Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Tony Judt, Retour sur le XXe siècle. Une histoire de la pensée contemporaine,

Ouvrages | 18.03.2011 | Yaël Hirsch

Editions Héloïse d'Ormesson, 2010Mort à l’âge de 62 ans d’une sclérose latérale amyotrophique en août 2010, Tony Judt était un historien d’origine anglaise et directeur du Remarque Institute de la New York University, créé pour lui en 1995 par la veuve de l’écrivain Erich Maria Remarque. Il avait voulu être un intellectuel engagé, à l’image des grandes figures de la gauche française qu’il avait étudiées notamment dans Un passé imparfait (Fayard, 1992) et dans La responsabilité des intellectuels (Calmann-Levy, 1998). Publiée en 2008 aux éditions Penguin Press aux États-Unis, la collection d’essais Retour sur le xxsiècle est disponible en français depuis l’automne 2010 aux Éditions Héloïse d’Ormesson. Cette somme d’articles, parus entre 1994 et 2006 dans The New York Review of Books, The New Republic, The Nation, Foreign Affairs, The London Review of Books et Ha’aretz, ne contient pas néanmoins l’article le plus polémique de cet intellectuel revenu du sionisme : « Israel the alternative». Tony Judt y décrivait l’État des Juifs comme un anachronisme et soutenait que la seule solution viable était de transformer le pays en État bi-national. Cet article a mis fin à sa collaboration avec The New Republic. D’autres articles polémiques, comme « Trop de Shoah tue la Shoah », sont également absents de cette anthologie, de même que les très beaux textes autobiographiques que Tony Judt avait écrits les deux dernières années de sa vie dans la New York Review of Books.


Raphaëlle Branche, L’Embuscade de Palestro. Algérie 1956,

Ouvrages | 18.03.2011 | Andrea Brazzoduro

Armand Colin, 2010« Partie à l’aube du 18 mai 1956 pour une mission de pacification près des gorges de Palestro, à quatre-vingt kilomètres au sud-est d’Alger, une section de militaires français, commandée par un sous-lieutenant, tombe dans une embuscade. » C’est ainsi, « comme un roman », dans un style captivant autant que sobre et rigoureux, que s’ouvre le dernier livre de l’historienne Raphaëlle Branche, dont les travaux sur la guerre franco-algérienne (1954-1962) font référence, en France comme à l’étranger.


Tal Bruttmann, Laurent Joly et Annette Wieviorka (dir.) Qu'est-ce qu'un déporté ? Histoire et mémoires des déportations de la Seconde Guerre mondiale,

Ouvrages | 18.03.2011 | Ludivine Broch

CNRS Editions, 2008La question posée dans le titre laisse percevoir que cet ouvrage est le fruit d’un travail particulièrement ambitieux. Depuis 1944, des historiens, des témoins, des législateurs tentent de comprendre ce que fut la déportation pendant la Seconde Guerre mondiale et tous cherchent à définir « le déporté ». Toutefois, cet ouvrage ne pourra apporter une réponse définitive. Dès le premier chapitre, Tal Bruttmann est très clair : « le déporté en tant que tel n'existe pas ». Cette étude, issue d'une journée d'études à Caen en mars 2008 et publiée sous la direction de trois grands spécialistes de la Shoah, est d'une grande originalité. Elle brise les stéréotypes mémoriels de la déportation en utilisant une approche historique comparative. L'ouvrage réunit une vingtaine d'historiens travaillant sur les déportations d’Europe de l'Ouest, de l'Est, de l'URSS et même d'Asie. En abordant le sujet de la déportation sous différents aspects, il révèle l'énorme complexité de l'histoire des déportations, mais aussi l'impossibilité de réduire ces multiples expériences à un seul mot : déporté. L'ouvrage, divisé en quatre parties, étudie d'abord la problématique du langage, puis les différentes politiques de déportation en France et dans d'autres pays, pour enfin traiter des conflits mémoriels qui ont marqué les années d'après-guerre.


