Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Sante Cruciani (dir.), Bruno Trentin e la sinistra italiana e francese,

Ouvrages | 09.06.2016 | Virgile Cirefice

Résistant, syndicaliste de premier plan puis député européen, Bruno Trentin (1926-2007) occupe une place importante au sein de la gauche européenne. Fils de l’intellectuel antifasciste Silvio Trentin, il passe une partie de sa jeunesse en France, ce qui contribue à fonder son engagement européen et fédéraliste. Revenu en Italie à la chute du fascisme, il entame une carrière syndicale au sein de la puissante CGIL (Confederazione generale italiana del Lavorio) – l’équivalent italien de la CGT – où il développe une étude attentive des évolutions du capitalisme et milite pour l’autonomie syndicale. Inscrit au parti communiste, il gravit les échelons du syndicat jusqu’à en prendre la tête dans la période tourmentée du début des années 1990, qui voit la république italienne ébranlée par les scandales et par la reconfiguration radicale du paysage politique. Après cette expérience, Bruno Trentin se consacre à l’Union européenne, dont il devient député, et au mouvement fédéraliste.


Michele Di Donato, I comunisti italiani e la sinistra europea. Il PCI e i rapporti con le socialdemocrazie (1964-1984),

Ouvrages | 09.06.2016 | Massimo Asta

L’exceptionnalité de l’expérience du communisme italien, voire son irréductible singularité, continue en histoire, comme dans les usages publics du passé, à représenter l’un des prismes interprétatifs les plus récurrents. Sa culture, son identité, sa politique, à bien des égards son héritage, ne seront saisissables dans les contextes de l’histoire nationale italienne et de l’Europe occidentale qu’en tenant compte de cette spécificité. Les débats sur le Bad Godesberg manqué du Parti communiste italien (PCI) ou sur le caractère social-démocrate de sa politique relèvent de cette approche. L’ouvrage de Michele Di Donato adhère à cette lecture, mais en même temps la questionne en proposant une thématique originale et une méthodologie innovante. L’auteur propose une étude des interactions, des échanges, des lectures réciproques opérées sous les secrétariats de Luigi Longo et d’Enrico Berlinguer entre les communistes italiens et la social-démocratie européenne, catégorie englobant également la gauche travailliste et socialiste. Réinsérées dans le cadre des dynamiques de « multilatérisation » européenne amorcées par la détente dans les années 1960, ces relations constituent autant de miroirs que l’auteur utilise à la fois pour proposer une nouvelle compréhension de la stratégie politique du PCI et pour éclaircir le regard porté par la social-démocratie sur la « question communiste » italienne. La lecture parallèle de ces deux dimensions lui permet d’aborder le sujet sous l’angle des interactions dynamiques qui se mettent en place entre les deux familles politiques.


Andrea Mammone, Transnational Neofascism in France and Italy,

Ouvrages | 03.06.2016 | Pauline Picco

Cambridge University PressAndrea Mammone, dans son ouvrage Transnational Neofascism in France and Italy publié à l’automne 2015 chez Cambridge University Press, l’affirme dès sa préface : « it takes history very seriously » (p. XVI). Précision étonnante pour le lecteur historien français décontenancé et amusé par le récit que fait l’auteur, en guise d’accroche, de ses déambulations dans un Paris romantique et printanier, « with a typical francophone taste » (p. IX). Le lecteur se laisse toutefois porter et bientôt rattraper par le sujet du livre, bien éloigné de la douceur de vivre des cafés de Saint-Germain-des-Prés : une histoire transnationale des extrêmes droites françaises et italiennes. Et puisque « l’histoire compte », l’auteur souligne la rareté des travaux qui portent sur les échanges, les transferts et les circulations entre les extrêmes droites européennes après 1945, ainsi que le manque d’attention supposé dont a bénéficié l’histoire des extrêmes droites dans les décennies qui suivent le second conflit mondial (p. XVI). Or, le champ a connu depuis plusieurs années un renouveau important grâce notamment aux travaux d’Olivier Dard et de l’atelier de recherches pluridisciplinaire IDREA (« Internationalisation des droites radicales Europe-Amériques ») qui, entre 2011 et 2014, a rassemblé historiens et politistes originaires d’Europe mais également d’Amérique du Nord et du Sud.


Nicolas Roussellier, La Force de gouverner. Le pouvoir exécutif en France XIXe-XXIe siècles,

Ouvrages | 02.06.2016 | Philip Nord

Gallimard, 2015The balance between the legislative and executive branches of government in France has undergone a sea change since the nineteenth century. The constitutional battles of the 1870s had given birth to a Republic, the nation’s Third, that placed parliament, as the expression of the national will, at the center of public life. Republicans, so many of whom had cut their political teeth battling against Bonapartist authoritarianism, held “personal power” in deep suspicion and made sure that the new Republic’s President didn’t have the instruments at hand to become a latter-day Caesar. But come the Fifth Republic, and all this had changed. Since 1962, the President has been elected by the people; it is he (to date all Presidents have been men) who embodies the will of the nation; and it is he who sets the agenda, proposing laws to parliament, managing the rhythms of debate, and in the right circumstances governing outright by decree without benefit of legislative sanction. How did such a dramatic volte-face come about? This is the subject of Nicolas Roussellier’s thoughtful and expansive new book.


