Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Vénus noire, d’Abdellatif Kechiche

Films | 09.12.2010 | Gabrielle Costa de Beauregard

Vénus noire est un film difficile qui nous parle d'un autre temps, à partir du moulage du corps d'une femme arrivée en Europe en 1810, morte en 1815, et, fait incroyable, est resté exhibé jusqu'en 1976, en France. En 1994, à la fin de l'apartheid, l'Afrique du Sud demande la restitution des restes de Saartje Bartman. Cette demande se heurte à un refus des autorités et des scientifiques français au nom du patrimoine inaliénable du musée de l'Homme et de la Science. Ce n'est que le 29 janvier 2002 qu'une proposition de loi présentée au Sénat et visant à permettre à la dépouille de Saartje Bartman de retourner dans son pays est adoptée. Il s'agit « d'accomplir un devoir de mémoire, en particulier par rapport au fait colonial et reconnaître... les erreurs qui entachent cette période de l'histoire, en particulier s'agissant de l'esclavage qui a constitué un crime contre l’humanité». Le spectateur est confronté à des pratiques d'un autre temps, celui du XIXe siècle, au début duquel des pratiques, comme celle des zoos humains par exemple, étaient jugées naturelles, tolérées tandis qu'elles sont aujourd'hui fermement condamnées, voire criminelles. Un siècle enfin au cours duquel vont prendre forme des contestations sociales, telles que le féminisme, l'anti-esclavagisme, reprenant les droits de l'Homme proclamés en 1789 et oubliés par la science, mouvements qui prendront une forme politique au XXe siècle.


Sudhir Hazareesingh, Le mythe gaullien,

Ouvrages | 23.11.2010 | Jean-Baptiste Decherf

© Gallimard, 2010L’image de De Gaulle, celle que l’on avait de lui de son vivant, ainsi que l’empreinte qu’il laissa dans les mémoires, représente un vaste champ de recherche qui pour l’instant n’a été que très peu exploré. Différents chercheurs ont tenté d’analyser ce que l’épopée gaullienne charrie d’imaginaire, mais toujours de façon partielle. L’ouvrage de Maurice Agulhon, De Gaulle. Histoire, symbole, mythe , s’il a l’intérêt de donner à voir de façon particulièrement truculente différents aspects de la Weltanschauung gaullienne, s’intéresse plus à de Gaulle lui-même et à son discours qu’à son image. Les travaux qui, à l’inverse, analysent prioritairement les transformations dont fut l’objet la parole du grand homme, n’en ont jusqu’à présent ciblé que des aspects particuliers. Qui mieux qu’un spécialiste de la légende de Napoléon pouvait écrire le premier ouvrage de synthèse sur celle de De Gaulle ?


Rémy Porte, Haute-Silésie 1920-1922. Laboratoire des “leçons oubliées » de l’armée française et perceptions nationales,

Ouvrages | 23.11.2010 | Olivier Cosson

© Riveneuve Editions, 2009L’enjeu de l’établissement, par le traité de Versailles, de la frontière germano-polonaise est bien connu. Âprement négociée entre les alliés et avec les Allemands, la décision d’assurer à la Pologne une existence et une puissance industrielle durable grâce aux bassins houillers de l’ancienne Silésie prussienne traduit largement la nouvelle posture stratégique de la France en Europe, puissance meurtrie désireuse de s’assurer un partenaire solide « dans le dos » des Allemands à la suite de la défection russe et d’affaiblir durablement l’économie du Reich.


André Loez, 14-18. Les refus de la guerre. Une histoire des mutins,

Ouvrages | 23.11.2010 | Charles Ridel

© Gallimard, 2010Déjà forte de nombreux travaux, l’historiographie de la Grande Guerre vient de s’enrichir, avec la version remaniée de la thèse d’André Loez, d’un nouvel ouvrage universitaire sur les mutineries qui ébranlèrent l’armée française sur le front occidental, au printemps 1917. C’est dire si la trame factuelle de l’événement est désormais bien connue tant les sources et les archives ont été sondées, augmentées et croisées par les historiens. C’est dire aussi et surtout si l’événement suscite encore de multiples lectures. Quelles sont les causes majeures de cette crise ? Que dire de son intensité ? Quels sont les projets et les motivations des mutins ? En somme, quel sens attribuer à cette crise survenue en 1917 ?


Hors la loi, de Rachid Bouchareb

Films | 12.11.2010 | Sylvie Thénault

De façon symptomatique, révélatrice des résonances actuelles de l'histoire de la guerre d'Algérie, les débats autour du film Hors la loi, réalisé par Rachid Bouchareb, ont précédé sa sortie en salle. Dénoncé comme un film alimentant la propagande anti-française que constituerait, pour les thuriféraires de la colonisation, l'attention portée aux victimes algériennes de la répression, il était par ailleurs attendu comme l'est tout nouveau film sur cette période : après des décennies de production cinématographique à l'audience confidentielle, allait-il hisser les représentations de cette guerre au rang des œuvres américaines consacrées à la guerre du Vietnam, grosses productions hollywoodiennes louées pour leur succès public et pour le rôle de catharsis qu'elles auraient joué à l'échelle collective ? Le rapport de Hors la loi à l'histoire elle-même – ou plus précisément, à l'état des connaissances sur cette guerre en France – n'était pas en jeu dans les débats. Maintenant qu'il est sorti, pourtant, c'est bien cette question que pose le film : si le droit à la fiction est indéniable, jusqu'où un réalisateur peut-il s'affranchir de l'histoire ?