Laurent Frajerman, Françoise Bosman, Jean-François Chanet, Jacques Girault (dir.), La fédération de l’Éducation nationale (1928-1992). Histoire et archives en débats,

Ouvrages | 04.03.2011 | Ismail Ferhat

Presses Universitaires du Septentrion, 2009La « forteresse enseignante » : c’est ainsi que la Fédération de l’Éducation nationale (FEN) a été qualifiée aussi bien dans l’opinion que chez les spécialistes de sciences sociales, qui y voyaient un objet de curiosité à de nombreux titres. Elle a été la seule organisation de masse à regrouper l’ensemble des forces de la gauche française, jusqu’à la disparition de l’URSS, qui est concomitante, ironie de l’histoire, de son propre éclatement. Ayant fait le choix de l’autonomie en 1947, ce pour ne pas avoir à choisir entre CGT et Force ouvrière, et pour préserver son unité, la FEN est devenue une organisation pivot dans une gauche syndicale et politique fragmentée. Cette position se traduit par le pluralisme interne, autour de trois tendances majeures qui structurent la vie de la fédération : la majorité socialisante, la minorité communisante, et l’extrême gauche. Si elle tente à plusieurs reprises de rétablir l’unité organique du mouvement syndical, sans succès, elle joue un rôle important dans la France contemporaine (question laïque, guerre d’Algérie, Mai 68). Paradoxalement, la fédération a éclaté en 1992 dans une montée aux extrêmes entre la majorité socialisante et la minorité communisante, au moment même où ce conflit n’avait plus d’enjeu politique, du fait de la crise du PCF.


David Cesarani, Adolf Eichmann,

Ouvrages | 01.03.2011 | Tal Bruttmann

Editions TallandierL’une des conséquences du procès d’Adolf Eichmann, tenu à Jérusalem en 1961, fut de laisser l’image d’un homme à tout le moins falot et déférent face à ses juges, sans guère d’envergure et dépourvu d’idéologie, voire d’antisémitisme, qui aurait accompli sa tâche à la tête du service des affaires juives (le IVB4) du RSHA comme un simple rouage. Un « criminel de bureau » tout ce qu’il y aurait de plus ordinaire. C’est ce portrait que brosse Hannah Arendt dans son livre Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal (1963) et qui va passer à la postérité. Pourtant la réalité est tout autre. C’est ce que montre la biographie que l’historien britannique David Cesarani consacre à la vie d’Adolf Eichmann, ou plutôt aux vies successives qu’eut Adolf Eichmann : sa jeunesse en Autriche tout d’abord, jusqu’à son entrée au parti nazi en 1932 ; sa carrière débutée dans la SS en 1933 puis au sein du RSHA, où il va gravir les échelons jusqu’à la tête du IVB4 qu’il dirigera jusqu’à la fin de la guerre ; sa vie clandestine ensuite, depuis sa capture, sous une fausse identité, comme prisonnier de guerre jusqu’à son exil argentin ; son enlèvement par les services secrets israéliens en 1960 et son procès.


« Archéologues à Angkor : archives photographiques de l’École française d’Extrême-Orient »

Expositions | 04.02.2011 | Amaury Lorin

Le nom d’Angkor est indissociable de celui de l’École française d’Extrême-Orient (EFEO). Une association longtemps exclusive, à l’origine d’une véritable et passionnante saga archéologique. L’acmé en sera atteint par l’inauguration prochaine, au cours du premier semestre de l’année 2011, du temple-montagne du Baphuon après une soixantaine d’années d’un sauvetage rocambolesque, alternance de phases de travaux et d’arrêts dus aux troubles politiques lors des dramatiques événements des années 1975-1979 (dictature des Khmers rouges). Rarement peut-être une institution de recherche n’aura ainsi été si étroitement associée, dès son origine, à la restauration d’un site aussi complexe, éblouissant et démesuré – à bien des égards – que celui d’Angkor. Jusqu’à mettre l’EFEO au cœur du processus de formation de l’identité culturelle du Cambodge, dont on rappellera que le drapeau porte une représentation du temple d’Angkor. Celui-ci deviendra très rapidement en effet le chantier-phare de l’EFEO, son bien-fondé le plus tangible sinon sa justification la plus irréfragable, quand la légitimité de l’École, railleusement surnommée « École facétieuse d’Extrême-Orient », n’a pas toujours fait l’unanimité, particulièrement à ses débuts.


Rafaëlle Maison, Coupable de résistance ? Naser Oric, défenseur de Srebrenica, devant la justice internationale,

Ouvrages | 04.02.2011 | Berna Günen

© Armand Colin, 2010Rafaëlle Maison’s book follows the trial of Brigadier Naser Orić who had once been the bodyguard of Slobodan Milošević and who then became the commander of Bosnian forces at Srebrenica from June 1992 until he had been called by the Bosnian authorities to Tuzla in the spring of 1995.

