Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Winston Churchill, Mémoires de guerre, 1919-1941, tome 1

Ouvrages | 20.07.2010 | Steffen Prauser

© TallandierAucun autre livre n’a autant marqué la perception de la Seconde Guerre mondiale au Royaume-Uni – voire en Europe occidentale – que les Mémoires de guerre de Winston Churchill. Trois ans seulement après la fin du conflit, le principal protagoniste britannique de ces événements décrit dans un très beau style, en s’appuyant sur des centaines de documents confidentiels, les processus décisionnels des dirigeants de la Grande-Bretagne et de la « Grande Alliance antihitlérienne ».


Sébastien Albertelli, Les Services secrets du général de Gaulle, le BCRA 1940-1944

Ouvrages | 20.07.2010 | Jean-François Muracciole

© PerrinLe très bel ouvrage de Sébastien Albertelli tombe à point nommé pour au moins deux raisons essentielles. En premier lieu, il témoigne, après une longue éclipse caractérisée par la domination quasi-exclusive des travaux consacrés à la Résistance intérieure, de la renaissance de l’étude scientifique de la France libre et des diverses formes de la Résistance extérieure. Initié par le grand livre de Jean-Louis Crémieux-Brilhac (La France libre, Gallimard, 1996), ce mouvement voit de jeunes chercheurs (Aurélie Luneau, Sébastien Albertelli, en attendant les thèses de Stéphane Simonnet ou de Julie Le Gac) prendre le relais. En outre, à la différence de son homologue anglo-saxonne, l’historiographie française (il n’est que de lire la monumentale bibliographie du présent ouvrage pour s’en convaincre) a toujours éprouvé de la réticence à l’égard de l’histoire des services secrets. À la décharge des historiens français, rappelons toutefois que ce type de service aime tant à cultiver le mystère qu’il a fallu attendre 1998 pour que l’essentiel des archives du Bureau central de renseignements et d’action (BCRA) soit ouvert aux Archives nationales. Pendant longtemps, la seule source disponible pour la connaissance de ce rouage fondamental de la France libre, outre le Livre blanc du BCRA (Stéphane et Vitia Hessel, Daniel Cordier, 1945), trop sommaire, demeura les Mémoires de Passy (réédités en 2000 avec un très précieux appareil critique de Jean-Louis Crémieux-Brilhac), riches et précis, mais trop ouvertement orientés (en particulier par leur parti pris en faveur de Pierre Brossolette contre Jean Moulin lors de la grande querelle du début de 1943). C’est peu dire que l’ouvrage de Sébastien Albertelli comble donc un vide à la fois béant et surprenant.


Sébastien Denis, Le Cinéma et la guerre d'Algérie, la propagande à l'écran (1945-1962)

Ouvrages | 20.07.2010 | Julie Champrenault

© Nouveau monde éditionsLa problématique algérienne bénéficie aujourd’hui d’une grande visibilité dans le paysage médiatique français en raison des débats que suscite la sortie du film de Rachid Bouchareb, Hors la loi. Les conflits mémoriels sont ravivés mais occultent aussi la réalité de l’Algérie coloniale comme l’a souligné Benjamin Stora. Mais si, comme l’avance ce dernier, le cinéma n’a pas encore su montrer l’Algérie réelle, le dernier ouvrage de Sébastien Denis, Le Cinéma et la guerre d’Algérie, la propagande à l’écran (1945-1962), issu de sa thèse de doctorat, semble, lui, être en mesure de répondre à la question posée par Marc Ferro : « De quelle réalité le cinéma est-il vraiment l’image ? »


Nicolas Defaud, La CFDT (1968-1995). De l'autogestion au syndicalisme de proposition

Ouvrages | 20.07.2010 | Hélène Hatzfeld

© Presses de Sciences PoComment et pourquoi la Confédération française démocratique du travail (CFDT) est-elle passée du socialisme démocratique puis autogestionnaire à un « syndicalisme de proposition » ? Le livre de Nicolas Defaud vise à rendre compte d’une « conversion ». L’auteur soutient que, au-delà des deux temps forts souvent retenus – le « recentrage » en 1978 et le « soutien critique » au plan Juppé sur les retraites en 1995 –, c’est tout un processus, une succession de prises de position qui font sens. Plus précisément, il montre que la logique d’un réformisme revendiqué, présente parmi d’autres dans la transformation de la Confédération française des travailleurs chrétiens (CFTC) en CFDT, devient prédominante, à l’épreuve à la fois de la confrontation militante au parti socialiste (PS), de la crise économique et des gouvernements de gauche. Ainsi résumée, la cause pourrait sembler simpliste et banale. Or tout l’art – et l’intérêt – de ce livre est précisément de n’être ni banal ni simplificateur. C’est ce qui lui donne sa force de conviction.


« La France entre guerre froide et intégration européenne : la situation au milieu des années 1970 »

Atelier | 20.07.2010 | Matthieu Osmont

L’Institut historique allemand de Paris (IHAP) a accueilli les 25 et 26 mars 2010 le premier atelier du groupe de travail IHAP-RICHIE sur « la France entre guerre froide et intégration européenne du milieu des années 1970 au milieu des années 1980 ».


