Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Robert Frank, Éric Roussel, Jean-Noël Jeanneney (dir.), Simon Nora. Moderniser la France,

Ouvrages | 19.09.2016 | Alain Chatriot

Éditions du CNRS, 2016Simon Nora (1921-2006) est un haut fonctionnaire dont la trajectoire pendant plus de cinquante ans accompagne l’histoire de la France contemporaine. Résistant à 20 ans, membre de la première promotion de l’ENA, inspecteur des finances, il est le collaborateur de Pierre Mendès France puis de Jacques Chaban-Delmas. Haut fonctionnaire européen, il est pendant quelques années le directeur de l’ENA ; homme de presse et d’entreprises, son nom reste aussi associé à de nombreux rapports publics dont certains ont fait date. Après son décès, deux manifestations lui ont rendu hommage (à la Bibliothèque nationale de France en 2006 et à l’Institut d’études politiques en 2013). Les différentes interventions en sont reprises pour former un volume au contenu disparate – tant dans le format que dans la densité des contributions, sans parler des répétitions nombreuses d’un texte à l’autre – mais qui a le grand mérite d’éclairer différents aspects de l’action de Simon Nora. Il faut signaler que sont proposés en annexes quelques textes dont le très intéressant entretien de Simon Nora avec Marcel Gauchet publié sous le titre « Servir l’État » dans Le Débat en 1986.


« Internationales graphiques. Collections d’affiches politiques, 1970-1990 »

Expositions | 19.09.2016 | Emmanuel Naquet

« Internationales graphiques. Collections d’affiches politiques, 1970-1990 », Bibliothèque de documentation internationale contemporaine – Hôtel national des Invalides 17 février-29 mai 2016« Internationales graphiques ». Ou les combats en images. Tel aurait pu être le sous-titre de l’exposition tenue à la BDIC (Bibliothèque de documentation internationale contemporaine). En effet, cet authentique observatoire et atelier de l’Histoire – un fond de 150 000 affiches… – qu’est la BDIC présente, en partenariat avec l’International Institute of Social History (IISH) d’Amsterdam, dans ses murs du Musée d’histoire contemporaine aux Invalides, du 17 février au 29 mai 2016, des regards d’artistes engagés à travers un choix de 170 affiches. Après les sixties et leur profusion iconographique, il s’est agi d’aller plus loin, vers les décennies 1970-1990, jusqu’alors beaucoup moins approchées. Celles-ci, on le sait, ont été marquées par une accélération de l’histoire avec une démultiplication et une mondialisation des combats pour l’égalité, la paix, la dignité, le progrès, les libertés, et plus largement les droits de l’homme. Nombre d’entre elles se sont inscrites dans les mémoires collectives et individuelles, par des images fixes ou animées souvent connues, parfois oubliées après avoir été effacées des murs, ou simplement floutées par le filtre du temps.


Kevin McDermott, Communist Czechoslovakia, 1945-1989. A Political and Social History,

Ouvrages | 19.09.2016 | Michel Christian

Palgrave Macmillan, New York et Londres, 2015Plus d’un quart de siècle après la chute du régime communiste, il n’existait aucun ouvrage de synthèse sur l’histoire de la Tchécoslovaquie entre 1945 et 1989. C’est ce manque criant que vient admirablement combler l’ouvrage de l’historien britannique Kevin McDermott. Plus qu’une synthèse, ce dernier propose surtout une approche critique de l’historiographie traditionnelle qui, en se focalisant sur les processus politiques et leurs principaux acteurs, favorise une conception manichéenne de l’histoire de la période réduisant les régimes communistes à leur dimension répressive. Tout en rendant justice à ses apports, Kevin McDermott souligne en même temps les limites de cette historiographie et propose à cette fin un bilan de la recherche en histoire sociale telle qu’elle s’est peu à peu développée depuis 1989. Ce travail se limite certes aux historiographies anglophone et tchécophone, laissant ainsi de côté toute l’historiographie germanophone pourtant essentielle. Son ouvrage n’en apporte pas moins de la visibilité et de la cohérence aux travaux de toute une génération de jeunes chercheurs et chercheuses, dans des pays où la vision officielle du communisme reste encore dominée par une approche totalitaire simpliste. Il encourage ainsi à relire l’histoire de ces régimes en les considérant comme des phénomènes sociaux et en cherchant ailleurs que dans la pure contrainte les raisons de leur étonnante capacité à durer.

