Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Hélène Hoppenot, Journal 1936-1940,

Ouvrages | 07.04.2016 | Jeannine Verdès-Leroux

Editions Claire Paulhan, 2015Hélène Hoppenot, femme d’un diplomate connu et fort discret, a tenu un journal pendant toute sa vie à partir de 1918, sauf pendant le temps passé en Chine (octobre 1933 – décembre 1936). Ce qui est parfait ne se raconte pas, disait-elle. Ce livre publie ce qu’elle écrivait pour elle-même de décembre 1936 à octobre 1940. Henri Hoppenot est partout présent et presque à demi caché. En janvier 1939, il travaillait à la Sous-direction de l’Europe. À l’automne 1940, Pétain l’envoya dans un lointain poste diplomatique en Uruguay. Le livre s’arrête au début de ce voyage.


Als wir träumten (Le temps des rêves), film d’Andreas Dresen

Films | 07.04.2016 | Martine Floch

film d'Andreas DresenEn 2016, la RDA continue d’éveiller l’intérêt. Elle fut pendant plus de quarante ans, du 7 octobre 1949 au 3 octobre 1990, le lieu où tant d’Allemands crurent sortir du fascisme par un rêve à la fois démocratique et social. Et si dans la plupart de ses réalités, notamment politiques et économiques, elle ne fut pas à la hauteur des espérances qu’elle avait fait naître, elle continue d’aimanter la conscience des Allemands et la conscience internationale. Témoigne aussi de cette vitalité tout un cinéma identifié à l’« Ostalgie » qui a remis au goût du jour l’existence de la RDA dans ses contradictions multiples. Parmi eux, celui très emblématique du cinéaste issu de l’Ouest, Wolfgang Becker (Good Bye Lenin !, 2003), dont l’immense mérite avait été, sous la forme d’une adorable comédie dramatique portée par des acteurs issus de l’Est et de l’Ouest et de plusieurs générations, de tout simplement rappeler à un public international l’existence de la RDA. On se souvient du procédé utilisé par le réalisateur de l’uchronie : « Et si l’Histoire avait été celle-ci : l’adhésion de la population de la RFA au communisme pour rejeter les fausses valeurs du capitalisme ? », qui permettait aux Allemands, qu’ils soient Wessis ou Ossis, de se demander avec Jean-Luc Godard si « le monde s’était accordé avec leurs désirs ». Dans le dernier film d’Andreas Dresen, Le temps des rêves (Als wir träumten), il est justement question d’un monde qui ne s’est pas accordé avec les désirs et les espoirs d’une bande de cinq jeunes gens (Rico, Mark, Pittbull, Sternchen et Dani) à Leipzig en 1990 au lendemain de la réunification. Le rêve notamment de fonder une boîte de nuit de musique heavy metal se heurte vite à l’hostilité de gangs portés sur la drogue régnant sur une bande de skinheads et de néonazis, qui mettent fin à quelques mois de liberté et de fête. Voilà pour le synopsis d’un film dont la bande-annonce porte en germe toutes les faiblesses du film et apporte la preuve que la RDA se vend toujours bien, vingt-cinq ans après la réunification. La bande-annonce d’un film en est l’outil promotionnel phare. Elle se veut l’objet le plus proche du film lui-même et se définit comme une promesse qui doit traduire le ton, donner l’impression, le goût du film. Les éléments mis en avant dans la bande-annonce allemande du film (et française, à peu de choses près identique) sont la chute du Mur, le récit nostalgique et sentimental de la fin de la RDA et de l’enfance, l’embardée dans l’underground interlope, brutal et viril du hard rock. Le film est enfin promu comme étant « le Trainspotting allemand ».


