Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Explorer et expérimenter les possibles pour défataliser l’histoire

Ouvrages | 20.10.2016 | Christian Delacroix

Quentin Deluermoz et Pierre Singaravélou, Pour une histoire des possibles. Analyses contrefactuelles et futurs non advenus, Paris, Seuil, 2016, 444 p.Le livre de Quentin Deluermoz et Pierre Singaravélou a déjà bénéficié d’un accueil très favorable, en particulier dans les milieux historiens, et apparaît d’ores et déjà comme un livre de référence pour réfléchir sur ce que faire de l’histoire veut dire aujourd’hui. Il est à la fois une enquête très documentée sur les usages – en histoire, dans les sciences sociales et même dans les sciences physiques – des démarches contrefactuelles (« l’histoire avec des si ») et uchroniques, mais aussi un essai d’épistémologie de l’histoire et une invitation (avec exemples à l’appui) à expérimenter les démarches contrefactuelles, notamment dans un but pédagogique, ce dont rendent compte les trois grandes parties du livre : « Enquête », « Décryptage » et « Expérimentations ».


« La Marine et (des) marins : 1914-1918. Une autre histoire de la France en guerre »

Colloques | 13.10.2016 | Agathe Couderc

http://www.paris-sorbonne.fr/La-Marine-et-les-marins-1914-1918L’objectif du colloque « La Marine et les marins : 1914-1918 » des 24-25 mai 2016 était de s’intéresser à un pan peu connu de l’histoire de la Grande Guerre, celui de la Marine française et de son rôle pendant la guerre. Ces deux journées qui ont vu s’associer des universitaires historiens et des praticiens de la mer devaient permettre de rompre avec les habitudes et de mêler différentes approches : la Marine est une « arme de haute technologie » comme l’a rappelé dans son discours d’ouverture l’amiral Rogel, chef d’état-major de la Marine, et à ce titre elle s’adapte constamment. Il s’agissait donc de faire le bilan des connaissances sur l’histoire de la Marine nationale entre 1914 et 1918, et d’étudier le passé afin de tirer les leçons de l’histoire sur des enjeux encore très actuels.


Bruno Poucet et David Valence (dir.), La loi Edgar Faure. Réformer l’université après 1968,

Ouvrages | 03.10.2016 | Julien Cahon

Bruno Poucet et David Valence (dir.), La loi Edgar Faure. Réformer l’université après 1968, Rennes, PUR, coll. « Histoire », 2016, 256 p.Cet ouvrage collectif, publié sous la direction de Bruno Poucet, professeur des universités spécialiste des politiques éducatives, et David Valence, spécialiste du gaullisme et ancien directeur-adjoint de la Fondation Charles-de-Gaulle, réunit les actes du colloque qui s’est tenu à la Fondation nationale des sciences politiques les 22 et 23 septembre 2011, sous le patronage de la Fondation Charles-de-Gaulle. Son président, Jacques Godfrain, qui fut notamment ministre de la Coopération dans le gouvernement d’Alain Juppé (1995-1997), a rédigé la préface de ce livre solidement introduit par Bruno Poucet. Ce dernier dresse un panorama du paysage universitaire français entre 1945 et 1968 dans lequel on comprend que l’administration universitaire héritée de la IIIe République est faible et dispersée dans un contexte de croissance exponentielle des effectifs étudiants, d’évolution des corps enseignants et de structuration du syndicalisme enseignant et étudiant. Après ce rappel indispensable pour saisir l’importance du « moment Faure », qui met en place de véritables universités reposant sur les principes de l’autonomie et de la participation, l’ouvrage est divisé en trois parties équilibrées.


Robert de Traz, Sur le front français. Verdun et l’Argonne,

Ouvrages | 01.10.2016 | Nicolas Gex

Robert de Traz, Sur le front français. Verdun et l’Argonne,préface de Landry Charrier, Genève, Slatkine, 2016, 83 p.Les reportages contemporains du premier conflit mondial forment une catégorie d’écrits souvent négligée par l’historiographie de la Grande Guerre, surtout lorsqu’ils émanent de titres publiés dans des États neutres (pp. 18-19). Landry Charrier, en le regrettant, estime que leur étude offre d’intéressantes perspectives, par exemple pour l’histoire des intellectuels. Outre Robert de Traz, plusieurs journalistes suisses romands, comme Benjamin Vallotton (et non Valloton, p. 19), Édouard Bauty, Georges Wagnière et d’autres, ont arpenté le front, du moins la partie qui leur était accessible, pour rendre compte de leurs impressions à un lectorat informé au quotidien du conflit par les communiqués des différentes agences de presse et par les analyses des chroniqueurs militaires, basées pour l’essentiel sur des renseignements de seconde main.


