans la vie.  

Les groupes ligueurs qui, rappelons-le, diffèrent des partis par leur fonction politique — en principe, ils font pression, mais ne se destinent pas à exercer le pouvoir — ne se dotent pas de mouvement spécifique. Mais les nécessités de leur action les ont amenés à délimiter des catégories qui sous-entendent un recrutement axé sur des populations « jeunes ». Ni l’Action française, ni les Jeunesses patriotes n’ont jamais à proprement parler créé de mouvements de jeunesse. L’Action française a disposé, dès 1908, d’éléments de choc chargés de vendre le journal de la ligue, d’où le nom de Camelots du Roy attribués à ces militants souvent jeunes, d’origines variées. Les étudiants ou élèves des classes préparatoires y étaient nombreux, avec des représentants d’autres catégories sociales, comme le garçon de course à la Bourse Marius Plateau. Cependant le groupe des Camelots comprenait aussi des éléments moins jeunes, mais susceptibles d’apporter des moyens de financement. Eugen Weber cite ainsi un camelot âgé de 68 ans en 1935 qui, sans doute d’un médiocre secours dans les affrontements de rue, versait généreusement 20 000 francs à l’organisation [8] . Il fallut toutefois, devant le manque d’assiduité de certains camelots, créer, en 1910, le corps des « commissaires », spécialement chargé du service d’ordre, formant « une sorte de corps de troupes pour entreprises de tout genre [9]  ». C’est à tort que le terme de « camelots » finit par désigner indifféremment  les camelots, les commissaires et les étudiants, dont il sera question par ailleurs. Un fait est certain : la nature des activités requises supposait un âge proche de celui défini par les statuts des mouvements spécifiques.

Une remarque similaire peut être faite à propos à des Jeunesses patriotes (JP). Certes, à l’origine, ce mouvement est présenté comme « une section de jeunesse » de la Ligue des patriotes. Mais le mouvement s’émancipa rapidement : les statuts de 1925 ne mentionnent plus aucun lien organique avec la Ligue. Au début de 1926, par échange de lettres, les présidents des deux organisations, le général de Castelnau pour la Ligue des patriotes et Pierre Taittinger pour les Jeunesses patriotes, reconnaissent leur indépendance réciproque [10] . Malgré son intitulé, la ligue des Jeunesses patriotes ne peut donc être considérée comme un mouvement de jeunesse proprement dit.  Au niveau de son organisation interne cependant, il est aisé de repérer un type de différenciation implicite par l’âge, analogue à celui qui vient d’être évoqué pour l’Action française. En effet, les ligueurs étaient répartis selon un double principe, politique, celui de la section, et « militaire », celui des « unités » de type « paramilitaire ». Selon le règlement organique des JP, les hommes âgés ou ceux qui ne pouvaient participer à l’action directe avaient la possibilité d’adhérer à la ligue, mais n’étaient pas enrôlés dans les unités. Leur action se bornait à la propagande et, bien sûr, au financement. Les autres étaient répartis dans les « unités mobiles », dans lesquelles étaient affectés de préférence les jeunes célibataires, disponibles à tout moment, ou dans les « unités centuries » : celles-ci  regroupaient les ligueurs qui, en raison de leur situation de famille ou de leur activité professionnelle, n’étaient pas mobilisables de manière permanente, contrairement à ceux des unités mobiles [11] . Ainsi, ces groupes, camelots ou membres des unités des JP, recrutaient en fonction des possibilités d’activisme. Le principe du regroupement n’est pas ici générationnel, mais fonctionnel. Il n’en aboutissait pas moins à un rassemblement d’individus relevant de classes d’âge « jeunes ».  

Le cas d’une troisième ligue, celle des Croix-de-Feu, doit être examiné séparément. Il a pu être remarqué à juste titre qu’il n’existait pas à proprement parler de jeunesses Croix-de-Feu. Certes, dans la perspective de l’élargissement de son mouvement, le colonel de La Rocque créa en 1931 le mouvement des Fils et Filles des Croix-de-Feu, réservé aux enfants des adhérents de son association d’anciens combattants, puis en octobre 1933 les Volontaires nationaux, ouverts à tout Français non mobilisable entre 1914 et 1918 [12] . L’immense succès des Volontaires décupla les effectifs du mouvement. Par la suite, après la dissolution de la ligue suivie par la création en 1936 du Parti social français, la nouvelle formation ne créa pas d’organisation de jeunesse spécifique. D’une part, le vivier de cadres jeunes était abondamment pourvu par les ex-Volontaires nationaux. D’autre part, le PSF encourageait le recrutement de familles entières, et multipliait les activités spécialisées pour ces jeunes adhérents. On se trouve donc en présence d’un cas particulier : il ne s’agit plus ici d’un groupe défini par l’âge, ou par la possibilité d’un militantisme activiste, mais par l’élargissement d’un groupe réservé au départ, par définition, à des hommes ayant atteint la maturité.

L’absence de mouvement spécifique de jeunesse amena les ligues à mettre sur pied des groupes d’étudiants. Il faut faire un sort particulier à ce type de structure visant essentiellement des jeunes, sauf cas exceptionnels. Ce milieu était en pleine croissance pendant l’entre-deux-guerres, période durant laquelle le nombre d’étudiants passa de 50 000 à 80 000. L’Action française avait créé avant 1914 sa Fédération des étudiants d’Action française. Certains étaient camelots, mais Eugen Weber estime qu’il s’agissait dans ce  dernier cas d’étudiants d’écoles techniques, fréquentant des établissements moins prestigieux que la Sorbonne [13] . La ligue des Jeunesses patriotes créa en 1926 son groupe étudiant spécifique, les Phalanges universitaires, souvent opposées aux Étudiants d’AF, puisque visant la même clientèle. Ce groupe disposait d’un « groupe de choc », les corps francs des phalanges, et d’une section féminine, apparue dès l’origine [14] . Si ces deux organisations avaient un statut national et la fonction bien précise de diffuser en milieu étudiant la propagande de leur mouvement, il n’en était pas de même des centres universitaires des Volontaires nationaux et du PSF. S’il y avait bien une coordination au plan national, chaque centre universitaire possédait son identité spécifique et demeurait ouvert à des étudiants qui n’adhéraient pas au parti. Son action était principalement sociale : les centres visaient moins à diffuser une propagande en faveur d’un parti qu’à œuvrer en faveur d’une éducation morale et sociale. On était donc bien au-delà de la simple différence structurelle. Le PPF, bien que disposant d’un groupe spécifique de jeunesse, créa lui aussi une structure d’accueil spécifiquement destinée aux étudiants, le Groupe universitaire (GU), organisé de façon corporative (Lettres, Droit, etc.), et qui devait regrouper des Sections universitaires (SU) inégalement développées. Leur objectif majeur était de former des cadres, appelés à devenir l’élite de la nation dans le futur « État populaire » : le parti populaire devait recruter les meilleurs étudiants, à l’intention desquels fut créée une école de formation, l’Université populaire de la jeunesse, devenue le Cercle d’études des étudiants (1938), dont la tâche principale consistait à former politiquement les étudiants du PPF [15] . Les « vieux » partis parlementaires, de leur côté, créèrent, en liaison avec leurs mouvements de jeunesse, des « cercles d’études », souvent inspirés des « conférences » qui s’étaient épanouies pendant la première partie de la IIIe République. 