Ludovic Tournès, Les États-Unis et la Société des nations (1914-1946). Le Système international face à l’émergence d’une superpuissance,

Ouvrages | 04.04.2016 | François Chaubet

Peter Lang, 2016Dans ce beau livre gigogne, Ludovic Tournès, spécialiste reconnu des fondations philanthropiques américaines, nous donne à lire trois histoires en une : une histoire de la Société des Nations (SDN) et de ses organismes spécialisés (dont le Bureau international du travail [BIT] ou la Coopération intellectuelle), une histoire de la politique américaine vis-à-vis de l’Europe et, enfin, une histoire transnationale des fondations philanthropiques. En cimentant les deux premiers domaines, l’examen de l’action multiforme (d’orientation, d’incitation, de pilotage) des fondations lui permet de reconsidérer avec une grande clarté et une belle maîtrise intellectuelle le topos traditionnel du « retrait » américain des affaires européennes durant l’entre-deux-guerres. Ce livre, donc, nous amène à saisir de près les fascinants mécanismes d’influence déployés par les fondations américaines, financiers bien sûr, mais aussi administratifs (un réseau dense d’informateurs, de rapports de toutes sortes) et intellectuels (ce qui coïncide avec la montée décisive de l’expertise universitaire américaine).


Christine Bard (dir.), Les féministes de la première vague Rennes, Presses universitaires de Rennes, coll. « Archives du féminisme », 2015.

Ouvrages | 25.03.2016 | Patrick Farges

PUR, 2015L’ouvrage collectif dirigé par Christine Bard est issu d’un colloque qui a eu lieu en mai 2011. Ce colloque faisait suite à celui consacré à l’histoire des féministes de la « deuxième vague », qui a également fait l’objet d’une publication dans la collection des « Archives du féminisme ». Cette chronologie éditoriale « inversée » est tout à fait symptomatique de l’oubli relatif dans lequel est tombé le féminisme de la « première vague », ce qui pose la question de la mémoire et de la transmission intergénérationnelle des luttes féministes. On ne peut que faire le constat d’une discontinuité historique : les « néo-féministes » des années 1970 n’avaient pour la plupart pas connaissance des revendications, des combats et des discours qui avaient eu lieu avant.


Les Suffragettes, film de fiction de Sarah Gavron (2015)

Films | 25.03.2016 | Bibia Pavard

"Les suffragettes", film de fiction de Sarah Gavron (2015)La fiction de Sarah Gavron, Les Suffragettes (2015), un film sur l’engagement au prisme du genre et de la classe sociale, est un film historique comme il en existe peu : un long métrage consacré à des militantes féministes du début du XXe siècle. Rassemblant des actrices de renom, notamment Carey Mulligan qui a le rôle-titre mais aussi Helena Bonham Carter et Meryl Streep (pour une, certes, courte apparition), le film propose une relecture de la figure de “la suffragette”. Derrière ce terme sont rangées les militantes pour le suffrage des femmes qui ont choisi des modes d’action spectaculaires, contrairement aux suffragistes qui ont choisi des actions plus classiques de lobbying – il faut rappeler à quel point traiter de politique et prendre la parole dans l’espace public est une transgression majeure pour une femme de la société victorienne.


À propos de l’exposition « Frontières » d’Yvan Gastaut et de Catherine Wihtol de Wenden

Expositions | 25.02.2016 | Emmanuel Naquet

Musée de l'histoire et de l'immigration, 2016Les « vagues de migrants », comme la presse et certains politiques nomment ces flux d’enfants, de femmes, d’hommes fuyant guerres et misère, tentant de trouver paix et dignité en Europe, mourant en Méditerranée entre les côtes du Maghreb, du Machrek ou du Proche-Orient, et celles de Gibraltar, de Lesbos ou de Lampedusa – 30 000 morts depuis 2000 –, s’imposent chaque jour davantage dans notre actualité. En fait, ces Syriens, Libyens, Érythréens, Irakiens, Afghans, tous ces Africains, foncièrement ceux du Sahel, et tous ceux qui passent, dans des conditions également très dures par les « routes des Balkans », posent avec acuité la contemporanéité des frontières, au-delà de la question même d’un nouvel espace Schengen et par-delà d’autres situations sur le Vieux Continent, comme celles des Ukrainiens fuyant les séparatistes pro-russes.

Sur cette problématique justement, l’exposition « Frontières » qui se tient au Musée national de l’histoire de l’immigration, du 10 novembre 2015 au 29 mai 2016, et le catalogue qui l’accompagne, nous offrent de courts et multiples éclairages sur la longue durée, en convoquant plusieurs sciences sociales qui reprennent, prolongent et approfondissent des analyses et des données peu ou prou connues, mais en jetant des regards croisés et complémentaires de politologues, de géographes, d’anthropologues, d’historiens, de démographes, de politistes.