Charles King, Minuit au Pera Palace. La naissance d’Istanbul,

Ouvrages | 30.09.2016 | Alexandre Toumarkine

Charles King, Minuit au Pera Palace. La naissance d’Istanbul, traduit de l’anglais (États-Unis) par Odile Demange, Paris, Payot, 2014, 454 p.L’auteur, Charles King, est un universitaire américain, professeur de relations internationales à l’Université Georgetown et spécialiste de l’espace pontique septentrional, celui de l’ex-URSS. Ce n’est pas sa première monographie sur une ville, il a en effet déjà commis un ouvrage sur Odessa combinant histoires politique, culturelle et sociale. On y trouve plusieurs thématiques qui sont aussi au centre de son livre sur Istanbul : le rôle joué par les migrations dans l’identité d’une grande métropole ; le cosmopolitisme, ses éclipses et ses mutations sur fond de chute d’un empire ; la projection d’une ville disparue dans un contexte diasporique et les cultures de l’exil. Charles King y alterne perspective large et focus sur des biographies de personnages qui lui servent moins de fil rouge que de révélateurs.


Angéline Escafré-Dublet, Culture et immigration. De la question sociale à l’enjeu politique, 1958-2007

Ouvrages | 30.09.2016 | Philippe Rygiel

Angéline Escafré-Dublet, Culture et immigration. De la question sociale à l’enjeu politique, 1958-2007, Rennes, PUR, 2014, 259 p.Tiré d’une thèse, cet ouvrage étudie la dimension culturelle des politiques publiques françaises en matière d’immigration, ce qu’il faut entendre de plusieurs manières. Il s’agit d’une part de retracer les modes d’intervention du ministère de la Culture en ce domaine, d’autre part de s’interroger sur la dimension culturelle des politiques menées par d’autres acteurs, en particulier les opérateurs des politiques d’aide sociale aux migrants, au premier rang desquels se trouvent le FAS (Fonds d’action sociale pour les travailleurs immigrés et leurs familles) et ses diverses émanations, – le Fasild (Fonds d’action et de soutien à l’intégration et à la lutte contre les discriminations), puis l’Acsé (Agence nationale pour la cohésion sociale et l’égalité des chances). Deux considérations justifient une telle entreprise. La dimension culturelle est souvent absente d’une historiographie de l’immigration née des développements de l’histoire sociale. La culture – le terme étant susceptible d’acceptions fort diverses, ce qu’énonce clairement l’auteure – constitue, selon elle, un prisme qui permet de relire sous un angle nouveau cinquante années de politiques publiques d’immigration.


Viviana Agostini-Ouafi, Éric Leroy du Cardonnoy et Caroline Bérenger (dir.), Récits de guerre France- Italie. Débarquement en Normandie et Ligne Gothique en Toscane,

Ouvrages | 22.09.2016 | Géraud Letang

Indigo et Côté Femmes éditions, 2015Durant l’été 1944, plusieurs lignes de front apparaissent en Europe entre les forces alliées qui ont débarqué sur le continent et les armées nazies qui sont contraintes de se replier vers le Reich. En Normandie, les soldats des États-Unis et du monde britannique progressent avec difficulté parmi les haies du bocage devenues des lieux d’affrontements longs et meurtriers et libèrent des villes que leurs aviations respectives ont bombardées et parfois détruites. Pendant ce temps en Toscane, les troupes allemandes, venues du sud de la péninsule italienne et harcelées par les partisans antifascistes, se regroupent derrière la « Ligne Gothique », série d’ouvrages fortifiés élevés par le Reich dans les Apennins pour couper la route de l’Italie du Nord aux Alliés. En Toscane comme en Normandie, deux fronts apparaissent : d’un côté de la ligne des combats, des armées alliées qui cherchent à percer rapidement, épaulées par les actions des mouvements de résistance ; de l’autre, des troupes nazies qui se retirent en laissant dans leur sillage une longue suite de massacres et d’exactions contre les civils de ces régions.