Une importante différence apparaît donc entre les groupes de jeunesse organiquement liés à un parti politique et les ligues. Les premiers définissent une population par son âge : les jeunes forment un sous-ensemble d’un groupe plus important, le parti, dont en principe le groupe de jeunes représente le vivier reproductif. En même temps, la possibilité offerte à des jeunes d’adhérer sans être membres du parti — pour les JFR surtout — permettait d’étendre l’influence de celui-ci — c’était tout au moins le but recherché. Les secondes ne donnaient pas une telle définition. Les Jeunesses patriotes, comme l’indique l’intitulé du mouvement, se présentaient comme un mouvement dont le dynamisme moral et la vigueur militante relevaient précisément des attributs ordinairement considérés comme propres à la jeunesse. Le « JP », quel que fût son âge biologique, était jeune par définition : la création d’un groupe spécifique de jeunes n’aurait alors guère eu de sens. Chez les Croix-de-Feu, on a vu que l’apparition des Volontaires nationaux procédait du désir de perpétuation d’une population par définition vieillissante, celle des anciens combattants. Mais l’absence au PSF d’une « jeunesse » s’inscrit parfaitement dans le projet « organique » de l’organisation du Colonel : au sein du PSF, grande famille par excellence, il ne saurait y avoir de séparation entre les générations, l’idéal, au contraire, consistant en ce militantisme familial qui caractérisa le mouvement. Malgré tout, il existait un point commun entre ces mouvements, la mise sur pied de groupes d’étudiants. En effet, l’influence dans cette population peu nombreuse — quelques dizaines de milliers —, mais importante par son rôle futur dans la nation et dans l’immédiat sans doute plus sensible à la politisation que d’autres catégories, représentait bien un enjeu stratégique dont les acteurs politiques étaient conscients.

Dénombrement, localisation, recrutement

Les données chiffrées soulèvent de nombreuses questions, fort classiques. Que valent-elles, alors qu’elles émanent des mouvements eux-mêmes, ou de sources policières souvent sujettes à caution ? Que valent d’ailleurs, en général, ces données, sachant que les fluctuations   peuvent atteindre une amplitude considérable ? Il est par ailleurs difficile de passer de données locales à une estimation nationale, dont les intéressés eux-mêmes n’ignoraient pas le caractère très approximatif.

Sur les jeunesses des deux plus anciennes des trois formations partisanes, l’Alliance démocratique et la Fédération républicaine, il subsiste peu de données. Il semble que, dans les années 1930, la première de ces formations ait pu étoffer ses organisations de jeunesse, dépassant la taille du « cercle », caractéristique des années 1920. En 1934, la Jeunesse républicaine française (JRF) aurait compté 1 200 adhérents, répartis dans dix départements, dont la Gironde et Paris. Leur croissance aurait été très forte en 1936 (3 000 en Gironde ?) L’organisation qui prend la suite de la JRF, la Jeunesse républicaine démocratique de France (JRDF), aurait compté quelques milliers d’adhérents en 1938 en Gironde, dans la Loire, le Pas-de-Calais, le Var, et Paris [16] . L’analyse de la thématique politique, axée sur des thèmes de militantisme « populaire », permet d’expliquer la croissance (relative) de cette organisation « modérée ». Aucun chiffre n’est disponible pour les Jeunesses de la Fédération républicaine (JFR). Une estimation pour le groupe de jeunes du Rhône en 1930 — avant l’apparition de l’organisation nationale JFR, qui a surtout consisté à fédérer les groupes existants — situe le nombre d’adhérents à 2 000 [17] . Celui de la Gironde devait en compter quelques centaines : il s’agit en fait des Jeunesses de l’Union populaire républicaine (UPR) de la Gironde, mouvement de masse créé en 1925 par l’abbé Bergey, curé de Saint-Emilion, contre la politique religieuse du Cartel des gauches [18] . Les groupes JFR formèrent des noyaux assez actifs, mais concentrés géographiquement dans certaines zones: la Gironde, Paris, le Rhône et la région du Centre-Est, le Nord et le Pas-de-Calais (200 à 300 dans ce dernier secteur).

En regard des piètres résultats obtenus par les formations « modérées [19]  », le Parti populaire français apparaît comme un véritable mouvement de masse. Il semble que les effectifs des Jeunesses du parti de Doriot aient connu une croissance initiale très forte, 10 000 en janvier 1937, 25 000 en mai de la même année, avant de connaître un apogée (35 000 à la fin de 1937), puis un déclin en 1938 [20] . Ces performances numériques sont à mettre en rapport avec l’effort de recrutement en milieu populaire que poursuivait le parti de Jacques Doriot, comme on le verra  plus loin. Doriot ne négligeait pas pour autant les étudiants : le GU (groupe étudiant) de Paris aurait compté 600 membres en 1937 ; des sections auraient fonctionné à Lyon, Marseille, Bordeaux [21] . Encore faut-il tenir compte du caractère somme toute assez éphémère de l’envolée du PPF. 