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« Les souverainetés indigènes. Royautés, principautés, républiques et empires autochtones dans les mondes atlantiques (Amériques et Afrique, XVe-XIXe siècle) »

Colloques | 25.07.2016 | Matías Sánchez Barberán et Nicolas Terrien

Le colloque international « Les souverainetés indigènes. Royautés, principautés, républiques et empires autochtones dans les mondes atlantiques (Amériques et Afrique, XVe-XIXe siècle » a suivi une ligne privilégiant les grands ensembles historiques. Par la mise en relation de mondes divers, en croisant les conceptions juridiques et les expériences concrètes en Amérique et en Afrique, ces journées ont permis d’interroger les manières de concevoir et de reconnaître les formes de pouvoir indigènes à l’intérieur et aux marges des empires, au-delà des traditionnelles frontières européennes. « Emboîtées », « diffuses », les adjectifs employés pour  délimiter ces souverainetés ont bien rendu compte de leur caractère dynamique et parfois difficilement saisissable. Les intervenants se sont accordés sur la créativité des différents acteurs locaux pour définir et encadrer les nouvelles pratiques issues de la rencontre entre Américains, Africains et Européens.


Charles-Louis Foulon, François Mitterrand. Un siècle de passions,

Ouvrages | 25.07.2016 | Janine Mossuz-Lavau

Editions Ouest France, 2015« Quand j’étais étudiant à Paris, je rêvais d’aventures. Je ne pensais pas à la politique mais je me voyais en homme de pouvoir. » C’est par ces mots que s’ouvre le livre de Charles-Louis Foulon, sous-titré Un siècle de passions. Mots tirés, comme tous ceux qui s’inscrivent au début de chaque chapitre, d’une lettre de François Mitterrand à sa cousine, Marie-Claire Sarrazin, datée du 1er novembre 1943. Mots qui donnent le « la » d’un ouvrage méticuleusement composé, à partir de la bibliographie existante sur le sujet et du dépouillement de la presse depuis 1965. Charles-Louis Foulon a également recueilli des témoignages, dont une longue conversation téléphonique avec Anne Pingeot qui ne l’a pas reçu car elle estimait en avoir déjà trop dit. La plupart des chapitres sont assortis d’au moins quarante à cinquante notes, et agrémentés à chaque page d’une ou deux (voire trois) photos bien légendées, recueillies dans les banques d’images, dans le fonds photographique de l’AFP ou auprès de particuliers. L’auteur s’est attaché à toutes les facettes de la vie et de l’œuvre de l’ancien président de la République car les passions de ce dernier ne furent pas que politiques. Elles furent culturelles, affectives, environnementales (les arbres de Latche, le fleuve d’Égypte, etc.). Charles-Louis Foulon vient à bout de cette gageure en suivant un fil chronologique (du chapitre I « De Jarnac à Paris », au chapitre VIII « La route de la postérité »), complété par une bibliographie et une filmographie. Et surtout par ces légendes souvent copieuses figurant sous les nombreuses photos.


Danièle Fraboulet, Michel Margairaz et Pierre Vernus (dir.), Réguler l’économie. L’apport des organisations patronales. Europe, XIXe-XXe siècles,

Ouvrages | 25.07.2016 | Marie-Emmanuelle Chessel

PUR, 2016Cet ouvrage clôt un cycle et mérite à cet égard toute notre attention. En effet, c’est le dernier livre issu d’un programme de recherche international et interdisciplinaire consacré aux organisations patronales en Europe. Les précédents ouvrages – publiés paradoxalement, comme celui-ci, dans une collection consacrée à l’histoire du travail – ont d’abord permis de montrer l’importance, surtout à l’échelle locale et régionale, des organisations nées dès le premier XIXe siècle. Renouvelant l’historiographie en la matière, ils ont contribué à mettre au jour de multiples organisations pas ou peu connues, à différentes échelles. Ils ont ainsi montré la diversité de ces organisations, notamment en termes de taille, de fonction et d’idéologie. Dans la même veine, Réguler l’économie se centre sur la manière dont ces organisations ont contribué à façonner les marchés et à mettre en place des règles de fonctionnement de l’économie.