Jean-François Eck, Pierre Tilly et Béatrice Touchelay (dir.), Espaces portuaires. L’Europe du Nord à l’interface des économies et des cultures 19e-20e siècles,

Ouvrages | 21.09.2016 | Marine Fiedler

Presses universitaires du SeptentrionLa fluidité et la continuité au-delà des frontières politiques sont des questionnements animant constamment l’espace européen. De par leur nature et leur rôle dans le développement économique et social de cette région, les espaces portuaires furent et restent au cœur de cet enjeu d’intégration européenne. Dans ce contexte, l’ouvrage collectif Espaces portuaires dirigé par Jean-François Eck, Pierre Tilly et Béatrice Touchelay interroge les relations entre les ports, les fleuves et les hinterlands de la Rangée Nord, c’est-à-dire l’ensemble des espaces portuaires s’étendant du Havre à Hambourg, sur une période couvrant le XIXe et le XXe siècles. Issu des réflexions du projet VILPORT soutenu par la Commission européenne, cet ouvrage adopte une perspective européenne et comparatiste, voire transnationale. Comme le souligne ce projet, les espaces portuaires ne peuvent en effet pas être compris dans les limites rigides de l’État-nation par leur nature même d’ouverture vers l’extérieur. Pour ces raisons, l’ensemble des auteurs aborde une démarche réflexive sur les catégories employées (port libre, hinterland et frontière), qui en démontre la souplesse, la malléabilité et surtout l’hétérogénéité en fonction des contextes. Les hinterlands, souvent négligés par la recherche, sont particulièrement mis à l’honneur dans ces travaux d’histoire contemporaine s’intégrant dans un renouvellement également engagé par l’histoire moderne[1].


Paul Bijl, Emerging Memory. Photographs of Colonial Atrocity in Dutch Cultural Remembrance,

Ouvrages | 20.09.2016 | Lancelot Arzel

Amsterdam University Press, 2015Dans le tumulte du scandale provoqué par l’exploitation coloniale du Congo au début du XXe siècle, Mark Twain, dans son célèbre pamphlet Le Soliloque du Roi Léopold II (1905), fait dire au Roi-Souverain des Belges à propos des photographies de Congolais aux mains mutilées : « Le Kodak aura été une terrible calamité pour nous. En vérité, le plus puissant ennemi que nous ayons eu à affronter ! » Ce roi imaginaire, catastrophé par la campagne anticongolaise qui le touche, lui et sa colonie, d’ajouter : « (…) que surgisse ce Kodak, ce ridicule petit Kodak, que même un enfant peut emporter dans sa poche, ce témoin qui n’a même pas besoin de prononcer un seul mot pour agir, et les voilà tous, autant qu’ils sont, subitement le bec cloué ! » L’ouvrage du jeune chercheur néerlandais, Paul Bijl, cherche ainsi à mettre en lumière ce rôle de plus en plus central de la photographie d’atrocités coloniales dans l’administration des territoires d’outre-mer, en prenant pour cas d’étude, des clichés pris lors de la guerre d’Aceh, dans les Indes néerlandaises, au début du XXe siècle.


Robert Frank, Éric Roussel, Jean-Noël Jeanneney (dir.), Simon Nora. Moderniser la France,

Ouvrages | 19.09.2016 | Alain Chatriot

Éditions du CNRS, 2016Simon Nora (1921-2006) est un haut fonctionnaire dont la trajectoire pendant plus de cinquante ans accompagne l’histoire de la France contemporaine. Résistant à 20 ans, membre de la première promotion de l’ENA, inspecteur des finances, il est le collaborateur de Pierre Mendès France puis de Jacques Chaban-Delmas. Haut fonctionnaire européen, il est pendant quelques années le directeur de l’ENA ; homme de presse et d’entreprises, son nom reste aussi associé à de nombreux rapports publics dont certains ont fait date. Après son décès, deux manifestations lui ont rendu hommage (à la Bibliothèque nationale de France en 2006 et à l’Institut d’études politiques en 2013). Les différentes interventions en sont reprises pour former un volume au contenu disparate – tant dans le format que dans la densité des contributions, sans parler des répétitions nombreuses d’un texte à l’autre – mais qui a le grand mérite d’éclairer différents aspects de l’action de Simon Nora. Il faut signaler que sont proposés en annexes quelques textes dont le très intéressant entretien de Simon Nora avec Marcel Gauchet publié sous le titre « Servir l’État » dans Le Débat en 1986.


imprimer

Newsletter

  • Consultez fréquemment les rubriques dynamiques de cette colonne. Elles sont régulièrement mises à jour.

Champ libre

  • Histoire@Politique est également disponible sur CAIRN
  • lire la suite

Partager

  • ISSN 1954-3670