Les ligues ont-elles présenté dans les années précédentes l’allure de mouvements de masse, attractives pour la jeunesse ? Incontestablement, mais dans certaines limites. Eugen Weber, scrutant [22] les effectifs de l’Action française, souligne la difficulté provoquée par la confusion des sources entre les camelots, les commissaires et les étudiants. L’essentiel est sa conclusion : le chiffre de 16 000 hommes engagés dans ces « troupes de choc » avancé par les sources policières au milieu des années 1930 est manifestement exagéré. Il retient plus volontiers celui de 1 500 pour Paris, 200 à Lyon, 800 pour l’ensemble du Centre-Est : et il s’agissait là des régions où le militantisme de l’Action française était le plus puissant. Il semble que l’activisme de la ligue et sa propension à provoquer fréquemment des incidents aient fini par mener les observateurs à surévaluer sa véritable importance numérique. Pour les Phalanges universitaires, l’organisation étudiante des Jeunesses patriotes, on dispose d’assez abondants renseignements, qui convergent vers un niveau assez élevé. Jean Philippet s’arrête au chiffre de 10 000 adhérents et sympathisants vers 1932, moment où la ligue atteint son apogée. Une estimation établie en 1928 donne 4 500 adhérents, dont un peu moins de la moitié à Paris, les plus importantes groupes de phalangeards se trouvant à Aix-Marseille, Nantes, Lyon, Lille, Poitiers [23] .  

Pour importants que semblent être ces chiffres, il convient de les rapprocher de ceux des militants catholiques, situés hors du champ de notre étude, mais au fond, au moins dans leur majorité, peu éloignés mentalement et socialement de la clientèle des forces de droite, même si les jeunesses catholiques connaissent alors souvent au niveau de leurs élites une nette prise de distance à l’égard des partis et groupes « nationaux ». Ces mouvements sont alors en pleine réorganisation, du fait de l’introduction dans l’Association catholique de la jeunesse française (ACJF) du principe de la « spécialisation » par milieu. En 1931, les militants catholiques de l’ACJF non affiliés à une organisation spécialisée, soit la JAC, la JEC, la JOC, se montaient à 120 000, les organismes spécialisés comptant respectivement 16 000, 2 000, 1 500 cotisants, soit un total de près de 140 000 adhérents, bien supérieur au chiffre que nous avons envisagés jusqu’ici. Une autre comparaison numérique peut être tentée avec les Jeunesses socialistes du Parti socialiste SFIO, qui regroupait 55 000 adhérents en 1937, et représentait donc la première organisation politique de jeunes en France [24] . Le bilan numérique des mouvements de jeunesse de droite doit donc être relativisé.

Les milieux sociaux visés par l’activité de ces mouvements ne sont pas aisés à cerner, sauf pour celui qui, de façon naturelle, représentait un terrain de propagande et un enjeu de luttes stratégiques entre ces groupes : les étudiants. Mais ils ont visé, bien au-delà, d’autres couches sociales. Et il ne faut pas oublier que certains des statuts de groupes de jeunes entendaient rassembler au-delà de 25 ans, parfois jusqu’à 30 ans, donc en direction d’éléments déjà engagés dans la vie professionnelle.       

Le milieu étudiant représentait un enjeu important pour les organisations des droites  radicales. Dans les années 1920, une lutte sévère opposa les royalistes et les phalangeards pour le contrôle du Quartier latin. Elle débuta en 1925 par une pratique d’entrisme des Camelots du Roy au sein des Jeunesses patriotes, dont les premiers dirigeants étaient proches du mouvement maurrassien. Puis à la fin de 1928, le mouvement de Taittinger décida à son tour d’occuper le terrain et se posa en situation de rivalité à l’égard des étudiants d’Action française, qui virent leur influence reculer devant celle des JP, eux-mêmes abandonnés par  les éléments les plus proches de l’AF. Le contrôle de l’Association générale des étudiants de Paris, comme celui de la rue, opposa les deux organisations. Jean-François Sirinelli donne la vraie raison de leur opposition : elles recrutaient dans les mêmes établissements [25] . La prédominance des JP fut d’ailleurs tout relative dans la première partie des années 1930 : d’autres tentatives d’« entrisme » de la part des maurrassiens avaient encore lieu ; par ailleurs, l’unité « à la base » entre militants d’AF et JP put se produire contre l’ennemi commun socialiste ou communiste [26] . Au milieu des années 1930, les JP semblaient rattrapés par les Volontaires nationaux du colonel de La Rocque, qui furent en 1935 les principaux inspirateurs et acteurs de la manifestation organisée contre l’ouverture de la profession médicale aux ressortissants étrangers. Dans la deuxième partie des années 1930, il semble que la dissolution de l’Action française et des Jeunesses patriotes se soit accompagnée d’un recul de ces organisations, sans que l’on puisse constater une poussée corrélative bien nette des centres universitaires du PSF. Le PPF, on l’a vu, a pu mettre sur pied un « GU », dont les effectifs ne sont pas connus avec précision, mais dont l’essaimage montre une influence assez diffuse, assurant une présence en milieu étudiant, qui ne devint pas toutefois, semble-t-il, prédominante. L’impression majeure reste celui d’une forte porosité, assez éloignée des grandes divisions des droites élaborées par la science historique. Un étudiant pouvait adhérer à une organisation qui, pour lui, ne correspondait pas nécessairement à une orientation idéologique précise : l’adhésion se faisait suivent des facteurs tenant au hasard — présence dominante d’une organisation dans un lieu donnée, réseaux propres à chaque individu. Il pouvait aussi rechercher un degré plus ou moins poussé de radicalité.

À côté de ces mouvements activistes, dotés d’une grande visibilité extérieure, les mouvements de jeunesse des partis « modérés » faisaient plutôt pâle figure. Gilles Le Béguec a mis en valeur le rôle de groupes indépendants des grands appareils politiques de l’Alliance ou de la Fédération, dont la matrice se situait au sein de la conférence Molé-Tocqueville, organisée selon le modèle parlementaire. Dans les années 1920, le groupe de l’Entente républicaine nationale apparu au sein de la conférence jouait le même rôle que celui du groupe parlementaire de la Chambre bleu horizon, formé d’une large coalition regroupant des républicains progressistes et des plébiscitaires, facilitant donc l’ancrage de ces derniers dans le système parlementaire. Au sein de la conférence Molé, les éléments proches des ligues, notamment des JP, n’ont donc pas formé de groupe distinct. Par ailleurs, un groupe installé par des jeunes gens proches de l’Alliance demeurait, durant la seconde moitié des années 1920 et les premières années des années 1930, « le pilier le plus solide du réseau informel des jeunes de l’Alliance [27]  ».

