Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Maryvonne Prévot, Catholicisme social et urbanisme. Maurice Ducreux (1924-1985) et la fabrique de la Cité,

Ouvrages | 18.02.2016 | Yvon Tranvouez

PURIl faut lire ce livre important, malheureusement publié sous un titre maladroit. Catholicisme social, cela fait penser, au pire aux hommes d’œuvres ou aux dames patronnesses de la fin du XIXe siècle, au mieux à l’abbé Pierre ou au Secours catholique, toutes choses estimables au demeurant mais totalement désaccordées de ce dont il est ici question. Maurice Ducreux, prêtre de la Mission de France, relève de la nébuleuse du mouvement missionnaire et des chrétiens progressistes de l’immédiat après-Seconde Guerre mondiale : une gauche catholique proche du Parti communiste et symbolisée par l’expérience des prêtres-ouvriers. Ordonné prêtre en 1950, affecté ensuite dans des paroisses populaires (Colombes, puis Alfortville, plus tard Gennevilliers), lui-même n’a pas travaillé en usine mais il s’est trouvé en contact, dès ses années de séminaire, avec les milieux les plus avancés du catholicisme français, fréquentant notamment le mouvement Jeunesse de l’Église et côtoyant aussi, à Ivry-sur-Seine, Max Stern et Philippe Munck, tous deux – le premier surtout – fortement engagés dans l’aventure de La Quinzaine, le bimensuel emblématique du progressisme chrétien.


« Guerre et déplacements de populations. Regards croisés sur l’Europe au XIXe et XXe siècles »

Colloques | 18.02.2016 | Mathieu Jestin

Les guerres, quelle que soit la forme qu’elles prennent, induisent des déplacements de populations, civiles comme militaires. Faisant régulièrement la une de l’actualité à l’échelle mondiale, ces mouvements et leurs mémoires structurent l’histoire des nations et des États européens depuis la fin du XVIIIe siècle et s’inscrivent – ou du moins doivent s’inscrire – dans l’histoire de la construction de l’Europe contemporaine. Leurs raisons, leurs formes et leurs conséquences sont extrêmement diverses. Spécialiste de ces thématiques, Bettina Severin-Barboutie (IHA-LabEx EHNE) a souhaité réunir des chercheur(e)s venant de différentes disciplines en sciences humaines et de divers États européens pour travailler ces problématiques dans le temps long, celui des XIXe et XXe siècles.


Emmanuelle Loyer, Lévi-Strauss

Ouvrages | 21.01.2016 | François Chaubet

Flammarion, 2015La biographie reste depuis quarante ans ce genre littéraire au succès continu, tant auprès des lecteurs que des divers praticiens qui la mettent en œuvre. Pour ces derniers, la souplesse d’écriture entre « descriptions denses » et généralisations, la variété des angles qu’elle autorise entre le micro et le macro permettent, dans certains cas, de superbes réussites. Dans ce livre-atlas, Emmanuelle Loyer soulève ici avec brio et sensibilité tout le XXe siècle intellectuel, aussi bien dans sa maîtrise d’une imposante  bibliographie que par sa curiosité archivistique (les belles archives de Claude Lévi-Strauss notamment). En effet, beaucoup de choses avaient déjà été dites sur le jeune militant socialiste (Stéphane Clouet et Alexandre Pajon)[1], sur l’intellectuel engagé dans la France libre à New York (Laurent Jeanpierre[2]), sur l’expert attaché auprès de l’Unesco (Wiktor Stoczowski[3]), sans compter les multiples entretiens et les innombrables travaux de philosophes (dont on peut détacher la nouvelle génération de chercheurs, notamment représentée par Patrice Maniglier et Martin Rueff). Mais le livre apporte de manière permanente intelligence de vues, souci du détail éclairant (l’exhibition de la lettre à Paul Rivet où figure, en 1943, la première mention de « structure ») et capacité archivistique à défaire certains lieux communs biographiques (souvent forgés a posteriori par Lévi-Strauss comme sur les prétendus « ratages » des missions inaugurales au Brésil ou la prétendue dépolitisation dès 1940). La richesse historienne de la première moitié du livre (les pages sur les épisodes brésiliens et new yorkais des années 1935-1947) provoque ces nombreux arrêts subits de lecture où le lecteur, le regard suspendu, savoure toute la richesse des perspectives tracées.


Emmanuelle Danchin, Le temps des ruines, 1914-1921,

Ouvrages | 21.01.2016 | Bruno Cabanes

PUR, 2014Les décombres de Liège ou de Dinant et ceux de la bibliothèque de Louvain, la cathédrale de Reims en feu, l’hôtel de ville et le beffroi d’Arras : toutes ces villes et monuments détruits en 1914 sont sans doute moins célèbres que les ruines de Dresde en 1945, le dôme de Genbaku à Hiroshima ou les rues de Berlin, filmées par Roberto Rossellini dans la scène d’ouverture d’Allemagne année zéro. Les ruines de la Grande Guerre provoquèrent pourtant à l’époque des réactions analogues de stupéfaction et d’indignation et nourrirent une réflexion collective sur les transgressions de la guerre moderne, qui marquera l’ensemble du XXe siècle. Ce n’est donc pas sur les destructions elles-mêmes ou sur les reconstructions d’après-guerre que porte le livre d’Emmanuelle Danchin. Ce qui l’intéresse plutôt, c’est la place des ruines dans la culture de guerre du premier conflit mondial, la manière dont les destructions ont alimenté les mobilisations de l’opinion durant le conflit et marqué le mouvement de démobilisation culturelle après la guerre. S’inscrivant dans la continuité du travail pionnier de John Horne et Alan Kramer sur les « atrocités allemandes » de 1914, son ouvrage apporte une réflexion originale sur le statut culturel et symbolique des ruines en temps de guerre et sur le rôle de l’image – notamment la photographie – dans la diffusion du motif des « crimes contre le patrimoine ».