« Exotiques expositions : les expositions universelles et les cultures extra-européennes, France 1855-1937 »

Expositions | 24.06.2010 | Amaury Lorin

Une exposition sur les expositions. Pas n’importe lesquelles : les expositions ayant prétendu « représenter le monde », autrement dit, les expositions « universelles ». « Sujet de délire du XIXe siècle » selon Flaubert, les premières expositions ne concernent au départ que des produits industriels : elles apparaissent ainsi dès la fin du XVIIIe siècle en France et en Angleterre, nations industrielles s’il en est. D’abord nationales, elles deviennent internationales en 1851 puis universelles à partir de 1855 quand elles ouvrent leur programme aux beaux-arts et aux productions de l’esprit. Elles se succèdent, dès lors, selon un rythme croissant : Paris, émule de Londres, accueille pas moins de cinq de ces manifestations entre 1855 et 1900 et recevra à nouveau les expositions internationales de 1925 (Arts décoratifs et industriels), 1931 (Exposition coloniale, voir la photo) et 1937 (Arts et techniques dans la vie moderne). Dans le même temps, des expositions comparables par leur ampleur et leur faste ont lieu dans d’autres capitales européennes (Londres en 1862, 1870 et 1874 ; Vienne en 1873 ; etc.), ainsi qu’hors d’Europe (Argentine, Australie, États-Unis).


« Conversation anglaise : le groupe de Bloomsbury »

Expositions | 24.06.2010 | Amaury Lorin

Du mythique groupe dit « de Bloomsbury » (du nom du quartier dans le sud du district londonien de Camden, où il élut domicile au 46 Gordon Square), on a souvent, en France, retenu que les seules frasques, en particulier passionnelles (pansexuelles). Bien à tort. Certes, l’ambiance du groupe, faisant fi des normes et des mœurs socialement prédominantes, encourageait les rencontres et les liaisons, y compris les plus scandaleuses pour les conventions pudiques et rigides de l’Angleterre victorienne et edwardienne. Mais le grand mérite de l’exposition « Conversation anglaise : le groupe de Bloomsbury », tenue du 21 novembre 2009 au 28 février 2010 à La Piscine - musée d’art et d’industrie André Diligent de Roubaix, outre qu’elle est la première en France à lui être enfin consacrée – alors que les agrégatifs plancheront jusqu’en 2011 en histoire contemporaine sur la question « Le monde britannique (1815-1931) » –, est d’avoir utilement su dépasser ce poncif – parmi d’autres.


Michel Dreyfus, L'Antisémitisme à gauche. Histoire d'un paradoxe de 1830 à nos jours

Ouvrages | 26.05.2010 | Claire Marynower

© La Découverte« Lénine, tout le monde sait qu’il s’appelle Zelderblum [sic]. Laissez-les prendre un pied chez nous, ils en auront bientôt huit ». Celui qui s’exprimait en ces termes, cités par Michel Dreyfus, on s’en étonnera aujourd’hui, n’était autre que Marcel Sembat, ministre socialiste des Travaux publics pendant la Grande Guerre, qui avait mis Léon Blum à la tête de son cabinet. On se trouve bien au cœur de ce « paradoxe » dont l’auteur se propose de retracer l’histoire : l’existence, dans les milieux de gauche, de postures et de discours antisémites. Un paradoxe intuitif, ressenti comme tel par celui qui se présente, dès son introduction, comme un « historien qui, citoyen juif et laïque, se réclame des valeurs de la gauche » : le geste est inédit, car le sujet lui-même recèle une charge d’actualité particulièrement forte.


Olivier Wieviorka, La Mémoire désunie. Le souvenir politique des années sombres, de la Libération à nos jours

Ouvrages | 26.05.2010 | Simon Perego

© Editions du SeuilLes « politiques publiques de la mémoire » prennent parfois des formes inattendues. Si elles font d’abord penser aux commémorations, aux lois mémorielles ou à l’érection de monuments, on s’attend moins à trouver parmi leurs réalisations la publication d’ouvrages scientifiques. C’est pourtant dans une commande de la Direction de la mémoire, du patrimoine et des archives du ministère de la Défense que La Mémoire désunie, le dernier livre d’Olivier Wieviorka ici recensé, trouve son origine. Comme l’explique l’auteur dans son avant-propos, une équipe de chercheurs dirigée par lui-même et Antoine Prost avait remporté un appel d’offres lancé par la rue de Bellechasse, désireuse qu’on l’éclaire sur les politiques de la mémoire développées hors de France, dans le but, peut-être, d’y trouver matière à inspiration. C’est là une nouvelle forme de collaboration entre « histoire » et « mémoire » à laquelle on n’aurait pas spontanément songé !


François Cochet et Olivier Dard (textes réunis par), Subversion, anti-subversion, contre-subversion

Ouvrages | 26.05.2010 | Amaury Lorin

© RiveneuveTerme indésirable du vocabulaire politique, le vocable de « subversion » est, en tant que tel, curieusement absent des entrées tant des dictionnaires politiques, pourtant innombrables, que des histoires des idées politiques non moins nombreuses. Le Larousse universel de 1923 renvoie, aux entrées « subversion », « subversif », « subvertir », aux idées de « bouleverser » et de « détruire », en donnant pour exemples la « subversion de l’État » ou la « doctrine subversive de la société ». Malgré ce traitement a minima, la Guerre Froide et les guerres coloniales ont pourtant, sur fond de lutte anti-communiste durant le « second XXe siècle », abondamment mis sur le devant de la scène ce vocable polysémique de « subversion » et ses corollaires (« anti-subversion » et « contre-subversion »), tant en France qu’à l’étranger, dans les circonstances historiques les plus diverses.


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  • ISSN 1954-3670