Les groupes mis sur pied pendant les années 1930 par les partis « modérés » se sont orientés vers la formule du mouvement de jeunesse organiquement rattaché au parti, avec ce que cela suppose de pratiques collectives assez étrangères aux « modérés » : « la discipline collective, le militantisme, le patriotisme d’organisation » (G. Le Béguec). Dans un tel cadre, les Jeunesses de la Fédération Républicaine ont dirigé leur propagande vers le milieu étudiant, sans pour autant créer de groupe étudiant spécifique. Ainsi, le délégué à la propagande du groupe girondin était-il un étudiant en droit, Maurice Duverger. Le bulletin des JFR, Jeunesse, publiait les résultats aux examens de ses membres [28] . Incontestablement, le discours dominant révélait une forte contamination par les pratiques des ligues autoritaires, très influentes en milieu étudiant. Une évolution semblable a été décelée pour les jeunesses de l’Alliance démocratique [29] . L’organisation des années 1920 s’adressait en priorité à la jeunesse des Écoles, mais celle des années 1930, à un public sans doute plus large.

De fait, tous ces groupements, radicaux ou modérés, visaient d’autres catégories que les étudiants. Il est bien difficile d’analyser sous cet angle les Jeunesses patriotes ou les Camelots, puisque ces organisations n’étaient pas spécifiquement des mouvements de jeunesse. Il est possible cependant, pour les Jeunesses patriotes, de tirer quelques éléments des rapports de police concernant des militants arrêtés à la suite d’échauffourées. On peut supposer qu’il s’agissait de membres d’unités mobiles, plus jeunes et aptes au « combat ». Jean Philippet, observant ces petits échantillons (Nancy 1934, 37 personnes ; Rosny 1930, 59 personnes), relève la présence d’éléments étudiants, d’employés et de commerçants ; des ouvriers y figurent également [30] . Eugen Weber, analysant la composition sociologique des Camelots d’avant 1914, y trouve bon nombre d’étudiants et d’employés : ces données semblent valables pour l’entre-deux-guerres [31] . On ne dispose guère de données précises pour les jeunesses des partis modérés, Alliance démocratique et Fédération républicaine. Sans doute les jeunes de cette dernière organisation prétendaient-ils s’adresser à tous les milieux. « Chez nous », proclamait le secrétaire de la section du XVe arrondissement de Paris, «  pas de différences entre l’ouvrier et l’employé ou l’intellectuel [32] . » Mais la composition du premier bureau des JFR (1935) laisse entrevoir un paysage plus « bourgeois ». Sur treize membres, on trouve quatre avocats, deux étudiants, un commis des Finances, un directeur d’assurances, un libraire, un pharmacien [33] .

Une seule de ces organisations a laissé quelques indications sur l’origine sociale de ses adhérents, le PPF. Cette préoccupation paraît naturelle dans une formation soucieuse de recrutement populaire. Les données restent néanmoins très ponctuelles, comme celles relatives à la composition sociale du deuxième congrès du mouvement en avril 1939 : sur 439 congressistes dont l’état social est connu, on compte 35 % d’ouvriers, 17 % de paysans, 16 % d’employés, 11 % de chômeurs, 21 % d’étudiants [34] . La présence d’une forte minorité d’étudiants, qui manifeste bien le souci de s’assurer un encadrement formé d’individus instruits, va de pair avec un dosage social révélateur de la préoccupation primordiale d’un parti qui se voulait crédible dans sa promotion d’un État « populaire ».

Au total donc, tenant compte des zones d’ombre résultant des lacunes de la documentation, on peut conclure à une réelle influence des droites en milieu étudiant, sans que celle-ci soit le moins du monde exclusive. Cette influence débordait d’ailleurs vers d’autres milieux, dans une mesure difficile à définir, plus importante pour les ligues et les nouveaux partis des années 1930. Il faut surtout retenir l’effort général, y compris pour les « vieux » partis, de promouvoir un militantisme populaire, bien caractéristique de l’« ère des masses » ; mais constater également que l’effort aboutit à des résultats numériques qu’il faut relativiser. 

Identité, cohérence, degré d’autonomie

La question de la cohérence des groupes se pose de deux manières : cohérence interne et autonomie vis-à-vis de l’organisation mère. Examinons le premier aspect. Il convient d’abord d’appréhender, dans leur fonctionnement même, la construction du lien unissant les jeunes. Un premier volet concernait leur collaboration aux tâches militantes : la vente de la presse du groupe, la constitution du service d’ordre dans les réunions publiques, la prise de parole dans les réunions contradictoires pour ceux qui avaient reçu une formation d’orateur, la rédaction des tracts et manifestes se retrouvent bien évidemment dans toutes les organisations considérées [35] . Il faut chercher ailleurs les spécificités des groupes.

Dans la formation du groupe interviennent d’autres éléments de sociabilité, de nature festive. Le développement de la camaraderie pouvait se situer dans ce cadre. Jean Philippet remarque que les grandes fêtes telles que bals, kermesses, banquets, qui servaient à renflouer les caisses des organisations, étaient communes à l’Action française et aux Jeunesses patriotes [36] . Le même phénomène peut être relevé chez les jeunesses doriotistes [37] . La pratique du sport, autre forme de sociabilité propre à resserrer le lien social, était souvent encouragée dans le cadre d’organisations filiales des groupes. Les JP comme l’UPJF ont tenté d’encourager le camping, alors en vogue, les premiers ont même tenté de mettre sur pied un scoutisme de parti, les Voltigeurs de France, qui ne connut pas le succès [38] . Le PPF mettait en honneur les Auberges de jeunesse, dont se méfiaient les JFR, réticents devant une formule susceptible d’entraîner une mixité dangereuse pour la moralité des jeunes. Les Centres universitaires du Parti social français ne négligeaient pas les loisirs, mais mettaient davantage l’accent sur l’aspect éducatif de leur mouvement [39] . Dans les groupements liés aux droites parlementaires, cet aspect semble moins marqué, mais n’est pas totalement absent. Le secrétaire du groupe du XVe arrondissement de Paris des JFR mentionne une section physique et sportive (culture physique et boxe), un club photographique et … des concours de belote [40] . On manque sur ce sujet de données sur les jeunes de l’Alliance, mais il semble que ses activités restaient plus classiques. Dans tous les groupes concernés, le « carnet », consacré aux annonces familiales ou privées d’une autre nature (distinctions, réussite aux examens…), personnalisait les rapports entre les membres et leurs dirigeants et entre les membres eux-mêmes .

