Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Courts métrages documentaires de Krzysztof Kieślowski

Films | 25.07.2016 | Jérôme Bazin

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/thumb/1/16/Alberto_Terrile.1994.Krzysztof_Kieslowsky.jpg/220px-Alberto_Terrile.1994.Krzysztof_Kieslowsky.jpgÀ l’occasion du vingtième anniversaire de la mort du cinéaste polonais Krzysztof Kieślowski (1941-1996), plusieurs rétrospectives et expositions ont lieu en Europe au cours de l’année 2016. Dans le programme du colloque « La Double Vie de Kieślowski », associé au festival « L’Europe autour de l’Europe », figurait par exemple une projection organisée au cinéma le Grand Action à Paris le 1er avril 2016. L’occasion de montrer des œuvres moins connues que la trilogie des Trois Couleurs, La Double Vie de Véronique ou la série du Décalogue : cinq des courts métrages documentaires que Kieślowski a tournés au cours des années 1960 et 1970. Il s’agissait d’Urząd (Le Guichet, 1966), Szpital (L’Hôpital, 1976), Z punktu widzenia nocnego portiera (Du point de vue du gardien de nuit, 1977), Dworzec (La Gare, 1980) et Gadające głowy (Les Têtes parlantes, 1980). Autant de documentaires qui ont été produits dans les circuits officiels de la Pologne populaire, et qui, même s’ils n’ont pas été diffusés à grande échelle, ont été occasionnellement montrés dans des petits cinémas et des ciné-clubs, notamment lorsque le climat politique se libéralise – temporairement – avec l’apparition de Solidarnośćà la toute fin des années 1970.

 


Claude Boli, Patrick Clastres et Marianne Lassus (dir.), Le sport à l’épreuve du racisme du XIXe siècle à nos jours. Sports, xénophobie, racisme et antisémitisme,

Ouvrages | 23.06.2016 | Laurent Dornel

nouveau monde éditionsEn son temps, Pierre de Coubertin avait affirmé que « les races sont de valeur différente et à la race blanche, d’essence supérieure, toutes les autres doivent faire allégeance. Dans un autre texte, non moins repris par la suite, il insistait : « Il y a deux races distinctes : celle au regard franc, aux muscles forts, à la démarche assurée et celle des maladifs, à la mine résignée et humble, à l’air vaincu. Eh ! bien, c’est dans les collèges comme dans le monde : les faibles sont écartés, le bénéfice de cette éducation n’est appréciable qu’aux forts[2]. » La question des rapports entre sport et racisme n’est donc pas récente, et elle divise profondément et depuis longtemps les chercheurs. Pour certains, comme Marc Perelman ou Jean-Marie Brohm, le sport est une « intoxication idéologique ». À cette critique résolument radicale, s’oppose une position plus irénique qui voit dans le sport un instrument infaillible d’intégration et de cohésion sociale.


Frederick Cooper, Français et Africains ? Être citoyen au temps de la décolonisation,

Ouvrages | 22.06.2016 | Catherine Coquery-Vidrovitch

PayotCette somme, ou plutôt ce monument, est désormais indispensable à tous ceux qui s’intéressent à l’Afrique subsaharienne francophone et/ou à l’histoire de la Quatrième République, car celle-ci est indissociable de l’histoire de la décolonisation, depuis la création de l’Union française et la guerre d’Indochine jusqu’à la guerre d’Algérie et l’institution de la Communauté conduisant à l’indépendance des colonies africaines subsahariennes. Ce travail de fond complète admirablement un ouvrage qui fut à son époque une somme injustement méconnue des historiens français : Political Parties in French-Speaking West Africa, publié dès 1964 par une jeune politiste américaine hardie, Ruth Morgenthau, que sa nationalité en même temps que sa jeunesse protégeaient des méfiances africaines envers les Français.


Karl Schlögel, Le Berlin russe,

Ouvrages | 21.06.2016 | Aude-Cécile Monnot

Editions de la maison des sciences de l'hommeRetrouver les traces d’un monde disparu, telle est l’ambition du livre de Karl Schlögel, Le Berlin russe, version française d’une étude publiée en 2007 consacrée à l’histoire culturelle des interactions entre Russes et Allemands dans le Berlin de l’après-Grande Guerre.

L’historien reconstruit la variété des formes et des lieux de la présence russe dans la capitale allemande et s’attache non seulement à les décrire minutieusement, mais à analyser de surcroît leurs usages et leurs perceptions par les acteurs de ces relations germano-russes.

