Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Pierre-Jean Le Foll-Luciani, Les juifs algériens dans la lutte anticoloniale. Trajectoires dissidentes (1934-1965),

Ouvrages | 21.12.2015 | Valérie Assan

Presses universitaires de Rennes, 2015Issu d’une thèse de doctorat soutenue en 2013, l’ouvrage retrace l’itinéraire d’une quarantaine de juifs qui s’engagèrent dans la lutte pour l’indépendance de l’Algérie. En revisitant l’histoire des juifs de ce pays à travers le prisme de parcours pour le moins marginaux et dissidents, l’auteur entend restituer toute la complexité des identifications et des appartenances politiques et nationales de la minorité juive de l’ancienne colonie française. Ce travail peut donc être lu à la fois comme une contribution à l’histoire de la lutte anticolonialiste algérienne et comme un nouveau regard sur l’évolution des juifs d’Algérie à l’époque contemporaine.


L’Europe en jugement

Ouvrages | 19.11.2015 | Sonia Combe

Westview PressSynthèse d’une histoire qu’on pourrait dire totale de « la collaboration, de la résistance et du châtiment » pendant la Seconde Guerre mondiale, ainsi que le sous-titre l’indique, le dernier livre d’István Deák fait le point sur un jugement inachevé.

Ce recueil de textes est l’œuvre d’un historien américain d’origine hongroise passé par la Sorbonne sur la route de l’exil et qui trouva refuge aux États-Unis. Bien en prit à Columbia University à New York qui l’accueillit, car elle peut se targuer d’avoir l’un des meilleurs spécialistes mondiaux de l’histoire militaire, puis de l’Europe centrale depuis le XIXe siècle.

 


Claude Lévi-Strauss, « Chers tous deux », Lettres à ses parents, 1931-1942,

Ouvrages | 03.11.2015 | Jeannine Verdès-Leroux

Seuil, coll. "La librairie du XXIe siècle", 2015Les lettres de Claude Lévi-Strauss envoyées à ses parents et réunies dans cet ouvrage couvrent une très courte période : octobre 1931-juin 1933, une lettre de février 1935, avril 1941-septembre 1942. Ce document est passionnant. En 1993, Claude Lévi-Strauss publiait un livre, Regarder écouter lire : en lisant cette correspondance, on voit de manière unique ce que « regarder » signifie. Qu’il fasse son service militaire à Strasbourg, qu’il enseigne à Mont-de-Marsan, qu’il soit « exilé », « de passage » à New York, Claude Lévi-Strauss montre des curiosités sans limites ; on ne saurait citer un livre portant plus loin l’acuité du regard et la description minutieuse de ce que ce regard a vu.


Christa Hämmerle, Oswald Überegger et Birgitta Bader Zaar (eds.), Gender and the First World War,

Ouvrages | 03.11.2015 | Mathilde Bernardet

Basingstoke, Palgrave Macmillan, 2014À l’heure du Centenaire de la Grande Guerre, dans un paysage historiographique saturé de parutions, l’ouvrage collectif Gender and the First World War, dirigé par Christa Hämmerl.e, Oswald Überegger et Birgitta Bader Zaar, croise études de genre et cultural studies afin de replacer le premier conflit mondial dans sa complexité et d’ouvrir de nouvelles perspectives.


Marc Olivier Baruch, Des lois indignes ? Les historiens, la politique et le droit,

Ouvrages | 27.10.2015 | Sévane Garibian

Tallandier, 2013L’ouvrage de Marc Olivier Baruch pourrait être un hommage à Montesquieu, présent en exergue au travers de ses mots : « Il faut éclairer l’histoire par les lois, et les lois par l'histoire » Mais « près de deux siècles et demi après avoir été écrites, ces lignes restent à mettre en application », explique l’auteur (p. 25). C’est là le message porté par cet essai, initialement voué à s’intituler La Mort de Montesquieu. Son objectif : faire reculer les clivages, mettre en dialogue, décloisonner, contre « l’ampleur de l’incompréhension entre droit et histoire » (p. 28).


« Beauté Congo – 1926-2015 – Congo Kitoko ». Ce que « populaire » veut dire

Expositions | 26.10.2015 | Nora Greani

(Fondation Cartier pour l’art contemporain, 11 juillet 2015- 10 janvier 2016)Depuis le 11 juillet 2015, la fondation Cartier pour l’art contemporain accueille à Paris une grande exposition consacrée à l’art visuel moderne et contemporain congolais : « Beauté Congo – 1926-2015 – Congo Kitoko ». L’évènement enregistre une fréquentation telle que sa clôture, initialement prévue à la mi-novembre 2015, vient d’être repoussée de deux mois. Amplement promue et commentée à travers le monde (The New York Times, Le Monde, RFI, Télérama, El Pais, Elle, Le Point, Les Dépêches de Brazzaville, Die Welt, etc.), « Beauté Congo » recueille une approbation générale.