De ces activités l’action sociale, un des maîtres mots du moment, doit être dissociée. Le terme était à vrai dire ambigu, puisqu’il désignait à la fois des actes d’entraide entre les membres du groupe et des actions dirigées vers l’extérieur. D’une évidente inspiration catholique sociale, et par conséquent surtout marquée dans les groupes où militaient les jeunes catholiques, on la trouve d’abord chez les Jeunesses patriotes [41] . Les fêtes étaient associées, beaucoup plus que chez les royalistes de l’AF, à une action sociale, en fait caritative. Une partie des recettes était, par exemple, réservée aux préventoriums. Chez les JFR, on se plaisait à souligner la nécessité de l’action sociale, comprise comme l’entraide entre ses membres. « Ceux d’entre nous qui sont plus favorisés par la vie doivent mettre au service des autres leurs compétences, leurs relations et leur argent [42] . » Et le secrétaire de la section JFR du XVe de citer une aide fournie à des demandeurs d’emploi, une distribution de lainage et de layettes, des cours dispensés gratuitement par des étudiants de la section à d’autre membres. Mais ce que le parti de Louis Marin réalisait ponctuellement [43] , le PSF l’accomplit sur une plus grande échelle. Jean-Paul Thomas décrit l’activité des Centres universitaires du parti : services, loisirs, aide sociale pour les étudiants nécessiteux, tutorat, conférences, placements pour de petites activités salariées, dont se dégage l’image d’un « microcosme chaleureux ». L’activité sociale présentait ici une autre face, tournée vers l’extérieur : consultations médicales gratuites par les internes PSF, protection maternelle et infantile, animation sportive, etc. [44] . Ces efforts des centres liés au PSF se situaient dans le prolongement de l’action caritative des Croix-de-Feu dans la première partie des années 1930 [45] . Cette réalité correspondait bien aux souhaits du colonel de La Rocque tendant à privilégier l’action sociale extérieure. Celle-ci renforçait d’ailleurs la cohérence interne par ces actions collectives, réalisées dans une atmosphère d’apostolat. Beaucoup plus présentes à la fin des années 1930 que dans les années 1920, elles semblent marquer le triomphe d’une conception catholique sociale dont l’influence n’avait cessé de s’amplifier au fil de la décennie.

La question majeure du lien des mouvements de jeunesse avec l’organisation mère se pose sous diverses formes. Si le parti a un besoin vital d’un vivier de renouvellement, il lui faut maîtriser les pulsions propres à la jeunesse — ou tout au moins celles que l’on attribue communément à la jeunesse —, l’impétuosité, l’esprit de rébellion contre les aînés, le souci trop marqué de s’affirmer face aux anciens, parfois la prise d’initiatives jugées téméraires. De fait, ce point capital des rapports entre les mouvements de jeunes et leur formation d’appartenance a fréquemment été soulevé, aussi bien sur le plan institutionnel que sur le plan politique, en termes conflictuels. Il faut, en ce qui concerne les organisations étudiées ici, distinguer des cas très dissemblables.

Un premier lien de nature affective et charismatique concernait la nature du sentiment unissant les jeunes et les chefs de leur parti. Il était en fait d’intensité très variable. Manifestement, un véritable culte du chef entourait Doriot : prestation  de serment de fidélité par les jeunes de l’UPJF ; citation constante des propos du chef, dont on exhibait les portraits ; etc. [46] . Si le colonel de La Rocque bénéficiait de la part de ses partisans d’une réelle ferveur, aucun culte du chef n’était organisé par les Croix-de-Feu, hormis celui d’un rituel militaire ordinaire caractérisé par le respect mutuel des hommes et de l’officier. Jacques Nobécourt l’indique fort bien : « Au-delà du rituel protocolaire prescrit, au-delà des formes du respect, les salles se lèvent spontanément et applaudissent à son arrivée, crient : “Vive La Rocque !” sans se raidir dans le mécanique “salut au chef” [47] . » Chez les jeunes liés au mouvement, le Colonel jouissait d’une grande autorité, sans que se développât un « culte du chef » à proprement parler. Pierre Taittinger  ne faisait l’objet d’aucun culte, et le degré de son autorité était bien inférieur à celui de La Rocque. Elle était « réelle, mais jamais absolue », dit Jean Philippet, comparable à celle de Déroulède sur la Ligue des patriotes. Quant aux chefs de la droite parlementaire, ils n’inspiraient aucun sentiment, ni charismatique, ni de type militaire, ni même d’autorité du tout. Il faut nuancer, cependant. Louis Marin , dont la propagande de son parti traçait un portrait louangeur de bon père veillant sur ses enfants, pouvait inspirer une certaine affection, bien éloignée naturellement des sentiments qu’inspiraient à leurs troupes les chefs de ligues.   

La question se posait surtout sur un plan fonctionnel. Il semble, à cet égard, qu’il soit nécessaire de distinguer quatre cas différents, selon un ordre croissant d’autonomie.

Les JPF de Doriot présentent une première figure, celle de l’unité organique. L’organisation doriotiste montre le degré maximal d’intégration entre le parti et le mouvement de jeunesse. Un représentant du parti siège à tous les échelons, local (sections), fédéral, national (au bureau national de l’UPJF siègent trois représentants du parti). Un délégué de l’UPJF siège dans les instances du parti au niveau correspondant, pour faire part des projets du mouvement de jeunes et faire la demande de financement liée à ce projet, que le parti se réserve le droit d’accepter ou de refuser [48] . La docilité semble avoir été générale : aucune crise notable n’éclata entre le PPF et son mouvement de jeunes. En avril 1938, le secrétaire général de l’UPJF remit sa démission au secrétaire du PPF à la demande de ce dernier, sans provoquer la moindre vague à l’UJPF.

