Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Sébastien Laurent, Politiques du renseignement

Ouvrages | 28.10.2009 | Romain Ducoulombier

L’histoire politique du renseignement est un nouveau territoire de l’historiographie du politique. Son défrichement, avec des méthodes renouvelées, en particulier, par les travaux de Sébastien Laurent, progresse ici grâce à ce fort volume de dix-huit contributions publié sous l’égide des Presses Universitaires de Bordeaux (PUB), dans le cadre du programme de recherche « Information ouverte, information fermée » (IOIF) de l’Agence nationale de la recherche. Ces communications s’étendent du XVIe au XXe siècles, balayant ainsi un large spectre chronologique de l’histoire de la politisation du renseignement et de la genèse des institutions secrètes de l’État en France, en Europe et aux États-Unis.


Survivre : les enfants dans la Shoah

Expositions | 28.10.2009 | Emmanuel Debono

« Stigmatiser, exclure, traquer, déporter, assassiner, survivre : les enfants dans la Shoah » est le titre complet d’une ambitieuse exposition présentée du 19 juin au 31 décembre 2009 au Mémorial de Caen. Gérard Rabinovitch, philosophe et sociologue, en est le commissaire. Ses concepteurs ont adopté une perspective large pour donner au sujet sa dimension européenne et considérer la destinée des enfants de l’avant à l’après-guerre. L’exposition s’ouvre par un espace introductif où l’on s’interroge sur la place de la Shoah dans l’évolution de la civilisation occidentale. L’idée est de mettre en perspective les progrès de l’humanité et ses dérives. En dépit d’une aridité graphique – l’information n’est ici que textuelle –, la démonstration est frappante : aux encarts qui portent sur l’évolution des libertés, l’instruction et la santé publiques, la réglementation du travail des enfants ou l’émancipation des Juifs, répondent des mises au point sur certaines facettes destructrices du développement et de la modernité tels que le racisme, l’eugénisme, l’euthanasie, la brutalisation ou encore la chosification. Une citation d’Hannah Arendt domine l’ensemble et donne le ton : « Le progrès et la catastrophe sont l’avers et le revers d’une même médaille. »


Miroirs d'Orients

Expositions | 28.10.2009 | Amaury Lorin

 ©  Félix Bonfils, "Syriennes portant leurs enfants" (1880).L’imaginaire des Européens est, depuis des siècles, stimulé par un Orient aussi vaste que lointain, aussi fantasmé qu’inconnu, aussi dangereux qu’excitant. Son exotisme et son raffinement éveillent la curiosité et l’envie. La métaphore du miroir, filée tout au long de l’exposition « Miroirs d’Orients » qui s’est tenue au palais des Beaux-Arts de Lille du 15 mai au 31 août 2009, sied particulièrement bien à l’histoire de ce contact Orient-Occident, difficile à appréhender dès lors que l’on veut bien sortir des clichés et archétypes tenaces qui lui restent attachés. Avec une centaine de dessins, autochromes et photographies originales, opportunément doublée d’une série de vidéos et photographies contemporaines (en particulier Ghajar, 1998-2001, de l’iranienne Shadi Ghadirian), l’approche traditionnelle d’un orientalisme proprement créé par l’Occident (Edward W. Said, 1978) est enfin renversée de façon inattendue.


Raphaëlle Branche et Sylvie Thénaut (dir.), La France en guerre 1954-1962. Expériences métropolitaines de la guerre d'indépendance algérienne

Ouvrages | 28.10.2009 | Omar Carlier

Quelques semaines avant Mai 1968, Pierre Vianson-Ponté constate que la France s’ennuie, suggérant que cela ne peut durer, sans prophétiser pour autant l’imminence d’une immense mobilisation collective. Quatorze ans plus tôt, en Algérie, rien ne laisse annoncer le surgissement prochain d’une véritable insurrection, sauf les rapports confidentiels d’une poignée de responsables du renseignement. Et quand elle est là, personne, que ce soit à Paris ou à Alger, n’imagine qu’elle puisse déboucher sur la guerre de décolonisation la plus longue et la plus meurtrière de son temps, après celle du Vietnam. Pas même ses protagonistes. Ceux qu’on appellera bientôt les « pieds noirs » n’ont jamais été si nombreux sur les plages, l’été précédent. Quant à la France métropolitaine, elle fait preuve, malgré l’instabilité récurrente de la IVe République, d’un dynamisme économique, social et culturel impressionnant, et savoure enfin les premiers fruits de cette renaissance, fussent-ils importés de Cinecita, après tant d’années de privation. On comprend que la mauvaise nouvelle venue des Aurès ne suffise pas à changer la une de Paris-Match, qui offre au regard concupiscent de la gente masculine la plastique d’une Gina Lollobrigida au sommet de sa beauté – Bardot la sauvageonne n’est pas encore entrée en lice.