In March 2003, Orić was indicted by the International Criminal Tribunal for the Former Yugoslavia (ICTY) for violations of the laws or customs of war: on two charges of having ordered guerrilla raids into the surrounding Bosnian Serb villages (between June 1992 and January 1993), and of failing to prevent the torture, mistreatment or killing of those Bosnian Serb men detained in the Srebrenica police station (between September 1992 and March 1993). In late June 2006, the ICTY sentenced Orić to two years in prison for having failed to prevent the inhumane treatment of Bosnian Serb prisoners. However, in July 2008, Orić was acquitted of all charges on appeal, and returned to his home in Tuzla.


Pierre Brocheux and Daniel Hémery, Indochina: An Ambiguous Colonization, 1858-1954,

Ouvrages | 04.02.2011 | Amaury Lorin

© Berkeley_University of California Press, 2010.Both Professors of Contemporary History at University Paris VII-Denis Diderot and specialists of Ho Chi Minh, Pierre Brocheux and Daniel Hémery were among the first scholars to work in the Indochinese colonial archives (after 1920) following their opening in the early 1980s. Written in memory of Jean Chesneaux and Georges Boudarel, and translated by Ly Lan Dill-Klein, with Eric Jennings, Nora Taylor, and Noémi Tousignant, Indochine: La colonisation ambiguë (1858-1954) (Paris: La Découverte, 2001) is now available not only in English but also in an updated version (enhanced by a precious select bibliography, p. 447-466). An excellent piece of news for non-French-speaking students, scholars, and general readers interested in the region, in the Vietnam War, and in French imperialism, among other topics. Combining new approaches with a groundbreaking historical synthesis, this accessible work is the most thorough and up-to-date general history of French Indochina. Unique in its wide-ranging attention to economic, social, intellectual, and cultural dimensions, it is the first book to treat Indochina’s entire history, from its inception in Cochinchina in 1858 to its crumbling at Dien Bien Phu in 1954 and on to decolonization. Basing their account on original research as well as on the most recent scholarship, Pierre Brocheux and Daniel Hémery tell this story from a perspective that is neither Eurocentric nor nationalistic but that carefully considers the positions of both the colonizers and the colonized. Thus the work skillfully avoids nationalist, colonialist, and anticolonialist historiographies. With this approach, the authors are able to move beyond descriptive history into a nuanced exploration of the complexities of the French colonial period in Indochina (1858-1954). Rich in themes and ideas, their account also sheds new light on the national histories of the emerging nation-states of Vietnam, Laos, and Cambodia, making this book essential, instructive and stimulating reading.


Sigmund Freud, Sandor Ferenczi, Karl Abraham, Sur les névroses de guerre,

Ouvrages | 04.02.2011 | Emmanuel Saint-Fuscien

© Payot, 2010.On l’a dit parfois, l’historien n’est pas toujours le mieux outillé pour analyser et comprendre les sciences de la psyché. Leurs catégories savantes et parfois polysémiques représentent en effet de terribles pièges pour les non-spécialistes. À l’inverse, et présenté de façon un peu caricaturale, le psychanalyste contemporain peut avoir tendance à essentialiser des concepts qu’il utilise sans dévoiler les liens multiples que ses notions tissent avec leur époque. Cette publication évite ces deux écueils et vient s’inscrire en précieux complément d’une historiographie récente, qui par le biais d’une étude de la violence de guerre et des traumatismes infligés aux combattants ou aux populations civiles, réinterroge les liens entre histoire des conflits et histoire de la psychiatrie, de la psychologie ou de la psychanalyse.


Romain Ducoulombier, Camarades ! La naissance du parti communiste en France,

Ouvrages | 04.02.2011 | Danielle Tartakowsky

© Perrin, 2010.Cet ouvrage reprend la substance d’une thèse d’un millier de pages intitulée Régénérer le socialisme. Aux origines du communisme français (1905-1925). Le titre de la thèse, que l’éditeur a vraisemblablement jugé moins incisif, soulignait pourtant mieux que celui dont l’ouvrage est doté l’originalité de la démarche de Romain Ducoulombier. Celui-ci revient, après tant d’autres, sur les travaux fondateurs d’Annie Kriegel et sur la thèse, qu’il discute à son tour, de la « greffe » du bolchevisme sur le socialisme français. 


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  • ISSN 1954-3670