Les organisations du colonel de La Rocque ne présentent pas le même cas de figure, puisque le chef des Croix-de-Feu n’a pas, à proprement parler, créé de mouvement de jeunesse. Lors de la création des Volontaires nationaux, structure destinée à accueillir les éléments trop jeunes pour avoir combattu pendant la Grande Guerre, il ne fut pas créé d’organe national propre : le président général confia une délégation personnelle à deux responsables pour assurer sa mainmise sur l’ensemble. À chaque section Croix-de-Feu correspondait une section de Volontaires nationaux. Le chef de la première nommait un délégué à la section des VN. Le chef de la section VN était nommé par le président général, et devait en référer au chef de section Croix-de-Feu pour les activités publiques. Cette structuration permettait au président général d’assurer un contrôle efficace sur les VN [49] . Ces précautions n’empêchèrent pas une vive tension, à partir de 1934, entre le président et les responsables des Volontaires nationaux,

une dizaine de « jeunes gens » (de 35 ans), notamment Bertrand de Maud’huy, Claude Popelin, Pierre Pucheu. Cette fronde des « Maréchaux » — ainsi les avait-on surnommés — s’acheva avec leur démission, en juillet 1935, sans qu’il se produise de remous dans l’organisation [50] . Les Centres universitaires créés quelques années plus tard par le PSF n’étaient coiffés par aucune structure nationale et le colonel nommait directement les responsables [51] . Le modèle Croix-de-Feu est un peu différent de celui du PPF : l’unité organique est ici remplacée par le lien personnel entre les responsables et le chef.

Les groupes liés aux partis de droite parlementaire ne relevaient pas de la même catégorie. Il s’agissait là de mouvements bien identifiés, jouissant d’une existence propre, possédant une identité précise, appuyée sur des classes d’âge bien délimitées. Les mouvements successivement patronnés par l’Alliance démocratique étaient dirigés par un bureau, comprenant président, vice-présidents, secrétariat, trésorier. Le deuxième d’entre eux dans l’ordre chronologique, la Jeunesse républicaine française (JRF, 1934-1937), n’hésita pas à critiquer le parti sur le plan tactique comme sur le plan programmatique. La JRF obtint qu’un de ses membres siège à la commission administrative permanente de l’Alliance en 1936, mais le mouvement de jeunesse fut invité à se mettre en harmonie avec l’action et les objectifs du parti [52] . Le mouvement qui sortit de la réorganisation, la Jeunesse républicaine démocratique française (JRDF, créée en 1938), resta autonome, mais les liens furent resserrés : plusieurs de ses membres furent élus dans les instances centrales de l’Alliance. Il n’y eut guère de conflit. En effet, sur la question essentielle de l’attitude à adopter à l’égard de l’Allemagne, la JRDF soutenait les positions « conciliatrices » de P.-E. Flandin.   

Les Jeunesses de la Fédération républicaine existaient à titre de « filiale » — c’était le terme officiellement utilisé par le parti. Un bureau national de 22 membres en 1935, 36 en 1936, était placé au sommet de l’organisation. Cet organisme comprenait Louis Marin, président général, et six « délégués » des instances dirigeantes du parti. Les deux postes clés furent confiés à Philippe Henriot, président, et à René Russier, secrétaire général. Le premier était un parlementaire confirmé, mais jouissait d’un grand prestige comme « militant » ; le second était un administrateur considéré comme l’adjoint fidèle et dévoué de Jean Guiter, le secrétaire général du parti. La présence de l’organisation mère était donc nettement marquée : elle fut encore renforcée au lendemain des élections de 1936 par l’entrée massive de « jeunes » députés, nouveaux adhérents de la FR, sortes de jeunes notables dont la présence atténuait l’image de la Fédération souvent présentée comme parti de « vieux » . Les tensions qui traversèrent les JFR relevèrent des luttes internes entre les dirigeants de la FR : Henriot fit placer en 1938 deux de ses partisans aux postes de secrétaire général et de trésorier. Mais au début de 1939, Guiter et Marin, émus par ses positions ultramunichoises, le remplacèrent par François Valentin à la présidence, tandis que Russier reprenait  en mains l’administration du groupe. François Valentin faisait partie de la cohorte des jeunes députés de 1936, mais cet ancien responsable de l’ACJF ne venait nullement des JFR, auxquelles il avait adhéré après son élection [53] . Il s’agissait donc bien d’un groupe jouissant d’une certaine autonomie, mais sous l’influence assez étroite de la direction du parti.

Les Phalanges des JP offrent un dernier cas de figure. On ne peut ici parler d’unité organique : il existait bien un conseil national des Phalanges, dont le président des JP faisait partie de droit, mais essentiellement composé de phalangeards. Il est malaisé de définir les rapports entre les JP et les Phalanges. À deux reprises, le conseil des Phalanges prit une décision capitale. En 1928, le triumvirat royaliste qui se trouvait à sa tête, formé par Pierre-Henri Simon, Stéphane Pighetti de Rivasso, et J. Martin-Sané, fut évincé et remplacé par le républicain plébiscitaire Roger de Saivre. En 1933, le conseil adopta une attitude antiparlementaire accentuée, accompagnée de proclamations d’une tonalité « révolutionnaire ». Dans le premier cas, on peut parler d’une victoire de la ligne de Pierre Taittinger, dans le cadre de sa politique de recentrage en direction d’un gouvernement parlementaire à qui les « nationaux » étaient favorables, sans que l’on puisse savoir si les Phalanges ont précédé ou suivi le chef dans son rapprochement du régime parlementaire. Dans le deuxième cas, la victoire d’une ligne « dure » qui s’impose ensuite à la ligue entière montre bien la réelle indépendance dont bénéficiait l’organisation étudiante. Il faut donc, à propos des Jeunesses patriotes et des Phalanges, parler d’interdépendance, l’initiative revenant parfois au groupe étudiant, élément le plus dynamique de la ligue [54]

