Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Hors la loi, de Rachid Bouchareb

Films | 12.11.2010 | Sylvie Thénault

De façon symptomatique, révélatrice des résonances actuelles de l'histoire de la guerre d'Algérie, les débats autour du film Hors la loi, réalisé par Rachid Bouchareb, ont précédé sa sortie en salle. Dénoncé comme un film alimentant la propagande anti-française que constituerait, pour les thuriféraires de la colonisation, l'attention portée aux victimes algériennes de la répression, il était par ailleurs attendu comme l'est tout nouveau film sur cette période : après des décennies de production cinématographique à l'audience confidentielle, allait-il hisser les représentations de cette guerre au rang des œuvres américaines consacrées à la guerre du Vietnam, grosses productions hollywoodiennes louées pour leur succès public et pour le rôle de catharsis qu'elles auraient joué à l'échelle collective ? Le rapport de Hors la loi à l'histoire elle-même – ou plus précisément, à l'état des connaissances sur cette guerre en France – n'était pas en jeu dans les débats. Maintenant qu'il est sorti, pourtant, c'est bien cette question que pose le film : si le droit à la fiction est indéniable, jusqu'où un réalisateur peut-il s'affranchir de l'histoire ?


« La Cimade et les réfugiés : identités, répertoires d'action, politiques de l'asile, 1939-1994 »

Colloques | 09.11.2010 | Axelle Brodiez-Dolino

www.lacimade.orgFace à la quasi-absence de travaux scientifiques sur la Cimade, toutes disciplines confondues, et a fortiori de synthèse académique, ce colloque visait à poser les jalons d'un vaste champ d'étude ouvert par le récent dépôt des archives de l'association à la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC) de Nanterre – environ deux cents mètres linéaires, à 85% classés aujourd'hui. Le pari était audacieux : solliciter des chercheurs – très majoritairement historiens – spécialistes qui de la Seconde Guerre mondiale, qui des réfugiés, de l'immigration ou des organisations humanitaires, pour approcher les activités de la Cimade sous un angle spécifique. Ce pari a été, de notre avis, pleinement réussi. Le colloque était décomposé en trois temps, correspondant à une périodisation indicative de l'histoire de la Cimade.


Véronique Blanchard, Régis Revenin, Jean-Jacques Yvorel (dir.), Les jeunes et la sexualité. Initiations, interdits, identités (19e-21e siècles),

Ouvrages | 04.11.2010 | Frédérique El Amrani

éditions AutrementCodirigé par Véronique Blanchard, Régis Revenin, et Jean-Jacques Yvorel, tous trois historiens spécialistes de l’enfance et de la jeunesse « irrégulières », ce gros ouvrage de plus de quatre cents pages, rassemble trente-deux communications rédigées par trente-cinq auteurs, issus de champs disciplinaires et d’horizons géographiques variés. Résultat de la collaboration d’historiens, de sociologues, d’anthropologues, de socio-démographes, de philosophes, ainsi que de spécialistes de sciences politiques, sciences sociales ou sciences de l’éducation, il fait la part belle, – ce n’est pas si fréquent –, aux travaux de jeunes chercheurs. Plus d’un tiers des auteurs, dont vingt-deux sont des femmes, sont en effet doctorants. Souhaitant s’affranchir du cadre national, les coordinateurs de l’ouvrage ont retenu des contributions concernant des espaces et des sociétés assez peu arpentés par les chercheurs français. Près de la moitié des contributions présente ainsi des exemples et des problématiques extranationales, voire extraeuropéennes (Iran, Thaïlande, Argentine, Madagascar, Nouvelle-Zélande, Cameroun). Si l’étude de la seconde moitié du XXsiècle est privilégiée, les prémices de l’époque contemporaine ne sont pas oubliées de même que la première décennie du siècle présent, certaines communications embrassant l’ensemble de la période.


