Histoire@Politique : Politique, culture et société

Comptes rendus
   

Pierre de Senarclens, Le nationalisme. Le passé d’une illusion,

Ouvrages | 17.10.2011 | Franck Jacquet

© Armand Colin, 2011Pierre de Senarclens livre avec Le nationalisme. Le passé d’une illusion, paru en mars 2010, un point de vue très tranché sur une des idéologies majeures de la période contemporaine. Désormais professeur honoraire à l’université de Lausanne où il enseigne depuis 1974, il est spécialiste de théorie des relations internationales, particulièrement de la mondialisation et des institutions internationales. Il propose ici un essai portant sur l’histoire des nationalismes dans une perspective très large où il observe l’Europe occidentale depuis le Moyen Âge jusqu’à nos jours. Son point de vue se veut original : il cherche à éclairer l’idéologie nationaliste et les phénomènes nationalitaires grâce à la psychanalyse freudienne. Sans oublier les principaux débats traversant l’historiographie des nationalismes, il se penche donc sur la naissance, le développement et les dérives de ce qu’il qualifie d’« illusions » en prenant en compte leur « substrat fantasmatique commun ».


« Le 10 mai 1981 et la gauche française »

Colloques | 17.10.2011 | Aude Chamouard

Dans la vague de commémorations qui a marqué le mois de mai 2011, le colloque du 10 mai 1981 tenu au Centre d’histoire de Sciences Po aura eu pour vocation de faire un travail d’histoire et non de mémoire. Comme le rappelait Alain Bergounioux qui ouvrait cette journée, il s’agissait d’étudier ce tournant de notre histoire politique selon un triple registre : la réalité de ce qu’il fut, les représentations de l’événement à l’époque et les enjeux de mémoire depuis. Réunissant une dizaine d’universitaires proposant des communications thématiques et deux grands témoins (Michel Rocard et Lionel Jospin), ce colloque a sans doute tenu son pari. La journée a évoqué tant le contexte, que les grands apports et les limites de cette transition historique.


Ludivine Bantigny et Arnaud Baubérot, Hériter en politique. Filiations, générations et transmissions politiques (Allemagne, France et Italie, XIXe-XXe siècles,

Ouvrages | 10.10.2011 | Sibylle Duhautois

© PUF, 2011Issu d’un colloque organisé au Centre d’histoire de Sciences Po en juin 2009 par Ludivine Bantigny et Arnaud Baubérot, cet ouvrage rassemble les contributions de vingt-quatre auteurs, historiens pour la grande majorité d’entre eux, issus de la sociologie ou de la science politique pour quelques autres.

Ensemble ils s’efforcent de donner corps à la notion d’héritage politique. Il s’agit d’abord pour eux de définir ce qu’est « hériter » : en quoi cela se distingue-t-il de « se souvenir » et des problématiques liées à la mémoire ? quelle est la différence entre héritage et tradition ? Ces questions théoriques qui visent à renouveler une historiographie longtemps focalisée sur les enjeux de « mémoire », sont affrontées dès l’introduction par Ludivine Bantigny qui préfère esquisser plusieurs propositions plutôt que de donner d’emblée une définition figée de l’héritage. Reprenant une citation de l’anthropologue Gérard Lenclud, elle suggère notamment que l’héritage peut être défini comme « “une portion” de la tradition, à la fois “maintenue en l’état” et sans cesse revivifiée, par les choix de la mémoire et la critique de l’histoire ». Les nombreuses références convoquées – en dépit de l’impression de surcharge qu’elles pourraient occasionner – ont le mérite de montrer que, loin d’avoir été créé ex nihilo pour occuper des historiens en mal de colloque, le sujet était déjà au cœur des préoccupations d’auteurs bien connus.


Antoine Prost et Jay Winter, René Cassin. René Cassin et les droits de l’homme : le projet d’une génération,