Sur ce double problème de la cohérence interne et de la dépendance plus ou moins marquée à l’égard de l’organisation mère, deux questions subsistent. En premier lieu, un contraste très net oppose l’effort de constitution d’une conscience de groupe et la fluidité de ces formations, le passage d’un groupe à un autre se trouvant encore favorisé par la recomposition du système politique à droite. Cette porosité ne peut s’expliquer que par une certaine uniformisation des discours et des pratiques. Ainsi, la création de groupes par les « vieux » partis semble-t-elle avoir abouti à leur contamination par la culture ligueuse [55] . Quant au degré de sujétion des formations de jeunes envers l’organisation mère, on vient de voir qu’elle est très variable suivant les types de répartition de l’autorité dans chacun d’entre elles. Peut-être le problème peut-il être inversé : dans quelle mesure un groupe de jeunes n’est-il pas parvenu à influencer l’organisation mère ? On a vu le cas des Phalanges et des JP.

Trois traits majeurs peuvent se dégager de l’évolution des mouvements étudiés. Le premier porte sur la différenciation de ces groupes. Toutes les organisations n’ont pas adopté à cet égard la même attitude. Ni l’Action française, ni les Jeunesse patriotes, ni les Croix-de-Feu n’ont créé de mouvements spécifiques fondés sur les classes d’âge. Diverses préoccupations les inspiraient, le souci de contrôle, celui de préserver l’image d’une jeunesse globale du mouvement, la croyance en l’unité organique par-delà les clivages générationnels. Les mouvements spécifiques sont apparus dans deux sortes d’organisations, les « vieux partis » liés au système parlementaire et une organisation d’une flamboyante « modernité », le PPF. Chez les premiers, prédominait la préoccupation majeure de donner une image « jeune », à l’opposé de la perception qu’ils offraient au public. Le PPF, avec son groupe de jeunes distinct, mais étroitement subordonné, semble une anomalie dans le paysage droitier. On n’aurait garde d’oublier les origines de ses fondateurs, bien éloignés des droites, traditionnelles ou ligueuses. 

Un deuxième aspect porte sur l’évolution et les modalités du militantisme. En fait, trois formes majeures apparaissent, le cercle d’études, axé sur la réflexion et l’entraînement à la joute oratoire, dans une perspective très parlementaire ; le militantisme activiste, orienté vers la démonstration de rue ; l’enracinement social, porté vers l’action caritative, humanitaire dirait-on aujourd’hui. Ces trois formes se retrouvent dans pratiquement tous les groupes, à des degrés divers : les groupes « modérés » ont adopté des pratiques et des discours peu éloignés du militantisme activiste et le catholicisme social, référence répandue dans une bonne partie des troupes de la jeunesse droitière, a fortement stimulé l’action sociale aussi bien en milieu ligueur que dans une organisation liée au monde parlementaire, comme les JFR. Peut-être la tendance générale est-elle allée dans le sens d’un renforcement de cette action.

Enfin, il convient de s’interroger sur le rôle de vivier joué par ces organisations. Comme on l’a déjà dit à plusieurs reprises, la vie de ces organisations fut courte. Les jours des « vieux » partis étaient comptés : ils ne devaient pas survivre à la chute de la IIIRépublique. La ligue des Jeunesses patriotes, après avoir connu un brillant apogée au début des années 1930, semblait déjà bien effacée du paysage en 1939. Les nouveaux partis, le PSF ou le PPF, disparurent avec la défaite et l’Occupation. Pourtant, parmi les jeunes éveillés à la politique dans ces groupes, un certain nombre reprirent une activité politique à la Libération ou quelques années plus tard. En un sens ces groupes avaient bien joué leur rôle de vivier [56] .

Notes :

[1] Cf. le dossier « Jeunes et sages », réalisé sous la direction de Gilles Le Béguec, publié dans une livraison de l’université Paris X-Nanterre, Recherches contemporaines, n°6, 2000-2001, auquel il sera fréquemment fait référence par la suite.

[2] Jean-François Sirinelli, Génération intellectuelle. Khâgneux et Normaliens dans l’entre-deux-guerres, Paris, Fayard, 1988.

[3] Olivier Dard, Le rendez-vous manqué des relèves des années 30, Paris, PUF, 2002.

[4] La question du classement à droite du PPF se pose. On sait que le parti déclarait volontiers n’appartenir ni à la droite, ni à la gauche. Toutefois, la plupart des spécialistes le classent à droite, à juste titre, considérant une grande partie de ses soutiens et les thèmes de sa propagande.

[5] Rosemonde Sanson, « Les républicains de gauche et les républicains radicaux. Les jeunesses de l’Alliance démocratique », dans Recherches contemporaines, op. cit., p. 178.

[6] Jeunesse 35, organe des JFR, n°12, mai 1935.

[7] Sébastien Pietrasanta, Bergery, Déat, Doriot et l’encadrement de la jeunesse : objectifs, réseaux , organisation (1933-1944), thèse pour le doctorat d’histoire, sous la direction de Gilles Le Béguec, université de Paris X-Nanterre, 2005, p. 281.

[8] Eugen Weber, L’Action française, Paris, Hachette-Pluriel, 1985, p. 72 et 408.

[9] Idem, p. 74.

[10] Jean Philippet, Le temps des ligues. Pierre Taittinger et les Jeunesses patriotes (1919-1944), thèse pour le doctorat d’histoire, Institut d’études politiques de Paris, sous la direction de Raoul Girardet, 1999, p. 45 et 268-272. Il était précisé que cette section de jeunes comprendrait un groupe d’études et un groupe « sportif ».

[11] Idem, p.  82.

[12] Jean-Paul Thomas, « Les jeunes dans le mouvement Croix-de-feu-PSF », dans Recherches contemporaines, op. cit., p. 190. Ce qui donne un âge maximum d’une trentaine d’années.

[13] Eugen Weber, op. cit., p. 84.

[14] Jean Philippet, op. cit., p. 559.

[15] Sébastien Pietransanta, op. cit., p. 265.

[16] Rosemonde Sanson, op. cit., p. 183 et 185.

