Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Eva Braun sans Eva Braun

Ouvrages | 02.12.2011 | Nicolas Patin

Seuil, 2011Dans le bunker d’Hitler, le 30 avril 1945, le dictateur et sa toute récente femme se donnent la mort. Ainsi disparaît un couple formé quatorze ans auparavant, pour le pire et le meilleur : le mariage, puis le suicide. Qui était Eva Braun, celle qui partagea la vie d’Hitler de la prise du pouvoir nazi à sa chute ?

Depuis les travaux de Ian Kershaw dans les années 1990 et sa monumentale biographie d’Hitler, l’impression était donnée que les questions majeures sur le Führer avaient trouvé certaines réponses. La parution des mémoires de sa secrétaire, Traudl Junge, en 2002, et de l’analyse de la fin du IIIe Reich par Joachim Fest, ont donné l’impulsion au film La Chute, qui s’intéressait au cercle le plus restreint des dirigeants nationaux-socialistes, et à leurs tout derniers instants. Heike B. Görtemaker, ayant constaté l’absence de toute biographie scientifique d’Eva Braun, a donc décidé de se plonger dans la vie de cette femme méconnue, pour analyser l’entourage proche du dictateur.


Marie-Cécile Bouju, Lire en communiste. Les maisons d’éditions du Parti communiste français 1920-1968,

Ouvrages | 02.12.2011 | Romain Ducoulombier

PUR, 2010Les Presses universitaires de Rennes ont accueilli en 2010 une nouvelle monographie très fournie consacrée à la nébuleuse éditoriale du Parti communiste français de ses origines à la fin des années 1980. Issu de la thèse de doctorat d’histoire soutenue par Marie-Cécile Bouju en 2005, sous la direction de Marc Lazar, l’ouvrage évoque en détail les succès, les limites et les contradictions de ces structures éditoriales originales, qui font exception dans le panorama du livre en France.


Le goût de la fiche

Expositions | 10.11.2011 | Sonia Combe

À considérer les expositions précédentes (« L’affaire des Templiers », « Dans l’atelier des Menus Plaisirs du roi. Spectacles, fêtes et cérémonies aux XVIIe et XVIIIsiècles », « "Le roi est mort, vive le roi." 1610 : autour de l’assassinat d’Henri IV »), l’exposition « Fichés ? Photographie et identification du Second Empire aux années soixante » tranche par ce qui peut être pris pour de l’audace. Depuis quand expose-t-on les pratiques policières ? À considérer le lieu dans lequel elle est présentée, mais sans doute est-ce là le fait du hasard du calendrier, il s’agit d’un heureux concours de circonstances puisque les Archives nationales sont menacées par la très controversée Maison d’Histoire de France et que le visiteur qui serait dans l’ignorance de ce danger en est averti à l’entrée même de l’exposition. Il peut d’ailleurs, s’il le souhaite, signer une pétition de soutien au personnel des Archives en rébellion. Il pourra également, note d’humour (un peu noir) sur le sujet, se ficher lui-même grâce à un photomaton installé à cet effet dans l’allée centrale de l’hôtel de Soubise.


Pierre de Senarclens, Le nationalisme. Le passé d’une illusion,

Ouvrages | 17.10.2011 | Franck Jacquet

© Armand Colin, 2011Pierre de Senarclens livre avec Le nationalisme. Le passé d’une illusion, paru en mars 2010, un point de vue très tranché sur une des idéologies majeures de la période contemporaine. Désormais professeur honoraire à l’université de Lausanne où il enseigne depuis 1974, il est spécialiste de théorie des relations internationales, particulièrement de la mondialisation et des institutions internationales. Il propose ici un essai portant sur l’histoire des nationalismes dans une perspective très large où il observe l’Europe occidentale depuis le Moyen Âge jusqu’à nos jours. Son point de vue se veut original : il cherche à éclairer l’idéologie nationaliste et les phénomènes nationalitaires grâce à la psychanalyse freudienne. Sans oublier les principaux débats traversant l’historiographie des nationalismes, il se penche donc sur la naissance, le développement et les dérives de ce qu’il qualifie d’« illusions » en prenant en compte leur « substrat fantasmatique commun ».


