Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Adagio [Mitterrand, le secret et la mort],

Théâtre | 08.04.2011 | Gabrielle Costa de Beauregard et Emmanuel Naquet

Dire du théâtre d’Olivier Py qu’il renouvelle la mise en scène relève peut-être de la banalité. Et pourtant, il faut rappeler l’intérêt manifeste du monde du théâtre pour sa mise en scène de La Servante en 1995, au Festival d’Avignon. Cette représentation, par sa durée (24 heures) et sa forme, s’affranchissait déjà d’une inscription moderne dans le temps et dans l’espace. Plus précisément, la scène n’était pas le seul lieu où se déroulait la pièce, « le plateau du théâtre, ce n’est pas nulle part, mais n’importe où » et au-dessus de la scène, un métatexte précisait que « cela ne finira jamais ».


Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Georges Boris, trente ans d'influence,

Ouvrages | 07.04.2011 | Jean-François Muracciole

© GallimardÀ un officier qui s’offusquait de l’arrivée de Georges Boris, « un juif, un apôtre du Front populaire et […] chef de cabinet de Léon Blum », le général de Gaulle avait répondu très fermement : « Eh bien, M. Georges Boris est peut-être juif, partisan de M. Léon Blum et bien d’autres choses encore ; moi je ne vois qu’une seule chose, c’est que c’est un Français qui s’est engagé pour combattre à cinquante-deux ans, qui a fait la campagne de Flandres et qui veut se joindre à nous pour continuer à lutter pour la France. Cela me suffit. Je ne connais pas de différence de race et d’opinion politique entre nous ; je ne connais que deux catégories de Français : ceux qui font leur devoir et ceux qui ne le font pas. M. Georges Boris fait son devoir. Il a sa place ici. C’est la dernière fois que je veux entendre des remarques de ce genre. »


Saul Friedländer, Kurt Gerstein, L’ambiguïté du bien,

Ouvrages | 07.04.2011 | Sarah Gensburger

© nouveau monde éditionsCet ouvrage est une réédition d’un livre publié pour la première fois en 1967. Le sous-titre L’ambiguïté du bien fait alors écho à l’expression de « banalité du mal » inspirée à Hannah Arendt par la tenue du procès Eichmann, quatre ans plus tôt. Le procès a suscité nombre d’interrogations sur les marges d’action et de résistance des Allemands comme de celles et ceux qui ont assisté au génocide des Juifs – des voisins polonais du camp d’Auschwitz aux chefs d’État alliés. Dès 1964, et parce qu’elle touche à l’ensemble de ces sphères, la vie de Kurt Gerstein inspire une pièce de théâtre, Le Vicaire de Rolf Hochhuth avant, donc, de nourrir la réflexion de Saul Friedländer, aujourd’hui l’un des principaux historiens de la « Solution finale ».


Frédérique Neau-Dufour, Yvonne de Gaulle ,

Ouvrages | 07.04.2011 | Armelle Le Bras-Chopard

© FayardComme le rappelle Frédérique Neau-Dufour dès la première ligne de la biographie qu’elle consacre à l’épouse du général de Gaulle, « dans les mémoires, Yvonne de Gaulle est demeurée un personnage falot ». L’image qui vient spontanément à l’esprit est celle de la femme du président de la République, en retrait de son grand homme de mari. Une image tronquée et simplifiée qui, malgré l’effacement et la discrétion volontaire de l’intéressée, ne rend pas compte de cette personnalité peu prolixe, difficile à percer, mais qui n’en est pas moins plus complexe et plus riche que sa caricature. Frédérique Neau-Dufour, visiblement en empathie avec son sujet sans tomber dans l’hagiographie, lui rend justice.


Françoise S. Ouzan et Dan Michman (dir.), De la mémoire de la Shoah dans le monde juif,

Ouvrages | 06.04.2011 | Sarah Gensburger

© CNRS Editions Au cours de ces vingt dernières années, les sciences sociales ont connu un véritable « boom mémoriel ». Les travaux empiriques comme les approches théoriques se sont multipliés. En 2005, en France, le vote de l’article 4 de la loi du 23 février sur le « rôle positif de la colonisation », comme la controverse sur les « lois mémorielles » qui s’est ensuivie, ont cependant mis en évidence l’existence d’un paradigme analytique dominant. L’inflation des commémorations publiques comme des textes législatifs dédiés résulterait de la mobilisation active de groupes sociaux, constitués en groupes d’intérêt. À cet égard, publié en 1997, le livre de Jean-Michel Chaumont sur la « concurrence des victimes » semble avoir initié une grille de lecture qui s’est peu à peu imposée. Il entendait mettre en évidence le rôle joué par « les juifs » dans la mise en avant de la « mémoire de l’Holocauste » comme référence mémorielle absolue.


« La République sort ses griffes. Origine et modernité des valeurs républicaines »

Colloques | 05.04.2011 | Laurent Heyberger, Isabelle Lespinet-Morel, Emmanuel Naquet, Marie-Antoinette Vacelet

Ce colloque, organisé par la Ville de Belfort et le laboratoire RECITS de l’Université de Technologie de Belfort-Montbéliard, s’est tenu les 12 et 13 novembre 2010, non seulement pour célébrer le 130e anniversaire du Lion de Bartholdi, mais encore pour faire écho au « débat » sur « l’identité nationale » initié par le gouvernement actuel, pour se pencher sur « l’identité républicaine » à travers les moments, les modèles, les symboles, les valeurs, avec leurs schèmes et leurs thèmes, et, profondeur oblige, leur résonance depuis plus de deux siècles. Disons-le d’emblée : cette rencontre, fort réussie, a été marquée par la richesse et la diversité des contributions qui paraîtront cette année chez Armand Colin.