 


Mathieu Dubois, Génération politique. Les « années 68 » dans les jeunesses des partis politiques en France et en RFA,

Ouvrages | 14.01.2016 | Gerd-Rainer Horn

Presses de l'université Paris-Sorbonne, 2014This is an important book. While there have been plenty of studies looking at aspects of “global 1968” which focus on the manifold social movements and radical political organizations at that time, few historians have investigated the impact “1968” had on mainstream political parties and their supportive milieus. Mathieu Dubois does precisely what few others have considered worthwhile. In a series of well-informed, detailed and insightful chapters, the author presents an innovative and eye-opening survey of how “1968” affected those political families which are often ignored or at best sidelined in standard accounts of les années 68. The frosting on the cake with regard to Génération politique is the author’s consistently transnational gaze. West Germany and France are at the center of Dubois’s concern, two societies which were, each in their own way, fundamentally affected by the turbulent events of that era.

 


Pierre-Jean Le Foll-Luciani, Les juifs algériens dans la lutte anticoloniale. Trajectoires dissidentes (1934-1965),

Ouvrages | 21.12.2015 | Valérie Assan

Presses universitaires de Rennes, 2015Issu d’une thèse de doctorat soutenue en 2013, l’ouvrage retrace l’itinéraire d’une quarantaine de juifs qui s’engagèrent dans la lutte pour l’indépendance de l’Algérie. En revisitant l’histoire des juifs de ce pays à travers le prisme de parcours pour le moins marginaux et dissidents, l’auteur entend restituer toute la complexité des identifications et des appartenances politiques et nationales de la minorité juive de l’ancienne colonie française. Ce travail peut donc être lu à la fois comme une contribution à l’histoire de la lutte anticolonialiste algérienne et comme un nouveau regard sur l’évolution des juifs d’Algérie à l’époque contemporaine.


L’Europe en jugement

Ouvrages | 19.11.2015 | Sonia Combe

Westview PressSynthèse d’une histoire qu’on pourrait dire totale de « la collaboration, de la résistance et du châtiment » pendant la Seconde Guerre mondiale, ainsi que le sous-titre l’indique, le dernier livre d’István Deák fait le point sur un jugement inachevé.

Ce recueil de textes est l’œuvre d’un historien américain d’origine hongroise passé par la Sorbonne sur la route de l’exil et qui trouva refuge aux États-Unis. Bien en prit à Columbia University à New York qui l’accueillit, car elle peut se targuer d’avoir l’un des meilleurs spécialistes mondiaux de l’histoire militaire, puis de l’Europe centrale depuis le XIXe siècle.

 


Claude Lévi-Strauss, « Chers tous deux », Lettres à ses parents, 1931-1942,

Ouvrages | 03.11.2015 | Jeannine Verdès-Leroux

Seuil, coll. "La librairie du XXIe siècle", 2015Les lettres de Claude Lévi-Strauss envoyées à ses parents et réunies dans cet ouvrage couvrent une très courte période : octobre 1931-juin 1933, une lettre de février 1935, avril 1941-septembre 1942. Ce document est passionnant. En 1993, Claude Lévi-Strauss publiait un livre, Regarder écouter lire : en lisant cette correspondance, on voit de manière unique ce que « regarder » signifie. Qu’il fasse son service militaire à Strasbourg, qu’il enseigne à Mont-de-Marsan, qu’il soit « exilé », « de passage » à New York, Claude Lévi-Strauss montre des curiosités sans limites ; on ne saurait citer un livre portant plus loin l’acuité du regard et la description minutieuse de ce que ce regard a vu.


Christa Hämmerle, Oswald Überegger et Birgitta Bader Zaar (eds.), Gender and the First World War,

Ouvrages | 03.11.2015 | Mathilde Bernardet

Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2014À l’heure du Centenaire de la Grande Guerre, dans un paysage historiographique saturé de parutions, l’ouvrage collectif Gender and the First World War, dirigé par Christa Hämmerl.e, Oswald Überegger et Birgitta Bader Zaar, croise études de genre et cultural studies afin de replacer le premier conflit mondial dans sa complexité et d’ouvrir de nouvelles perspectives.


Marc Olivier Baruch, Des lois indignes ? Les historiens, la politique et le droit,

Ouvrages | 27.10.2015 | Sévane Garibian

Tallandier, 2013L’ouvrage de Marc Olivier Baruch pourrait être un hommage à Montesquieu, présent en exergue au travers de ses mots : « Il faut éclairer l’histoire par les lois, et les lois par l'histoire » Mais « près de deux siècles et demi après avoir été écrites, ces lignes restent à mettre en application », explique l’auteur (p. 25). C’est là le message porté par cet essai, initialement voué à s’intituler La Mort de Montesquieu. Son objectif : faire reculer les clivages, mettre en dialogue, décloisonner, contre « l’ampleur de l’incompréhension entre droit et histoire » (p. 28).


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  • ISSN 1954-3670