« Le 10 mai 1981 et la gauche française »

Colloques | 17.10.2011 | Aude Chamouard

Dans la vague de commémorations qui a marqué le mois de mai 2011, le colloque du 10 mai 1981 tenu au Centre d’histoire de Sciences Po aura eu pour vocation de faire un travail d’histoire et non de mémoire. Comme le rappelait Alain Bergounioux qui ouvrait cette journée, il s’agissait d’étudier ce tournant de notre histoire politique selon un triple registre : la réalité de ce qu’il fut, les représentations de l’événement à l’époque et les enjeux de mémoire depuis. Réunissant une dizaine d’universitaires proposant des communications thématiques et deux grands témoins (Michel Rocard et Lionel Jospin), ce colloque a sans doute tenu son pari. La journée a évoqué tant le contexte, que les grands apports et les limites de cette transition historique.


Ludivine Bantigny et Arnaud Baubérot, Hériter en politique. Filiations, générations et transmissions politiques (Allemagne, France et Italie, XIXe-XXe siècles,

Ouvrages | 10.10.2011 | Sibylle Duhautois

© PUF, 2011Issu d’un colloque organisé au Centre d’histoire de Sciences Po en juin 2009 par Ludivine Bantigny et Arnaud Baubérot, cet ouvrage rassemble les contributions de vingt-quatre auteurs, historiens pour la grande majorité d’entre eux, issus de la sociologie ou de la science politique pour quelques autres.

Ensemble ils s’efforcent de donner corps à la notion d’héritage politique. Il s’agit d’abord pour eux de définir ce qu’est « hériter » : en quoi cela se distingue-t-il de « se souvenir » et des problématiques liées à la mémoire ? quelle est la différence entre héritage et tradition ? Ces questions théoriques qui visent à renouveler une historiographie longtemps focalisée sur les enjeux de « mémoire », sont affrontées dès l’introduction par Ludivine Bantigny qui préfère esquisser plusieurs propositions plutôt que de donner d’emblée une définition figée de l’héritage. Reprenant une citation de l’anthropologue Gérard Lenclud, elle suggère notamment que l’héritage peut être défini comme « “une portion” de la tradition, à la fois “maintenue en l’état” et sans cesse revivifiée, par les choix de la mémoire et la critique de l’histoire ». Les nombreuses références convoquées – en dépit de l’impression de surcharge qu’elles pourraient occasionner – ont le mérite de montrer que, loin d’avoir été créé ex nihilo pour occuper des historiens en mal de colloque, le sujet était déjà au cœur des préoccupations d’auteurs bien connus.


Antoine Prost et Jay Winter, René Cassin. René Cassin et les droits de l’homme : le projet d’une génération,

Ouvrages | 10.10.2011 | Géraud Letang

© Fayard, 2011Débuter une étude sur René Cassin (1887-1976) par une analyse des étapes de sa « panthéonisation » (le 4 octobre 1987) témoigne de l’ambiguïté en même temps que du besoin d’une telle biographie : René Cassin semble avoir été un personnage davantage commémoré qu’étudié. Pourtant, comme le montre l’ « orientation documentaire » à la fin de l’ouvrage, son parcours si riche semble n’avoir suscité ni écho considérable dans l’opinion publique ni abondance de travaux : outre les ouvrages écrits par l’intéressé lui-même, l’essentiel de la bibliographie qui le concerne spécifiquement émane surtout de fidèles l’ayant connu ou s’inscrit dans le sillage d’une mémoire organisée par les pouvoirs publics. Dans l’avant-propos, Antoine Prost et Jay Winter montrent à quel point la « mise à distance et en perspective » de la vie de Cassin s’avère complexe pour les historiens : comment en effet dissocier l’individu René Cassin de son héritage toujours vivant grâce à ses réalisations juridiques qui font encore référence aujourd’hui (la Déclaration universelle des droits de l’homme, la Cour européenne des droits de l’homme) ? Comment passer au crible de la critique historique un homme dont le « patriotisme républicain » fut successivement construit sur un pacifisme qui ne fut pas synonyme de passivité face aux régimes autoritaires, sur une primauté de l’individu dans les constructions juridiques, sur une idée de la solidarité au nom d’une action publique au service de ceux qui souffrent, sur un idéal de paix et d’unité européennes garanti par les droits de l’homme ? Même si la « sympathie » des auteurs pour le personnage est très présente et bien compréhensible, la construction chronologique de l’ouvrage – à l’exception de l’« ouverture » et du chapitre sur le rapport de René Cassin à la judéité – permet non pas de le poser d’emblée comme un visionnaire à célébrer mais comme un homme à inscrire dans la société de son temps. Le projet des auteurs est donc d’interroger ainsi son itinéraire : en quoi ce dernier est-il représentatif « [des] deuils et [des] espoirs de toute une génération » ? À cette problématique, le lecteur est tenté d’ajouter une autre question qui apparaît en filigrane dans tous les chapitres : René Cassin est-il parvenu à surmonter ces « deuils » et à concrétiser ces « espoirs » ?


