Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Emmanuelle Loyer, Mai 1968 dans le texte,

Ouvrages | 04.09.2008 | Caroline Rolland-Diamond

Dans la pléthore de livres sur mai 1968 parus en ce quarantième anniversaire, l’ouvrage d’Emmanuelle Loyer fait l’effet d’une bouffée d’air. Alors que chacun y va de son souvenir, de son anectode et/ou de son analyse rétrospective, Mai 68 dans le texte replonge directement le lecteur au cœur de l’effervescence de la période, en le confrontant aux paroles et aux écrits des acteurs de l’événement. Second ouvrage de l’intéressante nouvelle collection « De source sûre » des Éditions Complexe, dont l’ambition est de fournir, autour de la mise en forme d’une sélection d’archives souvent inédites, une réinterprétation rigoureuse d’un événement historique, le livre d’Emmanuelle Loyer remplit admirablement ce cahier des charges.


« Germaine Tillion, ethnologue et résistante »

Expositions | 02.09.2008 | Sylvie Thénault

Ouverte en hommage à Germaine Tillion le jour même où elle aurait eu 101 ans, l’exposition « Germaine Tillion, ethnologue et résistante » présentée au musée de l’Homme du 30 mai au 8 septembre 2008 reprend celle créée à Lyon, par le Centre d’histoire de la résistance et de la déportation, en 2004. Elle connut aussi un franc succès à Rennes en 2008 même, avant sa présentation à Paris, où elle est enrichie d’objets issus des collections du musée de l’Homme et du Quai Branly.


Amartya Sen, L'Inde. Histoire, culture et identité,

Ouvrages | 01.09.2008 | Christian Bardot

Cette publication rend accessible en français des conférences ou des essais datant des années 1996-2005. Initialement publiés soit en ouvrages séparés, soit dans des revues indiennes, britanniques ou étasuniennes, ces textes ont été rassemblés dans un volume publié en 2005 et intitulé The Argumentative Indian. Writtings on Indian History, Culture and Identity (Allen Lane /Penguin Books).

Le titre anglais, difficilement traduisible en français, résume exactement le propos : Amartya Sen insiste sur la longue tradition de « culture dialogique » du monde indien. L’auteur est renommé pour ses travaux sur l’économie du bien-être, qui lui valurent en 1998 « le prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel ». 


Serge Audier, La pensée anti-68. Essai sur les origines d’une restauration intellectuelle,

Ouvrages | 24.07.2008 | François Chaubet

La pensée anti-68 est plurielle, elle a occupé, du fait notamment de ce pluralisme (des communistes jusqu’à l’extrême-droite), depuis une trentaine d’années, presque continûment l’espace intellectuel médiatique et intellectuel avant de s’emparer des discours politiques (propos de campagne présidentielle du candidat Nicolas Sarkozy) : en bonne logique gramscienne, il fallut d’abord conquérir l’hégémonie culturelle pour songer à imposer, politiquement, le rejet de 68 (laxisme des mœurs, perte du goût de l’effort, déclin du respect à l’égard des traditions culturelles). Tel est le constat de Serge Audier, spécialiste de philosophie politique (de l’histoire du libéralisme et du républicanisme) dans un livre vif de ton, mais toujours fort bien informé, ambitieux – ce n’est pas moins qu’un très large pan de la vie intellectuelle française et américaine de la fin du XXsiècle qui est ainsi couvert-mais sans lourdeur excessive.


« Entre Jaurès et Matisse. Marcel Sembat et Georgette Agutte à la croisée des avant-gardes »

Expositions | 24.07.2008 | Emmanuel Naquet

Voici un couple exceptionnel à plus d’un titre, par ses vies commune et individuelles, par ses morts aussi, subie pour Marcel Sembat, choisie pour Georgette Agutte. En effet, après la disparition du premier, victime d’une hémorragie cérébrale, sa compagne met fin à ses jours après avoir écrit à son neveu : « […] Je ne puis vivre sans lui. Minuit. 12 heures qu’il est mort et je suis en retard. » Au-delà de ces destins tragiques, c’est aux parcours fusionnels d’un homme d’État, avocat, franc-maçon, socialiste aux nombreuses passions intellectuelles et, d’une artiste, amie de Matisse, correspondante de tant de peintres fauves et ouverte aux tendances les plus modernes, que les Archives nationales se sont fort justement intéressées.


Anne Kraatz, Le commerce franco-russe. Concurrence et contrefaçons, de Colbert à 1900,

Ouvrages | 18.07.2008 | Alexandre Sumpf

Les éditions des Belles Lettres entament avec cet ouvrage de commande une série consacrée à l’histoire du commerce extérieur de la France. L’objectif est ici de resituer les échanges entre deux des principales puissances européennes de l’époque moderne et contemporaine, dans une perspective diplomatique et économique à la fois. La Russie, qui apparaissait d’autant plus immense qu’elle se cachait aux confins du continent, a très été tôt considérée par les Européens comme une terra incognita aux infinies possibilités d’exploitation – un Eldorado du commerce, de l’investissement financier et du transfert de technologie.


