Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Philippe Foro, Une longue saison de douleur et de mort. L’affaire Aldo Moro,

Ouvrages | 23.06.2011 | Roberto Colozza

© Vendémiaire, 2011Ce livre aborde l’un des événements majeurs de l’histoire récente italienne : l’enlèvement et l’assassinat du leader de la Democrazia cristiana (DC) Aldo Moro par un commando des Brigades rouges, le groupe terroriste de gauche le plus important des années 1970 en Italie. L’ouvrage s’insère dans le sillage de travaux scientifiques qui contribuent à historiciser et « refroidir » le phénomène-terrorisme, longtemps « confié » aux témoignages, aux scoops, aux polémiques. Certes, des tentatives de mise au point historiographique ont été produites très tôt et il existe déjà une histoire partiale de leur genèse culturelle et de leurs résultats scientifiques. Toutefois, la distance temporelle des événements a stimulé ces dernières années une approche plus détachée et féconde d’un objet politique encore chaud. Pour ne citer que les exemples plus récents de cette littérature, il faut rappeler, côté français, l’ouvrage collectif dirigé par Marc Lazar  ; côté italien, les contributions d’Angelo Ventrone et de son élève Guido Panvini.    


Sylvie Schweitzer, Femmes de pouvoir. Une histoire de l’égalité professionnelle en Europe (XIXe–XXIe siècles),

Ouvrages | 10.06.2011 | Rachel Silvera

© Payot, 2010Sylvie Schweitzer, historienne spécialiste du travail des femmes et professeur à l’Université de Lyon II, poursuit sa recherche minutieuse et fort utile sur l’accès des femmes aux différentes sphères du pouvoir, dans le monde politique et économique. Après nous avoir largement convaincue, par une démonstration brillante et accessible, que « les femmes ont toujours travaillé  » – contrairement au sens commun – ou plutôt au sens commun de la domination masculine…


Malika Rahal, Ali Boumendjel. Une affaire française, une histoire algérienne, biographie,

Ouvrages | 10.06.2011 | Julie Champrenault

© Les Belles Lettres, 2010En mars 1957, en pleine « bataille d’Alger », la presse algéroise annonce le suicide d’un avocat, Ali Boumendjel, militant de l’UDMA, l’organisation de Ferhat Abbas. C'est le début d’une « affaire » qui, en métropole comme en Algérie, mobilise journalistes, intellectuels et hommes politiques sur le thème de la torture pratiquée par l’armée française sur le sol algérien. Très vite, l’hypothèse de l’assassinat politique est avérée. Les dernières zones d’ombre sont levées en 2001 par les propos méprisants du général Aussaresses qui endosse la responsabilité de la mort de l’avocat et décrit les pratiques de torture utilisées contre les nationalistes pendant la guerre d’indépendance. Le nom d’Ali Boumendjel est donc revenu, plus de quarante ans après les débuts de l’affaire, sur les devants de la scène publique et médiatique ; les multiples débats et controverses qui se sont depuis déployés appelaient une synthèse historique que nous proposent aujourd’hui les éditions des Belles Lettres.


Marie-Thérèse Bitsch, Robert Schuman, apôtre de l’Europe 1953-1963,

Ouvrages | 10.06.2011 | Marion Gaillard

© Peter Lang, 2010Professeur émérite à l’université de Strasbourg, Marie-Thérèse Bitsch est spécialiste de l’histoire de la construction européenne et de la relation franco-allemande. Auteur de plusieurs ouvrages sur ces sujets, elle s’attache ici à nous faire connaître davantage l’un des pères fondateurs de l’Europe communautaire, Robert Schuman, célèbre pour la déclaration du 9 mai 1950 qui a donné naissance à la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA) un an plus tard.

Mais Marie-Thèrèse Bitsch ne nous livre pas ici une énième biographie de l’ancien ministre des Affaires étrangères, qui reste d’ailleurs, malgré les ouvrages qui lui ont été consacrés, largement méconnu des Français. Elle nous invite à entrer dans la pensée de cet homme hors du commun, sous ses airs humbles et discrets, et ce à travers une large compilation de ses discours, articles, interventions universitaires, conférences ou lettres… Chacun est précédé par un propos introductif de l’auteur qui y explicite le contexte et en décrypte les principaux éléments, permettant ainsi au lecteur de s’attacher plus particulièrement aux textes qui l’intéressent précisément. De plus, dans son introduction, l’auteur brosse une rapide biographie de Schuman retraçant les grandes étapes de sa vie, de son activité politique et de son engagement.


Claire Blandin (dir.), Le Figaro. Histoire d’un journal,

Ouvrages | 10.06.2011 | Géraldine Poels

© Nouveau monde éditions, 2010Claire Blandin complète ses travaux sur Le Figaro et Le Figaro littéraire par la publication des actes du colloque qu’elle a dirigé à Sciences Po en 2006. L'étude du journal s'enrichit ainsi de la multiplication des éclairages, en fonction des spécialités et des sensibilités de chercheurs, jeunes ou confirmés. Il faut souligner la complémentarité des approches : si les monographies classiques sont évidemment indispensables, elles restent tributaires d'une perspective choisie par l'auteur, d'une problématique qui leur donne une cohérence. Les ouvrages collectifs, affranchis de cette contrainte, sont à l'inverse l'occasion de multiplier les angles d'analyse. Celui-ci offre un florilège d’études de cas, présentées de manière chronologique, qui éclairent l’histoire du Figaro de sa naissance à 1975.