« La Cimade et les réfugiés : identités, répertoires d'action, politiques de l'asile, 1939-1994 »

Colloques | 09.11.2010 | Axelle Brodiez-Dolino

www.lacimade.orgFace à la quasi-absence de travaux scientifiques sur la Cimade, toutes disciplines confondues, et a fortiori de synthèse académique, ce colloque visait à poser les jalons d'un vaste champ d'étude ouvert par le récent dépôt des archives de l'association à la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC) de Nanterre – environ deux cents mètres linéaires, à 85% classés aujourd'hui. Le pari était audacieux : solliciter des chercheurs – très majoritairement historiens – spécialistes qui de la Seconde Guerre mondiale, qui des réfugiés, de l'immigration ou des organisations humanitaires, pour approcher les activités de la Cimade sous un angle spécifique. Ce pari a été, de notre avis, pleinement réussi. Le colloque était décomposé en trois temps, correspondant à une périodisation indicative de l'histoire de la Cimade.


Véronique Blanchard, Régis Revenin, Jean-Jacques Yvorel (dir.), Les jeunes et la sexualité. Initiations, interdits, identités (19e-21e siècles),

Ouvrages | 04.11.2010 | Frédérique El Amrani

éditions AutrementCodirigé par Véronique Blanchard, Régis Revenin, et Jean-Jacques Yvorel, tous trois historiens spécialistes de l’enfance et de la jeunesse « irrégulières », ce gros ouvrage de plus de quatre cents pages, rassemble trente-deux communications rédigées par trente-cinq auteurs, issus de champs disciplinaires et d’horizons géographiques variés. Résultat de la collaboration d’historiens, de sociologues, d’anthropologues, de socio-démographes, de philosophes, ainsi que de spécialistes de sciences politiques, sciences sociales ou sciences de l’éducation, il fait la part belle, – ce n’est pas si fréquent –, aux travaux de jeunes chercheurs. Plus d’un tiers des auteurs, dont vingt-deux sont des femmes, sont en effet doctorants. Souhaitant s’affranchir du cadre national, les coordinateurs de l’ouvrage ont retenu des contributions concernant des espaces et des sociétés assez peu arpentés par les chercheurs français. Près de la moitié des contributions présente ainsi des exemples et des problématiques extranationales, voire extraeuropéennes (Iran, Thaïlande, Argentine, Madagascar, Nouvelle-Zélande, Cameroun). Si l’étude de la seconde moitié du XXsiècle est privilégiée, les prémices de l’époque contemporaine ne sont pas oubliées de même que la première décennie du siècle présent, certaines communications embrassant l’ensemble de la période.


Jean-François Muracciole, Les Français libres : l’autre Résistance,

Ouvrages | 04.11.2010 | Eric T. Jennings

Editions TallandierCe très bel ouvrage, à la fois impressionnant et passionnant, se donne pour pari de dresser une sociologie des Français libres. La palette méthodologique de l’auteur s’avère variée et fort adaptée à son sujet : il manie aisément l’histoire quantitative, l’histoire militaire, celle des mentalités, des religions, des comportements et, tout spécialement, celle des motivations pour expliquer l’adhésion individuelle ou collective à la France libre.


John M. Cox, Circles of Resistance: Jewish, Leftist, and Youth Dissidence in Nazi Germany,

Ouvrages | 04.11.2010 | J.R. Blackstone, Clare College, University of Cambridge

Editions Peter Lang On 18 May 1942, a group of leftist dissidents stormed the Sowjetparadies exhibit in Berlin’s Lustgarten square, in a daring attack on one of Goebbels’ major propaganda pieces of the period. Some forty activists were subsequently arrested, interrogated and executed for the action alongside a ‘communal’ punishment of two waves of two hundred and fifty Jewish civilians each. This event itself is relatively well known to historians of the Third Reich and socialist studies. However, it is the background to this act of resistance and the people who perpetrated it that primarily concern John M. Cox’s monograph Circles of Resistance: Jewish, Leftist, and Youth Dissidence in Nazi Germany. 


Hubert Bonin, Christophe Bouneau et Hervé Joly (dir.), Les entreprises et l’outre-mer français pendant la Seconde Guerre mondiale,

Ouvrages | 04.11.2010 | Géraud Letang

Maison des sciences de l'homme d'Aquitaine, 2010L’été 2010 aura été riche en cérémonies, communications et parutions relatives à deux commémorations : celle de l’appel du 18 juin 1940 et celle des indépendances des colonies africaines de la France. Force est cependant de constater que très peu de publications ont lié ces deux séquences historiques. La parution du livre Les entreprises et l’outre-mer français pendant la Seconde Guerre mondiale dirigé par Hubert Bonin, Christophe Bouneau et Hervé Joly vient donc à point nommé pour souligner les effets du second conflit mondial sur les liens entre la métropole et les possessions françaises outre-mer. Comme le mentionne Hubert Bonin dans son avant-propos, la Seconde Guerre mondiale est peu traitée, voire « escamotée», dans les productions historiques relatives à l’outre-mer français : évènement pourtant paroxystique, la guerre ne semble pas bouleverser un monde colonial davantage marqué par les débats des années 1930 sur la nature de la tutelle à maintenir puis par la marche vers les indépendances au lendemain de 1945. Parallèlement, on a souvent fait peu de cas, dans l’histoire économique de la Seconde Guerre mondiale, du rôle des entreprises françaises dont le développement aurait été limité aussi bien par les réquisitions induites par l’effort de guerre, que par les pillages de l’occupant et par les destructions provoquées par les combats. Les actes de ce colloque qui s’est tenu à la Maison des sciences de l’homme d’Aquitaine les 20 et 21 novembre 2008 – c’est-à-dire en dehors du contexte mémoriel actuel – permettent ainsi de mieux appréhender ces objets historiques particuliers que sont les entreprises implantées dans le monde colonial français.


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  • ISSN 1954-3670