Luca Falciola, Il movimento del 1977 in Italia,

Ouvrages | 30.05.2016 | Marc Lazar

Carocci editore, 2015L’année 1977 en Italie fut exceptionnelle. Elle représenta un deuxième cycle de protestation après celui de 1968, sans équivalent en Europe. Une gigantesque vague de protestation déferla sur le pays. Des dizaines de milliers de jeunes se mobilisèrent contre tous les pouvoirs, politiques – de l’État, de la Démocratie chrétienne, du Parti communiste italien –, économiques, sociaux et culturels. La contestation fut généralisée mêlant des thématiques classiques de la gauche à d’autres totalement inédites, exprimées dans une phraséologie marxiste mais aussi avec une inventivité langagière qui éveilla immédiatement la curiosité des linguistes, à commencer par Umberto Eco. Les classiques occupations de locaux et manifestations de rues s’accompagnèrent de nouveaux répertoires d’action : mobilisations pour l’auto-réduction de l’accès aux cinémas, aux théâtres, aux concerts ou aux transports ; création de radios libres innovantes ; organisation de véritables happenings avec musique pop et force drogue ; formulation d’une myriade d’utopies parfois confinant au pur délire ; ou encore pratique systématique de la violence qui redoubla d’intensité avec le recours aux armes à feu, dont le tristement célèbre P 38, maniées par les « autonomes ». Entre 1976 et 1977, les attentats et les violences dus à l’extrême gauche augmentèrent de 140 % et en 1977 furent recensés 244 attentats revendiqués par 77 organisations différentes. À plusieurs reprises, les forces de l’ordre tuèrent également. Le livre de Luca Falciola s’intéresse donc à cette année bien particulière.


« La nationalité en guerre, 1789-1991 »

Colloques | 26.04.2016 | Julie Voldoire

Les 3 et 4 décembre 2015 a eu lieu, à Paris et à Pierrefitte-sur-Seine, un colloque intitulé « La nationalité en guerre, 1789-1991 », organisé conjointement par les Archives nationales et le Musée national de l’histoire de l’immigration. Ce colloque avait pour ambition de questionner la polymorphie, tant spatiale que temporelle, de la catégorie de nationalité à l’épreuve des contextes belliqueux (guerre entre armées, guerre coloniale, conflits mondiaux, guerre civile, etc.). Ces deux journées de colloque interdisciplinaire (réunissant historiens, politistes ou encore juristes) et international (tant par les universités d’appartenance des intervenants que par les aires géographiques traitées – Europe centrale et orientale, Afrique du Nord, Europe occidentale, etc.) ont mis au jour trois scansions chronologiques et analytiques : « révolutions, guerre et nationalités » (1789-années 1880) ; « redéfinir les frontières de la nationalité » (années 1880-1945) et « la nationalité entre guerre froide et décolonisation » (1945-1991). Dans ce cadre, les vingt-neuf communications présentées ont travaillé sur les interactions multiformes entre guerres et nationalité à l’époque contemporaine, à partir donc de la fin du XVIIIe siècle qui marque un tournant pour la reformulation culturelle et politique de l’idée nationale. Cinq communications (Olivier Aranda, Giorgio Gremese, Clément Thibaud, Gilles Vogt, Benoît Vaillot) ont plus particulièrement traité des guerres de libération nationale.


Spotlight, film de Tom McCarthy (2015)

Films | 22.04.2016 | Marie Gayte

Le scandale de pédophilie qui a ébranlé l’Église catholique aux États-Unis n’aurait peut-être pas vu le jour sans les révélations du quotidien Boston Globe au début des années 2000. C’est l’histoire de cette enquête que retrace le film Spotlight, qui nous donne à voir une ville de Boston, archidiocèse comptant la plus importante population catholique du pays, où police, justice et médias vivent dans l’ombre de l’archevêché. Le film s’ouvre en 1976 dans un commissariat, où un procureur, alerté par la police, vient à la rescousse d’un prêtre pris en flagrant délit d’acte pédophile, tandis que l’évêque tente de faire entendre raison à la mère des victimes. Chaque nouveau rédacteur en chef du Boston Globe doit ainsi se présenter à la résidence du cardinal-archevêque de la ville quand il prend ses fonctions. C’est à cette occasion que le cardinal Bernard Law, qui exerce une grande influence sur la ville depuis sa nomination en 1984, explique à Marty Baron, nommé rédacteur en chef du Globe en 2001, que « la communauté prospère quand ses institutions travaillent ensemble ».