Geoffroy d’Astier de la Vigerie, Emmanuel d’Astier de la Vigerie. Combattant de la Résistance et de la Liberté, 1940-1944,

Ouvrages | 10.06.2011 | Virginie Sansico

© Editions France-Empire Monde, 2010Publié aux éditions France-Empire, fondées en 1945 et spécialisées notamment dans les récits de guerre, cet ouvrage consacré à Emmanuel d’Astier de la Vigerie appartient à une catégorie éditoriale qui tend à se développer à mesure que disparaissent les acteurs de la Deuxième Guerre mondiale : celle des récits ou biographies rédigés par des descendants de ces acteurs, que ceux-ci se déclarent insatisfaits de l’historiographie existante – Geoffroy d’Astier mentionne par exemple qu’il avait « à cœur de rectifier nombre d’erreurs relevées ça et là dans les écrits consacrés à [sa] famille » – ou qu’ils s’estiment en mesure d’enrichir la connaissance historique d’éléments nouveaux ou méconnus des historiens. Fils de Jean-Annet et petit-fils de François d’Astier de la Vigerie, tous deux résistants, Geoffroy d’Astier a choisi de consacrer cet ouvrage à son grand-oncle Emmanuel, figure phare de la Résistance intérieure française dont il ne cache pas la fascination que celui-ci exerce sur lui depuis son enfance, évoquant ainsi dans son avant-propos « le Résistant » qu’il fut avec une majuscule très éloquente.


Dominique-Marie Dauzet et Frédéric Le Moigne (dir.), Dictionnaire des évêques de France au XXe siècle,

Ouvrages | 28.04.2011 | Benoît Pellistrandi

© Cerf, 2010Six cent quatre-vingt-quinze notices, plus de cent rédacteurs : ces deux chiffres servent à donner une première mesure de l’ouvrage que les éditions du Cerf ont eu le courage de publier. L’entreprise scientifique et éditoriale consistant à proposer un instrument de travail exhaustif dans lequel trouver des notices sur les évêques en charge dans les diocèses français de 1905 à nos jours relevait en effet du pari. L’heure des grandes entreprises collectives semble un peu passée, sans doute à cause de la frilosité – compréhensible par ailleurs au regard des contraintes économiques qui pèsent sur le monde de l’édition – des éditeurs. Le Cerf, dont l’action de soutien à l’histoire religieuse mérite d’être saluée, s’honore ici d’être une fois encore à la manœuvre pour permettre à un beau et grand livre d’exister. Mettant ses pas dans les acquis des importants travaux collectifs pensés par Yves-Marie Hilaire et Jean-Marie Mayeur, s’inscrivant dans une historiographie dynamique, ce dictionnaire apporte un éclairage nécessaire sur le gouvernement de l’Église de France et en France. De plus, les évêques faisant partie des élites sociales, nous avons là un nouvel outil pour explorer les élites françaises du siècle écoulé.


Karl-Heinz Schoeps, Literature and Film in the Third Reich, Rochester (NY),

Ouvrages | 28.04.2011 | Berna Günen

© Camden House, 2010«Most of the literature presented in this volume strikes today’s reader as a fossil from times past but it is part and parcel of German cultural and literary history. Knowledge of this literature and the circumstances in which it was written should also be understood as a step towards overcoming the past and can thus be a shield against repeating it. Wolfgang Wippermann’s remark about the study of history applies at least to the same extent to the study of literature and the history of literature: ‘Hitler has been dead for over forty years, but the history and ideology associated with his name are by no means past history that has been ‘overcome’» (p. 290).

The last paragraph of Karl-Heinz Schoeps’ book, Literature and Film in the Third Reich, thus sums up the aim of the whole study. Despite the somehow moralistic resonance of the closing remarks, Schoeps’ book is not only well-researched but it is also surprisingly readable, the latter quality being a rarity in academic world.

 


Adagio [Mitterrand, le secret et la mort],

Théâtre | 08.04.2011 | Gabrielle Costa de Beauregard et Emmanuel Naquet

Dire du théâtre d’Olivier Py qu’il renouvelle la mise en scène relève peut-être de la banalité. Et pourtant, il faut rappeler l’intérêt manifeste du monde du théâtre pour sa mise en scène de La Servante en 1995, au Festival d’Avignon. Cette représentation, par sa durée (24 heures) et sa forme, s’affranchissait déjà d’une inscription moderne dans le temps et dans l’espace. Plus précisément, la scène n’était pas le seul lieu où se déroulait la pièce, « le plateau du théâtre, ce n’est pas nulle part, mais n’importe où » et au-dessus de la scène, un métatexte précisait que « cela ne finira jamais ».


Jean-Louis Crémieux-Brilhac, Georges Boris, trente ans d'influence,

Ouvrages | 07.04.2011 | Jean-François Muracciole

© GallimardÀ un officier qui s’offusquait de l’arrivée de Georges Boris, « un juif, un apôtre du Front populaire et […] chef de cabinet de Léon Blum », le général de Gaulle avait répondu très fermement : « Eh bien, M. Georges Boris est peut-être juif, partisan de M. Léon Blum et bien d’autres choses encore ; moi je ne vois qu’une seule chose, c’est que c’est un Français qui s’est engagé pour combattre à cinquante-deux ans, qui a fait la campagne de Flandres et qui veut se joindre à nous pour continuer à lutter pour la France. Cela me suffit. Je ne connais pas de différence de race et d’opinion politique entre nous ; je ne connais que deux catégories de Français : ceux qui font leur devoir et ceux qui ne le font pas. M. Georges Boris fait son devoir. Il a sa place ici. C’est la dernière fois que je veux entendre des remarques de ce genre. »


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  • ISSN 1954-3670