Courts métrages documentaires de Krzysztof Kieślowski

Films | 25.07.2016 | Jérôme Bazin

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/16/Alberto_Terrile.1994.Krzysztof_Kieslowsky.jpg/220px-Alberto_Terrile.1994.Krzysztof_Kieslowsky.jpgÀ l’occasion du vingtième anniversaire de la mort du cinéaste polonais Krzysztof Kieślowski (1941-1996), plusieurs rétrospectives et expositions ont lieu en Europe au cours de l’année 2016. Dans le programme du colloque « La Double Vie de Kieślowski », associé au festival « L’Europe autour de l’Europe », figurait par exemple une projection organisée au cinéma le Grand Action à Paris le 1er avril 2016. L’occasion de montrer des œuvres moins connues que la trilogie des Trois Couleurs, La Double Vie de Véronique ou la série du Décalogue : cinq des courts métrages documentaires que Kieślowski a tournés au cours des années 1960 et 1970. Il s’agissait d’Urząd (Le Guichet, 1966), Szpital (L’Hôpital, 1976), Z punktu widzenia nocnego portiera (Du point de vue du gardien de nuit, 1977), Dworzec (La Gare, 1980) et Gadające głowy (Les Têtes parlantes, 1980). Autant de documentaires qui ont été produits dans les circuits officiels de la Pologne populaire, et qui, même s’ils n’ont pas été diffusés à grande échelle, ont été occasionnellement montrés dans des petits cinémas et des ciné-clubs, notamment lorsque le climat politique se libéralise – temporairement – avec l’apparition de Solidarnośćà la toute fin des années 1970.

 


Claude Boli, Patrick Clastres et Marianne Lassus (dir.), Le sport à l’épreuve du racisme du XIXe siècle à nos jours. Sports, xénophobie, racisme et antisémitisme,

Ouvrages | 23.06.2016 | Laurent Dornel

nouveau monde éditionsEn son temps, Pierre de Coubertin avait affirmé que « les races sont de valeur différente et à la race blanche, d’essence supérieure, toutes les autres doivent faire allégeance. Dans un autre texte, non moins repris par la suite, il insistait : « Il y a deux races distinctes : celle au regard franc, aux muscles forts, à la démarche assurée et celle des maladifs, à la mine résignée et humble, à l’air vaincu. Eh ! bien, c’est dans les collèges comme dans le monde : les faibles sont écartés, le bénéfice de cette éducation n’est appréciable qu’aux forts[2]. » La question des rapports entre sport et racisme n’est donc pas récente, et elle divise profondément et depuis longtemps les chercheurs. Pour certains, comme Marc Perelman ou Jean-Marie Brohm, le sport est une « intoxication idéologique ». À cette critique résolument radicale, s’oppose une position plus irénique qui voit dans le sport un instrument infaillible d’intégration et de cohésion sociale.


Frederick Cooper, Français et Africains ? Être citoyen au temps de la décolonisation,

Ouvrages | 22.06.2016 | Catherine Coquery-Vidrovitch

PayotCette somme, ou plutôt ce monument, est désormais indispensable à tous ceux qui s’intéressent à l’Afrique subsaharienne francophone et/ou à l’histoire de la Quatrième République, car celle-ci est indissociable de l’histoire de la décolonisation, depuis la création de l’Union française et la guerre d’Indochine jusqu’à la guerre d’Algérie et l’institution de la Communauté conduisant à l’indépendance des colonies africaines subsahariennes. Ce travail de fond complète admirablement un ouvrage qui fut à son époque une somme injustement méconnue des historiens français : Political Parties in French-Speaking West Africa, publié dès 1964 par une jeune politiste américaine hardie, Ruth Morgenthau, que sa nationalité en même temps que sa jeunesse protégeaient des méfiances africaines envers les Français.


Karl Schlögel, Le Berlin russe,

Ouvrages | 21.06.2016 | Aude-Cécile Monnot

Editions de la maison des sciences de l'hommeRetrouver les traces d’un monde disparu, telle est l’ambition du livre de Karl Schlögel, Le Berlin russe, version française d’une étude publiée en 2007 consacrée à l’histoire culturelle des interactions entre Russes et Allemands dans le Berlin de l’après-Grande Guerre.

L’historien reconstruit la variété des formes et des lieux de la présence russe dans la capitale allemande et s’attache non seulement à les décrire minutieusement, mais à analyser de surcroît leurs usages et leurs perceptions par les acteurs de ces relations germano-russes.

Karl Schlögel démontre que Berlin accueille une « élite transnationale d’un genre tout à fait nouveau » (p. 191), constituée d’Allemands russifiés et de Russes germanisés partageant un cadre de référence. L’ouvrage analyse alors la « fin des évidences » (p. 3), c’est-à-dire l’ensevelissement de cette proximité culturelle dans l’expérience de la guerre et de la destruction. Le lecteur est immergé dans des lieux quotidiens – un quartier d’immigration russe –, d’autres plus privés – des salons mondains et des réceptions diplomatiques –, dans la vie d’universitaires, d’espions, d’une société composite en somme. La géographie du vécu de la ville par les protagonistes permet à l’auteur d’analyser l’évolution des relations germano-russes au gré des conflits de la première moitié du XXe siècle.


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  •  « La politique scientifique en France au 20e siècle entre État (...)
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  • ISSN 1954-3670