Karl Schlögel démontre que Berlin accueille une « élite transnationale d’un genre tout à fait nouveau » (p. 191), constituée d’Allemands russifiés et de Russes germanisés partageant un cadre de référence. L’ouvrage analyse alors la « fin des évidences » (p. 3), c’est-à-dire l’ensevelissement de cette proximité culturelle dans l’expérience de la guerre et de la destruction. Le lecteur est immergé dans des lieux quotidiens – un quartier d’immigration russe –, d’autres plus privés – des salons mondains et des réceptions diplomatiques –, dans la vie d’universitaires, d’espions, d’une société composite en somme. La géographie du vécu de la ville par les protagonistes permet à l’auteur d’analyser l’évolution des relations germano-russes au gré des conflits de la première moitié du XXe siècle.


La puissance des images

Documentaires | 17.06.2016 | Andreas Kötzing

Quelle puissance des images ? Telle est la question qui vient à l’esprit au visionnage du documentaire Une jeunesse allemande de Jean-Gabriel Périot. En effet, l’histoire de la Fraction armée rouge (Rote Armee Fraktion ou RAF) fait partie de la mémoire médiatique collective. Il existe un très grand nombre de reportages et de documentaires concernant le groupe terroriste d’extrême gauche qui s’est formé à la fin des années 1960 autour de Andreas Baader et de Ulrike Meinhof. La plupart d’entre eux ont été produits pour la télévision allemande. Quelques images y sont immanquablement reprises, telles des icônes incontournables pour illustrer l’histoire de la RAF : à commencer par les reportages télévisés sur les mobilisations estudiantines en 1968, en passant par les images de l’arrestation de Holger Meins en sous-vêtements, jusqu’aux photographies parues dans la presse montrant Hanns Martin Schleyer durant son enlèvement. Les films de fiction qui parlent de la RAF s’inspirent eux aussi très souvent du matériel sonore et visuel de l’époque, comme la reconstruction minutieuse proposée par Reinhard Hauf du procès mené dans la prison de Stammheim à Stuttgart contre les membres dirigeants de la RAF (Reinhard Hauf, Stammheim, 107 min., All., 1985). Et même la tentative la plus récente de faire découvrir la RAF à un jeune public habitué aux blockbusters, à coups d’explosions, de chasses à l’homme et de fusillades (Uli Edel, La Bande à Baader [Der Baader-Meinhof-Komplex], 150 min., Fr./ Tch./ All., 2008), a choisi de reconstituer quasi à l’identique des images filmées de l’époque, afin d’avoir l’air le plus authentique possible. Ce constat donne presque l’impression que les images que la RAF nous a laissées restent si dominantes que tous les réalisateurs et les cinéastes qui se sont emparés du sujet paraissent obligés de réinventer à chaque fois une nouvelle manière de s’y confronter. Mais peut-on raconter encore quelque chose de nouveau sur la RAF et l’époque du terrorisme d’extrême gauche à partir de ces « vieilles » images ?


« Dresden 1945. Tragédie et espoir d’une ville européenne »

Expositions | 10.06.2016 | Jérôme Bazin

http://www.asisi.de/fr/panoramas/dresden-1945/photo-gallery-fr.html - Photographie Tom Schulze, copyright asisiOn penserait à tort le panorama comme un objet propre au XIXe siècle ; même s’il a connu son apogée à cette époque, ce type si particulier d’image a perduré par la suite. Certains sont restés en l’état : à Moscou par exemple, la rotonde réalisée en 1912 sur la bataille de Borodino de 1812 a été conservée tout au long du XXe siècle et a reçu un nouvel écrin en 1962. Certains panoramas sont réapparus  : celui consacré à la bataille de Racławice, réalisé en 1894 dans la ville de Lemberg (aujourd’hui Lviv) pour célébrer la lutte de Kościuszko et des Polonais contre les soldats russes en 1794, a été envoyé après la Seconde Guerre mondiale à Wrocław, où il est resté entreposé avant d’être à nouveau montré au public en 1985. D’autres panoramas ont été recréés : en Hongrie, le panorama réalisé par Árpád Feszty en 1896 et très fortement endommagé en 1944 est reconstitué en 1996, il est aujourd’hui visible à Ópusztaszer.


Sante Cruciani (dir.), Bruno Trentin e la sinistra italiana e francese,

Ouvrages | 09.06.2016 | Virgile Cirefice

Résistant, syndicaliste de premier plan puis député européen, Bruno Trentin (1926-2007) occupe une place importante au sein de la gauche européenne. Fils de l’intellectuel antifasciste Silvio Trentin, il passe une partie de sa jeunesse en France, ce qui contribue à fonder son engagement européen et fédéraliste. Revenu en Italie à la chute du fascisme, il entame une carrière syndicale au sein de la puissante CGIL (Confederazione generale italiana del Lavorio) – l’équivalent italien de la CGT – où il développe une étude attentive des évolutions du capitalisme et milite pour l’autonomie syndicale. Inscrit au parti communiste, il gravit les échelons du syndicat jusqu’à en prendre la tête dans la période tourmentée du début des années 1990, qui voit la république italienne ébranlée par les scandales et par la reconfiguration radicale du paysage politique. Après cette expérience, Bruno Trentin se consacre à l’Union européenne, dont il devient député, et au mouvement fédéraliste.


