Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Stephen W. Sawyer, Adolphe Thiers. La contingence et le pouvoir,

Ouvrages | 12.02.2019 | Nadine Vivier

Est-il un homme politique plus controversé qu’Adolphe Thiers (1797-1877) ? Sa très longue présence sur la scène politique des années 1820 à 1873 et même 1877, dans un contexte politique très mouvementé, a donné lieu à des attaques de ses multiples opposants. Et pourtant il eut droit à des funérailles nationales très suivies, beaucoup de villes consacrèrent une rue au fondateur de la Troisième République, avant que le XXe siècle ne l’oublie ou même l’efface. Les historiens aussi l’ont délaissé et la biographie que Pierre Guiral lui a consacrée en 1986, travail impartial, n’y a rien fait, le discrédit de Thiers persiste. Dans les années 1980, au temps où l’on redécouvrait les libéraux du début du XIXe siècle, ses homologues Tocqueville, Cousin, Guizot, il n’apparaissait qu’à l’arrière-plan ; il conserve l’image d’un homme suranné. Comment comprendre cela ?


David Bellamy (dir.), Max Lejeune 1909-1995. Carrière politique d’un Picard,

Ouvrages | 12.02.2019 | Gilles Candar

Max Lejeune connut-il le bonheur en politique ? En tout cas, sa carrière politique fut longue et sans grandes traverses électorales. Il ne rencontra la défaite qu’en toute fin de parcours et à une seule occasion. Il est probable qu’il détint et détient encore plusieurs records de longévité. Il représenta un cas exemplaire de cumul des mandats et responsabilités puisqu’il fut député de la Somme de 1936 à 1940 et de 1945 à 1977, sénateur de 1977 à 1995, président du conseil général sitôt élu dans son canton (1945-1988), brièvement président du conseil régional de Picardie (1978-1979) auquel il appartint de 1973 à 1983, maire d’Abbeville (1947-1989), simple conseiller municipal d’opposition (1989-1995). Ironie du sort, ce furent des règlements de compte internes à son camp qui provoquèrent son seul échec lors des élections municipales de 1989 face à une liste de gauche, une gauche que localement il avait longtemps représentée.


Bruno Cabanes (dir.), Une histoire de la guerre. Du XIXe siècle à nos jours,

Ouvrages | 12.02.2019 | Guillaume Piketty

Dirigé par Bruno Cabanes, et coordonné par Thomas Dodman, Hervé Mazurel et Gene Tempest, ce gros volume de quelque huit cents pages est appelé à faire date. Ainsi que le précise d’emblée Bruno Cabanes dans son texte d’ouverture, il s’agit d’« une histoire de la guerre » et non pas d’un livre retraçant l’histoire de la guerre. Les concepteurs de l’ouvrage ont résolument opté, et l’on ne saurait trop les en louer, pour une approche thématique qui met l’accent sur le phénomène guerrier dans son ensemble davantage que sur les considérations strictement militaires, voire diplomatiques et de relations internationales, qui s’intéresse aux non-combattants autant qu’aux combattants, qui, en bref, et ainsi que le souligne également Bruno Cabanes, envisage la guerre comme « un fait social total » doublé d’un « acte culturel ». La réflexion ainsi proposée porte sur près de deux siècles et demi puisqu’elle s’ouvre sur les guerres révolutionnaires pour s’achever, provisoirement, sur les conflits en cours au début du XXIe siècle. Elle se développe, autant que possible compte tenu de l’état des savoirs, dans une perspective mondiale. Surtout, elle fait la part belle aux nouvelles approches du phénomène guerrier qui, depuis une bonne quarantaine d’années, ont fait florès et permis un renouvellement substantiel des perspectives et, partant, des connaissances.