Jean-Yves Le Naour, L'affaire Malvy : le Dreyfus de la Grande Guerre,

Ouvrages | 04.07.2008 | Leonard V. Smith

Democracy at war can mobilize both the best and the worst in human nature, simultaneously. As Pierre Renouvin showed long ago in Les Formes du gouvernement de guerre (1927), France fought the Great War as a democracy. The trials of that conflict shook French democratic institutions, but did not break them, at least not until well after 1918. Nothing showed the resilience of republican France more than multiple crises of 1917, at the front and in the interior. Yet the crises of 1917 did not necessarily bring out the best in democratic practice in France, at various political registers.


Pierre Mendès France, Causeries du samedi, juin 1954-février 1955,

Ouvrages | 04.07.2008 | Jean-Charles Asselain

« On se souviendra encore de M. Mendès France longtemps après que les autres présidents du Conseil français auront été oubliés. » Ce pronostic, formulé par le Sunday Express au lendemain du renversement du ministère Mendès France le 5 février 1955, s’est trouvé largement confirmé depuis. Comment expliquer le contraste entre la brièveté de son passage au pouvoir (le gouvernement n’avait « tenu » que sept mois et dix sept jours, à peine plus que la moyenne sous la IVe République) et le prestige singulier qu’a toujours conservé l’homme d’État Pierre Mendès France ? Et pourquoi un tel contraste entre les haines dont il fut l’objet, et l’adhésion immédiate et durable que lui ont accordée la majorité des Français ? « La France peut supporter la vérité », telle était la conviction affirmée par PMF en 1953, alors que la situation en Indochine était déjà en voie de se dégrader sérieusement, et son credo n’a jamais varié à cet égard  [1] . Mais que signifiait précisément ce parti pris de dire la vérité,  qui n’était certes pas sans danger, dans le contexte gouvernemental de 1954-1955 ? Éric Roussel, président de l’Institut Pierre Mendès France, auteur d’une nouvelle biographie récente (Pierre Mendès France, Gallimard, 2007), a voulu permettre à chacun d’en juger, en réunissant sous la forme la plus accessible  [2] les 26 « causeries » prononcées à la radio le samedi soir, qui ont rythmé toute la durée du ministère Mendès France à partir du 21 juin 1954, trois jours seulement après son investiture.


Florent Le Bot, La fabrique réactionnaire. Antisémitisme, spoliations et corporatisme dans le cuir (1930-1950),

Ouvrages | 04.07.2008 | Cédric Perrrin

C’est un vrai travail d’histoire que nous livre Florent Le Bot avec son ouvrage La fabrique réactionnaire. Antisémitisme, spoliations et corporatisme dans le cuir (1930-1950), tiré de la thèse qu’il a soutenu à Paris VIII en 2004 et publié aux Presses de Sciences Po. Dépassant les clivages et les primats du tout politique ou du tout économique, l’auteur restitue pleinement la complexité du fait social qu’il étudie à la croisée de l’économique, du social et du politique, voire du culturel, ou de l’anthropologique pour reprendre la position qui clôt l’ouvrage. Le cœur de l’étude est la question de l’aryanisation du secteur d’activités du cuir entre 1940 et 1944. Tout l’intérêt du livre est de montrer comment se sont nouées autour de la spoliation antisémite les histoires particulières de l’antisémitisme, de la xénophobie et d’une industrie traditionnelle en pleine mutation.


François Dubasque, Jean Hennessy (1874-1944). Argent et réseaux au service d'une nouvelle République,

Ouvrages | 04.07.2008 | Anne-Laure Anizan

François Dubasque nous livre la biographie d’un homme politique atypique. Jean Hennessy, fils de famille qui tire son immense fortune du commerce du cognac, se lance dans la vie politique à l’heure où sa démocratisation est bien entamée. Il débute à droite de l’échiquier, mais glisse progressivement vers la gauche. Parlementaire pendant vingt-six ans, il n’est pourtant ni un décideur de premier plan, ni un homme d’État. La capacité d’Hennessy à proposer des réformes et à leur être fidèle fait tout l’intérêt du personnage. Elle est une clef de lecture essentielle pour comprendre le parcours de celui qui a bien souvent mis sa tactique politique au service de son projet réformateur. Elle permet également de prendre la mesure de l’influence multiforme exercée dans le débat national. Ce n’est pas le moindre des mérites de ce livre que de nous restituer dans toute leur complexité la nature des réseaux auxquels Hennessy appartenait et les modalités d’action mises en œuvre pour servir ledit projet réformateur.


imprimer

Newsletter

  • Consultez fréquemment les rubriques dynamiques de cette colonne. Elles sont régulièrement mises à jour.

Champ libre

  • Histoire@Politique est également disponible sur CAIRN
  • lire la suite

Partager

  • ISSN 1954-3670