John Horne (dir.), Vers la guerre totale. Le tournant de 1914-1915,

Ouvrages | 10.10.2011 | Fabien Théofilakis

© Tallandier, 2010Cinq ans après le colloque organisé à l’Historial de la Grande Guerre sur le tournant de 1915, on peut saluer la publication d’une édition des actes, augmentée et élargie à 1914, sous la direction bénéfique de John Horne. L’ouvrage réunissant douze contributions est organisé selon trois thématiques, trois espaces-temps également, qui s’emboîtent et souvent se répondent : les « violences du champ de bataille » (84 pages), les « violences contre les civils et les prisonniers de guerre » (125 pages) et le « génocide arménien » (68 pages).Soulignant la triple rupture qu’a constituée le premier conflit mondial par l’ampleur des espaces et des sociétés impliqués, par la « nature extrême de violence » (p. 12) engendrée, par la mutation de mobilisations de plus en plus cristallisées autour de la « communauté nationale » et de sa contrepartie, la diabolisation de l’ennemi, l’historien de Dublin revient dans son introduction sur l’intérêt de lire les dix-huit premiers mois de la guerre comme « non seulement une rupture, mais un tournant » (p. 17). Parce que la guerre, devenue univers en soi et pour soi, est animée de dynamiques internes qui font advenir des seuils de représentation et d’action inédites, le prisme de la violence offre une hypothèse d’analyse capable de rendre compte de la « logique de ‘totalisation’ » (p. 31) qui s’y dessine. S’efforçant de dépister la genèse du processus avant qu’il ne donne naissance aux cadres de la « culture de guerre », les contributions traitent de différentes formes de violence – des violences de guerre à la violence extrême – et posent, in fine, la question sous-jacente de la Grande Guerre comme matrice d’expériences du XXsiècle.


Alexandre Sumpf, Bolcheviks en campagne : paysans et éducation politique dans la Russie des années 1920,

Ouvrages | 10.10.2011 | Michel Tissier

© CNRS Editions, 2011Le livre d’Alexandre Sumpf, publié dans la collection « Mondes russes et est-européens » de CNRS Éditions, est issu d’une recherche doctorale qui a valu à son auteur le prix de la meilleure thèse en histoire sociale décerné par la Fondation Mattei Dogan / Maison des Sciences de l’homme (en 2009, pour sa première édition). Le thème de cette recherche porte sur le formidable effort de propagande effectué par l’État soviétique en formation, auprès de la partie de la population russe à la fois la plus nombreuse et la plus éloignée socialement des nouveaux dirigeants, les paysans. Cet effort découle du projet soviétique visant à façonner un « homme nouveau », projet révolutionnaire en rupture avec l’ordre ancien en Russie, mais aussi héritier du « rêve pédagogique » des Lumières et de la révolution française, selon l’expression de Bronislaw Baczko reprise par l’auteur (p. 10). C’est dire que l’histoire sociale, distinguée avec ce travail, est ici indissociable d’une réflexion sur le politique dans le contexte socio-culturel russe, d’une part, et dans le cadre de la modernité européenne, d’autre part.


« Georges Pompidou et l'influence de la France dans le monde »

Colloques | 29.07.2011 | Cédric Francille

L'Association Georges Pompidou a organisé le mercredi 22 juin 2011, dans le cadre du centenaire de la naissance de Georges Pompidou, un colloque à l'Assemblée nationale consacré à « Georges Pompidou et l'influence de la France dans le monde ». L'action menée par Georges Pompidou est étroitement associée, dans l'esprit de nos contemporains, à celle du général de Gaulle. Or, ce colloque visait à rendre à la présidence de Georges Pompidou son individualité propre, mais tendait également à témoigner du caractère international de sa vision. Afin de dresser un tableau global de l'influence de la France dans le monde à cette époque, les organisateurs de cet événement ont tenu à mettre en avant trois thématiques : les aspects politiques, puis économiques et enfin culturels. En réunissant historiens, témoins et acteurs politiques, à l'image des modérateurs de chaque séance, Gilles Le Béguec, Bernard Esambert, Jean-René Bernard et Jean-François Sirinelli, l'Association Georges Pompidou a su ainsi créer les conditions d'un dialogue fructueux.


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  • ISSN 1954-3670