Au-delà de l’invitation au dépaysement et à la bonne humeur résumée par l’affiche officielle, plusieurs paramètres justifient ce succès. La vitrine offerte à la période moderne est sans précédent ; les artistes contemporains sélectionnés sont étroitement associés au dispositif scénographique ; le dialogue entre plusieurs formes d’expressions artistiques profite au discours général sur l’histoire de l’art congolais ; les œuvres sont sublimées par l’espace et par l’accrochage, etc. Que l’on nous pardonne toutefois de passer rapidement sur les incontestables réussites de l’exposition – la littérature est abondante – pour se concentrer plus avant sur quelques points sensibles


Sudhir Hazareesingh, Ce pays qui aime les idées,

Ouvrages | 20.10.2015 | Emmanuelle Loyer

Flammarion, 2015Il y a un bonheur particulier à lire le livre de Sudhir Hazareesingh car, en tant que Français, on y entend plutôt des choses agréables et on y perçoit un regard amoureux. Sa façon d’approcher la France fait penser à la remarque en 1941 d’André Breton, grand réfractaire au nationalisme gallo-centré de l’entre-deux-guerres qui arrive, sur le chemin de l’exil vers l’Amérique, à Fort-de-France : « 1941. C’était l’époque où l’on effaçait l’inscription "République française" du fronton des monuments publics… Jamais l’outrage fait à la France ne m’avait atteint plus qu’ici même. » Il fallait donc qu’il quittât la France pour ressentir l’affront subi et exprimer un patriotisme blessé et pudique. Français ? Oui mais jamais plus pleinement qu’à Fort-de-France… C’est depuis une position similaire que Sudhir Hazareesingh parle de la France contemporaine, à mi-chemin entre l’île Maurice de son enfance et l’Oxford de sa carrière professorale. Il offre les séductions d’une légende.


Claire Kaiser, Rainer Werner Fassbinder. Identité allemande et crise du sujet,

Ouvrages | 20.10.2015 | Martine Floch

Presses universitaires de Bordeaux, 2015À l’heure où le musée Martin-Gropius-Bau de Berlin revisite, par une exposition « Fassbinder - Jetzt », l’héritage du grand cinéaste, l’universitaire Claire Kaiser livre un ouvrage important et exhaustif sur l’œuvre de celui dont Serge Daney disait que « nul sinon Fassbinder n’a autant travaillé à une imagerie encore possible de l’Allemagne ». Car c’est bien une imagerie encore possible qui constitue selon l’auteure, spécialiste de l’Allemagne et du cinéma allemand, l’enjeu essentiel de Fassbinder d’une part et de sa propre recherche d’autre part. Le livre s’articule, selon le principe académique, en trois parties. Partant de l’idée – assez peu risquée – que le héros fassbindérien est en crise (ce qu’attestent les titres de ses films, les thèmes, les motifs et l’univers sombre du cinéaste), l’identité de celui-ci, dans l’Allemagne du miracle économique ouest-allemand, subit une série d’agressions.


Phoenix

Films | 16.10.2015 | Martine Floch

réalisé par Christian Petzold, 2014« Cet événement dépasse de loin les seuls Juifs et Tziganes. Reflétant l’image du dénuement absolu, d’un processus de déshumanisation mené à son terme, la Shoah inspire une réflexion inépuisable sur la conscience et la dignité des hommes », déclare Simone Veil, jugement que l’on peut reprendre à propos du film Phoenix du réalisateur allemand Christian Petzold (2014).

Une femme juive allemande, Nelly Lenz, sort défigurée des camps de concentration. Elle n’a de cesse de retrouver son visage pour redevenir celle qu’a aimée Johnny Lenz, son mari. Non seulement il ne la reconnaît pas, mais il l’invite à jouer le sosie de son épouse défunte – son propre sosie en quelque sorte – afin d’hériter de sa fortune. Rôle qu’elle accepte de jouer pour être reconnue, quitte à endosser, momentanément, le rôle de victime. Pour raconter cette fiction, Christian Petzold opte pour le genre du film noir.


« Un attachement ténu à la démocratie ? »

Ouvrages | 15.10.2015 | Nicolas Patin

Manchester University Press, 2012Dans son livre De la victoire à Vichy. Les anciens combattants dans la France de l’entre-deux-guerres, l’historien Chris Millington, chercheur à l’université de Swansea au Pays de Galles, essaye de relever plusieurs défis.

Les deux premiers défis sont tout entier compris dans le titre de son ouvrage : en étudiant les anciens combattants de la Grande Guerre, il doit affronter une historiographie dominée depuis longtemps par l’ouvrage de référence d’Antoine Prost (1977). Par ailleurs, en choisissant un titre aussi évocateur – publicitaire ? – que De la victoire à Vichy, l’auteur semble poser comme hypothèse de départ que les mouvements d’anciens combattants, dans leur diversité, se sont progressivement ralliés à la lutte contre une république parlementaire honnie, en proposant des solutions autoritaires à la crise. L’auteur va même plus loin, dès l’introduction et à plusieurs reprises par la suite : il veut discuter la « thèse de l’immunité » ou de « l’allergie » française au fascisme (p. 11-12, 54, 110).


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  • ISSN 1954-3670