« L’internement des nomades, une histoire française (1940-1946) »

Expositions | 31.01.2019 | Gilles Narcy

L’internement des nomades en France pendant la Seconde Guerre mondiale s’inscrit dans le prolongement d’une politique répressive menée par les autorités françaises vis-à-vis d’une population identifiée et surveillée dès le début du XXe siècle. L’exposition qui se tient jusqu’en mars 2019 au Mémorial de la Shoah entend ainsi faire œuvre de synthèse sur une histoire méconnue du grand public en la replaçant d’abord dans le temps long des politiques discriminatoires contre les populations itinérantes en France. Le sous-titre de l’exposition, « Une histoire française », permet d’emblée de la situer dans le cadre plus vaste des avancées historiographiques qui, depuis l’ouvrage fondateur de Robert Paxton La France de Vichy en 1973, ont montré le rôle actif et déterminant joué par l’État français durant la période de l’Occupation, notamment dans l’élaboration et l’application des politiques de persécution et de répression. 


Les années Mitterrand 1984-1988 vues des régions

Ouvrages | 15.01.2019 | Gilles Candar

Issu d’un colloque tenu à l’automne 2015, ce livre réunit en quelques trois cents pages une vingtaine de communications traitant peu ou prou de « l’alternance et la première cohabitation vue des régions ». Ouvert par l’historien Gilles Richard, codirecteur de l’entreprise, il est clos par sa deuxième codirectrice, la politiste Sylvie Ollitrault, qui note elle-même un certain déséquilibre dans la pluridisciplinarité annoncée puisque les contributions du corps de l’ouvrage sont à 85 % proposées par des historiens. Plus préoccupant sans doute car révélateur d’une situation assez répandue en histoire politique, ce collectif est aussi très masculin : les dix-huit collègues conviés à participer au livre sont tous des hommes, alors que les politistes se montrent parfaitement paritaires (deux hommes et deux femmes).


Les débuts de la Ve République : une guerre civile ?

Ouvrages | 15.01.2019 | Alain Chatriot

Le livre de Grey Anderson a de quoi surprendre et intéresser le lecteur français féru d’histoire politique française du XXe siècle. L’auteur est en effet docteur en histoire de l’université de Yale (2016) et sa thèse, inédite en langue anglaise, est publiée en français par La Fabrique dans une traduction réalisée par le fondateur de ces éditions, Éric Hazan. L’ouvrage porte sur les débuts de la Ve République et si le titre mentionne les bornes chronologiques 1958-1962, l’approche inclut la fin de la IVe République et ses conflits coloniaux. La recherche repose sur la consultation d’archives, trop sommairement et improprement indiquées à la fin du livre, certaines déjà bien connues, d’autres plus inédites en particulier pour ce qui concerne l’armée et les ministères de la Justice et de l’Intérieur.


Julie Bour, Clientélisme politique et recommandations : l’exemple de la Lorraine de la IIIe à la Ve République,

Ouvrages | 15.01.2019 | Frédéric Monier

Ce livre est issu d’une belle thèse soutenue en 2015 sur un homme politique : Louis Jacquinot, député de la Meuse, ministre à plusieurs reprises sous les IVe et Ve Républiques, et prototype du notable de droite modérée. Une biographie politique de plus, pourrait-on penser à tort, d’autant que Louis Jacquinot, gouvernant relativement peu connu, a déjà inspiré un livre collectif. Le propos de Julie Bour est autre, et son travail possède une grande originalité. L’auteur présente l’une des premières études historiques, localisées, entièrement consacrée à la question du clientélisme politique dans la France républicaine. Le clientélisme, notion fortement connotée dans les débats publics contemporains (« le piston », voire la corruption), est analysé ici via l’une des pratiques qui lui sont inextricablement liées : les demandes, épistolaires, de services d’ordre individuel adressées à des élus. Ces demandes émanent de simples particuliers, ou encore d’élus locaux comme de dirigeants d’associations. 