Ouvrages | 10.10.2011 | Géraud Letang

© Fayard, 2011Débuter une étude sur René Cassin (1887-1976) par une analyse des étapes de sa « panthéonisation » (le 4 octobre 1987) témoigne de l’ambiguïté en même temps que du besoin d’une telle biographie : René Cassin semble avoir été un personnage davantage commémoré qu’étudié. Pourtant, comme le montre l’ « orientation documentaire » à la fin de l’ouvrage, son parcours si riche semble n’avoir suscité ni écho considérable dans l’opinion publique ni abondance de travaux : outre les ouvrages écrits par l’intéressé lui-même, l’essentiel de la bibliographie qui le concerne spécifiquement émane surtout de fidèles l’ayant connu ou s’inscrit dans le sillage d’une mémoire organisée par les pouvoirs publics. Dans l’avant-propos, Antoine Prost et Jay Winter montrent à quel point la « mise à distance et en perspective » de la vie de Cassin s’avère complexe pour les historiens : comment en effet dissocier l’individu René Cassin de son héritage toujours vivant grâce à ses réalisations juridiques qui font encore référence aujourd’hui (la Déclaration universelle des droits de l’homme, la Cour européenne des droits de l’homme) ? Comment passer au crible de la critique historique un homme dont le « patriotisme républicain » fut successivement construit sur un pacifisme qui ne fut pas synonyme de passivité face aux régimes autoritaires, sur une primauté de l’individu dans les constructions juridiques, sur une idée de la solidarité au nom d’une action publique au service de ceux qui souffrent, sur un idéal de paix et d’unité européennes garanti par les droits de l’homme ? Même si la « sympathie » des auteurs pour le personnage est très présente et bien compréhensible, la construction chronologique de l’ouvrage – à l’exception de l’« ouverture » et du chapitre sur le rapport de René Cassin à la judéité – permet non pas de le poser d’emblée comme un visionnaire à célébrer mais comme un homme à inscrire dans la société de son temps. Le projet des auteurs est donc d’interroger ainsi son itinéraire : en quoi ce dernier est-il représentatif « [des] deuils et [des] espoirs de toute une génération » ? À cette problématique, le lecteur est tenté d’ajouter une autre question qui apparaît en filigrane dans tous les chapitres : René Cassin est-il parvenu à surmonter ces « deuils » et à concrétiser ces « espoirs » ?


John Horne (dir.), Vers la guerre totale. Le tournant de 1914-1915,

Ouvrages | 10.10.2011 | Fabien Théofilakis

© Tallandier, 2010Cinq ans après le colloque organisé à l’Historial de la Grande Guerre sur le tournant de 1915, on peut saluer la publication d’une édition des actes, augmentée et élargie à 1914, sous la direction bénéfique de John Horne. L’ouvrage réunissant douze contributions est organisé selon trois thématiques, trois espaces-temps également, qui s’emboîtent et souvent se répondent : les « violences du champ de bataille » (84 pages), les « violences contre les civils et les prisonniers de guerre » (125 pages) et le « génocide arménien » (68 pages).Soulignant la triple rupture qu’a constituée le premier conflit mondial par l’ampleur des espaces et des sociétés impliqués, par la « nature extrême de violence » (p. 12) engendrée, par la mutation de mobilisations de plus en plus cristallisées autour de la « communauté nationale » et de sa contrepartie, la diabolisation de l’ennemi, l’historien de Dublin revient dans son introduction sur l’intérêt de lire les dix-huit premiers mois de la guerre comme « non seulement une rupture, mais un tournant » (p. 17). Parce que la guerre, devenue univers en soi et pour soi, est animée de dynamiques internes qui font advenir des seuils de représentation et d’action inédites, le prisme de la violence offre une hypothèse d’analyse capable de rendre compte de la « logique de ‘totalisation’ » (p. 31) qui s’y dessine. S’efforçant de dépister la genèse du processus avant qu’il ne donne naissance aux cadres de la « culture de guerre », les contributions traitent de différentes formes de violence – des violences de guerre à la violence extrême – et posent, in fine, la question sous-jacente de la Grande Guerre comme matrice d’expériences du XXsiècle.


Alexandre Sumpf, Bolcheviks en campagne : paysans et éducation politique dans la Russie des années 1920,

Ouvrages | 10.10.2011 | Michel Tissier

© CNRS Editions, 2011Le livre d’Alexandre Sumpf, publié dans la collection « Mondes russes et est-européens » de CNRS Éditions, est issu d’une recherche doctorale qui a valu à son auteur le prix de la meilleure thèse en histoire sociale décerné par la Fondation Mattei Dogan / Maison des Sciences de l’homme (en 2009, pour sa première édition). Le thème de cette recherche porte sur le formidable effort de propagande effectué par l’État soviétique en formation, auprès de la partie de la population russe à la fois la plus nombreuse et la plus éloignée socialement des nouveaux dirigeants, les paysans. Cet effort découle du projet soviétique visant à façonner un « homme nouveau », projet révolutionnaire en rupture avec l’ordre ancien en Russie, mais aussi héritier du « rêve pédagogique » des Lumières et de la révolution française, selon l’expression de Bronislaw Baczko reprise par l’auteur (p. 10). C’est dire que l’histoire sociale, distinguée avec ce travail, est ici indissociable d’une réflexion sur le politique dans le contexte socio-culturel russe, d’une part, et dans le cadre de la modernité européenne, d’autre part.