À propos du film Les anarchistes d’Élie Wajeman (2015)

Films | 22.02.2016 | Gaetano Manfredonia

Film d'Élie Wajeman, droits réservés.Depuis plusieurs années déjà, un regain d’intérêt certain se manifeste en France tant pour les idées que pour l’histoire des mouvements anarchistes et des mouvements antiautoritaires au sens large. La multiplication des publications d’ouvrages consacrés à ces courants, tout comme celle des sites qui leur sont consacrés, est là pour l’attester. Si les recherches universitaires ou les études à caractère scientifique sont encore, hélas !, trop peu nombreuses, la documentation à disposition des spécialistes ou de simples curieux est désormais fort considérable. Le temps où l’on pouvait dire ou écrire en toute impunité n’importe quoi sur l’anarchisme est, en tout cas, révolu. En attendant la sortie d’un film documentaire sur l’histoire des mouvements libertaires dans le monde – prévue en principe pour la rentrée de septembre 2016 sur Arte –, Les anarchistes, le dernier film d’Élie Wajeman, s’inscrit indiscutablement dans ce mouvement général de redécouverte.


« Homosexualität_en » («Homosexualité-s»)

Expositions | 22.02.2016 | Márcio Aurélio Peres Da Silva

Deutsches Historisches Museum (DHD), Schwules Museum - 24/06-01/12/2015Trente et un ans après l’exposition « Eldorado – Homosexuelle Frauen und Männer in Berlin (1850-1950) » au Märkisches Museum, la ville de Berlin revisite le monde gay avec une nouvelle exposition, cette fois-ci en la présentant principalement au Deutsches Historisches Museum (DHM), mais aussi au Schwules Museum.


Deux livres pour renouveler notre connaissance de l’art russe du début du XXe siècle

Ouvrages | 19.02.2016 | Anastasia Simoniello

Presses du Réel, 2015Au cours de ces dernières années, plusieurs thèses de doctorat ont été consacrées aux avant-gardes russes et ont ainsi contribué à éclairer d’une lumière nouvelle leur production artistique et théorique. Les presses du réel ont publié deux d’entre elles, sous une forme remaniée. Avant d’aborder l’ouvrage de l’historienne de l’art Elitza Dulguerova, nous évoquerons celui de Geneviève Cloutier, spécialisée en littérature comparée et études slaves.


Une histoire de fou, film de Robert Guédiguian (2015)

Films | 19.02.2016 | Boris Adjemian

film de Robert Guédiguian, 2015. Droits réservésLa sortie sur les écrans en novembre 2015 du dernier film de Robert Guédiguian consacré au terrorisme arménien des années 1970 n’est pas passée inaperçue, mais on aurait pu s’attendre à ce qu’elle suscite plus d’échos. Sans doute les attentats du 13 novembre 2015 ont-ils, parmi leurs nombreux effets indirects, paru rendre dérisoire la conversation sur ce thème, quand ils n’ont pas complètement éteint l’envie d’aller au cinéma. Nous avons alors assisté malgré nous au télescopage entre deux temporalités de l’histoire des terrorismes – dans des formes qui n’ont pourtant a priori que très peu à voir l’une avec l’autre. Comme nous avions pu avoir aussi l’étrange impression, depuis plus d’un an, de lire en surimpression les récits des crimes perpétrés aujourd’hui en Syrie entre Alep, Rakka, Deir ez-Zor et Ras ul-Ayn, et ceux commis il y a cent ans, dans les mêmes lieux, contre les Arméniens déportés par le gouvernement ottoman.


imprimer

Newsletter

  • Consultez fréquemment les rubriques dynamiques de cette colonne. Elles sont régulièrement mises à jour.

Champ libre

  • Histoire@Politique fête ses 10 ans
  • Conférence de Jessica Gienow Hecht, mardi 6 juin 2017 à 17h00 (Centre d’histoire (...)
  • lire la suite
  • Histoire@Politique est également disponible sur CAIRN
  • lire la suite

Partager

  • ISSN 1954-3670