Michele Di Donato, I comunisti italiani e la sinistra europea. Il PCI e i rapporti con le socialdemocrazie (1964-1984),

Ouvrages | 09.06.2016 | Massimo Asta

L’exceptionnalité de l’expérience du communisme italien, voire son irréductible singularité, continue en histoire, comme dans les usages publics du passé, à représenter l’un des prismes interprétatifs les plus récurrents. Sa culture, son identité, sa politique, à bien des égards son héritage, ne seront saisissables dans les contextes de l’histoire nationale italienne et de l’Europe occidentale qu’en tenant compte de cette spécificité. Les débats sur le Bad Godesberg manqué du Parti communiste italien (PCI) ou sur le caractère social-démocrate de sa politique relèvent de cette approche. L’ouvrage de Michele Di Donato adhère à cette lecture, mais en même temps la questionne en proposant une thématique originale et une méthodologie innovante. L’auteur propose une étude des interactions, des échanges, des lectures réciproques opérées sous les secrétariats de Luigi Longo et d’Enrico Berlinguer entre les communistes italiens et la social-démocratie européenne, catégorie englobant également la gauche travailliste et socialiste. Réinsérées dans le cadre des dynamiques de « multilatérisation » européenne amorcées par la détente dans les années 1960, ces relations constituent autant de miroirs que l’auteur utilise à la fois pour proposer une nouvelle compréhension de la stratégie politique du PCI et pour éclaircir le regard porté par la social-démocratie sur la « question communiste » italienne. La lecture parallèle de ces deux dimensions lui permet d’aborder le sujet sous l’angle des interactions dynamiques qui se mettent en place entre les deux familles politiques.


Andrea Mammone, Transnational Neofascism in France and Italy,

Ouvrages | 03.06.2016 | Pauline Picco

Cambridge University PressAndrea Mammone, dans son ouvrage Transnational Neofascism in France and Italy publié à l’automne 2015 chez Cambridge University Press, l’affirme dès sa préface : « it takes history very seriously » (p. XVI). Précision étonnante pour le lecteur historien français décontenancé et amusé par le récit que fait l’auteur, en guise d’accroche, de ses déambulations dans un Paris romantique et printanier, « with a typical francophone taste » (p. IX). Le lecteur se laisse toutefois porter et bientôt rattraper par le sujet du livre, bien éloigné de la douceur de vivre des cafés de Saint-Germain-des-Prés : une histoire transnationale des extrêmes droites françaises et italiennes. Et puisque « l’histoire compte », l’auteur souligne la rareté des travaux qui portent sur les échanges, les transferts et les circulations entre les extrêmes droites européennes après 1945, ainsi que le manque d’attention supposé dont a bénéficié l’histoire des extrêmes droites dans les décennies qui suivent le second conflit mondial (p. XVI). Or, le champ a connu depuis plusieurs années un renouveau important grâce notamment aux travaux d’Olivier Dard et de l’atelier de recherches pluridisciplinaire IDREA (« Internationalisation des droites radicales Europe-Amériques ») qui, entre 2011 et 2014, a rassemblé historiens et politistes originaires d’Europe mais également d’Amérique du Nord et du Sud.


Nicolas Roussellier, La Force de gouverner. Le pouvoir exécutif en France XIXe-XXIe siècles,

Ouvrages | 02.06.2016 | Philip Nord

Gallimard, 2015The balance between the legislative and executive branches of government in France has undergone a sea change since the nineteenth century. The constitutional battles of the 1870s had given birth to a Republic, the nation’s Third, that placed parliament, as the expression of the national will, at the center of public life. Republicans, so many of whom had cut their political teeth battling against Bonapartist authoritarianism, held “personal power” in deep suspicion and made sure that the new Republic’s President didn’t have the instruments at hand to become a latter-day Caesar. But come the Fifth Republic, and all this had changed. Since 1962, the President has been elected by the people; it is he (to date all Presidents have been men) who embodies the will of the nation; and it is he who sets the agenda, proposing laws to parliament, managing the rhythms of debate, and in the right circumstances governing outright by decree without benefit of legislative sanction. How did such a dramatic volte-face come about? This is the subject of Nicolas Roussellier’s thoughtful and expansive new book.


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  • ISSN 1954-3670