Hélène Hoppenot, Journal 1936-1940,

Ouvrages | 07.04.2016 | Jeannine Verdès-Leroux

Editions Claire Paulhan, 2015Hélène Hoppenot, femme d’un diplomate connu et fort discret, a tenu un journal pendant toute sa vie à partir de 1918, sauf pendant le temps passé en Chine (octobre 1933 – décembre 1936). Ce qui est parfait ne se raconte pas, disait-elle. Ce livre publie ce qu’elle écrivait pour elle-même de décembre 1936 à octobre 1940. Henri Hoppenot est partout présent et presque à demi caché. En janvier 1939, il travaillait à la Sous-direction de l’Europe. À l’automne 1940, Pétain l’envoya dans un lointain poste diplomatique en Uruguay. Le livre s’arrête au début de ce voyage.


Als wir träumten (Le temps des rêves), film d’Andreas Dresen

Films | 07.04.2016 | Martine Floch

film d'Andreas DresenEn 2016, la RDA continue d’éveiller l’intérêt. Elle fut pendant plus de quarante ans, du 7 octobre 1949 au 3 octobre 1990, le lieu où tant d’Allemands crurent sortir du fascisme par un rêve à la fois démocratique et social. Et si dans la plupart de ses réalités, notamment politiques et économiques, elle ne fut pas à la hauteur des espérances qu’elle avait fait naître, elle continue d’aimanter la conscience des Allemands et la conscience internationale. Témoigne aussi de cette vitalité tout un cinéma identifié à l’« Ostalgie » qui a remis au goût du jour l’existence de la RDA dans ses contradictions multiples. Parmi eux, celui très emblématique du cinéaste issu de l’Ouest, Wolfgang Becker (Good Bye Lenin !, 2003), dont l’immense mérite avait été, sous la forme d’une adorable comédie dramatique portée par des acteurs issus de l’Est et de l’Ouest et de plusieurs générations, de tout simplement rappeler à un public international l’existence de la RDA. On se souvient du procédé utilisé par le réalisateur de l’uchronie : « Et si l’Histoire avait été celle-ci : l’adhésion de la population de la RFA au communisme pour rejeter les fausses valeurs du capitalisme ? », qui permettait aux Allemands, qu’ils soient Wessis ou Ossis, de se demander avec Jean-Luc Godard si « le monde s’était accordé avec leurs désirs ». Dans le dernier film d’Andreas Dresen, Le temps des rêves (Als wir träumten), il est justement question d’un monde qui ne s’est pas accordé avec les désirs et les espoirs d’une bande de cinq jeunes gens (Rico, Mark, Pittbull, Sternchen et Dani) à Leipzig en 1990 au lendemain de la réunification. Le rêve notamment de fonder une boîte de nuit de musique heavy metal se heurte vite à l’hostilité de gangs portés sur la drogue régnant sur une bande de skinheads et de néonazis, qui mettent fin à quelques mois de liberté et de fête. Voilà pour le synopsis d’un film dont la bande-annonce porte en germe toutes les faiblesses du film et apporte la preuve que la RDA se vend toujours bien, vingt-cinq ans après la réunification. La bande-annonce d’un film en est l’outil promotionnel phare. Elle se veut l’objet le plus proche du film lui-même et se définit comme une promesse qui doit traduire le ton, donner l’impression, le goût du film. Les éléments mis en avant dans la bande-annonce allemande du film (et française, à peu de choses près identique) sont la chute du Mur, le récit nostalgique et sentimental de la fin de la RDA et de l’enfance, l’embardée dans l’underground interlope, brutal et viril du hard rock. Le film est enfin promu comme étant « le Trainspotting allemand ».


Ludovic Tournès, Les États-Unis et la Société des nations (1914-1946). Le Système international face à l’émergence d’une superpuissance,

Ouvrages | 04.04.2016 | François Chaubet

Peter Lang, 2016Dans ce beau livre gigogne, Ludovic Tournès, spécialiste reconnu des fondations philanthropiques américaines, nous donne à lire trois histoires en une : une histoire de la Société des Nations (SDN) et de ses organismes spécialisés (dont le Bureau international du travail [BIT] ou la Coopération intellectuelle), une histoire de la politique américaine vis-à-vis de l’Europe et, enfin, une histoire transnationale des fondations philanthropiques. En cimentant les deux premiers domaines, l’examen de l’action multiforme (d’orientation, d’incitation, de pilotage) des fondations lui permet de reconsidérer avec une grande clarté et une belle maîtrise intellectuelle le topos traditionnel du « retrait » américain des affaires européennes durant l’entre-deux-guerres. Ce livre, donc, nous amène à saisir de près les fascinants mécanismes d’influence déployés par les fondations américaines, financiers bien sûr, mais aussi administratifs (un réseau dense d’informateurs, de rapports de toutes sortes) et intellectuels (ce qui coïncide avec la montée décisive de l’expertise universitaire américaine).


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  • ISSN 1954-3670