Olivier de Lapparent, Raymond Aron et l’Europe. Itinéraire d’un Européen dans le siècle,

Ouvrages | 18.03.2011 | Matthias Oppermann

Peter Lang, 2010Raymond Aron était-il un européen convaincu ? Telle est la question à laquelle le livre d’Olivier de Lappparent tend à répondre positivement. La tâche est à la fois facile et ardue. Facile puisque Raymond Aron, l’un des plus grands penseurs politiques français du XXe siècle, se voyait certainement comme un membre de la République des lettres européennes, appartenant à et construisant une culture européenne. Tâche ardue cependant, car avant de conclure que Raymond Aron était un Européen convaincu, il s’agit de définir ce que signifie ce qualificatif. Quelle était la vision aronienne d’une unité politique de l’Europe ? Raymond Aron cherchait une voie moyenne, et c’est là la thèse principale de l’auteur, entre l’euphorie des partisans d’une Europe fédérale et supranationale et l’euroscepticisme gaulliste.


Tony Judt, Retour sur le XXe siècle. Une histoire de la pensée contemporaine,

Ouvrages | 18.03.2011 | Yaël Hirsch

Editions Héloïse d'Ormesson, 2010Mort à l’âge de 62 ans d’une sclérose latérale amyotrophique en août 2010, Tony Judt était un historien d’origine anglaise et directeur du Remarque Institute de la New York University, créé pour lui en 1995 par la veuve de l’écrivain Erich Maria Remarque. Il avait voulu être un intellectuel engagé, à l’image des grandes figures de la gauche française qu’il avait étudiées notamment dans Un passé imparfait (Fayard, 1992) et dans La responsabilité des intellectuels (Calmann-Levy, 1998). Publiée en 2008 aux éditions Penguin Press aux États-Unis, la collection d’essais Retour sur le xxsiècle est disponible en français depuis l’automne 2010 aux Éditions Héloïse d’Ormesson. Cette somme d’articles, parus entre 1994 et 2006 dans The New York Review of Books, The New Republic, The Nation, Foreign Affairs, The London Review of Books et Ha’aretz, ne contient pas néanmoins l’article le plus polémique de cet intellectuel revenu du sionisme : « Israel the alternative». Tony Judt y décrivait l’État des Juifs comme un anachronisme et soutenait que la seule solution viable était de transformer le pays en État bi-national. Cet article a mis fin à sa collaboration avec The New Republic. D’autres articles polémiques, comme « Trop de Shoah tue la Shoah », sont également absents de cette anthologie, de même que les très beaux textes autobiographiques que Tony Judt avait écrits les deux dernières années de sa vie dans la New York Review of Books.


Raphaëlle Branche, L’Embuscade de Palestro. Algérie 1956,

Ouvrages | 18.03.2011 | Andrea Brazzoduro

Armand Colin, 2010« Partie à l’aube du 18 mai 1956 pour une mission de pacification près des gorges de Palestro, à quatre-vingt kilomètres au sud-est d’Alger, une section de militaires français, commandée par un sous-lieutenant, tombe dans une embuscade. » C’est ainsi, « comme un roman », dans un style captivant autant que sobre et rigoureux, que s’ouvre le dernier livre de l’historienne Raphaëlle Branche, dont les travaux sur la guerre franco-algérienne (1954-1962) font référence, en France comme à l’étranger.


Tal Bruttmann, Laurent Joly et Annette Wieviorka (dir.) Qu'est-ce qu'un déporté ? Histoire et mémoires des déportations de la Seconde Guerre mondiale,

Ouvrages | 18.03.2011 | Ludivine Broch

CNRS Editions, 2008La question posée dans le titre laisse percevoir que cet ouvrage est le fruit d’un travail particulièrement ambitieux. Depuis 1944, des historiens, des témoins, des législateurs tentent de comprendre ce que fut la déportation pendant la Seconde Guerre mondiale et tous cherchent à définir « le déporté ». Toutefois, cet ouvrage ne pourra apporter une réponse définitive. Dès le premier chapitre, Tal Bruttmann est très clair : « le déporté en tant que tel n'existe pas ». Cette étude, issue d'une journée d'études à Caen en mars 2008 et publiée sous la direction de trois grands spécialistes de la Shoah, est d'une grande originalité. Elle brise les stéréotypes mémoriels de la déportation en utilisant une approche historique comparative. L'ouvrage réunit une vingtaine d'historiens travaillant sur les déportations d’Europe de l'Ouest, de l'Est, de l'URSS et même d'Asie. En abordant le sujet de la déportation sous différents aspects, il révèle l'énorme complexité de l'histoire des déportations, mais aussi l'impossibilité de réduire ces multiples expériences à un seul mot : déporté. L'ouvrage, divisé en quatre parties, étudie d'abord la problématique du langage, puis les différentes politiques de déportation en France et dans d'autres pays, pour enfin traiter des conflits mémoriels qui ont marqué les années d'après-guerre.


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  • ISSN 1954-3670