[17] Mathias Bernard, La dérive des modérés, Paris, L’Harmattan, 1998, p. 287.

[18] Le journal des JFR (Jeunesse) est à l’origine celui des JUPR.

[19] On utilise ce terme par commodité, bien qu’il convienne assez peu à certains éléments du parti de Louis Marin, comme Philippe Henriot, orateur violent, incarnant une droite dure : il présidait l’UPR de la Gironde et les JFR.

[20] Sébastien Pietrasanta, op. cit., p. 312.

[21] Sébastien Pietrasanta, op. cit., p. 260.

[22] Eugen Weber, op. cit., p. 406.

[23] Jean Philippet, op. cit., p. 554-555. Une forte poussée des adhésions se situe, de fait, entre 1928 et 1931. Autres villes où étaient organisées des phalanges : outre Paris, Toulouse, Angers, Nancy, Rennes, Strasbourg, Montpellier, Clermont-Ferrand, Dijon, Rouen, l’Algérie et la Tunisie. Cf. Jean-François Sirinelli, op. cit., p. 245 sq.  

[24] Alain-René Michel, Catholiques en démocratie, Paris, Éditions du Cerf, 2006, p. 120 sq. Christian Delporte, « Les Jeunesses socialistes dans l’entre-deux-guerres », Le mouvement social, octobre-décembre 1991.

[25] Jean-François Sirinelli, op. cit., p. 246.

[26] Jean Philippet, op. cit., p. 556.

[27] Gilles Le Béguec, Recherches contemporaines, op. cit., p. 168-169.

[28] Jeunesse, juillet-août 1935. Duverger est reçu en droit, avec la mention « très bien » et 18 de moyenne. Il devait par la suite passer en décembre 1936 au PPF, qu’il quitta quelques mois plus tard.

[29] Rosemonde Sanson, op. cit., pp. 80 sq.

[30] Jean Philippet, op. cit., p. 688.

[31] E. Weber, op. cit., p. 84.

[32] Jeunesse, août 1936. Compte rendu d’activité du groupe des JFR du XVe et son organisation, par son secrétaire, J. Gilland.

[33] Jeunesse, mai 1935.

[34] Sébastien Pietrasanta, op. cit., p. 320. L’auteur cite le témoignage de Duverger, qui confirme avoir eu l’impression d’avoir accompli une « rupture » sociale avec son milieu d’origine.

[35] Même les jeunes de l’Alliance démocratique pouvaient éventuellement, dans les années 1930, fournir un « encadrement physique aux orateurs du parti ». Cf. Rosemonde Sanson, op. cit., p. 181.

[36] Jean Philippet, op. cit., p. 785.

[37] Sébastien Pietrasanta, op. cit., p. 179.

[38] Jean Philippet, op. cit., p. 573.

[39] Jean-Paul Thomas, op. cit., p. 193.

[40] Jeunesse, août 1936. À ce propos, J. Gilland ajoute significativement : ces concours « ont l’avantage de réunir nos membres et leurs familles, en passant d’agréables soirées grâce aux imprévus du jeu de carte ».

[41] Jean Philippet, op. cit., p.  788.

[42] Rapport Gilland, Jeunesse, août 1936.

[43] Dans les secteurs qui présentaient un terreau favorable, comme dans le Nord, à Hazebrouck, où fut mise sur pied une importante section de jeunes.

[44] Jean-Paul Thomas, op. cit., p. 195.

[45] Albert Kéchichian, Les Croix-de-Feu à l’ âge du fascisme, Paris, Champ Vallon, 2006, p. 291.

[46] Sébastien Pietrasanta, op. cit., p. 230.

[47] Jacques Nobécourt, Le colonel de La Rocque, 1885-1946, ou les pièges du nationalisme chrétien, Paris, Fayard, 1996, p. 179. Jean Philippet, op. cit., p. 540, parle toutefois de « dimension religieuse » à propos des sentiments qu’inspirait le colonel à certains de ses hommes. Mais c’est en le comparant à Taittinger, qui ne jouissait pas de la même autorité.

[48] Sébastien Pietrasanta, op. cit., p. 295. Selon les statuts, cités par l’auteur, si les bureaux fédéraux et de section doivent diriger, canaliser et quelquefois freiner l’ardeur des jeunes pour éviter les excès , d’ailleurs compréhensifs à leur âge, ils ne doivent en aucun cas les étouffer […] la fédération devra soutenir l’action des jeunes et au besoin les aider financièrement tout en les canalisant.

[49] Jacques Nobécourt, op. cit., p. 288.

[50] Jacques Nobécourt, op. cit., p. 354.

[51] Jean-Paul Thomas, op. cit., p. 191.

[52] Rosemonde Sanson, op. cit., p. 183.

[53] Le bureau comptait en 1937 six de ces jeunes députés : Frédéric Dupont, François Martin, François Valentin, François Boux de Casson, Bernard de Coral, Jean Crouan. Sur les démêlés d’Henriot et de la direction du parti, Guiter à Marin, 4 août 1941, Archives nationales, 317/AP/89.

[54] Jean Philippet, op. cit., p. 558.

[55] Gilles Le Béguec, op. cit., p. 164.

[56] Gilles Richard, Jacqueline Sainclivier (dir.), La Recomposition des droites à la Libération, 1944-1948,  Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2004. Jean-Paul Thomas, Droite et rassemblement du PSF au RPF, 1936-1953, thèse pour le doctorat d’histoire, Institut d’études politiques de Paris, 2002.

Jean Vavasseur-Desperriers

Docteur d’État, professeur des universités, Jean Vavasseur-Desperriers a travaillé sur l’histoire politique de la IIIe République, spécialement sur les droites conservatrices. Il appartient à l’UMR IRHIS (Institut de recherches historiques du Septentrion), rattachée à l’université de Lille III. Ses dernières publications sont Les droites en France (PUF, 2006) ; « Les droites septentrionales de la Belle Époque à la Seconde Guerre mondiale », numéro thématique de la Revue du Nord (en codirection avec Jean-Marc Guislin ; 2007).

Mots clefs : jeunesse ; droite ; Ligues ; étudiants ; militantisme.

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  • ISSN 1954-3670