« Georges Pompidou et l'influence de la France dans le monde »

Colloques | 29.07.2011 | Cédric Francille

L'Association Georges Pompidou a organisé le mercredi 22 juin 2011, dans le cadre du centenaire de la naissance de Georges Pompidou, un colloque à l'Assemblée nationale consacré à « Georges Pompidou et l'influence de la France dans le monde ». L'action menée par Georges Pompidou est étroitement associée, dans l'esprit de nos contemporains, à celle du général de Gaulle. Or, ce colloque visait à rendre à la présidence de Georges Pompidou son individualité propre, mais tendait également à témoigner du caractère international de sa vision. Afin de dresser un tableau global de l'influence de la France dans le monde à cette époque, les organisateurs de cet événement ont tenu à mettre en avant trois thématiques : les aspects politiques, puis économiques et enfin culturels. En réunissant historiens, témoins et acteurs politiques, à l'image des modérateurs de chaque séance, Gilles Le Béguec, Bernard Esambert, Jean-René Bernard et Jean-François Sirinelli, l'Association Georges Pompidou a su ainsi créer les conditions d'un dialogue fructueux.


All that I love, de Jacek Borcuch

Films | 28.07.2011 | Cédric Pellen

Troisième long métrage du réalisateur polonais Jacek Borcuch, All that I Love (Wszysko co Kocham en polonais) a connu un succès critique certain. Sélectionné et primé dans de nombreux festivals, il a été retenu pour représenter la Pologne aux Oscars 2011 et fait partie des rares films indépendants polonais distribués en France ces dernières années.

Le film nous conte les péripéties d’une bande d’adolescents dans la petite ville portuaire de Hel, au bout de la presqu’île du même nom à l’extrême nord de la Pologne. Janek, son frère et ses amis sont passionnés de punk-rock et, une fois leurs cours au lycée terminés, ils consacrent l’essentiel de leur temps libre à répéter avec leur groupe amateur, nommé WCK (Wszysko Co Kocham), en rêvant de se produire dans un festival local. Hormis la musique, ils n’aiment rien tant que de se retrouver pour aller à la plage, fumer des cigarettes, boire des bières et parler des filles.


Claire Mauss-Copeaux, Algérie, 20 août 1955. Insurrection, répression, massacres,

Ouvrages | 28.07.2011 | Andrea Brazzoduro

Payot, 2011« Comment tracer la carte du séisme vécu par les Algériens et les Français du Constantinois au mois d’août 1955 ? Comment décrire et analyser l’insurrection et les représailles, alors qu’elles se sont étroitement mêlées dans le grand désordre de la violence et que des Algériens et des Français se trouvent encore enfermés dans la douleur ? Comment parler de ces événements, enjeux d’un conflit de mémoire qui se poursuit toujours ? » Claire Mauss-Copeaux pose d’emblée cartes sur table. Elle n’a pas essayé d’escamoter la réalité, d’en réduire la complexité : au contraire l’auteure relève ce défi historiographique avec un livre pionnier où, en spécialiste de l’histoire du conflit franco-algérien et de ses représentations, elle étudie minutieusement l’événement ainsi que les discours qui depuis presque soixante ans continuent de le décliner au présent.


Bénédicte Vergez-Chaignon, Histoire de l’épuration,

Ouvrages | 28.07.2011 | Fabrice Grenard

Larousse, 2010Après plusieurs ouvrages sur la période de l’Occupation allemande, parmi lesquels notamment une biographie du docteur Ménétrel (Perrin, 2001), la première étude sur la notion de vichysto-résistants (Perrin, 2008) ou encore une monographie portant sur les conditions d’emprisonnement des collaborateurs à Fresnes à la Libération (Vichy en prison, Gallimard, 2006), Bénédicte Vergez-Chaignon publie une monumentale Histoire de l’épuration. Le sujet semble a priori rebattu. Que dire de neuf sur un phénomène qui a déjà donné lieu à plusieurs synthèses importantes depuis l’ouvrage pionnier de l’historien américain Peter Novick paru en 1968 (The Resistance versus Vichy : The Purge of Collaborators in Liberated France), jusqu’au récent Expier Vichy, l’épuration en France publié par Jean-Paul Cointet en 2008 ( Perrin) ? L’histoire de l’épuration a pourtant connu ces dernières années d’importantes avancées. En 1992, l’historien Henry Rousso constatait que malgré les nombreuses enquêtes locales menées dans le cadre du Comité d’histoire de la Seconde Guerre mondiale depuis les années 1950, l’histoire de l’épuration restait une « histoire inachevée », notamment dans sa dimension sociale. L’ouverture récente de plusieurs fonds d’archives, qui n’étaient jusqu’alors pas communicables, a permis, depuis, la réalisation de plusieurs thèses ou colloques sur le sujet, qui ont largement déplacé l’analyse des strates supérieures de l’épuration (les grands procès tenus dans le cadre de la Haute Cour de Justice) vers une approche plus locale (en prenant comme cadre d’analyse l’échelle départementale ou régionale), soulignant l’épaisseur sociale du phénomène, le développement de pratiques épuratrices spécifiques (la tonte des femmes), la façon dont l’épuration a été effectuée au sein de certains secteurs particuliers (l’administration, la police, certaines branches économiques).


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  • ISSN 1954-3670