Jean-François Muracciole, Les Français libres : l’autre Résistance,

Ouvrages | 04.11.2010 | Eric T. Jennings

Editions TallandierCe très bel ouvrage, à la fois impressionnant et passionnant, se donne pour pari de dresser une sociologie des Français libres. La palette méthodologique de l’auteur s’avère variée et fort adaptée à son sujet : il manie aisément l’histoire quantitative, l’histoire militaire, celle des mentalités, des religions, des comportements et, tout spécialement, celle des motivations pour expliquer l’adhésion individuelle ou collective à la France libre.


John M. Cox, Circles of Resistance: Jewish, Leftist, and Youth Dissidence in Nazi Germany,

Ouvrages | 04.11.2010 | J.R. Blackstone, Clare College, University of Cambridge

Editions Peter Lang On 18 May 1942, a group of leftist dissidents stormed the Sowjetparadies exhibit in Berlin’s Lustgarten square, in a daring attack on one of Goebbels’ major propaganda pieces of the period. Some forty activists were subsequently arrested, interrogated and executed for the action alongside a ‘communal’ punishment of two waves of two hundred and fifty Jewish civilians each. This event itself is relatively well known to historians of the Third Reich and socialist studies. However, it is the background to this act of resistance and the people who perpetrated it that primarily concern John M. Cox’s monograph Circles of Resistance: Jewish, Leftist, and Youth Dissidence in Nazi Germany. 


Hubert Bonin, Christophe Bouneau et Hervé Joly (dir.), Les entreprises et l’outre-mer français pendant la Seconde Guerre mondiale,

Ouvrages | 04.11.2010 | Géraud Letang

Maison des sciences de l'homme d'Aquitaine, 2010L’été 2010 aura été riche en cérémonies, communications et parutions relatives à deux commémorations : celle de l’appel du 18 juin 1940 et celle des indépendances des colonies africaines de la France. Force est cependant de constater que très peu de publications ont lié ces deux séquences historiques. La parution du livre Les entreprises et l’outre-mer français pendant la Seconde Guerre mondiale dirigé par Hubert Bonin, Christophe Bouneau et Hervé Joly vient donc à point nommé pour souligner les effets du second conflit mondial sur les liens entre la métropole et les possessions françaises outre-mer. Comme le mentionne Hubert Bonin dans son avant-propos, la Seconde Guerre mondiale est peu traitée, voire « escamotée», dans les productions historiques relatives à l’outre-mer français : évènement pourtant paroxystique, la guerre ne semble pas bouleverser un monde colonial davantage marqué par les débats des années 1930 sur la nature de la tutelle à maintenir puis par la marche vers les indépendances au lendemain de 1945. Parallèlement, on a souvent fait peu de cas, dans l’histoire économique de la Seconde Guerre mondiale, du rôle des entreprises françaises dont le développement aurait été limité aussi bien par les réquisitions induites par l’effort de guerre, que par les pillages de l’occupant et par les destructions provoquées par les combats. Les actes de ce colloque qui s’est tenu à la Maison des sciences de l’homme d’Aquitaine les 20 et 21 novembre 2008 – c’est-à-dire en dehors du contexte mémoriel actuel – permettent ainsi de mieux appréhender ces objets historiques particuliers que sont les entreprises implantées dans le monde colonial français.


Patrice Arnaud, Les STO. Histoire des Français requis en Allemagne nazie 1942-1945,