Masha Cerovic, Les Enfants de Staline. La guerre des partisans soviétiques, 1941-1944,

Ouvrages | 04.12.2018 | Tarik Cyril Amar

Elem Klimov’s apocalyptic master piece of 1985 “Come and See” (Requiem pour un massacre in French), one of the very few films about war deserving the epithet “anti,” begins with two ragged boys digging up an abandoned assault rifle in a sandy wasteland, while a German reconnaissance plane, drone-like, passes overhead. Readers of Masha Cerovic’s brilliant new book on the Soviet partisans of the Second World War may be reminded of this scene for several reasons.


Hélène Camarade, Élizabeth Guilhamon, Matthias Steinle, Hélène Yèche (dir.), La RDA et la société postsocialiste dans le cinéma allemand après 1989,

Ouvrages | 27.11.2018 | Martine Floch

Qui en 2003 n’a pas vu le film Good Bye Lenin !, puis en 2007 La Vie des autres ? L’un et l’autre films avaient créé un intérêt inattendu pour la RDA, cet « autre État allemand » qui cessa d’exister en 1990. Qui aurait cru, trente ans après sa disparition, que la RDA renaîtrait de ses cendres et susciterait encore un tel engouement sur les petits et grands écrans ? Car les deux films emblématiques de ce phénomène médiatique ne sont que « les arbres qui cachent la forêt… une forêt qui, de surcroît, est loin d’être une monoculture » : il y eut en effet bon nombre d’autres films et autant de représentations de la RDA et de la société postsocialiste. C’est cette production ample et fertile que le présent ouvrage entend porter à notre connaissance. L’approche est franco-allemande et propose un éclairage à la croisée de plusieurs champs. Ses contributeurs sont des germanistes, des historiens ou des chercheurs en cinéma et en audiovisuel. Il dresse en six chapitres l’évolution de cette production composée de fictions, de documentaires et de séries. On comprend l’idée du parcours proposé qui, s’il ne vise pas l’impossible exhaustivité, tend vers une complexité toujours plus grande des représentations de la République disparue. Comment la représenter, s’il n’y a aucun consensus à la définir ? Il est en effet tout aussi difficile de définir la RDA que de la représenter au plus près de ce qu’elle fut, en s’affranchissant des clichés narratifs et visuels en continuité avec ceux établis lors de la guerre froide. 


François Dosse, La Saga des intellectuels français,

Ouvrages | 15.11.2018 | François Chaubet

L’histoire des intellectuels est entrée dans l’heure des bilans solidement argumentés. Après les deux gros volumes collectifs publiés en 2016 et dirigés par Christophe Charle et Laurent Jeanpierre (curieusement non cités), François Dosse livre plus de 1 000 pages centrées surtout sur l’engagement politique des clercs et l’histoire des idées dans la deuxième moitié du XXsiècle (1944-1989). Quoique puissent objecter les érudits familiers de tel ou tel domaine du sujet (protéiforme dans son ensemble), cette somme en impose. Via les deux balises d’orientation indiquées ci-dessus, elle constitue incontestablement une très bonne synthèse où l’auteur, fort de très nombreux écrits personnels sur le sujet (ses biographies avant tout de Michel de Certeau, de Paul Ricœur, de Cornelius Castoriadis ou de Gilles Deleuze et Félix Guattari) analyse toute la gamme des prises de position idéologiques et intellectuelles durant plus de quarante ans. On pourra toujours relever quelques approximations ou erreurs (très peu dans l’ensemble), certaines omissions ou maladresses (le rôle des artistes est un peu évoqué dans les années 1960 puis abandonné), la rapidité du propos parfois sur tel ou tel personnage ou sur tel courant idéologique. Mais dans son registre d’analyse choisi, certes non argumenté par l’auteur au départ, le trait d’ensemble est sûr tandis que le détail fourmille constamment d’aperçus nourrissants. Les qualités de ce livre reposent en effet sur trois éléments bien combinés entre eux : la capacité à embrasser largement le spectre des engagements, l’articulation réussie entre une histoire des groupes intellectuels et l’histoire des idées, et l’attention portée à certains nœuds temporels (1956, 1968, 1976) décisifs dans la vie intellectuelle française.


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  • ISSN 1954-3670