Dominique Kalifa, Biribi. Les bagnes coloniaux de l'armée française

Ouvrages | 28.10.2009 | Emmanuel Saint-Fuscien

Dès l’introduction, l’historien évoque le roman de Georges Darien publié chez Savine en 1890, Biribi, discipline militaire. Jusqu’à présent, Darien avait écrit le seul texte à « faire surnager Biribi dans la mémoire nationale ». Jusqu’à présent, car ce livre de Dominique Kalifa replace les bagnes coloniaux au centre d’une histoire sociale et culturelle de l’exclusion, de l’enfermement, de l’armée, de la justice militaire, mais aussi de la colonisation française.


Marc Lazar, L'Italie sur le fil du rasoir

Ouvrages | 28.10.2009 | Frédéric Attal

L’Italie à la dérive, du même auteur, rédigé avant les élections du printemps 2006, dressait un constat sévère du quinquennat de Silvio Berlusconi dans un contexte de crise profonde de l’Italie (déclin démographique et remise en cause de la nation italienne). Marc Lazar continue de s’interroger sur ce qui fait la spécificité d’un pays qui, à peine deux ans après avoir, de très peu, défait le chef incontesté de la coalition de droite, non seulement lui confie de nouveau le pouvoir à une large majorité, mais, en plus, lui maintient un an plus tard sa confiance.


Bernard Lachaise et Sabrina Tricaud (dir.), Georges Pompidou et Mai 1968

Ouvrages | 28.10.2009 | David Valence

« Placer un homme en situation historique » : tel était l’objectif du colloque du 14 mars 2008 consacré à « Georges Pompidou et Mai 1968 », dont les actes paraissent aux éditions PIE Peter Lang. La formule pouvait éveiller le spectre de la psycho-histoire, qui s’attache souvent à analyser les raisons faisant d’un responsable politique l’homme d’un moment. La biographie de Robespierre que viennent de rééditer les éditions du CNRS procède, par exemple, de cette démarche qu’on peut trouver naïve : elle entend montrer, avec force simplifications, que l’heure de l’avocat arrageois avait inévitablement sonné avec le combat pour l’égalité. Dans la bouche et sous la plume de Jean-François Sirinelli, le projet de « placer un homme en situation historique » invitait, au contraire, à peser au trébuchet le poids d’une volonté dans les événements plutôt que sur eux. La perspective vaut particulièrement dès lors qu’il est question du « joli mois de mai ». Pendant quelques semaines, le pouvoir donna alors l’impression, en France, de vaciller, tandis qu’un de ceux qui l’exerçaient, à savoir Georges Pompidou, figurait une alternative possible au « tout ou rien » gaullien.


Véronique Molinari, Citoyennes, et après ? Le droit de vote des femmes et ses conséquences en Grande-Bretagne 1918-1939

Ouvrages | 28.10.2009 | Cécile Formaglio

En 1918, le Representation of the People Act donna le droit de vote aux femmes britanniques. En s’intéressant aux changements provoqués par cette décision dans les années qui l’ont immédiatement suivie, Véronique Molinari – maître de conférences en civilisation britannique à l’université Stendhal-Grenoble III – cherche à combler un vide historiographique.


Michael Haneke, Le Ruban blanc/Das Weisse Band

Films | 28.10.2009 | Martine Floch

© Les Films du losangeLe réalisateur autrichien Michael Haneke signe avec Le Ruban blanc (Das Weisse Band), son premier film dans sa langue natale depuis 1997. Le sous-titre allemand du film, « Eine deutsche Kindergeschichte » (« Une histoire d’enfants allemande »), ancre le récit dans le Nord protestant de l’Allemagne en 1913, dans un petit village du Mecklenbourg, juste avant la Première Guerre mondiale, pour interroger les sources du mal nazi et, plus largement, ce qui est l’un de ses thèmes de prédilection, la violence génératrice de violence et, surtout, les façons de la représenter.


Gilles Lipovetsky et Jean Serroy, La Culture monde. Réponse à une société désorientée

Ouvrages | 22.10.2009 | Laurent Martin

© Odile JacobCe livre n’est pas un livre d’histoire ni d’historien ; il n’en est pas moins intéressant, y compris pour les historiens. Pourquoi ? Parce qu’il propose une interprétation stimulante d’un mouvement historique de grande ampleur, celui qui a conduit à la constitution d’une « culture-monde », définie comme « un monde de symboles, de significations et d’imaginaire social qui a ceci de spécifique qu’il est devenu planétaire ». Les premières formulations de la culture-monde peuvent être repérées dans le cosmopolitisme grec, le christianisme, l’universalisme humaniste ; tout cela mériterait d’être plus précisément établi mais les auteurs ne s’y attardent guère, pressés d’en venir à ce qui est l’objet de leur réflexion : ce « deuxième âge » de la culture-monde où, pour la première fois dans l’histoire, l’économie du monde s’agence selon un modèle unique de normes, de valeurs, de buts et où la culture s’impose comme un monde économique à part entière.


imprimer

Newsletter

  • Consultez fréquemment les rubriques dynamiques de cette colonne. Elles sont régulièrement mises à jour.

Champ libre

  • Histoire@Politique aux Rendez-Vous de l'Histoire de Blois - samedi 7 octobre 2017
  •  « La politique scientifique en France au 20e siècle entre État (...)
  • lire la suite
  • Histoire@Politique est également disponible sur CAIRN
  • lire la suite

Partager

  • ISSN 1954-3670