Ouvrages | 04.11.2010 | Fabrice Grenard

CNRS EditionsParoxysme de la politique de collaboration menée par Vichy et de l’exploitation de la France par l’occupant allemand, la réquisition des travailleurs français pour l’Allemagne marqua profondément la société française des « années noires ». Mais au regard de l’importance qu’a pu revêtir pour toute une génération cette expérience particulière du travail en Allemagne, les requis sont pendant longtemps apparus comme des « oubliés » de l’histoire de la Seconde Guerre mondiale, en raison notamment de la « concurrence mémorielle » représentée par d’autres catégories victimes de guerre, qui avaient été « plus héroïques » ou « plus victimes qu’eux ». La façon dont les travailleurs requis avaient vécu et perçu leur expérience restait donc relativement peu connue (l’historiographie allemande s’est davantage intéressée au sort des « travailleurs de l’Est » qu’à ceux en provenance des pays occidentaux tandis que les travaux menés en France concernaient surtout, à travers quelques monographies régionales, les conséquences des réquisitions de main-d’œuvre et les réactions qu’elles suscitèrent). Il manquait ainsi une histoire globale de la vie des travailleurs français en Allemagne, à l’image de ce qu’avait réalisé Yves Durand pour les prisonniers de guerre. Cette lacune apparaît désormais comblée avec le livre de Patrice Arnaud, version abrégée de sa thèse de doctorat soutenue à l’université de Paris I. L’ouvrage s’appuie sur les nombreux témoignages publiés (une soixantaine) par d’anciens requis anonymes ou célèbres (François Cavanna, Antoine Blondin), sur un corpus d’une trentaine d’entretiens réalisés par l’auteur, sur des sources d’archives françaises et allemandes riches et variées (notamment les archives des institutions françaises ayant eu à s’occuper du sort des travailleurs exilés et celles des administrations et institutions chargées en Allemagne d’encadrer et le cas échéant de réprimer la main-d’œuvre étrangère).


Elisabeth Chapuis, Jean-Pierre Pétard et Régine Plas, Les psychologues et les guerres,

Ouvrages | 04.11.2010 | Emmanuel Saint-Fuscien

Editions L'HarmattanCe livre rassemble les actes d’un colloque international organisé à Paris en juin 2002 par le Groupe d’études pluridisciplinaires d’histoire de la psychologie (GEPHP), autour du thème « Les psychologues et les guerres ». La rencontre entre professionnels du psychisme, historiens de la psychologie et historiens du phénomène guerrier a rendu visible les enjeux multiples de la question, présentés dès la préface par Anne Rasmussen. Dans un texte d’une force singulière, l’historienne parvient à montrer toute les dimensions d’une approche croisée : comment la guerre transforme la pensée et les pratiques des psychologues et en quoi les psychologues agissent sur les pratiques ou les conséquences de la guerre. C’est une lecture dynamique que les contributeurs ont privilégiée, dévoilant ainsi les mouvements de va-et-vient entre les deux termes de la relation. Dans la lignée d’une histoire culturelle des sciences, ce sont bien les interactions entre guerre et psychologie qui sont analysées dans cette publication.


L'exil dans le regard

Films | 14.10.2010 | Ophir Lévy

On avait rarement si bien filmé le regard. On l’avait rarement élevé à ce point-là d’autonomie. Le regard d’un personnage non plus comme médiation du monde qui l’environne, mais comme monde à part entière, comme seul et unique spectacle à contempler. Celui d’Elia Suleiman, dans Le Temps qu’il reste (2009), est proprement bouleversant. Situé le plus souvent au centre du cadre, filmé frontalement, le visage impassible, muet, Elia Suleiman regarde sa mère, sa ville natale et ses contemporains avec une forme d’apathie comique et profondément mélancolique, comme si une infinie distance les séparait. La distance de l’exil, que ne parviennent jamais tout à fait à combler les retrouvailles. Le Temps qu’il reste a pour sous-titre : Chronique d’un absent-présent.


Le crime fait recette :

Expositions | 14.10.2010 | Arnaud-Dominique Houte

Les hasards du calendrier des expositions ont produit une étrange collision au printemps 2010. D’un côté, un spectaculaire « Crime et Châtiment » qui a eu les honneurs du musée d’Orsay et qui a bénéficié d’une riche couverture médiatique. De l’autre, une plus discrète présentation de photographies de prisons parisiennes qui a été présentée au musée Carnavalet et qui a manifestement su trouver son public.


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  • ISSN 1954-3670